Yoma 86a - Les quatre états de la faute, et cette profanation du Nom que seule la mort efface

Yoma 86a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin d'un débat commencé en 85b : la techouva à elle seule expie-t-elle un interdit au sens plein (lav gamour), ou faut-il attendre Yom Kippour ? Trois sources sont opposées à Rav Yehouda ; les deux premières sont écartées par la même clé - lo tissa et tout ce qui lui ressemble - mais la troisième, une derasha en deux crans sur venaké, lo yenaké et et chemo, résiste, et la guemara doit reconnaître qu'il s'agit d'une controverse de tannaim.

Elle revient alors sur le venaké du Horev : Rabbi Elazar montre que la contradiction interne du verset - absoudre / ne pas absoudre - ne se résout que si l'on y introduit la techouva. Suit la scène de Rome, où Rabbi Matia ben Harach interroge Rabbi Elazar ben Azaria sur les quatre divisions de l'expiation de Rabbi Yichmael : elles sont trois, corrige-t-il, car la techouva n'est pas une division, elle accompagne toutes les autres.

La beraita dresse alors l'échelle : un commandement positif s'efface par la techouva séance tenante, un interdit attend Yom Kippour, une faute passible de karet exige encore les yissourim, et le hilloul Hachem - profanation du Nom - ne s'efface que par la mort, parce que, dit Rachi, celui qui la commet faute et fait fauter les autres. La guemara demande alors ce qu'est concrètement un hilloul Hachem, et la réponse surprend : de la viande prise chez le boucher et payée en retard (Rav), quatre coudées sans Torah et sans tefillin (Rabbi Yo'hanan), des collègues qui ont honte de votre réputation, une phrase que les gens laissent tomber sur vous.

Abaye en donne la limite - tout dépend de l'usage du lieu - puis le versant positif : que le Nom du Ciel se fasse aimer par ton entremise. Le daf se clôt sur la grandeur de la techouva : elle apporte la guérison au monde, et selon qu'elle vient de l'amour, de la crainte ou des souffrances, elle fait de vous un fils ou un serviteur - avant d'atteindre, selon Rabbi Levi, le Trône de Gloire lui-même.

Les quatre états de la faute - la beraita de Rabbi Yichmael Plus la faute est lourde, plus l'instrument qui l'efface est coûteux. La techouva, elle, est requise dans les quatre cas. La faute commise Ce qui l'efface Verset d'appui Délai Mitsvat asse commandement positif négligé (+ lav nitak la-asse) La techouva seule. Il ne bouge pas de sa place avant qu'on ne lui pardonne : rien d'autre n'est requis. Chouvou banim chovavim - arpa mechouvotéikhem Jérémie 3,22 immédiat séance tenante Lo taasse interdit au sens plein (lav gamour) La techouva suspend (tola) la sanction ; Yom Kippour, quand il arrive, expie réellement. Ki ba-yom ha-ze yekhaper aleikhem mi-kol hatotéikhem Lévitique 16,30 Yom Kippour une fois l'an Karet et mitot BD retranchement, ou mort par le tribunal La techouva ET Yom Kippour ne font que suspendre ; ce sont les yissourim (souffrances) qui achèvent de purger (memarkin). Oufakadeti be-chevet pichaam ou-vinégaïm avonam Psaumes 89,33 yissourim durée indéfinie Hilloul Hachem profanation du Nom : il faute et fait fauter (Rachi) Techouva, Yom Kippour et yissourim réunis ne font que suspendre. Seule la mort purge - parce que le dommage est dans le regard d'autrui. Im yekhoupar hé-avon ha-ze lakhem ad temoutoun Isaie 22,14 la mort rien avant Rabbi Matia parlait de QUATRE divisions de l'expiation. Rabbi Elazar ben Azaria corrige : elles sont TROIS - et la techouva accompagne chacune. Rachi : ce qui se divise, ce sont les instruments SUPPLÉMENTAIRES (Yom Kippour, yissourim, mort). La techouva, elle, n'est pas une division : elle est requise partout.
L'échelle de l'expiation selon Rabbi Yichmael : à chaque niveau de faute son instrument, et la techouva présente partout.
Qu'est-ce qu'un hilloul Hachem ? Cinq définitions et leur règle commune Aucune ne porte sur un interdit transgressé. Toutes portent sur ce que les gens apprennent en te regardant. La mesure n'est pas l'acte, mais la leçon que le spectateur en tire - et elle croît avec ta stature Rav - la viande impayée Si je prends de la viande chez le boucher et que je ne paie pas sur-le-champ. Rachi : il me croira voleur, et apprendra de moi à prendre le vol à la légère. Limite d'Abaye : seulement là où le boucher ne vient pas réclamer son dû. Ravina et la pratique d'Abaye Ravina : Meta Mehassia est un lieu où l'on réclame - donc aucun soupçon n'y naît du crédit. Abaye, achetant à deux associés, payait une pièce à chacun devant l'autre, puis les réunissait pour faire le compte. Nul ne pouvait le croire non payé. Rabbi Yo'hanan - quatre coudées Si je marche quatre coudées sans Torah et sans tefillin. Rachi : nul ne sait que je me suis affaibli dans mon étude ; on apprendra de moi à se dispenser de l'étude de la Torah. Yits'hak de l'école de R. Yannai Tout homme dont les collègues ont honte à cause de sa réputation - Rachi : à cause du mauvais renom qui court sur lui. Le critère devient social : la gêne de ceux qui te connaissent. Rav Nahman bar Yits'hak - la phrase Quand les gens disent de lui : chara leh mareh li-flani - que son Maître pardonne à untel. Le signe le plus ténu : une formule de pitié. Abaye - le versant positif Ve-ahavta : que le Nom du Ciel se fasse AIMER par ton entremise. Étude + commerce loyal + parole douce = kiddouch Hachem. Ben Yehoyada : Rav et Rabbi Yo'hanan étaient évidemment scrupuleux. S'ils disent kegon ana - par exemple moi - c'est pour dire : chez un homme ordinaire il n'y aurait là aucun hilloul Hachem, car acheter à crédit est banal. C'est la stature qui transforme un acte neutre en profanation.
Les cinq définitions du hilloul Hachem : jamais un interdit transgressé, toujours une leçon que le spectateur tire de toi.
Le fil du daf : d'une question technique à une anthropologie de la faute Reste de 85b La techouva seule expie-t-elle un lav gamour (interdit plein) ? Segments 0 à 2 : trois tentatives houts mi-lo tissa / R. Yehouda / la derasha et chemo. Deux échouent. Segment 3 : la sortie Tanaei hi - c'est une controverse de tannaim. La question reste ouverte. Segment 4 : le venaké du Horev R. Elazar : nake / lo yenaké - selon qu'on se repent ou non. Segments 5 à 7 : R. Yichmael Les quatre états de la faute et l'instrument qui convient à chacun. Segments 8 à 12 : hilloul Hachem Le dernier étage de l'échelle est défini - et il est étonnamment ténu. Segments 13 à 15 Guedola techouva : elle guérit, elle atteint le Trône de Gloire. Vers 86b Rech Lakich : les fautes volontaires deviennent des mérites. Le daf commence par demander combien vaut un interdit, et finit par demander ce que vaut un homme aux yeux de ceux qui le regardent. Le pivot est le mot chilouké - la faute n'est pas une masse, elle a des étages.
Le fil du daf, de la question sur le lav gamour jusqu'à la grandeur de la techouva.
1
חוּץ מ״לא תִּשָּׂא״! ״לֹא תִּשָּׂא״ וְכֹל דְּדָמֵי לֵיהּ.

... sauf « tu ne porteras pas [le nom de l'Éternel ton Dieu en vain] » ! [Réponse :] « tu ne porteras pas » - et tout ce qui lui ressemble.

📜 Rachi (2)
חוּץ מִלֹּא תִּשָּׂא קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ מִשּׁוּם דִּכְתִיב לֹא יְנַקֶּה:
On pensait d'abord que [si la beraita met à part « tu ne porteras pas »] c'est à cause de ce qui est écrit à son sujet : « Il n'absout pas » [donc l'exception serait propre à ce seul interdit].
וְכֹל דְּדָמֵי לֵיהּ לֹא תַעֲשֶׂה גָּמוּר:
[« Et tout ce qui lui ressemble », c'est-à-dire :] un commandement négatif au sens plein.
💡 Explication

Le daf s'ouvre au milieu d'une objection commencée en 85b. Rav Yehouda y avait restreint la michna : quand elle dit que la techouva expie les fautes légères - un commandement positif et un commandement négatif - elle ne vise pas n'importe quel interdit, mais seulement un lav nitak la-asse (un interdit que la Torah elle-même répare par un commandement positif). Un lav gamour, un interdit au sens plein, aurait besoin de Yom Kippour.

On lui opposait une beraita : « voici quelles sont les [fautes] légères - un asse et un lo taasse, sauf lo tissa ». Si la beraita doit exclure nommément le faux serment, c'est bien que tous les autres interdits, y compris les interdits pleins, sont dans la catégorie légère.

