Yoma 87a - Ce que Yom Kippour n'expie pas : le protocole du piyous envers son prochain

Yoma 87a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya du pouvoir - le juge qui sort siéger va, selon Rav, vers sa propre mise à mort, et les versets récités devant la foule ou sur la litière servent d'antidote à l'honneur. Vient ensuite une lecture à rebours de Proverbes 18,5 : être ménagé en ce monde est un mauvais signe (Ahab), être châtié ici en est un bon (Moche), puis la symétrie du mérite et de la dette transmis aux générations - les fils d'Aharon sauvés par leur père, les fils de Kenaan retenus par le leur, avec le cas de Tavi, serviteur de Rabban Gamliel.

Deux règles closent ce mouvement : celui qui fait acquérir du mérite au public est préservé de la faute, celui qui fait fauter le public n'obtient pas les moyens de faire techouva - non par récompense ou vengeance, mais pour que le maître et ses élèves ne finissent pas de part et d'autre. La guemara revient alors à la michna et démonte deux calculs : je fauterai et je ferai techouva, dit deux fois, parce qu'une faute répétée devient comme permise ; et je fauterai et Kippour expiera, qui échoue même selon Rabbi, car un jour d'expiation ne peut pas servir de moyen de fauter.

La seconde moitié du daf est consacrée aux fautes entre l'homme et son prochain, que Yom Kippour n'expie pas : la racine p-l-l de I Samuel 2,25 est d'abord lue comme jugement puis comme apaisement, et de là découle tout le protocole du piyous - même une offense en paroles, dénouer la paume s'il s'agit d'argent, multiplier les amis s'il s'agit de mots, trois rangées de trois hommes selon Rav Hisda, pas plus de trois demandes selon Rabbi Yossi bar Hanina, et dix personnes sur la tombe si l'offensé est mort. Quatre récits ferment le daf : Rabbi Yirmeya assis sous les eaux usées, Rabbi Abba qui sort à sa rencontre, Rabbi Zeira qui se rend disponible, et Rav allant la veille de Kippour chez le boucher qui le congédie - et que Rav Houna avait déjà vu mort.

Le protocole du piyous - apaiser celui que l'on a offensé Yom Kippour n'expie pas la faute envers le prochain tant que celui-ci n'a pas été apaisé. Le daf en donne les étapes chiffrées. Faute entre l'homme et son prochain R. Yitshak : même une simple irritation en paroles Qu'est-ce qui est en jeu ? (Proverbes 6,1-3) De l'argent lui est dû hâter pissat yad - dénoue la paume de ta main : paie, et l'affaire est réglée. Tu l'as blessé en paroles harbé alav ré'im - multiplie sur lui les amis : envoie des gens intercèdes pour toi. Rav Hisda : trois rangées de trois hommes - neuf personnes, en trois fois Job 33,27 : hatati (1) - ve-yachar heeveti (2) - ve-lo chava li (3). Rachi : pas de rangée à moins de trois. Ben Yehoyada : trois groupes face au NaRaN - nefech, roua'h, nechama - de l'offensé. R. Yossi bar Hanina : ne pas demander plus de trois fois Berechit 50,17 : ana sa na... ve-ata sa na - trois fois na, et pas davantage. Il se laisse apaiser La dette envers l'homme est soldée : Yom Kippour peut expier. Il refuse encore après trois fois Tu es quitte ; la dureté change de camp - voir le boucher de Rav. S'il est mort avant d'avoir pardonné : dix personnes sur sa tombe - j'ai fauté envers l'Éternel Dieu d'Israël et envers untel à qui j'ai porté préjudice.
Le chemin complet de la demande de pardon, de l'offense jusqu'à la tombe de l'offensé.
Yom Kippour : ce qu'il expie, et les deux verrous qui le bloquent La michna pose une frontière de contenu (envers qui ?) et une frontière d'intention (dans quel calcul ?). Bein adam la-Makom Entre l'homme et Dieu Yom Kippour expie. Qui intercède pour lui ? La techouva et les bonnes actions (seg. 10). I Samuel 2,25 - fin du verset Bein adam la-havero Entre l'homme et son prochain Yom Kippour n'expie pas tant qu'il n'a pas apaisé son prochain. Il faut d'abord le piyous (seg. 9-13). I Samuel 2,25 - début du verset Les deux verrous de la michna : ce n'est plus la faute qui bloque, c'est le calcul ahta ve-achouv, ahta ve-achouv Je fauterai et je ferai techouva - deux fois. Rav Houna au nom de Rav : une transgression répétée devient pour lui comme permise. -> on ne lui donne pas les moyens de faire techouva ahta ve-Yom ha-Kippourim mekhapèr Rabbi soutient pourtant : Yom Kippour expie tout, techouva ou pas. La michna le contredit ? Réponse : agav chani - quand c'est sur Kippour qu'il s'appuie pour fauter, Kippour n'expie pas
La frontière que Yom Kippour ne franchit pas, et les deux calculs qui le neutralisent.
Quatre scènes, quatre façons de traiter une offense Le daf clôt la halakha du piyous par des récits : deux fois l'offenseur agit, deux fois c'est l'offensé qui fait le premier pas. Qui agit Ce qu'il fait Ce que la scène enseigne R. Yirmeya l'offenseur - seg. 14 Va s'asseoir à la porte de R. Abba ; l'eau sale de la servante lui tombe sur la tête - on a fait de moi un tas d'ordures. Accepter l'abaissement fait partie du piyous : mi-achpot yarim évion. R. Abba l'offensé - seg. 14 Sort au-devant de lui : maintenant c'est moi qui dois sortir pour t'apaiser - lekh hitrapès u-rehav ré'eikha. L'offensé qui laisse l'autre s'humilier trop longtemps devient débiteur à son tour. R. Zeira l'offensé - seg. 15 Passe et repasse devant celui qui l'a offensé, se rend visible et disponible, sans rien réclamer. Rendre le pardon facile à demander, c'est déjà la moitié du pardon. Rav l'offensé - seg. 16 Veille de Kippour : va lui-même chez le boucher qui l'a offensé. Le boucher le renvoie - va, je n'ai rien à te dire. Un os se détache de la tête qu'il fend et le tue. Rav Houna l'avait annoncé : Abba va tuer un homme. Refuser un maître qui vient de lui-même, c'est se condamner.
Les quatre récits qui closent le daf, et ce que chacun ajoute à la halakha.
1
בִּצְבוּ נַפְשֵׁיהּ לִקְטָלָא נָפֵיק, וּצְבוּ בֵּיתֵיהּ לֵית הוּא עָבֵיד, וְרֵיקָן לְבֵיתֵיהּ אָזֵיל, וּלְוַאי שֶׁתְּהֵא בִּיאָה כִּיצִיאָה. וְכִי הָוֵי חָזֵי אַמְבּוּהָא אַבָּתְרֵיהּ, אָמַר: ״אִם יַעֲלֶה לַשָּׁמַיִם שִׂיאוֹ וְרֹאשׁוֹ לָעָב יַגִּיעַ. כְּגֶלֲלוֹ לָנֶצַח יֹאבֵד רֹואָיו יֹאמְרוּ אַיּוֹ״. רַב זוּטְרָא, כִּי הֲווֹ מְכַתְּפִי לֵיהּ בְּשַׁבְּתָא דְרִיגְלָא, הֲוָה אָמַר: ״כִּי לֹא לְעוֹלָם חֹסֶן וְאִם נֵזֶר לְדוֹר וָדוֹר״.

[Rav disait, en sortant siéger au tribunal :] c'est de son propre gré qu'il sort vers sa mise à mort ; les besoins de sa maison, il ne les fait pas ; et c'est les mains vides qu'il rentre chez lui - et plût au Ciel que l'entrée soit comme la sortie ! Et lorsqu'il voyait une foule (amboha) marcher derrière lui [en son honneur], il disait : « quand bien même son élévation monterait jusqu'aux cieux et que sa tête toucherait la nuée, il périra à jamais comme sa propre fiente ; ceux qui le voyaient diront : où est-il ? » (Job 20,6-7).

Rav Zoutra, lorsqu'on le portait sur les épaules au Chabbat de la fête [où il enseignait], disait : « car la richesse ne dure pas toujours, et le diadème est-il d'âge en âge ? » (Proverbes 27,24).

📜 Rachi (7)
בִּצְבוּ נַפְשֵׁיהּ בְּרָצוֹן עַצְמוֹ:
« Be-tsvou nafcheih » - de son propre gré.
לִקְטָלָא אָזֵיל לִישָּׂא עֹונֶשׁ חֵטְא שֶׁמָּא יִשְׁגֶּה בַּדִּין וְעַל עַצְמוֹ אָמַר כֵּן:
« Il va vers la mise à mort » - pour porter le châtiment de la faute, car il pourrait se tromper dans le jugement ; et c'est de lui-même qu'il parlait ainsi.
וּצְבוּ בֵּיתֵיהּ לֵית הוּא עָבֵיד בְּכָל זֶה לֹא יַעֲשֶׂה צָורְכֵי בֵּיתוֹ וְלֹא יִשְׂתַּכֵּר כְּלוּם בַּדָּבָר:
« Et il ne fait pas la volonté de sa maison » - avec tout cela, il ne s'occupera pas des besoins de sa maison et ne gagnera rien à l'affaire.
וּלְוַאי שֶׁתְּהֵא בִּיאָה שֶׁיָּשׁוּב וְיִכָּנֵס לְבֵיתוֹ בְּלֹא חֵטְא כִּיצִיאָה:
« Et plût au Ciel que l'entrée [soit comme la sortie] » - qu'il revienne et rentre chez lui sans faute, comme il en était sorti.
אַמְבּוּהָא גְּדוּדֵי בְּנֵי אָדָם הוֹלְכִין אַחֲרָיו לִכְבוֹדוֹ:
« Amboha » - des troupes de gens qui marchent derrière lui pour lui faire honneur.
אִם יַעֲלֶה לַשָּׁמַיִם שִׂיאוֹ וְגוֹ' סוֹפוֹ כְּגֶלְלוֹ לָנֶצַח יֹאבַד וְכָל זֶה אָמַר שֶׁלֹּא תָּזוּחַ דַּעְתּוֹ:
« Quand bien même son élévation monterait jusqu'aux cieux, etc. - sa fin est qu'il périra à jamais comme sa propre fiente » - et tout cela, il le disait pour que son esprit ne s'enfle pas.
מְכַתְּפִי לֵיהּ זָקֵן הָיָה וְנוֹשְׂאִין אוֹתוֹ בְּאַלְנְקִי בְּכִתְפֵיהֶם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ שֶׁלֹּא לְהַטְרִיחַ אֶת הַצִּיבּוּר לָקוּם מִפָּנָיו:
« On le portait sur les épaules » - il était âgé, et on le portait sur une litière (alonki) sur leurs épaules dans la maison d'étude, afin de ne pas obliger le public à se lever devant lui.
💡 Explication

Ces lignes achèvent la sougya de la fin de 86b sur le danger du pouvoir. Le juge qui sort siéger fait, selon Rav, le plus mauvais des marchés : il risque le châtiment d'une erreur de jugement (lekatla nafik - il sort vers sa mise à mort), il néglige les besoins de sa maison, et il n'en tire aucun gain. Son seul souhait est de rentrer aussi net qu'il est sorti.

Les deux versets qui suivent sont des antidotes à l'honneur, récités au moment précis où l'honneur se manifeste : la foule qui escorte, les épaules qui portent. Rachi le dit explicitement - chelo tazouah daato, pour que son esprit ne s'enfle pas. Le daf s'ouvre donc sur une hygiène de l'amour-propre, avant de passer à ce qui sépare le méchant ménagé du juste châtié.

2
״שְׂאֵת פְּנֵי רָשָׁע לֹא טוֹב״ — לֹא טוֹב לָהֶם לָרְשָׁעִים שֶׁנּוֹשְׂאִין לָהֶם פָּנִים בָּעוֹלָם הַזֶּה. לֹא טוֹב לוֹ לְאַחְאָב שֶׁנָּשְׂאוּ לוֹ פָּנִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַעַן כִּי נִכְנָע (אַחְאָב מִלִּפְנֵי) לֹא אָבִיא הָרָעָה בְּיָמָיו״.

« Il n'est pas bon d'avoir égard à la personne du méchant » (Proverbes 18,5) - il n'est pas bon pour les méchants qu'on ait égard à eux en ce monde. Il ne fut pas bon pour Ahab qu'on ait eu égard à lui en ce monde, ainsi qu'il est dit : « puisque [Ahab] s'est humilié devant Moi, Je n'amènerai pas le malheur de son vivant » (I Rois 21,29).

