Sougya : Le daf enchaîne sept éloges de la techouva, chacun ouvert par la même formule gedola techouva. Rabbi Yo'hanan lui fait repousser un interdit de la Torah - Israël revient à Dieu comme une femme renvoyée ne peut revenir à son mari ; Rabbi Yonatan lui fait déclencher la gueoula.
Rech Lakich se contredit lui-même : les fautes délibérées deviennent des fautes involontaires, ou bien des mérites - et la guemara ne tranche pas, elle répartit selon que la techouva vient de la crainte ou de l'amour. Vient ensuite le contraste des deux mesures : chez les hommes, une chaîne de doutes sur le pardon ; chez le Saint béni soit-Il, une chaîne de ve-lo od ela - des paroles suffisent, Il en tient gré, cela vaut des taureaux offerts, et non pas d'obligation mais en nedava.
Rabbi Meir va plus loin encore : un seul pénitent, et le monde entier est pardonné. La guemara demande alors le critère concret - heikhi dami baal techouva - et Rav Yehouda donne un protocole vérifiable : la même femme, le même endroit, la même saison ; le Ben Yehoyada y accroche la longue histoire de l'élève, du verger et du serpent.
La seconde moitié du daf bascule vers une autre question : que faut-il dire tout haut ? Deux versets s'affrontent sur la faute couverte, et sont partagés soit selon sa notoriété (Rav), soit selon qu'elle est entre l'homme et son prochain ou entre l'homme et Dieu (Rav Nahman).
La même ligne sépare Moche, qui demande que sa faute soit écrite, et David, qui demande qu'elle ne le soit pas - avec la parabole des deux femmes fouettées, dont l'une réclame l'écriteau qui dira pour quoi elle l'est. Le daf se clôt sur le renversement : dénoncer les hypocrites est un devoir, la quiétude des méchants finit en catastrophe, et le pouvoir enterre celui qui l'exerce - ce que Rav, en sortant siéger, se disait chaque fois à lui-même.
Rabbi Yo'hanan a dit : grande est la techouva (le repentir), car elle repousse un interdit (lo taasse) de la Torah, ainsi qu'il est dit : « ... pour dire : si un homme renvoie sa femme et qu'elle s'en aille de chez lui et devienne la femme d'un autre, reviendra-t-il encore vers elle ? Ce pays n'en serait-il pas entièrement souillé ?
Or toi, tu t'es prostituée avec de nombreux compagnons - et [pourtant] reviens vers Moi, dit l'Éternel » (Jérémie 3,1).
Le daf ouvre une longue série d'éloges de la techouva, chacun introduit par la même formule gedola techouva - grande est la techouva. Le premier est le plus audacieux : elle repousse un interdit de la Torah. L'interdit visé, précise Rachi, est celui de Deutéronome 24,4 - le mahzir gerouchato : un homme qui a renvoyé sa femme et qui l'a vue en épouser un autre ne peut plus la reprendre.
Le raisonnement repose sur l'image prophétique du mariage entre Dieu et Israël. Jérémie commence par poser le cas de la loi civile - un tel retour est impossible - puis, dans le même souffle, il ordonne : ve-chov elai, reviens vers Moi. Le prophète lui-même place les deux propositions côte à côte : ce qui est fermé sur le plan de la loi reste ouvert sur le plan de la techouva.
Le Ben Yehoyada rappelle ici l'objection classique : tout commandement positif repousse déjà un interdit - où est la nouveauté ? Sa réponse : il s'agit d'une techouva de la seule pensée, sans acte, et c'est cela qui est inouï.
Rabbi Yonatan a dit : grande est la techouva, car (elle rapproche) la délivrance (gueoula), ainsi qu'il est dit : « et un libérateur viendra vers Sion, et vers ceux qui, en Yaakov, se détournent de la faute » (Isaie 59,20). Quelle est la raison pour laquelle « un libérateur viendra vers Sion » ?
Parce qu'il y a « ceux qui, en Yaakov, se détournent de la faute ».
La lecture est purement syntaxique : le verset accole deux propositions, la venue du libérateur et l'existence de repentants. Rabbi Yonatan lit la seconde comme la cause de la première. La délivrance n'est pas seulement promise aux pénitents : elle est déclenchée par eux.
Rech Lakich a dit : grande est la techouva, car les fautes délibérées (zedonot) deviennent pour lui comme des fautes involontaires (chegagot), ainsi qu'il est dit : « reviens, Israël, jusqu'à l'Éternel ton Dieu, car tu as trébuché par ta faute (avon) » (Hochea 14,2) : or « avon » désigne le délibéré, et [le verset] le nomme pourtant « trébuchement ». Est-ce bien ainsi ?!