La guemara répond en élargissant la portée du mot sauf : la beraita veut dire « lo tissa et tout ce qui lui ressemble » - c'est-à-dire, précise Rachi, tout lav gamour. L'exception n'est donc pas un cas isolé mais une catégorie entière, et Rav Yehouda tient encore.

🖼️ Schéma
Comment lire houts mi-lo tissa - sauf tu ne porteras pas La beraita disait : voici les fautes légères - un asse et un lo taasse, SAUF lo tissa. Tout dépend de la portée de ce sauf. Lecture 1 - l'objection (hava amina) Sauf ne vise QUE lo tissa, à cause du verset qui lui est propre : ki lo yenaké - Il n'absout pas (Rachi : ka salka daatakh). Conséquence : tous les autres lavin, y compris un lav gamour, sont des fautes LEGERES que la techouva expie seule. Rav Yehouda (85b) est réfuté. Lecture 2 - la réponse de la guemara Lo tissa VE-KHÔL DE-DAME LEH : lo tissa et tout ce qui lui ressemble - c'est-à-dire, dit Rachi, tout lav gamour, tout interdit au sens plein. Conséquence : le lo taasse léger de la beraita n'est plus qu'un lav nitak la-asse. Rav Yehouda tient toujours, et l'objection tombe. Le même mécanisme sera réemployé tel quel au segment suivant contre Rabbi Yehouda - d'où l'impression de piétinement, jusqu'au segment 3.
Toute l'objection tient à la portée du mot sauf : vise-t-il un seul verset, ou une catégorie ?
2
תָּא שְׁמַע, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כָּל שֶׁהוּא מ״לא תִּשָּׂא״ וּלְמַטָּה — תְּשׁוּבָה מְכַפֶּרֶת, מ״לא תִּשָּׂא״ וּלְמַעְלָה — תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. ״לֹא תִּשָּׂא״ וְכֹל דְּדָמֵי לֵיהּ.

Viens et écoute : Rabbi Yehouda dit - tout ce qui se situe depuis « tu ne porteras pas » et en dessous, la techouva l'expie ; depuis « tu ne porteras pas » et au-dessus, la techouva suspend et Yom Kippour expie. [Réponse :] « tu ne porteras pas » - et tout ce qui lui ressemble.

💡 Explication

Seconde tentative, et exactement le même mécanisme. Rabbi Yehouda dresse une échelle de gravité dont lo tissa est le point de bascule : tout ce qui est en dessous se règle par la techouva seule ; tout ce qui est au-dessus exige Yom Kippour. Si un interdit plein est situé sous lo tissa, la techouva suffit, et Rav Yehouda tombe.

La guemara répond mot pour mot comme au segment précédent : le seuil n'est pas le seul verset de lo tissa, c'est lo tissa et tout ce qui lui ressemble. Le point de bascule remonte donc pour englober tout lav gamour, et l'échelle de Rabbi Yehouda redevient compatible avec Rav Yehouda.

Noter le procédé : la guemara ne produit aucun argument nouveau, elle applique deux fois la même clé de lecture. C'est le signe qu'elle n'a pas encore de vraie réponse - et cela prépare le retournement du segment 3.

3
תָּא שְׁמַע: לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר בְּחוֹרֵב תְּשׁוּבָה ״וְנִקָּה״, יָכוֹל אַף ״לֹא תִּשָּׂא״ עִמָּהֶן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לֹא יְנַקֶּה״. יָכוֹל אַף שְׁאָר חַייָּבֵי לָאוִין כֵּן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֶת שְׁמוֹ״, שְׁמוֹ הוּא דְּאֵינוֹ מְנַקֶּה, אֲבָל מְנַקֶּה שְׁאָר חַיָּיבֵי לָאוִין.

Viens et écoute : puisqu'il a été dit au Horev, au sujet de la techouva, « et Il absout » (venaké), on aurait pu croire que même « tu ne porteras pas » est parmi eux - c'est pourquoi le verset enseigne : « Il n'absout pas » (lo yenaké). On aurait pu croire qu'il en va de même pour tous les autres passibles d'un interdit - c'est pourquoi le verset enseigne : « Son nom » : c'est Son nom qu'Il n'absout pas, mais Il absout tous les autres passibles d'un interdit.

📜 Rachi (2)
לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר בְּחוֹרֵב תְּשׁוּבָה וְנַקֵּה לְאַחַר מַעֲשֶׂה הָעֵגֶל כְּשֶׁעָלָה מֹשֶׁה לְהִתְפַּלֵּל עֲלֵיהֶן וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ לָהּ:
Après la faute du veau d'or, quand Moche monta prier pour eux [et reçut les treize attributs de miséricorde]. Et plus loin [la guemara] explique [d'où l'on sait qu'il y est question de techouva].
יָכוֹל אַף לֹא תִשָּׂא יְנַקֶּה בִּתְשׁוּבָה:
[On aurait pu croire que même celui qui a transgressé « tu ne porteras pas »] serait absous par la techouva.
💡 Explication

Troisième tentative, et cette fois la preuve est autrement solide, parce qu'elle vient d'une derasha (exégèse de verset) et non d'une simple classification. Elle procède en deux crans successifs de restriction.

Point de départ : au Horev, après la faute du veau d'or, Dieu a proclamé venaké - « et Il absout ». La techouva absout donc. Premier cran : irait-elle jusqu'à absoudre le faux serment ? Non - le verset dit aussi lo yenaké, « Il n'absout pas ». Second cran : ce refus vaudrait-il alors pour tous les interdits ? Non - le verset précise et chemo, « Son nom » : c'est celui qui profane Son Nom qu'Il n'absout pas ; tous les autres hayavei lavin, Il les absout.

Résultat : un interdit plein est expié par la techouva seule. Et ici la parade « lo tissa et tout ce qui lui ressemble » est inutilisable, puisque la beraita a elle-même dit, explicitement, chear hayavei lavin - tous les autres passibles d'un interdit.

🖼️ Schéma
La derasha en deux crans : venaké, lo yenaké, et chemo Une exégèse qui restreint deux fois de suite - et qui, cette fois, atteint vraiment le lav gamour. Point de départ : au Horev il a été dit venaké - et Il absout Rachi : après la faute du veau d'or, quand Moche monta prier. Donc : la techouva absout. Cran 1 - yakhol af lo tissa ? Même celui qui a juré en vain serait-il absous ? Talmud lomar : LO YENAKÉ - Il n'absout pas (Exode 34,7). Non : lo tissa est exclu de l'absolution par la techouva seule. On aurait pu s'arrêter là et conclure que tous les interdits sont exclus - c'est le second cran qui empêche cette dérive. Cran 2 - yakhol af chear hayavei lavin ? Tous les autres interdits aussi ? Talmud lomar : ET CHEMO - Son nom (Exode 20,7). C'est Son NOM qu'Il n'absout pas ; les autres passibles de lavin, Il les absout. La restriction porte sur un objet précis - le Nom - et non sur une catégorie de gravité. Résultat : un lav gamour EST expié par la techouva seule. Cette fois la réponse ve-khôl de-dame leh ne peut plus servir.
La derasha du Horev en deux crans : lo yenaké exclut lo tissa, et chemo empêche cette exclusion de s'étendre à tous les interdits.
4
תַּנָּאֵי הִיא, דְּתַנְיָא: עַל מַה תְּשׁוּבָה מְכַפֶּרֶת — עַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁנִּיתַּק לַעֲשֵׂה, וְעַל מַה תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר — עַל כָּרֵיתוֹת וְעַל מִיתוֹת בֵּית דִּין, וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה גָּמוּר.

C'est [une controverse] de tannaim, comme il a été enseigné : sur quoi la techouva expie-t-elle ? Sur un commandement positif, et sur un commandement négatif qui se résout en un commandement positif.

Et sur quoi la techouva suspend-elle, Yom Kippour expiant [ensuite] ? Sur les [fautes passibles de] karet, sur les [fautes passibles de] mort par le tribunal, et sur un commandement négatif au sens plein.

💡 Explication

Renversement de stratégie. Au lieu de neutraliser la preuve, la guemara l'accepte - et la met dans la bouche d'un tanna. Tanaei hi : c'est une controverse de tannaim. La beraita du segment 2 exprime une position ; la beraita citée ici en exprime une autre, qui distingue explicitement le lav nitak la-asse (expié par la techouva) du lav gamour, rangé avec les karetot et les mitot beit din parmi les fautes qui attendent Yom Kippour.

Rav Yehouda a donc, en 85b, lu notre michna selon ce second tanna. La question de fond - un interdit plein s'efface-t-il par la seule techouva ? - reste ouverte, mais elle n'est plus une objection contre lui : elle est devenue une mahloket assumée.

Le prix de cette sortie est réel : la guemara renonce à trancher. C'est fréquent quand deux sources tannaitiques sont également fiables et qu'aucune ne peut être réinterprétée sans violence.