💡 Explication

Le verset de Proverbes est lu à rebours du sens courant. « Avoir égard à la personne » (seet panim) désigne ici le fait d'être ménagé, de ne pas être puni tout de suite. Le daf en fait un mauvais signe : la sanction différée n'est pas une remise, c'est un report - et ce qui n'est pas soldé ici reste dû ailleurs.

Ahab est le cas type : son humiliation lui vaut un sursis explicite - « pas de son vivant ». Le texte souligne ce que ce sursis lui coûte.

3
״לְהַטּוֹת צַדִּיק בַּמִּשְׁפָּט״ — טוֹב לָהֶם לַצַּדִּיקִים שֶׁאֵין נוֹשְׂאִין לָהֶם פָּנִים בָּעוֹלָם הַזֶּה. טוֹב לוֹ לְמֹשֶׁה שֶׁלֹּא נָשְׂאוּ לוֹ פָּנִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַעַן לֹא הֶאֱמַנְתֶּם בִּי לְהַקְדִּישֵׁנִי״, הָא אִילּוּ הֶאֱמַנְתֶּם בִּי — עֲדַיִין לֹא הִגִּיעַ זְמַנָּם לִיפָּטֵר מִן הָעוֹלָם.

« ... pour faire dévier le juste dans le jugement » [suite du même verset] - il est bon pour les justes qu'on n'ait pas égard à eux en ce monde. Il fut bon pour Moche qu'on n'ait pas eu égard à lui en ce monde, ainsi qu'il est dit : « parce que vous n'avez pas eu foi en Moi pour Me sanctifier » (Nombres 20,12) - d'où il ressort que si vous aviez eu foi en Moi, leur heure de quitter le monde ne serait pas encore venue.

💡 Explication

Le second hémistiche du même verset donne le versant positif : lehatot tsadik ba-michpat, faire dévier le juste dans le jugement, c'est justement l'épargner ici-bas. Être repris de son vivant est un avantage, parce que le compte se solde dans ce monde.

La déduction sur Moche est audacieuse : si le décret de sa mort au désert est motivé par « parce que vous n'avez pas eu foi », c'est que sans cette faute son heure n'était pas encore venue. Le châtiment n'est pas seulement un châtiment : il est le signe qu'un compte resté ouvert a été règle ici plutôt que là-bas.

🖼️ Schéma
Proverbes 18,5 lu comme un seul verset à deux versants seet penei racha lo tov - lehatot tsadik ba-michpat : être ménagé ici est un mauvais signe, être puni ici en est un bon. Ahab - le méchant ménagé seet penei racha lo tov Il s'humilie ; Dieu lui répond : je n'amènerai pas le malheur de son vivant (I Rois 21,29). Ce report est une perte : ce qui n'est pas payé ici reste dû là-bas. lo tov lo - ce ne fut pas bon pour lui Moche - le juste non ménagé lehatot tsadik ba-michpat Dieu lui dit : parce que vous n'avez pas eu foi en Moi pour Me sanctifier (Nombres 20,12). La guemara en tire le revers : sans cette faute, son heure n'était pas venue. tov lo - ce fut bon pour lui
Un seul verset, deux versants : le méchant ménagé y perd, le juste châtié y gagne.
4
אַשְּׁרֵיהֶם לַצַּדִּיקִים, לֹא דַּיָּין שֶׁהֵן זוֹכִין, אֶלָּא שֶׁמְּזַכִּין לִבְנֵיהֶם וְלִבְנֵי בְּנֵיהֶם עַד סוֹף כָּל הַדּוֹרוֹת. שֶׁכַּמָּה בָּנִים הָיוּ לוֹ לְאַהֲרֹן שֶׁרְאוּיִין לִישָּׂרֵף כְּנָדָב וַאֲבִיהוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַנּוֹתָרִים״, אֶלָּא שֶׁעָמַד לָהֶם זְכוּת אֲבִיהֶם.

Heureux les justes : non seulement ils acquièrent du mérite pour eux-mêmes, mais ils en font acquérir à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants jusqu'à la fin de toutes les générations. Car Aharon avait plusieurs fils qui méritaient d'être brûlés comme Nadav et Avihou, ainsi qu'il est dit : « [les fils d'Aharon] qui restaient » (Lévitique 10,16) - mais le mérite de leur père les a soutenus.

📜 Rachi (1)
שֶׁנֶּאֱמַר הַנּוֹתָרִים אַלְמָא אַף הֵן הָיוּ רְאוּיִין לִישָּׂרֵף וְנוֹתְרוּ:
« Ainsi qu'il est dit : ceux qui restaient » - il ressort donc qu'eux aussi méritaient d'être brûlés, et qu'ils sont restés.
💡 Explication

La preuve tient à un seul mot : ha-notarim, « ceux qui restaient ». Rachi tire de ce participe qu'il n'y a de « reste » que là où il y aurait pu ne rien rester : eux aussi méritaient de brûler, et ils sont restés.

Ce qui les a sauvés n'est pas leur propre bilan mais le zekhout avot, le mérite du père. La sougya passe ainsi de la responsabilité individuelle à ce qu'un homme transmet - thème qui va se retourner au segment suivant.

5
אוֹי לָהֶם לָרְשָׁעִים, לֹא דַּיָּין שֶׁמְּחַיְּיבִין עַצְמָן, אֶלָּא שֶׁמְּחַייְּבִין לִבְנֵיהֶם וְלִבְנֵי בְּנֵיהֶם עַד סוֹף כָּל הַדּוֹרוֹת. הַרְבֵּה בָּנִים הָיוּ לוֹ לִכְנַעַן שֶׁרְאוּיִין לִיסָּמֵךְ כְּטָבִי עַבְדּוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל, אֶלָּא שֶׁחוֹבַת אֲבִיהֶם גָּרְמָה לָהֶן.

Malheur aux méchants : non seulement ils se rendent coupables eux-mêmes, mais ils rendent coupables leurs enfants et les enfants de leurs enfants jusqu'à la fin de toutes les générations. Kenaan avait beaucoup de fils qui méritaient d'être ordonnés (semikha) comme Tavi, le serviteur de Rabban Gamliel - mais la dette (hova) de leur père en a décidé autrement.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּטָבִי עַבְדּוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא נָקֵיט 'אֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם' שֶׁהָיָה חָכָם גָּדוֹל בַּתּוֹרָה וְצַדִּיק גָּמוּר כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (יוֹמָא כח:) דַּמֶּשֶׂק אֱלִיעֶזֶר (בְּרֵאשִׁית טו, ב) שֶׁדּוֹלֶה וּמַשְׁקֶה מִתּוֹרַת רַבּוֹ לַאֲחֵרִים וְכֵן אָמְרוּ (בְּרֵאשִׁית רַבָּה נט) 'הַמָּשָׁל בְּכָל אֲשֶׁר לוֹ' (בְּרֵאשִׁית כד, ב) שֶׁהָיָה שׁוֹלֵט בְּיִצְרוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לֹא רָצָה לְהָבִיא מִדּוֹרוֹת שֶׁהָיוּ קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה אֶלָּא מִדּוֹרוֹת שֶׁאַחַר מַתַּן תּוֹרָה. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי דְּתַנָּא זֶה הָיָה בִּזְמַן רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְלָכֵן נָקֵיט טָבִי שֶׁהָיָה בְּדוֹרוֹ וְיִוָּדְעוּ וּמַכִּירוֹ. אוֹ יוּבַן דְּאִיתָא בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים דַּף כ"ט דְּרוּחַ הֶבֶל מַה שֶׁלָּקַח חָם נִיתַּן בְּטָבִי עַבְדּוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל יְעֻויַּן שָׁם. גַּם הָרַב קְהִילַּת יַעֲקֹב זַ"ל כָּתַב בְּשֵׁם רַבֵּינוּ זַ"ל דְּכוֹרֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס הָיָה מִשֹּׁורֶשׁ כְּנַעַן וְנִתְגַּלְגֵּל בְּטָבִי עַבְדּוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל לְכָךְ אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֵין טָבִי כִּשְׁאָר עֲבָדִים כָּשֵׁר הָיָה אוֹתִיּוֹת כְּרָשׁ עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא בְּטָבִי הָיָה כְּנַעַן וְהָיָה חָם וְלָכֵן הִזְכִּיר אֶת טָבִי בְּעִנְיָן זֶה שֶׁל חָם וּכְנַעַן.
« Comme Tavi, le serviteur de Rabban Gamliel. » On peut demander : pourquoi ne pas prendre plutôt Eliezer, le serviteur d'Avraham, qui était un grand sage en Torah et un juste accompli, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Yoma 28b) : « Damessek Eliezer » (Berechit 15,2) - il puisait (dole) et faisait boire (machké) aux autres de la Torah de son maître ; et de même ont-ils dit (Berechit Rabba 59) sur « celui qui gouvernait tout ce qui était à lui » (Berechit 24,2) - qu'il dominait son penchant ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il n'a pas voulu tirer son exemple des générations antérieures au don de la Torah, mais des générations qui l'ont suivi. On peut dire aussi qu'il me semble que ce tana vivait au temps de Rabban Gamliel : il prend donc Tavi, qui était de sa génération, qu'il connaissait et pouvait identifier. Ou bien on le comprendra ainsi : il est écrit dans le Chaar ha-Guilgoulim, feuillet 29, que le roua'h (souffle) de Hevel que Ham avait pris fut placé dans Tavi, le serviteur de Rabban Gamliel - vois-y. Le Rav Kehilat Yaakov, de mémoire bénie, a lui aussi écrit au nom de notre maître [le Ari] de mémoire bénie que Coresh (Cyrus), roi de Perse, était de la racine de Kenaan et qu'il s'est réincarné (guilgoul) dans Tavi, le serviteur de Rabban Gamliel ; c'est pourquoi Rabban Gamliel a dit : Tavi n'est pas comme les autres serviteurs, il était kacher - or « kacher » (kaf-chin-resh) ce sont les lettres de « Koresh » (kaf-resh-chin) - vois-y. Il se trouve donc qu'en Tavi il y avait Kenaan et il y avait Ham : c'est pourquoi il mentionne Tavi précisément dans ce sujet de Ham et de Kenaan.
💡 Explication

Symétrie exacte du segment précédent : ce qui se transmet n'est pas seulement le mérite, c'est aussi la hova, la dette. Tavi, esclave cananéen de Rabban Gamliel, est le contre-exemple vivant : sa stature en Torah aurait justifié la semikha, mais son statut la lui interdit.

La formule est mesurée : ils méritaient d'être ordonnés. Le daf ne dit pas qu'ils valaient moins, il dit qu'une place leur était fermée par ce qui les précédait.

6
כָּל הַמְזַכֶּה אֶת הָרַבִּים — אֵין חֵטְא בָּא עַל יָדוֹ, וְכָל הַמַּחְטִיא אֶת הָרַבִּים — כִּמְעַט אֵין מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה. כָּל הַמְזַכֶּה אֶת הָרַבִּים — אֵין חֵטְא בָּא עַל יָדוֹ, מַאי טַעְמָא? כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא הוּא בְּגֵיהִנָּם וְתַלְמִידָיו בְּגַן עֵדֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי לֹא תַעֲזֹוב נַפְשִׁי לִשְׁאוֹל לֹא תִתֵּן חֲסִידְךָ לִרְאוֹת שָׁחַת״. וְכָל הַמַּחְטִיא אֶת הָרַבִּים — אֵין מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה, שֶׁלֹּא יְהֵא הוּא בְּגַן עֵדֶן וְתַלְמִידָיו בְּגֵיהִנָּם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָדָם עָשֻׁוק בְּדַם נָפֶשׁ עַד בּוֹר יָנוּס אַל יִתְמְכוּ בוֹ״.

Quiconque fait acquérir du mérite au public (mézakéh et ha-rabim), aucune faute ne survient par sa main ; et quiconque fait fauter le public (mahti et ha-rabim), c'est à peine si on lui donne les moyens de faire techouva. Quiconque fait acquérir du mérite au public, aucune faute ne survient par sa main - quelle en est la raison ?

Afin qu'il ne se trouve pas, lui, dans la géhinam tandis que ses élèves seraient au gan éden, ainsi qu'il est dit : « car Tu n'abandonneras pas mon âme au cheol, Tu ne laisseras pas Ton fidèle voir la fosse » (Psaumes 16,10). Et quiconque fait fauter le public, on ne lui donne pas les moyens de faire techouva - afin qu'il ne se trouve pas, lui, au gan éden tandis que ses élèves seraient dans la géhinam, ainsi qu'il est dit : « un homme chargé du sang d'une âme fuira jusqu'à la fosse : qu'on ne le soutienne pas » (Proverbes 28,17).