Mais Rech Lakich a [lui-même] dit : grande est la techouva, car les fautes délibérées deviennent pour lui comme des mérites (zekhouyot), ainsi qu'il est dit : « et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté et pratique le droit et la justice, c'est grâce à elles qu'il vivra » (Ye'hezkel 33,19) ! Ce n'est pas une difficulté : ici - par amour ; là - par crainte.
Rech Lakich se contredit lui-même, et la guemara ne tranche pas entre ses deux déclarations : elle les répartit. Le moteur du repentir change son effet rétroactif sur le passé. Mi-yira (par crainte du châtiment) : la faute délibérée est requalifiée en faute involontaire - elle est allégée. Me-ahava (par amour) : elle est convertie en mérite - le passé lui-même est retourné.
L'appui scripturaire du second cas est fin : le verset dit aleihem hayo yihye, « c'est grâce à elles qu'il vivra ». Rachi le lit sans restriction : grâce à tout ce qu'il a fait, y compris les transgressions. Ce ne sont pas seulement ses bonnes actions qui le font vivre, ce sont aussi ses fautes, devenues le point de départ de son retour.
Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : grande est la techouva, car elle allonge les années de l'homme, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté, il vivra » (Ye'hezkel 18,27).
Troisième lecture du même verbe hayo yihye - il vivra. Rech Lakich y voyait la conversion des fautes en mérites ; ici on y lit une promesse de longévité. Le Ben Yehoyada, plus loin, relie cet éloge au protocole de Rav Yehouda : si le pénitent doit affronter à nouveau la même épreuve dans les mêmes conditions, il lui faut vivre assez longtemps pour que l'occasion se représente.
Rabbi Yitshak a dit : on dit en Occident (en Terre d'Israël) au nom de Rabba bar Mari : viens et vois que la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas la mesure de chair et de sang. La mesure de chair et de sang : celui qui blesse son prochain par des paroles - il est douteux qu'il se laisse apaiser par lui, douteux qu'il ne se laisse pas apaiser ; et si tu dis qu'il se laisse apaiser - il est encore douteux qu'il se laisse apaiser par de simples paroles, douteux qu'il ne se laisse pas apaiser par de simples paroles,
Le passage construit une chaîne de doutes pour dire l'incertitude du pardon humain. Deux crans : sera-t-il seulement apaisé ? et, s'il l'est, se contentera-t-il de mots ? Chaque cran est formulé en safek... safek - c'est le vocabulaire technique de ce qu'on ne peut pas trancher.
Le contraste est préparé pour le segment suivant : en face de cette chaîne de doutes, la guemara alignera une chaîne de ve-lo od ela, et non seulement cela.
mais le Saint béni soit-Il : un homme commet une transgression en secret - Il se laisse apaiser par lui par de simples paroles, ainsi qu'il est dit : « prenez avec vous des paroles et revenez vers l'Éternel » (Hochea 14,3). Et non seulement cela, mais Il lui en tient gré (mahazik lo tova), ainsi qu'il est dit : « et accepte le bien ».
Et non seulement cela, mais le verset le lui compte comme s'il avait offert des taureaux, ainsi qu'il est dit : « et nous acquitterons les taureaux par nos lèvres ». Et si tu disais : des taureaux d'obligation - l'Écriture enseigne : « Je guérirai leur infidélité, Je les aimerai d'un don volontaire (nedava) » (Hochea 14,5).
Quatre crans montants, tirés d'un seul verset d'Hochea découpé mot à mot. Un : des paroles suffisent. Deux : ve-kah tov - non seulement Il accepte, mais Il en tient gré au pénitent, comme si celui-ci Lui rendait service. Trois : ces paroles valent des taureaux offerts - Rachi précise bimkom parim, à la place des taureaux. Quatre : et pas des taureaux d'obligation, mais une nedava, une offrande volontaire, qui est reçue avec plus de faveur.
Noter la condition d'ouverture : be-seter, en secret. C'est la même distinction qui reviendra au segment 9 entre faute publique et faute cachée.
Il a été enseigné : Rabbi Meir avait coutume de dire - grande est la techouva, car pour un seul individu qui fait techouva, on pardonne au monde entier, ainsi qu'il est dit : « Je guérirai leur infidélité, Je les aimerai d'un don volontaire, car Ma colère s'est détournée de lui » (Hochea 14,5) : il n'est pas dit « d'eux », mais « de lui ».