🖼️ Schéma
Tanaei hi - la controverse de tannaim sur le lav gamour La guemara ne tranche pas : elle constate que deux tannaim s'opposent, et l'objection cesse d'en être une. Tanna A - la beraita de notre segment La techouva expie : un mitsvat asse, et un lav nitak la-asse (interdit qui se résout par un positif). La techouva suspend, Yom Kippour expie : les karetot, les mitot beit din, et LE LAV GAMOUR. C'est exactement la lecture que Rav Yehouda donnait de notre michna en 85b. Il a donc un tanna derrière lui. Tanna B - la beraita de et chemo La techouva expie : un asse, un lav nitak la-asse, ET AUSSI un lav gamour. Exclu de cette absolution : lo tissa seul - parce que le verset a explicitement dit et chemo. Ici la ligne de partage n'est plus la gravité de la sanction, mais l'objet visé : le Nom. Nafka mina pratique Un homme a transgressé un interdit plein - il a mangé du helev - puis a fait techouva le 5 tichri. Selon le tanna A, il n'est pas encore quitte : sa sanction est seulement suspendue jusqu'à Yom Kippour. Selon le tanna B, son compte est déjà soldé le jour même.
Les deux tannaim, leur ligne de partage, et la différence pratique pour un homme qui fait techouva avant Yom Kippour.
5
אָמַר מָר: לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר בְּחוֹרֵב ״וְנִקָּה״. מְנָא לַן? דְּתַנְיָא, רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר ״נִקָּה״, שֶׁכְּבָר נֶאֱמַר ״לֹא יְנַקֶּה״, וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר ״לֹא יְנַקֶּה״, שֶׁכְּבָר נֶאֱמַר ״נִקָּה״. הָא כֵיצַד? מְנַקֶּה הוּא לְשָׁבִין, וְאֵינוֹ מְנַקֶּה לְשֶׁאֵינָן שָׁבִין.

Le Maître a dit : « puisqu'il a été dit au Horev « et Il absout » ». D'où le tenons-nous [que la techouva y est en cause] ?

Comme il a été enseigné : Rabbi Elazar dit - il est impossible de dire « Il absout », puisqu'il est déjà dit « Il n'absout pas » ; et il est impossible de dire « Il n'absout pas », puisqu'il est déjà dit « Il absout ». Comment donc ?

Il absout ceux qui se repentent, et Il n'absout pas ceux qui ne se repentent pas.

📜 Rachi (1)
אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר נַקֵּה שֶׁכְּבָר נֶאֱמַר לֹא יְנַקֶּה דִּכְתִיב נִקָּה לֹא יְנַקֶּה גַּבֵּי הֲדָדֵי:
Car il est écrit « nake lo yenaké » (absoudre Il n'absout pas), les deux termes l'un à côté de l'autre [dans le même verset].
🪔 Ben Yehoyada (1)
אי־אפשר לומר " ונקה ", שכבר נאמר : (שמות לד, ז) " לא ינקה ". הקשה הרי"ף ז"ל איך אומר שכבר נאמר 'לא ינקה' והלא מה שאמר 'לא ינקה' הוא אחר 'ונקה'? עיין שם. ונראה לי בס"ד דקאי עלן דאמרינן י"ג מידות בבקשת רחמים דכן אמרו רבותינו ז"ל (ראש השנה יז:) ברית כרותה לי"ג מדות שאין חוזרין ריקם ואמר הקב"ה למשה רבינו ע"ה כל זמן שישראל אומרים לפני כסדר הזה אני עונה אותם ואם כן הכונה כך, אי אפשר לומר 'ונקה' בלבד בבקשת רחמים דהיינו לסיים כאן שכבר נאמר בתורה אחר זה 'לא ינקה' דנראה שהם המשך אחד על דרך מה שנאמר (שמות ה, כג) 'והצל לא הצלת את עמך' שאין מאמר 'לא ינקה' דבר אחר בפני עצמו אלא דבוק עם 'ונקה', ואי אפשר לנו לומר בבקשת רחמים גם תיבות לא ינקה שכבר בבקשת רחמים של משה רבינו ע"ה אמר 'ונקה' בלבד שסיים כאן, ותיבות אלו אף על פי שכתבם בתורה אחר תיבת 'ונקה' לא אמר אותם בבקשת רחמים הא כיצד, אלא מוכרחים אנחנו ליישב הכתוב מה שנאמר 'לא ינקה' אין אלו התיבות דבוקים עם 'ונקה' על דרך מה שנאמר 'והצל לא הצלת את עמך' אלא 'ונקה' ענין לחוד שמדבר על השבים ואומרו 'לא ינקה' ענין לחוד שמדבר על אותם שאינם שבים דאחר שאמר ונקה לשבים חזר ואמר מלתא אחריתי 'לא ינקה' לאינם שבים ואינם דבוקים זה בזה כמו שנאמר 'והצל לא הצלת את עמך' שהם דבר אחד ולכן אנחנו בבקשת רחמים נוכל לסיים בתיבת 'ונקה' ואין צורך לומר גם לא ינקה דזה מלתא באפי נפשה היא. ודע דאף על גב דאם אינם שבין פשיטא ד'לא ינקה' ולמאי אצטריך לומר 'לא ינקה' נראה דבא ללמד אם היה העולם חציו חייב וחציו זכאי וזה עשה עבירה והכריעו לכף חובה דודאי עונו חמור מאה פעמים על מה שהוא, ואחר כך הוסיף אדם מצות והכריע לכף זכות דבטלה הגרמא הרעה של זה עם כל זה אם לא שב על עונו לא ינקה לו עונש שראוי לו בשביל הגרמא אף על פי שעתה בטל ההיזק שלה.
« Il est impossible de dire venaké, puisqu'il est déjà dit (Exode 34,7) lo yenaké. » Le RIF (Rabbi Yochiyahou Pinto) a objecté : comment peut-on dire « puisqu'il est déjà dit lo yenaké », alors que le lo yenaké vient APRÈS le venaké ? Voir là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que [la beraita] se rapporte à nous, qui récitons les treize attributs dans notre demande de miséricorde ; car ainsi ont dit nos maîtres (Roch Hachana 17b) : une alliance a été conclue avec les treize attributs, qu'ils ne reviennent jamais les mains vides, et le Saint béni soit-Il a dit à Moche notre maître, la paix soit sur lui : chaque fois qu'Israël dira devant Moi selon cet ordre, Je leur répondrai. Si tel est le cas, le sens est celui-ci : il est impossible de dire venaké seul dans la demande de miséricorde, c'est-à-dire de s'arrêter là, puisqu'il est déjà dit dans la Torah, après cela, lo yenaké - car il semblerait que les deux forment une seule suite continue, à la manière de ce qui est dit (Exode 5,23) « et délivrer, Tu n'as pas délivré Ton peuple », de sorte que lo yenaké ne serait pas une proposition à part entière mais serait soudé à venaké ; et il nous est [pourtant] impossible de dire dans la demande de miséricorde également les mots lo yenaké, puisque déjà dans la demande de miséricorde de Moche notre maître, la paix soit sur lui, il a dit venaké seul et s'est arrêté là - et ces mots-là, bien qu'il les ait écrits dans la Torah après le mot venaké, il ne les a pas dits dans la demande de miséricorde. « Comment donc ? » : nous sommes contraints d'expliquer le verset ainsi - ce qui est dit lo yenaké, ces mots ne sont pas soudés à venaké à la manière de « et délivrer, Tu n'as pas délivré Ton peuple », mais venaké est un sujet en soi, qui parle de ceux qui se repentent, et lo yenaké est un sujet en soi, qui parle de ceux qui ne se repentent pas : après avoir dit venaké pour les pénitents, Il est revenu et a dit une autre chose, lo yenaké, pour les non-pénitents ; et ils ne sont pas soudés l'un à l'autre comme « et délivrer, Tu n'as pas délivré », qui ne font qu'un. C'est pourquoi nous pouvons, dans la demande de miséricorde, terminer sur le mot venaké, sans qu'il soit besoin de dire aussi lo yenaké, puisque c'est là un sujet indépendant. Et sache que, bien que pour ceux qui ne se repentent pas il soit évident qu'Il n'absout pas - à quoi bon alors dire lo yenaké ? -, il semble que cela vienne enseigner ceci : si le monde était à moitié coupable et à moitié méritant, et que celui-ci ait commis une faute et fasse ainsi pencher [la balance] du côté de la culpabilité - certes sa faute est alors cent fois plus lourde qu'elle ne l'est en elle-même ; et si ensuite un homme a ajouté des mitsvot et fait pencher [la balance] du côté du mérite, de sorte que la causation mauvaise de celui-là s'est trouvée annulée - malgré tout cela, s'il ne s'est pas repenti de sa faute, ne lui sera pas remis le châtiment qui lui revient pour cette causation, quand bien même son dommage est désormais annulé.
💡 Explication

La guemara revient sur un mot lâché au passage dans la beraita du segment 2 : « puisqu'il a été dit au Horev, au sujet de la techouva, venaké ». Mais où la techouva figure-t-elle dans les treize attributs de miséricorde ? Nulle part explicitement.

Rabbi Elazar la fait sortir de la tension interne du verset. Exode 34,7 juxtapose deux termes contradictoires - nake lo yenaké, « absoudre Il n'absout pas » - et Rachi souligne qu'ils sont écrits côté à côté. Impossible de retenir l'un sans effacer l'autre. La seule lecture qui sauve les deux introduit une variable absente du texte : le partage entre ceux qui se repentent et ceux qui ne se repentent pas. Autrement dit, c'est la contradiction elle-même qui prouve que la techouva a été dite au Horev.