📜 Rachi (4)
אֵין חֵטְא בָּא עַל יָדוֹ הקב"ה מַדְחֶה מִפָּנָיו אֶת הָעֲבֵירָה שֶׁלֹּא תָּבֹא לְיָדוֹ:
« Aucune faute ne survient par sa main » - le Saint béni soit-Il écarte de devant lui la transgression, pour qu'elle ne se présente pas à sa main.
כִּי לֹא תַעֲזֹוב נַפְשִׁי לָמַדְנוּ שהקב"ה מוֹנֵעַ אֶת הַחֵטְא מִלְּהַכְשִׁילוֹ:
« Car Tu n'abandonneras pas mon âme » - nous apprenons de là que le Saint béni soit-Il empêche la faute de le faire trébucher.
עָשׁוּק בְּדַם נֶפֶשׁ מְחֻויָּב בְּנֶפֶשׁ שֶׁאָבְדָה עַל יָדוֹ:
« Chargé du sang d'une âme » - redevable d'une âme qui s'est perdue par sa faute.
אַל יִתְמְכוּ בּוֹ שֶׁלֹּא יִפֹּול אֶלָּא מַנִּיחִין אוֹתוֹ וְיִפֹּול בַּבּוֹר בְּגֵיהִנָּם:
« Qu'on ne le soutienne pas » - qu'on ne le retienne pas de tomber ; on le laisse, et il tombe dans la fosse, dans la géhinam.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמְזַכֶּה אֶת הָרַבִּים, אֵין חֵטְא בָּא עַל יָדוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרָם עַל יָדוֹ כִּי הקב"ה בָּרָא בְּיַד י"ז פְּרָקִים עַד הַכָּתֵף לִרְמֹוז שֶׁצָּרִיךְ הָאָדָם לַעֲשׂוֹת בְּיָדוֹ 'טוֹב' שֶׁהוּא מִסְפַּר י"ז אַךְ הַחוֹטֵא נֶהְפַּךְ אֶצְלוֹ מִסֵּפֶר טוֹב לְמִסְפַּר 'חֵט' שֶׁהוּא גַּם כֵּן מִסְפַּר י"ז וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מור"ם בְּהִלְכוֹת רֹאשׁ הַשָּׁנָה דְּאֵין אוֹכְלִים אֱגוֹז בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה מִפְּנֵי דְּ'אֱגוֹז מִסְפַּר 'חֵט' [17] וְלָזֶה אָמַר הַמְזַכֶּה הָרַבִּים אֵין חֵטְא בָּא עַל ' יָדוֹ ' דַּיְיקָא שֶׁמְּסַפֵּר פִּרְקֵי יָדוֹ יִהְיוּ צֵירוּף אוֹתִיּוֹת טוֹב וְלֹא חַט. אוֹ יוּבַן בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים הַקְדָּמָה כג) מַה שֶׁחוֹטֵא הָאָדָם בַּיּוֹם נִרְשָׁם לְמַעְלָה וְנִשְׁמָתוֹ עוֹלָה וְחוֹתֶמֶת בְּהוֹדָאָתָהּ בָּהֶם דִּכְתִיב (אִיּוֹב לז, ז) וְ'בְּיַד כָּל אָדָם יַחְתֹּום' אַךְ הַצַּדִּיק אִם יֶחֱטָא לֹא יָשָׁן עַד שֶׁיִּתְוַדֶּה וְיִתְחָרֵט וְיָשׁוּב וְאִם כֵּן נִמְחָקִין הָעֲוֹנוֹת וְלֹא יָבֹאוּ לִידֵי חֲתִימָה בְּיָדוֹ. אוֹ יוּבַן הַכַּוָּנָה כָּל רַע שֶׁיַּעֲשֶׂה הָאָדָם נִרְשָׁם דֶּרֶךְ כְּלָל בְּשִׂרְטוּטֵי יָדָיו וְהַמְזַכֶּה אֵין חֵטְא בָּא עַל יָדוֹ דַּיְיקָא.
« Quiconque fait acquérir du mérite au public, aucune faute ne survient par sa main (al yado). » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'ils disent « par sa main », c'est parce que le Saint béni soit-Il a créé dans la main dix-sept articulations jusqu'à l'épaule, pour faire allusion à ce que l'homme doit faire de sa main « tov » (le bien), dont la valeur numérique est 17 ; mais chez le fauteur, le nombre de « tov » se retourne en nombre de « het » (faute), qui vaut lui aussi 17 - comme l'a écrit le Rama dans les lois de Roch Hachana, qu'on ne mange pas de noix (egoz) à Roch Hachana parce que « egoz » a la valeur de « het » [17]. C'est pourquoi il est dit : celui qui fait acquérir du mérite au public, aucune faute ne survient par « sa main » - précisément : le compte des articulations de sa main formera la combinaison des lettres « tov », et non « het ». On peut aussi le comprendre ainsi, avec l'aide du Ciel : nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Chaar ha-Guilgoulim, introduction 23) que ce que l'homme faute le jour est inscrit en haut, et que son âme monte et scelle de son aveu sur ces fautes, ainsi qu'il est écrit (Job 37,7) : « et par la main de tout homme Il scelle » ; mais le juste, s'il faute, ne dort pas avant d'avoir confessé, regretté et fait techouva - et alors les fautes sont effacées et ne viennent pas à être scellées par sa main. On peut encore comprendre l'intention ainsi : tout le mal que l'homme fait s'inscrit en règle générale dans les lignes de ses mains, et chez celui qui fait acquérir du mérite, aucune faute ne survient « par sa main » - précisément.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' חַטָּאת וְאָשָׁם וַדַּאי מְכַפְּרִין. מִיתָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפְּרִים עִם הַתְּשׁוּבָה וְהַתְּשׁוּבָה מְכַפֶּרֶת עַל עֲבֵירוֹת קַלּוֹת וְעַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה. וְעַל הַחֲמוּרוֹת תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר: גְּמ' תְּשׁוּבָה מְכַפֶּרֶת עַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה הַשְׁתָּא עַל לֹא תַעֲשֶׂה מְכַפֶּרֶת עַל עֲשֵׂה מִיבַּעְיָא. אָמַר רַב יְהוּדָה הָכִי קָאָמַר עַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה הַנִּיתָּק לַעֲשֵׂה: [דַּף פּוֹ ע"א] שָׁאַל רַ' מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ אֶת רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה בְּרוֹמִי שָׁמַעְתָּ אַרְבָּעָה חִלּוּקֵי כַּפָּרָה שֶׁהָיָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל דּוֹרֵשׁ. אָמַר לוֹ שְׁלֹשָׁה הֵן וּתְשׁוּבָה עִם כָּל אַחַת וְאַחַת מֵהֶם. עָבַר מִצְוַת עֲשֵׂה וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה לָא זָז מִשָּׁם עַד שֶׁמּוֹחֲלִין לוֹ שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים אֶרְפָּא מְשׁוּבוֹתֵיכֶם. עָבַר לֹא תַעֲשֶׂה וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר שֶׁנֶּאֱמַר כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם לְטַהֵר אֶתְכֶם. עָבַר עַל כָּרֵיתוֹת וּמִיתוֹת ב"ד וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה תְּשׁוּבָה ויוה"כ תּוֹלִין וְיִסּוּרִין מְמָרְקִין שֶׁנֶּאֱמַר וּפָקַדְתִּי בְשֵׁבֶט פִּשְׁעָם וּבִנְגָעִים עֲוֹנָם. אֲבָל מִי שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ חִילּוּל הַשֵּׁם אֵין כֹּחַ בִּתְשׁוּבָה לִתְלוֹת וְלֹא ביוה"כ לְכַפֵּר וְלֹא בְּיִסּוּרִין לְמָרֵק אֶלָּא כֻּולָּן תּוֹלִין וּמִיתָה מְמָרֶקֶת שֶׁנֶּאֱמַר וְנִגְלָה בְאָזְנָי ה' צְבָאוֹת אִם יְכֻופַּר הֶעָוֹן הַזֶּה לָכֶם עַד תְּמֻותוּן. הֵיכִי דָּמֵי חִילּוּל הַשֵּׁם. אָמַר רַב כְּגוֹן אֲנָא דְּשָׁקֵילְנָא בִּישְׂרָא מִטַּבָּחַיָּא וְלָא יָהֵיבְנָא דְּמֵי לְאַלְתַּר. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר כְּגוֹן אֲנָא דִּמְסַגֵּינָא אַרְבַּע אַמּוֹת בְּלֹא תּוֹרָה וּבְלֹא תְּפִילִּין. רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי אוֹמֵר כָּל שֶׁחֲבֵירָיו בּוֹשִׁים מִשְּׁמוּעָתוֹ. הֵיכִי דָּמֵי אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק כְּגוֹן דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי שְׁרָא לֵיהּ מָרָא לִפְלָנְיָא. אַבָּיֵי אָמַר כִּדְתַנְיָא וְאָהַבְתָּ אֵת ה' אֱ-לֹהֶיךָ עֲשֵׂה שֶׁיְּהֵא שֵׁם שָׁמַיִם מִתְאַהֵב עַל יָדֶיךָ. הָא כֵיצַד בִּזְמַן שֶׁאָדָם קוֹרֵא וְשׁוֹנֶה בַּתּוֹרָה וּמְשַׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים וּמַשָּׂאוֹ וּמַתָּנוֹ בַּשּׁוּק בֶּאֱמוּנָה וְדִבּוּרוֹ בְּנַחַת עִם הַבְּרִיּוֹת מָה הַבְּרִיּוֹת אוֹמְרוֹת עָלָיו אַשְׁרֵי פְּלוֹנִי וּמִי שֶׁלּוֹמֵד תּוֹרָה אַשְׁרֵי אָבִיו אַשְׁרֵי אִמּוֹ אַשְׁרֵי רַבּוֹ שֶׁלָּמְדוּ. אוֹי לָהֶם לִבְנֵי אָדָם שֶׁלֹּא לָמְדוּ תּוֹרָה רְאִיתֶם פְּלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה כַּמָּה נָאִים דְּרָכָיו כַּמָּה מְתֻוקָּנִים מַעֲשָׂיו עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר וַיֹּאמֶר לִי עַבְדִּי אָתָּה יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר בְּךָ אֶתְפָּאָר. אֲבָל בִּזְמַן שֶׁאָדָם קוֹרֵא וְשׁוֹנֶה וּמְשַׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים וְאֵין מַשָּׂאוֹ וּמַתָּנוֹ בַּשּׁוּק בֶּאֱמוּנָה וְאֵין דִּבּוּרוֹ בְּנַחַת עִם הַבְּרִיּוֹת מָה הַבְּרִיּוֹת אוֹמְרוֹת עָלָיו אוֹ לוֹ לִפְלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה אוֹי לוֹ לְאָבִיו וּלְרַבּוֹ שֶׁלָּמְדוּ תּוֹרָה אַשְׁרֵי בְּנֵי אָדָם שֶׁלֹּא לָמְדוּ תּוֹרָה רְאִיתֶם פְּלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה כַּמָּה מְכֹועָרִים מַעֲשָׂיו כַּמָּה מְקֻולְקָלִים דְּרָכָיו עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר בֶּאֱמֹור לָהֶם עַם ה' אֵלֶּה וּמֵאַרְצוֹ יָצָאוּ. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא בַּר חָמָא גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמְּבִיאָה רְפוּאָה לָעוֹלָם שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים אֶרְפָּא מְשׁוּבוֹתֵיכֶם. אָמַר רַבִּי לֵוִי גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמַּגַּעַת עַד כִּסֵּא הַכָּבוֹד שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד ה' אֱ-לֹהֶיךָ. [דַּף פּוֹ ע"ב] אָמַר רשב"ל גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁזְּדוֹנוֹת נַעֲשׂוּ לוֹ כִּשְׁגָגוֹת שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד ה' אֱ-לֹהֶיךָ כִּי כָשַׁלְתָּ בַּעֲוֹנֶךָ. עָוֹן מֵזִיד הוּא וְקָרֵי לֵיהּ מִכְשׁוֹל. אֵינִי וְהָא אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁעוֹנוֹת נַעֲשׂוֹת לוֹ כִּזְכִיּוֹת שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשׁוּב רָשָׁע מֵרִשְׁעָתוֹ וְעָשָׂה מִשְׁפָּט וּצְדָקָה חָיֹה יִחְיֶה. לָא קַשְׁיָא כָּאן מֵאַהֲבָה וְכָאן מִיִּרְאָה. אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמַּאֲרֶכֶת יָמָיו שֶׁל אָדָם שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשׁוּב רָשָׁע מֵרִשְׁעָתוֹ וְעָשָׂה מִשְׁפָּט וּצְדָקָה חָיֹה יִחְיֶה. הֵיכִי דָּמֵי בַּעַל תְּשׁוּבָה. כְּגוֹן שֶׁבָּא עֲבֵירָה לְיָדוֹ וּפֵירֵשׁ. מַחְוֵי רַב יְהוּדָה בְּאוֹתָהּ אִשָּׁה וּבְאוֹתוֹ מָקוֹם וּבְאוֹתוֹ הַפֶּרֶק. אָמַר רַב יְהוּדָה [רַב]רָמֵי (רַב דִּימֵי בַּר אַשִּׁי) כְּתִיב אַשְׁרֵי נְשׂוּי פֶּשַׁע כְּסוּי חֲטָאָה וּכְתִיב מְכַסֶּה פְשָׁעָיו לֹא יַצְלִיחַ. לָא קַשְׁיָא כָּאן בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לְמָקוֹם וְכָאן בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ. תַּנְיָא רַבִּי יוֹסֵי בַּר' יְהוּדָה אוֹמֵר אָדָם עוֹבֵר עֲבֵירָה רִאשׁוֹנָה מוֹחֲלִין לוֹ שְׁנִיָּה מוֹחֲלִין לוֹ שְׁלִישִׁית מוֹחֲלִין לוֹ רְבִיעִית אֵין מוֹחֲלִין לוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר כֹּה אָמַר ה' עַל שְׁלֹשָׁה פִּשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל וְעַל אַרְבָּעָה לֹא אֲשִׁיבֶנּוּ וְאוֹמֵר הֶן כָּל אֵלֶּה יִפְעַל אֵל פַּעֲמַיִם שָׁלֹשׁ עִם גָּבֶר. מַאי וְאוֹמֵר וְכִי תֵּימָא ה"מ בְּצִבּוּר אֲבָל בְּיָחִיד לָא קָא מַשְׁמַע לַן. נִרְאֶה לִי לְפָרֵשׁ רְבִיעִית אֵין מוֹחֲלִין לוֹ אִם הִיא מִצְוַת עֲשֵׂה אֵין מוֹחֲלִין מִיָּד כְּשֶׁעָשָׂה תְּשׁוּבָה אֶלָּא תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר כְּדִין חַיָּיבֵי לָאוִין. וְכֵן אִם הִיא מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה מִיתָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים תּוֹלִין וְיִסּוּרִין מְמָרְקִין: גָּרְסִינַן בְּפֶ' סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת (דַּף טז.) תָּנוּ רַבָּנַן אָדָם שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ עֲבֵירָה וּמִתְוַדֶּה וְאֵינוֹ חוֹזֵר בָּהּ לְמָה הוּא דּוֹמֶה לְאָדָם שֶׁתּוֹפֵס שֶׁרֶץ בְּיָדוֹ שֶׁאֲפִילּוּ טוֹבֵל בְּכָל הַמֵּימוֹת שֶׁבָּעוֹלָם לֹא עָלְתָה לוֹ טְבִילָה זְרָקוֹ מִיָּד עָלְתָה לוֹ טְבִילָה שֶׁנֶּאֱמַר וּמוֹדֶה וְעֹוזֵב יְרֻוחָם וְאוֹמֵר נִשָּׂא לְבָבֵנוּ אֶל כַּפָּיִם אֶל אֵל בַּשָּׁמָיִם. תַּנְיָא עֲבֵירוֹת שֶׁהִתְוַדָּה עֲלֵיהֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים זֶה אֵינוֹ מִתְוַדֶּה עֲלֵיהֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים אַחֵר וְאִם לֹא שָׁנָה עֲלֵיהֶם וְהִתְוַדָּה עֲלֵיהֶם עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר כְּכֶלֶב שָׁב עַל קִיאוֹ וְגוֹ'. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר כָּל שֶׁכֵּן הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח שֶׁנֶּאֱמַר כִּי פְשָׁעַי אֲנִי אֵדָע וְחַטָּאתִי נֶגְדִּי תָמִיד. אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַייֵּם כְּכֶלֶב שָׁב עַל קִיאוֹ כִּדְרַב הוּנָא דְּאָמַר רַב הוּנָא כֵּיוָן שֶׁעָבַר אָדָם עֲבֵירָה וְשָׁנָה בָּהּ הֻותְּרָה לוֹ. הֻותְּרָה לוֹ סָלְקָא דַּעְתָּךְ אֶלָּא אֵימָא נַעֲשֵׂית לוֹ כְּהֶיתֵּר. וְצָרִיךְ לְפָרֵשׁ אֶת הַחֵטְא שֶׁנֶּאֱמַר אָנָּא חָטָא הָעָם הַזֶּה חֲטָאָה גְדֹולָה וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר אֵין צָרִיךְ אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַייֵּם וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב כִּדְרַבִּי יַנַּאי דְּאָמַר רַבִּי יַנַּאי אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם בִּשְׁבִיל כֶּסֶף וְזָהָב שֶׁהִשְׁפַּעְתָּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל עַד שֶׁיֹּאמְרוּ דַּי גָּרַם לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב. מְפַרְסְמִין אֶת הַחֲנֵפִים מִפְּנֵי חִילּוּל הַשֵּׁם שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשׁוּב צַדִּיק מִצִּדְקָתוֹ וְעָשָׂה עָוֶל וְנָתַתִּי מִכְשׁוֹל לְפָנָיו: [דַּף פז ע"א] כָּל הַמְזַכֶּה אֶת הָרַבִּים אֵין חֵטְא בָּא עַל יָדוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהוּ תַּלְמִידָיו נוֹחֲלִין לָעוֹלָם הַבָּא וְהוּא יוֹרֵד לִשְׁאֹול שֶׁנֶּאֱמַר כִּי לֹא תַעֲזֹוב נַפְשִׁי לִשְׁאוֹל לֹא תִתֵּן חֲסִידְךָ לִרְאוֹת שָׁחַת. וְכָל הַמַּחְטִיא אֶת הָרַבִּים אִין מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה שֶׁלֹּא יְהוּ תַּלְמִידָיו יוֹרְדִין לִשְׁאוֹל וְהוּא נוֹחֵל הָעוֹלָם הַבָּא שֶׁנֶּאֱמַר אָדָם עָשֻׁוק בְּדַם נָפֶשׁ עַד בּוֹר יָנוּס אַל יִתְמְכוּ בוֹ:
Michna. Le hatat et le acham vadai expient. La mort et Yom Kippour expient avec la techouva. Et la techouva expie sur les transgressions légères, sur un commandement positif (asse) et sur un interdit (lo taasse) ; et sur les [transgressions] graves, la techouva suspend et Yom Kippour expie. Guemara. « La techouva expie sur un asse et sur un lo taasse » : or si elle expie déjà sur un lo taasse, faut-il encore le dire d'un asse ? Rav Yehouda a dit : voici ce qu'elle veut dire - sur un asse, et sur un lo taasse rattaché à un asse (lav ha-nitak la-asse). [page 86a] Rabbi Matia ben Harach demanda à Rabbi Elazar ben Azaria, à Rome : as-tu entendu parler des quatre divisions de l'expiation que Rabbi Yichmael exposait ? Il lui répondit : elles sont trois, et la techouva accompagne chacune d'elles. Celui qui a transgressé un commandement positif et a fait techouva ne bouge pas de là avant qu'on ne lui pardonne, ainsi qu'il est dit : « revenez, fils rebelles, Je guérirai vos infidélités ». Celui qui a transgressé un interdit et a fait techouva : la techouva suspend et Yom Kippour expie, ainsi qu'il est dit : « car en ce jour on expiera sur vous pour vous purifier ». Celui qui a transgressé des fautes passibles de karet ou de mort par le tribunal et a fait techouva : la techouva et Yom Kippour suspendent, et les souffrances (yissourim) achèvent de nettoyer, ainsi qu'il est dit : « Je punirai leur transgression par la verge et leur faute par des plaies ». Mais celui qui a en main une profanation du Nom (hilloul Hachem) : la techouva n'a pas la force de suspendre, ni Yom Kippour d'expier, ni les souffrances de nettoyer ; toutes ensemble suspendent, et c'est la mort qui nettoie, ainsi qu'il est dit : « et il a été révélé à mes oreilles par l'Éternel Tsevaot : cette faute ne vous sera pas expiée jusqu'à ce que vous mouriez ». Quel est le cas d'un hilloul Hachem ? Rav a dit : par exemple moi, si je prends de la viande chez le boucher et que je n'en donne pas le prix sur-le-champ. Et Rabbi Yo'hanan a dit : par exemple moi, si je marche quatre coudées sans Torah et sans tefilin. Rabbi Yitshak bar Avdimi dit : tout ce dont ses collègues ont honte lorsqu'on le rapporte de lui. Quel est le cas ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : par exemple lorsque les gens disent - que le Maître pardonne à untel. Abaye a dit : comme il a été enseigné - « et tu aimeras l'Éternel ton Dieu » : fais que le Nom du Ciel se fasse aimer par ton entremise. Comment cela ? Lorsqu'un homme lit et étudie la Torah, sert les sages, que son commerce au marché est fait de bonne foi et que sa parole est douce avec les créatures - que disent les gens à son sujet ? Heureux untel qui a étudié la Torah, heureux son père, heureuse sa mère, heureux son maître qui la lui a enseignée ; malheur aux hommes qui n'ont pas étudié la Torah ! Avez-vous vu untel qui a étudié la Torah, combien ses voies sont belles, combien ses actes sont accomplis ! De lui le verset dit : « et Il me dit : tu es Mon serviteur, Israël, en qui Je Me glorifie ». Mais lorsqu'un homme lit, étudie et sert les sages, alors que son commerce au marché n'est pas fait de bonne foi et que sa parole n'est pas douce avec les créatures - que disent les gens à son sujet ? Malheur à untel qui a étudié la Torah, malheur à son père et à son maître qui lui ont enseigné la Torah ! Heureux les hommes qui n'ont pas étudié la Torah ! Avez-vous vu untel qui a étudié la Torah, combien ses actes sont laids, combien ses voies sont corrompues ! De lui le verset dit : « lorsqu'on disait d'eux : c'est le peuple de l'Éternel, et de Son pays ils sont sortis ». Rabbi Hanina bar Hama a dit : grande est la techouva, car elle apporte la guérison au monde, ainsi qu'il est dit : « revenez, fils rebelles, Je guérirai vos infidélités ». Rabbi Levi a dit : grande est la techouva, car elle atteint jusqu'au Trône de Gloire, ainsi qu'il est dit : « reviens, Israël, jusqu'à l'Éternel ton Dieu ». [page 86b] Rabbi Chimon ben Lakich a dit : grande est la techouva, car les fautes délibérées deviennent pour lui comme des fautes involontaires, ainsi qu'il est dit : « reviens, Israël, jusqu'à l'Éternel ton Dieu, car tu as trébuché par ta faute » : or « avon » désigne le délibéré, et il le nomme pourtant trébuchement. Est-ce bien ainsi ? Mais Rabban Chimon ben Gamliel a dit : grande est la techouva, car les fautes deviennent pour lui comme des mérites, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté et pratique le droit et la justice, il vivra grâce à elles » ! Ce n'est pas une difficulté : ici par amour, là par crainte. Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit : grande est la techouva, car elle allonge les jours de l'homme, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté et pratique le droit et la justice, il vivra ». Quel est le cas d'un baal techouva ? Par exemple lorsqu'une occasion de transgression s'est présentée à lui et qu'il s'en est écarté. Rav Yehouda a précisé en montrant : avec la même femme, au même endroit, à la même saison. Rav Yehouda a dit [au nom de] Rav [Rami] : il est écrit « heureux celui dont la transgression est portée, dont la faute est couverte », et il est écrit « celui qui couvre ses transgressions ne réussira pas ». Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de transgressions entre l'homme et Dieu, là de transgressions entre l'homme et son prochain. Il a été enseigné : Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda dit - un homme commet une première transgression, on lui pardonne ; une deuxième, on lui pardonne ; une troisième, on lui pardonne ; une quatrième, on ne lui pardonne pas, ainsi qu'il est dit : « ainsi a dit l'Éternel : pour trois transgressions d'Israël et pour quatre, Je ne reviendrai pas [sur le décret] » ; et il est dit : « voici, tout cela Dieu le fait deux ou trois fois avec un homme ». Que vient ajouter « et il est dit » ? Et si tu disais : cela ne vaut que pour la collectivité, mais non pour l'individu - il nous l'enseigne. Il me semble expliquer ainsi « la quatrième fois, on ne lui pardonne pas » : s'il s'agit d'un commandement positif, on ne lui pardonne pas immédiatement dès qu'il a fait techouva ; la techouva suspend et Yom Kippour expie, selon le régime de ceux qui sont passibles d'interdits. Et de même s'il s'agit d'un interdit : la mort et Yom Kippour suspendent, et les souffrances achèvent de nettoyer. Nous lisons au chapitre Seder Taaniot (Taanit 16a) : nos maîtres ont enseigné - un homme qui a une transgression en main, qui la confesse mais ne s'en détourne pas, à quoi ressemble-t-il ? À un homme qui tient un reptile impur (cherets) dans la main : même s'il s'immerge dans toutes les eaux du monde, son immersion ne lui compte pas ; qu'il le jette, et aussitôt son immersion lui compte, ainsi qu'il est dit : « celui qui confesse et abandonne obtiendra miséricorde » ; et il est dit : « élevons notre cœur avec nos mains vers Dieu dans les cieux ». Il a été enseigné : les transgressions qu'il a confessées en ce Yom Kippour, il ne les confessera pas au Yom Kippour suivant ; et s'il ne les a pas répétées et qu'il les confesse [de nouveau], à son sujet le verset dit « comme un chien qui retourne à son vomissement... ». Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : à plus forte raison est-ce louable, ainsi qu'il est dit « car je connais mes transgressions, et ma faute est constamment devant moi ». Mais alors, comment vais-je maintenir « comme un chien qui retourne à son vomissement » ? Selon Rav Houna, car Rav Houna a dit : dès lors qu'un homme a commis une transgression et l'a répétée, elle lui est devenue permise. « Elle lui est permise » - cela te viendrait-il à l'esprit ? Dis plutôt : elle est devenue pour lui comme permise. Et il faut détailler la faute, ainsi qu'il est dit : « de grâce, ce peuple a commis une grande faute et ils se sont fait un dieu d'or » - paroles de Rabbi Yehouda ben Bava. Rabbi Akiva dit : il ne le faut pas. Mais alors, comment vais-je maintenir « et ils se sont fait un dieu d'or » ? Selon Rabbi Yannai, car Rabbi Yannai a dit : Moche a dit devant le Saint béni soit-Il - Maître du monde, c'est à cause de l'argent et de l'or que Tu leur as prodigués, à Israël, jusqu'à ce qu'ils disent « assez », que Israël en est venu à se faire un dieu d'or. On dénonce publiquement les hypocrites à cause de la profanation du Nom, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le juste se détourne de sa justice et commet une injustice, Je mettrai un obstacle devant lui ». [page 87a] Quiconque fait acquérir du mérite au public, aucune faute ne survient par sa main - afin que ses élèves n'héritent pas du monde à venir tandis que lui descendrait au cheol, ainsi qu'il est dit : « car Tu n'abandonneras pas mon âme au cheol, Tu ne laisseras pas Ton fidèle voir la fosse ». Et quiconque fait fauter le public, on ne lui donne pas les moyens de faire techouva - afin que ses élèves ne descendent pas au cheol tandis que lui hériterait du monde à venir, ainsi qu'il est dit : « un homme chargé du sang d'une âme fuira jusqu'à la fosse : qu'on ne le soutienne pas ».
💡 Explication

