Yoma 87b - Le vidouy de Yom Kippour et la prière de néila : quand, où, avec quelles paroles

Yoma 87b

Sougya : Le feuillet achève d'abord le récit commencé en 87a : Rav récite le sidra devant Rabbi, reprend trois fois la paracha depuis le début pour honorer ceux qui entrent, mais renonce à la quatrième - et Rabbi Hanina bar Hama s'en trouve offensé. Treize veilles de Kippour de suite, Rav revient demander l'apaisement sans l'obtenir.

Deux difficultés en naissent, une contre chacun : Rav dépasse la limite des trois demandes, Rabbi Hanina refuse de passer sur ses mesures. La guemara les résout d'un seul coup en dévoilant un rêve : Rabbi Hanina avait vu Rav suspendu à un dattier, signe qu'il deviendrait une tête - or lui-même était chef d'académie, et deux royautés ne se touchent pas.

Son refus était un calcul de survie qui envoyait Rav enseigner en Babylonie. Le daf bascule alors vers la liturgie du jour.

Une baraita étage le vidouy en sept stations, de la veille de Kippour avant le repas jusqu'à la néila, chacune avec son motif propre ; puis six amoraim donnent six ouvertures différentes, avant que Mar Zoutra ne ramène tout à quatre mots - aval anahnou hatanou -, l'essentiel du vidouy, celui devant lequel Chemouel se levait. La seconde moitié du feuillet est commandée par une seule question : qu'est-ce que la néilat chearim ?

Pour Rav une amida supplémentaire de sept bénédictions, pour Chemouel la seule formule ma anou ma hayenou. Une baraita réfute Chemouel sans appel, et l'usage retenu combine les deux - on ouvre par Ata behartanou et l'on achève par ma anou ma hayenou.

Reste alors la conséquence : si la néila est une prière de plus, dispense-t-elle de la prière du soir ? Rav le soutient, la guemara lui oppose sa propre position sur le caractère facultatif de arvit, puis une baraita qui compte les deux prières - et la phrase se coupe en pleine objection, au seuil de 88a.

Yoma 87b - les trois mouvements du feuillet Le daf passe du dernier récit de piyous à la liturgie du jour : le vidouy, puis la prière de néila. 1 Rav et Rabbi Hanina - la fin du récit (seg. 0-2) Rav reprend la paracha trois fois, pas la quatrième. Treize veilles de Kippour sans apaisement. Le rêve du dattier explique tout. 2 Le vidouy : quand, où, avec quelles paroles (seg. 3-6) Sept confessions de la veille jusqu'à néila. Six formules d'amoraim. Mar Zoutra : aval anahnou hatanou est le noyau. 3 La néila : quelle prière, et que dispense-t-elle ? (seg. 7-13) Rav contre Chemouel : amida supplémentaire ou simple formule ? La baraita tranche. Puis : la néila dispense-t-elle arvit ?
Les trois mouvements du feuillet, du dernier récit de piyous à la prière de néila.
Les sept vidouyim, de la veille de Kippour à la néila Baraita du segment 3. Chaque station a son motif propre : on ne répète pas, on couvre un risque nouveau. VEILLE DE KIPPOUR - encore permis de manger 1 Avant le repas de clôture de peur que l'ivresse ne brouille l'esprit (Rachi : mehamat chikhrout) 2 Après le repas, à la nuit de peur qu'une faute soit survenue pendant le repas - c'est la mitsva principale YOM KIPPOUR - les cinq offices 3 Arvit (nuit du 10) première prière du jour ; Rachi : or yom ha-kippourim = la nuit de Kippour 4 Chaharit 5 Moussaf 6 Minha 7 Neila dernière station : les portes se ferment La chaîne est cumulative : avoir confessé à un office n'exempte jamais du suivant - af al pi che-hitvada. Où le dit-on ? Le particulier : après sa amida. Le chalia'h tsibbour : au milieu. Rachi sur im hachekha : après le repas, une fois que l'on a déjà pris sur soi Yom Kippour.
Les sept stations du vidouy et le motif propre à chacune.
Qu'est-ce que la néilat chearim ? Rav contre Chemouel Toute la seconde moitié du daf dépend de cette seule question : la néila est-elle une prière, ou seulement un texte ? Mai néilat chearim ? RAV - tselota yetirta Une amida supplémentaire, de sept bénédictions, comme les autres prières du jour (Rachi). CHEMOUEL - ma anou ma hayenou Une simple formule de supplication : on la dit, mais on ne prie pas de amida (Rachi). Ce que chaque position entraîne Sept bénédictions + vidouy à la néila : oui Sept bénédictions à la néila : non Elle peut dispenser de la prière du soir Elle ne dispense de rien - ce n'est pas une prière La baraita : be-néila mitpalel cheva oumitvadeh Elle enseigne sept bénédictions à la néila comme aux quatre autres offices. C'est exactement Rav. Le détour par la mahloket Rabbi Meir / hakhamim ne porte que sur le vidouy, pas sur les sept. Teyouvta de-Chemouel teyouvta - réfutation concluante Rachi (seg. 10) : sur le mot néila les amoraim divergent - fermeture des portes du ciel, ou fermeture des portes du parvis.
La mahloket qui commande toute la seconde moitié du daf, et sa réfutation.
1
אֲתָא רַבִּי חַייָּא — הָדַר לְרֵישָׁא. עָייֵל בַּר קַפָּרָא — הָדַר לְרֵישָׁא. אֲתָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרַבִּי — הָדַר לְרֵישָׁא. אֲתָא רַבִּי חֲנִינָא (בַּר) חֵמָא, אֲמַר: כֻּולֵּי הַאי נֶהְדַּר וְנֵיזִיל? לָא הֲדַר. אִיקְּפִיד רַבִּי חֲנִינָא, אֲזַל רַב לְגַבֵּיהּ תְּלֵיסַר מַעֲלֵי יוֹמֵי דְּכִפּוּרֵי וְלָא אִיפַּייַּס.

Rabbi Hiya entra - [Rav] retourna au début [de la section]. Bar Kappara entra - il retourna au début.

Rabbi Chimon fils de Rabbi entra - il retourna au début. Rabbi Hanina bar Hama entra ; [Rav] se dit : tout cela, allons-nous encore recommencer et repartir ?

Il ne retourna pas [au début]. Rabbi Hanina en fut offensé.

Rav alla chez lui treize veilles de Yom Kippour, et il ne fut pas apaisé.

📜 Rachi (1)
אֲתָא ר' חַיָּיא וְגַם הוּא הָיָה חָפֵץ לִפְסֹוק עִמּוֹ וְחָזַר בִּשְׁבִילוֹ לְרֹאשׁ הַפָּרָשָׁה:
« Rabbi Hiya entra » - lui aussi désirait scander les versets avec lui, et [Rav] retourna donc pour lui au début de la section.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָזַל רַב לְגַבֵּיהּ תְּרֵיסַר מְעַלֵּי יוֹמָא דְּכִפּוּרֵי. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁדִּקְדֵּק לֵילֵךְ י"ב לִכְבוֹד רַבִּי חֲנִינָא כְּנֶגֶד הִשְׁפַּעְתָּ ' חָכְמָה בִּינָה וְדַעַת ' שֶׁהֵם י"ב אוֹתִיּוֹת כִּי בְּדַעַת יֵשׁ תּוֹסֶפֶת וָא"ו שֶׁהָיָה רַבִּי חֲנִינָא נִשְׁפָּע מִשָּׁם. וְעוֹד מַה שֶׁאָמַר נֵימָא : הֲדַר לְרֵישָׁא הֵם י"ב אוֹתִיּוֹת וְהָלַךְ אֶצְלוֹ כְּנֶגֶד דִּבּוּר זֶה שֶׁחָטָא לוֹ י"ב פַּעַם.
« Rav alla chez lui douze veilles de Yom Kippour. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a pris soin d'y aller douze fois en l'honneur de Rabbi Hanina, en correspondance avec l'influx de « 'Hokhma, Bina ve-Daat » (sagesse, discernement, connaissance), qui comptent douze lettres - car dans « ve-Daat » il y a un vav supplémentaire -, et c'est de là que Rabbi Hanina recevait son influx. Et encore : ce qu'il avait dit, « nima hadar le-recha » (dirai-je : je retourne au début ?), fait douze lettres ; il est donc allé chez lui en correspondance avec cette parole même, par laquelle il avait fauté envers lui douze fois.
💡 Explication

La scène commence à la fin de 87a : Rav récite le sidra (une section de l'Écriture) devant Rabbi. Chaque fois qu'un maître entre, Rav reprend depuis le début : c'est un honneur rendu à l'arrivant, qui peut ainsi suivre la lecture entière. Rachi précise le motif - l'arrivant lui aussi voulait scander les versets avec lui.

À la quatrième entrée, Rav renonce. Le calcul est raisonnable, mais il produit une hiérarchie visible : Rabbi Hanina se voit publiquement classé après les trois autres. L'offense n'est pas dans une parole, elle est dans une omission - exactement le type de faute que la sougya précédente traitait.

La suite est extraordinaire : treize veilles de Kippour de suite, Rav revient demander l'apaisement, et treize fois il repart sans l'obtenir. Deux difficultés vont en sortir, une contre chacun des deux hommes.

🖼️ Schéma
Rav récite le sidra devant Rabbi : trois retours au début, pas le quatrième Reprendre la paracha depuis le début est un honneur rendu à celui qui entre. Le refuser en est le contraire. Rav lit devant Rabbi Rabbi Hiya hadar le-recha - il reprend Bar Kappara hadar le-recha - il reprend R. Chimon fils de Rabbi hadar le-recha - il reprend R. Hanina bar Hama lo hadar - il ne reprend pas koulei haï nehadar ve-nezil ? Rabbi Hanina se sent offensé Treize veilles de Kippour - Rav revient demander l'apaisement ve-lo ippayes - il ne fut pas apaisé Deux difficultés en découlent : Rav dépasse les trois demandes, et Rabbi Hanina refuse de passer sur ses mesures.
Trois retours au début, puis un refus - et l'offense qui en naît.
2
וְהֵיכִי עֲבִיד הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: כָּל הַמְבַקֵּשׁ מָטוּ מֵחֲבֵירוֹ אַל יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ פְּעָמִים! רַב שָׁאנֵי. וְרַבִּי חֲנִינָא, הֵיכִי עֲבִיד הָכִי? וְהָאָמַר רָבָא: כָּל הַמַּעֲבִיר עַל מִדּוֹתָיו — מַעֲבִירִין לוֹ עַל כָּל פְּשָׁעָיו!

Et comment a-t-il pu agir ainsi ? Or Rabbi Yossi bar Hanina a dit : quiconque demande l'apaisement (matou) de son prochain ne doit pas le lui demander plus de trois fois !

[Réponse :] Rav est un cas à part. Et Rabbi Hanina, comment a-t-il pu agir ainsi ?

Or Rava a dit : quiconque passe sur ses mesures (maavir al midotav), on lui passe toutes ses transgressions !

📜 Rachi (1)
רַב שָׁאנֵי מַחְמִיר הָיָה לְעַצְמוֹ:
« Rav est un cas à part » - il se montrait rigoureux envers lui-même.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא : כָּל הַמְבַקֵּשׁ מָטוּ מֵחֲבֵרוֹ , אַל יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ פְּעָמִים. הָא דְּהִקְשָׁה עַל רַב קֹודֶם שֶׁהִקְשָׁה עַל רַבִּי חַייָּא מִשּׁוּם דְּעַל רַב אִיכָּא קֻושְׁיָא טְפֵי דִּלְשׁוֹן 'אַל יְבַקֵּשׁ' מַשְׁמַע לְעִיכּוּבָא אֲבָל כָּל הַמַּעֲבִיר עַל מִדּוֹתָיו מַעֲבִירִין עַל פְּשָׁעָיו (רֹאשׁ הַשָּׁנָה יז.) עֵצָה טוֹבָה קָאָמַר."
« Or Rabbi Yossi bar Hanina a dit : quiconque demande l'apaisement (matou) de son prochain ne doit pas le lui demander plus de trois fois. » S'il pose la difficulté sur Rav avant de la poser sur Rabbi Hiya [c'est-à-dire : sur Rabbi Hanina], c'est parce que sur Rav la difficulté est plus forte : la formule « qu'il ne demande pas » laisse entendre une règle bloquante (le-ikkouva), tandis que « quiconque passe sur ses mesures, on lui passe toutes ses fautes » (Roch Hachana 17a) n'énonce qu'un bon conseil.
⚖️ Rosh (1)
וְיָשִׂים אָדָם אֶל לִבּוֹ עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים לְפַייֵּס כָּל אָדָם שֶׁנּוֹטֵר לוֹ אֵיבָה כִּדְאָמְרִינַן (לְעֵיל פז:) גַּבֵּי רַב דַּהֲוָה לֵיהּ לְרַבִּי חֲנִינָא מִילְּתָא בַּהֲדֵיהּ אֲזַל גַּבֵּיהּ תְּרֵיסַר מְעַלֵּי יוֹמָא דְּכִיפּוּרֵי וְלָא אִיפַּייַּס. וְאָמְרִינַן נָמֵי הָתָם (שָׁם) רַב הֲוָה לֵיהּ מִילְּתָא בַּהֲדֵי הָהוּא טַבָּחָא נְטַר לֵיהּ תְּרֵיסַר יַרְחֵי דְּשַׁתָּא וְלָא אֲתָא כִּי מְטָא מַעֲלֵי יוֹמָא דְכִיפּוּרֵי אֲמַר אֵיזַל אֲנָא וְאַפֵּיק לֵיהּ מִדַּעְתֵּיהּ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא לֵב כָּל יִשְׂרָאֵל שָׁלֵם עִם חֲבֵירוֹ. כִּדְאִיתָא בְּפִירְקָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר (פמ"ו ע"ש) רָאָה סַמָּאֵל שֶׁלֹּא מָצָא חֵטְא בְּיִשְׂרָאֵל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וְאָמַר רִבּוֹן הָעוֹלָם יֵשׁ לְךָ עַם אֶחָד כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת. מַה מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת יְחֵיפֵי רֶגֶל אַף יִשְׂרָאֵל יְחֵיפֵי רֶגֶל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. מַה מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אֵין לָהֶם קְפָצִים כָּךְ יִשְׂרָאֵל עוֹמְדִים עַל רַגְלֵיהֶם בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. מַה מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אֵין בָּהֶן אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה אַף יִשְׂרָאֵל כֵּן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. מַה מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת שִׂימַת שָׁלוֹם בֵּינֵיהֶם אַף יִשְׂרָאֵל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים כֵּן. מַה מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת נְקִיִּים מִכָּל חֵטְא אַף יִשְׂרָאֵל כֵּן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. וּמִתּוֹךְ מִדְרָשׁ זֶה נָהֲגוּ בְּאַשְׁכְּנַז הַרְבֵּה בְּנֵי אָדָם שֶׁעוֹמְדִים כָּל הַיּוֹם בִּזְקִיפָה. וְנָהֲגוּ לִטְבֹּול בְּעֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים. וְאָמַר רַב עַמְרָם טוֹבֵל אָדָם בְּשֶׁבַע שָׁעוֹת וּמִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה. וְאָמַר רַב סְעַדְיָה בַּעֲלִיָּיתוֹ מִלִּטְבֹּול מְבָרֵךְ עַל הַטְּבִילָה וְאֵין דְּבָרָיו נִרְאִין בָּזֶה שֶׁלֹּא מָצִינוּ בְּהַשַּׁ"ס רֶמֶז לִטְבִילָה זוֹ וְאֵין לָהּ יְסוֹד נְבִיאִים וְלֹא מִנְהַג נְבִיאִים. וְלָא עֲדִיפָא מֵעֲרָבָה (סֻוכָּה מד:) דַּאֲמַר לֵיהּ חַבֵּיט חַבֵּיט וְלָא בָּרֵיךְ קָסָבַר מִנְהַג נְבִיאִים הוּא. וְאִי מִשּׁוּם דא"ר יִצְחָק (ר"ה טז:) חַיָּיב אָדָם לְטַהֵר עַצְמוֹ בָּרֶגֶל הַיְינוּ לְטַהֵר עַצְמוֹ מִכָּל טֻומְאוֹת וְאַפֵּי' מִטֻּומְאַת מֵת וּלְהַזּוֹת עָלָיו שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי. וְהָאִידָּנָא אֵין לָנוּ טְהָרוֹת וְכֵיוָן שֶׁאֵין בַּעֲלֵי קְרָיִין טוֹבְלִין כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ גַּם אֵין חוֹבָה לִטְבִילָה זוֹ וְאֵין לְבָרֵךְ עָלֶיהָ אֶלָּא שֶׁנָּהֲגוּ הָעוֹלָם לְטַהֵר עַצְמָן מִקְּרֵי לִתְפִלַּת יוֹם הַכִּפּוּרִים. וְסָמְכוּ אַמִּדְרַשׁ תַּנְחוּמָא בְּפָרָשַׁת וָאֶתְחַנַּן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁהֵם נְקִיִּים כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת:
Et que l'homme se mette à cœur, la veille de Yom Kippour, d'apaiser tout homme envers lequel il garde de l'inimitié, comme nous l'avons dit (ci-dessus 87b) au sujet de Rav, qui avait une affaire avec Rabbi Hanina : il alla chez lui douze veilles de Yom Kippour et [Rabbi Hanina] ne fut pas apaisé. Et nous disons également là-bas : Rav avait une affaire avec un certain boucher ; il l'attendit les douze mois de l'année et l'autre ne vint pas. Quand arriva la veille de Yom Kippour, il dit : j'irai moi-même et je l'amènerai à changer d'avis - afin que le cœur de tout Israël soit entier avec son prochain. Comme il est rapporté dans les Pirkei de-Rabbi Eliezer (ch. 46, vois-y) : Samael vit qu'il ne trouvait aucune faute en Israël le jour de Kippour, et il dit : Maître du monde, tu as un peuple unique, semblable aux anges de service. De même que les anges de service ont les pieds nus, ainsi Israël a les pieds nus à Yom Kippour. De même que les anges de service n'ont pas d'articulations aux jambes, ainsi Israël se tient debout sur ses jambes à Yom Kippour. De même que les anges de service ne mangent ni ne boivent, ainsi Israël à Yom Kippour. De même que les anges de service ont la paix entre eux, ainsi Israël à Yom Kippour. De même que les anges de service sont nets de toute faute, ainsi Israël à Yom Kippour. Et c'est de ce midrach qu'est venue la coutume, en Achkenaz, que beaucoup se tiennent debout tout le jour. On a aussi pris coutume de s'immerger (tevila) la veille de Yom Kippour. Rav Amram a dit : on s'immerge à la septième heure et l'on prie la prière de minha. Et Rav Saadia a dit : en remontant de l'immersion, on récite la bénédiction sur la tevila. Ses paroles, sur ce point, ne me paraissent pas justes : nous n'avons trouvé dans le Talmud aucune allusion à cette immersion, elle n'a ni fondement des prophètes ni coutume des prophètes. Elle ne vaut pas mieux que la arava (Souka 44b), dont il fut dit : « frappe, frappe, mais ne bénis pas », parce qu'il tenait que c'est une coutume des prophètes. Et si l'on invoque ce qu'a dit Rabbi Yitshak (Roch Hachana 16b) - l'homme est tenu de se purifier pour la fête -, il s'agit là de se purifier de toutes les impuretés, même de l'impureté du mort, et de recevoir l'aspersion le troisième et le septième jour. Or aujourd'hui nous n'avons plus de taharot (régime de pureté), et puisque ceux qui ont eu une émission ne s'immergent pas le reste de l'année, cette immersion-ci n'est pas non plus une obligation et il n'y a pas lieu de réciter une bénédiction dessus ; simplement, le monde à pris coutume de se purifier de l'émission pour la prière de Yom Kippour, en s'appuyant sur le Midrach Tan'houma, parachat Vaethanan : à Yom Kippour, ils sont nets comme les anges de service.
💡 Explication