La deracha tient à un suffixe. Le verset parle au pluriel - mechouvatam, leur infidélité, ohavem, Je les aimerai - puis bascule au singulier : ki chav api mimenou, Ma colère s'est détournée de lui. Rabbi Meir refuse de lisser cette irrégularité : le singulier désigne l'individu pénitent, et c'est de lui que dépend la guérison du pluriel. Rachi le dit en trois mots : min ha-yahid - à partir de l'individu.
Quel est le cas d'un véritable baal techouva (pénitent) ? Rav Yehouda a dit : par exemple lorsque l'occasion de la transgression s'est présentée à lui une première puis une seconde fois, et qu'il y a échappé.
Rav Yehouda a précisé en montrant : avec la même femme, à la même saison, au même endroit.
La guemara passe de l'éloge au critère. Rien de ce qui précède ne dit comment reconnaître une techouva accomplie ; Rav Yehouda donne un protocole vérifiable, et non un état d'âme : que la même situation revienne, et qu'elle soit surmontée.
Les trois conditions - ôta icha, oto perek, oto makom - ne sont pas décoratives. Rachi explique leur logique : c'est précisément parce que tout est identique que le penchant reprend son pouvoir et souffle à l'homme koum asse ma che-assita kevar - lève-toi et fais ce que tu as déjà fait. Une épreuve équivalente ne prouverait rien ; seule l'épreuve identique le prouve.
Le mot mahavi - il a montré - intrigue le Ben Yehoyada : pourquoi ne pas dire simplement « il a dit » ? De là, deux lectures, puis la longue histoire de l'élève et du verger, où les trois conditions se réalisent à la lettre.
Rav Yehouda a dit : Rav a soulevé une contradiction. Il est écrit : « heureux celui dont la transgression est portée, dont la faute est couverte » (Tehilim 32,1), et il est écrit : « celui qui couvre ses transgressions ne réussira pas » (Michle 28,13) !
Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit d'une faute publique (mefoursam), là d'une faute qui n'est pas publique. Rav Zoutra bar Toviya a dit au nom de Rav Nahman : ici il s'agit de transgressions entre l'homme et son prochain, là de transgressions entre l'homme et Dieu (ha-Makom).
Deux versets se heurtent frontalement : l'un béatifie la faute couverte, l'autre condamne celui qui couvre ses fautes. Deux résolutions sont proposées, et elles ne se recouvrent pas.
Rav partage selon la notoriété du fait. Si la faute est déjà connue, la taire n'ajoute rien qu'un mensonge - Rachi : mieux vaut avouer et en avoir honte que de nier. Si elle est ignorée, la publier serait un tort : Rachi donne la raison de fond - tout ce que l'homme faute be-farhessia, en public, amoindrit l'honneur du Ciel.
Rav Nahman partage selon la nature de la faute. Entre l'homme et son prochain, il y a un tiers à apaiser : la publicité est instrumentale, elle sert à obtenir de la victime son pardon. Entre l'homme et Dieu, ce ressort n'existe pas.
Il a été enseigné : Rabbi Yosse bar Yehouda dit - un homme commet une transgression une première fois, on lui pardonne ; une deuxième, on lui pardonne ; une troisième, on lui pardonne ; une quatrième, on ne lui pardonne pas, ainsi qu'il est dit : « ainsi a dit l'Éternel : pour trois transgressions d'Israël et pour quatre, Je ne reviendrai pas [sur le décret] » (Amos 2,6) ; (et il est dit :) « voici, tout cela Dieu le fait deux ou trois fois avec un homme » (Iyov 33,29).
Une échelle de patience chiffrée : trois pardons, puis un arrêt. Les deux versets ne font pas double emploi, comme la guemara va l'expliquer au segment suivant.
Le Roch apporte ici une précision décisive : ein moholin lo ne veut pas dire que l'homme est perdu. Cela veut dire que le pardon ne vient plus immédiatement : la faute passe au régime du cran supérieur de l'échelle de Rabbi Yichmael - la techouva suspend, et il faut Yom Kippour, voire les souffrances, pour achever le nettoyage.
Que vient ajouter « et il est dit » ? Et si tu disais : cela ne vaut que pour la collectivité (tsibbour), mais non pour l'individu - viens et entends : « voici, tout cela Dieu le fait deux ou trois fois avec un homme (gaver) ».