Le Ben Yehoyada déplace la question du verset vers la liturgie : pourquoi, dans nos supplications, s'arrête-t-on a venaké sans dire lo yenaké ? Précisément parce que ce sont deux propositions indépendantes et non une seule expression continue.

🖼️ Schéma
Naké lo yenaké - deux mots contigus qui se contredisent Exode 34,7, treizième attribut de miséricorde. Rachi : les deux termes sont écrits l'un à côté de l'autre. נקה לא ינקה nake - Il absout Impossible de le dire de tous : le verset dit déjà, juste après, qu'Il n'absout pas. Sinon le pardon serait automatique. lo yenaké - Il n'absout pas Impossible de le dire de tous : le verset dit déjà, juste avant, qu'Il absout. Sinon le pardon serait impossible. Rabbi Elazar : ha keitsad - comment donc ? Menaké hou la-chavim - Il absout ceux qui se repentent ; ve-eino menaké le-che-einan chavim - Il n'absout pas ceux qui ne se repentent pas.
Deux mots contigus, chacun impossible à lire seul : la techouva est la variable cachée qui les réconcilie.
6
שָׁאַל רַבִּי מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ אֶת רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה בְּרוֹמִי: שָׁמַעְתָּ אַרְבָּעָה חִלּוּקֵי כַּפָּרָה שֶׁהָיָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל דּוֹרֵשׁ? אָמַר: שְׁלֹשָׁה הֵן, וּתְשׁוּבָה עִם כָּל אֶחָד וְאֶחָד.

Rabbi Matia ben Harach demanda à Rabbi Elazar ben Azaria, à Rome : as-tu entendu les quatre divisions de l'expiation que Rabbi Yichmael exposait ? Il répondit : elles sont trois - et la techouva accompagne chacune d'elles.