La guemara attaque des deux côtés. Contre Rav : la règle de Rabbi Yossi bar Hanina (déjà citée en 87a) limite la demande de pardon à trois fois - au-delà, on humilie l'offenseur et l'on force l'offensé. Réponse : Rav chani, Rav est un cas à part ; Rachi explique qu'il se montrait rigoureux envers lui-même, au-delà de la lettre de la loi.

Contre Rabbi Hanina : celui qui passe sur ses mesures, c'est-à-dire qui renonce à exiger son dû en matière d'honneur, obtient que le Ciel passe sur les siennes. Refuser treize fois semble le contraire même de cette qualité. Cette seconde question ne trouvera pas de réponse dans les termes où elle est posée : la guemara va devoir changer entièrement le récit.

Le Ben Yehoyada note l'ordre : on interroge Rav en premier parce que la difficulté y est plus bloquante - al yevakech sonne comme une interdiction, tandis que maavir al midotav n'est qu'un conseil.

3
אֶלָּא: רַבִּי חֲנִינָא חֶלְמָא חָזֵי לֵיהּ לְרַב דְּזַקְפוּהוּ בְּדִיקְלָא, וּגְמִירִי דְּכֹל דְּזַקְפוּהוּ בְּדִיקְלָא — רֵישָׁא הָוֵי. אֲמַר: שְׁמַע מִינַּהּ בָּעֵי לְמֶעְבַּד רְשׁוּתָא וְלָא אִיפַּייַּס, כִּי הֵיכִי דְּלֵיזִיל וְלִגְמַר אוֹרָיְיתָא בְּבָבֶל.

Plutôt : Rabbi Hanina avait vu en rêve que l'on suspendait Rav à un dattier, et l'on tient pour acquis que quiconque est suspendu à un dattier [en rêve] deviendra une tête. Il se dit : apprends-en qu'il est appelé à exercer l'autorité - et il ne se laissa pas apaiser, afin que [Rav] s'en aille enseigner la Torah en Babylonie.

📜 Rachi (1)
חֶלְמָא חֲזָא לֵיהּ לְרַב רָאָה חֲלוֹם עַל רַב שֶׁתִּלְאוּהוּ בְּדֶקֶל וְהוּא סִימָן נְשִׂיאוּת רֹאשׁ וּגְדוּלָּה וְר' חֲנִינָא רֹאשׁ יְשִׁיבָה הָיָה כִּדְאָמַר רַבִּי (כְּתוֹבוֹחַ דַּף קג:) בִּשְׁעַת פְּטִירָתוֹ חֲנִינָא בַּר חָמָא יֵשֵׁב בָּרֹאשׁ וּכְשֶׁרָאָה חֲלוֹם זֶה עַל רַב דָּאַג לָמוּת לְפִי שֶׁאֵין מַלְכוּת נוֹגַעַת בַּחֲבֶרְתָּהּ אָמַר אִדְחֲיֵיהּ מֵהָכָא וְיִבְרַח לְבָבֶל מִפְּנֵי וְשָׁם יִהְיֶה רֹאשׁ וְלֹא נִדְחִין לָמוּת בִּשְׁבִילוֹ:
« Il avait vu un rêve au sujet de Rav » - il vit en rêve, au sujet de Rav, qu'on le suspendait à un dattier, ce qui est un signe de nessiout (direction), de primauté et de grandeur. Or Rabbi Hanina était lui-même chef d'académie, comme l'a dit Rabbi au moment de sa disparition (Ketoubot 103b) : « que Hanina bar Hama siège à la tête ». Voyant ce rêve au sujet de Rav, il craignit de mourir, car une royauté ne touche pas à sa compagne. Il se dit : je vais l'écarter d'ici, il s'enfuira en Babylonie à cause de moi, la-bas il sera la tête, et nous ne serons pas poussés à la mort à cause de lui.
💡 Explication

Renversement complet : le refus n'était pas de la rancune, c'était un calcul de vie. Rabbi Hanina lit son rêve comme une annonce : Rav sera richa, une tête, un chef d'académie.

Rachi fournit la pièce manquante : Rabbi Hanina était lui-même rich yechiva - Rabbi l'avait désigné à sa mort (Ketoubot 103b). Or ein malkhout nogaat ba-havertah : deux royautés ne se touchent pas, deux têtes ne coexistent pas au même endroit. Si Rav accède à la direction en Terre d'Israël, Rabbi Hanina doit mourir. En restant non apaisé, il pousse Rav à partir : le rêve s'accomplira en Babylonie, et personne ne meurt.

C'est aussi une étiologie : voilà comment, selon ce récit, la grande académie de Babylonie est née. Le prix de l'offense non pardonnée devient le point de départ d'un monde d'étude.

🖼️ Schéma
Pourquoi Rabbi Hanina refuse d'être apaisé : la chaîne du rêve Le refus n'est pas de la rancune. C'est un calcul de vie et de mort, tenu secret. Rabbi Hanina rêve : Rav est suspendu à un dattier Tradition reçue : être suspendu à un dattier annonce la têteridcha hevei - il deviendra rich yechiva Or Rabbi Hanina est lui-même rich yechivaRachi : Rabbi l'avait désigné à sa mort - Ketoubot 103b Ein malkhout nogaat ba-havertah - deux royautés ne se touchent passi Rav devient tête ici, Rabbi Hanina doit céder la place - ou mourir Donc : ne pas être apaiséRav partira en Babylonie et y sera tête - le rêve s'accomplit ailleurs Résultat : les deux maîtres vivent, et Babylonie reçoit sa yechiva.
Le raisonnement caché derrière le refus d'être apaisé.
4
תָּנוּ רַבָּנַן: מִצְוַת וִידּוּי עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים עִם חֲשֵׁכָה. אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים: יִתְוַדֶּה קֹודֶם שֶׁיֹּאכַל וְיִשְׁתֶּה, שֶׁמָּא תִּטָּרֵף דַּעְתּוֹ בִּסְעוּדָה. וְאַף עַל פִּי שֶׁהִתְוַדָּה קֹודֶם שֶׁאָכַל וְשָׁתָה — מִתְוַדֶּה לְאַחַר שֶׁיֹּאכַל וְיִשְׁתֶּה, שֶׁמָּא אֵירַע דְּבַר קַלְקָלָה בַּסְּעוּדָה. וְאַף עַל פִּי שֶׁהִתְוַדָּה עַרְבִית — יִתְוַדֶּה שַׁחֲרִית. שַׁחֲרִית — יִתְוַדֶּה בְּמוּסָף, בְּמוּסָף — יִתְוַדֶּה בְּמִנְחָה, בְּמִנְחָה — יִתְוַדֶּה בִּנְעִילָה.

Nos maîtres ont enseigné : la mitsva du vidouy (confession) est la veille de Yom Kippour, à la tombée de la nuit. Mais les sages ont dit : qu'il confesse avant de manger et de boire, de peur que son esprit ne se trouble pendant le repas.

Et bien qu'il ait confessé avant d'avoir mangé et bu, il confesse [de nouveau] après avoir mangé et bu, de peur qu'une chose fâcheuse ne soit survenue pendant le repas. Et bien qu'il ait confessé à arvit, qu'il confesse à chaharit ; à chaharit, qu'il confesse à moussaf ; à moussaf, qu'il confesse à minha ; à minha, qu'il confesse à néila.