Les deux règles paraissent récompenser et punir ; en réalité la guemara donne un tout autre motif : éviter un écart entre le sort du maître et celui de ses élèves. Ce n'est pas l'homme qui est protégé, c'est la cohérence du tableau final.

Attention à l'asymétrie du vocabulaire. Pour le premier, Rachi est actif : le Saint béni soit-Il écarte la transgression de devant lui. Pour le second, la formule est négative - ein maspikin be-yado, on ne lui donne pas les moyens : la porte n'est pas verrouillée, elle cesse simplement d'être tenue ouverte. Et la michna avait déjà dit kiméat, « c'est à peine » : la nuance laisse un interstice.

🖼️ Schéma
Le maître et ses élèves doivent finir au même endroit Les deux règles ne protègent pas l'homme : elles empêchent un écart insupportable entre son sort et celui de ceux qu'il a formés. mézakéh et ha-rabim il fait acquérir du mérite au public Ses élèves : gan éden Lui, s'il fautait : géhinam -> écart insupportable Donc aucune faute ne survient par sa main : Rachi - le Saint béni soit-Il écarte de devant lui la transgression pour qu'elle ne lui vienne pas. Psaumes 16,10 - Tu ne laisseras pas Ton fidèle voir la fosse mahti et ha-rabim il fait fauter le public Ses élèves : géhinam Lui, s'il se repentait : gan éden -> écart insupportable Donc on ne lui donne pas les moyens de faire techouva : la porte n'est pas fermée de force, elle n'est simplement plus tenue ouverte. Proverbes 28,17 - qu'on ne le soutienne pas [dans sa chute]
Deux règles symétriques, un seul motif : maître et élèves ne peuvent pas finir de part et d'autre.
7
הָאוֹמֵר אֶחֱטָא וְאָשׁוּב אֶחֱטָא וְאָשׁוּב. לָמָּה לִי לְמֵימַר ״אֶחֱטָא וְאָשׁוּב, אֶחֱטָא וְאָשׁוּב״ תְּרֵי זִימְנֵי? כִּדְרַב הוּנָא אָמַר רַב. דְּאָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: כֵּיוָן שֶׁעָבַר אָדָם עֲבֵירָה וְשָׁנָה בָּהּ — הֻותְּרָה לוֹ. הֻותְּרָה לוֹ סָלְקָא דַּעְתָּךְ?! אֶלָּא: נַעֲשֵׂית לוֹ כְּהֶיתֵּר.

« Celui qui dit : je fauterai et je ferai techouva, je fauterai et je ferai techouva [on ne lui donne pas les moyens de faire techouva]. » Pourquoi faut-il dire deux fois « je fauterai et je ferai techouva » ? Conformément à ce que Rav Houna a dit au nom de Rav ; car Rav Houna a dit au nom de Rav : dès lors qu'un homme a commis une transgression et l'a répétée, elle lui devient permise.

« Elle lui devient permise » - cela te viendrait-il à l'esprit ?! Dis plutôt : elle devient pour lui comme permise.

📜 Rachi (1)
כִּדְרַב הוּנָא דְּכֵיוָן דְּחָטָא תְּרֵי זִימְנֵי שׁוּב אֵין מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה לְפִי שֶׁהָעֲבֵירָה דּוֹמֶה עָלָיו הֶיתֵּר:
« Conformément à Rav Houna » - puisqu'il a fauté deux fois, on ne lui donne plus les moyens de faire techouva, car la transgression a pris pour lui l'apparence d'une chose permise.
💡 Explication

La guemara revient à la michna et s'arrête sur une répétition apparemment gratuite : pourquoi dire deux fois ahta ve-achouv ? Réponse : parce que c'est précisément la seconde fois qui est fatale.

Rav Houna au nom de Rav donne la mécanique : une faute répétée houtra lo, lui devient permise. La guemara refuse la formule telle quelle - rien n'est devenu permis en droit - et la corrige en naasset lo ke-heter : elle est devenue comme permise. Le changement est subjectif, et c'est ce qui le rend redoutable : ce n'est plus la loi qui a bougé, c'est le regard du fauteur.

8
אֶחֱטָא וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר — אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. לֵימָא מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי. דְּתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: עַל כָּל עֲבֵירוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה, בֵּין עָשָׂה תְּשׁוּבָה בֵּין לֹא עָשָׂה תְּשׁוּבָה — יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר! אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי, אַגַּב שָׁאנֵי.

« [Celui qui dit :] je fauterai et Yom Kippour expiera » - Yom Kippour n'expie pas. Faut-il dire que notre michna n'est pas selon Rabbi ?

Car il a été enseigné : Rabbi dit - pour toutes les transgressions de la Torah, qu'il ait fait techouva ou qu'il n'ait pas fait techouva, Yom Kippour expie ! Tu peux même dire qu'elle est selon Rabbi : quand c'est en s'appuyant dessus (agav), c'est différent.

📜 Rachi (2)
לֵימָא דְּלָא כְּרַבִּי דְּאָמַר לְעֵיל אַפֵּי' לֹא עָשָׂה תְּשׁוּבָה מְכַפֵּר:
« Faut-il dire que ce n'est pas selon Rabbi » - lui qui a dit plus haut que même s'il n'a pas fait techouva, [Yom Kippour] expie.
אַגַּב שֶׁאֲנִי מֵאַחַר שֶׁעָלָיו הוּא סוֹמֵךְ לַחֲטוֹא אֵינוֹ מְכַפֵּר:
« Agav, c'est différent » - dès lors que c'est sur lui [sur Yom Kippour] qu'il s'appuie pour fauter, il n'expie pas.
💡 Explication

Rabbi soutient une position extrême : Yom Kippour expie même sans techouva. La michna, qui refuse l'expiation à celui qui dit « je fauterai et Kippour expiera », semble l'exclure.

La réponse tient en deux mots - agav chani. Ce n'est pas l'absence de techouva qui bloque ici, c'est le fait que Kippour ait servi de moyen de fauter. Le jour qui expie ne peut pas être en même temps l'instrument de la faute : même Rabbi le concède.

9
עֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם וְכוּ׳. רָמֵי לֵיהּ רַב יוֹסֵף בַּר חָבוּ לְרַבִּי אֲבָהוּ: עֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר? וְהָא כְּתִיב: ״אִם יֶחֱטָא אִישׁ לְאִישׁ וּפִלְלוֹ אֱ-לֹהִים״! מַאן אֱ-לֹהִים — דַּיָּינָא.

« Les transgressions entre l'homme et Dieu, etc. » Rav Yossef bar Havou opposa deux textes devant Rabbi Abbahou : les transgressions entre l'homme et son prochain, Yom Kippour ne les expierait pas ? Mais il est écrit : « si un homme faute contre un homme, ou-fillélo Elokim » (I Samuel 2,25) [ce qui suggère que Dieu prie pour lui et lui pardonne] !

[Il lui répondit :] qui est « Elokim » ici ? Le juge (dayan).

📜 Rachi (2)
וְהָכְתִיב וּפִלְלוֹ אֱ-לֹהִים וְקָא סָלְקָא דַעְתָּךְ וּפִלְלוֹ לְשׁוֹן תְּפִלָּה וּפִיּוּס הוּא שהקב"ה מְפַלְּלוֹ וּמְפַיְּיסוֹ וּמְכַפֵּר לוֹ:
« Mais il est écrit ou-fillélo Elokim » - et il te venait à l'esprit que « ou-fillélo » est un terme de prière et d'apaisement : que le Saint béni soit-Il prie pour lui, l'apaise et lui pardonne.
מַאן אֱ-לֹהִים דַּיָּין וְהַאי וּפִלְלוֹ לְשׁוֹן וְנָתַן בִּפְלִילִים (שְׁמוֹת כא) הַדַּיָּין יִשְׁפֹּוט בֵּינֵיהֶם:
« Qui est Elokim ? Le juge » - et ce « ou-fillélo » est de la même langue que « ve-natan bi-flilim » (Chemot 21) : le juge tranchera entre eux.
💡 Explication

Début de la grande sougya du piyous, l'apaisement de celui qu'on a offensé. L'objection porte sur un verset ambigu : la racine p-l-l peut signifier prier ou juger.

Si ou-fillélo veut dire « [Dieu] intercédera pour lui », alors les fautes entre hommes seraient bien couvertes d'en haut, contre la michna. Rabbi Abbahou coupe court en déplaçant le mot Elokim : ce n'est pas Dieu, c'est le juge - comme dans ve-natan bi-flilim (Chemot 21). L'affaire entre deux hommes se règle devant un tribunal, pas par une expiation calendaire.