(À partir de là, on ne lui pardonne plus, ainsi qu'il est dit : « pour trois transgressions d'Israël et pour quatre, Je ne reviendrai pas ».)
Vé-omer - et il est dit - est un marqueur technique : la guemara demande toujours pourquoi un second verset a été cité si le premier suffisait. Ici la réponse tient à la différence des sujets. Amos parle d'Israël, un collectif ; on aurait pu croire la règle réservée au tsibbour. Iyov parle de gaver, un homme au singulier - la même mesure vaut pour l'individu.
Nos maîtres ont enseigné : les transgressions qu'il a confessées en ce Yom Kippour, il ne les confessera pas au Yom Kippour suivant ; et s'il les a répétées - il doit les confesser au Yom Kippour suivant. Et s'il ne les a pas répétées et qu'il revient les confesser - à son sujet le verset dit : « comme un chien qui retourne à son vomissement, ainsi le sot qui répète sa sottise » (Michle 26,11).
La logique du tanna kamma est celle d'une dette soldée : ce qui a été confessé a été pardonné, y revenir revient à mettre en doute le pardon reçu. D'où l'image très dure du chien et de son vomissement. La distinction est nette : ce qui commande la réconfession n'est pas le souvenir de la faute, c'est sa répétition.
Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : à plus forte raison est-il digne de louange, ainsi qu'il est dit : « car je connais mes transgressions, et ma faute est constamment devant moi » (Tehilim 51,5). Mais alors, comment vais-je maintenir « comme un chien qui retourne à son vomissement... » ?
Selon Rav Houna. Car Rav Houna a dit : dès lors qu'un homme a commis une transgression et l'a répétée, elle lui est devenue permise.
« Elle lui est permise » - cela te viendrait-il à l'esprit ?! Dis plutôt : elle est devenue pour lui comme permise.
Rabbi Eliezer ben Yaakov inverse le signe : redire sa faute n'est pas douter du pardon, c'est refuser de se croire quitte. Rachi met les mots dans la bouche de David - je ne pense pas que Tu m'aies déjà expié : la faute reste dressée en face de lui, non comme une dette mais comme un garde-fou.
Reste à recaser le verset du chien. La guemara le transfère à un tout autre objet : non plus celui qui réconfesse, mais celui qui récidive. La formule de Rav Houna est corrigée aussitôt par la guemara elle-même - hutra lo serait absurde, aucune faute ne devient permise ; ce qui change est la perception. Naassit lo ke-heter : elle est devenue, à ses yeux, comme permise. C'est un diagnostic psychologique, pas une règle halakhique.
Et il faut détailler la faute (liferot et ha-het), ainsi qu'il est dit : « de grâce, ce peuple a commis une grande faute, et ils se sont fait un dieu d'or » (Chemot 32,31) - telles sont les paroles de Rabbi Yehouda ben Bava. Rabbi Akiva dit : « heureux celui dont la transgression est portée, dont la faute est couverte » [- il ne faut donc pas la détailler].
Mais alors, que signifie ce que Moche a dit : « et ils se sont fait un dieu d'or » ? Selon Rabbi Yannai.
Car Rabbi Yannai a dit : Moche a dit devant le Saint béni soit-Il - Maître du monde ! L'argent et l'or que Tu as prodigués à Israël jusqu'à ce qu'ils disent « assez », voilà ce qui les a conduits à se faire un dieu d'or.
La question est de savoir si le vidouy doit nommer la faute ou peut rester général. Rabbi Yehouda ben Bava s'appuie sur la prière de Moche après le veau d'or, qui nomme explicitement l'objet du péché.
Rabbi Akiva refuse ce modèle - et doit alors relire le verset autrement. La clé est fournie par Rabbi Yannai : les mots elohei zahav ne sont pas la description de la faute, ils sont la plaidoirie. Moche ne dit pas ce qu'ils ont fait, il dit d'où cela vient. Rachi en donne la parabole entière : un père qui nourrit son fils, lui suspend au cou une bourse pleine de deniers et l'installe à la porte des prostituées - que peut faire le fils pour ne pas fauter ?
Deux bons dirigeants (parnassim) se sont levés pour Israël : Moche et David. Moche a dit : que ma faute soit écrite, ainsi qu'il est dit : « parce que vous n'avez pas eu foi en Moi pour Me sanctifier » (Bamidbar 20,12).
David a dit : que ma faute ne soit pas écrite, ainsi qu'il est dit : « heureux celui dont la transgression est portée, dont la faute est couverte » (Tehilim 32,1).