📜 Rachi (3)
עִם חֲשֵׁיכָה לְאַחַר אֲכִילָה מִשֶּׁקִּיבֵּל עָלָיו יוה"כ:
« À la tombée de la nuit » - après le repas, une fois qu'il a pris Yom Kippour sur lui.
שֶׁמָּא תִּטָּרֵף דַּעְתּוֹ מֵחֲמַת שִׁכְרוּת:
« De peur que son esprit ne se trouble » - à cause de l'ivresse.
דְּבַר קַלְקָלָה שֶׁל חֵטְא:
« Une chose fâcheuse » - c'est-à-dire une faute.
⚖️ Rosh (1)
[דַּף פז ע"ב] תָּנוּ רַבָּנַן מִצְוַת וִידּוּי עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים עִם חֲשֵׁיכָה דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים צָרִיךְ שֶׁיִּתְוַדֶּה קֹודֶם שֶׁיֹּאכַל וְיִשְׁתֶּה שֶׁמָּא יֶאֱרַע דְּבַר קִלְקוּל בַּסְּעוּדָה. וְאַף עַל פִּי שֶׁהִתְוַדָּה קֹודֶם אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה מִתְוַדֶּה לְאַחַר אֲכִילָה. ואע"פ שֶׁהִתְוַדָּה עַרְבִית מִתְוַדֶּה שַׁחֲרִית. בְּשַׁחֲרִית יִתְוַדֶּה בְּמוּסָף. בְּמוּסָף יִתְוַדֶּה בְּמִנְחָה. בְּמִנְחָה יִתְוַדֶּה בִּנְעִילָה. וְהֵיכָן אוֹמְרָהּ. יָחִיד אַחַר תְּפִלָּתוֹ. מַאי אָמַר. אָמַר רַב אַתָּה יוֹדֵעַ רָזֵי עוֹלָם. וּשְׁמוּאֵל אָמַר אַתָּה מֵבִין תַּעֲלוּמוֹת לֵב. לֵוִי אָמַר בְּתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר רִבּוֹן הָעוֹלָמִים רַבּוּ עֲוֹנֹותֵינוּ מִלִּמְנוֹת וְאַשְׁמוֹתֵינוּ עַצְמוֹ מִסְפָּר. רַב הוּנָא אָמַר אֱ-לֹהַי עַד שֶׁלֹּא נוֹצַרְתִּי אֵינִי כְּדַאי וְכוּ'. אָמַר רַב הַמְּדוּדִי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא אָמַר אֲבָל חָטָאנוּ. אֲבָל אִם אָמַר אֲבָל חָטָאנוּ לֹא צָרִיךְ. וַאֲמַר רַב הַמְדּוּדֵי הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל וַהֲוָה יָתֵיב כַּד מָטֵי שְׁלִיחַ צִיבּוּר לְמֵימַר אֲבָל חָטָאנוּ קָם אַכְרְעֵיהּ. שְׁמַע מִינַּהּ עִיקַּר וִידּוּי מְעֻומָּד הוּא. (לְעֵיל דַּף לוֹ:) תָּנוּ רַבָּנַן כֵּיצַד מִתְוַדֶּה אוֹמֵר עָוִיתִי פָּשַׁעְתִּי חָטָאתִי. וְכֵן בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ הוּא אוֹמֵר וְהִתְוַדָּה עָלָיו אֶת כָּל עֲוֹנֹות בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאֶת כָּל פִּשְׁעֵיהֶם לְכָל חַטֹּאתָם. וְכֵן בְּמֹשֶׁה הוּא אוֹמֵר נֹושֵׂא עָוֹן וָפֶשַׁע וְחַטָּאָה דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים עֲוֹנוֹת אֵלּוּ הַזְּדוֹנוֹת שֶׁנֶּאֱמַר הִכָּרֵת תִּכָּרֵת וְגוֹ' וּפֹשְׁעִים אֵלּוּ הַמְּרָדִים שֶׁנֶּאֱמַר מֶלֶךְ מוֹאָב פָּשַׁע בִּי וְכֵן הוּא אוֹמֵר אָז תִּפְשַׁע לְבָנָה. חֲטָאִים אֵלּוּ הַשְּׁגָגוֹת שֶׁנֶּאֱמַר וְנֶפֶשׁ כִּי תֶחֱטָא בִּשְׁגָגָה. וְכִי מֵאַחַר שֶׁהִתְוַדָּה עַל הַזְּדוֹנוֹת וְעַל הַמְּרָדִים וְכִי חוֹזֵר וּמִתְוַדֶּה עַל הַשְּׁגָגוֹת. אֶלָּא אוֹמֵר אָנָּא שָׂא נָא לַחֲטָאִים וְלָעֲוֹנוֹת וְלַפְּשָׁעִים שֶׁחָטָאתִי וְשֶׁעָוִיתִי וְשֶׁפָּשַׁעְתִּי. וְכֵן בְּדָוִד הוּא אוֹמֵר חָטָאנוּ עִם אֲבוֹתֵינוּ הֶעֱוִינוּ וְהִרְשַׁעְנוּ. וְכֵן בְּדָנִיֵּאל חָטָאנוּ וְעָוִינוּ וְהִרְשַׁעְנוּ וּמָרָדְנוּ. אֶלָּא מַה שֶׁאָמַר מֹשֶׁה נֹושֵׂא עָוֹן וָפֶשַׁע וְחַטָּאָה וְנַקֵּה. אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם בְּשָׁעָה שֶׁחוֹטְאִים יִשְׂרָאֵל וְעוֹשִׂין תְּשׁוּבָה עֲשֵׂה לָהֶם זְדוֹנוֹת כִּשְׁגָגוֹת. אָמַר רַבָּה בַּר שֵׁילָא אָמַר רַב הֲלָכָה כְּדִבְרֵי חֲכָמִים. הָהוּא דִּנְחֵת קַמֵּיהּ דְּרָבָא וַעֲבַד כְּרַבִּי מֵאִיר אֲמַר לֵיהּ שָׁבְקַתְּ רַבָּנַן וְעָבְדַתְּ כְּרַבִּי מֵאִיר. אֲמַר לֵיהּ כְּרַבִּי מֵאִיר סְבִירָא לִי כְּדִכְתִיב. בְּסֵפֶר אוֹרָייְתָא. וְהָרַב אַלְפָסִי פָּסַק כְּרַבָּנָן וְכֵן בַּעַל הַהֲלָכוֹת וְרַב פַּלְטוֹיָא וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל זַ"ל וּבְתוֹרַת כֹּהֲנִים נָמֵי תַּנְיָא כְּרַבָּנָן. וְרַב סְעַדְיָה פָּסַק כְּרָבָא. וְכֵן פָּסַק הרי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל וּבַעַל הָעִיטּוּר. וֶהֱבִיאוֹ רְאָיָה מִדְּשָׁתַק לֵיהּ רָבָא לְהַהוּא דְּנָחַת קַמֵּיהּ שְׁמַע מִינָּה קַבָּלָה וַהֲלָכָה כְּרָבָא דְּהוּא בָּתְרָאָה וּנְהִיגִי עַמָּא כְּרַבָּנָן: תָּנוּ רַבָּנַן (לְעֵיל לז.) מִנַּיִן שֶׁוִּידּוּיוֹ שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים בַּאֲנָא. נֶאֱמַר כָּאן כַּפָּרָה וְכִפֶּר בַּעֲדוֹ וְנֶאֱמַר בְּחוֹרֵב כַּפָּרָה אוּלַי אֲכַפְּרָה בְּעַד חַטַּאתְכֶם מַה לְהַלָּן בְּאָנָּא אַף כָּאן בְּאָנָּא. וּמִנַּיִן שֶׁבַּשֵּׁם נֶאֱמַר כָּאן כַּפָּרָה וְנֶאֱמַר בְּעֶגְלָה עֲרוּפָה כַּפָּרָה מַה לְהַלָּן בַּשֵּׁם דִּכְתִיב כַּפֵּר לְעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר פָּדִיתָ ה' אַף כָּאן בְּשֵׁם. וְתַנְיָא בְּפֶרֶק שֵׁנִי בַּתּוֹסֶפְתָּא אָנָּא ה' עָוִיתִי וְכוּ' אָנָּא ה' כַּפֵּר נָא וְכוּ' וְכֵן בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים. וְכֵן יֵשׁ בְּמִקְצָת סְפָרִים. וּבַיְּרוּשַׁלְמִי (פ"ג ה"ז) גָּרְסִינַן אָמַר רַבִּי חַגַּי בָּרִאשׁוֹנָה הָיָה אוֹמֵר אָנָא הַשֵּׁם וּבַשְּׁנִיָּה אֲנָא בְּשֵׁם. וְכָתַב רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל זַ"ל לָא מַשְׁגִּיחִין לְרַבִּי חַגַּי לְגַבֵּי מַתְנִיתִין. וּבְסֵדֶר רַבֵּינוּ וְהַבַּבְלִי יָסַד שְׁנֵיהֶם אָנָּא הַשֵּׁם וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ בָּרִאשׁוֹנָה אָנָּא הַשֵּׁם וּבַשְּׁנִיָּה אָנָּא בְּשֵׁם. וְכָתַב רָאַבְיָ"ה כֵּיוָן שֶׁפֵּירֵשׁ רַבִּי חַגַּי בִּירוּשַׁלְמִי דְּבָרִאשׁוֹנָה אָנָּא הַשֵּׁם וּבַשְּׁנִיָּה אֲנָא בְּשֵׁם הָכִי עָבְדִינַן דְּאָמוֹרָאֵי בְּקִיאִים בַּגִּירְסָא טְפֵי מִינָן. וְסָבוּר אֲנִי דַּאֲנָא הַשֵּׁם דְּהָיָה אוֹמֵר וּבַשְּׁנִיָּה אֲנָא בְּשֵׁם אֶלָּא שֶׁהַמִּשְׁנָה נִישְׁנֵית בִּלְשׁוֹן הָעוֹלָם. וְרַב הַאי אָמַר לֹא בַּלָּשׁוֹן הַזֶּה הָיָה אוֹמֵר כ"ג אָנָּא הַשֵּׁם אֶלָּא שֵׁם בֶּן שְׁנַיִם וְאַרְבָּעִים אוֹתִיּוֹת וַעֲדַייִן מָצוּי בִּישִׁיבָה בְּקַבָּלָה וְיָדוּעַ לַחֲכָמִים. וְאֵין נִרְאֶה לִי דִּבְרֵי רַב הַאי בָּזֶה דְּכֵיוָן דְּיָלְפִינַן בִּגְזֵרָה שָׁוָה מֵעֶגְלָה עֲרוּפָה הַזְכָּרַת הַשֵּׁם שֶׁל אַרְבַּע אוֹתִיּוֹת אֵין לְשַׁנּוֹת אֶלָּא כְּמוֹ שֶׁנִּכְתַּב בַּפָּסוּק הוּא מַזְכִּירוֹ אֶלָּא שֶׁמַּזְכִּירוֹ כִּכְתָבוֹ וְהוּא נִקְרָא שֵׁם הַמְפֹורָשׁ. וְהוּא מָקוֹר לְכָל הַשֵּׁמוֹת כִּי כֻּולָּן נֶאֱצָלִין מִמֶּנּוּ וְעָלָיו נֶאֱמַר (סַנְהֶדְרִין צ.) הַהוֹגֶה אֶת הַשֵּׁם בְּאוֹתִיּוֹתָיו נֶעֱקַר מִן הָעוֹלָם דְּאֵין לְהַזְכִּירוֹ בְּגִבּוּלִין. נִמְצָא בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים מִנְהָג שֶׁל יְשִׁיבָה. בְּשַׁחֲרִית שִׁבְעָה פְּעָמִים וְיַעֲבֹור. בְּמוּסָף שִׁבְעָה בְּמִנְחָה שִׁשָּׁה בִּנְעִילָה שְׁלֹשָׁה:
[Feuillet 87b] Nos maîtres ont enseigné : la mitsva du vidouy est la veille de Yom Kippour à la tombée de la nuit - paroles de Rabbi Meir. Et les sages disent : il faut qu'il confesse avant de manger et de boire, de peur qu'un incident fâcheux ne survienne pendant le repas. Et bien qu'il ait confessé avant de manger et de boire, il confesse après avoir mangé. Et bien qu'il ait confessé à arvit, il confesse à chaharit ; à chaharit, qu'il confesse à moussaf ; à moussaf, qu'il confesse à minha ; à minha, qu'il confesse à néila. Et où le dit-on ? Le particulier, après sa prière. Que dit-on ? Rav a dit : « Tu connais les secrets du monde. » Et Chemouel a dit : « Tu discernes les replis cachés du cœur. » Levi a dit : « Dans ta Torah il est écrit : car en ce jour on expiera pour vous. » Rabbi Yo'hanan a dit : « Maître des mondes, nos fautes se sont multipliées au-delà du compte et nos manquements sont trop nombreux pour être dénombrés. » Rav Houna a dit : « Mon Dieu, avant d'avoir été formé je ne valais rien... » etc. Rav Hamdoudei a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il n'a pas dit « mais nous, nous avons fauté » ; mais s'il a dit « mais nous, nous avons fauté », il n'a pas besoin de davantage. Et Rav Hamdoudei a dit : je me tenais devant Chemouel, qui était assis ; lorsque le chalia'h tsibbour parvint à dire « mais nous, nous avons fauté », il se dressa sur ses jambes. Apprends-en que l'essentiel du vidouy se dit debout. (Ci-dessus 36b) Nos maîtres ont enseigné : comment confesse-t-on ? Il dit : j'ai dévié (aviti), je me suis révolté (pachati), j'ai fauté (hatati). Et de même pour le bouc émissaire, il est dit : « il confessera sur lui toutes les fautes des enfants d'Israël, et toutes leurs révoltes, pour tous leurs manquements. » Et de même pour Moche il est dit : « il porte la faute, la révolte et le manquement » - paroles de Rabbi Meir. Et les sages disent : « avonot », ce sont les transgressions volontaires, ainsi qu'il est dit « elle sera assurément retranchée » ; « pechaim », ce sont les rébellions, ainsi qu'il est dit « le roi de Moav s'est rebelle contre moi », et de même « alors Livna se rebella » ; « hataim », ce sont les fautes par inadvertance, ainsi qu'il est dit « et une âme qui faute par inadvertance ». Or, puisqu'il a déjà confessé sur les volontaires et sur les rébellions, va-t-il revenir confesser sur les inadvertances ? Plutôt, il dit : « De grâce, pardonne les manquements, les fautes et les révoltes par lesquels j'ai fauté, dévié et me suis révolté. » Et de même chez David il est dit : « nous avons fauté avec nos pères, nous avons dévié et nous avons fait le mal. » Et de même chez Daniel : « nous avons fauté, nous avons dévié, nous avons fait le mal et nous nous sommes révoltés. » Mais alors, ce qu'a dit Moche - « il porte la faute, la révolte et le manquement, et il absout » ? Moche a dit devant le Saint béni soit-il : Maître du monde, à l'heure où Israël faute et fait techouva, fais-leur des fautes volontaires comme des inadvertances. Rabba bar Chila a dit au nom de Rav : la halakha est selon les paroles des sages. Un certain [officiant] descendit [devant l'arche] devant Rava et fit selon Rabbi Meir. [Rava] lui dit : tu as délaissé les sages et tu as fait selon Rabbi Meir ! Il lui répondit : je tiens comme Rabbi Meir, ainsi qu'il est écrit dans le livre de la Torah. Le Rav Alfassi a tranché comme les sages, et de même le Baal ha-Halakhot, Rav Paltoi et Rabbenou Hananel de mémoire bénie ; et dans le Torat Kohanim aussi on enseigne comme les sages. Rav Saadia a tranché comme Rava ; ainsi ont tranché le Ritz Guiat de mémoire bénie et le Baal ha-Itour, apportant pour preuve que Rava s'est taru devant celui qui était descendu devant lui : apprends-en qu'il a accepté [son argument], et la halakha est comme Rava, qui est le dernier. Mais le peuple a l'usage de faire comme les sages. Nos maîtres ont enseigné (ci-dessus 37a) : d'où sait-on que le vidouy de Yom Kippour se fait avec « ana » (de grâce) ? Il est dit ici « expiation » - « il expiera pour lui » - et il est dit à Horev « expiation » - « peut-être expierai-je votre faute » : de même que là-bas c'est avec « ana », de même ici avec « ana ». Et d'où sait-on que c'est avec le Nom ? Il est dit ici « expiation » et il est dit pour la génisse à la nuque brisée « expiation » : de même que là-bas c'est avec le Nom, ainsi qu'il est écrit « expie pour ton peuple Israël que tu as racheté, Hachem », de même ici avec le Nom. Et l'on enseigne au deuxième chapitre de la Tosefta : « Ana Hachem, j'ai dévié... », « Ana Hachem, expie donc... » ; de même dans le Torat Kohanim, et ainsi le lit-on dans certains livres. Et dans le Yerouchalmi (ch. 3, hal. 7) nous lisons : Rabbi Haggai a dit : à la première fois il disait « Ana ha-Chem », et à la seconde « Ana be-Chem ». Rabbenou Hananel de mémoire bénie a écrit : on ne tient pas compte de Rabbi Haggai contre notre michna. Dans le rituel de notre maître et dans le rite babylonien, on a composé les deux avec « Ana ha-Chem » ; dans le piyout « Ata konanta », la première fois « Ana ha-Chem » et la seconde « Ana be-Chem ». Et le Raavya a écrit : puisque Rabbi Haggai a explicité dans le Yerouchalmi que la première fois c'est « Ana ha-Chem » et la seconde « Ana be-Chem », c'est ainsi que nous faisons, car les amoraim sont plus experts que nous dans les versions. Et je pense, quant à moi, qu'il disait bien « Ana ha-Chem » puis, la seconde fois, « Ana be-Chem », mais que la michna a été enseignée dans le langage courant. Et Rav Haï a dit : ce n'est pas cette formule que prononçait le kohen gadol, mais le Nom de quarante-deux lettres, encore conservé dans l'académie par tradition et connu des sages. Les paroles de Rav Haï sur ce point ne me paraissent pas justes : puisque nous apprenons par gezera chava de la génisse à la nuque brisée la mention du Nom de quatre lettres, il n'y a pas lieu de changer - il le mentionne tel qu'il est écrit dans le verset, sauf qu'il le prononce selon ses lettres, et c'est ce qu'on appelle le Nom explicite. Il est la source de tous les Noms, car tous en émanent, et c'est de lui qu'il est dit (Sanhédrin 90a) : « celui qui prononce le Nom selon ses lettres est retranché du monde » - car on ne le mentionne pas hors du Temple. On trouve dans les responsa des Gueonim l'usage de l'académie : à chaharit sept fois « Va-yaavor » ; à moussaf sept ; à minha six ; à néila trois.
💡 Explication

Nouveau sujet : la liturgie du jour. Le vidouy (confession) n'est pas un acte unique mais une chaîne de sept stations. La règle est cumulative : af al pi che-hitvada - avoir confessé ne dispense jamais de la station suivante.

Chaque station a son motif propre, et c'est ce qui empêche la répétition d'être vaine. Avant le repas, on confesse parce que l'ivresse pourrait ensuite brouiller l'esprit (Rachi : mehamat chikhrout). Après le repas, on confesse parce qu'une faute a pu se produire pendant le repas lui-même - un mot de trop, un excès. Puis chaque office ajoute le temps qui vient de s'écouler.

Rachi précise ce qu'est im hachekha, à la tombée de la nuit : après le repas, une fois qu'on a déjà pris Yom Kippour sur soi. La confession principale se trouve donc à la charnière exacte entre le dernier repas et le jeûne.

5
וְהֵיכָן אוֹמְרוֹ? יָחִיד אַחַר תְּפִלָּתוֹ, וּשְׁלִיחַ צִבּוּר אוֹמְרוֹ בָּאֶמְצַע. מַאי אָמַר? אָמַר רַב: ״אַתָּה יוֹדֵעַ רָזֵי עוֹלָם״. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: ״מִמַּעֲמַקֵּי הַלֵּב״. וְלֵוִי אָמַר: ״וּבְתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר״. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: ״רִבּוֹן הָעוֹלָמִים״.

Et où le dit-on ? Le particulier, après sa prière ; et le chalia'h tsibbour (officiant) le dit au milieu [de la amida].

Que dit-on ? Rav a dit : « Tu connais les secrets du monde. » Chemouel a dit : « Des profondeurs du cœur. » Levi a dit : « Et dans ta Torah il est écrit, disant. » Rabbi Yo'hanan a dit : « Maître des mondes. »

📜 Rachi (3)
מִמַּעֲמַקֵּי הַלֵּב תְּפִלָּה הִיא:
« Des profondeurs du cœur » - c'est [le nom d'] une prière.
בְּתוֹרָתְךָ כָּתוּב כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר:
« Dans ta Torah il est écrit » - « car en ce jour on expiera pour vous ».
רִבּוֹן הָעוֹלָמִים כִּי לֹא עַל צִדְקֹותֵינוּ וְכוּ':
« Maître des mondes » - « car ce n'est pas sur nos mérites... » etc.
💡 Explication

Deux questions techniques. Où ? Le particulier confesse après avoir terminé sa amida ; l'officiant, lui, l'insère au milieu de la sienne - dans la bénédiction centrale du jour. C'est encore l'usage aujourd'hui.

Quoi ? Quatre amoraim donnent quatre incipits différents. Rachi identifie chacun : Mi-maamakei ha-lev est le nom d'une prière ; Ou-ve-Toratekha katouv introduit le verset « car en ce jour on expiera pour vous » (Vayikra 16,30) ; Ribon ha-olamim ouvre sur « car ce n'est pas sur nos mérites que nous faisons tomber nos supplications devant toi » (Daniel 9,18).

Aucune de ces formules n'est écartée. Le rite les a toutes conservées : ce que la guemara présente comme des positions concurrentes est devenu, dans le mahzor, une suite.