10
אִי הָכִי, אֵימָא סֵיפָא: ״וְאִם לַה׳ יֶחֱטָא אִישׁ מִי יִתְפַּלֶּל לוֹ״! הָכִי קָאָמַר: ״אִם יֶחֱטָא אִישׁ לְאִישׁ וּפִלְלוֹ אֱ-לֹהִים״ — יִמְחֹול לוֹ. ״וְאִם לַה׳ יֶחֱטָא אִישׁ מִי יִתְפַּלֶּל בַּעֲדוֹ״ — תְּשׁוּבָה וּמַעֲשִׂים טוֹבִים.

S'il en est ainsi, dis donc la fin [du verset] : « et si un homme faute contre l'Éternel, qui priera pour lui ? » [qui donc le jugerait pour le compte de Dieu ?] ! Voici ce que veut dire [le verset] : « si un homme faute contre un homme, ou-fillélo » - [s'il apaise son prochain,] Dieu lui pardonnera ; « et si un homme faute contre l'Éternel, qui intercédera pour lui ? » - la techouva et les bonnes actions.

📜 Rachi (3)
אִי הָכִי דְּפִלְּלוּ דִּקְרָא לְשׁוֹן מִשְׁפָּט נִינְהוּ אֵימָא סֵיפָא מִי יִתְפַּלֵּל לוֹ מִי יִשְׁפְּטֶנּוּ בִּשְׁבִיל הַמָּקוֹם וְכִי אֵין שְׁלוּחִין הַרְבֵּה לַמָּקוֹם לִיפָּרַע הֵימֶנּוּ:
« S'il en est ainsi » - que le « fillélo » du verset est un terme de jugement, dis donc la fin : « qui priera pour lui ? » - qui le jugera pour le compte de l'Omniprésent ? L'Omniprésent n'a-t-Il pas de nombreux émissaires pour se faire payer de lui ?
הָכִי קָאָמַר הָכִי נָמֵי דְּפִילּוּל דִּקְרָא לְשׁוֹן פִּיּוּס הוּא וְהָכִי קָאָמַר אִם יֶחֱטָא אִישׁ לְאִישׁ וּפִלְלוֹ לַחֲבֵירוֹ וְרִיצָּהוּ הָאֱ-לֹהִים יִמְחֹול לוֹ:
« Voici ce que veut dire » - ici aussi le « filloul » du verset est un terme d'apaisement, et voici ce qu'il veut dire : si un homme faute contre un homme et qu'il l'apaise, son prochain, et lui rende faveur - Dieu lui pardonnera.
וְאִם לַה' יֶחֱטָא אִישׁ מִי יִתְפַּלֶּל בַּעֲדוֹ אִם אֵינוֹ שָׁב מֵעֲבֵירוֹת שֶׁבְּיָדוֹ כָּךְ הָיָה עֵלִי הַכֹּהֵן מוֹכִיחַ אֶת בָּנָיו שֶׁיָּשׁוּבוּ מֵרָעָתָם:
« Et si un homme faute contre l'Éternel, qui intercédera pour lui » - s'il ne revient pas des transgressions qu'il a en main. C'est ainsi que Eli le kohen reprenait ses fils, pour qu'ils reviennent de leur mal.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶלָּא הָכִי קָאָמַר: "אִם יֶחֱטָא אִישׁ לְאִישׁ, וּפִלְלוֹ" אֱלֹקִים יִמָּחֵל לוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרֵישׁ דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'יְפַלְּלוּ' אֱלֹקִים וְלָמָּה נָקֵיט וָא"ו אֶלָּא לְרַבּוֹת דְּכָל וָא"ו הוּא לְרַבּוֹת וְכֵיוָן דְּאָמַר 'וּפִלְלוֹ' בְּוָא"ו הָוֵי כְּאִלּוּ אָמַר ב' פְּעָמִים פַּלְּלוּ דְּאִם פִּלְּלוּ לַחֲבֵירוֹ אָז פִּלְּלוּ אֱלֹקִים שֶׁיִּמְחֹול לוֹ.
« Dis plutôt ceci : si un homme faute contre un homme, ou-fillelo, Dieu lui pardonnera. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il l'expose ainsi : il aurait fallu dire « yefallelo Elokim » ; pourquoi donc prendre un vav ? Sinon pour inclure, car tout vav vient inclure. Et puisqu'il dit « ou-fillelo » avec un vav, c'est comme s'il avait dit deux fois « fillelo » : s'il a apaisé son prochain, alors Dieu, à Son tour, « fillelo » - Il lui pardonnera.
💡 Explication

L'objecteur retourne la réponse : si p-l-l veut dire juger, la fin du verset devient absurde - qui donc jugerait un homme pour le compte de Dieu, comme si le Ciel manquait d'émissaires ?

Rabbi Abbahou revient alors à la lecture d'apaisement, mais en la répartissant sur les deux moitiés du verset. Début : celui qui apaise l'homme qu'il a lésé obtient de Dieu le pardon - l'apaisement humain est la condition, le pardon divin la suite. Fin : contre Dieu seul, l'intercesseur n'est personne d'extérieur, c'est la techouva et les bonnes actions. Toute la sougya du piyous découle de ce partage.

🖼️ Schéma
I Samuel 2,25 : la racine p-l-l change tout Rav Yossef bar Havou objecte à partir de ce verset ; c'est la fin du verset qui force la relecture. im yeheta ich le-ich ou-fillelo Elokim / ve-im la-Hachem yeheta ich mi yitpallel lo Si un homme faute contre un homme, ou-fillelo Elokim ; et si un homme faute contre l'Éternel, qui yitpallel pour lui ? 1. Première réponse : p-l-l = juger Elokim n'est pas Dieu mais le dayan. ou-fillelo : le juge tranchera entre eux (cf. ve-natan bi-flilim, Chemot 21). La michna tient : Kippour n'expie pas, c'est le tribunal qui traite l'affaire. Mais alors la fin du verset ? Qui jugerait un homme pour le compte de Dieu ? 2. Réponse retenue : p-l-l = apaiser Début : s'il apaise l'homme qu'il a lésé, alors Elokim - Dieu - lui pardonne. Fin : contre Dieu seul, qui intercède ? La techouva et les bonnes actions. Ben Yehoyada sur le vav de ou-fillelo Le vav inclut : deux fillel au lieu d'un - il apaise son prochain, et Dieu alors lui pardonne.
Deux façons de lire la racine p-l-l, et pourquoi la fin du verset impose la seconde.
11
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל הַמַּקְנִיט אֶת חֲבֵירוֹ, אֲפִילּוּ בִּדְבָרִים — צָרִיךְ לְפַיְּיסוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּנִי אִם עָרַבְתָּ לְרֵעֶךָ תָּקַעְתָּ לַזָּר כַּפֶּיךָ נוֹקַשְׁתָּ בְּאִמְרֵי פִּיךָ עֲשֵׂה זֹאת אֵפוֹא בְּנִי וְהִנָּצֵל כִּי בָאתָ בְכַף רֵעֶךָ לֵךְ הִתְרַפֵּס וּרְהַב רֵעֶיךָ״. אִם מָמוֹן יֵשׁ בְּיָדְךָ — הַתֵּר לוֹ פִּסַּת יָד, וְאִם לָאו — הַרְבֵּה עָלָיו רֵיעִים.

Rabbi Yitshak a dit : quiconque irrite (makniet) son prochain, même seulement en paroles, doit l'apaiser, ainsi qu'il est dit : « mon fils, si tu t'es porté garant pour ton prochain, si tu as frappé des mains pour un étranger, si tu t'es pris au piège des paroles de ta bouche - fais donc ceci, mon fils, et délivre-toi, puisque tu es tombé dans la main de ton prochain : va, humilie-toi (hitrapes) et presse (rehav) ton prochain » (Proverbes 6,1-3). Si tu as de l'argent en main [qui lui est dû] - dénoue-lui la paume de ta main (hâter lo pissat yad) [et paie] ; et sinon - multiplie sur lui les amis (harbe alav re'im).

📜 Rachi (2)
בְּנִי אִם עָרַבְתָּ לְרֵעֶךָ תָּקַעְתָּ לַזָּר כַּפֶּיךָ בִּשְׁבִיל זָר לְעָרְבוֹ בְּמָמוֹן אוֹ אִם נוֹקַשְׁתָּ בְּאִמְרֵי פִּיךָ שֶׁהִקְנַטְתּוֹ בִּדְבָרִים עֲשֵׂה זֹאת וְהִנָּצֵל כִּי בָאתָ בְכַף רֵעֶךָ עַל עִסְקֵי מָמוֹן:
« Mon fils, si tu t'es porté garant pour ton prochain, si tu as frappé des mains pour un étranger » - pour le compte d'un étranger, en te portant garant pour lui d'une somme d'argent ; ou bien « si tu t'es pris au piège des paroles de ta bouche », c'est-à-dire que tu l'as irrité en paroles - fais ceci et délivre-toi, « puisque tu es tombé dans la main de ton prochain » pour des affaires d'argent.
לֵךְ הִתְרַפֵּס יד וּפָרַע לוֹ וְעַל מוֹקֵשׁ אִמְרֵי פִּיךָ אִם הִקְנַטְתּוֹ רְהַב רֵעֶיךָ הַרְבֵּה רָעִים לְבַקֵּשׁ הֵימֶנּוּ מְחִילָה. רֵעֶיךָ בָּתְרָא דִּקְרָא מָלֵא כְּתִיב לְפִי שֶׁהוּא לְשׁוֹן רַבִּים:
« Va, hitrapes » - [dénoue] la paume de ta main et paie-le ; et pour le piège des paroles de ta bouche, si tu l'as irrité - « rehav re'eikha » : multiplie les amis pour lui demander pardon. Le second « re'eikha » du verset est écrit plene (mâle), parce que c'est un pluriel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמַּקְנִיט אֶת חֲבֵרוֹ, אֲפִלּוּ בִּדְבָרִים, צָרִיךְ לְפַיְּסוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט קְרָא הַקְנָטַת דְּבָרִים בְּעִנְיַן עַרְבוּת שֶׁל מָמוֹן. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְלַמֶּדְךָ טַעְמָא דְּמִלְּתָא דְּאַל תֹּאמַר בְּמַה נֶחְשָׁב הַדִּיבּוּר שֶׁהִקְנַטְתִּיו בּוֹ דַּהֲלֹא לֹא עָשִׂיתִי מַעֲשֶׂה שֶׁל כְּלוּם לְכָךְ הִזְכִּירָהּ עִם דִּין הָעַרְבוּת אֲשֶׁר לְפִי דְּבָרָיו הוּא מִתְחַיֵּיב בְּדִיבּוּר בִּלְבַד דְּאִם אָמַר 'תֵּן לוֹ וַאֲנִי עָרֵב' נִתְחַיֵּיב אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא תָּפַס קִנְיָן וְלֹא תָּקַע בְּפִיו.
« Quiconque irrite son prochain, même seulement en paroles, doit l'apaiser. » On peut demander : pourquoi prendre un verset qui parle d'irritation par des paroles dans un contexte de garantie d'argent (arvout) ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour t'enseigner la raison de la chose : ne va pas dire « qu'est-ce donc que cette parole par laquelle je l'ai irrité, puisque je n'ai accompli aucun acte ? » ; c'est pourquoi il l'a mentionnée avec la loi de la garantie, où l'homme se rend redevable par sa seule parole - car s'il a dit « donne-lui et je suis garant », il s'est engagé, bien qu'il n'ait effectué aucun kinyan (acte d'acquisition) et n'ait rien scellé sinon de sa bouche.
💡 Explication

Rabbi Yitshak étend l'obligation de réparer à l'offense purement verbale : afilou bi-dvarim, même en paroles. Le verset choisi enchaîne deux cas - la garantie financière et le piège des paroles de ta bouche - et Rabbi Yitshak les traite comme deux régimes de réparation.

D'où la lecture de la fin du verset en deux temps, que Rachi détaille. Hitrapes est entendu comme hâter pissat yad - dénoue la paume : s'il s'agit d'argent, paie. Rehav re'eikha est entendu comme harbe alav re'im - multiplie les amis : s'il s'agit de paroles, envoie des gens intercèdes. Rachi note que le second re'eikha est écrit plene, signe qu'il faut le lire au pluriel.

Le Ben Yehoyada explique pourquoi le verset associe justement la garantie : c'est le cas type où l'on se rend redevable par la parole seule, sans aucun acte.

12
(וְאָמַר) רַב חִסְדָּא: וְצָרִיךְ לְפַייְּסוֹ בְּשָׁלֹשׁ שׁוּרוֹת שֶׁל שְׁלֹשָׁה בְּנֵי אָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָשֹׁור עַל אֲנָשִׁים וַיֹּאמֶר חָטָאתִי וְיָשָׁר הֶעֱוֵיתִי וְלֹא שָׁוָה לִי״.