La controverse précédente se rejoue au plus haut niveau, mais chacun l'applique à soi-même. Le mot sorhan - la faute, l'écart - est le même dans les deux bouches : seule change la demande, yikatev ou al yikatev.
Rachi ajoute une observation de texte : partout où la mort de Moche est mentionnée, sa faute l'est avec elle - alma niha lemikteveih zimnin touva : preuve qu'il lui convenait qu'elle fut écrite, et souvent. Le Ben Yehoyada montre que les deux demandes visent le même but - le bénéfice d'Israël - par deux voies opposées.
La parabole de Moche et de David, à quoi cela ressemble-t-il ? À deux femmes qui reçurent des coups de fouet au tribunal : l'une s'était dévoyée, l'autre avait mangé des figues encore vertes de la septième année (chevi'it).
Celle qui avait mangé les figues de chevi'it leur dit : de grâce, faites savoir pour quoi elle est fouettée, afin qu'on ne dise pas - ce pour quoi celle-là est fouettée, celle-ci l'est aussi. Ils apportèrent des figues vertes de chevi'it, les lui suspendirent au cou, et l'on proclamait devant elle en disant : c'est pour des affaires de chevi'it qu'elle est fouettée.
La parabole explique la demande de Moche. Le châtiment visible - le fouet, ou la mort au désert - est identique dans les deux cas ; c'est la faute qui diffère du tout au tout. Sans écriteau, le public confond, et la moins coupable porte la réputation de la plus coupable.
Rachi donne le nimchal terme à terme : la génération du désert est morte au désert pour avoir cru les explorateurs ; Moche est mort au désert pour chimou na ha-morim. Même lieu, même verdict apparent - d'où sa demande que sa faute soit nommée, afin qu'on ne dise pas que lui aussi s'est dévoyé comme eux.
On dénonce publiquement les hypocrites (hanéfim) à cause de la profanation du Nom (hilloul Hachem), ainsi qu'il est dit : « et lorsque le juste se détourne de sa justice et commet une injustice, Je mettrai un obstacle devant lui » (Ye'hezkel 3,20). La techouva de ceux qui sont [méchants] avoués (mouhlatin) arrête le châtiment, et cela même si le décret de châtiment a déjà été scellé contre lui.
Deux enseignements brefs, de sens inverse, posés côté à côté.
Le premier renverse la règle de discrétion du segment 9 : lorsque le fauteur se donne l'apparence d'un juste, la publicité devient un devoir. Rachi en donne deux motifs : les gens apprennent de ses actes en le croyant juste ; et lorsque le malheur le frappe, ils concluent que le mérite ne sert à rien. Le verset lui-même dit que le dispositif est voulu d'en haut - ve-natati mikhchol lefanav, Je lui fais rencontrer une faute visible de tous.
Le second va en sens contraire, et c'est la plus large ouverture du daf : même gezar din scellé, même méchanceté avouée, la techouva arrête encore le châtiment.
La quiétude des méchants finit en catastrophe ; et l'autorité (rachout) enterre celui qui la détient : nu il y entre et nu il en sort - et plût au Ciel que la sortie fût comme l'entrée ! Rav, lorsqu'il sortait pour juger une affaire, disait ceci : de son plein gré il sort vers la mort ; le désir de sa maison, il ne l'accomplit pas ; et c'est les mains vides qu'il rentre chez lui - et plût au Ciel que l'entrée fût comme la sortie !
Le daf, après avoir parlé du fauteur, passe à celui qui détient un pouvoir. Trois formules s'enchaînent : la quiétude fabrique la faute (Rachi : de leur tranquillité même, ils s'assoient et méditent des transgressions) ; la rachout - Rachi glose : la rabbanout, la charge de direction - tue celui qui l'exerce ; et l'homme y entre et en sort nu.
Le point le plus fin est le chiasme. La beraita souhaite que la sortie soit comme l'entrée : on entre pur, on risque de sortir souillé. Rav, lui, inverse : que l'entrée soit comme la sortie. Il ne parle plus d'une charge qu'on occupe dans la durée mais d'une séance de jugement dont on ressort - et il redoute que la faute soit commise pendant, non après.
Rava, lorsqu'il sortait pour juger, disait ceci :
Le daf s'interrompt sur l'amorce de la formule de Rava, dont la suite se lit en 87a. Rav parlait de ce qu'il perd en sortant siéger ; Rava, lui, parlera de ce qu'il risque en jugeant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).