Yoma 86b - Gedola techouva : ce que le repentir retourne, et ce qu'il faut en dire tout haut

Yoma 86b

Sougya : Le daf enchaîne sept éloges de la techouva, chacun ouvert par la même formule gedola techouva. Rabbi Yo'hanan lui fait repousser un interdit de la Torah - Israël revient à Dieu comme une femme renvoyée ne peut revenir à son mari ; Rabbi Yonatan lui fait déclencher la gueoula.

Rech Lakich se contredit lui-même : les fautes délibérées deviennent des fautes involontaires, ou bien des mérites - et la guemara ne tranche pas, elle répartit selon que la techouva vient de la crainte ou de l'amour. Vient ensuite le contraste des deux mesures : chez les hommes, une chaîne de doutes sur le pardon ; chez le Saint béni soit-Il, une chaîne de ve-lo od ela - des paroles suffisent, Il en tient gré, cela vaut des taureaux offerts, et non pas d'obligation mais en nedava.

Rabbi Meir va plus loin encore : un seul pénitent, et le monde entier est pardonné. La guemara demande alors le critère concret - heikhi dami baal techouva - et Rav Yehouda donne un protocole vérifiable : la même femme, le même endroit, la même saison ; le Ben Yehoyada y accroche la longue histoire de l'élève, du verger et du serpent.

La seconde moitié du daf bascule vers une autre question : que faut-il dire tout haut ? Deux versets s'affrontent sur la faute couverte, et sont partagés soit selon sa notoriété (Rav), soit selon qu'elle est entre l'homme et son prochain ou entre l'homme et Dieu (Rav Nahman).

La même ligne sépare Moche, qui demande que sa faute soit écrite, et David, qui demande qu'elle ne le soit pas - avec la parabole des deux femmes fouettées, dont l'une réclame l'écriteau qui dira pour quoi elle l'est. Le daf se clôt sur le renversement : dénoncer les hypocrites est un devoir, la quiétude des méchants finit en catastrophe, et le pouvoir enterre celui qui l'exerce - ce que Rav, en sortant siéger, se disait chaque fois à lui-même.

Gedola techouva - les six éloges enchaînés du daf Chaque maître ajoute un cran : de ce que la techouva force (un interdit) à ce qu'elle atteint (le monde entier). Le maître Ce que la techouva réalise Le verset d'appui Rabbi Yo'hanan seg. 1 Elle repousse un lo taasse de la Torah : la femme renvoyée ne revient pas - Israël, si. Jérémie 3,1 - ve-chov elai, et reviens vers Moi Rabbi Yonatan seg. 2 Elle rapproche la gueoula : le libérateur vient à Sion parce qu'il y a des repentants en Yaakov. Isaie 59,20 - ou-va le-Tsion goel Rech Lakich (a) seg. 3 - par crainte Les zedonot (fautes délibérées) deviennent pour lui des chegagot (fautes involontaires). Hochea 14,2 - ki kachalta ba-avonekha Rech Lakich (b) seg. 3 - par amour Les zedonot deviennent pour lui des zekhouyot (des mérites) : la faute elle-même le fait vivre. Ye'hezkel 33,19 - aleihem hayo yihye R. Chemouel b. Nahmani seg. 4 - au nom de R. Yonatan Elle allonge les années de l'homme - le Ben Yehoyada : il lui faut vivre assez pour que l'épreuve revienne. Ye'hezkel 18,27 - hayo yihye Rabbi Meir seg. 7 - beraita Pour un seul individu qui se repent, on pardonne au monde entier : mimenou - de lui, et non mehem - d'eux. Hochea 14,5 - ki chav api mimenou Le Piskei HaRosh reproduit toute cette série, de Rabbi Hanina bar Hama (86a) jusqu'à la fin du chapitre.
Les six déclarations gedola techouva du daf, dans l'ordre où la guemara les enchaîne, avec leur verset.
Le même maître, deux enseignements opposés - et la clé qui les sépare Rech Lakich dit les deux. La guemara ne choisit pas : elle demande de quelle techouva on parle. Rech Lakich : gedola techouva she-zedonot naassot lo ke-... Techouva mi-yira par crainte du châtiment zedonot devenues chegagot : la faute reste une faute, mais elle change de poids - elle est désormais comptée comme involontaire. Rachi : avonekha - ta faute sera comptée comme un trébuchement, c'est-à-dire une chegaga. Techouva me-ahava par amour zedonot devenues zekhouyot : le passé lui- même est retourné. Rachi sur aleihem yihye : grâce à tout ce qu'il a fait, même les fautes. Ben Yehoyada : ahava et ehad valent tous deux 13 - celui à qui manque l'amour perd beaucoup de bien. Nafka mina - ce qui change en pratique Le pénitent par crainte allège son passé ; le pénitent par amour le convertit en capital.
Rech Lakich contre Rech Lakich : la même formule donne deux résultats selon le moteur de la techouva.
Faut-il rendre sa faute publique ? Deux versets, trois réponses Tehilim 32,1 - heureux celui dont la faute est couverte. Michle 28,13 - qui couvre ses fautes ne réussira pas. Rav : les deux versets se heurtent Première réponse - Rav Faute publique Qu'il avoue et en ait honte, plutôt que de la nier (Rachi) Faute non publique Qu'il ne la dévoile pas : fauter en public amoindrit l'honneur du Ciel Seconde réponse - Rav Nahman Bein adam le-havero Qu'il dévoile au public, pour qu'on obtienne de la victime son pardon Bein adam la-Makom Nul tiers à apaiser : la confession n'a pas à être publique La même ligne de partage traverse les deux plus grands dirigeants d'Israël Moche : yikatev sorhani - que ma faute soit écrite Bamidbar 20,12. Pour qu'on ne le confonde pas avec sa génération. David : al yikatev sorhani - qu'elle ne le soit pas Tehilim 32,1. Ben Yehoyada : pour qu'on la croie pleine, et qu'on en apprenne la techouva. L'exception : mefarsemin et ha-hanefin - on dénonce les hypocrites Ici la publicité n'est plus un choix du fauteur mais un devoir de la communauté : c'est mefne hilloul Hachem. Rachi : les gens apprennent de ses actes en le croyant juste ; et quand le malheur le frappe, ils disent : à quoi lui a servi son mérite ?
Dire ou taire sa faute : les deux réponses de Rav et de Rav Nahman, leur application à Moche et David, et l'exception des hypocrites.
1
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁדּוֹחָה אֶת לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁבַּתּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֵאמֹר הֵן יְשַׁלַּח אִישׁ אֶת אִשְׁתּוֹ וְהָלְכָה מֵאִתּוֹ וְהָיְתָה לְאִישׁ אַחֵר הֲיָשׁוּב אֵלֶיהָ עוֹד הֲלֹא חָנוֹף תֶּחֱנַף הָאָרֶץ הַהִיא וְאַתְּ זָנִית רֵעִים רַבִּים וְשׁוֹב אֵלַי נְאֻם ה׳״.

Rabbi Yo'hanan a dit : grande est la techouva (le repentir), car elle repousse un interdit (lo taasse) de la Torah, ainsi qu'il est dit : « ... pour dire : si un homme renvoie sa femme et qu'elle s'en aille de chez lui et devienne la femme d'un autre, reviendra-t-il encore vers elle ? Ce pays n'en serait-il pas entièrement souillé ?

Or toi, tu t'es prostituée avec de nombreux compagnons - et [pourtant] reviens vers Moi, dit l'Éternel » (Jérémie 3,1).

📜 Rachi (1)
לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁבַּתּוֹרָה לֹא יוּכַל בַּעְלָהּ הָרִאשׁוֹן וְגוֹ':
[L'interdit visé est :] « son premier mari qui l'a renvoyée ne pourra pas la reprendre pour femme... » (Deutéronome 24,4).
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן : גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה , שֶׁדּוֹחֶה אֶת לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁבַּתּוֹרָה. הִקְשָׁה הָרִי"ף וְכִי בִּשְׁבִיל שֶׁדּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה לֵית לָן לְמֵימַר עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל? עוֹד מַקְשִׁים מַאי רְבוּתָא דִּתְשׁוּבָה, וַהֲלֹא כָּל עֲשֵׂה דּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה? וְנִרְאֶה לִי דְּמָצִינוּ בַּעַל תְּשׁוּבָה בְּהִרְהוּר דַּוְקָא נִקְרָא צַדִּיק כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (קִידּוּשִׁין מט:) הַמְקַדֵּשׁ עַל מְנָת שֶׁהוּא צַדִּיק גָּמוּר מְקֻודֶּשֶׁת מִסָּפֵק שֶׁמָּא הִרְהֵר בִּתְשׁוּבָה בְּאוֹתָהּ שָׁעָה, אַף עַל גַּב דְּיָדְעִינַן בֵּיהּ דַּהֲוָה רָשָׁע גָּמוּר, וְכָתַבְתִּי בִּדְרָשׁוֹתַי בס"ד הַטַּעַם, בְּכָל מִצְוָה בָּעֵינַן מַעֲשֶׂה מַמָּשׁ, וּתְשׁוּבָה יוֹעִיל בָּהּ הִרְהוּר לִהְיוֹת צַדִּיק גָּמוּר כִּדְהָכָא, וְהַיְינוּ כִּי הַתְּשׁוּבָה הִיא בַּבִּינָה, וְהַכַּוָּנָה הִיא בַּבִּינָה, לָכֵן פּוֹעֶלֶת בָּהּ הַכַּוָּנָה בִּלְבַד. וְזֶהוּ עִנְיָן מַחֲלֹוקֶת רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי לֵוִי דְּרַבִּי לֵוִי סְבִירָא לֵיהּ 'מַגַּעַת עַד כִּסֵּא הַכָּבוֹד' שֶׁהוּא סוֹד בִּינָה הַנִּקְרֵאת 'כִּסֵּא הַכָּבוֹד' כִּי תְּשׁוּבָה בְּכַוָּנַת הַלֵּב בִּלְבַד יֵשׁ בָּהּ כֹּחַ לַעֲלוֹת לִמְקוֹם הַבִּינָה שֶׁשָּׁם הַכַּוָּנָה שֶׁבַּלֵּב, כִּי בִּינָה הִיא לִיבָּא, וְרַבִּי יוֹחָנָן סְבִירָא לֵיהּ אֵין כֹּחַ בִּתְשׁוּבָה שֶׁהִיא בְּכַוָּנָה בִּלְבַד לַעֲלוֹת עַד הַבִּינָה, וּלְהָכִי מַקְשֵׁי מִן רַבִּי יוֹחָנָן עַצְמוֹ דִּסְבִירָא לֵיהּ גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁדּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה, וְקָשֶׁה מַאי רְבוּתָא דִּתְשׁוּבָה וַהֲלֹא כָּל מִצְווֹת עֲשֵׂה דּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה? אֶלָּא וַדַּאי דְּאַיְירֵי בִּתְשׁוּבָה שֶׁל הִרְהוּר בִּלְבַד דְּגַם זוֹ דּוֹחָה לֹא תַעֲשֶׂה, וְהַייְנוּ טַעְמָא דְּיֵשׁ לָהּ כֹּחַ לַעֲלוֹת לְבֵינָהּ, וְאִם כֵּן אֵיךְ יֹאמַר עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל, שֶׁאֵינָהּ מַגַּעַת עַד כִּסֵּא הַכָּבוֹד. וְהִנֵּה לְמָאֵן דְּאָמַר דּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה, נִרְאֶה לִי לְכָךְ הַתְּשׁוּבָה נִקְרֵאת ' דֶּלֶת ' שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ד וְחָהּ ל א ת עֲשֵׂה.
« Et Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ? Mais Rabbi Yo'hanan a dit : grande est la techouva, car elle repousse un interdit de la Torah ! » Le Rif a demandé : est-ce donc parce qu'elle repousse un interdit que nous ne pourrions pas dire « jusqu'à, mais sans inclure jusqu'à » ? D'autres demandent encore : quelle est la supériorité de la techouva, puisque tout commandement positif repousse un interdit ? Il me semble que nous trouvons qu'un pénitent, par la seule pensée, est déjà appelé juste, comme ils l'ont dit dans la guemara (Kiddouchin 49b) : celui qui épouse une femme à la condition qu'il soit un juste accompli - elle est mariée par doute, car peut-être a-t-il pense à la techouva à cet instant, et cela bien que nous le sachions méchant accompli. J'ai écrit dans mes derachot, avec l'aide du Ciel, la raison : dans toute mitsva nous exigeons un acte réel, tandis que dans la techouva la pensée suffit à le rendre juste accompli, comme ici. Et cela parce que la techouva est dans la Bina, et l'intention (kavana) est dans la Bina ; c'est pourquoi l'intention seule y agit. Et telle est la question qui sépare Rabbi Yo'hanan et Rabbi Levi : Rabbi Levi tient qu'« elle atteint jusqu'au Trône de Gloire », qui est le sod de la Bina appelée « Trône de Gloire », car la techouva faite par la seule intention du cœur a la force de monter jusqu'au lieu de la Bina, où réside l'intention du cœur - car la Bina est le cœur (bina liba) ; tandis que Rabbi Yo'hanan tient que la techouva qui n'est qu'intention n'a pas la force de monter jusqu'à la Bina. C'est pourquoi on objecte à Rabbi Yo'hanan à partir de Rabbi Yo'hanan lui-même, qui tient que grande est la techouva car elle repousse un interdit ; et la difficulté est : quelle est sa supériorité, puisque tout commandement positif repousse un interdit ? Il faut donc bien qu'il parle d'une techouva de pensée seule, laquelle repousse elle aussi un interdit - et c'est précisément parce qu'elle a la force de monter jusqu'à la Bina. Dès lors, comment pourrait-il dire « jusqu'à, mais sans inclure jusqu'à », c'est-à-dire qu'elle n'atteint pas le Trône de Gloire ? Et selon celui qui dit qu'elle repousse un interdit, il me semble que c'est pour cela que la techouva est appelée « dalet » : ce sont les initiales de Doha Lo Taasse - elle repousse un interdit.
💡 Explication

Le daf ouvre une longue série d'éloges de la techouva, chacun introduit par la même formule gedola techouva - grande est la techouva. Le premier est le plus audacieux : elle repousse un interdit de la Torah. L'interdit visé, précise Rachi, est celui de Deutéronome 24,4 - le mahzir gerouchato : un homme qui a renvoyé sa femme et qui l'a vue en épouser un autre ne peut plus la reprendre.

Le raisonnement repose sur l'image prophétique du mariage entre Dieu et Israël. Jérémie commence par poser le cas de la loi civile - un tel retour est impossible - puis, dans le même souffle, il ordonne : ve-chov elai, reviens vers Moi. Le prophète lui-même place les deux propositions côte à côte : ce qui est fermé sur le plan de la loi reste ouvert sur le plan de la techouva.

Le Ben Yehoyada rappelle ici l'objection classique : tout commandement positif repousse déjà un interdit - où est la nouveauté ? Sa réponse : il s'agit d'une techouva de la seule pensée, sans acte, et c'est cela qui est inouï.

2
אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה (שֶׁמַּקְרֶבֶת) אֶת הַגְּאֻולָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבָא לְצִיּוֹן גּוֹאֵל וּלְשָׁבֵי פֶשַׁע בְּיַעֲקֹב״, מַה טַעַם ״וּבָא לְצִיּוֹן גּוֹאֵל״ — מִשּׁוּם דְּ״שָׁבֵי פֶּשַׁע בְּיַעֲקֹב״.

Rabbi Yonatan a dit : grande est la techouva, car (elle rapproche) la délivrance (gueoula), ainsi qu'il est dit : « et un libérateur viendra vers Sion, et vers ceux qui, en Yaakov, se détournent de la faute » (Isaie 59,20). Quelle est la raison pour laquelle « un libérateur viendra vers Sion » ?

Parce qu'il y a « ceux qui, en Yaakov, se détournent de la faute ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמְּבִיאָה גְּאֻלָּה לְעוֹלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד בִּתְשׁוּבָה יִהְיֶה יִחוּד הַשֵּׁם שֶׁרָמוּז בְּאוֹת אָלֶ"ף שֶׁהוּא צוּרַת וָא"ו וּשְׁנֵי יוֹדִין וְאִם תָּשִׂים א' בְּאוֹתִיּוֹת 'גּוֹלֶה' יִהְיֶה צֵירוּף 'גְּאֻולָּה' וּמַאן דְּאָמַר שֶׁלָּמַד זֶה מִפָּסוּק (יְשַׁעְיָה נו, א) ' שִׁמְרוּ מִשְׁפָּט וַעֲשׂוּ צְדָקָה כִּי קְרוֹבָה יְשׁוּעָתִי לָבוֹא ' הַיְינוּ דְּרֵישׁ מִשְׁפָּט וּצְדָקָה בְּמָקוֹם אֶחָד עַל הַתְּשׁוּבָה שֶׁהִיא מִתְקַבֶּלֶת עַל עָוֹן רִאשׁוֹן בְּתוֹרַת מִשְׁפָּט, דְּהַיְינוּ בְּדִין, יַעַן כִּי הַתְּשׁוּבָה מִצְווַת עֲשֵׂה הִיא וְאִם לֹא יֶחֱטָא אֵיךְ יְקַייֵּם מִצְוָה זוֹ? בְּרַם סַגִּי בַּחֲדָא וְלָכֵן בְּעָוֹן שֵׁנִי וְאֵילָךְ אֵין לוֹ תֵּירוּץ וּתְשׁוּבָתוֹ תִּתְקַבֵּל בְּתוֹרַת צְדָקָה, נִמְצָא אוֹמְרוֹ 'שִׁמְרוּ מִשְׁפָּט וְעָשׂוּ צְדָקָה' קָאֵי עַל תְּשׁוּבָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ סוּג מִשְׁפָּט עַל עָוֹן רִאשׁוֹן וּצְדָקָה מֵעָוֹן שֵׁנִי וְאֵילָךְ וְקָאָמַר קְרוֹבָה יְשׁוּעָתִי לָבוֹא.
« Grande est la techouva, car elle apporte la délivrance (gueoula) au monde. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : par la techouva se réalise l'unification du Nom, qui est indiquée dans la lettre alef, dont la forme est un vav et deux yod ; et si tu places un alef dans les lettres de « gola » (exil), tu obtiens la combinaison « gueoula » (délivrance). Et celui qui dit qu'il l'a appris du verset (Isaie 56,1) « observez le droit et pratiquez la justice, car Mon salut est proche de venir » expose « droit » (michpat) et « justice » (tsedaka) réunis en un seul endroit, au sujet de la techouva : elle est agréée pour la première faute au titre du michpat, c'est-à-dire en stricte justice, puisque la techouva est un commandement positif - et si l'homme ne fautait pas, comment accomplirait-il cette mitsva ? Mais une seule fois suffit ; c'est pourquoi, à partir de la deuxième faute, il n'a plus d'excuse, et sa techouva sera agréée au titre de la tsedaka. Il se trouve donc que « observez le droit et pratiquez la justice » se rapporte à la techouva, qui comporte une part de michpat pour la première faute et de tsedaka à partir de la seconde - et c'est alors qu'il dit : « Mon salut est proche de venir ».
💡 Explication

La lecture est purement syntaxique : le verset accole deux propositions, la venue du libérateur et l'existence de repentants. Rabbi Yonatan lit la seconde comme la cause de la première. La délivrance n'est pas seulement promise aux pénitents : elle est déclenchée par eux.

3
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁזְּדוֹנוֹת נַעֲשׂוֹת לוֹ כִּשְׁגָגוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ כִּי כָשַׁלְתָּ בַּעֲוֹנֶךָ״, הָא ״עָוֹן״ — מֵזִיד הוּא, וְקָא קָרֵי לֵיהּ מִכְשׁוֹל. אֵינִי?! וְהָאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁזְּדוֹנוֹת נַעֲשׂוֹת לוֹ כִּזְכִיּוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְשׁוּב רָשָׁע מֵרִשְׁעָתוֹ וְעָשָׂה מִשְׁפָּט וּצְדָקָה עֲלֵיהֶם (חַיָּה) יִחְיֶה״! לָא קַשְׁיָא: כָּאן מֵאַהֲבָה, כָּאן מִיִּרְאָה.