Et Rav Hisda a dit : et il faut l'apaiser par trois rangées de trois personnes, ainsi qu'il est dit : « il se met en rang (yachor) devant les hommes et dit : j'ai fauté, j'ai perverti le droit, et cela ne m'a rien valu » (Job 33,27).

📜 Rachi (2)
בְּשָׁלֹשׁ שׁוּרוֹת שָׁלֹשׁ פְּעָמִים יְפַייְּסוּהוּ בִּשְׁלֹשָׁה אֲנָשִׁים בְּכָל פַּעַם שֶׁנֶּאֱמַר יָשׁוּר לְשׁוֹן שׁוּרָה וְאֵין שׁוּרָה פְּחוּתָה מִשְּׁלֹשָׁה בְּנֵי אָדָם:
« Par trois rangées » - trois fois on l'apaisera, avec trois hommes chaque fois ; ainsi qu'il est dit « yachor », terme de rangée (choura), et il n'y a pas de rangée de moins de trois personnes.
חָטָאתִי הֲרֵי פַּעַם אַחַת וְיָשָׁר הֶעְוִיתִי הֲרֵי שְׁתַּיִם וְלֹא שָׁוֶה לִי הֲרֵי שְׁלֹשָׁה:
« J'ai fauté » - voilà une fois ; « j'ai perverti le droit » - deux ; « et cela ne m'a rien valu » - trois.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְצָרִיךְ לְפַיְּסוֹ בְּשָׁלֹשׁ שׁוּרוֹת שֶׁל שְׁלֹשָׁה בְּנֵי אָדָם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה יְחַלְּקֵם לִשְׁלֹשָׁה חֲלוּקוֹת יִקַּח כָּל הַתִּשְׁעָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמַר לְעֵיל דַּף כ"ד לָמָּה מְפַיְּיסִין וְחוֹזְרִין וּמְפַייְּסִין כְּדֵי לְהַרְגִּישׁ הָעֲזָרָה לְהַשְׁמִיעַ קוֹל כַּמָּה פְּעָמִים וְלָכֵן מֵבִיא שְׁלֹשָׁה שׁוּרוֹת בְּשָׁלֹשׁ פְּעָמִים לְהַרְגִּישׁ הָעִנְיָן שֶׁהוּא מְרַצֶּה אֶת חֲבֵירוֹ וְגַם חֲבֵירוֹ אֲפִילּוּ אִם הוּא אַכְזָרִי יִתְרַצֶּה. אוֹ יוּבַן מֵחֶלְקָם לְשָׁלֹשׁ חֲלוּקוֹת כִּי הַחוֹטֵא לַחֲבֵירוֹ פָּגַע בִּכְבוֹד הנר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] שֶׁלּוֹ וְלָכֵן יְחַלְּקֵם לְשָׁלֹשׁ כְּנֶגֶד נר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] . וּבָזֶה יְתֹורַץ קֻושְׁיָא אַחֶרֶת לָמָּה אַחַר שֶׁנִּפְטַר יוֹלִיךְ עֲשָׂרָה בְּבַת אַחַת וְאֵינוֹ מֵחֶלְקָם? וּבָזֶה נִיחָא כִּי בַּקֶּבֶר אֵינוֹ שׁוֹכֵן שָׁם אֶלָּא רַק נֶפֶשׁ לְבַד וְהִיא מִן הַקְּטַנּוֹת שֶׁבָּהּ וְלֹא נר"ן. וּמַה שֶׁאָמַר ' אַל יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ פְּעָמִים ' מַקְשִׁים מְנָא לֵיהּ דִּטְפֵי לֹא? וְנִרְאֶה לִי דק"ל כֵּיוָן דִּדְבָרִים אֵלּוּ מִפִּי יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה נֶאֱמָרִים לְמַאי הֻוצְרַךְ לוֹמַר ג' פְּעָמִים (בְּרֵאשִׁית נ, יז) 'נָא' דְּוַדַּאי לָא חֲשִׁיד יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה לְסָרֵב אֲפִילּוּ בְּדִיבּוּר אֶחָד אֶלָּא וַדַּאי שֶׁבָּא לְלַמְּדֵינוּ הַכָּתוּב שִׁיעוּר הַמְּחִילָה בְּעָלְמָא דְּהָוֵי עַד שָׁלֹשׁ. וַעֲדַיִין קָשֶׁה לָמָּה נָקֵיט 'אַל יְבַקֵּשׁ' שֶׁהוּא לְעִיכּוּבָא לֵימָא אֵין צָרִיךְ לְבַקֵּשׁ יוֹתֵר מִשְּׁלֹשָׁה'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמַר לָשׁוֹן זֶה לְעִיכּוּבָא שֶׁאִם יִרְצֶה לְהַחְמִיר עַל עַצְמוֹ וּלְבַקֵּשׁ יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ אֵינוֹ רַשַּׁאי מִפְּנֵי שֶׁבָּזֶה מַזִּיק אֶת חֲבֵירוֹ לְקַטְרֵג עָלָיו לְמַעְלָה שֶׁגַּם הקב"ה לֹא יִמְחֹול לוֹ עַל עֲוֹנֹותָיו וּמִקִּטְרוּג לְקִטְרוּג יִמָּשֵׁךְ גַּם עַל יִשְׂרָאֵל ח"ו.
« Et il faut l'apaiser par trois rangées de trois personnes. » On peut demander : pourquoi les répartir en trois groupes ? Qu'il prenne les neuf ensemble ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut le comprendre à la manière de ce qui a été dit plus haut, feuillet 24 : pourquoi apaise-t-on, puis apaise-t-on encore ? Afin de faire retentir la Azara, de faire entendre la voix plusieurs fois. C'est pourquoi il amène trois rangées en trois fois : pour faire sentir la chose - qu'il cherche à se concilier son prochain - et aussi afin que son prochain, même s'il est cruel, se laisse fléchir. On peut aussi comprendre qu'il les répartit en trois groupes parce que celui qui faute contre son prochain a porté atteinte à l'honneur de son NaRaN [nefech, roua'h, nechama] : il les répartit donc en trois, face au NaRaN. Cela résout une autre difficulté : pourquoi, une fois [l'offensé] décédé, mène-t-on dix personnes en une seule fois, sans les répartir ? Cela s'explique bien : car dans la tombe ne réside que la nefech seule, qui est le plus petit degré en elle, et non le NaRaN [tout entier]. Et sur ce qui est dit « qu'il ne lui demande pas plus de trois fois », on objecte : d'où sait-il qu'au-delà ce n'est pas [permis] ? Il me semble que sa difficulté est la suivante : puisque ces paroles sont dites de la bouche de Yaakov notre père, que la paix soit sur lui, pourquoi a-t-il fallu dire trois fois « na » (de grâce) (Berechit 50,17) ? Car assurément Yossef le juste, que la paix soit sur lui, n'était pas soupçonné de refuser, même à une seule parole ; c'est donc assurément que le verset vient nous enseigner la mesure du pardon en général, qui est de trois. Et il reste encore une difficulté : pourquoi prendre « qu'il ne demande pas », qui est une formule d'empêchement ? Qu'il dise plutôt « il n'est pas nécessaire de demander plus de trois fois » ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a employé cette formule d'empêchement parce que, s'il voulait être rigoureux avec lui-même et demander plus de trois fois, il ne lui est pas permis de le faire : il nuit ainsi à son prochain, en le faisant accuser en haut - de sorte que le Saint béni soit-Il, Lui non plus, ne lui pardonnera pas ses fautes ; et d'accusation en accusation, cela s'étendrait aussi à Israël, à Dieu ne plaise.
💡 Explication

Rav Hisda chiffre la démarche. Yachor est rattaché à choura, rangée ; et Rachi pose qu'une rangée n'est jamais de moins de trois hommes. Le triple aveu du verset - hatati, ve-yachar heeveti, ve-lo chava li - donne le nombre de démarches : trois. Total : neuf personnes, mais réparties en trois temps.

Le Ben Yehoyada demande justement pourquoi ne pas amener les neuf d'un coup, et donne deux raisons : faire entendre la chose plusieurs fois, comme les piyousim répétés du feuillet 24 ; et répondre aux trois étages de l'âme - NaRaN : nefech, roua'h, nechama - atteints par l'offense.

🖼️ Schéma
Trois rangées de trois - neuf personnes, mais en trois temps Rav Hisda lit yachor comme choura, rangée ; et une rangée n'est jamais de moins de trois (Rachi). 1re démarche - hatati 2e démarche - ve-yachar heeveti 3e démarche - ve-lo chava li 3 hommes 3 hommes 3 hommes Pourquoi ne pas amener les neuf d'un coup ? Ben Yehoyada : pour que la démarche se fasse entendre plusieurs fois, et parce que l'offense a touché les trois étages de l'âme de l'autre - nefech, roua'h, nechama.
Neuf personnes, mais en trois démarches : le nombre vient du triple aveu de Job 33,27.
13
(וְאָמַר) רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: כָּל הַמְבַקֵּשׁ מָטוּ מֵחֲבֵירוֹ, אַל יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ פְּעָמִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָנָּא שָׂא נָא וְעַתָּה שָׂא נָא״. וְאִם מֵת — מֵבִיא עֲשָׂרָה בְּנֵי אָדָם וּמַעֲמִידָן עַל קִבְרוֹ, וְאוֹמֵר: חָטָאתִי לַה׳ אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל וְלִפְלוֹנִי שֶׁחָבַלְתִּי בּוֹ.

Et Rabbi Yossi bar Hanina a dit : quiconque demande pardon (matou) à son prochain ne doit pas le lui demander plus de trois fois, ainsi qu'il est dit : « de grâce, pardonne donc... et maintenant pardonne donc » (Berechit 50,17). Et si [l'offensé] est mort, il amène dix personnes, les fait tenir sur sa tombe et dit : j'ai fauté envers l'Éternel, Dieu d'Israël, et envers untel à qui j'ai porté préjudice.

📜 Rachi (1)
אָנָּא שָׂא נָא וְעַתָּה שָׂא נָא אֵין נָא אֶלָּא לְשׁוֹן בַּקָּשָׁה:
« Ana sa na... ve-ata sa na » - « na » n'est rien d'autre qu'un terme de demande.
💡 Explication

Le protocole a aussi une borne haute. Les trois na du message des frères à Yossef fixent le plafond : au-delà de trois démarches, ce n'est plus à l'offenseur d'insister. Le Ben Yehoyada explique que la formule est prohibitive - qu'il ne demande pas - parce qu'une quatrième demande retournerait l'accusation contre celui qui refuse.

Si l'offensé est mort, la dette ne s'éteint pas avec lui : elle se règle publiquement, devant dix personnes, sur sa tombe, avec une confession nominative - envers Dieu et envers l'homme lésé.

14
רַבִּי יִרְמְיָה הֲוָה לֵיהּ מִילְּתָא לְרַבִּי אַבָּא בַּהֲדֵיהּ, אֲזַל אִיתִּיב אַדַּשָּׁא דְּרַבִּי אַבָּא בַּהֲדֵי דְּשָׁדְיָא אַמְּתֵיהּ מַיָּא, מְטָא זַרְזִיפֵי דְמַיָּא אַרֵישָׁא. אָמַר: עֲשָׂאוּנִי כְּאַשְׁפָּה. קְרָא אַנַּפְשֵׁיהּ: ״מֵאַשְׁפּוֹת יָרִים אֶבְיוֹן״. שְׁמַע רַבִּי אַבָּא וּנְפֵיק לְאַפֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ: הַשְׁתָּא צְרִיכְנָא לְמִיפַּק אַדַּעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״לֵךְ הִתְרַפֵּס וּרְהַב רֵעֶיךָ״.

Rabbi Yirmeya avait une affaire avec Rabbi Abba [il l'avait offensé]. Il alla s'asseoir à la porte de Rabbi Abba.

Comme la servante de celui-ci versait de l'eau [usée], un jet de gouttes atteignit sa tête. Il dit : on a fait de moi un tas d'ordures.

Il appliqua sur lui-même le verset : « du tas d'ordures Il élève le pauvre » (Psaumes 113,7). Rabbi Abba l'entendit et sortit à sa rencontre.

Il lui dit : maintenant, c'est moi qui dois sortir vers toi pour t'apaiser, ainsi qu'il est écrit : « va, humilie-toi et presse ton prochain ».