🖼️ Schéma
Mai amar ? Les six ouvertures du vidouy Aucune n'est écartée : le rite ashkénaze et séfarade a fini par toutes les intégrer au vidouy de Kippour. Rav Ata yodea razei olam Tu connais les secrets du monde Chemouel Mi-maamakei ha-lev Rachi : c'est le nom d'une prière Levi Ou-ve-Toratekha katouv lemor Rachi : ki va-yom ha-ze yekhaper R. Yo'hanan Ribon ha-olamim Rachi : ki lo al tsidkotenou R. Yehouda Ki avonotenou rabou mi-limnot nos fautes sont trop nombreuses pour être comptées Rav Hamnouna Elo-haï, ad che-lo notsarti avant d'être formé je ne valais rien Mar Zoutra : tout cela seulement si l'on n'a pas dit aval anahnou hatanou Ces quatre mots - mais nous, nous avons fauté - sont à eux seuls le vidouy. Les dire suffit. Preuve : Chemouel était assis ; quand le chalia'h tsibbour y arriva, il se leva. Bar Hamdoudei en tire l'essentiel du vidouy.
Les six ouvertures du vidouy, et la règle de Mar Zoutra qui les résume toutes.
6
רַבִּי יְהוּדָה אָמַר: ״כִּי עֲוֹנֹותֵינוּ רַבּוּ מִלִּמְנוֹת וְחַטֹּאתֵינוּ עָצְמוּ מִסַּפֵּר״. רַב הַמְנוּנָא אָמַר: ״אֱ-לֹהַי, עַד שֶׁלֹּא נוֹצַרְתִּי אֵינִי כְּדַאי. עַכְשָׁיו שֶׁנּוֹצַרְתִּי, כְּאִילּוּ לֹא נוֹצַרְתִּי. עָפָר אֲנִי בְּחַיַּי, קַל וָחֹומֶר בְּמִיתָתִי. הֲרֵי אֲנִי לְפָנֶיךָ כִּכְלִי מָלֵא בּוּשָׁה וּכְלִימָּה. יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ שֶׁלֹּא אֶחֱטָא, וּמַה שֶׁחָטָאתִי — מְרֹוק בְּרַחֲמֶיךָ, אֲבָל לֹא עַל יְדֵי יִסּוּרִין״. וְהַיְינוּ וִידּוּיָא דְרָבָא כֻּולַּהּ שַׁתָּא, וּדְרַב הַמְנוּנָא זוּטָא בְּיוֹמָא דְכִפּוּרֵי.

Rabbi Yehouda a dit : « Car nos fautes se sont multipliées au-delà du compte et nos manquements sont trop nombreux pour être dénombrés. » Rav Hamnouna a dit : « Mon Dieu, avant que je fusse formé je ne valais rien ; et maintenant que je suis formé, c'est comme si je n'avais pas été formé. Poussière je suis de mon vivant - à plus forte raison dans ma mort.

Me voici devant toi comme un vase rempli de honte et de confusion. Qu'il soit ta volonté que je ne faute plus, et ce par quoi j'ai fauté, efface-le dans ta miséricorde - mais non par des souffrances. » Et telle était la confession de Rava toute l'année, et celle de Rav Hamnouna Zouta le jour de Kippour.

💡 Explication

Deux dernières formules, d'un registre différent. Celle de Rabbi Yehouda est un aveu quantitatif : les fautes débordent le comptage. Celle de Rav Hamnouna est un aveu ontologique : elle ne parle même pas de fautes précises, elle parle de ce que l'homme est.

La dernière demande mérite l'attention : efface-le dans ta miséricorde, mais non par des souffrances. La techouva et le jour de Kippour peuvent s'accompagner de yissourim (souffrances) qui complètent l'expiation ; on demande ici d'en être dispensé.

La remarque finale place la formule dans deux usages distincts : Rava la disait toute l'année, dans sa prière quotidienne, et Rav Hamnouna Zouta la réservait à Kippour. La même phrase change de statut selon le jour où on la dit.

7
אָמַר מַר זוּטְרָא: לָא אֲמָרָן, אֶלָּא דְלָא אָמַר: ״אֲבָל אֲנַחְנוּ חָטָאנוּ״, אֲבָל אָמַר: ״אֲבָל אֲנַחְנוּ חָטָאנוּ״ — תּוּ לָא צָרִיךְ. דְּאָמַר בַּר הַמְּדוּדִי: הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל, וַהֲוָה יָתֵיב, וְכִי מְטָא שְׁלִיחָא דְצִבּוּרָא וְאָמַר: ״אֲבָל אֲנַחְנוּ חָטָאנוּ״, קָם מֵיקָם, אֲמַר: שְׁמַע מִינַּהּ עִיקַּר וִידּוּי הַאי הוּא.

Mar Zoutra a dit : nous n'avons dit cela que lorsqu'il n'a pas dit « mais nous, nous avons fauté » ; mais s'il a dit « mais nous, nous avons fauté », il n'a plus besoin de rien. Car bar Hamdoudei a dit : je me tenais devant Chemouel, qui était assis ; et lorsque le chalia'h tsibbour parvint à dire « mais nous, nous avons fauté », il se leva.

[Bar Hamdoudei] dit : apprends-en que c'est là l'essentiel du vidouy.

💡 Explication

Toute la liste précédente est ramenée à un noyau de quatre mots : aval anahnou hatanou - mais nous, nous avons fauté. Les formules des amoraim sont des développements ; l'aveu lui-même tient dans cette phrase, et la dire suffit.

La preuve n'est pas un raisonnement mais un geste observé. Chemouel était assis - signe qu'il écoutait, sans plus. À l'instant précis où l'officiant atteint ces mots, il se lève. Un élève en tire une règle de droit : ce que le maître honore en se levant est l'essentiel.

Le Roch, sur le segment 3, tire de la même scène une conclusion supplémentaire : ikkar vidouy me-oumad hou, l'essentiel du vidouy se dit debout - d'où l'usage de rester debout pendant la confession.

8
תְּנַן הָתָם: בִּשְׁלשָׁה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה כֹּהֲנִים נוֹשְׂאִין אֶת כַּפֵּיהֶן אַרְבָּעָה פְּעָמִים בַּיּוֹם: בְּשַׁחֲרִית, בְּמוּסָף, בְּמִנְחָה, וּבִנְעִילַת שְׁעָרִים. וְאֵלּוּ הֵן שְׁלֹשָׁה פְּרָקִים: בְּתַעֲנִיּוֹת, וּבְמַעֲמָדוֹת, וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים.

Nous avons appris là-bas [dans la michna de Taanit] : a trois périodes de l'année, les kohanim lèvent leurs paumes quatre fois dans la journée - à chaharit, à moussaf, à minha et à la néilat chearim (fermeture des portes). Et voici quelles sont ces trois périodes : lors des jeûnes, lors des maamadot, et le jour de Kippour.

📜 Rachi (2)
בְּתַעֲנִית שֶׁל גְּשָׁמִים:
« Lors des jeûnes » - ceux [que l'on décrète] pour la pluie.
וּבְמַעֲמָדוֹת אַרְבָּעָה יָמִים בְּכָל שַׁבָּת שֶׁאַנְשֵׁי מִשְׁמַר יִשְׂרָאֵל מִתְכַּנְּסִין בְּעָרֵיהֶן וּמִתְעַנִּין וְקוֹרִין בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית כִּדְאָמְרִינַן בְּמַס' תַּעֲנִית (דַּף כו.) וְהָתָם מַקְּשִׁינַן וְתַעֲנִיּוֹת וּמַעֲמָדוֹת מִי אִית בְּהוּ מוּסָף וּמִשָּׁנֵינַן הָכִי קָאָמַר כֹּהֲנִים נוֹשְׂאִין אֶת כַּפֵּיהֶן כָּל זְמַן שֶׁמִּתְפַּלְּלִין וְאַפֵּי' בְּמִנְחָה לְפִי שֶׁשְּׁלֹשָׁה פְּרָקִים הַלָּלוּ תַּעֲנִיּוֹת הֵם וְאֵין שִׁכְרוּת בְּמִנְחָה אֲבָל שְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה אֵין נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם בְּמִנְחָה וְיֵשׁ מֵהֶן אַרְבַּע פְּעָמִים בַּיּוֹם:
« Et lors des maamadot » - quatre jours par semaine, où les Israélites du michmar se rassemblent dans leurs villes, jeûnent et lisent le récit de la Création, comme nous le disons au traité Taanit (26a). Et là-bas nous objectons : les jeûnes et les maamadot ont-ils donc un moussaf ? Et nous répondons : voici ce que [la michna] veut dire - les kohanim lèvent leurs paumes chaque fois que l'on prie, et même à minha, parce que ces trois périodes sont des jeûnes et qu'il n'y a pas d'ivresse à minha ; mais le reste de l'année, il n'y a pas de nessiat kapayim à minha. Et parmi ces périodes, il y en a [des jours] où cela fait quatre fois par jour.
💡 Explication

La guemara importe une michna du traité Taanit, pour une seule raison : elle mentionne la néila comme un office à part entière, au même rang que chaharit, moussaf et minha. C'est le point d'appui de toute la discussion qui suit.

Rachi explique les deux termes obscurs. Les jeûnes sont ceux qu'on décrète pour obtenir la pluie. Les maamadot sont ces quatre jours par semaine où les Israélites du michmar (la division de service) se rassemblent dans leurs villes, jeûnent et lisent le récit de la Création.

Et il résout l'objection évidente - un jour de jeûne n'a pas de moussaf : la michna veut dire que les kohanim bénissent chaque fois qu'on prie, y compris à minha. Le reste de l'année on ne bénit pas à minha, par crainte de l'ivresse du repas de midi ; ces trois périodes étant des jours de jeûne, le motif tombe.

🖼️ Schéma
Trois périodes de l'année où les kohanim bénissent quatre fois dans la journée Michna de Taanit citée ici pour une seule raison : elle mentionne la néila comme un office à part entière. Période Chaharit Moussaf Minha Neila Jeûnes (pluie) ouiouiouioui Maamadot ouiouiouioui Yom Kippour ouiouiouioui Reste de l'année ouioui-- Pourquoi pas à minha le reste de l'année ? Par crainte de l'ivresse - le kohen a pu boire au repas de midi. Ces trois périodes sont des jours de jeûne : le motif tombe, la bénédiction revient à minha (Rachi, Taanit 26a). Maamadot : quatre jours par semaine, les Israélites du michmar se rassemblent, jeûnent et lisent le récit de la Création.
Où et pourquoi les kohanim bénissent quatre fois - et pourquoi pas le reste de l'année.
9
מַאי נְעִילַת שְׁעָרִים? רַב אָמַר: צְלוֹתָא יַתִּירְתָא. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: ״מֶה אָנוּ מֶה חַיֵּינוּ״. מֵיתִיבִי: אוֹר יוֹם הַכִּפּוּרִים מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה, בְּשַׁחֲרִית מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה, בְּמוּסָף מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה, בְּמִנְחָה מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה, בִּנְעִילָה מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה!

Qu'est-ce que la néilat chearim ? Rav a dit : une prière supplémentaire.

Et Chemouel a dit : « Que sommes-nous, qu'est notre vie ? » On objecte : [il a été enseigné] la nuit de Yom Kippour, on prie sept [bénédictions] et l'on confesse ; à chaharit, on prie sept et l'on confesse ; à moussaf, on prie sept et l'on confesse ; à minha, on prie sept et l'on confesse ; à la néila, on prie sept et l'on confesse !