Rech Lakich a dit : grande est la techouva, car les fautes délibérées (zedonot) deviennent pour lui comme des fautes involontaires (chegagot), ainsi qu'il est dit : « reviens, Israël, jusqu'à l'Éternel ton Dieu, car tu as trébuché par ta faute (avon) » (Hochea 14,2) : or « avon » désigne le délibéré, et [le verset] le nomme pourtant « trébuchement ». Est-ce bien ainsi ?!

Mais Rech Lakich a [lui-même] dit : grande est la techouva, car les fautes délibérées deviennent pour lui comme des mérites (zekhouyot), ainsi qu'il est dit : « et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté et pratique le droit et la justice, c'est grâce à elles qu'il vivra » (Ye'hezkel 33,19) ! Ce n'est pas une difficulté : ici - par amour ; là - par crainte.

📜 Rachi (2)
כִּי כָּשַׁלְתָּ בַּעֲוֹנְךָ עֲוֹנֵךְ יֵחָשֵׁב כְּמִכְשׁוֹל שֶׁהִיא שְׁגָגָה:
« Car tu as trébuché par ta faute » - ta faute sera comptée comme un trébuchement, c'est-à-dire comme une chegaga.
עֲלֵיהֶם (חָיוּ) [הוּא] יִחְיֶה עַל כָּל מַה שֶּׁעָשָׂה וְאַף עַל הָעֲבֵירוֹת:
« C'est grâce à elles qu'il vivra » - grâce à tout ce qu'il a fait, et même grâce aux transgressions.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּאן מֵאַהֲבָה , כָּאן מִיִּרְאָה. בָּזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (קֹהֶלֶת ט, יח) 'וְחוֹטֶא אֶחָד יְאַבֵּד טוֹבָה הַרְבֵּה' אֶחָד [13] מִסְפַּר אַהֲבָה [13] חוֹטֵא לְשׁוֹן חֶסְרוֹן שֶׁחָסֵר אַהֲבָה הִנֵּה זֶה מְאַבֵּד טוֹבָה הַרְבֵּה כִּי בְּאַהֲבָה נֶהְפָּכִים עוֹנוֹת לִזְכִיּוֹת.
« Ici par amour, là par crainte. » Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Kohelet 9,18) : « et un seul fauteur fait perdre beaucoup de bien ». « Ehad » (un) vaut 13, tout comme « ahava » (amour) qui vaut 13 ; et « hôte » (fauteur) a ici le sens de manque - celui à qui manque l'amour, voilà qu'il fait perdre beaucoup de bien, car c'est par l'amour que les fautes se retournent en mérites.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' חַטָּאת וְאָשָׁם וַדַּאי מְכַפְּרִין. מִיתָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפְּרִים עִם הַתְּשׁוּבָה וְהַתְּשׁוּבָה מְכַפֶּרֶת עַל עֲבֵירוֹת קַלּוֹת וְעַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה. וְעַל הַחֲמוּרוֹת תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר: גְּמ' תְּשׁוּבָה מְכַפֶּרֶת עַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה הַשְׁתָּא עַל לֹא תַעֲשֶׂה מְכַפֶּרֶת עַל עֲשֵׂה מִיבַּעְיָא. אָמַר רַב יְהוּדָה הָכִי קָאָמַר עַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה הַנִּיתָּק לַעֲשֵׂה: [דַּף פּוֹ ע"א] שָׁאַל רַ' מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ אֶת רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה בְּרוֹמִי שָׁמַעְתָּ אַרְבָּעָה חִלּוּקֵי כַּפָּרָה שֶׁהָיָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל דּוֹרֵשׁ. אָמַר לוֹ שְׁלֹשָׁה הֵן וּתְשׁוּבָה עִם כָּל אַחַת וְאַחַת מֵהֶם. עָבַר מִצְוַת עֲשֵׂה וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה לָא זָז מִשָּׁם עַד שֶׁמּוֹחֲלִין לוֹ שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים אֶרְפָּא מְשׁוּבוֹתֵיכֶם. עָבַר לֹא תַעֲשֶׂה וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר שֶׁנֶּאֱמַר כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם לְטַהֵר אֶתְכֶם. עָבַר עַל כָּרֵיתוֹת וּמִיתוֹת ב"ד וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה תְּשׁוּבָה ויוה"כ תּוֹלִין וְיִסּוּרִין מְמָרְקִין שֶׁנֶּאֱמַר וּפָקַדְתִּי בְשֵׁבֶט פִּשְׁעָם וּבִנְגָעִים עֲוֹנָם. אֲבָל מִי שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ חִילּוּל הַשֵּׁם אֵין כֹּחַ בִּתְשׁוּבָה לִתְלוֹת וְלֹא ביוה"כ לְכַפֵּר וְלֹא בְּיִסּוּרִין לְמָרֵק אֶלָּא כֻּולָּן תּוֹלִין וּמִיתָה מְמָרֶקֶת שֶׁנֶּאֱמַר וְנִגְלָה בְאָזְנָי ה' צְבָאוֹת אִם יְכֻופַּר הֶעָוֹן הַזֶּה לָכֶם עַד תְּמֻותוּן. הֵיכִי דָּמֵי חִילּוּל הַשֵּׁם. אָמַר רַב כְּגוֹן אֲנָא דְּשָׁקֵילְנָא בִּישְׂרָא מִטַּבָּחַיָּא וְלָא יָהֵיבְנָא דְּמֵי לְאַלְתַּר. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר כְּגוֹן אֲנָא דִּמְסַגֵּינָא אַרְבַּע אַמּוֹת בְּלֹא תּוֹרָה וּבְלֹא תְּפִילִּין. רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי אוֹמֵר כָּל שֶׁחֲבֵירָיו בּוֹשִׁים מִשְּׁמוּעָתוֹ. הֵיכִי דָּמֵי אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק כְּגוֹן דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי שְׁרָא לֵיהּ מָרָא לִפְלָנְיָא. אַבָּיֵי אָמַר כִּדְתַנְיָא וְאָהַבְתָּ אֵת ה' אֱ-לֹהֶיךָ עֲשֵׂה שֶׁיְּהֵא שֵׁם שָׁמַיִם מִתְאַהֵב עַל יָדֶיךָ. הָא כֵיצַד בִּזְמַן שֶׁאָדָם קוֹרֵא וְשׁוֹנֶה בַּתּוֹרָה וּמְשַׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים וּמַשָּׂאוֹ וּמַתָּנוֹ בַּשּׁוּק בֶּאֱמוּנָה וְדִבּוּרוֹ בְּנַחַת עִם הַבְּרִיּוֹת מָה הַבְּרִיּוֹת אוֹמְרוֹת עָלָיו אַשְׁרֵי פְּלוֹנִי וּמִי שֶׁלּוֹמֵד תּוֹרָה אַשְׁרֵי אָבִיו אַשְׁרֵי אִמּוֹ אַשְׁרֵי רַבּוֹ שֶׁלָּמְדוּ. אוֹי לָהֶם לִבְנֵי אָדָם שֶׁלֹּא לָמְדוּ תּוֹרָה רְאִיתֶם פְּלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה כַּמָּה נָאִים דְּרָכָיו כַּמָּה מְתֻוקָּנִים מַעֲשָׂיו עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר וַיֹּאמֶר לִי עַבְדִּי אָתָּה יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר בְּךָ אֶתְפָּאָר. אֲבָל בִּזְמַן שֶׁאָדָם קוֹרֵא וְשׁוֹנֶה וּמְשַׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים וְאֵין מַשָּׂאוֹ וּמַתָּנוֹ בַּשּׁוּק בֶּאֱמוּנָה וְאֵין דִּבּוּרוֹ בְּנַחַת עִם הַבְּרִיּוֹת מָה הַבְּרִיּוֹת אוֹמְרוֹת עָלָיו אוֹ לוֹ לִפְלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה אוֹי לוֹ לְאָבִיו וּלְרַבּוֹ שֶׁלָּמְדוּ תּוֹרָה אַשְׁרֵי בְּנֵי אָדָם שֶׁלֹּא לָמְדוּ תּוֹרָה רְאִיתֶם פְּלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה כַּמָּה מְכֹועָרִים מַעֲשָׂיו כַּמָּה מְקֻולְקָלִים דְּרָכָיו עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר בֶּאֱמֹור לָהֶם עַם ה' אֵלֶּה וּמֵאַרְצוֹ יָצָאוּ. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא בַּר חָמָא גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמְּבִיאָה רְפוּאָה לָעוֹלָם שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים אֶרְפָּא מְשׁוּבוֹתֵיכֶם. אָמַר רַבִּי לֵוִי גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמַּגַּעַת עַד כִּסֵּא הַכָּבוֹד שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד ה' אֱ-לֹהֶיךָ. [דַּף פּוֹ ע"ב] אָמַר רשב"ל גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁזְּדוֹנוֹת נַעֲשׂוּ לוֹ כִּשְׁגָגוֹת שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד ה' אֱ-לֹהֶיךָ כִּי כָשַׁלְתָּ בַּעֲוֹנֶךָ. עָוֹן מֵזִיד הוּא וְקָרֵי לֵיהּ מִכְשׁוֹל. אֵינִי וְהָא אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁעוֹנוֹת נַעֲשׂוֹת לוֹ כִּזְכִיּוֹת שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשׁוּב רָשָׁע מֵרִשְׁעָתוֹ וְעָשָׂה מִשְׁפָּט וּצְדָקָה חָיֹה יִחְיֶה. לָא קַשְׁיָא כָּאן מֵאַהֲבָה וְכָאן מִיִּרְאָה. אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמַּאֲרֶכֶת יָמָיו שֶׁל אָדָם שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשׁוּב רָשָׁע מֵרִשְׁעָתוֹ וְעָשָׂה מִשְׁפָּט וּצְדָקָה חָיֹה יִחְיֶה. הֵיכִי דָּמֵי בַּעַל תְּשׁוּבָה. כְּגוֹן שֶׁבָּא עֲבֵירָה לְיָדוֹ וּפֵירֵשׁ. מַחְוֵי רַב יְהוּדָה בְּאוֹתָהּ אִשָּׁה וּבְאוֹתוֹ מָקוֹם וּבְאוֹתוֹ הַפֶּרֶק. אָמַר רַב יְהוּדָה [רַב]רָמֵי (רַב דִּימֵי בַּר אַשִּׁי) כְּתִיב אַשְׁרֵי נְשׂוּי פֶּשַׁע כְּסוּי חֲטָאָה וּכְתִיב מְכַסֶּה פְשָׁעָיו לֹא יַצְלִיחַ. לָא קַשְׁיָא כָּאן בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לְמָקוֹם וְכָאן בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ. תַּנְיָא רַבִּי יוֹסֵי בַּר' יְהוּדָה אוֹמֵר אָדָם עוֹבֵר עֲבֵירָה רִאשׁוֹנָה מוֹחֲלִין לוֹ שְׁנִיָּה מוֹחֲלִין לוֹ שְׁלִישִׁית מוֹחֲלִין לוֹ רְבִיעִית אֵין מוֹחֲלִין לוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר כֹּה אָמַר ה' עַל שְׁלֹשָׁה פִּשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל וְעַל אַרְבָּעָה לֹא אֲשִׁיבֶנּוּ וְאוֹמֵר הֶן כָּל אֵלֶּה יִפְעַל אֵל פַּעֲמַיִם שָׁלֹשׁ עִם גָּבֶר. מַאי וְאוֹמֵר וְכִי תֵּימָא ה"מ בְּצִבּוּר אֲבָל בְּיָחִיד לָא קָא מַשְׁמַע לַן. נִרְאֶה לִי לְפָרֵשׁ רְבִיעִית אֵין מוֹחֲלִין לוֹ אִם הִיא מִצְוַת עֲשֵׂה אֵין מוֹחֲלִין מִיָּד כְּשֶׁעָשָׂה תְּשׁוּבָה אֶלָּא תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר כְּדִין חַיָּיבֵי לָאוִין. וְכֵן אִם הִיא מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה מִיתָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים תּוֹלִין וְיִסּוּרִין מְמָרְקִין: גָּרְסִינַן בְּפֶ' סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת (דַּף טז.) תָּנוּ רַבָּנַן אָדָם שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ עֲבֵירָה וּמִתְוַדֶּה וְאֵינוֹ חוֹזֵר בָּהּ לְמָה הוּא דּוֹמֶה לְאָדָם שֶׁתּוֹפֵס שֶׁרֶץ בְּיָדוֹ שֶׁאֲפִילּוּ טוֹבֵל בְּכָל הַמֵּימוֹת שֶׁבָּעוֹלָם לֹא עָלְתָה לוֹ טְבִילָה זְרָקוֹ מִיָּד עָלְתָה לוֹ טְבִילָה שֶׁנֶּאֱמַר וּמוֹדֶה וְעֹוזֵב יְרֻוחָם וְאוֹמֵר נִשָּׂא לְבָבֵנוּ אֶל כַּפָּיִם אֶל אֵל בַּשָּׁמָיִם. תַּנְיָא עֲבֵירוֹת שֶׁהִתְוַדָּה עֲלֵיהֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים זֶה אֵינוֹ מִתְוַדֶּה עֲלֵיהֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים אַחֵר וְאִם לֹא שָׁנָה עֲלֵיהֶם וְהִתְוַדָּה עֲלֵיהֶם עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר כְּכֶלֶב שָׁב עַל קִיאוֹ וְגוֹ'. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר כָּל שֶׁכֵּן הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח שֶׁנֶּאֱמַר כִּי פְשָׁעַי אֲנִי אֵדָע וְחַטָּאתִי נֶגְדִּי תָמִיד. אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַייֵּם כְּכֶלֶב שָׁב עַל קִיאוֹ כִּדְרַב הוּנָא דְּאָמַר רַב הוּנָא כֵּיוָן שֶׁעָבַר אָדָם עֲבֵירָה וְשָׁנָה בָּהּ הֻותְּרָה לוֹ. הֻותְּרָה לוֹ סָלְקָא דַּעְתָּךְ אֶלָּא אֵימָא נַעֲשֵׂית לוֹ כְּהֶיתֵּר. וְצָרִיךְ לְפָרֵשׁ אֶת הַחֵטְא שֶׁנֶּאֱמַר אָנָּא חָטָא הָעָם הַזֶּה חֲטָאָה גְדֹולָה וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר אֵין צָרִיךְ אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַייֵּם וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב כִּדְרַבִּי יַנַּאי דְּאָמַר רַבִּי יַנַּאי אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם בִּשְׁבִיל כֶּסֶף וְזָהָב שֶׁהִשְׁפַּעְתָּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל עַד שֶׁיֹּאמְרוּ דַּי גָּרַם לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב. מְפַרְסְמִין אֶת הַחֲנֵפִים מִפְּנֵי חִילּוּל הַשֵּׁם שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשׁוּב צַדִּיק מִצִּדְקָתוֹ וְעָשָׂה עָוֶל וְנָתַתִּי מִכְשׁוֹל לְפָנָיו: [דַּף פז ע"א] כָּל הַמְזַכֶּה אֶת הָרַבִּים אֵין חֵטְא בָּא עַל יָדוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהוּ תַּלְמִידָיו נוֹחֲלִין לָעוֹלָם הַבָּא וְהוּא יוֹרֵד לִשְׁאֹול שֶׁנֶּאֱמַר כִּי לֹא תַעֲזֹוב נַפְשִׁי לִשְׁאוֹל לֹא תִתֵּן חֲסִידְךָ לִרְאוֹת שָׁחַת. וְכָל הַמַּחְטִיא אֶת הָרַבִּים אִין מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה שֶׁלֹּא יְהוּ תַּלְמִידָיו יוֹרְדִין לִשְׁאוֹל וְהוּא נוֹחֵל הָעוֹלָם הַבָּא שֶׁנֶּאֱמַר אָדָם עָשֻׁוק בְּדַם נָפֶשׁ עַד בּוֹר יָנוּס אַל יִתְמְכוּ בוֹ:
Michna. Le hatat et le acham vadai expient. La mort et Yom Kippour expient avec la techouva. Et la techouva expie sur les transgressions légères, sur un commandement positif (asse) et sur un interdit (lo taasse) ; et sur les [transgressions] graves, la techouva suspend et Yom Kippour expie. Guemara. « La techouva expie sur un asse et sur un lo taasse » : or si elle expie déjà sur un lo taasse, faut-il encore le dire d'un asse ? Rav Yehouda a dit : voici ce qu'elle veut dire - sur un asse, et sur un lo taasse rattaché à un asse (lav ha-nitak la-asse). [page 86a] Rabbi Matia ben Harach demanda à Rabbi Elazar ben Azaria, à Rome : as-tu entendu parler des quatre divisions de l'expiation que Rabbi Yichmael exposait ? Il lui répondit : elles sont trois, et la techouva accompagne chacune d'elles. Celui qui a transgressé un commandement positif et a fait techouva ne bouge pas de là avant qu'on ne lui pardonne, ainsi qu'il est dit : « revenez, fils rebelles, Je guérirai vos infidélités ». Celui qui a transgressé un interdit et a fait techouva : la techouva suspend et Yom Kippour expie, ainsi qu'il est dit : « car en ce jour on expiera sur vous pour vous purifier ». Celui qui a transgressé des fautes passibles de karet ou de mort par le tribunal et a fait techouva : la techouva et Yom Kippour suspendent, et les souffrances (yissourim) achèvent de nettoyer, ainsi qu'il est dit : « Je punirai leur transgression par la verge et leur faute par des plaies ». Mais celui qui a en main une profanation du Nom (hilloul Hachem) : la techouva n'a pas la force de suspendre, ni Yom Kippour d'expier, ni les souffrances de nettoyer ; toutes ensemble suspendent, et c'est la mort qui nettoie, ainsi qu'il est dit : « et il a été révélé à mes oreilles par l'Éternel Tsevaot : cette faute ne vous sera pas expiée jusqu'à ce que vous mouriez ». Quel est le cas d'un hilloul Hachem ? Rav a dit : par exemple moi, si je prends de la viande chez le boucher et que je n'en donne pas le prix sur-le-champ. Et Rabbi Yo'hanan a dit : par exemple moi, si je marche quatre coudées sans Torah et sans tefilin. Rabbi Yitshak bar Avdimi dit : tout ce dont ses collègues ont honte lorsqu'on le rapporte de lui. Quel est le cas ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : par exemple lorsque les gens disent - que le Maître pardonne à untel. Abaye a dit : comme il a été enseigné - « et tu aimeras l'Éternel ton Dieu » : fais que le Nom du Ciel se fasse aimer par ton entremise. Comment cela ? Lorsqu'un homme lit et étudie la Torah, sert les sages, que son commerce au marché est fait de bonne foi et que sa parole est douce avec les créatures - que disent les gens à son sujet ? Heureux untel qui a étudié la Torah, heureux son père, heureuse sa mère, heureux son maître qui la lui a enseignée ; malheur aux hommes qui n'ont pas étudié la Torah ! Avez-vous vu untel qui a étudié la Torah, combien ses voies sont belles, combien ses actes sont accomplis ! De lui le verset dit : « et Il me dit : tu es Mon serviteur, Israël, en qui Je Me glorifie ». Mais lorsqu'un homme lit, étudie et sert les sages, alors que son commerce au marché n'est pas fait de bonne foi et que sa parole n'est pas douce avec les créatures - que disent les gens à son sujet ? Malheur à untel qui a étudié la Torah, malheur à son père et à son maître qui lui ont enseigné la Torah ! Heureux les hommes qui n'ont pas étudié la Torah ! Avez-vous vu untel qui a étudié la Torah, combien ses actes sont laids, combien ses voies sont corrompues ! De lui le verset dit : « lorsqu'on disait d'eux : c'est le peuple de l'Éternel, et de Son pays ils sont sortis ». Rabbi Hanina bar Hama a dit : grande est la techouva, car elle apporte la guérison au monde, ainsi qu'il est dit : « revenez, fils rebelles, Je guérirai vos infidélités ». Rabbi Levi a dit : grande est la techouva, car elle atteint jusqu'au Trône de Gloire, ainsi qu'il est dit : « reviens, Israël, jusqu'à l'Éternel ton Dieu ». [page 86b] Rabbi Chimon ben Lakich a dit : grande est la techouva, car les fautes délibérées deviennent pour lui comme des fautes involontaires, ainsi qu'il est dit : « reviens, Israël, jusqu'à l'Éternel ton Dieu, car tu as trébuché par ta faute » : or « avon » désigne le délibéré, et il le nomme pourtant trébuchement. Est-ce bien ainsi ? Mais Rabban Chimon ben Gamliel a dit : grande est la techouva, car les fautes deviennent pour lui comme des mérites, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté et pratique le droit et la justice, il vivra grâce à elles » ! Ce n'est pas une difficulté : ici par amour, là par crainte. Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit : grande est la techouva, car elle allonge les jours de l'homme, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté et pratique le droit et la justice, il vivra ». Quel est le cas d'un baal techouva ? Par exemple lorsqu'une occasion de transgression s'est présentée à lui et qu'il s'en est écarté. Rav Yehouda a précisé en montrant : avec la même femme, au même endroit, à la même saison. Rav Yehouda a dit [au nom de] Rav [Rami] : il est écrit « heureux celui dont la transgression est portée, dont la faute est couverte », et il est écrit « celui qui couvre ses transgressions ne réussira pas ». Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de transgressions entre l'homme et Dieu, là de transgressions entre l'homme et son prochain. Il a été enseigné : Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda dit - un homme commet une première transgression, on lui pardonne ; une deuxième, on lui pardonne ; une troisième, on lui pardonne ; une quatrième, on ne lui pardonne pas, ainsi qu'il est dit : « ainsi a dit l'Éternel : pour trois transgressions d'Israël et pour quatre, Je ne reviendrai pas [sur le décret] » ; et il est dit : « voici, tout cela Dieu le fait deux ou trois fois avec un homme ». Que vient ajouter « et il est dit » ? Et si tu disais : cela ne vaut que pour la collectivité, mais non pour l'individu - il nous l'enseigne. Il me semble expliquer ainsi « la quatrième fois, on ne lui pardonne pas » : s'il s'agit d'un commandement positif, on ne lui pardonne pas immédiatement dès qu'il a fait techouva ; la techouva suspend et Yom Kippour expie, selon le régime de ceux qui sont passibles d'interdits. Et de même s'il s'agit d'un interdit : la mort et Yom Kippour suspendent, et les souffrances achèvent de nettoyer. Nous lisons au chapitre Seder Taaniot (Taanit 16a) : nos maîtres ont enseigné - un homme qui a une transgression en main, qui la confesse mais ne s'en détourne pas, à quoi ressemble-t-il ? À un homme qui tient un reptile impur (cherets) dans la main : même s'il s'immerge dans toutes les eaux du monde, son immersion ne lui compte pas ; qu'il le jette, et aussitôt son immersion lui compte, ainsi qu'il est dit : « celui qui confesse et abandonne obtiendra miséricorde » ; et il est dit : « élevons notre cœur avec nos mains vers Dieu dans les cieux ». Il a été enseigné : les transgressions qu'il a confessées en ce Yom Kippour, il ne les confessera pas au Yom Kippour suivant ; et s'il ne les a pas répétées et qu'il les confesse [de nouveau], à son sujet le verset dit « comme un chien qui retourne à son vomissement... ». Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : à plus forte raison est-ce louable, ainsi qu'il est dit « car je connais mes transgressions, et ma faute est constamment devant moi ». Mais alors, comment vais-je maintenir « comme un chien qui retourne à son vomissement » ? Selon Rav Houna, car Rav Houna a dit : dès lors qu'un homme a commis une transgression et l'a répétée, elle lui est devenue permise. « Elle lui est permise » - cela te viendrait-il à l'esprit ? Dis plutôt : elle est devenue pour lui comme permise. Et il faut détailler la faute, ainsi qu'il est dit : « de grâce, ce peuple a commis une grande faute et ils se sont fait un dieu d'or » - paroles de Rabbi Yehouda ben Bava. Rabbi Akiva dit : il ne le faut pas. Mais alors, comment vais-je maintenir « et ils se sont fait un dieu d'or » ? Selon Rabbi Yannai, car Rabbi Yannai a dit : Moche a dit devant le Saint béni soit-Il - Maître du monde, c'est à cause de l'argent et de l'or que Tu leur as prodigués, à Israël, jusqu'à ce qu'ils disent « assez », que Israël en est venu à se faire un dieu d'or. On dénonce publiquement les hypocrites à cause de la profanation du Nom, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le juste se détourne de sa justice et commet une injustice, Je mettrai un obstacle devant lui ». [page 87a] Quiconque fait acquérir du mérite au public, aucune faute ne survient par sa main - afin que ses élèves n'héritent pas du monde à venir tandis que lui descendrait au cheol, ainsi qu'il est dit : « car Tu n'abandonneras pas mon âme au cheol, Tu ne laisseras pas Ton fidèle voir la fosse ». Et quiconque fait fauter le public, on ne lui donne pas les moyens de faire techouva - afin que ses élèves ne descendent pas au cheol tandis que lui hériterait du monde à venir, ainsi qu'il est dit : « un homme chargé du sang d'une âme fuira jusqu'à la fosse : qu'on ne le soutienne pas ».
💡 Explication