📜 Rachi (2)
חִלּוּקֵי כַּפָּרָה שֶׁחֲלוּקִין בְּכַפָּרָתָן זֶה כָּךְ וְזֶה כָּךְ:
[Des catégories de fautes] qui se distinguent quant à leur expiation : celle-ci de telle manière, celle-là de telle autre.
אָמַר לוֹ שָׁלֹשׁ הֵן הַנֶּחֱלָקִין שֶׁיֵּשׁ עֲבֵירָה שֶׁהִיא צְרִיכָה לָזֶה וְאֵינָהּ צְרִיכָה לָזֶה אֲבָל תְּשׁוּבָה אֵינָהּ מִן הַחֲלוּקִין שֶׁהִיא צְרִיכָה לְכֻולָּן:
Il lui répondit : trois sont [les éléments] qui se divisent, car il existe une faute qui a besoin de ceci et n'a pas besoin de cela ; mais la techouva ne fait pas partie de ce qui se divise, puisqu'elle est nécessaire à toutes.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' חַטָּאת וְאָשָׁם וַדַּאי מְכַפְּרִין. מִיתָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפְּרִים עִם הַתְּשׁוּבָה וְהַתְּשׁוּבָה מְכַפֶּרֶת עַל עֲבֵירוֹת קַלּוֹת וְעַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה. וְעַל הַחֲמוּרוֹת תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר: גְּמ' תְּשׁוּבָה מְכַפֶּרֶת עַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה הַשְׁתָּא עַל לֹא תַעֲשֶׂה מְכַפֶּרֶת עַל עֲשֵׂה מִיבַּעְיָא. אָמַר רַב יְהוּדָה הָכִי קָאָמַר עַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה הַנִּיתָּק לַעֲשֵׂה: [דַּף פּוֹ ע"א] שָׁאַל רַ' מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ אֶת רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה בְּרוֹמִי שָׁמַעְתָּ אַרְבָּעָה חִלּוּקֵי כַּפָּרָה שֶׁהָיָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל דּוֹרֵשׁ. אָמַר לוֹ שְׁלֹשָׁה הֵן וּתְשׁוּבָה עִם כָּל אַחַת וְאַחַת מֵהֶם. עָבַר מִצְוַת עֲשֵׂה וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה לָא זָז מִשָּׁם עַד שֶׁמּוֹחֲלִין לוֹ שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים אֶרְפָּא מְשׁוּבוֹתֵיכֶם. עָבַר לֹא תַעֲשֶׂה וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר שֶׁנֶּאֱמַר כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם לְטַהֵר אֶתְכֶם. עָבַר עַל כָּרֵיתוֹת וּמִיתוֹת ב"ד וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה תְּשׁוּבָה ויוה"כ תּוֹלִין וְיִסּוּרִין מְמָרְקִין שֶׁנֶּאֱמַר וּפָקַדְתִּי בְשֵׁבֶט פִּשְׁעָם וּבִנְגָעִים עֲוֹנָם. אֲבָל מִי שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ חִילּוּל הַשֵּׁם אֵין כֹּחַ בִּתְשׁוּבָה לִתְלוֹת וְלֹא ביוה"כ לְכַפֵּר וְלֹא בְּיִסּוּרִין לְמָרֵק אֶלָּא כֻּולָּן תּוֹלִין וּמִיתָה מְמָרֶקֶת שֶׁנֶּאֱמַר וְנִגְלָה בְאָזְנָי ה' צְבָאוֹת אִם יְכֻופַּר הֶעָוֹן הַזֶּה לָכֶם עַד תְּמֻותוּן. הֵיכִי דָּמֵי חִילּוּל הַשֵּׁם. אָמַר רַב כְּגוֹן אֲנָא דְּשָׁקֵילְנָא בִּישְׂרָא מִטַּבָּחַיָּא וְלָא יָהֵיבְנָא דְּמֵי לְאַלְתַּר. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר כְּגוֹן אֲנָא דִּמְסַגֵּינָא אַרְבַּע אַמּוֹת בְּלֹא תּוֹרָה וּבְלֹא תְּפִילִּין. רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי אוֹמֵר כָּל שֶׁחֲבֵירָיו בּוֹשִׁים מִשְּׁמוּעָתוֹ. הֵיכִי דָּמֵי אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק כְּגוֹן דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי שְׁרָא לֵיהּ מָרָא לִפְלָנְיָא. אַבָּיֵי אָמַר כִּדְתַנְיָא וְאָהַבְתָּ אֵת ה' אֱ-לֹהֶיךָ עֲשֵׂה שֶׁיְּהֵא שֵׁם שָׁמַיִם מִתְאַהֵב עַל יָדֶיךָ. הָא כֵיצַד בִּזְמַן שֶׁאָדָם קוֹרֵא וְשׁוֹנֶה בַּתּוֹרָה וּמְשַׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים וּמַשָּׂאוֹ וּמַתָּנוֹ בַּשּׁוּק בֶּאֱמוּנָה וְדִבּוּרוֹ בְּנַחַת עִם הַבְּרִיּוֹת מָה הַבְּרִיּוֹת אוֹמְרוֹת עָלָיו אַשְׁרֵי פְּלוֹנִי וּמִי שֶׁלּוֹמֵד תּוֹרָה אַשְׁרֵי אָבִיו אַשְׁרֵי אִמּוֹ אַשְׁרֵי רַבּוֹ שֶׁלָּמְדוּ. אוֹי לָהֶם לִבְנֵי אָדָם שֶׁלֹּא לָמְדוּ תּוֹרָה רְאִיתֶם פְּלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה כַּמָּה נָאִים דְּרָכָיו כַּמָּה מְתֻוקָּנִים מַעֲשָׂיו עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר וַיֹּאמֶר לִי עַבְדִּי אָתָּה יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר בְּךָ אֶתְפָּאָר. אֲבָל בִּזְמַן שֶׁאָדָם קוֹרֵא וְשׁוֹנֶה וּמְשַׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים וְאֵין מַשָּׂאוֹ וּמַתָּנוֹ בַּשּׁוּק בֶּאֱמוּנָה וְאֵין דִּבּוּרוֹ בְּנַחַת עִם הַבְּרִיּוֹת מָה הַבְּרִיּוֹת אוֹמְרוֹת עָלָיו אוֹ לוֹ לִפְלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה אוֹי לוֹ לְאָבִיו וּלְרַבּוֹ שֶׁלָּמְדוּ תּוֹרָה אַשְׁרֵי בְּנֵי אָדָם שֶׁלֹּא לָמְדוּ תּוֹרָה רְאִיתֶם פְּלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה כַּמָּה מְכֹועָרִים מַעֲשָׂיו כַּמָּה מְקֻולְקָלִים דְּרָכָיו עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר בֶּאֱמֹור לָהֶם עַם ה' אֵלֶּה וּמֵאַרְצוֹ יָצָאוּ. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא בַּר חָמָא גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמְּבִיאָה רְפוּאָה לָעוֹלָם שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים אֶרְפָּא מְשׁוּבוֹתֵיכֶם. אָמַר רַבִּי לֵוִי גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמַּגַּעַת עַד כִּסֵּא הַכָּבוֹד שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד ה' אֱ-לֹהֶיךָ. [דַּף פּוֹ ע"ב] אָמַר רשב"ל גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁזְּדוֹנוֹת נַעֲשׂוּ לוֹ כִּשְׁגָגוֹת שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד ה' אֱ-לֹהֶיךָ כִּי כָשַׁלְתָּ בַּעֲוֹנֶךָ. עָוֹן מֵזִיד הוּא וְקָרֵי לֵיהּ מִכְשׁוֹל. אֵינִי וְהָא אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁעוֹנוֹת נַעֲשׂוֹת לוֹ כִּזְכִיּוֹת שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשׁוּב רָשָׁע מֵרִשְׁעָתוֹ וְעָשָׂה מִשְׁפָּט וּצְדָקָה חָיֹה יִחְיֶה. לָא קַשְׁיָא כָּאן מֵאַהֲבָה וְכָאן מִיִּרְאָה. אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמַּאֲרֶכֶת יָמָיו שֶׁל אָדָם שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשׁוּב רָשָׁע מֵרִשְׁעָתוֹ וְעָשָׂה מִשְׁפָּט וּצְדָקָה חָיֹה יִחְיֶה. הֵיכִי דָּמֵי בַּעַל תְּשׁוּבָה. כְּגוֹן שֶׁבָּא עֲבֵירָה לְיָדוֹ וּפֵירֵשׁ. מַחְוֵי רַב יְהוּדָה בְּאוֹתָהּ אִשָּׁה וּבְאוֹתוֹ מָקוֹם וּבְאוֹתוֹ הַפֶּרֶק. אָמַר רַב יְהוּדָה [רַב]רָמֵי (רַב דִּימֵי בַּר אַשִּׁי) כְּתִיב אַשְׁרֵי נְשׂוּי פֶּשַׁע כְּסוּי חֲטָאָה וּכְתִיב מְכַסֶּה פְשָׁעָיו לֹא יַצְלִיחַ. לָא קַשְׁיָא כָּאן בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לְמָקוֹם וְכָאן בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ. תַּנְיָא רַבִּי יוֹסֵי בַּר' יְהוּדָה אוֹמֵר אָדָם עוֹבֵר עֲבֵירָה רִאשׁוֹנָה מוֹחֲלִין לוֹ שְׁנִיָּה מוֹחֲלִין לוֹ שְׁלִישִׁית מוֹחֲלִין לוֹ רְבִיעִית אֵין מוֹחֲלִין לוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר כֹּה אָמַר ה' עַל שְׁלֹשָׁה פִּשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל וְעַל אַרְבָּעָה לֹא אֲשִׁיבֶנּוּ וְאוֹמֵר הֶן כָּל אֵלֶּה יִפְעַל אֵל פַּעֲמַיִם שָׁלֹשׁ עִם גָּבֶר. מַאי וְאוֹמֵר וְכִי תֵּימָא ה"מ בְּצִבּוּר אֲבָל בְּיָחִיד לָא קָא מַשְׁמַע לַן. נִרְאֶה לִי לְפָרֵשׁ רְבִיעִית אֵין מוֹחֲלִין לוֹ אִם הִיא מִצְוַת עֲשֵׂה אֵין מוֹחֲלִין מִיָּד כְּשֶׁעָשָׂה תְּשׁוּבָה אֶלָּא תְּשׁוּבָה תּוֹלָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר כְּדִין חַיָּיבֵי לָאוִין. וְכֵן אִם הִיא מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה מִיתָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים תּוֹלִין וְיִסּוּרִין מְמָרְקִין: גָּרְסִינַן בְּפֶ' סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת (דַּף טז.) תָּנוּ רַבָּנַן אָדָם שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ עֲבֵירָה וּמִתְוַדֶּה וְאֵינוֹ חוֹזֵר בָּהּ לְמָה הוּא דּוֹמֶה לְאָדָם שֶׁתּוֹפֵס שֶׁרֶץ בְּיָדוֹ שֶׁאֲפִילּוּ טוֹבֵל בְּכָל הַמֵּימוֹת שֶׁבָּעוֹלָם לֹא עָלְתָה לוֹ טְבִילָה זְרָקוֹ מִיָּד עָלְתָה לוֹ טְבִילָה שֶׁנֶּאֱמַר וּמוֹדֶה וְעֹוזֵב יְרֻוחָם וְאוֹמֵר נִשָּׂא לְבָבֵנוּ אֶל כַּפָּיִם אֶל אֵל בַּשָּׁמָיִם. תַּנְיָא עֲבֵירוֹת שֶׁהִתְוַדָּה עֲלֵיהֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים זֶה אֵינוֹ מִתְוַדֶּה עֲלֵיהֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים אַחֵר וְאִם לֹא שָׁנָה עֲלֵיהֶם וְהִתְוַדָּה עֲלֵיהֶם עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר כְּכֶלֶב שָׁב עַל קִיאוֹ וְגוֹ'. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר כָּל שֶׁכֵּן הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח שֶׁנֶּאֱמַר כִּי פְשָׁעַי אֲנִי אֵדָע וְחַטָּאתִי נֶגְדִּי תָמִיד. אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַייֵּם כְּכֶלֶב שָׁב עַל קִיאוֹ כִּדְרַב הוּנָא דְּאָמַר רַב הוּנָא כֵּיוָן שֶׁעָבַר אָדָם עֲבֵירָה וְשָׁנָה בָּהּ הֻותְּרָה לוֹ. הֻותְּרָה לוֹ סָלְקָא דַּעְתָּךְ אֶלָּא אֵימָא נַעֲשֵׂית לוֹ כְּהֶיתֵּר. וְצָרִיךְ לְפָרֵשׁ אֶת הַחֵטְא שֶׁנֶּאֱמַר אָנָּא חָטָא הָעָם הַזֶּה חֲטָאָה גְדֹולָה וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר אֵין צָרִיךְ אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַייֵּם וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב כִּדְרַבִּי יַנַּאי דְּאָמַר רַבִּי יַנַּאי אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם בִּשְׁבִיל כֶּסֶף וְזָהָב שֶׁהִשְׁפַּעְתָּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל עַד שֶׁיֹּאמְרוּ דַּי גָּרַם לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת לָהֶם אֱ-לֹהֵי זָהָב. מְפַרְסְמִין אֶת הַחֲנֵפִים מִפְּנֵי חִילּוּל הַשֵּׁם שֶׁנֶּאֱמַר וּבְשׁוּב צַדִּיק מִצִּדְקָתוֹ וְעָשָׂה עָוֶל וְנָתַתִּי מִכְשׁוֹל לְפָנָיו: [דַּף פז ע"א] כָּל הַמְזַכֶּה אֶת הָרַבִּים אֵין חֵטְא בָּא עַל יָדוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהוּ תַּלְמִידָיו נוֹחֲלִין לָעוֹלָם הַבָּא וְהוּא יוֹרֵד לִשְׁאֹול שֶׁנֶּאֱמַר כִּי לֹא תַעֲזֹוב נַפְשִׁי לִשְׁאוֹל לֹא תִתֵּן חֲסִידְךָ לִרְאוֹת שָׁחַת. וְכָל הַמַּחְטִיא אֶת הָרַבִּים אִין מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה שֶׁלֹּא יְהוּ תַּלְמִידָיו יוֹרְדִין לִשְׁאוֹל וְהוּא נוֹחֵל הָעוֹלָם הַבָּא שֶׁנֶּאֱמַר אָדָם עָשֻׁוק בְּדַם נָפֶשׁ עַד בּוֹר יָנוּס אַל יִתְמְכוּ בוֹ:
MICHNA. Le hatat et l'acham vadai expient. La mort et Yom Kippour expient avec la techouva. Et la techouva expie les transgressions légères, un commandement positif et un commandement négatif ; et pour les [transgressions] graves, la techouva suspend et Yom Kippour expie. GUEMARA. « La techouva expie un commandement positif et un commandement négatif » - or si elle expie un commandement négatif, faut-il [encore le dire] pour un commandement positif ? Rav Yehouda a dit : voici ce qu'elle veut dire - un commandement positif, et un commandement négatif qui se résout en un commandement positif. [Page 86a] Rabbi Matia ben Harach demanda à Rabbi Elazar ben Azaria, à Rome : as-tu entendu les quatre divisions de l'expiation que Rabbi Yichmael exposait ? Il lui répondit : elles sont trois, et la techouva accompagne chacune d'elles. Celui qui a transgressé un commandement positif et a fait techouva ne bouge pas de là avant qu'on ne lui pardonne, ainsi qu'il est dit : « revenez, fils dévoyés, Je guérirai vos dévoiements ». Celui qui a transgressé un commandement négatif et a fait techouva - la techouva suspend et Yom Kippour expie, ainsi qu'il est dit : « car en ce jour Il expiera pour vous, pour vous purifier ». Celui qui a transgressé des [fautes passibles de] karet ou de mort par le tribunal et a fait techouva - la techouva et Yom Kippour suspendent, et les yissourim (souffrances) achèvent de purger, ainsi qu'il est dit : « Je punirai leur révolte par la verge, et leur faute par des plaies ». Mais celui qui a entre les mains une profanation du Nom - la techouva n'a pas la force de suspendre, ni Yom Kippour d'expier, ni les yissourim de purger ; toutes ne font que suspendre, et c'est la mort qui purge, ainsi qu'il est dit : « et l'Éternel Tsevaot s'est révélé à mes oreilles : cette faute ne vous sera pas expiée jusqu'à votre mort ». De quoi s'agit-il, une profanation du Nom ? Rav a dit : par exemple moi, qui prends de la viande à l'étal du boucher et ne donne pas l'argent sur-le-champ. Et Rabbi Yo'hanan a dit : par exemple moi, qui marche quatre coudées sans Torah et sans tefillin. Rabbi Yits'hak bar Avdimi dit : tout [homme] dont les collègues ont honte à cause de sa réputation. De quoi s'agit-il ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : par exemple lorsque les gens disent - que son Maître pardonne à untel. Abaye a dit : comme il a été enseigné - « et tu aimeras l'Éternel ton Dieu » : fais que le Nom du Ciel se fasse aimer par ton entremise. Comment donc ? Lorsqu'un homme lit et étudie la Torah, sert les sages, que ses affaires au marché se font avec loyauté et que sa parole est douce avec les créatures - que disent les gens à son sujet ? Heureux untel qui a étudié la Torah, heureux son père, heureuse sa mère, heureux son maître qui lui a enseigné ! Malheur aux hommes qui n'ont pas étudié la Torah ! Avez-vous vu untel qui a étudié la Torah, comme ses voies sont belles, comme ses actes sont accomplis ? À son sujet le verset dit : « Il m'a dit : tu es Mon serviteur, Israël, en qui Je Me glorifie ». Mais lorsqu'un homme lit et étudie et sert les sages, et que ses affaires au marché ne se font pas avec loyauté et que sa parole n'est pas douce avec les créatures - que disent les gens à son sujet ? Malheur à untel qui a étudié la Torah, malheur à son père et à son maître qui lui ont enseigné la Torah ! Heureux les hommes qui n'ont pas étudié la Torah ! Avez-vous vu untel qui a étudié la Torah, comme ses actes sont laids, comme ses voies sont corrompues ? À son sujet le verset dit : « lorsqu'on disait d'eux : c'est le peuple de l'Éternel, et de Son pays ils sont sortis ». Rabbi Hanina bar Hama a dit : grande est la techouva, car elle apporte la guérison au monde, ainsi qu'il est dit : « revenez, fils dévoyés, Je guérirai vos dévoiements ». Rabbi Levi a dit : grande est la techouva, car elle atteint le Trône de Gloire, ainsi qu'il est dit : « reviens, Israël, jusqu'à l'Éternel ton Dieu ». [Page 86b] Rabbi Chimon ben Lakich a dit : grande est la techouva, car les fautes volontaires deviennent pour lui comme des fautes involontaires, ainsi qu'il est dit : « reviens, Israël, jusqu'à l'Éternel ton Dieu, car tu as trébuché par ta faute » - or une faute volontaire, et il l'appelle un trébuchement ! N'est-ce pas ? Mais Rabban Chimon ben Gamliel a dit : grande est la techouva, car les fautes deviennent pour lui comme des mérites, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté et accomplit droit et justice, il vivra par eux ». Ce n'est pas une difficulté : ici [il s'agit d'une techouva] par amour, là, par crainte. Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : grande est la techouva, car elle allonge les jours de l'homme, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté et accomplit droit et justice, il vivra par eux ». De quoi s'agit-il, un baal techouva ? Par exemple celui à qui la même faute s'est présentée et qui s'en est écarté. Rav Yehouda précisa : avec la même femme, au même endroit, à la même saison. Rav Yehouda [rapportant Rav Rami - ou Rav Dimi bar Achi] a dit : il est écrit « heureux celui dont la révolte est portée, dont la faute est couverte », et il est écrit « celui qui couvre ses révoltes ne réussira pas ». Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit des fautes entre l'homme et Dieu, là des fautes entre l'homme et son prochain. Il a été enseigné : Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda dit - un homme commet une faute une première fois, on lui pardonne ; une deuxième fois, on lui pardonne ; une troisième fois, on lui pardonne ; une quatrième fois, on ne lui pardonne pas, ainsi qu'il est dit : « ainsi a dit l'Éternel : pour trois révoltes d'Israël, et pour quatre, Je ne reviendrai pas [sur Mon décret] » ; et il est dit : « voici, toutes ces choses, Dieu les fait deux fois, trois fois, avec l'homme ». Que vient ajouter le « et il est dit » ? Si tu disais : cela ne vaut que pour la communauté mais non pour l'individu - il vient nous apprendre [qu'il en va de même pour l'individu]. Il me semble expliquer ainsi « une quatrième fois on ne lui pardonne pas » : s'il s'agit d'un commandement positif, on ne lui pardonne pas immédiatement lorsqu'il fait techouva, mais la techouva suspend et Yom Kippour expie, selon la règle de ceux qui sont passibles d'un interdit ; et de même, s'il s'agit d'un commandement négatif, [la techouva et] Yom Kippour suspendent, et les yissourim achèvent de purger. Nous lisons au chapitre Seder Taaniyot (Taanit 16a) : nos maîtres ont enseigné - un homme qui a une faute entre les mains, qui la confesse mais ne s'en détourne pas, à quoi ressemble-t-il ? À un homme qui tient un reptile impur dans sa main : même s'il s'immerge dans toutes les eaux du monde, son immersion ne lui vaut rien. Qu'il le jette de sa main, et aussitôt son immersion lui vaut, ainsi qu'il est dit : « celui qui confesse et abandonne obtiendra miséricorde », et il est dit : « élevons notre cœur avec nos mains vers Dieu dans les cieux ». Il a été enseigné : les fautes qu'un homme a confessées lors d'un Yom Kippour, il ne les confesse pas de nouveau au Yom Kippour suivant ; et s'il ne les a pas répétées et qu'il les confesse [pourtant] de nouveau, à son sujet le verset dit : « comme un chien qui retourne à son vomissement ». Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : au contraire, il n'en est que plus louable, ainsi qu'il est dit : « car je connais mes révoltes, et ma faute est constamment devant moi ». Alors comment maintenir « comme un chien qui retourne à son vomissement » ? Selon Rav Houna, qui a dit : dès lors qu'un homme a commis une faute et l'a répétée, elle lui devient permise. Elle lui devient permise, te viendrait-il à l'esprit ? Dis plutôt : elle devient pour lui comme une chose permise. Et il faut détailler la faute, ainsi qu'il est dit : « de grâce, ce peuple a commis une grande faute, ils se sont fait des dieux d'or » - paroles de Rabbi Yehouda ben Bava. Rabbi Akiva dit : il n'est pas nécessaire [de détailler]. Alors comment maintenir « ils se sont fait des dieux d'or » ? Selon Rabbi Yannai, qui a dit : Moche dit devant le Saint béni soit-Il - Maître du monde, c'est à cause de l'argent et de l'or dont Tu as comblé Israël, jusqu'à ce qu'ils disent assez, que Israël en est venu à se faire des dieux d'or. On dénonce publiquement les hypocrites, à cause de la profanation du Nom, ainsi qu'il est dit : « et lorsque le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, Je placerai un obstacle devant lui ». [Page 87a] Quiconque fait mériter la collectivité, aucune faute ne survient par sa main - afin que ses disciples n'héritent pas du monde à venir tandis que lui descendrait au Cheol, ainsi qu'il est dit : « car Tu n'abandonneras pas mon âme au Cheol, Tu ne laisseras pas Ton fidèle voir la fosse ». Et quiconque fait fauter la collectivité, on ne lui donne pas les moyens de faire techouva - afin que ses disciples ne descendent pas au Cheol tandis que lui hériterait du monde à venir, ainsi qu'il est dit : « un homme chargé du sang d'une âme fuira jusqu'à la fosse : qu'on ne le soutienne pas ».
💡 Explication