📜 Rachi (3)
צִלּוּתָא יַתִּירְתָא מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע כִּשְׁאָר הַתְּפִלּוֹת:
« Une prière supplémentaire » - il prie sept [bénédictions], comme les autres prières.
וּשְׁמוּאֵל אָמַר מֶה אָנוּ וּמָה חַיֵּינוּ אוֹמֵר וְאֵינוֹ מִתְפַּלֵּל:
« Et Chemouel a dit : que sommes-nous, qu'est notre vie ? » - il le dit, mais il ne prie pas.
אוֹר יוֹם הַכִּפּוּרִים לֵיל יוֹם הַכִּפּוּרִים:
« Or yom ha-kippourim » - la nuit de Yom Kippour.
⚖️ Rosh (1)
וְרָאַבְיָ"ה כָּתַב רָאִיתִי שֶׁבִּתְפִלַּת יוֹצֵר יֵשׁ לוֹמַר שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה וְיַעֲבֹור כְּנֶגֶד שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מִדּוֹת. וְרַב נַטְרוֹנַאי כָּתַב מִנְהָג שֶׁל יְשִׁיבוֹת בְּשַׁחֲרִית אוֹמֵר שִׁבְעָה סְלִיחוֹת וּבְמוּסָף אוֹמֵר חֲמִשָּׁה וּבְמִנְחָה אוֹמֵר שְׁלֹשָׁה. יֵשׁ פְּנַאי אוֹמֵר חֲמִשָּׁה: תְּנַן (תַּעֲנִית כו.) שְׁלֹשָׁה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה הַכֹּהֲנִים נוֹשְׂאִים אֶת כַּפֵּיהֶם ד' פְּעָמִים בַּיּוֹם שַׁחֲרִית וּמוּסָף וּבְמִנְחָה וּבִנְעִילַת שְׁעָרִים. בְּתַעֲנִיּוֹת וּמַעֲמָדוֹת וביוה"כ. תַּנְיָא (שָׁם) שַׁחֲרִית מוּסָף מִנְחָה וּנְעִילָה יֵשׁ בָּהֶן נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וְרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִנְחָה וּנְעִילָה אֵין בָּהֶן נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם וְרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר מִנְחָה אֵין בָּהּ נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם נְעִילָה יֵשׁ בָּהּ נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי רַבִּי מֵאִיר סָבַר כָּל יוֹמָא מַאי טַעְמָא לָא מִשּׁוּם שִׁכְרוּת הָאִידָּנָא לֵיכָּא שִׁכְרוּת. וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר שַׁחֲרִית וּמוּסָף דְּכָל יוֹמָא לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת לָא גָּזְרִינַן מִנְחָה וּנְעִילָה דְּכָל יוֹמָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת גָּזְרִינַן. וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר מִנְחָה דְּאִיתָא כָּל יוֹמָא גָּזְרִינַן. נְעִילָה דְּלֵיתָא כָּל יוֹמָא לָא גָּזְרִינַן. אָמַר רַב נַחְמָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. אֶלָּא הָאִידָּנָא אַמַּאי פָּרְסִי כָּהֲנֵי יְדַייְהוּ בְּמַנְּחָא בְּתַעֲנִיתָא. כֵּיוָן דְּסָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה פָּרְסִי יְדַיְיהוּ כִּתְפִילַּת נְעִילָה דָּמֵי. כָּתַב בַּעַל הַהֲלָכוֹת דְּהָא דְּפָרְסִי כָּהֲנֵי יְדַייְהוּ בְּמִנְחָה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מִשּׁוּם דְּהָוֵי כְּמִנְחָה שֶׁל שְׁאָר תַּעֲנִית שֶׁהִיא סְמוּכָה לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה. וּבְאַשְׁכְּנַז נָהֲגוּ שֶׁלֹּא לָשֵׂאת כַּפֵּיהֶם בְּמִנְחָה אֶלָּא בִּנְעִילָה: [דַּף פז ע"ב] וּבִנְעִילַת שְׁעָרִים מַאי נְעִילַת שְׁעָרִים רַב אָמַר צְלוֹתָא יַתִּירָא. וּשְׁמוּאֵל אָמַר מֶה אָנוּ וּמֶה חַיֵּינוּ. וְהִלְכְתָא כְּרַב דְּאָמְרִינַן [שָׁם] עֻולָּא בַּר רַב יִצְחָק נְחֵית קַמֵּיהּ דְּרָבָא פְּתַח בְּאַתָּה בְּחַרְתָּנוּ וְסַייֵּם בְּמֶה אָנוּ וּמֶה חָיִינוּ וְשֶׁבְּחָיָה. רַב נָתָן אֲבוּהּ דְּרַב הוּנָא בַּר נָתָן נְחֵית קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא פְּתַח בְּאַתָּה בְּחַרְתָּנוּ וְסַיֵּים בְּמֶה אָנוּ וּמֶה חָיִינוּ וּשְׁבָחֵיהּ. אָמַר רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא וְיָחִיד אוֹמְרָהּ אַחַר תְּפִלָּתוֹ. פֵּירוּשׁ מֶה אָנוּ וּמָה חַיֵּינוּ. אָמַר רַב תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית רַב לְטַעְמֵיהּ דַּאֲמַר צְלוֹתָא יַתִּירְתָא הִיא וְכֵיוָן דְּצָלִי תּוּ לָא צָרִיךְ. וְהָאִידָּנָא נָהוּג עָלְמָא לְצַלּוֹיֵי עַרְבִית אַחַר נְעִילָה. וְרַבֵּינוּ מֵאִיר פָּסַק דְּלֵית הִלְכְתָא כְּרַב וּתְפִלַּת נְעִילָה אֵינָהּ פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית וְצָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ בַּיּוֹם. מִדְּגָרְסִינַן בִּירוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר נְעִילָה מַהוּ שֶׁתִּפְטֹור שֶׁל עַרְבִית רַבִּי בָּא וְרַב הוּנָא בְּשֵׁם רַב נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עֶרֶב. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי בָּא לְרַב הוּנָא הֵיאַךְ הוּא מַזְכִּיר הַבְדָּלָה פֵּירוּשׁ אִם לֹא יִתְפַּלֵּל עַרְבִית אֵינוֹ מַבְדִּיל בִּתְפִלָּה וּמִצְוָה לְהַבְדִּיל בִּתְפִלָּה אַף עַל פִּי שֶׁחוֹזֵר וּמַבְדִּיל עַל הַכּוֹס. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹנָה לְרַבִּי בָּא הֵיאַךְ שֶׁבַע פּוֹטֶרֶת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה פֵּירוּשׁ גַּם הוּא הִקְשָׁה עַל דִּבְרֵי רַב שֶׁאָמַר תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית. אֲמַר לֵיהּ וַהֲלֹא כְּבָר אִיתּוֹתַב פֵּירוּשׁ מַה שֶׁהִקְשָׁה עַל דְּבָרָיו וְאִיתּוֹתַב אֲמַר לֵיהּ בְּגִין דְּאִיתּוֹתַבְתְּ יִבָּטֵל וְכִי מִשּׁוּם דְּאִיתּוֹתַב תִּיבָּטֵל מִילְּתָא לְגַמְרֵי וְלֹא נִדְחוֹק לְיַשְּׁבָהּ. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי מַה דְּמַקְשֵׁי רַבִּי בָּא קַשְׁיָא יָאוּת מַה דְּאַקְשִׁי רַבִּי יוֹנָה לָא קַשְׁיָא. קַל הֵקֵלּוּ עָלָיו מִפְּנֵי תַּעֲנִיתוֹ שֶׁיְּהֵא שֶׁבַע פּוֹטֶרֶת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה פֵּירוּשׁ לְמַהֵר אֲכִילָתוֹ בִּשְׁבִיל הַתַּעֲנִית הֵקֵלּוּ עָלָיו אֲבָל מַה דְּמַקְשֵׁי רַבִּי בָּא וַדַּאי קָשֶׁה דְּבִשְׁבִיל לְמַהֵר אֲכִילָתוֹ אֵין לְבַטֵּל הַבְדָּלָה שֶׁבִּתְפִלָּתוֹ. רַבִּי אַבָּא בַּר מֶמֶל דַּאֲמַר לְחַבְרַיָּא מֵאִרְיִי מִכֻּולְּכֶן שְׁמַעִית דְּאֵין תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית. פִּי' מִדְּרַבִּי בָּא וְרַבִּי יוֹנָה שֶׁהִקְשׁוּ עַל דִּבְרֵי רַב וּמִדְּרַב הוּנָא שֶׁקִּבֵּל קֻושְׁיַת רַבִּי בָּא וְלֹא תֵּירֵץ לוֹ וּמִדְּרַבִּי אַסִּי דְּאָמַר מַאי דְּאַקְשִׁי רַבִּי בָּא קָשֶׁה יָאוּת שָׁמְעִינַן דְּכֻולְּהוּ לֵית לְהוּ דְּרַב. אָמַר רַבִּי אַסִּי בַּר בְּוַן וְתָנֵי רַבִּי חַיָּיא בְּכָל יוֹם מִתְפַּלֵּל אָדָם שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וּבְמוֹצָאֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים וּבְמוֹצָאֵי דְּתַעֲנִית צִבּוּר. אַלְמָא מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּלֵית הִילְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב. וְעוֹד שֶׁכְּבָר נָהֲגוּ הָעוֹלָם לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת עַרְבִית אַף עַל פִּי שֶׁהִתְפַּלְּלוּ נְעִילָה וְהַיְינוּ דְּלָא כְּרַב אֶלָּא כְּבָרַייְתָא דְּאוֹר יוֹם הַכִּפּוּרִים דְּבֵין לְתַנָּא קַמָּא וּבֵין לְרַבִּי חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל שֶׁאָמַר מִשּׁוּם אֲבוֹתָיו לָא סְבִירָא לְהוּ הָא דְּרַב. וְהַהִיא בָּרַיְיתָא שֶׁל אוֹר יוֹם הַכִּפּוּרִים בָּרַיְיתָא שֶׁל עִיקָּר הִיא. דְּהָא לְעִנְיַן הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדָּעַת קַייְמָא לַן כְּרַבִּי חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל שֶׁאָמַר מִשּׁוּם אֲבוֹתָיו שֶׁכּוֹלְלָהּ בְּחוֹנֵן הַדָּעַת. וּדְלֹא כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּאָמַר אוֹמְרָהּ בְּרָכָה רְבִיעִית בִּפְנֵי עַצְמָהּ וּדְלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר אוֹמְרָהּ בְּהוֹדָאָה אַלְמָא בָּרַיְיתָא שֶׁל עִיקָּר הִיא וְסָמְכִינַן עָלֶיהָ וְכָייְלִינַן הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדָּעַת. הָכִי נָמֵי סָמְכִינַן עֲלָהּ לְמִיפְסַק דְּלָא כְּרַב דְּבֵין לְתַנָּא קַמָּא וּבֵין לְרַבִּי חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל אֵין תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית. וְכֵן בִּירוּשַׁלְמִי דְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר וּבְרֵישׁ פֶּרֶק בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (הֲלָכָה א) פְּלִיג רַבִּי יוֹחָנָן עַל רַב דְּאָמַר אֵין תְּפִלַּת נְעִילָה אֶלָּא בַּיּוֹם וְרַב וְרַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן. וְהָכִי אִיתָא הָתָם אֵימָתַי הִיא נְעִילָה רַבָּנָן דְּקִסָּרִין אָמְרִין אִתְפַּלְּגִין רַבִּי יוֹחָנָן וְרַב רַב אָמַר נְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם אֲפִילּוּ בַּלַּיְלָה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר נְעִילַת שַׁעֲרֵי הֵיכָל דְּהַייְנוּ בְּיוֹם אַחֵר בְּהַדְלָקַת הַנֵּרוֹת. אָמַר רַבִּי יוּדָן עַנְתּוֹנְדְּרִיָּא מַתְנִיתִין מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים הַכֹּהֲנִים נוֹשְׂאִים אֶת כַּפֵּיהֶם אַרְבָּעָה פְּעָמִים בַּיּוֹם בְּשַׁחֲרִית בַּמּוּסָף בְּמִנְחָה וּבִנְעִילָה בְּתַעֲנִיּוֹת וּבְמַעֲמָדוֹת וְיוֹם הַכִּפּוּרִים וְלֵית לָן לְמֵימַר נְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם דְּהָא אִיתַּקַּשׁ נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם לְשֵׁירוּת דִּכְתִיב לְשָׁרְתוֹ וּלְבָרֵךְ בִּשְׁמוֹ עַד הַיּוֹם מַה שֵׁירוּת בְּיוֹם אַף נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם בַּיּוֹם. אַחֲוָה דְּאֵימָא דְּרַב אַדָּא הֲוָה סַיַּיר גֻּולְּתֵיהּ דְּרַב בְּיוֹם צוֹמָא רַבָּה אָמַר לֵיהּ כִּי תִּיחְזֵי שִׁמְשָׁא בְּרֵישׁ דְּקָלָא הַב לִי גֻּולְּתַאי דְּלִיצַלֵּי נְעִילַת שְׁעָרִים. מִתְחַלְּפָא שִׁיטְתֵיהּ דְּרַב תַּמָּן הוּא אוֹמֵר נְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם וְהָכָא אוֹמֵר בִּנְעִילַת שַׁעֲרֵי הֵיכָל מִדְּצָלִי בְּעוֹד הַיּוֹם. אָמַר רַב מַתָּנָה עַל יְדֵי דַּהֲוָה רַב מַאֲרִיךְ בִּצְלוֹתָא סַגִּיא הֲוָה מַגִּיעַ לִנְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם פֵּירוּשׁ תְּפִלָּתוֹ הָיְתָה נִמְשֶׁכֶת עַד נְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם. אַלְמָא רַבִּי יוֹחָנָן פְּלִיג עֲלֵיהּ דְּרַב וְגַם רַבִּי יוּדָן מַיְיתֵי סִייַּעְתָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן מִמַּתְנִיתִין וְגַם רַב גּוּפֵיהּ הָיָה מִתְפַּלֵּל בַּיּוֹם אֶלָּא שֶׁהָיְתָה תְּפִלָּתוֹ נִמְשֶׁכֶת עַד הַלַּיְלָה הִלְכָּךְ אֵין לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת נְעִילָה אֶלָּא בַּיּוֹם עַד כָּאן:
Et le Raavya a écrit : j'ai vu qu'à la prière de Yotser il y a lieu de dire treize fois « Va-yaavor », en correspondance avec les treize midot (attributs de miséricorde). Et Rav Netronai a écrit : l'usage des académies est de dire à chaharit sept selihot, à moussaf cinq, et à minha trois ; s'il y a du temps, on en dit cinq. Nous avons appris (Taanit 26a) : à trois périodes de l'année, les kohanim lèvent leurs paumes quatre fois dans la journée - à chaharit, à moussaf, à minha et à la néilat chearim : lors des jeûnes, lors des maamadot et le jour de Kippour. On a enseigné (là-bas) : chaharit, moussaf, minha et néila comportent la nessiat kapayim (bénédiction des kohanim) - paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : minha et néila ne la comportent pas. Et Rabbi Yossi dit : minha ne la comporte pas, néila la comporte. Sur quoi divergent-ils ? Rabbi Meir tient : [pourquoi ne la ferait-on pas] tous les jours ? Quel en est le motif ? À cause de l'ivresse ; or aujourd'hui [jour de jeûne] il n'y a pas d'ivresse. Rabbi Yehouda tient : chaharit et moussaf, qui existent tous les jours et où l'ivresse n'est pas fréquente, nous ne décrétons pas ; minha et néila, [dont les heures] tous les jours connaissent fréquemment l'ivresse, nous décrétons. Et Rabbi Yossi tient : minha, qui existe tous les jours, nous décrétons ; néila, qui n'existe pas tous les jours, nous ne décrétons pas. Rav Nahman a dit : la halakha est comme Rabbi Yossi. Mais alors, aujourd'hui, pourquoi les kohanim étendent-ils leurs mains à minha lors d'un jeûne ? Puisque c'est près du coucher du soleil qu'ils étendent leurs mains, cela vaut comme la prière de néila. Le Baal ha-Halakhot a écrit : si les kohanim étendent leurs mains à minha le jour de Kippour, c'est parce que cela vaut comme la minha des autres jeûnes, qui est proche du coucher du soleil. Et en Achkenaz l'usage est de ne pas bénir à minha, mais seulement à néila. [Feuillet 87b] « Et à la néilat chearim » : qu'est-ce que la néilat chearim ? Rav a dit : une prière supplémentaire. Et Chemouel a dit : « Que sommes-nous, qu'est notre vie ? » Et la halakha est comme Rav, car nous disons [là-bas] : Oulla bar Rav Yitshak descendit [devant l'arche] devant Rava, ouvrit par « Tu nous as choisis » et acheva par « Que sommes-nous, qu'est notre vie ? », et [Rava] l'en loua. Rav Natan, père de Rav Houna bar Natan, descendit devant Rav Papa, ouvrit par « Tu nous as choisis » et acheva par « Que sommes-nous, qu'est notre vie ? », et [Rav Papa] l'en loua. Rav Aha fils de Rava a dit : et le particulier la dit après sa prière - c'est-à-dire « Que sommes-nous, qu'est notre vie ? ». Rav a dit : la prière de néila dispense de celle du soir ; Rav est fidèle à sa position, lui qui dit que c'est une prière supplémentaire, et dès lors qu'il l'a priée il n'a plus besoin de rien. Or aujourd'hui l'usage de tous est de prier arvit après la néila. Et Rabbenou Meir a tranché que la halakha n'est pas comme Rav : la prière de néila ne dispense pas de celle du soir, et il faut la prier de jour. Car nous lisons dans le Yerouchalmi, chapitre Tefilat ha-Chahar : la néila dispense-t-elle de celle du soir ? Rabbi Ba et Rav Houna au nom de Rav : la néila dispense de celle du soir. Rabbi Ba dit à Rav Houna : et comment mentionnera-t-il la havdala ? - explication : s'il ne prie pas arvit, il ne dit pas de havdala dans la prière, or c'est une mitsva de la dire dans la prière, même si l'on revient ensuite à la faire sur la coupe. Rabbi Yona dit à Rabbi Ba : comment sept dispenseraient-elles de dix-huit ? - explication : lui aussi objectait aux paroles de Rav qui a dit que la prière de néila dispense de celle du soir. Il lui répondit : mais cela a déjà été réfuté ! - explication : ce qu'il avait objecté à ses paroles a déjà été réfuté. Il lui dit : parce que cela a été réfuté, faut-il tout abandonner ? Est-ce que, parce qu'une objection a été réfutée, la chose serait entièrement abolie et que nous ne chercherions pas à la résoudre ? Rabbi Yossi a dit : ce qu'objecte Rabbi Ba est une objection valable ; ce qu'objecte Rabbi Yona n'en est pas une : on a allégé pour lui à cause de son jeûne, de sorte que sept dispensent de dix-huit - explication : pour hâter son repas, à cause du jeûne, on a allégé ; mais ce qu'objecte Rabbi Ba est certainement difficile, car pour hâter son repas on ne saurait annuler la havdala de sa prière. Rabbi Abba bar Mamal, qui disait aux collègues : mes maîtres, de vous tous j'ai entendu que la prière de néila ne dispense pas de celle du soir - explication : de Rabbi Ba et de Rabbi Yona qui ont objecté aux paroles de Rav, de Rav Houna qui a accueilli l'objection de Rabbi Ba sans y répondre, et de Rabbi Assi qui a dit que ce qu'objecte Rabbi Ba est justement difficile - nous en déduisons qu'aucun d'eux ne tient comme Rav. Rabbi Assi bar Boun a dit, et Rabbi Hiya a enseigné : tous les jours l'homme prie dix-huit [bénédictions] - à la sortie de Chabbat, à la sortie de Yom Kippour et à la sortie d'un jeûne public. Il en ressort explicitement que la halakha n'est pas comme Rav. De plus, le monde à déjà pris l'usage de prier la prière du soir bien qu'on ait prié la néila, ce qui n'est pas comme Rav mais comme la baraita de « la nuit de Yom Kippour » : car ni le tana kama ni Rabbi Hanina ben Gamliel, qui parle au nom de ses pères, ne tiennent la position de Rav. Et cette baraita de « la nuit de Yom Kippour » est une baraita de premier rang : car pour ce qui est de la havdala dans [la bénédiction] Honen ha-daat, nous tenons comme Rabbi Hanina ben Gamliel qui a dit au nom de ses pères qu'on l'y inclut - et non comme Rabbi Akiva qui dit qu'on la dit comme quatrième bénédiction à part, ni comme Rabbi Eliezer qui dit qu'on la dit dans Hodaa. C'est donc une baraita de premier rang, sur laquelle nous nous appuyons pour inclure la havdala dans Honen ha-daat ; de même nous appuyons-nous sur elle pour trancher contre Rav : ni pour le tana kama ni pour Rabbi Hanina ben Gamliel, la prière de néila ne dispense de celle du soir. De même, dans le Yerouchalmi du chapitre Tefilat ha-Chahar et au début du dernier chapitre de Taanit (hal. 1), Rabbi Yo'hanan diverge de Rav en disant qu'il n'y a de prière de néila que de jour - et entre Rav et Rabbi Yo'hanan, la halakha est comme Rabbi Yo'hanan. Et voici ce qu'on y lit : quand est la néila ? Les maîtres de Césarée disent : Rabbi Yo'hanan et Rav ont divergé. Rav a dit : la fermeture des portes du ciel, même la nuit. Et Rabbi Yo'hanan a dit : la fermeture des portes du heikhal, c'est-à-dire de jour, après l'allumage des lampes. Rabbi Yodan Antondriya a dit : notre michna appuie Rabbi Yo'hanan - « à trois périodes les kohanim lèvent leurs paumes quatre fois dans la journée : à chaharit, à moussaf, à minha et à la néila, lors des jeûnes, des maamadot et de Yom Kippour ». Il n'est pas possible de dire [qu'il s'agit de] la fermeture des portes du ciel, car la nessiat kapayim est rapprochée du service [du Temple], ainsi qu'il est écrit « pour le servir et pour bénir en son nom » : de même que le service est de jour, de même la nessiat kapayim est de jour. Le frère de la mère de Rav Ada s'occupait du manteau de Rav le jour du grand jeûne. [Rav] lui dit : quand tu verras le soleil au sommet du dattier, donne-moi mon manteau afin que je prie la néilat chearim. La position de Rav semble changer : là-bas il dit la fermeture des portes du ciel, et ici la fermeture des portes du heikhal, puisqu'il priait alors qu'il faisait encore jour. Rav Matana a dit : parce que Rav prolongeait beaucoup sa prière, il atteignait [de fait] la fermeture des portes du ciel - explication : sa prière se prolongeait jusqu'à la fermeture des portes du ciel. Il en ressort que Rabbi Yo'hanan diverge de Rav, que Rabbi Yodan apporte un appui à Rabbi Yo'hanan depuis la michna, et que Rav lui-même priait de jour, sa prière se prolongeant seulement jusqu'à la nuit. Par conséquent, on ne doit prier la prière de néila que de jour. Jusqu'ici.
💡 Explication

La question centrale du daf. Pour Rav, la néila est une tselota yetirta, une amida supplémentaire : on prie sept bénédictions, comme aux autres offices du jour (Rachi). Pour Chemouel, ce n'est pas une prière du tout mais une formule de supplication - ma anou ma hayenou : on la dit, on ne prie pas (Rachi).