Rech Lakich se contredit lui-même, et la guemara ne tranche pas entre ses deux déclarations : elle les répartit. Le moteur du repentir change son effet rétroactif sur le passé. Mi-yira (par crainte du châtiment) : la faute délibérée est requalifiée en faute involontaire - elle est allégée. Me-ahava (par amour) : elle est convertie en mérite - le passé lui-même est retourné.

L'appui scripturaire du second cas est fin : le verset dit aleihem hayo yihye, « c'est grâce à elles qu'il vivra ». Rachi le lit sans restriction : grâce à tout ce qu'il a fait, y compris les transgressions. Ce ne sont pas seulement ses bonnes actions qui le font vivre, ce sont aussi ses fautes, devenues le point de départ de son retour.

🖼️ Schéma
Le même maître, deux enseignements opposés - et la clé qui les sépare Rech Lakich dit les deux. La guemara ne choisit pas : elle demande de quelle techouva on parle. Rech Lakich : gedola techouva she-zedonot naassot lo ke-... Techouva mi-yira par crainte du châtiment zedonot devenues chegagot : la faute reste une faute, mais elle change de poids - elle est désormais comptée comme involontaire. Rachi : avonekha - ta faute sera comptée comme un trébuchement, c'est-à-dire une chegaga. Techouva me-ahava par amour zedonot devenues zekhouyot : le passé lui- même est retourné. Rachi sur aleihem yihye : grâce à tout ce qu'il a fait, même les fautes. Ben Yehoyada : ahava et ehad valent tous deux 13 - celui à qui manque l'amour perd beaucoup de bien. Nafka mina - ce qui change en pratique Le pénitent par crainte allège son passé ; le pénitent par amour le convertit en capital.
Le même maître, deux enseignements opposés - et la clé qui les sépare.
4
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמַּאֲרֶכֶת שְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְשׁוּב רָשָׁע מֵרִשְׁעָתוֹ (חָיוֹ) יִחְיֶה״.

Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : grande est la techouva, car elle allonge les années de l'homme, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté, il vivra » (Ye'hezkel 18,27).

💡 Explication

Troisième lecture du même verbe hayo yihye - il vivra. Rech Lakich y voyait la conversion des fautes en mérites ; ici on y lit une promesse de longévité. Le Ben Yehoyada, plus loin, relie cet éloge au protocole de Rav Yehouda : si le pénitent doit affronter à nouveau la même épreuve dans les mêmes conditions, il lui faut vivre assez longtemps pour que l'occasion se représente.

5
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: אָמְרִי בְּמַעְרְבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבָּה בַּר מָרִי: בֹּא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם: מִדַּת בָּשָׂר וָדָם, מַקְנִיט אֶת חֲבֵירוֹ בִּדְבָרִים — סָפֵק מִתְפַּייֵּס הֵימֶנּוּ, סָפֵק אֵין מִתְפַּייֵּס הֵימֶנּוּ. וְאִם תֹּאמַר מִתְפַּיֵּיס הֵימֶנּוּ — סָפֵק מִתְפַּייֵּס בִּדְבָרִים, סָפֵק אֵין מִתְפַּיֵּיס בִּדְבָרִים,

Rabbi Yitshak a dit : on dit en Occident (en Terre d'Israël) au nom de Rabba bar Mari : viens et vois que la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas la mesure de chair et de sang. La mesure de chair et de sang : celui qui blesse son prochain par des paroles - il est douteux qu'il se laisse apaiser par lui, douteux qu'il ne se laisse pas apaiser ; et si tu dis qu'il se laisse apaiser - il est encore douteux qu'il se laisse apaiser par de simples paroles, douteux qu'il ne se laisse pas apaiser par de simples paroles,

📜 Rachi (1)
מִתְפַּייֵּס הֵימֶנּוּ מְקַבֵּל הֵימֶנּוּ פִּיּוּסִים:
« Il se laisse apaiser par lui » - il accepte de lui les apaisements (pyusim).
💡 Explication

Le passage construit une chaîne de doutes pour dire l'incertitude du pardon humain. Deux crans : sera-t-il seulement apaisé ? et, s'il l'est, se contentera-t-il de mots ? Chaque cran est formulé en safek... safek - c'est le vocabulaire technique de ce qu'on ne peut pas trancher.

Le contraste est préparé pour le segment suivant : en face de cette chaîne de doutes, la guemara alignera une chaîne de ve-lo od ela, et non seulement cela.

6
אֲבָל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, אָדָם עוֹבֵר עֲבֵירָה בַּסֵּתֶר — מִתְפַּייֵּס מִמֶּנּוּ בִּדְבָרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״קְחוּ עִמָּכֶם דְּבָרִים וְשׁוּבוּ אֶל ה׳״. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁמַּחְזִיק לוֹ טוֹבָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְקַח טוֹב״. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁמַּעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ הִקְרִיב פָּרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנִשְׁלְמָה פָּרִים שְׂפָתֵינוּ״. שֶׁמָּא תֹּאמַר פָּרֵי חוֹבָה, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֶרְפָּא מְשׁוּבָתָם אֹוהֲבֵם נְדָבָה״.

mais le Saint béni soit-Il : un homme commet une transgression en secret - Il se laisse apaiser par lui par de simples paroles, ainsi qu'il est dit : « prenez avec vous des paroles et revenez vers l'Éternel » (Hochea 14,3). Et non seulement cela, mais Il lui en tient gré (mahazik lo tova), ainsi qu'il est dit : « et accepte le bien ».

Et non seulement cela, mais le verset le lui compte comme s'il avait offert des taureaux, ainsi qu'il est dit : « et nous acquitterons les taureaux par nos lèvres ». Et si tu disais : des taureaux d'obligation - l'Écriture enseigne : « Je guérirai leur infidélité, Je les aimerai d'un don volontaire (nedava) » (Hochea 14,5).

📜 Rachi (2)
וּנְשַׁלְּמָה פָּרִים שְׂפָתֵינוּ בִּמְקוֹם פָּרִים:
« Nous acquitterons les taureaux par nos lèvres » - à la place des taureaux.
נְדָבָה מְקֻובֶּלֶת בְּרָצוֹן יוֹתֵר מֵחוֹבָה:
« Nedava » - elle est agréée avec plus de faveur qu'une offrande d'obligation.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְלֹא עוֹד אֶלָּא אֶלָּא שֶׁדּוֹמֶה כְּאִלּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן. נִרְאֶה לִי בס"ד הַיְינוּ רְבוּתֵיהּ דְּהַמַּקְרִיב קָרְבָּן בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ אֵינוֹ בּוֹנֶה מִזְבֵּחַ וְגַם אֵינוֹ מַקְרִיב בְּיָדוֹ אֶלָּא הַכֹּהֵן מַקְרִיב עַל מִזְבֵּחַ הַבָּנוּי בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ, אַךְ כָּאן כְּאִלּוּ בָּנָה הַמִּזְבֵּחַ וּכְאִלּוּ הוּא מַקְרִיב בְּיָדוֹ אֶת הַקָּרְבָּן כִּי שְׂפָתָיו שֶׁמִּתְוַדֶּה בָּהֶם עוֹשֶׂה אוֹתָם מִזְבֵּחַ .
« Et non seulement cela, mais c'est comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un sacrifice. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est là sa supériorité : celui qui offre un sacrifice au Temple ne bâtit pas l'autel, et il n'offre pas non plus de sa propre main - c'est le kohen qui offre, sur un autel déjà bâti dans le Temple. Ici, en revanche, c'est comme s'il avait lui-même bâti l'autel et comme s'il offrait de sa propre main le sacrifice : car ses lèvres, par lesquelles il confesse, il en fait un autel.
💡 Explication

Quatre crans montants, tirés d'un seul verset d'Hochea découpé mot à mot. Un : des paroles suffisent. Deux : ve-kah tov - non seulement Il accepte, mais Il en tient gré au pénitent, comme si celui-ci Lui rendait service. Trois : ces paroles valent des taureaux offerts - Rachi précise bimkom parim, à la place des taureaux. Quatre : et pas des taureaux d'obligation, mais une nedava, une offrande volontaire, qui est reçue avec plus de faveur.

Noter la condition d'ouverture : be-seter, en secret. C'est la même distinction qui reviendra au segment 9 entre faute publique et faute cachée.

🖼️ Schéma
Deux mesures : l'offense à un homme, l'offense au Ciel À gauche, une chaîne de doutes. À droite, une chaîne de ve-lo od ela - et non seulement cela. Midat bassar va-dam il a blessé son prochain par des paroles Premier doute Se laissera-t-il seulement apaiser ? safek mitpayess, safek eino mitpayess Second doute Et s'il s'apaise - se contentera-t-il de mots ? Rachi : mitpayess heimenou - il accepte les pyusim Et la faute était publique L'humiliation a eu des témoins ; il faudra souvent bien plus que des paroles pour effacer ce qui a été vu. Midat ha-Kadoch baroukh Hou un homme a transgressé en secret 1. Des paroles suffisent Kehou imakhem devarim ve-chouvou el Hachem Hochea 14,3 2. Il lui en tient gré Ve-kah tov - accepte le bien : le pénitent est traité comme s'il rendait un service. 3. Comme s'il offrait des taureaux Ou-nechalema parim sefateinou - Rachi : à la place des taureaux. 4. Et non pas d'obligation : en nedava Rachi : agréée avec plus de faveur qu'une offrande obligatoire. Ben Yehoyada : ses lèvres, par lesquelles il confesse, il en fait un autel - et cet autel, c'est lui qui le bâtit et lui qui y officie.
En face de la chaîne de doutes du pardon humain, la chaîne des ve-lo od ela.
7
תַּנְיָא, הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה, שֶׁבִּשְׁבִיל יָחִיד שֶׁעָשָׂה תְּשׁוּבָה — מוֹחֲלִין לְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶרְפָּא מְשׁוּבָתָם אֹוהֲבֵם נְדָבָה כִּי שָׁב אַפִּי מִמֶּנּוּ״. ״מֵהֶם״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״מִמֶּנּוּ״.

Il a été enseigné : Rabbi Meir avait coutume de dire - grande est la techouva, car pour un seul individu qui fait techouva, on pardonne au monde entier, ainsi qu'il est dit : « Je guérirai leur infidélité, Je les aimerai d'un don volontaire, car Ma colère s'est détournée de lui » (Hochea 14,5) : il n'est pas dit « d'eux », mais « de lui ».

📜 Rachi (1)
אֲרַפֵּא מִשּׁוֹבְתָם מִן הַיָּחִיד:
« Je guérirai leur infidélité » - [Ma colère s'est détournée] à partir de l'individu.
💡 Explication

La deracha tient à un suffixe. Le verset parle au pluriel - mechouvatam, leur infidélité, ohavem, Je les aimerai - puis bascule au singulier : ki chav api mimenou, Ma colère s'est détournée de lui. Rabbi Meir refuse de lisser cette irrégularité : le singulier désigne l'individu pénitent, et c'est de lui que dépend la guérison du pluriel. Rachi le dit en trois mots : min ha-yahid - à partir de l'individu.

8
הֵיכִי דָּמֵי בַּעַל תְּשׁוּבָה? אָמַר רַב יְהוּדָה: כְּגוֹן שֶׁבָּאת לְיָדוֹ דְּבַר עֲבֵירָה פַּעַם רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וְנִיצַּל הֵימֶנָּה. מַחְוֵי רַב יְהוּדָה: בְּאוֹתָהּ אִשָּׁה, בְּאוֹתוֹ פֶּרֶק, בְּאוֹתוֹ מָקוֹם.

Quel est le cas d'un véritable baal techouva (pénitent) ? Rav Yehouda a dit : par exemple lorsque l'occasion de la transgression s'est présentée à lui une première puis une seconde fois, et qu'il y a échappé.

Rav Yehouda a précisé en montrant : avec la même femme, à la même saison, au même endroit.