Changement de registre : on quitte l'analyse d'une beraita pour une scène. Rabbi Matia ben Harach, installé à Rome, profite du passage de Rabbi Elazar ben Azaria - venu en ambassade - pour lui poser une question de transmission : les chilouké kappara, les divisions de l'expiation, sont-elles quatre ?

La correction porte sur un point de méthode. Il y a bien quatre cas - on va les énumérer - mais seulement trois divisions, car ce qui se divise, ce sont les instruments supplémentaires : Yom Kippour, les yissourim, la mort. La techouva, elle, n'entre pas dans le décompte, précise Rachi, parce qu'elle n'oppose aucun cas à un autre : elle est requise dans tous.

C'est là thèse centrale du chapitre. Aucun mécanisme d'expiation ne fonctionne sans elle ; Yom Kippour, la souffrance et la mort ne sont jamais que des compléments à un mouvement qui doit venir de l'homme.

7
עָבַר עַל עֲשֵׂה וְשָׁב — אֵינוֹ זָז מִשָּׁם עַד שֶׁמּוֹחֲלִין לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים״. עָבַר עַל לֹא תַעֲשֶׂה וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה — תְּשׁוּבָה תּוֹלָה, וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם מִכֹּל חַטֹּאתֵיכֶם״. עָבַר עַל כָּרֵיתוֹת וּמִיתוֹת בֵּית דִּין וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה — תְּשׁוּבָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים תּוֹלִין, וְיִסּוּרִין מְמָרְקִין. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּפָקַדְתִּי בְשֵׁבֶט פִּשְׁעָם וּבִנְגָעִים עֲוֹנָם״.

Celui qui a transgressé un commandement positif et s'est repenti ne bouge pas de sa place avant qu'on ne lui pardonne, ainsi qu'il est dit : « revenez, fils dévoyés [Je guérirai vos dévoiements] ». Celui qui a transgressé un commandement négatif et a fait techouva - la techouva suspend, et Yom Kippour expie, ainsi qu'il est dit : « car en ce jour Il expiera pour vous, de toutes vos fautes ».

Celui qui a transgressé des [fautes passibles de] karet ou de mort par le tribunal et a fait techouva - la techouva et Yom Kippour suspendent, et les yissourim (souffrances) achèvent de purger, ainsi qu'il est dit : « Je punirai leur révolte par la verge, et leur faute par des plaies ».

📜 Rachi (3)
שׁוּבוּ בָּנִים וּמִיָּד אֲרַפֵּא לָמַדְתָּ שֶׁיֵּשׁ עֲבֵירָה שֶׁמְּכַפֶּרֶת בִּתְשׁוּבָה לְבַדָּהּ:
« Revenez, fils » - et immédiatement « Je guérirai » : tu apprends de là qu'il existe une faute qui s'expie par la seule techouva.
כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר לָמַדְתָּ שֶׁיֵּשׁ עֲבֵירָה שֶׁצְּרִיכָה יוה"כ:
Tu apprends de là qu'il existe une faute qui a besoin de Yom Kippour.
וּפָקַדְתִּי בְּשֵׁבֶט פִּשְׁעָם לָמַדְתָּ שֶׁיֵּשׁ עֲבֵירָה שֶׁצְּרִיכָה יִסּוּרִין וּמִסְתַּבְּרָא הַקַּל לַקַּלָּה וְהֶחָמוּר לַחֲמוּרָה:
Tu apprends de là qu'il existe une faute qui a besoin de yissourim ; et il est logique [d'attribuer] le [moyen] léger à la faute légère, et le [moyen] lourd à la faute lourde.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עָבַר אָדָם עַל מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה וְעָשָׂה תְּשׁוּבָה , תְּשׁוּבָה תּוֹלָה , וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. בָּזֶה יוּבַן (הוֹשֵׁעַ יא, ז) 'וְעַמִּי תְּלוּאִים לִמְשׁוּבָתִי' רוֹצֶה לוֹמַר תְּשׁוּבָה תּוֹלָה אִם לֹא 'עַל יִקְרָאֵהוּ' עַל רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ע ל ל אַוִּין אֲבָל עַל עֲשִׂין תִּהְיֶה הַכַּפָּרָה תֶּכֶף וּמִיָּד וְאֵין תְּשׁוּבָה תּוֹלָה. וְנִרְאֶה לִי כָּל תּוֹלִין דְּנָקֵיט הָכָא הַכַּוָּנָה הוּא שֶׁאֵין נִמְחָקִים הָעֲוֹנוֹת וְגַם אֵין מִצְטָרְפִין עִם שְׁאָר עוֹנוֹת שֶׁל הָעוֹלָם שֶׁיִּצְטָרֵךְ לִהְיוֹת בְּכַף הַזְּכִיּוֹת כְּנֶגְדָּם וּבָזֶה נִתְרַצָּה קֻושְׁיַת הָעוֹלָם בַּחֲלֻוקָּה דְּ'תְּשׁוּבָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים תּוֹלִין וְיִסּוּרִים מְמָרְקִין' דְּמַה שֶׁאָמַר תּוֹלִין הוּא בְּאֹופֶן זֶה.
« Un homme a transgressé un commandement négatif et a fait techouva : la techouva suspend, et Yom Kippour expie. » Par là se comprend le verset (Osée 11,7) « et Mon peuple est suspendu à Mon retour » - c'est-à-dire que la techouva suspend, si ce n'est [pour ce qui suit] « al yikraéhou », le mot AL étant les initiales de « al lavin » (au sujet des interdits) ; mais pour les commandements positifs l'expiation est immédiate et sur-le-champ, et la techouva ne fait pas que suspendre. Et il me semble que tous les « suspendent » employés ici veulent dire que les fautes ne sont pas effacées, et qu'elles ne se joignent pas non plus aux autres fautes du monde de sorte qu'il faudrait leur opposer autant de mérites dans le plateau [de la balance]. Par là se résout la difficulté que tout le monde soulève sur la catégorie « la techouva et Yom Kippour suspendent, et les yissourim achèvent de purger » : ce qui est dit là, suspendre, doit s'entendre de cette manière.
💡 Explication

Voici l'échelle annoncée. Trois étages, trois instruments, trois versets - et Rachi indique la méthode : chaque verset ne prouve pas quel étage il occupe, il prouve seulement qu'il existe une faute réglée par ce moyen-là ; c'est ensuite la logique qui les apparie, « le léger pour la légère et le lourd pour la lourde ».

Le vocabulaire technique est à retenir, car il structure tout le chapitre. Mekhaper (expier) efface réellement. Tole (suspendre) ne fait que geler la sanction en attendant l'instrument qui achèvera. Memarék (purger, récurer) désigne le dernier nettoyage, celui qui ne laisse plus rien.

Le Ben Yehoyada précise ce que veut dire suspendre : les fautes ne sont pas effacées, mais elles ne se joignent pas non plus aux autres fautes du monde dans le plateau de la balance. Cela résout une difficulté classique : comment la techouva et Yom Kippour peuvent-ils ne rien faire de plus que suspendre, alors qu'ils sont si puissants ? Réponse : ils retirent déjà la faute de la comptabilité collective.

🖼️ Schéma
Les quatre états de la faute - la beraita de Rabbi Yichmael Plus la faute est lourde, plus l'instrument qui l'efface est coûteux. La techouva, elle, est requise dans les quatre cas. La faute commise Ce qui l'efface Verset d'appui Délai Mitsvat asse commandement positif négligé (+ lav nitak la-asse) La techouva seule. Il ne bouge pas de sa place avant qu'on ne lui pardonne : rien d'autre n'est requis. Chouvou banim chovavim - arpa méchouvoteikhem Jérémie 3,22 immédiat séance tenante Lo taasse interdit au sens plein (lav gamour) La techouva suspend (tola) la sanction ; Yom Kippour, quand il arrive, expie réellement. Ki ba-yom ha-ze yekhaper aleikhem mi-kol hatotéikhem Lévitique 16,30 Yom Kippour une fois l'an Karet et mitot BD retranchement, ou mort par le tribunal La techouva ET Yom Kippour ne font que suspendre ; ce sont les yissourim (souffrances) qui achèvent de purger (memarkin). Oufakadéti be-chevet pichaam ou-vinégaïm avonam Psaumes 89,33 yissourim durée indéfinie Hilloul Hachem profanation du Nom : il faute et fait fauter (Rachi) Techouva, Yom Kippour et yissourim réunis ne font que suspendre. Seule la mort purge - parce que le dommage est dans le regard d'autrui. Im yekhoupar hé-avon ha-ze lakhem ad temoutoun Isaie 22,14 la mort rien avant Rabbi Matia parlait de QUATRE divisions de l'expiation. Rabbi Elazar ben Azaria corrige : elles sont TROIS - et la techouva accompagne chacune. Rachi : ce qui se divise, ce sont les instruments SUPPLÉMENTAIRES (Yom Kippour, yissourim, mort). La techouva, elle, n'est pas une division : elle est requise partout.
Les trois étages de la beraita, et le quatrième que le segment suivant ajoutera : chaque cran a son instrument propre.
8
אֲבָל מִי שֶׁיֵּשׁ חִילּוּל הַשֵּׁם בְּיָדוֹ — אֵין לוֹ כֹּחַ בִּתְשׁוּבָה לִתְלוֹת וְלֹא בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים לְכַפֵּר וְלֹא בְּיִסּוּרִין לְמָרֵק, אֶלָּא כֻּולָּן תּוֹלִין, וּמִיתָה מְמָרֶקֶת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנִגְלָה בְאָזְנָי ה׳ צְבָאוֹת אִם יְכֻופַּר הֶעָוֹן הַזֶּה לָכֶם עַד תְּמֻותוּן״.

Mais celui qui a entre les mains une profanation du Nom (hilloul Hachem) - la techouva n'a pas la force de suspendre, ni Yom Kippour d'expier, ni les yissourim de purger ; mais toutes ne font que suspendre, et c'est la mort qui purge, ainsi qu'il est dit : « et l'Éternel Tsevaot s'est révélé à mes oreilles : cette faute ne vous sera pas expiée jusqu'à votre mort ».