L'enjeu n'est pas liturgique seulement. Si la néila est une amida, elle peut tenir lieu d'une autre prière ; si ce n'est qu'un texte, elle ne dispense de rien. Les segments 11 à 13 vivront entièrement de cette conséquence.

La baraita citée en objection énumère cinq offices, chacun avec ses sept bénédictions et son vidouy, la néila comprise. C'est exactement la position de Rav, et frontalement contre celle de Chemouel.

🖼️ Schéma
Qu'est-ce que la néilat chearim ? Rav contre Chemouel Toute la seconde moitié du daf dépend de cette seule question : la néila est-elle une prière, ou seulement un texte ? Mai néilat chearim ? RAV - tselota yetirta Une amida supplémentaire, de sept bénédictions, comme les autres prières du jour (Rachi). CHEMOUEL - ma anou ma hayenou Une simple formule de supplication : on la dit, mais on ne prie pas de amida (Rachi). Ce que chaque position entraîne Sept bénédictions + vidouy à la néila : oui Sept bénédictions à la néila : non Elle peut dispenser de la prière du soir Elle ne dispense de rien - ce n'est pas une prière La baraita : be-néila mitpalel cheva oumitvadeh Elle enseigne sept bénédictions à la néila comme aux quatre autres offices. C'est exactement Rav. Le détour par la mahloket Rabbi Meir / hakhamim ne porte que sur le vidouy, pas sur les sept. Teyouvta de-Chemouel teyouvta - réfutation concluante Rachi (seg. 10) : sur le mot néila les amoraim divergent - fermeture des portes du ciel, ou fermeture des portes du parvis.
La mahloket Rav / Chemouel, ses conséquences, et la baraita qui tranche.
10
תַּנָּאֵי הִיא, דְּתַנְיָא: יוֹם הַכִּפּוּרִים עִם חֲשֵׁיכָה מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה, וְחוֹתֵם בְּוִידּוּי — דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע, וְאִם רָצָה לַחְתֹּום בְּוִידּוּי — חוֹתֵם. תְּיוּבְתָּא דִּשְׁמוּאֵל תְּיוּבְתָּא.

C'est une divergence de tanaim, comme il a été enseigné : le jour de Kippour, à la tombée de la nuit, on prie sept [bénédictions] et l'on confesse, et l'on scelle par le vidouy - paroles de Rabbi Meir. Et les sages disent : on prie sept, et si l'on veut sceller par le vidouy, on scelle.

Réfutation de Chemouel - réfutation concluante.

📜 Rachi (1)
וְחוֹתֵם בְּוִידּוּי גָּרַס בַּתּוֹסֶפְתָּא אֵינוֹ חוֹתֵם מְקַדֵּשׁ יִשְׂרָאֵל אֶלָּא הָאֵל הַסּוֹלְחָן וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כָּל מָקוֹם שֶׁזָּקוּק לְשֶׁבַע אַף בִּשְׁאָר הַתְּפִלּוֹת אִם רָצָה לַחְתֹּום בְּוִידּוּי חוֹתֵם כָּךְ שָׁמַעְתִּי אֲבָל לֹא גָּרַס לָהּ בַּתּוֹסֶפְתָּא הָכִי אֶלָּא וַחֲכָמִים אוֹמְרִים מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וְאִם רָצָה לַחְתֹּום בְּוִידּוּי חוֹתֵם וְאַנְּעִילָה קָייְמִי קָתָנֵי מִיהַת נְעִילָה מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה תְּיוּבְתָּא דִּשְׁמוּאֵל תְּיוּבְתָּא:
« Et l'on scelle par le vidouy » - on lit dans la Tossefta : il ne scelle pas par « Qui sanctifie Israël » mais par « le Dieu qui pardonne » ; et les sages disent : partout où l'on est tenu à sept [bénédictions], même dans les autres prières, si l'on veut sceller par le vidouy, on scelle - ainsi l'ai-je entendu. Mais ce n'est pas ainsi qu'on lit dans la Tossefta ; on y lit plutôt : « et les sages disent : on prie sept, et si l'on veut sceller par le vidouy, on scelle », et cela porte sur la néila. En tout cas la baraita enseigne bien : à la néila on prie sept et l'on confesse - réfutation de Chemouel, réfutation concluante.
💡 Explication

Une tentative de sauvetage : peut-être la baraita précédente n'est-elle qu'un avis parmi d'autres. La guemara produit donc une seconde baraita où deux tanaim s'opposent. Mais - et c'est tout le point - ils ne s'opposent pas sur les sept bénédictions : Rabbi Meir et les sages les tiennent tous deux pour acquises. Leur désaccord ne porte que sur le scellement : le vidouy clôture-t-il obligatoirement la prière, ou est-ce facultatif ?

Autrement dit, sur le seul point qui intéresse Chemouel - la néila est-elle une amida ? - les deux tanaim sont d'accord contre lui. D'où la formule terminale : teyouvta de-Chemouel teyouvta, sa position est réfutée sans appel.

Rachi discute ici la version exacte de la Tossefta, et signale qu'il a entendu une leçon où les sages élargissent la règle à toute prière de sept bénédictions ; mais il conclut que sa version de la Tossefta ne porte pas cela, et que la baraita traite bien de la néila.

11
עֻולָּא בַּר רַב נְחֵית קַמֵּיהּ דְּרָבָא. פָּתַח בְּ״אַתָּה בְּחַרְתָּנוּ״ וְסִיֵּים ב״מה אָנוּ מֶה חָיִינוּ״, וּשְׁבָחֵיהּ. רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב נָתָן אָמַר: וְיָחִיד אוֹמְרָהּ אַחַר תְּפִלָּתוֹ.

Oulla bar Rav descendit [devant l'arche] devant Rava. Il ouvrit par « Tu nous as choisis » et acheva par « Que sommes-nous, qu'est notre vie ? », et [Rava] l'en loua.

Rav Houna fils de Rav Natan a dit : et le particulier la dit après sa prière.

📜 Rachi (1)
נְחִית קַמֵּיהּ דְּרָבָא בִּנְעִילָה וּלְשׁוֹן נְעִילָה פְּלִיגִי אָמוֹרָאֵי בְּבָרְכוּ' יְרוּשַׁלְמִי חַד אָמַר נְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם וְחַד אָמַר נְעִילַת שַׁעֲרֵי עֲזָרָה:
« Il descendit devant Rava » - pour la néila. Sur le mot néila, les amoraim divergent dans le Yerouchalmi de Berakhot : l'un dit la fermeture des portes du ciel, l'autre la fermeture des portes de la azara (le parvis).
💡 Explication

La halakha pratique après la réfutation : les deux positions ne sont pas exclusives. L'officiant prie bien une amida complète - il l'ouvre par Ata behartanou, la bénédiction centrale des jours de fête - et il y insère la formule de Chemouel, ma anou ma hayénou, pour la conclure. Rava approuve : c'est le compromis retenu, et c'est encore la néila que nous prions.

Rav Houna fils de Rav Natan ajoute la règle du particulier, dans le prolongement du segment 4 : lui ne peut rien insérer au milieu, il dit la formule après sa amida.

Rachi glisse ici une note qui change la couleur du mot : sur le sens de néila, les amoraim du Yerouchalmi divergent - l'un y voit la fermeture des portes du ciel, l'autre la fermeture des portes du parvis. Le Roch montrera que cette divergence commande l'heure même de la prière.

12
אָמַר רַב: תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת אֶת שֶׁל עַרְבִית. רַב לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר: צְלוֹתָא יְתֵירָה הִיא, וְכֵיוָן דְּצָלִי לֵיהּ — תּוּ לָא צָרִיךְ.

Rav a dit : la prière de néila dispense de celle du soir. Rav est fidèle à sa propre position, lui qui a dit : c'est une prière supplémentaire - et dès lors qu'il l'a priée, il n'a plus besoin de rien.