📜 Rachi (2)
שֶׁבָּא דְּבַר עֲבֵירָה לְיָדוֹ שֶׁנִּכְשַׁל בָּהּ כְּבָר:
« Qu'une occasion de transgression s'est présentée à lui » - celle-là même dans laquelle il avait déjà trébuché.
בְּאוֹתָהּ אִשָּׁה בְּאוֹתוֹ מָקוֹם שֶׁעָבַר שָׁם הָעֲבֵירָה וְאוֹתוֹ פֶּרֶק מִתּוֹךְ שֶׁדּוֹמֶה מִכֹּל וָכֹל לִזְמַן שֶׁנִּכְשַׁל בּוֹ כְּבָר יִצְרוֹ מִתְגַּבֵּר עָלָיו וְאוֹמֵר לוֹ רְאֵה פְּלוֹנִית וְאוֹתוֹ מָקוֹם וְאוֹתוֹ פֶּרֶק הוּא קוּם עֲשֵׂה מַה שֶׁעָשִׂיתָ כְּבָר:
« Avec la même femme, au même endroit » - là où il a commis la transgression, et à la même saison : car, tout étant en tous points semblable au moment où il a déjà trébuché, son penchant se renforce contre lui et lui dit - regarde, c'est bien telle femme, tel endroit et telle saison ; lève-toi et fais ce que tu as déjà fait.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הֵיכִי דָּמֵי בַּעַל תְּשׁוּבָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי תְּשׁוּבָה הַמְעַלְּייָא הִיא הַמְהַפֶּכֶת זְדוֹנוֹת לִזְכִיּוֹת, נִמְצָא הָאָדָם נַעֲשֶׂה בַּעַל וְהַתְּשׁוּבָה אִשָּׁה שֶׁמּוֹלִיד מִמֶּנָּה זְכִיּוֹת חֲדָשׁוֹת כְּדֶרֶךְ הָאִישׁ שֶׁמּוֹלִיד מֵאִשְׁתּוֹ בָּנִים כֵּן הַזְּכִיּוֹת נִקְרָאִים בָּנִים כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ 'אֵלֶּה תּוֹלֶדֶת נֹחַ נֹחַ' (בְּרֵאשִׁית ו' ט) תּוֹלְדוֹתֵיהֶם שֶׁל צַדִּיקִים מִצְוֹת וּמַעֲשִׂים טוֹבִים, מַה שֶׁאֵין כֵּן תְּשׁוּבָה הַגְּרוּעָה עוֹשָׂה הַזְּדוֹנוֹת שְׁגָגוֹת, אִם כֵּן אֵינָהּ מוֹלֶדֶת בָּנִים שֶׁיִּהְיֶה הָאָדָם נֶחְשָׁב בַּעַל שֶׁלָּהּ. וְלָזֶה אָמַר הֵיכִי דָּמֵי בַּעַל תְּשׁוּבָה? 'בַּעַל' דַּיְיקָא שֶׁעוֹשֶׂה תְּשׁוּבָה שֶׁמְּהַפֶּכֶת זְדוֹנוֹת לִזְכִיּוֹת, שֶׁאָז הוּא נִקְרָא לְגַבֵּי דִּידֵיהּ בְּסוּג בַּעַל. אוֹ יוּבַן הַכַּוָּנָה הֵיכִי דָּמֵי בַּעַל תְּשׁוּבָה? שֶׁשִּׁבְּחוּהוּ חֲזַ"ל (בְּרָכוֹת לד:) בְּאָומְרָם בְּמָקוֹם שֶׁבַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה עוֹמְדִים אֵין צַדִּיקִים גְּמוּרִים יְכוֹלִים לַעֲמֹוד דְּאָז הַתְּשׁוּבָה תִּתְייַחֵס אֵלָיו שֶׁנִּקְרָא 'בַּעַל תְּשׁוּבָה'.
« Quel est le cas d'un baal techouva ? » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : la techouva supérieure est celle qui retourne les fautes délibérées en mérites. L'homme devient alors un « baal » (un mari, un maître) et la techouva une épouse dont il engendre des mérites nouveaux - de même que l'homme engendre des enfants de sa femme. Car les mérites sont appelés des enfants, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie sur « voici les engendrements de Noah : Noah » (Berechit 6,9) - les engendrements des justes sont les mitsvot et les bonnes actions. Il n'en va pas de même de la techouva inférieure, qui fait des fautes délibérées des fautes involontaires : celle-là n'engendre pas d'enfants, de sorte que l'homme ne soit pas compté comme son « baal ». C'est pourquoi il est dit : « quel est le cas d'un baal techouva ? » - « baal » précisément : celui qui accomplit la techouva qui retourne les fautes délibérées en mérites, c'est alors seulement qu'il est appelé, à son égard, du genre « baal ». Ou bien on comprendra ainsi : quel est le cas du baal techouva que nos maîtres de mémoire bénie ont loué (Berakhot 34b) en disant « là où se tiennent les baalei techouva, les justes accomplis ne peuvent se tenir » ? C'est alors que la techouva lui est rattachée, au point qu'il est appelé « baal techouva ».
מַחְוֵי רַב יְהוּדָה : בְּאוֹתוֹ מָקוֹם , וּבְאוֹתָהּ אִשָּׁה , וּבְאוֹתוֹ פֶּרֶק. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'אָמַר רַב יְהוּדָה' וּמַאי לְשׁוֹן 'מַחְוֵי'? וְנִרְאֶה לִי דִּשְׁאֵלָה זוֹ שֶׁנִּשְׁאֲלָה בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ לֹא הֵשִׁיב לָהֶם רַב יְהוּדָה לָשׁוֹן זֶה 'בְּאוֹתוֹ מָקוֹם וּבְאוֹתָהּ אִשָּׁה וּבְאוֹתוֹ פֶּרֶק' אֶלָּא אַחְוִי עַל בַּעַל תְּשׁוּבָה אֶחָד שֶׁהָיָה בְּדוֹרָם אוֹ קֹודֶם דּוֹרָם שֶׁאָמַר כְּגוֹן תְּשׁוּבָה שֶׁל פְּלוֹנִי, וְרַבָּנָן יָדְעִי דִּתְשׁוּבָה שֶׁל אוֹתוֹ אָדָם הָיְתָה בְּאוֹתוֹ מָקוֹם בְּאוֹתָהּ אִשָּׁה בְּאוֹתוֹ פֶּרֶק. אִי נָמֵי רַב יְהוּדָא הֵשִׁיב בְּפֵירוּשׁ דְּבָרִים אֵלּוּ אַךְ אַחְוִי בְּאֶצְבָּעוֹ עַל חִיצוֹן וְאֶמְצַע וּפְנִימִי לְהוֹדִיעַ לָהֶם הַטַּעַם שֶׁצָּרִיךְ לִהְיוֹת בִּשְׁלֹשָׁה חֲלוּקוֹת אֵלּוּ מָקוֹם וְאִשָּׁה וּפֶרֶק כְּדֵי לִדְחוֹת כֹּחַ הַטֻּומְאָה הַדָּבֵק בּוֹ מֵחֵלֶק חִיצוֹן וְאֶמְצַע וּפְנִימִי שֶׁבּוֹ. וְהִנֵּה לְדִבְרֵי רַב יְהוּדָה דְּבָעֵינַן אוֹתוֹ מָקוֹם וְאוֹתָהּ אִשָּׁה וְאוֹתוֹ פֶּרֶק בָּזֶה מוּבָן הַטַּעַם דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן 'גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמַּאֲרֶכֶת יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם' דְּצָרִיךְ לְהַאֲרִיךְ יָמָיו עַד שֶׁיִּתְגַּלְגֵּל וְיִזְדַּמֵּן לְפָנָיו אוֹתוֹ מָקוֹם וְאוֹתָהּ אִשָּׁה וְאוֹתוֹ פֶּרֶק. וְאֶכְתֹּוב כָּאן מַעֲשֶׂה נִפְלָאָה לְקַייֵּם דִּבְרֵי חֲזַ"ל וְהוּא תַּלְמִיד אֶחָד בָּחוּר הָיָה שַׁקְדָן בַּתּוֹרָה וִירֵא שָׁמַיִם וְלוֹמֵד בִּישִׁיבָה לִפְנֵי רַב אֶחָד גָּדוֹל בְּחָכְמָה וּמַעֲשִׂים, וְזֶה הַבָּחוּר לֹא הָיָה פּוֹסֵק לִימּוּדוֹ יוֹם אֶחָד, אַךְ נִזְדַּמֵּן יוֹם אֶחָד שֶׁיֵּדַע הַתַּלְמִיד שֶׁהָרַב לֹא יָבֹא יוֹם זֶה לִישִׁיבָה, עַל כֵּן הָלַךְ הַתַּלְמִיד בַּבֹּוקֶר חוּץ לָעִיר לְטַייֵּל וְנִכְנַס לְפַרְדֵּס אֶחָד גָּדוֹל וּמְפֹואָר מְאֹד לְטַייֵּל שָׁם וּבְאֶמְצַע הַפַּרְדֵּס הָיָה בְּאֵר מַיִם גָּדוֹל וְרָחָב עֶשֶׂר אַמּוֹת עַל י' אַמּוֹת וְעָומְקוֹ עֶשְׂרִים אַמָּה וּמֻוקָּף סְבִיבָיו אִילָנוֹת יָפִים וְהַדּוֹרִים וּמִינֵי בְּשָׂמִים וְעַל שְׂפָתוֹ מְתֻוקָּן אִצְטַבָּא מָקוֹם רֹחַב מוֹשַׁב בְּנֵי אָדָם לֵישֵׁב שָׁם לִרְחֹוץ וּלְהִתְעַנֵּג. וְהַתַּלְמִיד הָיָה יְפֵה תֹואַר וִיפֵה מַרְאֶה וְאַחַר שֶׁיָּשַׁב שָׁם עַל הָאִצְטַבָּא אֲשֶׁר עַל שְׂפַת הַבְּאֵר לָנוּחַ נִזְדַּמְּנָה לוֹ אִשָּׁה זוֹנָה גּוֹיָה שֶׁגַּם הִיא הָיְתָה יָפָה הַרְבֵּה שֶׁהָיְתָה מְטַיֶּילֶת בְּתוֹךְ הַפַּרְדֵּס וְרָאֲתָה אוֹתוֹ מִבֵּין הָאִילָנוֹת וְחָשְׁקָה בּוֹ וְתִגַּשׁ אֵילָיו וְתַעֲשֶׂה לְפָנָיו גַּעְגּוּעִין שֶׁל פִּתּוּי עַד שֶׁהִכְנִיסָה בּוֹ יֵצֶר הָרַע וְשָׁכַב עִמָּהּ עַל אוֹתָהּ אִצְטַבָּא אֲשֶׁר עַל שְׂפַת הַבְּאֵר הַהוּא, וְאַחַר שֶׁעָשָׂה מַעֲשֶׂה תֶּכֶף וּמִיָּד נִתְחָרֵט חֲרָטָה גְּדוֹלָה וְיָקוּם בְּבֶהָלָה וְיַחֲזֹור לְבֵיתוֹ וְלֹא אָכַל כְּלוּם כָּל הַיּוֹם וְכָל הַלַּיְלָה וְהָיָה בּוֹכֶה וּמִתְאַבֵּל עַל הַמַּעֲשֶׂה אֲשֶׁר עָשָׂה וְיוֹעֵץ בְּלִבּוֹ מַה לַעֲשׂוֹת תִּיקּוּן וְהוּא הָיָה חָכָם וּפָתַח סִפְרֵי הַקֹּודֶשׁ שֶׁמְּדַבְּרִים בְּתִיקּוּן עוֹנוֹת, וְיִמְצָא שָׁם סֵדֶר תִּיקּוּן עַל סַךְ יָמִים שֶׁל תַּעֲנִיּוֹת וְעוֹד סִיגּוּפִים, אַךְ הוּא לֹא נִשְׁתַּכְּכָה דַּעְתּוֹ בְּכָל אוֹפַנִּים וּסְדָרִים שֶׁל תִּיקּוּן שֶׁמָּצָא בַּסְּפָרִים! וְסוֹף דָּבָר הִסְכִּים בְּדַעְתּוֹ רַק בָּזֹאת יֻושְׁלַם תִּיקּוּן שֶׁלּוֹ, וְהוּא שֶׁיֵּלֵךְ לְמָחָר בַּבֹּוקֶר בִּמְקוֹם אֲשֶׁר שָׁכַב שָׁם עִם הַזּוֹנָה וְיִקְרָא תְּחִילָּה קְרִיאַת שְׁמַע וְאַחַר כָּךְ יַשְׁלִיךְ עַצְמוֹ לְתוֹךְ הַבְּאֵר הֶעָמוֹק הַהוּא וְיָמוּת שָׁם כִּי הַנּוֹפֵל שָׁם וְאֵין אָדָם רוֹאֵהוּ אִי אֶפְשָׁר שֶׁיּוּכַל לַעֲלוֹת, וְאָמַר בְּדַעְתּוֹ רַק בָּזֹאת יְכֻופַּר עֲוֹנוֹ וְיֻושְׁלַם תִּיקּוּן נַפְשׁוֹ, וְנִשְׁתַּכְּכָה דַּעְתּוֹ בָּזֶה הָאֹופֶן וְהָיָה מְצַפֶּה לְאוֹר הַיּוֹם לֵילֵךְ שָׁם וְלַעֲשׂוֹת דָּבָר זֶה בְּנַפְשׁוֹ בְּשִׂמְחָה רַבָּה וּבִרְצוֹן לֵב, וְכֵן עָשָׂה הָלַךְ אַחַר תְּפִלַּת שַׁחֲרִית בַּבֹּוקֶר בְּשִׂמְחָה וּזְרִיזוּת לְאוֹתוֹ פַּרְדֵּס, וְעָמַד עַל הָאִצְטַבָּא אֲשֶׁר עַל שְׂפַת הַבְּאֵר שֶׁשָּׁם שָׁכַב עִם הַזּוֹנָה אֶתְמוֹל לְעֵת כָּזֹאת, וְהִתְחִיל לִקְרֹא קְרִיאַת שְׁמַע בְּשִׂמְחָה כְּדֵי שֶׁיַּשְׁלִיךְ עַצְמוֹ אַחַר קְרִיאַת שְׁמַע, וְהִנֵּה נִזְדַּמֵּן שֶׁאוֹתָהּ הַזּוֹנָה שֶׁל אֶתְמוֹל בָּאָה גַּם כֵּן אוֹתוֹ הַיּוֹם לְאוֹתוֹ פַּרְדֵּס וַתֵּרֶא אוֹתוֹ וְהוּא בְּסוֹף קְרִיאַת שְׁמַע אֲשֶׁר הִגִּיעַ הָרֶגַע לְהַפִּיל עַצְמוֹ בָּאָה הַזּוֹנָה וַחֲבַקְתּוּ מֵאֲחוֹרָיו וּתְנַשְּׁקֵהוּ וַתֹּאמֶר לוֹ לִבִּי הִרְגִּישׁ שֶׁאַתָּה עַתָּה בַּפַּרְדֵּס הַזֶּה וְרַצְתִּי וּבָאתִי לְכָאן לְהִתְעַלֵּס עִמְּךָ כְּיוֹם אֶתְמוֹל! וְזֶה הַתַּלְמִיד נִבְהָל עַל הַדָּבָר הַזֶּה וְיִצְטַעֵר מְאֹד עַל אֲשֶׁר נִזְדַּמְּנָה זוֹ לְפָנָיו, וְלֹא נַעֲשֵׂית מַחְשַׁבְתּוֹ אֲשֶׁר חָשַׁב כִּי עַתָּה לֹא יוּכַל לְהַפִּיל עַצְמוֹ שֶׁאִם יִפֹּול תִּצְעַק הַזּוֹנָה וְיֵרְדוּ אֻומָּנִים הַשִּׁטִּים בַּמַּיִם וְיוֹצִיאוּהוּ תֵּכֶף לָכֵן הֻוכְרַח לָצֵאת מִן הַפַּרְדֵּס וְיַנִּיחַ זֶה לְיוֹם מָחָר שֶׁיַּקְדִּים לָבֹא בַּחֹשֶׁךְ בַּעֲלוֹת הַשַּׁחַר, וְהַזּוֹנָה עוֹדֶנָּה מְחַבַּקְתּוֹ וְיֹאמַר לָהּ תַּעַזְבִי אוֹתִי עַתָּה כִּי לֹא אוּכַל לַעֲשׂוֹת דָּבָר עַתָּה שֶׁאֲנִי נֶחְפָּז לֵילֵךְ לְבֵיתִי בִּשְׁבִיל עֵסֶק נָחוּץ שֶׁיֵּשׁ לִי, וְתִשָּׁבַע בְּחַיֵּי אָבִיהָ הַנָּבָל שֶׁלֹּא תַּעַזְבֵהוּ עַד שֶׁיִּשְׁכַּב עִמָּהּ כְּיוֹם אֶתְמוֹל וּבִרְאוּתוֹ כִּי הֵעִיזָה פָּנֶיהָ וְאֵינָהּ מִתְפַּיֶּיסֶת בִּדְבָרִים וְהִתְחִילָה לַעֲשׂוֹת לוֹ מִינֵי שַׁעֲשׁוּעַ לִמְשֹׁוךְ לִבּוֹ לִדְבַר זִימָּה נִשְׁמַט מִמֶּנָּה בַּחֲזָקָה וְרָץ וּבָרַח וְלֹא רָצָה לִשְׁכַּב עִמָּהּ לִהְיוֹת אֶצְלָהּ וְיָצָא מִן הַפַּרְדֵּס וְלֹא הָלַךְ לְבֵיתוֹ וְלֹא אָכַל כְּלוּם אֶלָּא בָּא לִישִׁיבָה וְיַסְכִּים בְּדַעְתּוֹ לְמָחָר יַעֲשֶׂה מַה שֶׁחָשַׁב מֵחֲמַת שֶׁיַּקְדִּים לָבֹא לַפַּרְדֵּס קֹודֶם זְרִיחַת הַשֶּׁמֶשׁ וְרַק נִצְטַעֵר הַרְבֵּה מְאֹד עַל אֲשֶׁר נִתְאַחֵר הַדָּבָר הַזֶּה לְיוֹם מָחָר, וּמַה דִּבְנֵי וּבְנֵי עָבַר שְׁתֵּי שָׁעוֹת מֵעֵת שֶׁהִתְחִיל רֹאשׁ הַיְּשִׁיבָה לִלְמֹוד עִם הַתַּלְמִידִים בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם. וְהִנֵּה אַחַר שֶׁהִתְחִיל הָרַב בְּלִימּוּד עִם הַתַּלְמִידִים בְּעוֹדוֹ יוֹשֵׁב וְהַגְּמָרָא בְּיָדוֹ נִתְנַמְנֵם וְרָאָה בַּחֲלוֹם שֶׁהוּא הָיָה עוֹמֵד בְּאַרְמוֹן אֶחָד גָּבוֹהַּ מְאֹד, וַיַּרְא מֵרָחוֹק אֶת הַתַּלְמִיד הַהוּא עוֹמֵד בְּבִקְעָה אַחַת סָמוּךְ לְבוֹר אֶחָד, וְהִנֵּה יָצָא נָחָשׁ אֶחָד מִן הַבּוֹר אָורְכּוֹ ד' אַמּוֹת וְרָחְבּוֹ אַמָּה וְיֵשׁ לוֹ שְׁלֹשָׁה רָאשִׁים, וְהַנָּחָשׁ הַהוּא בָּא לִקְרַאת הַתַּלְמִיד לְבָלְעוֹ וְנִבְהָל הַתַּלְמִיד מִמֶּנּוּ וְהָרַב רוֹאֶה מִן הָאַרְמוֹן שֶׁהַתַּלְמִיד הַהוּא הוֹצִיא סַכִּין מֵחֵיקוֹ לַהֲרֹוג עַצְמוֹ קֹודֶם שֶׁיִּקְרַב הַנָּחָשׁ לְבָלְעוֹ, וַיַּרְא כַּאֲשֶׁר בָּא לִתְחֹוב הַסַּכִּין בְּבִטְנוֹ נִשְׁמְטָה הַסַּכִּין מִיָּדוֹ וְחָזְרָה לְאָחוֹר וְתָבֹא בְּרֹאשׁ הַגָּדוֹל שֶׁל אוֹתוֹ הַנָּחָשׁ וְתַהַרְגֵהוּ וְיָצָא מִמֶּנּוּ דָּם כְּנַחַל שׁוֹטֵף וְיִתְפַּלֵּא הָרַב עַל הַמַּרְאֶה אֵיךְ הַסַּכִּין נִשְׁמְטָה מֵאֵילֶיהָ מִיַּד הַתַּלְמִיד וְנִזְרְקָה בְּרֹאשׁ הַנָּחָשׁ וְתַהַרְגֵהוּ, וְהִתְפַּלֵּא עוֹד אֵיךְ הַסַּכִּין הָיְתָה קְטַנָּה וְאֵין בָּהּ שִׁיעוּר לַהֲרֹוג נָחָשׁ גָּדוֹל כָּזֶה, וְרָאָה שֶׁהַתַּלְמִיד אַחַר כֵּן נָשָׂא עֵינָיו לַשָּׁמַיִם לְהוֹדוֹת וּלְהַלֵּל לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ עַל הַנֵּס הַזֶּה, וְכָל זֶה הָיָה רוֹאֶה הָרַב מֵרָחוֹק בְּעָומְדּוֹ בְּאַרְמוֹן וְאַחַר כָּךְ הֵקִיץ הָרַב וְהִנֵּה חֲלוֹם הוּא! וְיִתְפַּלֵּא הָרַב עַל הַחֲלוֹם וְלֹא יָדַע מַה לְפָרֵשׁ בּוֹ, אַךְ הֵבִין שֶׁהַתַּלְמִיד הָיָה עוֹמֵד בְּצָרָה גְּדוֹלָה וְעָשָׂה לוֹ הקב"ה נֵס וְנִיצּוֹל, וַיִּקְרָא הָרַב לִמְשָׁרֵת וַיֹּאמֶר לוֹ שֶׁיֵּלֵךְ לְבֵית הַתַּלְמִיד לִשְׁאֹל עָלָיו לָמָּה לֹא בָּא הַיּוֹם לִישִׁיבָה, וְהִנֵּה הַמְשָׁרֵת יוֹצֵא וְהַתַּלְמִיד בָּא וְנִכְנַס לְחֶדֶר רַבּוֹ שֶׁשָּׁם הַיְּשִׁיבָה וְרָאָה הָרַב עַמּוּד דַּק שֶׁל אוֹר זָקוּף לְמַעְלָה מֵרֹאשׁ הַתַּלְמִיד וְכָל הַתַּלְמִידִים לֹא רָאוּ זֹאת, וְאַחַר שֶׁיָּשַׁב הַתַּלְמִיד בִּמְקוֹמוֹ שְׁאָלוֹ הָרַב הֵיכָן הָיִיתָ עַד עַתָּה בְּיוֹם זֶה וְיֹאמַר הָלַכְתִּי לְטַיֵּיל בְּפַרְדֵּס פְּלוֹנִי, אָמַר לוֹ מָה הַיּוֹם מִיּוֹמַיִם וּמִיָּמֶיךָ לֹא בִּטַּלְתָּ קְבִיעוּת לִימּוּד הַיְּשִׁיבָה כְּדֵי לְטַייֵּל עַל כֵּן גּוֹזֵר אֲנִי עָלֶיךָ שֶׁתַּגִּיד לִי מַה שֶׁקָּרָה לְךָ, כִּי חֲלוֹם טוֹב חָלַמְתִּי עַתָּה בִּשְׁבִילְךָ וְלֹא אַגִּיד לְךָ אֶלָּא עַד שֶׁאַתָּה תַּגִּיד לִי מַה שֶׁקָּרָה לְךָ וְלֹא תְּכַחֵד מִמֶּנִּי מְאוּמָה! וְהִתְחִיל הַתַּלְמִיד לִבְכּוֹת, וְיֹאמַר אֶת חֲטָאַי אֲנִי מַזְכִּיר הַיּוֹם, כִּי אֶתְמוֹל אֲשֶׁר אַתָּה לֹא בָּאתָ בּוֹ לִישִׁיבָה הָלַכְתִּי לְטַיֵּיל בְּפַרְדֵּס פְּלוֹנִי וְכָךְ וְכָךְ קָרָה לִי, וּבַלַּיְלָה הַסְכָּמָתִי לַעֲשׂוֹת תִּיקּוּן לְעַצְמִי כָּךְ וְכָךְ וְהָלַכְתִּי הַיּוֹם בַּבֹּוקֶר לְאוֹתוֹ פַּרְדֵּס לַעֲשׂוֹת וְכָךְ וְכָךְ קָרָה לִי, וְלֹא יָכֹולְתִּי לַעֲשׂוֹת מַה שֶׁגָּמַרְתִּי בְּלִבִּי, וְהִנַּחְתִּי דָּבָר זֶה עַד לְמָחָר, כִּי לֹא תָּנוּחַ דַּעְתִּי בְּתִיקּוּן שֶׁלִּי אֶלָּא רַק בְּאֹופֶן זֶה דַּוְקָא וַאֲנִי הִגַּדְתִּי לַאֲדוֹנִי הַכֹּל, עַל כֵּן תְּמַהֵר לְהַגִּיד לִי הַחֲלוֹם הַטּוֹב כַּאֲשֶׁר הִבְטַחְתַּנִי. וַיָּקָם הָרַב וַיִּשָּׁקֵהוּ עַל רֹאשׁוֹ, וַיֹּאמֶר לוֹ לֹא תִּבְכֶּה עוֹד וְלֹא תַּעֲשֶׂה רָעָה בְּעַצְמְךָ כַּאֲשֶׁר אַתָּה חוֹשֵׁב כִּי כְּבָר 'סָר עֲוֹ‍נֵךְ וְחַטָּאתְךָ תְּכַפֵּר' (יְשַׁעְיָה ו, ז) שֶׁנִּשְׁלַם הַתִּיקּוּן שֶׁלְּךָ בְּיוֹם זֶה יַעַן כָּךְ וְכָךְ רָאִיתִי עַתָּה בַּחֲלוֹמִי, וּפֵירוּשׁ הַחֲלוֹם הוּא מוּבָן כִּי אוֹתָהּ הַמַּחֲשָׁבָה אֲשֶׁר חָשַׁבְתָּ לְהָמִית עַצְמְךָ בִּשְׁבִיל תִּיקּוּן נַפְשְׁךָ עָלְתָה לְרָצוֹן לִפְנֵי הקב"ה, אַךְ הקב"ה אֵינוֹ חָפֵץ בְּמִיתַת הָאָדָם, וּלְכָךְ זְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁאַתָּה לוֹמֵד וּזְכוּת אוֹתָהּ הַמַּחֲשָׁבָה שֶׁהַסְכָּמַת בְּדַעְתְּךָ לִמְסֹור עַצְמְךָ לְמִיתָה בִּשְׁבִיל תִּיקּוּן נַפְשְׁךָ הַגִּינָּה שֶׁנִּשְׁלַם תִּיקּוּן שֶׁלְּךָ בְּאֹופֶן זֶה הַנַּעֲשֶׂה הַיּוֹם, כִּי מִן הַשָּׁמַיִם נִגְזַר עַל הַשָּׂטָן לְעוֹרֵר לֵב אוֹתָהּ זוֹנָה שֶׁתָּבֹא גַּם הִיא הַיּוֹם הַזֶּה בַּבֹּוקֶר לְאוֹתוֹ פַּרְדֵּס וְהַיֵּצֶר הָרַע שֶׁהוּא נָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי אֲשֶׁר פִּיתָּה אוֹתְךָ אֶתְמוֹל וְהֶכְשֵׁילְךָ בְּאוֹתָהּ זוֹנָה חָזַר וְנִכְנַס בָּהּ בָּזֶה הַיּוֹם וּבָאָה לְהֶכְשֵׁילְךָ עוֹד הַפַּעַם, וְזֶהוּ הַנָּחָשׁ שֶׁרָאִיתִי בַּחֲלוֹמִי, וְאַתָּה בָּרוּךְ ה' נִלְחֶמֶת הַיּוֹם הַזֶּה עִם יֵצֶר הָרַע הוּא הַנָּחָשׁ 'בְּאוֹתוֹ מָקוֹם וּבְאוֹתָהּ אִשָּׁה וּבְאוֹתוֹ פֶּרֶק' וְלֹא יָכוֹל לְךָ אֶלָּא אַף עַל פִּי שֶׁחִבְּקָהּ וְנַשְׁקֶה אוֹתְךָ וְעָשְׂתָה דְּבָרִים הַמּוֹשְׁכִים לְזִימָּה אַתָּה נִתְגַּבַּרְתָּ וְנִשְׁמֶטֶת מִיָּדָהּ וּבָרַחַתְּ מִמֶּנָּה וְעָזַבְתָּ אוֹתָהּ וְאָז אוֹתָהּ הַמַּחֲשָׁבָה אֲשֶׁר חָשַׁבְתָּ לִמְסֹור עַצְמְךָ לְמִיתָה בִּשְׁבִיל תִּיקּוּן נַפְשְׁךָ נֶהֶפְכָה אֶל הָאוֹיֵב שֶׁהָרְגָה אֶת הַנָּחָשׁ הוּא הַיֵּצֶר הָרַע בְּאוֹתוֹ מָקוֹם בְּאוֹתוֹ פֶּרֶק וּבְאוֹתָהּ אִשָּׁה וְזֶה הַכֹּחַ שֶׁל הַמַּחֲשָׁבָה שֶׁלְּךָ הוּא הַסַּכִּין אֲשֶׁר רָאִיתִי בַּחֲלוֹמִי שֶׁנִּשְׁמְטָה מִיָּדְךָ וְנִזְרְקָה בְּרֹאשׁ הַנָּחָשׁ וַהֲרָגַתּוּ וְעַתָּה כְּבָר מֵת אוֹתוֹ הַמַּשְׁחִית הַנַּעֲשֶׂה מִבִּיאָה אֲסוּרָה שֶׁל אֶתְמוֹל וְנֶהֶפְכָה לְךָ הָעֲבֵירָה הַהִיא לִזְכוּת, וּמִי יוֹדֵעַ כַּמָּה וְכַמָּה מְתֻוקָּן לְךָ בְּגַן עֵדֶן בַּעֲבוּר הַדָּבָר הַזֶּה! וְהָעֵד עַל זֹאת הוּא הָעַמּוּד שֶׁל אוֹר אֲשֶׁר רָאִיתִי עַתָּה זָקוּף לְמַעְלָה מֵרֹאשְׁךָ וּמִן הַשָּׁמַיִם הִפִּילוּ עַל עֵינַי עַתָּה חַבְלֵי שֵׁינָה וּתְנוּמָה שֶׁלֹּא בְּעִיתֶם כְּדֵי לְהַרְאוֹת לִי הַחֲלוֹם הַזֶּה לְהַגִּיד לְךָ שֶׁלֹּא תַּעֲשֶׂה עוֹד נֶזֶק בְּעַצְמְךָ כ סָר עֲוֹ‍נֵךְ וְנִשְׁלַם תִּיקּוּן נַפְשְׁךָ אַשְׁרֶיךָ וְאַשְׁרֵי חֲלָקֶיךָ! וְיִשְׂמַח הַתַּלְמִיד בְּדִבְרֵי הָרַב וְהֶאֱמִין בְּעַצְמוֹ שֶׁנִּתְקַן עֲוֹנוֹ וְנִתְרַצָּה לִפְנֵי הַמָּקוֹם ב"ה עַד כָּאן. וּמִזּוֹ הַמַּעֲשֶׂה יָבִין הָאָדָם כַּמָּה גְּדוֹלִים דִּבְרֵי חֲכָמִים דְּמַחְוֵי רַב יְהוּדָה הֵיכִי דָּמֵי בַּעַל תְּשׁוּבָה אֲמִתִּי? בְּאוֹתוֹ מָקוֹם וּבְאוֹתָהּ אִשָּׁה וּבְאוֹתוֹ פֶּרֶק וְכַאֲשֶׁר הָיָה אֵצֶל הַתַּלְמִיד הַנִּזְכָּר.