📜 Rachi (2)
הֲוָה לֵיהּ מִילְּתָא לֵר' אַבָּא בַּהֲדֵיהּ ר' אַבָּא הָיָה לוֹ לְהִתְרַעֵם עַל ר' יִרְמְיָה שֶׁחָטָא לוֹ אֲזַל ר' יִרְמְיָה אֵיתִיב אַדַּשָּׁא דְּר' אַבָּא:
« Il avait une affaire avec Rabbi Abba » - Rabbi Abba avait de quoi se plaindre de Rabbi Yirmeya, qui avait fauté envers lui ; Rabbi Yirmeya alla s'asseoir à la porte de Rabbi Abba.
זַרְזִיפֵי דָּמְיָא הַתָּזַת טִיפֵּי שׁוֹפְכִין שֶׁהָיְתָה הַשִּׁפְחָה שׁוֹפֶכֶת וְזַרְזִיפֵי טִיפִּין וְדוֹמֶה לוֹ כִּרְבִיבִים זַרְזִיף אֶרֶץ בְּסֵפֶר תְּהִלִּים (עב):
« Zarzifei de-maya » - le jaillissement des gouttes d'eaux usées que la servante versait ; « zarzifei » : des gouttes. Semblable à « ke-revivim zarzif arets » dans le livre des Psaumes (72).
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲשָׂאוּנִי אַשְׁפָּה. נִרְאֶה לִי לָאו לְשׁוֹן תַּרְעֹומֶת הוּא אֶלָּא בְּנִיחוּתָא קָאָמַר עֲשָׂאוּנִי אַשְׁפָּה לְבָרֵר בָּזֶה הַפִּיטּוּר לְעַצְמוֹ וְרוֹצֶה לוֹמַר שֶׁבָּזֶה נִשְׁלְמָה כַּפָּרָתוֹ וְאֵין צָרִיךְ לֵישֵׁב עוֹד בִּשְׁבִיל הַמְּחִילָה וְהַייְנוּ כֵּיוָן דַּעֲשָׂאוּנִי אַשְׁפָּה נִתְקַן עָוֹן שֶׁלִּי שֶׁחָטָאתִי בְּהַשָּׁפָה כִּי אַשְׁפָּה מְכַפֶּרֶת עַל חֵטְא הַשָּׂפָה כִּי בָּאַשְׁפָּה יֵשׁ אוֹתִיּוֹת שָׂפָה וְאוֹת א' באחה"ע יִתְחַלֵּף בְּהֵ"א הֲרֵי אַשְׁפָּה הִיא הַשָּׂפָה.
« On a fait de moi un tas d'ordures (achpa). » Il me semble que ce n'est pas une plainte, mais qu'il le dit avec satisfaction : « on a fait de moi un tas d'ordures » - pour établir par là son propre acquittement. Il veut dire que par cela son expiation est achevée et qu'il n'a plus besoin de rester assis [à la porte] pour obtenir le pardon. C'est-à-dire : puisqu'on a fait de moi une achpa, ma faute - qui fut une faute de la lèvre (safa) - est réparée ; car l'achpa expie la faute de la safa, puisque dans « achpa » (alef-chin-pe-hé) il y a les lettres de « safa » (chin-pe-hé), et que la lettre alef, dans le groupe alef-het-hé-ayin, se permute avec le hé : voilà donc que « achpa » est bien « ha-safa ».
💡 Explication

Première des quatre scènes qui closent le daf, et la seule où c'est l'offenseur qui agit. Rabbi Yirmeya applique à la lettre le lekh hitrapes : il va s'asseoir sur le seuil et attend. L'eau sale qui lui tombe dessus n'est pas un accident narratif - c'est l'abaissement réel qu'implique la démarche.

Le retournement est dans la réponse de Rabbi Abba : voyant l'autre pousser l'humiliation jusque-là, il se déclare à son tour tenu de sortir l'apaiser. Le même verset qui obligeait l'offenseur oblige maintenant l'offensé qui a laissé la chose durer.

Le Ben Yehoyada lit la phrase de Rabbi Yirmeya comme un soulagement et non une plainte : achpa contient les lettres de safa, la lèvre - l'ordure répare la faute de la parole, et la démarche est donc accomplie.

15
רַבִּי זֵירָא כִּי הֲוָה לֵיהּ מִילְּתָא בַּהֲדֵי אִינִישׁ, הֲוָה חָלֵיף וְתָנֵי לְקַמֵּיהּ וּמַמְצֵי לֵיהּ, כִּי הֵיכִי דְּנֵיתֵי וְנִיפּוֹק לֵיהּ מִדַּעְתֵּיהּ.

Rabbi Zeira, lorsqu'il avait une affaire avec quelqu'un [qui l'avait offensé], passait et repassait devant lui et se rendait disponible, afin que l'autre vienne et obtienne son pardon.

📜 Rachi (2)
מַמְצִיא נַפְשֵׁיהּ לִפְנֵי מִי שֶׁחָטָא לוֹ אוּלַי יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ מְחִילָה וְיִמְחֹול לוֹ:
« Il se rendait disponible » - devant celui qui avait fauté envers lui, dans l'espoir qu'il lui demande pardon et qu'il le lui accorde.
חֲלֵיף וְתָנֵי עוֹבֵר וְשׁוֹנֶה וּמְשַׁלֵּשׁ פְּעָמִים רַבּוֹת:
« Halif ve-tani » - il passait, répétait et triplait, un grand nombre de fois.
💡 Explication

Contrepoint discret : Rabbi Zeira ne réclame rien et ne reproche rien. Il se contente de se rendre visible - Rachi : mamtsi nafcheih, il se met à disposition, et halif ve-tani, il passe et repasse un grand nombre de fois.

La halakha précédente chargeait l'offenseur ; ici l'offensé prend sur lui de rendre la demande de pardon facile. C'est la même logique que Rabbi Abba au segment précédent, mais préventive.

16
רַב הֲוָה לֵיהּ מִילְּתָא בַּהֲדֵי הָהוּא טַבָּחָא, לָא אֲתָא לְקַמֵּיהּ. בְּמַעֲלֵי יוֹמָא דְכִפּוּרֵי אֲמַר אִיהוּ: אֵיזִיל אֲנָא לְפַיּוֹסֵי לֵיהּ. פְּגַע בֵּיהּ רַב הוּנָא, אֲמַר לֵיהּ: לְהֵיכָא קָא אָזֵיל מָר, אֲמַר לֵיהּ: לְפַיּוֹסֵי לִפְלָנְיָא. אָמַר: אָזֵיל אַבָּא לְמִיקְטַל נַפְשָׁא. אֲזַל וְקָם עִילָּוֵיהּ. הֲוָה יָתֵיב וְקָא פָלֵי רֵישָׁא, דְּלִי עֵינֶיהָ וְחַזְייֵהּ, אֲמַר לֵיהּ: אַבָּא אַתְּ? זִיל, לֵית לִי מִילְּתָא בַּהֲדָךְ. בַּהֲדֵי דְּקָא פָלֵי רֵישָׁא, אִישְׁתְּמִיט גַּרְמָא וּמַחְיֵיהּ בְּקוֹעֵיהּ וְקַטְלֵיהּ.

Rav avait une affaire avec un certain boucher [qui l'avait offensé], et celui-ci ne vint pas devant lui. La veille de Yom Kippour, Rav se dit : c'est moi qui vais aller l'apaiser.

Rav Houna le rencontra et lui dit : où va mon maître ? Il lui répondit : apaiser untel.

[Rav Houna] se dit : Abba va tuer un homme. Il alla et se tint auprès de lui.

L'autre était assis et fendait une tête [de bête]. Il leva les yeux, le vit et lui dit : Abba, c'est toi ?

Va-t'en, je n'ai rien à faire avec toi. Tandis qu'il fendait la tête, un os se détacha, le frappa à la gorge et le tua.

📜 Rachi (5)
בַּהֲדֵי טַבָּחָא הַטַּבָּח חָטָא לוֹ:
« Avec un boucher » - le boucher avait fauté envers lui.
קָאֲזִיל אַבָּא רַבֵּיהּ:
« Abba va » - son maître.
לְמִקְטַל נַפְשֵׁיהּ עַכְשָׁיו הוּא מַעֲנִישׁוֹ לָמוּת:
« Tuer un homme » - il est en train, maintenant, de le faire condamner à mort.
תְּבַר רֵישָׁא מְשַׁבֵּר עַצְמוֹת רֹאשׁ שֶׁל בְּהֵמָה:
« Il fendait une tête » - il brisait les os de la tête d'une bête.
בְּקוֹעֵיהּ בְּגַרְגַּרְתּוֹ:
« Bikoeih » - dans sa trachée (gargeret).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָזֵיל אַבָּא לְמִיקְטַל גַּבְרָא!. נִרְאֶה לִי דְּאָמַר כֵּן בִּלְבָבוֹ דְּאֵיךְ קוֹרֵא לְרַב בִּשְׁמוֹ אַף עַל פִּי שֶׁהוּא מִתְכַּוֵּין אַבָּא לְשׁוֹן חֲשִׁיבוּת, וּמַה שֶׁאָמַר אִישְׁתְּמִיט נַרְגָּא מַחְיֵיהּ אַרֵישֵׁיהּ , נִרְאֶה לִי דִּינוֹ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה כִּי רָאוּי שֶׁהוּא יֵלֵךְ וִיפַיֵּיס אֶת רַב וְעַתָּה הֵשִׁיב לוֹ דָּבָר כְּאִלּוּ רַב צָרִיךְ לְפַיְּיסוֹ, נִמְצָא אָזֵיל בָּתַר אִפְכָּא לְכָךְ הַנַּרְגָּא אָזֵיל בָּתַר אִפְכָּא שֶׁהוּא מוֹרִיד אוֹתוֹ וּמַשְׁלִיכוֹ עַל רֹאשׁ הַבְּהֵמָה וְחָזַר לַאֲחוֹרָיו וְנֶהְפַּךְ עַל רֹאשׁ הַקַּצָּב וּמַה דְּמַחְיֵיהּ בְּרֵישֵׁיהּ הַייְנוּ עַל אֲשֶׁר בִּיזָּה אֶת רַב שֶׁהוּא רֵישָׁא דְּעַמָּא.
« Abba va tuer un homme ! » Il me semble qu'il a dit cela en son cœur : comment [le boucher] appellerait-il Rav par son nom ? - bien qu'il ait eu l'intention de dire « Abba » comme un titre d'importance. Et sur ce qui est dit « la hache (nargua) se détacha et le frappa à la tête », il me semble que ce fut mesure pour mesure : il convenait que ce fut lui qui aille apaiser Rav ; or il lui a répondu comme si c'était Rav qui devait l'apaiser. Il se trouve donc qu'il a agi à l'envers - c'est pourquoi la hache est allée à l'envers, elle aussi : il l'abaissait et la jetait sur la tête de la bête, et elle est revenue en arrière et s'est retournée sur la tête du boucher. Et le fait qu'elle l'ait frappé à la tête, c'est parce qu'il avait méprisé Rav, qui est la tête du peuple.
💡 Explication

Point extrême de la sougya : c'est l'offensé, et un maître, qui se déplace la veille de Kippour vers celui qui l'a offensé. Rav Houna comprend immédiatement le danger et le dit sans détour - Abba va tuer un homme : non que Rav veuille sa mort, mais parce qu'un refus opposé à une telle démarche ne peut pas rester sans conséquence.

Le boucher accumule les fautes : il appelle Rav par son nom, il le congédie, il nie même qu'il y ait quelque chose à régler. La mort survient sans intervention de personne, par l'outil même de son métier.

Le Ben Yehoyada y lit une mesure pour mesure exacte : celui qui a inversé les rôles - en faisant comme si c'était à Rav de l'apaiser - est frappé par un instrument qui part à l'envers ; et il est frappé à la tête parce qu'il a méprisé Rav, qui est la tête du peuple.

17
רַב הֲוָה פָּסֵיק סִידְרָא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי. עָיֵיל

Rav récitait le sidra (la section de l'Écriture) devant Rabbi. Entra [...]

📜 Rachi (1)
סִידְרָא פָּרָשַׁת מִקְרָא שֶׁל נְבִיאִים אוֹ שֶׁל כְּתוּבִים:
« Sidra » - une section de l'Écriture, des Prophètes ou des Hagiographes.
💡 Explication

Le feuillet s'arrête en pleine phrase : la scène se poursuit au verso. Le sidra est, selon Rachi, une section des Prophètes ou des Hagiographes lue devant le maître.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).