📜 Rachi (1)
וְכֵיוָן דְּצָלִי מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה תּוּ לָא צָרִיךְ:
« Et dès lors qu'il a prié » - après la tombée de la nuit, il n'a plus besoin de rien.
⚖️ Rosh (1)
וְרָאַבְיָ"ה כָּתַב רָאִיתִי שֶׁבִּתְפִלַּת יוֹצֵר יֵשׁ לוֹמַר שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה וְיַעֲבֹור כְּנֶגֶד שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מִדּוֹת. וְרַב נַטְרוֹנַאי כָּתַב מִנְהָג שֶׁל יְשִׁיבוֹת בְּשַׁחֲרִית אוֹמֵר שִׁבְעָה סְלִיחוֹת וּבְמוּסָף אוֹמֵר חֲמִשָּׁה וּבְמִנְחָה אוֹמֵר שְׁלֹשָׁה. יֵשׁ פְּנַאי אוֹמֵר חֲמִשָּׁה: תְּנַן (תַּעֲנִית כו.) שְׁלֹשָׁה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה הַכֹּהֲנִים נוֹשְׂאִים אֶת כַּפֵּיהֶם ד' פְּעָמִים בַּיּוֹם שַׁחֲרִית וּמוּסָף וּבְמִנְחָה וּבִנְעִילַת שְׁעָרִים. בְּתַעֲנִיּוֹת וּמַעֲמָדוֹת וביוה"כ. תַּנְיָא (שָׁם) שַׁחֲרִית מוּסָף מִנְחָה וּנְעִילָה יֵשׁ בָּהֶן נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וְרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִנְחָה וּנְעִילָה אֵין בָּהֶן נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם וְרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר מִנְחָה אֵין בָּהּ נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם נְעִילָה יֵשׁ בָּהּ נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי רַבִּי מֵאִיר סָבַר כָּל יוֹמָא מַאי טַעְמָא לָא מִשּׁוּם שִׁכְרוּת הָאִידָּנָא לֵיכָּא שִׁכְרוּת. וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר שַׁחֲרִית וּמוּסָף דְּכָל יוֹמָא לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת לָא גָּזְרִינַן מִנְחָה וּנְעִילָה דְּכָל יוֹמָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת גָּזְרִינַן. וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר מִנְחָה דְּאִיתָא כָּל יוֹמָא גָּזְרִינַן. נְעִילָה דְּלֵיתָא כָּל יוֹמָא לָא גָּזְרִינַן. אָמַר רַב נַחְמָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. אֶלָּא הָאִידָּנָא אַמַּאי פָּרְסִי כָּהֲנֵי יְדַייְהוּ בְּמַנְּחָא בְּתַעֲנִיתָא. כֵּיוָן דְּסָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה פָּרְסִי יְדַיְיהוּ כִּתְפִילַּת נְעִילָה דָּמֵי. כָּתַב בַּעַל הַהֲלָכוֹת דְּהָא דְּפָרְסִי כָּהֲנֵי יְדַייְהוּ בְּמִנְחָה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מִשּׁוּם דְּהָוֵי כְּמִנְחָה שֶׁל שְׁאָר תַּעֲנִית שֶׁהִיא סְמוּכָה לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה. וּבְאַשְׁכְּנַז נָהֲגוּ שֶׁלֹּא לָשֵׂאת כַּפֵּיהֶם בְּמִנְחָה אֶלָּא בִּנְעִילָה: [דַּף פז ע"ב] וּבִנְעִילַת שְׁעָרִים מַאי נְעִילַת שְׁעָרִים רַב אָמַר צְלוֹתָא יַתִּירָא. וּשְׁמוּאֵל אָמַר מֶה אָנוּ וּמֶה חַיֵּינוּ. וְהִלְכְתָא כְּרַב דְּאָמְרִינַן [שָׁם] עֻולָּא בַּר רַב יִצְחָק נְחֵית קַמֵּיהּ דְּרָבָא פְּתַח בְּאַתָּה בְּחַרְתָּנוּ וְסַייֵּם בְּמֶה אָנוּ וּמֶה חָיִינוּ וְשֶׁבְּחָיָה. רַב נָתָן אֲבוּהּ דְּרַב הוּנָא בַּר נָתָן נְחֵית קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא פְּתַח בְּאַתָּה בְּחַרְתָּנוּ וְסַיֵּים בְּמֶה אָנוּ וּמֶה חָיִינוּ וּשְׁבָחֵיהּ. אָמַר רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא וְיָחִיד אוֹמְרָהּ אַחַר תְּפִלָּתוֹ. פֵּירוּשׁ מֶה אָנוּ וּמָה חַיֵּינוּ. אָמַר רַב תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית רַב לְטַעְמֵיהּ דַּאֲמַר צְלוֹתָא יַתִּירְתָא הִיא וְכֵיוָן דְּצָלִי תּוּ לָא צָרִיךְ. וְהָאִידָּנָא נָהוּג עָלְמָא לְצַלּוֹיֵי עַרְבִית אַחַר נְעִילָה. וְרַבֵּינוּ מֵאִיר פָּסַק דְּלֵית הִלְכְתָא כְּרַב וּתְפִלַּת נְעִילָה אֵינָהּ פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית וְצָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ בַּיּוֹם. מִדְּגָרְסִינַן בִּירוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר נְעִילָה מַהוּ שֶׁתִּפְטֹור שֶׁל עַרְבִית רַבִּי בָּא וְרַב הוּנָא בְּשֵׁם רַב נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עֶרֶב. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי בָּא לְרַב הוּנָא הֵיאַךְ הוּא מַזְכִּיר הַבְדָּלָה פֵּירוּשׁ אִם לֹא יִתְפַּלֵּל עַרְבִית אֵינוֹ מַבְדִּיל בִּתְפִלָּה וּמִצְוָה לְהַבְדִּיל בִּתְפִלָּה אַף עַל פִּי שֶׁחוֹזֵר וּמַבְדִּיל עַל הַכּוֹס. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹנָה לְרַבִּי בָּא הֵיאַךְ שֶׁבַע פּוֹטֶרֶת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה פֵּירוּשׁ גַּם הוּא הִקְשָׁה עַל דִּבְרֵי רַב שֶׁאָמַר תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית. אֲמַר לֵיהּ וַהֲלֹא כְּבָר אִיתּוֹתַב פֵּירוּשׁ מַה שֶׁהִקְשָׁה עַל דְּבָרָיו וְאִיתּוֹתַב אֲמַר לֵיהּ בְּגִין דְּאִיתּוֹתַבְתְּ יִבָּטֵל וְכִי מִשּׁוּם דְּאִיתּוֹתַב תִּיבָּטֵל מִילְּתָא לְגַמְרֵי וְלֹא נִדְחוֹק לְיַשְּׁבָהּ. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי מַה דְּמַקְשֵׁי רַבִּי בָּא קַשְׁיָא יָאוּת מַה דְּאַקְשִׁי רַבִּי יוֹנָה לָא קַשְׁיָא. קַל הֵקֵלּוּ עָלָיו מִפְּנֵי תַּעֲנִיתוֹ שֶׁיְּהֵא שֶׁבַע פּוֹטֶרֶת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה פֵּירוּשׁ לְמַהֵר אֲכִילָתוֹ בִּשְׁבִיל הַתַּעֲנִית הֵקֵלּוּ עָלָיו אֲבָל מַה דְּמַקְשֵׁי רַבִּי בָּא וַדַּאי קָשֶׁה דְּבִשְׁבִיל לְמַהֵר אֲכִילָתוֹ אֵין לְבַטֵּל הַבְדָּלָה שֶׁבִּתְפִלָּתוֹ. רַבִּי אַבָּא בַּר מֶמֶל דַּאֲמַר לְחַבְרַיָּא מֵאִרְיִי מִכֻּולְּכֶן שְׁמַעִית דְּאֵין תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית. פִּי' מִדְּרַבִּי בָּא וְרַבִּי יוֹנָה שֶׁהִקְשׁוּ עַל דִּבְרֵי רַב וּמִדְּרַב הוּנָא שֶׁקִּבֵּל קֻושְׁיַת רַבִּי בָּא וְלֹא תֵּירֵץ לוֹ וּמִדְּרַבִּי אַסִּי דְּאָמַר מַאי דְּאַקְשִׁי רַבִּי בָּא קָשֶׁה יָאוּת שָׁמְעִינַן דְּכֻולְּהוּ לֵית לְהוּ דְּרַב. אָמַר רַבִּי אַסִּי בַּר בְּוַן וְתָנֵי רַבִּי חַיָּיא בְּכָל יוֹם מִתְפַּלֵּל אָדָם שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וּבְמוֹצָאֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים וּבְמוֹצָאֵי דְּתַעֲנִית צִבּוּר. אַלְמָא מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּלֵית הִילְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב. וְעוֹד שֶׁכְּבָר נָהֲגוּ הָעוֹלָם לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת עַרְבִית אַף עַל פִּי שֶׁהִתְפַּלְּלוּ נְעִילָה וְהַיְינוּ דְּלָא כְּרַב אֶלָּא כְּבָרַייְתָא דְּאוֹר יוֹם הַכִּפּוּרִים דְּבֵין לְתַנָּא קַמָּא וּבֵין לְרַבִּי חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל שֶׁאָמַר מִשּׁוּם אֲבוֹתָיו לָא סְבִירָא לְהוּ הָא דְּרַב. וְהַהִיא בָּרַיְיתָא שֶׁל אוֹר יוֹם הַכִּפּוּרִים בָּרַיְיתָא שֶׁל עִיקָּר הִיא. דְּהָא לְעִנְיַן הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדָּעַת קַייְמָא לַן כְּרַבִּי חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל שֶׁאָמַר מִשּׁוּם אֲבוֹתָיו שֶׁכּוֹלְלָהּ בְּחוֹנֵן הַדָּעַת. וּדְלֹא כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּאָמַר אוֹמְרָהּ בְּרָכָה רְבִיעִית בִּפְנֵי עַצְמָהּ וּדְלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר אוֹמְרָהּ בְּהוֹדָאָה אַלְמָא בָּרַיְיתָא שֶׁל עִיקָּר הִיא וְסָמְכִינַן עָלֶיהָ וְכָייְלִינַן הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדָּעַת. הָכִי נָמֵי סָמְכִינַן עֲלָהּ לְמִיפְסַק דְּלָא כְּרַב דְּבֵין לְתַנָּא קַמָּא וּבֵין לְרַבִּי חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל אֵין תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית. וְכֵן בִּירוּשַׁלְמִי דְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר וּבְרֵישׁ פֶּרֶק בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (הֲלָכָה א) פְּלִיג רַבִּי יוֹחָנָן עַל רַב דְּאָמַר אֵין תְּפִלַּת נְעִילָה אֶלָּא בַּיּוֹם וְרַב וְרַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן. וְהָכִי אִיתָא הָתָם אֵימָתַי הִיא נְעִילָה רַבָּנָן דְּקִסָּרִין אָמְרִין אִתְפַּלְּגִין רַבִּי יוֹחָנָן וְרַב רַב אָמַר נְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם אֲפִילּוּ בַּלַּיְלָה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר נְעִילַת שַׁעֲרֵי הֵיכָל דְּהַייְנוּ בְּיוֹם אַחֵר בְּהַדְלָקַת הַנֵּרוֹת. אָמַר רַבִּי יוּדָן עַנְתּוֹנְדְּרִיָּא מַתְנִיתִין מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים הַכֹּהֲנִים נוֹשְׂאִים אֶת כַּפֵּיהֶם אַרְבָּעָה פְּעָמִים בַּיּוֹם בְּשַׁחֲרִית בַּמּוּסָף בְּמִנְחָה וּבִנְעִילָה בְּתַעֲנִיּוֹת וּבְמַעֲמָדוֹת וְיוֹם הַכִּפּוּרִים וְלֵית לָן לְמֵימַר נְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם דְּהָא אִיתַּקַּשׁ נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם לְשֵׁירוּת דִּכְתִיב לְשָׁרְתוֹ וּלְבָרֵךְ בִּשְׁמוֹ עַד הַיּוֹם מַה שֵׁירוּת בְּיוֹם אַף נְשִׂיאוּת כַּפַּיִם בַּיּוֹם. אַחֲוָה דְּאֵימָא דְּרַב אַדָּא הֲוָה סַיַּיר גֻּולְּתֵיהּ דְּרַב בְּיוֹם צוֹמָא רַבָּה אָמַר לֵיהּ כִּי תִּיחְזֵי שִׁמְשָׁא בְּרֵישׁ דְּקָלָא הַב לִי גֻּולְּתַאי דְּלִיצַלֵּי נְעִילַת שְׁעָרִים. מִתְחַלְּפָא שִׁיטְתֵיהּ דְּרַב תַּמָּן הוּא אוֹמֵר נְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם וְהָכָא אוֹמֵר בִּנְעִילַת שַׁעֲרֵי הֵיכָל מִדְּצָלִי בְּעוֹד הַיּוֹם. אָמַר רַב מַתָּנָה עַל יְדֵי דַּהֲוָה רַב מַאֲרִיךְ בִּצְלוֹתָא סַגִּיא הֲוָה מַגִּיעַ לִנְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם פֵּירוּשׁ תְּפִלָּתוֹ הָיְתָה נִמְשֶׁכֶת עַד נְעִילַת שַׁעֲרֵי שָׁמַיִם. אַלְמָא רַבִּי יוֹחָנָן פְּלִיג עֲלֵיהּ דְּרַב וְגַם רַבִּי יוּדָן מַיְיתֵי סִייַּעְתָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן מִמַּתְנִיתִין וְגַם רַב גּוּפֵיהּ הָיָה מִתְפַּלֵּל בַּיּוֹם אֶלָּא שֶׁהָיְתָה תְּפִלָּתוֹ נִמְשֶׁכֶת עַד הַלַּיְלָה הִלְכָּךְ אֵין לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת נְעִילָה אֶלָּא בַּיּוֹם עַד כָּאן:
Et le Raavya a écrit : j'ai vu qu'à la prière de Yotser il y a lieu de dire treize fois « Va-yaavor », en correspondance avec les treize midot (attributs de miséricorde). Et Rav Netronai a écrit : l'usage des académies est de dire à chaharit sept selihot, à moussaf cinq, et à minha trois ; s'il y a du temps, on en dit cinq. Nous avons appris (Taanit 26a) : à trois périodes de l'année, les kohanim lèvent leurs paumes quatre fois dans la journée - à chaharit, à moussaf, à minha et à la néilat chearim : lors des jeûnes, lors des maamadot et le jour de Kippour. On a enseigné (là-bas) : chaharit, moussaf, minha et néila comportent la nessiat kapayim (bénédiction des kohanim) - paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : minha et néila ne la comportent pas. Et Rabbi Yossi dit : minha ne la comporte pas, néila la comporte. Sur quoi divergent-ils ? Rabbi Meir tient : [pourquoi ne la ferait-on pas] tous les jours ? Quel en est le motif ? À cause de l'ivresse ; or aujourd'hui [jour de jeûne] il n'y a pas d'ivresse. Rabbi Yehouda tient : chaharit et moussaf, qui existent tous les jours et où l'ivresse n'est pas fréquente, nous ne décrétons pas ; minha et néila, [dont les heures] tous les jours connaissent fréquemment l'ivresse, nous décrétons. Et Rabbi Yossi tient : minha, qui existe tous les jours, nous décrétons ; néila, qui n'existe pas tous les jours, nous ne décrétons pas. Rav Nahman a dit : la halakha est comme Rabbi Yossi. Mais alors, aujourd'hui, pourquoi les kohanim étendent-ils leurs mains à minha lors d'un jeûne ? Puisque c'est près du coucher du soleil qu'ils étendent leurs mains, cela vaut comme la prière de néila. Le Baal ha-Halakhot a écrit : si les kohanim étendent leurs mains à minha le jour de Kippour, c'est parce que cela vaut comme la minha des autres jeûnes, qui est proche du coucher du soleil. Et en Achkenaz l'usage est de ne pas bénir à minha, mais seulement à néila. [Feuillet 87b] « Et à la néilat chearim » : qu'est-ce que la néilat chearim ? Rav a dit : une prière supplémentaire. Et Chemouel a dit : « Que sommes-nous, qu'est notre vie ? » Et la halakha est comme Rav, car nous disons [là-bas] : Oulla bar Rav Yitshak descendit [devant l'arche] devant Rava, ouvrit par « Tu nous as choisis » et acheva par « Que sommes-nous, qu'est notre vie ? », et [Rava] l'en loua. Rav Natan, père de Rav Houna bar Natan, descendit devant Rav Papa, ouvrit par « Tu nous as choisis » et acheva par « Que sommes-nous, qu'est notre vie ? », et [Rav Papa] l'en loua. Rav Aha fils de Rava a dit : et le particulier la dit après sa prière - c'est-à-dire « Que sommes-nous, qu'est notre vie ? ». Rav a dit : la prière de néila dispense de celle du soir ; Rav est fidèle à sa position, lui qui dit que c'est une prière supplémentaire, et dès lors qu'il l'a priée il n'a plus besoin de rien. Or aujourd'hui l'usage de tous est de prier arvit après la néila. Et Rabbenou Meir a tranché que la halakha n'est pas comme Rav : la prière de néila ne dispense pas de celle du soir, et il faut la prier de jour. Car nous lisons dans le Yerouchalmi, chapitre Tefilat ha-Chahar : la néila dispense-t-elle de celle du soir ? Rabbi Ba et Rav Houna au nom de Rav : la néila dispense de celle du soir. Rabbi Ba dit à Rav Houna : et comment mentionnera-t-il la havdala ? - explication : s'il ne prie pas arvit, il ne dit pas de havdala dans la prière, or c'est une mitsva de la dire dans la prière, même si l'on revient ensuite à la faire sur la coupe. Rabbi Yona dit à Rabbi Ba : comment sept dispenseraient-elles de dix-huit ? - explication : lui aussi objectait aux paroles de Rav qui a dit que la prière de néila dispense de celle du soir. Il lui répondit : mais cela a déjà été réfuté ! - explication : ce qu'il avait objecté à ses paroles a déjà été réfuté. Il lui dit : parce que cela a été réfuté, faut-il tout abandonner ? Est-ce que, parce qu'une objection a été réfutée, la chose serait entièrement abolie et que nous ne chercherions pas à la résoudre ? Rabbi Yossi a dit : ce qu'objecte Rabbi Ba est une objection valable ; ce qu'objecte Rabbi Yona n'en est pas une : on a allégé pour lui à cause de son jeûne, de sorte que sept dispensent de dix-huit - explication : pour hâter son repas, à cause du jeûne, on a allégé ; mais ce qu'objecte Rabbi Ba est certainement difficile, car pour hâter son repas on ne saurait annuler la havdala de sa prière. Rabbi Abba bar Mamal, qui disait aux collègues : mes maîtres, de vous tous j'ai entendu que la prière de néila ne dispense pas de celle du soir - explication : de Rabbi Ba et de Rabbi Yona qui ont objecté aux paroles de Rav, de Rav Houna qui a accueilli l'objection de Rabbi Ba sans y répondre, et de Rabbi Assi qui a dit que ce qu'objecte Rabbi Ba est justement difficile - nous en déduisons qu'aucun d'eux ne tient comme Rav. Rabbi Assi bar Boun a dit, et Rabbi Hiya a enseigné : tous les jours l'homme prie dix-huit [bénédictions] - à la sortie de Chabbat, à la sortie de Yom Kippour et à la sortie d'un jeûne public. Il en ressort explicitement que la halakha n'est pas comme Rav. De plus, le monde à déjà pris l'usage de prier la prière du soir bien qu'on ait prié la néila, ce qui n'est pas comme Rav mais comme la baraita de « la nuit de Yom Kippour » : car ni le tana kama ni Rabbi Hanina ben Gamliel, qui parle au nom de ses pères, ne tiennent la position de Rav. Et cette baraita de « la nuit de Yom Kippour » est une baraita de premier rang : car pour ce qui est de la havdala dans [la bénédiction] Honen ha-daat, nous tenons comme Rabbi Hanina ben Gamliel qui a dit au nom de ses pères qu'on l'y inclut - et non comme Rabbi Akiva qui dit qu'on la dit comme quatrième bénédiction à part, ni comme Rabbi Eliezer qui dit qu'on la dit dans Hodaa. C'est donc une baraita de premier rang, sur laquelle nous nous appuyons pour inclure la havdala dans Honen ha-daat ; de même nous appuyons-nous sur elle pour trancher contre Rav : ni pour le tana kama ni pour Rabbi Hanina ben Gamliel, la prière de néila ne dispense de celle du soir. De même, dans le Yerouchalmi du chapitre Tefilat ha-Chahar et au début du dernier chapitre de Taanit (hal. 1), Rabbi Yo'hanan diverge de Rav en disant qu'il n'y a de prière de néila que de jour - et entre Rav et Rabbi Yo'hanan, la halakha est comme Rabbi Yo'hanan. Et voici ce qu'on y lit : quand est la néila ? Les maîtres de Césarée disent : Rabbi Yo'hanan et Rav ont divergé. Rav a dit : la fermeture des portes du ciel, même la nuit. Et Rabbi Yo'hanan a dit : la fermeture des portes du heikhal, c'est-à-dire de jour, après l'allumage des lampes. Rabbi Yodan Antondriya a dit : notre michna appuie Rabbi Yo'hanan - « à trois périodes les kohanim lèvent leurs paumes quatre fois dans la journée : à chaharit, à moussaf, à minha et à la néila, lors des jeûnes, des maamadot et de Yom Kippour ». Il n'est pas possible de dire [qu'il s'agit de] la fermeture des portes du ciel, car la nessiat kapayim est rapprochée du service [du Temple], ainsi qu'il est écrit « pour le servir et pour bénir en son nom » : de même que le service est de jour, de même la nessiat kapayim est de jour. Le frère de la mère de Rav Ada s'occupait du manteau de Rav le jour du grand jeûne. [Rav] lui dit : quand tu verras le soleil au sommet du dattier, donne-moi mon manteau afin que je prie la néilat chearim. La position de Rav semble changer : là-bas il dit la fermeture des portes du ciel, et ici la fermeture des portes du heikhal, puisqu'il priait alors qu'il faisait encore jour. Rav Matana a dit : parce que Rav prolongeait beaucoup sa prière, il atteignait [de fait] la fermeture des portes du ciel - explication : sa prière se prolongeait jusqu'à la fermeture des portes du ciel. Il en ressort que Rabbi Yo'hanan diverge de Rav, que Rabbi Yodan apporte un appui à Rabbi Yo'hanan depuis la michna, et que Rav lui-même priait de jour, sa prière se prolongeant seulement jusqu'à la nuit. Par conséquent, on ne doit prier la prière de néila que de jour. Jusqu'ici.
💡 Explication

La conséquence annoncée. Si la néila est une amida de plus, priée après la tombée de la nuit (Rachi : michechekha), alors elle occupe déjà la place de la prière du soir : on ne prie pas deux fois pour le même créneau.