« Rav Yehouda a précisé en montrant : au même endroit, avec la même femme, à la même saison. » Il y a lieu de demander : il aurait fallu dire « Rav Yehouda a dit » - que signifie le terme « mahavi » (il a montré) ? Il me semble que, à cette question posée à la maison d'étude, Rav Yehouda n'a pas répondu par ces mots « au même endroit, avec la même femme, à la même saison », mais qu'il a désigné du geste un certain baal techouva de leur génération ou d'une génération antérieure, en disant : comme la techouva d'untel ; et les maîtres savaient que la techouva de cet homme-là avait eu lieu au même endroit, avec la même femme, à la même saison. Ou bien : Rav Yehouda a effectivement répondu ces mots explicitement, mais il a montré du doigt l'extérieur, le milieu et l'intérieur, pour leur faire connaître la raison pour laquelle ces trois divisions - le lieu, la femme et la saison - sont nécessaires : afin de repousser la force de l'impureté attachée à lui depuis sa partie extérieure, sa partie médiane et sa partie intérieure. Et selon les paroles de Rav Yehouda, qui exige le même endroit, la même femme et la même saison, on comprend la raison de ce qu'a dit Rabbi Chemouel bar Nahmani au nom de Rabbi Yonatan : « grande est la techouva, car elle allonge les jours et les années de l'homme » - car il faut que ses jours soient allongés jusqu'à ce que se représente devant lui ce même endroit, cette même femme et cette même saison. Et j'écrirai ici une histoire merveilleuse qui confirme les paroles de nos maîtres de mémoire bénie. Il y avait un élève, un jeune homme assidu à la Torah et craignant le Ciel, qui étudiait à la yechiva devant un maître grand en sagesse et en actions ; ce jeune homme n'interrompait pas son étude un seul jour. Or il arriva un jour que l'élève sut que le maître ne viendrait pas ce jour-là à la yechiva. Il sortit donc le matin hors de la ville pour se promener, et entra dans un verger très grand et magnifique. Au milieu du verger se trouvait un puits d'eau grand et large, de dix coudées sur dix, profond de vingt coudées, entouré de beaux arbres majestueux et de plantes odorantes ; et sur son bord était aménagée une banquette, un large siège où l'on pouvait s'asseoir, se laver et se délasser. L'élève était beau de figure et beau d'apparence. Après qu'il se fut assis là, sur la banquette au bord du puits, pour se reposer, il se trouva qu'une femme prostituée, non juive, elle aussi très belle, se promenait dans le verger ; elle l'aperçut entre les arbres et le désira. Elle s'approcha de lui et lui fit des caresses de séduction jusqu'à ce qu'elle éveille en lui le mauvais penchant, et il coucha avec elle sur cette banquette, au bord de ce puits. Et aussitôt après l'acte, il fut saisi d'un immense remords ; il se leva en toute hâte, rentra chez lui, ne mangea rien de tout le jour ni de toute la nuit, pleurant et se lamentant sur l'acte qu'il avait commis. Il délibérait en son cœur sur la réparation (tikoun) à accomplir ; il était instruit, il ouvrit les livres saints qui traitent de la réparation des fautes, et y trouva un ordre de réparation, un certain nombre de jours de jeûne et d'autres mortifications ; mais son esprit ne s'apaisa par aucune des manières ni aucun des ordres de réparation qu'il trouva dans les livres. Finalement il conclut que sa réparation ne serait accomplie que d'une seule manière : il irait le lendemain matin à l'endroit même où il avait couché avec la prostituée, y réciterait d'abord le Chema, puis se jetterait dans ce puits profond et y mourrait - car celui qui y tombe sans que personne ne le voie ne peut d'aucune façon remonter. Il se dit en lui-même : c'est seulement ainsi que sa faute sera expiée et que la réparation de son âme sera accomplie. Son esprit s'apaisa dans cette résolution, et il attendait la lumière du jour pour s'y rendre et accomplir cela sur lui-même, avec une grande joie et de bon cœur. Ainsi fit-il : après la prière de chaharit, au matin, il alla avec joie et empressement à ce verger, se tint sur la banquette au bord du puits où il avait couché la veille, à pareille heure, avec la prostituée, et commença à réciter le Chema avec joie, afin de se jeter après le Chema. Or il se trouva que cette même prostituée de la veille vint elle aussi ce jour-là dans ce verger ; elle l'aperçut - et lui était à la fin du Chema, à l'instant même où il allait se jeter - et la prostituée vint l'enlacer par-derrière, l'embrassa et lui dit : mon cœur a senti que tu étais maintenant dans ce verger, et j'ai couru et je suis venue ici pour me délecter avec toi comme hier ! Cet élève fut bouleversé par cette chose et souffrit beaucoup qu'elle se fût ainsi présentée devant lui, et sa pensée ne s'accomplit pas comme il l'avait projetée : car maintenant il ne pouvait plus se jeter - s'il tombait, la prostituée crierait, des nageurs experts descendraient dans l'eau et le ressortiraient aussitôt. Il fut donc contraint de sortir du verger et de remettre cela au lendemain, en venant plus tôt, dans l'obscurité, à l'aube. La prostituée le tenait toujours enlacé ; il lui dit : laisse-moi maintenant, car je ne puis rien faire à présent, je suis pressé de rentrer chez moi pour une affaire urgente. Elle jura par la vie de son père, ce vaurien, qu'elle ne le laisserait pas avant qu'il ne couche avec elle comme la veille. Voyant qu'elle s'enhardissait et ne se laissait pas apaiser par des paroles, et qu'elle commençait à lui faire toutes sortes de caresses pour entraîner son cœur à la débauche, il s'arracha d'elle avec force, courut et s'enfuit ; il ne voulut pas coucher avec elle ni rester auprès d'elle, et sortit du verger. Il n'alla pas chez lui et ne mangea rien, mais vint à la yechiva ; il résolut de faire le lendemain ce qu'il avait projeté, en venant au verger avant le lever du soleil, et il souffrait beaucoup que la chose fut ainsi retardée au lendemain. Et voici que deux heures s'étaient écoulées depuis que le chef de la yechiva avait commencé à étudier avec les élèves, ce jour-là. Or après que le maître eut commencé l'étude avec les élèves, alors qu'il était encore assis, la guemara à la main, il s'assoupit et vit en songe qu'il se tenait dans un palais très élevé ; et il aperçut de loin cet élève debout dans une vallée, près d'une fosse. Voici qu'un serpent sortit de la fosse, long de quatre coudées, large d'une coudée, et pourvu de trois têtes ; ce serpent venait vers l'élève pour l'engloutir. L'élève fut épouvanté, et le maître voyait, depuis le palais, que cet élève tirait un couteau de son sein pour se tuer avant que le serpent ne s'approche de lui pour l'engloutir. Et il vit que, lorsqu'il vint enfoncer le couteau dans son ventre, le couteau lui échappa de la main, se retourna en arrière, vint frapper la grande tête de ce serpent et le tua, et il en sortit du sang comme un torrent débordant. Le maître s'étonna de cette vision : comment le couteau avait-il glissé de lui-même de la main de l'élève et avait-il été jeté sur la tête du serpent pour le tuer ? Et il s'étonna encore de ce que le couteau fût petit, sans la mesure suffisante pour tuer un si grand serpent. Et il vit qu'ensuite l'élève leva les yeux au ciel pour remercier et louer le Nom béni soit-Il pour ce miracle. Tout cela, le maître le voyait de loin, se tenant dans le palais ; puis le maître se réveilla - et voici, c'était un songe ! Le maître s'étonna de ce songe et ne sut comment l'interpréter, mais il comprit que l'élève s'était trouvé dans une grande détresse et que le Saint béni soit-Il lui avait fait un miracle et qu'il avait été sauvé. Le maître appela son serviteur et lui dit d'aller à la maison de l'élève pour demander pourquoi il n'était pas venu ce jour-là à la yechiva. Voici que le serviteur sortait et que l'élève arrivait, entrant dans la chambre de son maître où se tenait la yechiva ; et le maître vit une fine colonne de lumière dressée au-dessus de la tête de l'élève - et aucun des élèves ne vit cela. Après que l'élève se fut assis à sa place, le maître lui demanda : où étais-tu jusqu'à présent, ce jour-ci ? Il répondit : je suis allé me promener dans tel verger. Il lui dit : qu'a donc ce jour de différent des autres ? Jamais de ta vie tu n'as négligé l'assiduité de l'étude de la yechiva pour aller te promener ; c'est pourquoi je décrète sur toi que tu me dises ce qui t'est arrivé - car j'ai fait à l'instant un bon rêve à ton sujet, et je ne te le dirai que lorsque tu m'auras dit ce qui t'est arrivé, sans rien me cacher ! L'élève se mit à pleurer et dit : « c'est ma faute que je rappelle aujourd'hui » (Berechit 41,9) - hier, le jour où tu n'es pas venu à la yechiva, je suis allé me promener dans tel verger, et telle et telle chose m'est arrivée ; et la nuit j'ai résolu d'accomplir pour moi telle et telle réparation, et je suis allé ce matin à ce verger pour la faire, et telle et telle chose m'est arrivée, et je n'ai pas pu accomplir ce que j'avais arrêté en mon cœur, et j'ai remis la chose à demain - car mon esprit ne s'apaisera par aucune réparation, sinon de cette manière précise. J'ai tout dit à mon maître : hâte-toi donc de me dire le bon rêve, comme tu me l'as promis. Le maître se leva, l'embrassa sur la tête et lui dit : ne pleure plus, et ne te fais pas de mal à toi-même comme tu le penses, car déjà « ta faute a été ôtée et ton péché expié » (Isaie 6,7) - ta réparation s'est achevée ce jour même, et voici pourquoi : telle et telle chose ai-je vue à l'instant dans mon rêve. Et l'interprétation du rêve est claire : cette pensée que tu as eue de te donner la mort pour la réparation de ton âme est montée en faveur devant le Saint béni soit-Il ; mais le Saint béni soit-Il ne désire pas la mort de l'homme. C'est pourquoi le mérite de la Torah que tu étudies et le mérite de cette pensée par laquelle tu as résolu de te livrer à la mort pour la réparation de ton âme t'ont protégé, de sorte que ta réparation s'est achevée de la manière qui s'est accomplie aujourd'hui : car il a été décrété du Ciel que le Satan éveille le cœur de cette prostituée, afin qu'elle vienne elle aussi ce matin dans ce verger ; et le mauvais penchant, qui est le serpent primordial, celui qui t'a séduit hier et t'a fait trébucher par cette prostituée, est revenu entrer en elle ce jour-ci, et elle est venue te faire trébucher une seconde fois - et c'est là le serpent que j'ai vu dans mon rêve. Et toi, béni de l'Éternel, tu as combattu ce jour même le mauvais penchant, qui est le serpent, « au même endroit, avec la même femme, à la même saison », et il n'a rien pu contre toi : bien qu'elle t'ait enlacé et embrassé et qu'elle ait fait des choses qui entraînent à la débauche, tu as pris le dessus, tu t'es arraché de sa main, tu as fui devant elle et tu l'as abandonnée. Alors cette pensée que tu avais eue de te livrer à la mort pour la réparation de ton âme s'est retournée contre l'ennemi et a tué le serpent, qui est le mauvais penchant, au même endroit, à la même saison et avec la même femme ; et cette force de ta pensée, c'est le couteau que j'ai vu dans mon rêve, qui a glissé de ta main, a été jeté sur la tête du serpent et l'a tué. Et maintenant est déjà mort ce destructeur (machhit) engendré par l'union interdite d'hier, et cette transgression s'est retournée pour toi en mérite - et qui sait combien de choses te sont déjà préparées au Gan Éden pour cette affaire ! Et le témoin en est la colonne de lumière que j'ai vue à l'instant dressée au-dessus de ta tête ; et du Ciel on a fait tomber sur mes yeux, à contretemps, les liens du sommeil et de l'assoupissement, afin de me montrer ce rêve et de te dire de ne plus te faire de mal à toi-même, car ta faute a été ôtée et la réparation de ton âme est achevée : heureux es-tu et heureux ton lot ! L'élève se réjouit des paroles du maître et fut convaincu que sa faute avait été réparée et qu'il avait été agréé devant le Lieu, béni soit-Il. Fin. Et de cette histoire l'homme comprendra combien sont grandes les paroles des sages, lorsque Rav Yehouda a montré : quel est le cas d'un véritable baal techouva ? Au même endroit, avec la même femme, à la même saison - comme il en fut pour l'élève dont il vient d'être question.
💡 Explication

La guemara passe de l'éloge au critère. Rien de ce qui précède ne dit comment reconnaître une techouva accomplie ; Rav Yehouda donne un protocole vérifiable, et non un état d'âme : que la même situation revienne, et qu'elle soit surmontée.

Les trois conditions - ôta icha, oto perek, oto makom - ne sont pas décoratives. Rachi explique leur logique : c'est précisément parce que tout est identique que le penchant reprend son pouvoir et souffle à l'homme koum asse ma che-assita kevar - lève-toi et fais ce que tu as déjà fait. Une épreuve équivalente ne prouverait rien ; seule l'épreuve identique le prouve.

Le mot mahavi - il a montré - intrigue le Ben Yehoyada : pourquoi ne pas dire simplement « il a dit » ? De là, deux lectures, puis la longue histoire de l'élève et du verger, où les trois conditions se réalisent à la lettre.

🖼️ Schéma
Heikhi dami baal techouva - le protocole de Rav Yehouda La techouva ne se mesure pas au regret : elle se mesure au retour à l'identique de la situation qui a fait chuter. L'occasion se représente - et il y échappe Be-ôta icha la même femme l'objet exact de la première chute, non un équivalent Be-oto makom le même endroit le lieu où il a transgressé, avec tout ce qu'il rappelle Be-oto perek la même saison le même moment de l'année, la même heure du jour Il résiste - la techouva est complète Rachi : tout étant semblable au moment de la chute, le penchant se renforce et lui dit - fais ce que tu as déjà fait.
Le protocole de Rav Yehouda : trois identités, une seule preuve.
9
אָמַר רַב יְהוּדָה, רַב רָמֵי — כְּתִיב: ״אַשְׁרֵי נְשׂוּי פֶּשַׁע כְּסוּי חֲטָאָה״, וּכְתִיב: ״מְכַסֶּה פְשָׁעָיו לֹא יַצְלִיחַ״! לָא קַשְׁיָא: הָא בְּחֵטְא מְפֻורְסָם, הָא בְּחֵטְא שֶׁאֵינוֹ מְפֻורְסָם. רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה אָמַר רַב נַחְמָן: כָּאן בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ, כָּאן בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לְמָקוֹם.

Rav Yehouda a dit : Rav a soulevé une contradiction. Il est écrit : « heureux celui dont la transgression est portée, dont la faute est couverte » (Tehilim 32,1), et il est écrit : « celui qui couvre ses transgressions ne réussira pas » (Michle 28,13) !

Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit d'une faute publique (mefoursam), là d'une faute qui n'est pas publique. Rav Zoutra bar Toviya a dit au nom de Rav Nahman : ici il s'agit de transgressions entre l'homme et son prochain, là de transgressions entre l'homme et Dieu (ha-Makom).

📜 Rachi (4)
כְּסוּי חֲטָאָה שֶׁלֹּא נִתְגַּלָּה עֲוֹנוֹ:
« Dont la faute est couverte » - dont la faute n'a pas été dévoilée.
בְּחֵטְא מְפֻורְסָם טוֹב לוֹ שֶׁיּוֹדֶה וְיִתְבַּיֵּישׁ וְלֹא יִכְפֹּור בּוֹ:
« Dans une faute publique » - mieux vaut pour lui avouer et en avoir honte plutôt que de la nier.
בְּחֵטְא שֶׁאֵינוֹ מְפֻורְסָם לֹא יְגַלֶּה חֶטְאוֹ וּכְבוֹד הַשֵּׁם הוּא שֶׁכָּל מַה שֶּׁאָדָם חוֹטֵא בְּפַרְהֶסְיָא מִיעוּט כְּבוֹד שָׁמַיִם הוּא:
« Dans une faute qui n'est pas publique » - qu'il ne dévoile pas sa faute ; c'est là l'honneur du Nom, car tout ce que l'homme faute en public constitue un amoindrissement de l'honneur du Ciel.
עֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ יְגַלֶּה לָרַבִּים שֶׁיְּבַקְּשׁוּ מִמֶּנּוּ שֶׁיִּמְחֹול לוֹ:
« Les transgressions entre l'homme et son prochain » - qu'il les dévoile au public, afin qu'on demande à celui-ci de lui pardonner.
💡 Explication

Deux versets se heurtent frontalement : l'un béatifie la faute couverte, l'autre condamne celui qui couvre ses fautes. Deux résolutions sont proposées, et elles ne se recouvrent pas.

Rav partage selon la notoriété du fait. Si la faute est déjà connue, la taire n'ajoute rien qu'un mensonge - Rachi : mieux vaut avouer et en avoir honte que de nier. Si elle est ignorée, la publier serait un tort : Rachi donne la raison de fond - tout ce que l'homme faute be-farhessia, en public, amoindrit l'honneur du Ciel.

Rav Nahman partage selon la nature de la faute. Entre l'homme et son prochain, il y a un tiers à apaiser : la publicité est instrumentale, elle sert à obtenir de la victime son pardon. Entre l'homme et Dieu, ce ressort n'existe pas.

10
תַּנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: אָדָם עוֹבֵר עֲבֵירָה פַּעַם רִאשׁוֹנָה — מוֹחֲלִין לוֹ, שְׁנִיָּה — מוֹחֲלִין לוֹ, שְׁלִישִׁית — מוֹחֲלִין לוֹ, רְבִיעִית — אֵין מוֹחֲלִין לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּה אָמַר ה׳ עַל שְׁלֹשָׁה פִּשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל וְעַל אַרְבָּעָה לֹא אֲשִׁיבֶנּוּ״, (וְנֶאֱמַר:) ״הֶן כָּל אֵלֶּה יִפְעַל אֵל פַּעֲמַיִם שָׁלֹשׁ עִם גָּבֶר״.

Il a été enseigné : Rabbi Yosse bar Yehouda dit - un homme commet une transgression une première fois, on lui pardonne ; une deuxième, on lui pardonne ; une troisième, on lui pardonne ; une quatrième, on ne lui pardonne pas, ainsi qu'il est dit : « ainsi a dit l'Éternel : pour trois transgressions d'Israël et pour quatre, Je ne reviendrai pas [sur le décret] » (Amos 2,6) ; (et il est dit :) « voici, tout cela Dieu le fait deux ou trois fois avec un homme » (Iyov 33,29).

🪔 Ben Yehoyada (1)
עָבַר אָדָם עֲבֵרָה פַּעַם רִאשׁוֹנָה , מוֹחֲלִין לוֹ. פֵּירוּשׁ מוֹחֲלִין לוֹ הַיִּסּוּרִין שֶׁלֹּא יֵעָנֵשׁ בְּיִסּוּרִין אֲבָל צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה לְתַקֵּן הַפְּגָם וְהַקִּלְקוּל. וְנִרְאֶה לִי שֶׁזֶּה נִרְמַז בְּאוֹתִיּוֹת ' גֶּבֶר ' שֶׁהוּא ג ' בַּר רוֹצֶה לוֹמַר עַד פַּעַם ג' הוּא בַּר וְנָקִי מִן הַיִּסּוּרִין שֶׁמּוֹחֲלִין לוֹ וּבְוַדַּאי שֶׁכָּל זֶה נַעֲשֶׂה בְּמִידַּת הַחֶסֶד שֶׁהוּא שֵׁם אֵל, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (אִיּוֹב לג, כט) 'הֶן כָּל אֵלֶּה יִפְעַל אֵל פַּעֲמַיִם שָׁלוֹשׁ עִם גָּבֶר' רוֹצֶה לוֹמַר פְּעָמִים שְׁלֹושׁ דַּוְקָא וְזֶה הַחֶסֶד שֶׁל שָׁלֹשׁ נִרְמַז עִם גֶּבֶר כְּלוֹמַר עִם אוֹתִיּוֹת 'גָּבַר' שֶׁהוּא ג' בַּר כָּאָמוּר. וּמַה שֶׁאָמַר רְבִיעִית אֵין מוֹחֲלִין לוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי בְּכָל פַּעַם נַעֲשָׂה מְחִיצָּה וּמָסָךְ רַע בַּצְּדָדִין שֶׁל הָאָדָם לִהְיוֹת לוֹ כִּמְצוּדָה וּבִשְׁלֹשָׁה פְּעָמִים נַעֲשָׂה שְׁלֹשָׁה דְּפָנוֹת לַמְּצוּדָה הָרָעָה שֶׁפּוֹעֶלֶת הַדִּין וַעֲדַיִין דֹּופֶן רְבִיעִי פָּתוּחַ שֶׁיּוּכַל לָצֵאת מִשָּׁם אַךְ בְּפַעַם רְבִיעִית נִשְׁלַם דֹּופֶן הֵד' גַּם כֵּן שֶׁל הַמְּצוּדָה וְאֵין לוֹ מָקוֹם לִבְרֹוחַ וְלָצֵאת מִן מְצוּדַת הַפֻּרְעָנוּת. וּבְשֵׁם הַמְקֻובָּלִים זַ"ל כָּתְבוּ בַּעֲבֵירָה רִאשׁוֹנָה פּוֹגֵם בְּאוֹת א' דְּשֵׁם אֱלֹקִים וּבַשְּׁנִיָּה בְּלָמֶ"ד וּבַשְּׁלִישִׁית בְּהֵ"א וּבָרְבִיעִית בְּיוּ"ד הֲרֵי נַעֲשָׂה פְּגָם בְּאוֹתִיּוֹת 'אֱ-לֹהֵי' וְלָכֵן כְּתִיב (עָמוֹס א, ג) 'וְעַל אַרְבָּעָה לֹא אֲשִׁיבֶנּוּ' עַד כָּאן דִּבְרֵיהֶם. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (דְּבָרִים לא, יז) 'עַל כִּי אֵין אֱ-לֹהַי בְּקִרְבִּי מְצָאוּנִי הָרָעוֹת הָאֵלֶּה'. וְנִרְאֶה הַטַּעַם שֶׁהַפְּגָם הוּא בָּאוֹתִיּוֹת הַנִּזְכָּר עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁשֵּׁם אֱלֹקִים מִתְפַּשֵּׁט בָּאָדָם בְּחַצּוֹנִיּוּתוֹ וְרַק אוֹתִיּוֹת 'אֱ-לֹהַי' דְּשֵׁם אֱלֹקִים הֵם כְּנֶגֶד אֵבָרִים שְׁלֵמִים שֶׁבּוֹ אֲבָל אוֹת מֵ"ם הִיא כְּנֶגֶד עֲטֶרֶת אֵבֶר הַבְּרִית עַיֵּין שָׁם וְדוּק.
« Un homme commet une transgression une première fois : on lui pardonne. » C'est-à-dire : on lui remet les souffrances (yissourim), de sorte qu'il ne soit pas puni par des souffrances ; mais il lui faut faire techouva pour réparer l'atteinte et le dommage. Et il me semble que cela est indiqué dans les lettres de « gaver » (homme), qui se lisent « guimel bar » : jusqu'à la troisième fois il est « bar », net et quitte des souffrances, puisqu'on lui pardonne. Et tout cela se fait certainement par la mesure de bonté ('hessed), qui est le Nom Kel ; c'est ce qui est dit : « voici, tout cela Dieu (Kel) le fait deux ou trois fois avec un gaver » (Iyov 33,29) - c'est-à-dire deux ou trois fois précisément, et cette bonté du trois est indiquée par « avec gaver », c'est-à-dire avec les lettres de « gaver », qui sont « guimel bar », comme il a été dit. Quant à ce qui est dit « la quatrième fois, on ne lui pardonne pas », il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est celle-ci : chaque fois se forme une cloison, un écran mauvais sur les côtés de l'homme, qui devient pour lui comme un filet ; en trois fois se forment trois parois du mauvais filet qu'actionne la rigueur (din), et la quatrième paroi reste encore ouverte, de sorte qu'il puisse en sortir ; mais à la quatrième fois la quatrième paroi du filet s'achève elle aussi, et il n'a plus d'endroit par où fuir et sortir du filet du châtiment. Et au nom des kabbalistes de mémoire bénie il est écrit : par la première transgression il porte atteinte à la lettre alef du Nom Elokim, par la deuxième au lamed, par la troisième au hé, et par la quatrième au yod - de sorte que l'atteinte porte sur les lettres « Élohi » ; c'est pourquoi il est écrit « et pour quatre, Je ne reviendrai pas » (Amos 1,3). Fin de leurs paroles. Et par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Devarim 31,17) : « parce que mon Dieu (Élohai) n'est plus au milieu de moi, ces maux m'ont atteint ». Et la raison pour laquelle l'atteinte porte précisément sur ces lettres paraît tenir à ce qu'a dit notre maître le Ari de mémoire bénie : le Nom Elokim se déploie dans l'homme en son extériorité, et seules les lettres « Élohi » du Nom Elokim correspondent à ses membres entiers, tandis que la lettre mem correspond à la couronne de l'organe de l'alliance - vois cela et approfondis.
💡 Explication

Une échelle de patience chiffrée : trois pardons, puis un arrêt. Les deux versets ne font pas double emploi, comme la guemara va l'expliquer au segment suivant.

Le Roch apporte ici une précision décisive : ein moholin lo ne veut pas dire que l'homme est perdu. Cela veut dire que le pardon ne vient plus immédiatement : la faute passe au régime du cran supérieur de l'échelle de Rabbi Yichmael - la techouva suspend, et il faut Yom Kippour, voire les souffrances, pour achever le nettoyage.

🖼️ Schéma
Rabbi Yosse bar Yehouda - trois fois pardonné, la quatrième non Deux versets sont nécessaires : l'un pour la collectivité, l'autre pour l'individu. 1 moholin lo on lui pardonne 2 moholin lo on lui pardonne 3 moholin lo on lui pardonne 4 ein moholin lo on ne lui pardonne pas Verset 1 - Amos 2,6 Al chelocha pichei Israël ve-al arbaa lo achivenou. Mais il parle d'Israël : peut-être ne vaut-il que pour le tsibbour ? Verset 2 - Iyov 33,29 Hen kol ele yifal Kel paamayim chaloch im gaver. Gaver - un homme seul : la règle vaut aussi pour l'individu. Ben Yehoyada : gaver se lit gimel bar - jusqu'à trois il reste bar, net de souffrances Et le Roch précise : à la quatrième, le pardon n'est pas supprimé, il est seulement retardé - il suit alors le régime du cran supérieur.
Trois pardons, puis le quatrième - et pourquoi deux versets sont nécessaires.
11
מַאי ״וְאוֹמֵר״? וְכִי תֵּימָא: הָנֵי מִילֵּי בְּצִיבּוּר, אֲבָל בְּיָחִיד — לֹא, תָּא שְׁמַע: ״הֶן כָּל אֵלֶּה יִפְעַל אֵל פַּעֲמַיִם שָׁלֹשׁ עִם גָּבֶר״. (מִכָּאן וְאֵילָךְ אֵין מוֹחֲלִין לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל שְׁלֹשָׁה פִּשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל וְעַל אַרְבָּעָה לֹא אֲשִׁיבֶנּוּ״.)

Que vient ajouter « et il est dit » ? Et si tu disais : cela ne vaut que pour la collectivité (tsibbour), mais non pour l'individu - viens et entends : « voici, tout cela Dieu le fait deux ou trois fois avec un homme (gaver) ».

(À partir de là, on ne lui pardonne plus, ainsi qu'il est dit : « pour trois transgressions d'Israël et pour quatre, Je ne reviendrai pas ».)

💡 Explication

Vé-omer - et il est dit - est un marqueur technique : la guemara demande toujours pourquoi un second verset a été cité si le premier suffisait. Ici la réponse tient à la différence des sujets. Amos parle d'Israël, un collectif ; on aurait pu croire la règle réservée au tsibbour. Iyov parle de gaver, un homme au singulier - la même mesure vaut pour l'individu.

12
תָּנוּ רַבָּנַן: עֲבֵירוֹת שֶׁהִתְוַדָּה עֲלֵיהֶן יוֹם הַכִּפּוּרִים זֶה, לֹא יִתְוַדֶּה עֲלֵיהֶן יוֹם הַכִּפּוּרִים אַחֵר. וְאִם שִׁנָּה בָּהֶן — צָרִיךְ לְהִתְוַדּוֹת יוֹם הַכִּפּוּרִים אַחֵר. וְאִם לֹא שָׁנָה בָּהֶן, וְחָזַר וְהִתְוַדָּה — עֲלֵיהֶן עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״כְּכֶלֶב שָׁב עַל קִיאוֹ כְּסִיל שׁוֹנֶה בְּאִוַּלְתּוֹ״.

Nos maîtres ont enseigné : les transgressions qu'il a confessées en ce Yom Kippour, il ne les confessera pas au Yom Kippour suivant ; et s'il les a répétées - il doit les confesser au Yom Kippour suivant. Et s'il ne les a pas répétées et qu'il revient les confesser - à son sujet le verset dit : « comme un chien qui retourne à son vomissement, ainsi le sot qui répète sa sottise » (Michle 26,11).

💡 Explication

La logique du tanna kamma est celle d'une dette soldée : ce qui a été confessé a été pardonné, y revenir revient à mettre en doute le pardon reçu. D'où l'image très dure du chien et de son vomissement. La distinction est nette : ce qui commande la réconfession n'est pas le souvenir de la faute, c'est sa répétition.

13
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: כָּל שֶׁכֵּן שֶׁהוּא מְשֻׁובָּח, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי פְשָׁעַי אֲנִי אֵדָע וְחַטָּאתִי נֶגְדִּי תָמִיד״. אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״כְּכֶלֶב שָׁב עַל קִיאוֹ וְגוֹ׳״ — כִּדְרַב הוּנָא. דְּאָמַר רַב הוּנָא, כֵּיוָן שֶׁעָבַר אָדָם עֲבֵירָה וְשָׁנָה בָּהּ — הֻותְּרָה לוֹ. הֻותְּרָה לוֹ סָלְקָא דַּעְתָּךְ?! אֶלָּא אֵימָא: נַעֲשֵׂית לוֹ כְּהֶיתֵּר.

Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : à plus forte raison est-il digne de louange, ainsi qu'il est dit : « car je connais mes transgressions, et ma faute est constamment devant moi » (Tehilim 51,5). Mais alors, comment vais-je maintenir « comme un chien qui retourne à son vomissement... » ?

Selon Rav Houna. Car Rav Houna a dit : dès lors qu'un homme a commis une transgression et l'a répétée, elle lui est devenue permise.

« Elle lui est permise » - cela te viendrait-il à l'esprit ?! Dis plutôt : elle est devenue pour lui comme permise.

📜 Rachi (1)
וְחַטָּאתִי נֶגְדִּי תָּמִיד אֵינִי סָבוּר שֶׁכָּפַרְתָּ לִי וַהֲרֵי הוּא תָּמִיד כְּאִילּוּ הוּא נֶגְדִּי עוֹמֵד:
« Et ma faute est constamment devant moi » - je ne pense pas que Tu m'aies déjà expié ; elle est donc constamment comme dressée en face de moi.
💡 Explication

Rabbi Eliezer ben Yaakov inverse le signe : redire sa faute n'est pas douter du pardon, c'est refuser de se croire quitte. Rachi met les mots dans la bouche de David - je ne pense pas que Tu m'aies déjà expié : la faute reste dressée en face de lui, non comme une dette mais comme un garde-fou.

Reste à recaser le verset du chien. La guemara le transfère à un tout autre objet : non plus celui qui réconfesse, mais celui qui récidive. La formule de Rav Houna est corrigée aussitôt par la guemara elle-même - hutra lo serait absurde, aucune faute ne devient permise ; ce qui change est la perception. Naassit lo ke-heter : elle est devenue, à ses yeux, comme permise. C'est un diagnostic psychologique, pas une règle halakhique.

🖼️ Schéma
Le vidouy d'une année sur l'autre - et faut-il nommer la faute ? Deux controverses jumelles : redire ce qui est déjà pardonné, et détailler ce qu'on avoue. Première controverse - réconfesser au Yom Kippour suivant une faute non répétée Tanna kamma - il ne le fera pas Ce qui est confessé est pardonné. Y revenir, c'est ke-kelev chav al kio - comme le chien qui retourne à son vomissement (Michle 26,11). S'il l'a répétée, en revanche, il doit la réconfesser. R. Eliezer ben Yaakov - kol chekhen méchoubah À plus forte raison est-il louable : ve-hatati négdi tamid (Tehilim 51,5). Rachi : je ne tiens pas pour acquis que Tu m'aies déjà expié. Le chien, alors ? C'est Rav Houna : la faute répétée devient permise à ses yeux. Seconde controverse - faut-il détailler la faute dans le vidouy ? R. Yehouda ben Bava - il faut détailler Ana hâta ha-am ha-ze hataa gedola va-yaassou lahem elohei zahav (Chemot 32,31) : Moche nomme la faute. Rachi : il dit - j'ai commis telle faute précise. R. Akiva - il ne le faut pas Achrei nessouy pécha kessouy hataa : la faute se couvre. Et elohei zahav ? Selon R. Yannai : Moche ne nomme pas la faute, il la plaide. Rachi : l'or que Tu leur as donné - le père qui pose son fils à la porte des prostituées.
Réconfesser d'une année sur l'autre, et faut-il nommer la faute : deux controverses jumelles.
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וְצָרִיךְ לִפְרֹוט אֶת הַחֵטְא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָנָּא חָטָא הָעָם הַזֶּה חֲטָאָה גְדֹולָה וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב״, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: ״אַשְׁרֵי נְשׂוּי פֶּשַׁע כְּסוּי חֲטָאָה״. אֶלָּא מַהוּ שֶׁאָמַר מֹשֶׁה: ״וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב״? כִּדְרַבִּי יַנַּאי. דְּאָמַר רַבִּי יַנַּאי: אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! כֶּסֶף וְזָהָב שֶׁהִרְבֵּיתָ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל עַד שֶׁאָמְרוּ דַּי — גָּרַם לָהֶם שֶׁיַּעֲשׂוּ אֱ-לֹהֵי זָהָב.

Et il faut détailler la faute (liferot et ha-het), ainsi qu'il est dit : « de grâce, ce peuple a commis une grande faute, et ils se sont fait un dieu d'or » (Chemot 32,31) - telles sont les paroles de Rabbi Yehouda ben Bava. Rabbi Akiva dit : « heureux celui dont la transgression est portée, dont la faute est couverte » [- il ne faut donc pas la détailler].

Mais alors, que signifie ce que Moche a dit : « et ils se sont fait un dieu d'or » ? Selon Rabbi Yannai.

Car Rabbi Yannai a dit : Moche a dit devant le Saint béni soit-Il - Maître du monde ! L'argent et l'or que Tu as prodigués à Israël jusqu'à ce qu'ils disent « assez », voilà ce qui les a conduits à se faire un dieu d'or.

📜 Rachi (2)
וְצָרִיךְ לִפְרֹט אֶת הַחֵטְא כְּשֶׁהוּא מִתְוַדֶּה אוֹמֵר חֵטְא פְּלוֹנִי חָטָאתִי:
« Et il faut détailler la faute » - lorsqu'il confesse, il dit : j'ai commis telle faute précise.
כְּדָר' יַנַּאי לֹא הִזְכִּיר הֶעָוֹן אֶלָּא לְמַעֲטוֹ וְלוֹמַר אַתָּה גָּרַמְתָּ לָהֶם מָשָׁל לְאָדָם שֶׁהָיָה לוֹ בֵּן נָאֶה וּמַאֲכִילוֹ וּמַשְׁקֵהוּ וְתוֹלֶה לוֹ כִּיס שֶׁל דִּינָרִין בְּצַוָּארוֹ וְהוֹשִׁיבוֹ בְּפֶתַח זוֹנוֹת מַה יַעֲשֶׂה שֶׁלֹּא יֶחֱטָא:
« Selon Rabbi Yannai » - il n'a mentionné la faute que pour l'atténuer et pour dire : c'est Toi qui la leur as causée. Comparaison : un homme avait un beau fils ; il le nourrissait, l'abreuvait, lui suspendait au cou une bourse de deniers et l'installait à la porte des prostituées - que peut-il faire pour ne pas fauter ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם , בִּשְׁבִיל כֶּסֶף וְזָהָב שֶׁהִשְׁפַּעְתָּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל. קָשֶׁה לָמָּה נָקֵיט 'כֶּסֶף' וַהֲלֹא הֵם 'זָהָב עָשׂוּ לְבַעַל' (הוֹשֵׁעַ ב, י) ? וְנִרְאֶה לִי מַה שֶׁאָמַר כֶּסֶף וְזָהָב כַּוָּנָתוֹ עַל שֵׁם קָדוֹשׁ שֶׁהוּא כֵּס " ה בְּפ " ז וְהוּא אוֹתִיּוֹת כֶּסֶף זָהָב שֶׁשֵּׁם זֶה מוֹעִיל לְעֹושֶׁר וְלַהַצְלָחָה וְכַוָּנָתוֹ לוֹמַר בִּשְׁבִיל הֶאָרַת שֵׁם קָדוֹשׁ שֶׁל אוֹתִיּוֹת כֶּסֶף וְזָהָב שֶׁהִשְׁפַּעְתָּ לָהֶם מִמֶּנּוּ עֹושֶׁר רַב וְהַצְלָחָה גְּדוֹלָה.
« Maître du monde, c'est à cause de l'argent et de l'or que Tu as prodigués à Israël. » Difficulté : pourquoi mentionner « l'argent », alors qu'ils « ont fait de l'or pour le Baal » (Hochea 2,10) ? Il me semble que, en disant « argent et or » (kessef zahav), son intention vise un Nom saint, qui est KSH BPZ - formé précisément des lettres de « kessef zahav » -, Nom qui agit pour la richesse et la réussite. Son intention est de dire : c'est à cause de l'illumination du Nom saint composé des lettres de kessef et de zahav, par laquelle Tu leur as prodigué une grande richesse et une grande réussite.
💡 Explication

La question est de savoir si le vidouy doit nommer la faute ou peut rester général. Rabbi Yehouda ben Bava s'appuie sur la prière de Moche après le veau d'or, qui nomme explicitement l'objet du péché.

Rabbi Akiva refuse ce modèle - et doit alors relire le verset autrement. La clé est fournie par Rabbi Yannai : les mots elohei zahav ne sont pas la description de la faute, ils sont la plaidoirie. Moche ne dit pas ce qu'ils ont fait, il dit d'où cela vient. Rachi en donne la parabole entière : un père qui nourrit son fils, lui suspend au cou une bourse pleine de deniers et l'installe à la porte des prostituées - que peut faire le fils pour ne pas fauter ?

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שְׁנֵי פַּרְנָסִים טוֹבִים עָמְדוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל: מֹשֶׁה וְדָוִד. מֹשֶׁה אָמַר: יִכָּתֵב סֻורְחָנִי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַעַן לֹא הֶאֱמַנְתֶּם בִּי לְהַקְדִּישֵׁנִי״, דָּוִד אָמַר: אַל יִכָּתֵב סֻורְחָנִי. שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַשְׁרֵי נְשׂוּי פֶּשַׁע כְּסוּי חֲטָאָה״.

Deux bons dirigeants (parnassim) se sont levés pour Israël : Moche et David. Moche a dit : que ma faute soit écrite, ainsi qu'il est dit : « parce que vous n'avez pas eu foi en Moi pour Me sanctifier » (Bamidbar 20,12).

David a dit : que ma faute ne soit pas écrite, ainsi qu'il est dit : « heureux celui dont la transgression est portée, dont la faute est couverte » (Tehilim 32,1).

📜 Rachi (1)
הֲכִי גָּרַס בְּסִפְרֵי מֹשֶׁה אָמַר יִכָּתֵב סֻורְחָנִי שֶׁנֶּאֱמַר יַעַן לֹא הֶאֱמַנְתֶּם בִּי בְּכָל מָקוֹם שֶׁנִּכְתַּב מִיתָתוֹ שָׁם נִכְתַּב סֵרָחוֹנוֹ. אַלְמָא נִיחָא לְמַכְתְּבֵיהּ זִמְנִין טוּבָא:
Partout où sa mort est mentionnée, sa faute est mentionnée avec elle. Il en ressort qu'il lui convenait qu'elle fut écrite un grand nombre de fois.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁנֵי פַּרְנָסִים טוֹבִים עָמְדוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל , וְאֵלּוּ הֵם: מֹשֶׁה וְדָוִד. נִרְאֶה לִי בס"ד שְׁנֵיהֶם נִתְכַּווְּנוּ לְטוֹבַת יִשְׂרָאֵל בִּדְבָרִים אֵלּוּ שֶׁבִּקְּשׁוּ מהקב"ה וְלָכֵן אָמַר עָמְדוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל, 'לָהֶם' לְטוֹבָתָם כִּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בִּקֵּשׁ שֶׁיִּכָּתֵב הַסֵּרָחוֹן אֵין כַּוָּנָתוֹ בִּשְׁבִיל כְּבוֹד עַצְמוֹ אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּקְּחוּ יִשְׂרָאֵל מוּסָר מִדָּבָר זֶה בַּדּוֹרוֹת הַבָּאִים שֶׁיֵּדְעוּ שֶׁהַחֵטְא קַל מְאֹד וְעִם כָּל זֶה לֹא וִיתֵּר לוֹ וְלֹא שָׁמַע תקט"ו תְּפִלּוֹת שֶׁלּוֹ, וְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה בִּקֵּשׁ שֶׁלֹּא יִכָּתֵב סֵרָחוֹנוֹ כִּי הוּא חֵטְא לְהוֹרוֹת תְּשׁוּבָה לְיָחִיד וְהָיָה מַגְדִּיל הֶעָוֹן שֶׁלּוֹ בְּסֵפֶר תְּהִלִּים כְּדֵי שֶׁיִּלְמְדוּ כֹּחָהּ שֶׁל תְּשׁוּבָה עַל עָוֹן חָמוּר וּבֶאֱמֶת אֵין עָוֹן שֶׁלּוֹ נֶחְשָׁב חֵטְא כְּפִי הַדִּין כִּי בַּת שֶׁבַע מְגֹורֶשֶׁת וּרְאוּיָה אֵלָיו וְגַם אוּרִיָּה הָיָה חַייָּב הֲרִיגָה בַּדִּין וְרַק חֵטְא קַל הָיָה שֶׁלֹּא לָקַח אֶת בַּת שֶׁבַע בְּפֻומְבִּי אֶלָּא הַבִּיאָה בַּסֵּתֶר כְּאִלּוּ עוֹדֶנָּה אֵשֶׁת אִישׁ וְכֵן לֹא הָרַג אוּרִיָּה בְּסַנְהֶדְרִין וְעַל כֵּן חָשַׁב אִם יִכָּתֵב סֵרָחוֹנוֹ וַדַּאי הקב"ה יְגַלֶּה בִּכְתִיבַת הַסֵּרָחוֹן דְּבָרִים שֶׁהֵם מַרְאִין שֶׁאֵין זֶה עָוֹן גָּמוּר כִּי אֵיךְ יִכְתֹּוב הַסֵּרָחוֹן בִּסְתָם, וְאִם כֵּן מִמֵּילָא לֹא יִלְמְדוּ תְּשׁוּבָה עַל עָוֹן מַמָּשׁ וְלֹא עַל עָוֹן חָמוּר וְהוּא רָצָה לְזַכּוֹת אֶת יִשְׂרָאֵל שֶׁיִּלְמְדוּ תְּשׁוּבָה מִמֶּנּוּ עַל עָוֹן חָמוּר וּלְכָךְ בִּקֵּשׁ שֶׁלֹּא יִכָּתֵב, וְכֵן תִּמְצָא בֶּאֱמֶת כְּשֶׁכָּתַב הקב"ה סֵרָחוֹנוֹ עַל יְדֵי הַנָּבִיא ע"ה אָמַר כָּךְ (שְׁמוּאֵל ב' יב, ט) 'אֵת אוּרִיָּה הַחִתִּי הִכִּיתָ בַחֶרֶב וְאֶת אִשְׁתּוֹ לָקַחְתָּ לְּךָ לְאִשָּׁה וְאֹתוֹ הָרַגְתָּ בְּחֶרֶב בְּנֵי עַמּוֹן' וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּגְּמָרָא דְּשַׁבָּת (שַׁבָּת נו.) אֵת אוּרִיָּה הַחִתִּי הִכִּיתָ בַּחֶרֶב שֶׁהָיָה לְךָ לְדוּנוֹ בְּסַנְהֶדְרִין וְלֹא דַּנְתּוּ! וְאֶת אִשְׁתּוֹ לָקַחְתָּ לְךָ לְאִשָּׁה לִקּוּחִין יֵשׁ לְךָ בָּהּ דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן כָּל הַיּוֹצֵא לְמִלְחֶמֶת בֵּית דָּוִד כּוֹתֵב גֵּט לְאִשְׁתּוֹ, וְאֹתוֹ הָרַגְתָּ בְּחֶרֶב בְּנֵי עַמּוֹן, מֶה חֶרֶב בְּנֵי עַמּוֹן אֵין אַתָּה נֶעֱנָשׁ עָלָיו אַף אוּרִיָּה הַחִתִּי אֵין אַתָּה נֶעֱנָשׁ עָלָיו מַה שֶׁאָמַר מוֹרֵד בַּמַּלְכוּת הֲוָה דַּאֲמַר לוֹ (שְׁמוּאֵל ב' יא, יא) 'וְאַדְנֵי יוֹאָב וְעָבְדִי אֲדֹנָי' עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא כְּשֶׁכָּתַב הַסֵּרָחוֹן הוֹדִיעַ בְּתוֹךְ הַדְּבָרִים שֶׁאֵין בְּיָדוֹ חֵטְא גָּמוּר וּלְכָךְ לֹא רָצָה שֶׁיִּכְתֹּב כְּדֵי שֶׁיַּחְשְׁבוּ שֶׁהוּא חֵטְא גָּמוּר וְיִלְמְדוּ תְּשׁוּבָה.
« Deux bons dirigeants se sont levés pour Israël, et ce sont Moche et David. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que tous deux ont visé le bien d'Israël par ces demandes qu'ils ont adressées au Saint béni soit-Il ; c'est pourquoi il est dit « se sont levés pour eux, pour Israël » - « pour eux », pour leur bien. Car Moche notre maître, la paix soit sur lui, a demandé que sa faute soit écrite non pour son propre honneur, mais afin qu'Israël en tire une leçon morale dans les générations à venir : qu'ils sachent que la faute était très légère et que, malgré cela, on ne lui a rien passé et l'on n'a pas exaucé ses 515 prières. Et le roi David, la paix soit sur lui, a demandé que sa faute ne soit pas écrite : car il a fauté pour enseigner la techouva à l'individu, et il amplifiait sa faute dans le livre des Tehilim afin qu'on apprenne la force de la techouva sur une faute grave. En vérité, sa faute n'est pas comptée comme une faute selon la stricte loi : Bat-Cheva était divorcée et lui convenait, et Ouria était passible de mort selon la loi ; il n'y eut là qu'une faute légère - n'avoir pas pris Bat-Cheva publiquement mais l'avoir fait venir en secret, comme si elle était encore femme mariée, et n'avoir pas fait juger Ouria par le Sanhédrin. C'est pourquoi il pensa : si ma faute est écrite, le Saint béni soit-Il dévoilera certainement, dans l'écriture même de cette faute, des éléments qui montrent qu'il ne s'agit pas d'une faute pleine - car comment écrirait-Il la faute sans plus ? Et dès lors on n'apprendrait pas la techouva sur une faute véritable ni sur une faute grave ; or il voulait faire acquérir ce mérite à Israël, qu'ils apprennent de lui la techouva sur une faute grave, et c'est pourquoi il demanda qu'elle ne soit pas écrite. Et de fait tu trouveras qu'en vérité, lorsque le Saint béni soit-Il écrivit sa faute par la main du prophète, la paix soit sur lui, il dit ainsi (II Samuel 12,9) : « tu as frappé Ouria le Hitite par l'épée, et tu as pris sa femme pour toi comme épouse, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon ». Et nos maîtres de mémoire bénie ont dit dans la guemara de Chabbat (56a) : « tu as frappé Ouria le Hitite par l'épée » - tu aurais dû le juger par le Sanhédrin et tu ne l'as pas jugé ! « Et tu as pris sa femme pour toi comme épouse » - tu avais des droits de mariage sur elle, car Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : quiconque partait à la guerre de la maison de David écrivait un acte de divorce à sa femme. « Et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon » : de même que pour l'épée des fils d'Ammon tu n'es pas puni, de même pour Ouria le Hitite tu n'es pas puni - car il était rebelle à la royauté, ayant dit (II Samuel 11,11) « et mon maître Yoav et les serviteurs de mon maître » ; vois cela. Il se trouve donc que, en écrivant la faute, [l'Écriture] a fait savoir dans ses termes mêmes qu'il n'avait pas en main une faute pleine ; c'est pourquoi il ne voulait pas qu'elle fut écrite - afin qu'on la tienne pour une faute pleine et qu'on en apprenne la techouva.
💡 Explication

La controverse précédente se rejoue au plus haut niveau, mais chacun l'applique à soi-même. Le mot sorhan - la faute, l'écart - est le même dans les deux bouches : seule change la demande, yikatev ou al yikatev.

Rachi ajoute une observation de texte : partout où la mort de Moche est mentionnée, sa faute l'est avec elle - alma niha lemikteveih zimnin touva : preuve qu'il lui convenait qu'elle fut écrite, et souvent. Le Ben Yehoyada montre que les deux demandes visent le même but - le bénéfice d'Israël - par deux voies opposées.