Noter la formule Rav le-taamei - Rav suit sa propre logique. La guemara souligne que ce n'est pas une règle isolée : c'est le prolongement mécanique de sa définition de la néila. Qui refuse la conclusion devra refuser la prémisse.

Le Roch tranchera contre Rav sur ce point précis, en s'appuyant massivement sur le Yerouchalmi et sur l'usage établi : on prie arvit après la néila.

13
וּמִי אָמַר רַב הָכִי? וְהָאָמַר רַב: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת! לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה קָאָמַר.

Et Rav a-t-il vraiment dit cela ? Or Rav a dit : la halakha est selon celui qui dit que la prière du soir est facultative !

[Réponse :] c'est selon celui qui la dit obligatoire qu'il s'est exprimé.

📜 Rachi (2)
וְהָא אָמַר רַב בְּמַס' בְּרָכוֹת תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וּמַאי פּוֹטֶרֶת דְּקָאָמַר:
« Or Rav a dit » - au traité Berakhot : la prière du soir est facultative. Alors que signifie « elle dispense » ?
לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה קָאָמַר דְּזוֹ פּוֹטַרְתָּהּ:
« C'est selon celui qui la dit obligatoire qu'il s'est exprimé » - [en ce cas] celle-ci l'acquitte.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָאָמַר רַב תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת תֵּימַהּ לְרַב דְּאָמַר תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת הָאָמַר פֶּרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כו.) טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית מִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם וְאָמַר נָמֵי הָתָם בְּסוֹף פֶּרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף ל:) טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל רֹאשׁ חֹודֶשׁ בַּלַּיְלָה אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ לְפִי שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹודֶשׁ בַּלַּיְלָה הָא לָאו הָכִי מַחֲזִירִין וְאַמַּאי תִּיפּוֹק לֵיהּ דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וְאוֹמֵר ר"י נְהִי דִּרְשׁוּת הִיא אֵין לְבַטְּלָהּ בְּחִנָּם אִם לֹא מִפְּנֵי שׁוּם מִצְוָה עוֹבֶרֶת אוֹ שְׁרָא הֶמְיָינֵיהּ דפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף ט:) דְּלָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ וְכֵן עָלָה עַל מִטָּתוֹ דִּירוּשַׁלְמִי דְּאֵין מַטְרִיחִין אוֹתוֹ שֶׁיֵּרֵד תֵּדַע כֵּיוָן דְּיַעֲקֹב אָבִינוּ תִּיקְּנָהּ לֹא תִּיקְּנָהּ לְבַטָּלָה וְעוֹד כֵּיוָן דִּכְנֶגֶד אֵבָרִים וּפְדָרִים הִיא שֶׁמַּעֲלָן וּמַקְטִירָן כָּל הַלַּיְלָה נְהִי דְּלָא מְעַכְּבִי כַּפָּרָה מ"מ מִצְוָה לְהַקְטִיר תְּפִלַּת עַרְבִית נָמֵי מִצְוָה וְתֵימַהּ מַאי פָּרֵיךְ הָכָא וְהָאָמַר רַב תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וְהָאָמְרִינַן דִּבְחִנָּם אֵין לְבַטְּלָהּ וְי"ל דְּאֵין זֶה בְּחִנָּם דִּבְלֵיל יוה"כ מִצְוָה לִטְרֹוחַ וּלְהָכִין צָורְכֵי סְעוּדָה דְּהָוֵי כְּעֵין יו"ט כִּדְאָמְרִי' בַּמִּדְרָשׁ דִּבְמוֹצָאֵי יוה"כ בַּת קוֹל יוֹצֵאת וְאוֹמֶרֶת לֵךְ אֱכֹול בְּשִׂמְחָה לַחְמֶךָ וּכְמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁנוּ שֶׁאֵין לְבַטָּלָה בְּחִנָּם אַפֵּי' לָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת הָכִי מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי דִּתְפִלַּת הַשַּׁחַר דְּלָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית חוֹבָה אֵין תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטַרְתָּהּ וְלָמֶ"ד רְשׁוּת תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטַרְתָּהּ מַשְׁמַע אֲבָל בְּחִנָּם אֵין לְבַטְּלָהּ ואע"פ שֶׁחוֹלֵק עַל הַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ בָּזֶה דְּבַגְּמָרָא דִּידַן מַשְׁמַע דְּרַב לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה קָאָמַר אֲבָל לְמ"ד רְשׁוּת לָא בָּעֲיָא תְּפִלָּה לְפָוטְרָהּ מ"מ בְּמַה שֶׁאָנוּ יְכוֹלִין לְהַשְׁווֹתָם יֵשׁ לָנוּ לְהַשְׁווֹתָם וכה"ג פִּי' גַּבֵּי אֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹודֶשׁ בַּלַּיְלָה אע"ג דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת כֵּיוָן דְּשַׁוְוייָה עָלֶיהָ חוֹבָה שַׁפִּיר דָּמֵי וּלְהָכִי צָרִיךְ לְהַהוּא טַעְמָא דְּאֵין מְקַדְּשִׁין הַחֹודֶשׁ בַּלַּיְלָה וְאֵין נִרְאֶה לר"י דְּהָאָמַר בפ"ק דְּשַׁבָּת לָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת מִכִּי שְׁרָא הֶמְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ הָא אִי לָא שְׁרָא הֶמְייָנֵי' מַטְרְחִינַן לֵיהּ אע"פ שֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל כְּלָל וְכִי תֵּימָא כֵּיוָן שֶׁהִתְפַּלֵּל בִּשְׁאָר לֵילוֹת שַׁוְיָא עָלֶיהָ חוֹבָה א"כ אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְשַׁנּוֹיֵי הָכָא דְּרַב לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה קָאָמַר לֵימָא דְּאַפֵּי' לְדִידֵיהּ דס"ל רְשׁוּת כֵּיוָן דְּשַׁוְיָא עָלֶיהָ חוֹבָה בִּשְׁאָר לֵילוֹת חוֹבָה הִיא עִילָּוֵיהּ וּבָעֲיָא תְּפִלָּה לְמִיפְטְרֵיהּ עַל כֵּן נִרְאֶה כִּדְפָרֵישִׁית:
« Or Rav a dit : la prière du soir est facultative » - question sur Rav, qui dit que la prière du soir est facultative : n'a-t-il pas dit au chapitre Tefilat ha-Chahar (Berakhot 26a) que celui qui s'est trompé et n'a pas prié arvit prie deux fois à chaharit ? Et il est dit aussi là-bas, à la fin du chapitre Tefilat ha-Chahar (Berakhot 30b), que celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné Roch Hodech la nuit, on ne le fait pas recommencer, parce qu'on ne sanctifie pas le mois la nuit - d'où il ressort que sans cela on le ferait recommencer. Or pourquoi ? Qu'on en déduise simplement que la prière du soir est facultative ! Et le Ri répond : bien qu'elle soit facultative, on ne l'annule pas sans raison, sauf en faveur d'une mitsva qui risque de passer, ou dans le cas de « il a déjà dénoué sa ceinture » (Chabbat 9b), où l'on ne lui impose pas ce dérangement ; de même « il est déjà monté sur son lit », du Yerouchalmi, où l'on ne l'oblige pas à redescendre. La preuve : puisque Yaakov notre père l'a instituée, il ne l'a pas instituée pour rien. Et de plus, puisqu'elle correspond aux membres et aux graisses que l'on fait monter et que l'on brûle toute la nuit - et bien que ceux-ci n'empêchent pas l'expiation, il y a néanmoins une mitsva à les faire fumer -, la prière du soir aussi est une mitsva. Et question : que demande-t-on ici, « or Rav a dit que la prière du soir est facultative » ? N'avons-nous pas dit qu'on ne l'annule pas sans raison ? On peut répondre : ici ce n'est pas sans raison, car la nuit qui suit Yom Kippour c'est une mitsva de se donner de la peine et de préparer les besoins du repas, ce qui est une sorte de jour de fête, comme nous le disons dans le midrach : à la sortie de Yom Kippour, une voix céleste sort et dit : « va, mange ton pain dans la joie ». Et de même que nous l'avons expliqué - qu'on ne l'annule pas sans raison, même pour celui qui tient la prière du soir pour facultative -, c'est ce qui ressort du Yerouchalmi de Tefilat ha-Chahar : pour celui qui tient la prière du soir pour obligatoire, la prière de néila ne l'en dispense pas ; pour celui qui la tient pour facultative, la prière de néila l'en dispense. Il en ressort que sans raison on ne l'annule pas. Et bien que cela s'oppose sur ce point à notre Talmud - car dans notre guemara il ressort que Rav parle selon celui qui la tient pour obligatoire, tandis que pour celui qui la tient pour facultative il n'est besoin d'aucune prière pour l'en dispenser -, néanmoins, dans la mesure où nous pouvons les accorder, nous devons les accorder. Et l'on a expliqué de même au sujet de « on ne sanctifie pas le mois la nuit » : bien que la prière du soir soit facultative, dès lors qu'il se l'est rendue obligatoire, cela convient - et c'est pourquoi on a besoin de ce motif qu'on ne sanctifie pas le mois la nuit. Mais cela ne paraît pas juste au Ri, car il est dit au premier chapitre de Chabbat que, pour celui qui tient la prière du soir pour facultative, dès lors qu'il a dénoué sa ceinture on ne lui impose pas ce dérangement - d'où il ressort que s'il n'avait pas dénoué sa ceinture on le lui imposerait, bien qu'il n'ait pas prié du tout. Et si tu dis : puisqu'il a prié les autres soirs, elle est devenue obligatoire pour lui - alors pourquoi a-t-on eu besoin de répondre ici que Rav parle selon celui qui la tient pour obligatoire ? Qu'on dise que même selon lui, qui la tient pour facultative, dès lors qu'elle lui est devenue obligatoire les autres soirs, elle est obligatoire pour lui et il faut une prière pour l'en acquitter ! C'est pourquoi il paraît [juste de comprendre] comme nous l'avons expliqué.
💡 Explication

Objection interne : Rav lui-même tranche ailleurs (Berakhot) que la prière du soir est rechout, facultative. Rachi pose la difficulté exactement : si elle est facultative, que peut bien vouloir dire dispenser ? Il n'y a rien dont on ait à être dispensé.

La réponse est une figure classique : Rav ne parle pas ici en son propre nom, il parle selon l'avis adverse. Même pour celui qui tient la prière du soir pour obligatoire, dit Rav, la néila l'acquitte.

Tossefot ouvre ici une longue discussion sur le statut réel de la prière du soir. Le Ri y établit une position intermédiaire : facultative ne veut pas dire négligeable - on ne l'annule pas sans raison. Elle a été instituée par Yaakov, et elle correspond aux membres et aux graisses consumés toute la nuit sur l'autel.

14
מֵיתִיבִי: אוֹר יוֹם הַכִּפּוּרִים מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה, שַׁחֲרִית שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה, מוּסָף שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה, בִּנְעִילָה מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּמִתְוַדֶּה, עַרְבִית מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע מֵעֵין שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה. רַבִּי חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל מִשּׁוּם אֲבוֹתָיו: מִתְפַּלֵּל שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה שְׁלֵימוֹת,

On objecte : la nuit de Yom Kippour, on prie sept [bénédictions] et l'on confesse ; à chaharit, sept et l'on confesse ; à moussaf, sept et l'on confesse ; à la néila, on prie sept et l'on confesse ; à arvit, on prie sept qui résument les dix-huit. Rabbi Hanina ben Gamliel au nom de ses pères [dit] : on prie les dix-huit complètes,

📜 Rachi (2)
מֵיתִיבִי וְכוּ' קָתָנֵי נְעִילָה וְקָתָנֵי עַרְבִית:
« On objecte, etc. » - la baraita enseigne la néila et enseigne aussi arvit [donc les deux].
שֶׁבַע מֵעֵין שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה ג' רִאשׁוֹנוֹת וְג' אַחֲרוֹנוֹת כְּתִיקְנָן וְאוֹמֵר הֲבִינֵנוּ בְּאֶמְצַע שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מֵעֵין שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת וְהִיא תְּפִלָּה קְצָרָה שֶׁתִּיקְּנוּ לְעוֹבְרֵי דְּרָכִים וּלְמוֹצָאֵי יוה"כ הִתִּירוּ לָצֵאת בָּהּ מִפְּנֵי הַטֹּורַח:
« Sept qui résument les dix-huit » - les trois premières et les trois dernières comme il se doit, et il dit Havinenou au milieu, qui contient le résumé des treize bénédictions ; c'est la prière courte que l'on a instituée pour les voyageurs, et pour la sortie de Yom Kippour on a permis de s'en acquitter, à cause de la peine [du jour].
🗂️ Tossefot (1)
מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע מֵעֵין שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת פֵּירֵשׁ רַשְׁבַּ"ם טַעְמָא מִשּׁוּם דְּכֵיוָן דְּאַכַּתִּי הוּא בְּתַעֲנִית חָשׁוּב כיוה"כ לְהָכִי מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וּלְפִי שֶׁכְּבָר פָּנָה הַיּוֹם וְחוֹל הָוֵי לְהָכִי מִתְפַּלֵּל מֵעֵין י"ח:
« Il prie sept qui résument les dix-huit bénédictions » - le Rachbam a expliqué le motif : puisqu'il est encore dans le jeûne, [ce moment] est considéré comme Yom Kippour, et c'est pourquoi il prie sept ; et parce que le jour a déjà tourné et que c'est devenu un jour profane, c'est pourquoi il prie [ces sept] sur le modèle résumé des dix-huit.
💡 Explication

Dernière objection du feuillet, et elle est simple : la baraita compte la néila puis arvit - deux prières distinctes (Rachi : katani néila ve-katani arvit). Si la néila dispensait de la prière du soir, la baraita n'en exigerait pas une de plus.

Le détail est instructif : cette prière du soir n'est pas une amida ordinaire mais sept qui résument les dix-huit. Rachi explique : les trois premières et les trois dernières bénédictions comme d'usage, et au milieu Havinenou, la formule abrégée qui condense les treize bénédictions centrales. C'est la prière courte instituée pour les voyageurs ; à la sortie de Kippour on a permis de s'en acquitter, à cause de la fatigue du jour. Le Rachbam, cité par Tossefot, donne la double raison : on est encore dans le jeûne, donc sept ; mais le jour a tourné et l'on est en semaine, donc sur le modèle des dix-huit.

La phrase se coupe au milieu : la position de Rabbi Hanina ben Gamliel et la résolution de l'objection se lisent au feuillet 88a.

🖼️ Schéma
La néila dispense-t-elle de la prière du soir ? La marche de la sougya Conséquence directe de la position de Rav : si la néila est une amida de plus, elle peut tenir lieu de arvit. Rav : tefilat néila poteret chel arvit Rav le-taamei - fidèle à sa propre position : c'est une amida supplémentaire Objection : Rav lui-même dit que arvit est facultative (rechout) Rachi : si elle est facultative, que veut dire dispenser ? Il n'y a rien à dispenser. Réponse : il parle selon celui qui la tient pour obligatoire Même pour lui, la néila l'acquitte - Rav ne dit pas ce qu'il tient, il répond à l'autre avis. Nouvelle objection : la baraita compte néila ET arvit À la néila sept bénédictions et vidouy ; puis à arvit sept qui résument les dix-huit (Havinenou). Si la néila dispensait, la baraita ne demanderait pas une prière de plus. Rachi : katani néila ve-katani arvit. R. Hanina ben Gamliel au nom de ses pères : dix-huit complètes La phrase se coupe ici : la suite et sa résolution sont au feuillet 88a. Le Roch tranche contre Rav : on prie arvit après la néila - et c'est l'usage reçu.
La marche complète de la question : la néila dispense-t-elle de la prière du soir ?
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).