16
מָשָׁל דְּמֹשֶׁה וְדָוִד לָמָּה הַדָּבָר דּוֹמֶה? לִשְׁתֵּי נָשִׁים שֶׁלָּקוּ בְּבֵית דִּין, אַחַת קִלְקְלָה, וְאַחַת אָכְלָה פַּגֵּי שְׁבִיעִית. אָמְרָה לָהֶן אוֹתָהּ שֶׁאָכְלָה פַּגֵּי שְׁבִיעִית: בְּבַקָּשָׁה מִכֶּם, הוֹדִיעוּ עַל מַה הִיא לוֹקָה, שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ: עַל מַה שֶּׁזּוֹ לוֹקֶה — זוֹ לוֹקָה. הֵבִיאוּ פַּגֵּי שְׁבִיעִית וְתָלוּ בְּצַוָּארָהּ, וְהָיוּ מַכְרִיזִין לְפָנֶיהָ וְאוֹמְרִין: עַל עִסְקֵי שְׁבִיעִית הִיא לוֹקָה.

La parabole de Moche et de David, à quoi cela ressemble-t-il ? À deux femmes qui reçurent des coups de fouet au tribunal : l'une s'était dévoyée, l'autre avait mangé des figues encore vertes de la septième année (chevi'it).

Celle qui avait mangé les figues de chevi'it leur dit : de grâce, faites savoir pour quoi elle est fouettée, afin qu'on ne dise pas - ce pour quoi celle-là est fouettée, celle-ci l'est aussi. Ils apportèrent des figues vertes de chevi'it, les lui suspendirent au cou, et l'on proclamait devant elle en disant : c'est pour des affaires de chevi'it qu'elle est fouettée.

📜 Rachi (3)
לִשְׁתֵּי נָשִׁים שְׁלוּקוֹת:
« À deux femmes » - qui reçoivent des coups de fouet.
אַחַת קִלְקְלָה זָנְתָה וְהִתְרוּ בָּהּ לְמַלְקוּת כָּךְ דּוֹר הַמִּדְבָּר מֵתוּ בַּמִּדְבָּר שֶׁהֶאֱמִינוּ לַמְרַגְּלִים (מֹשֶׁה) מֵת בַּמִּדְבָּר עַל שִׁמְעוּ נָא הַמּוֹרִים אָמַר יִכָּתֵב סֻורְחָנִי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ אַף אֲנִי קִלְקַלְתִּי כְּמוֹתָם:
« L'une s'était dévoyée » - elle s'était prostituée et on l'avait avertie, ce qui la rendait passible du fouet. De même, la génération du désert est morte au désert pour avoir cru les explorateurs ; Moche, lui, est mort au désert à cause de « écoutez donc, rebelles ». Il a dit : que ma faute soit écrite - afin qu'on ne dise pas que moi aussi je me suis dévoyé comme eux.
פַּגֵּי שְׁבִיעִית תְּאֵנִים שֶׁלֹּא בִּישְּׁלוּ כָּל צָרְכָן וְרַחֲמָנָא אָמַר וְהָיְתָה שַׁבַּת הָאָרֶץ לָכֶם לְאָכְלָה (וַיִּקְרָא כֹּה) לְאָכְלָה וְלֹא לְהֶפְסֵד:
« Pagei chevi'it » - des figues qui n'ont pas atteint leur pleine maturité. Or le Miséricordieux a dit : « le repos de la terre sera pour vous à manger » (Vayikra 25) - à manger, et non à gaspiller.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִיָּד הֵבִיאוּ פַּגֵּי שְׁבִיעִית , וְתָלוּ לָהּ בְּצַוָּארָהּ , וְהִכְרִיזוּ עָלֶיהָ : עַל כָּךְ הִיא לוֹקָה. קָשֶׁה כֵּיוָן דְּמַכְרִיזִין לָמָּה הֻוצְרַךְ לִתְלוֹת בְּצַוָּארָהּ? וְנִרְאֶה לִי דְּהֵם לֹא הִכְרִיזוּ בְּפֶה כְּלוּם אֶלָּא רַק תָּלוּ בְּצַוָּארָהּ אַךְ בָּזֶה הַדָּבָר שֶׁעָשׂוּ שֶׁתָּלוּ בְּצַוָּארָהּ חֲשִׁיב הִכְרִיזוּ עָלֶיהָ וְהָכִי קָאָמַר וְתָלוּ בְּצַוָּארָהּ וּבָזֶה נִמְצָא שֶׁהִכְרִיזוּ עָלֶיהָ. וּמַה שֶׁדִּימָּה עִנְיַן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְפַגֵּי שְׁבִיעִית כִּי עַל יְדֵי שֶׁהִכָּה הַסֶּלַע וְלֹא דִּבֵּר נִסְתַּבֵּב שִׁכְחָה בָּעוֹלָם וְקֻושְׁיוֹת בְּדִבְרֵי הֲלָכָה שֶׁנִּמְצָא עַתָּה אוֹכְלִים הַהֲלָכוֹת כַּפְּרִי שֶׁעוֹדֶנּוּ פַּגָּה שֶׁלֹּא נִגְמַר בִּישּׁוּלוֹ.
« Aussitôt ils apportèrent des figues vertes de chevi'it, les lui suspendirent au cou et proclamèrent à son sujet : c'est pour cela qu'elle est fouettée. » Difficulté : puisqu'ils proclamaient, pourquoi fallait-il encore les lui suspendre au cou ? Il me semble qu'ils n'ont rien proclamé de vive voix, mais seulement suspendu les figues à son cou ; et c'est par ce geste même - les lui avoir suspendues au cou - qu'il est considéré qu'ils ont proclamé à son sujet. Et voici ce que dit [la beraita] : ils les lui suspendirent au cou, et par là il se trouve qu'ils ont proclamé à son sujet. Quant à la raison pour laquelle elle a comparé l'affaire de Moche notre maître, la paix soit sur lui, aux figues vertes de chevi'it : c'est parce que, du fait qu'il a frappé le rocher au lieu de lui parler, il s'est ensuivi l'oubli dans le monde et les difficultés dans les paroles de la halakha - de sorte que nous mangeons désormais les halakhot comme un fruit encore vert, dont la maturation n'est pas achevée.
💡 Explication

La parabole explique la demande de Moche. Le châtiment visible - le fouet, ou la mort au désert - est identique dans les deux cas ; c'est la faute qui diffère du tout au tout. Sans écriteau, le public confond, et la moins coupable porte la réputation de la plus coupable.

Rachi donne le nimchal terme à terme : la génération du désert est morte au désert pour avoir cru les explorateurs ; Moche est mort au désert pour chimou na ha-morim. Même lieu, même verdict apparent - d'où sa demande que sa faute soit nommée, afin qu'on ne dise pas que lui aussi s'est dévoyé comme eux.

🖼️ Schéma
Deux femmes fouettées - pourquoi Moche a voulu que sa faute soit nommée Le même châtiment visible peut recouvrir deux fautes incomparables. Sans l'écriteau, on confond. Le machal - la parabole Le nimchal - ce qu'elle vise Ahat kilkela Elle s'est dévoyée. Rachi : elle s'est prostituée, on l'a avertie, elle est passible du fouet. Faute grave, mais le fouet a l'air du même fouet. Dor ha-midbar La génération du désert est morte au désert pour avoir cru les explorateurs. Même lieu de mort, même verdict apparent. Ahat akhla pagei chevi'it Elle a mangé des figues non mûres de la septième année - le-okhla ve-lo le-hefsed. Elle demande : faites savoir pour quoi elle est fouettée. Moche rabbenou Il est mort au désert pour chimou na ha-morim - une faute d'une autre nature. D'où : que ma faute soit écrite - pour qu'on ne me confonde pas. Les figues au cou de la femme = les versets qui nomment la faute de Moche partout où sa mort est mentionnée Ben Yehoyada : ils n'ont rien crié - le fait même de suspendre les figues valait proclamation.
Le machal des deux femmes fouettées, terme à terme avec ce qu'il vise.
17
מְפַרְסְמִין אֶת הַחֲנֵפִין מִפְּנֵי חִילּוּל הַשֵּׁם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְשׁוּב צַדִּיק מִצִּדְקוֹ וְעָשָׂה עָוֶל וְנָתַתִּי מִכְשׁוֹל לְפָנָיו״. תְּשׁוּבַת הַמֻּוחְלָטִין מְעַכֶּבֶת הַפֻּורְעָנוּת, וְאַף עַל פִּי שֶׁנֶּחְתַּם עָלָיו גְּזַר דִּין שֶׁל פֻּורְעָנוּת.

On dénonce publiquement les hypocrites (hanéfim) à cause de la profanation du Nom (hilloul Hachem), ainsi qu'il est dit : « et lorsque le juste se détourne de sa justice et commet une injustice, Je mettrai un obstacle devant lui » (Ye'hezkel 3,20). La techouva de ceux qui sont [méchants] avoués (mouhlatin) arrête le châtiment, et cela même si le décret de châtiment a déjà été scellé contre lui.

📜 Rachi (3)
מְפַרְסְמִין אֶת הַחֲנֵפִין שֶׁהֵן רְשָׁעִים וּמַרְאִין עַצְמָן כְּצַדִּיקִים אִם יֵשׁ מַכִּיר בְּמַעֲשָׂיו מִצְוָה לְפַרְסְמוֹ מִפְּנֵי חִילּוּל הַשֵּׁם שֶׁבְּנֵי אָדָם לְמֵידִין מִמַּעֲשָׂיו שֶׁסִּבּוּרִין עָלָיו שֶׁהוּא צַדִּיק וְעוֹד כְּשֶׁבָּא עָלָיו פּוּרְעָנוּת בְּנֵי אָדָם אוֹמְרִים מָה הוֹעִיל לוֹ זְכוּתוֹ:
« On dénonce publiquement les hypocrites » - ce sont des méchants qui se donnent l'apparence de justes ; si quelqu'un connaît leurs actes, c'est une mitsva de les rendre publics, à cause de la profanation du Nom : car les gens apprennent de leurs actes en les croyant justes ; et de plus, lorsque le châtiment s'abat sur eux, les gens disent : à quoi lui a servi son mérite ?
שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשׁוּב צַדִּיק מִצִּדְקוֹ סֵיפֵיהּ דִּקְרָא וְנָתַתִּי מִכְשׁוֹל לְפָנָיו אֲנִי מַמְצִיא לְיָדוֹ חֵטְא גָּלוּי לְכָל שֶׁיִּכָּשֵׁל בּוֹ וְיֵדְעוּ אֶת מַעֲשָׂיו:
La fin du verset dit « Je mettrai un obstacle devant lui » : Je lui fais rencontrer une faute visible de tous, dans laquelle il trébuche, afin que l'on connaisse ses actes.
הַמֻּוחְלָטִין רְשָׁעִים גְּמוּרֵין:
« Les mouhlatin » - des méchants accomplis.
💡 Explication

Deux enseignements brefs, de sens inverse, posés côté à côté.

Le premier renverse la règle de discrétion du segment 9 : lorsque le fauteur se donne l'apparence d'un juste, la publicité devient un devoir. Rachi en donne deux motifs : les gens apprennent de ses actes en le croyant juste ; et lorsque le malheur le frappe, ils concluent que le mérite ne sert à rien. Le verset lui-même dit que le dispositif est voulu d'en haut - ve-natati mikhchol lefanav, Je lui fais rencontrer une faute visible de tous.

Le second va en sens contraire, et c'est la plus large ouverture du daf : même gezar din scellé, même méchanceté avouée, la techouva arrête encore le châtiment.

18
שַׁלְוַת רְשָׁעִים סוֹפָהּ תַּקָּלָה, וְהָרְשׁוּת מְקַבֶּרֶת אֶת בְּעָלֶיהָ, עָרֹום נִכְנָס לָהּ וְעָרֹום יֵצֵא מִמֶּנָּה, וּלְוַאי שֶׁתְּהֵא יְצִיאָה כְּבִיאָה. רַב כִּי הֲוָה נָפֵיק לְמֵידַן דִּינָא אָמַר הָכִי: בִּצְבוּ נַפְשֵׁיהּ לִקְטָלָא נָפֵיק, וּצְבוּ בֵּיתֵיהּ לֵית הוּא עָבֵיד, וְרֵיקָן לְבֵיתֵיהּ אָזֵיל, וּלְוַאי שֶׁתְּהֵא בִּיאָה כִּיצִיאָה.

La quiétude des méchants finit en catastrophe ; et l'autorité (rachout) enterre celui qui la détient : nu il y entre et nu il en sort - et plût au Ciel que la sortie fût comme l'entrée ! Rav, lorsqu'il sortait pour juger une affaire, disait ceci : de son plein gré il sort vers la mort ; le désir de sa maison, il ne l'accomplit pas ; et c'est les mains vides qu'il rentre chez lui - et plût au Ciel que l'entrée fût comme la sortie !

📜 Rachi (4)
שַׁלְוַת רְשָׁעִים סוֹפָהּ תַּקָּלָה מִתּוֹךְ שַׁלְוָתָם הֵם יוֹשְׁבִין וּמְהַרְהֲרִין בַּעֲבֵירוֹת:
« La quiétude des méchants finit en catastrophe » - du sein de leur quiétude, ils s'assoient et méditent des transgressions.
וְהָרְשׁוּת הָרַבָּנוּת:
« Et la rachout » - la charge de direction (rabbanout).
מְקַבֶּרֶת בְּעָלֶיהָ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת א׳:ו׳) וַיָּמָת יוֹסֵף תְּחִילָּה וְאח"כ כָּל אֶחָיו:
« Enterre celui qui la détient » - ainsi qu'il est dit : « et Yossef mourut » d'abord, et ensuite seulement tous ses frères (Chemot 1,6).
וּלְוַאי שֶׁתְּהֵא יְצִיאָה מִמֶּנָּה בְּלֹא חֵטְא כְּבִיאָה:
« Et plût au Ciel que la sortie » - qu'il en sorte sans faute, comme il y est entré.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שַׁלְוַת רְשָׁעִים סוֹפָהּ תַּקָּלָה. נִרְאֶה לִי בס"ד אַחַר אוֹתִיּוֹת 'שֶׁלָּוָה' יֵשׁ מִסְפַּר 'לְתַקָּלָה'. וְהָרְשׁוּת מְקַבֶּרֶת , פֵּירוּשׁ שְׂרָרָה שֶׁל עוֹלָם הַזֶּה עָרֹם נִכְנַס לָהּ דְּאֵין אָדָם נוֹלָד מִבֶּטֶן אִמּוֹ רַב וּמוֹשֵׁל וְשַׁלִּיט וְעָרֹם יוֹצֵא מִמֶּנָּה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ וְאֵין שִׁלְטוֹן בְּיוֹם הַמָּוֶת דִּכְתִיב (מְלָכִים א' ב, א) 'וְיִקְרְבוּ יְמֵי דָּוִד לָמוּת' וְלֹא אָמַר 'הַמֶּלֶךְ' וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל. וְאָמַר צְבִי בֵּיתִי לֵית אֲנָא עֲבִיד פֵּירוּשׁ רְצוֹן בֵּיתוֹ הוּא גּוּפוֹ שֶׁקְּרָאוֹ בִּקְהִלַּת בְּשֵׁם בֵּית אֵין נַעֲשֶׂה רְצוֹנוֹ וְתַאֲוָתוֹ בַּאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה, כִּי הַדַּיָּינִים אֵינָם יְכוֹלִים לֶאֱכֹול קֹודֶם שֶׁיָּדוּנוּ וְכֵן אֵין יְכוֹלִים לִשְׁתּוֹת יַיִן כִּי שִׁיכּוֹר אַל יוֹרֶה וְרֵיקָן לְבֵיתוֹ יְעַוֵּל רֵיקָן מִן הַמָּעוֹת שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לָדוּן בְּשֵׁכָר וּבַזְּמַן הַזֶּה נָהֲגוּ הֶיתֵּר שֶׁאוֹמְרִים הוּא שְׂכַר בַּטָּלָה. וּמַה שֶׁנֶּאֱמַר (אִיּוֹב כ, ו) ' אִם יַעֲלֶה לַשָּׁמַיִם שִׂיאוֹ ' פֵּירוּשׁ שֶׁמַּנְהִיגָם וּמוֹכִיחָם בִּדְבָרִים שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם 'וְרֹאשׁוֹ לְעָב יַגִּיעַ' בִּדְבָרִים שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ.
« La quiétude des méchants finit en catastrophe. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : après les lettres de « chalva » (quiétude) se trouve le compte de « le-takala » (à la catastrophe). « Et l'autorité enterre celui qui la détient » : explication - il s'agit de la domination de ce monde. « Nu il y entre » : car nul ne sort du ventre de sa mère maître, gouverneur et souverain. « Et nu il en sort » : comme ils ont dit, « il n'y a pas de domination au jour de la mort », puisqu'il est écrit (I Rois 2,1) « et les jours de David approchèrent de la mort » - et il n'est pas dit « le roi », comme l'ont expliqué nos maîtres de mémoire bénie. Et il dit : « le désir de ma maison, je ne l'accomplis pas » - explication : le désir de sa maison, c'est son corps, que le Kohelet appelle du nom de « maison » ; son désir et son appétit de manger et de boire ne sont pas accomplis, car les juges ne peuvent pas manger avant de juger, et de même ils ne peuvent pas boire de vin, car un homme ivre ne doit pas trancher la loi. « Et c'est vide qu'il rentre chez lui » : vidé d'argent, car il ne peut juger contre salaire - et de nos jours on a coutume de le permettre, en disant qu'il s'agit d'un dédommagement pour l'interruption du travail (sekhar batala). Et ce qui est dit (Iyov 20,6) « si son élévation monte jusqu'aux cieux » - explication : qu'il les dirige et les réprimande dans les matières entre l'homme et Dieu ; « et que sa tête atteigne la nuée » - dans les matières entre l'homme et son prochain.
💡 Explication

Le daf, après avoir parlé du fauteur, passe à celui qui détient un pouvoir. Trois formules s'enchaînent : la quiétude fabrique la faute (Rachi : de leur tranquillité même, ils s'assoient et méditent des transgressions) ; la rachout - Rachi glose : la rabbanout, la charge de direction - tue celui qui l'exerce ; et l'homme y entre et en sort nu.

Le point le plus fin est le chiasme. La beraita souhaite que la sortie soit comme l'entrée : on entre pur, on risque de sortir souillé. Rav, lui, inverse : que l'entrée soit comme la sortie. Il ne parle plus d'une charge qu'on occupe dans la durée mais d'une séance de jugement dont on ressort - et il redoute que la faute soit commise pendant, non après.

🖼️ Schéma
La rachout enterre celui qui la détient - et la formule que Rav se disait La beraita et Rav emploient les mêmes deux mots, bia et yetsia, mais dans l'ordre inverse. La beraita - sur la charge publique Nu il y entre, nu il en sort. ou-levai che-tehe yetsia ke-via plût au Ciel que la sortie soit comme l'entrée Rachi : qu'il en sorte sans faute, comme il y est entré. Le risque est en aval : la charge salit. Rav - en sortant siéger au tribunal De son plein gré il sort vers la mort ; il n'accomplit pas le désir de sa maison ; il rentre les mains vides. ou-levai che-tehe via ke-yetsia plût au Ciel que l'entrée soit comme la sortie Le risque est en amont : c'est en jugeant qu'on faute. Chalvat rechaim sofah takala - la quiétude des méchants finit en catastrophe Rachi : du sein même de leur tranquillité, ils s'assoient et se mettent à méditer des transgressions. Ben Yehoyada : les trois clauses de Rav décrivent trois privations réelles du juge Sa vie est en jeu s'il se trompe ; il ne peut ni manger ni boire de vin avant de juger ; et il ne peut percevoir de salaire pour son jugement.
Bia et yetsia dans les deux sens : la beraita sur la charge, Rav sur la séance de jugement.
19
רָבָא כִּי הֲוָה נָפֵיק לְדִינָא אָמַר הָכִי:

Rava, lorsqu'il sortait pour juger, disait ceci :

📜 Rachi (1)
נָפֵיק לְדִינָא לִהְיוֹת דָּן דִּין:
« Il sortait pour juger » - pour siéger comme juge dans une affaire.
💡 Explication

Le daf s'interrompt sur l'amorce de la formule de Rava, dont la suite se lit en 87a. Rav parlait de ce qu'il perd en sortant siéger ; Rava, lui, parlera de ce qu'il risque en jugeant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).