📜 Rachi (2)
חִילּוּל הַשֵּׁם חוֹטֵא וּמַחֲטִיא אֲחֵרִים:
[Profanation du Nom :] il faute et fait fauter les autres.
בְּאָזְנֵי ה' צְבָאוֹת אָמַר הַנָּבִיא בְּאָזְנַי אָמַר הקב"ה אִם יְכֻופַּר הֶעָוֹן עַד תְּמֻותוּן לָמַדְנוּ שֶׁיֵּשׁ עֲבֵירָה שֶׁאֵין לָהּ כַּפָּרָה אֶלָּא בְּמִיתָה:
Le prophète a dit : à mes oreilles le Saint béni soit-Il a dit « cette faute ne sera pas expiée jusqu'à votre mort ». Nous apprenons de là qu'il existe une faute dont l'expiation ne se fait que par la mort.
💡 Explication

Le quatrième étage n'est pas une faute plus grave dans l'échelle des sanctions - le hilloul Hachem n'est pas passible de karet - mais une faute d'un autre genre. Tous les instruments sont mobilisés et ils reculent tous d'un cran : ce qui expiait ne fait plus que suspendre, et seule la mort purge.

Rachi en donne la raison en trois mots : hôte ou-mahti aherim - il faute et fait fauter les autres. C'est là la clé de tout le passage qui suit. Une faute ordinaire est un compte entre l'homme et Dieu, et un compte peut se solder. Une profanation du Nom a mis dans le monde une leçon qui continue de produire ses effets chez ceux qui l'ont vue ; tant que l'homme vit, il continue d'être cette leçon.

D'où le verset d'Isaie, particulièrement dur : le prophète entend Dieu jurer que cette faute ne sera pas expiée ad temoutoun, jusqu'à votre mort. Rachi : « nous apprenons de là qu'il existe une faute dont l'expiation ne se fait que par la mort ».

9
הֵיכִי דָּמֵי חִילּוּל הַשֵּׁם? אָמַר רַב: כְּגוֹן אֲנָא, אִי שָׁקֵילְנָא בִּישְׂרָא מִטַּבָּחָא וְלָא יָהֵיבְנָא דְּמֵי לְאַלְתַּר. אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּאַתְרָא דְּלָא תָּבְעִי, אֲבָל בְּאַתְרָא דְּתָבְעִי — לֵית לַן בַּהּ.

De quoi s'agit-il, un hilloul Hachem ? Rav a dit : par exemple moi - si je prends de la viande à l'étal du boucher et que je ne donne pas l'argent sur-le-champ.

Abaye a dit : on n'a enseigné cela que dans un endroit où l'on ne réclame pas [le paiement] ; mais dans un endroit où l'on réclame, il n'y a là rien [de problématique] pour nous.

📜 Rachi (2)
וְלָא יָהֵיבְנָא דְּמֵי לְאַלְתַּר וּכְשֶׁאֲנִי מֵאַחַר לִפְרֹועַ הוּא אוֹמֵר שֶׁאֲנִי גַּזְלָן וְלָמַד מִמֶּנִּי לִהְיוֹת מְזַלְזֵל בְּגֶזֶל:
Quand je tarde à payer, il [le boucher] se dit que je suis un voleur, et il apprend de moi à prendre le vol à la légère.
בְּאַתְרָא דְּלָא תָּבְעִי שֶׁאֵין דֶּרֶךְ הַטַּבָּח לֵילֵךְ וְלִתְבֹּועַ הֲקָפוֹתָיו וְעַל הַלּוֹקֵחַ לְהָבִיא לוֹ מְעוֹתָיו לְבֵיתוֹ:
[Un endroit où l'on ne réclame pas :] où le boucher n'a pas coutume d'aller réclamer ses crédits, et où il incombe à l'acheteur de lui porter son argent chez lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הֵיכִי דָּמֵי חִלּוּל הַשֵּׁם? אָמַר רַב : כְּגוֹן אֲנָא , דְּשָׁקֵילְנָא בִּשְׂרָא מִבֵּי טַבָּחָא , וּלְאַלְתַּר לָא יָהֵיבְנָא דָּמֵי. נִרְאֶה בְּוַדַּאי הוּא הָיָה נִזְהָר בְּכָךְ וְהָא דְּלָא אָמַר כְּגוֹן מַאן דְּשָׁקִיל וְכוּ' מִשּׁוּם דְּבָזֶה מַשְׁמַע דְּאַייְרֵי דָּבָר זֶה בְּכָל אָדָם וּבֶאֱמֶת בִּסְתָם בְּנֵי אָדָם לֵיכָּא חִלּוּל הַשֵּׁם בָּזֶה דְּלָא יָבֹא הַטַּבָּח לְחָשְׁדוֹ בְּכָךְ כִּי זֶה דָּבָר הָרָגִיל אֵצֶל הָעוֹלָם אַךְ אָמַר כְּגוֹן אֲנָא כְּלוֹמַר כְּגוֹן גַּבְרָא רַבָּא דְּדָמֵי לִי שֶׁיָּבֹא לִידֵי חֲשָׁד לוֹמַר עָלָיו כֵּיוָן שֶׁהוּא אָדָם גָּדוֹל רוֹצֶה לִיקַּח בְּלֹא דָּמִים. וְכֵן מַה שֶׁאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כְּגוֹן אֲנָא דְּאָזְלִינָא אַרְבַּע אַמּוֹת בְּלֹא תְּפִלִּין וַדַּאי הָיָה נִזְהָר אַךְ רוֹצֶה לוֹמַר אִי אַזָּיֵלְנָא ד׳ אַמּוֹת בְּלֹא תְּפִילִּין יִהְיֶה מִזֶּה חִלּוּל הַשֵּׁם.
« De quoi s'agit-il, un hilloul Hachem ? Rav a dit : par exemple moi, qui prends de la viande à l'étal du boucher et ne donne pas l'argent sur-le-champ. » Il est évident qu'il était, quant à lui, scrupuleux sur ce point. Et s'il n'a pas dit « par exemple celui qui prend, etc. », c'est parce que cette formule laisserait entendre que la chose vaut pour tout homme - alors qu'en vérité, chez les gens ordinaires, il n'y a là aucun hilloul Hachem, car le boucher ne viendra pas le soupçonner pour cela, la chose étant courante dans le monde. Il a donc dit « par exemple moi », c'est-à-dire : par exemple un grand homme qui me ressemble, pour lequel un soupçon naîtrait - on dirait de lui que, puisqu'il est un grand homme, il veut prendre sans payer. Et de même, ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan, « par exemple moi, qui marche quatre coudées sans tefillin » : il était certainement scrupuleux, mais il veut dire - si je marchais quatre coudées sans tefillin, il en résulterait un hilloul Hachem.
💡 Explication

Après l'annonce la plus sévère du chapitre, on attend un exemple à la hauteur : idolâtrie publique, apostasie. Rav donne un achat de viande à crédit. Le contraste est voulu.

Rachi explicite le mécanisme : quand je tarde à payer, le boucher se dit que je suis un voleur, et il apprend de moi à prendre le vol à la légère. Ce n'est pas le retard qui est fautif - c'est ce que le retard enseigne. On retrouve exactement la définition de Rachi au segment précédent : hôte ou-mahti, il faute et fait fauter.

Abaye pose aussitôt la limite qui empêche cette exigence de devenir absurde : tout dépend de l'usage local. Dans une ville où le boucher vient encaisser plus tard, personne ne conclut rien - leit lan bah, il n'y a là rien qui nous concerne. Le hilloul Hachem est donc une catégorie contextuelle : elle se mesure à la lecture que fera le spectateur, pas à l'acte pris isolément.

🖼️ Schéma
Le même acte, deux villes : où passe la ligne du hilloul Hachem Un homme de stature prend de la viande et ne paie pas sur-le-champ Atra de-la tavei un lieu où l'on ne réclame pas Le boucher n'a pas coutume d'aller recouvrer ses crédits : c'est à l'acheteur de porter l'argent chez lui (Rachi). Ne rien donner = passer pour un voleur. HILLOUL HACHEM Atra de-tavei un lieu où l'on réclame Le boucher passe encaisser plus tard : tout le monde comprend qu'il s'agit d'un crédit ordinaire. Ravina : Meta Mehassia est un tel lieu. LEIT LAN BAH - rien à redire La pratique d'Abaye - le même souci pousse un cran plus loin Achetant à deux associés, il donnait une pièce à l'un et une pièce à l'autre : sans quoi l'un pourrait ignorer que son associé à été payé, et il y aurait là un hilloul Hachem (Rachi). Puis il les réunissait pour faire le compte, et ils lui rendaient de la viande à hauteur du trop-perçu.
Le même acte est une profanation du Nom ou une transaction banale, selon l'usage du lieu.
10
אָמַר רָבִינָא: וּמָתָא מַחְסֵיָא אַתְרָא דְּתָבְעִי הוּא. אַבָּיֵי כִּדְשָׁקֵיל בִּישְׂרָא מִתְּרֵי שֻׁותָּפֵי, יָהֵיב זוּזָא לְהַאי וְזוּזָא לְהַאי, וַהֲדַר מְקָרֵב לְהוּ גַּבֵּי הֲדָדֵי וְעָבֵיד חֻושְׁבָּנָא.

Ravina a dit : et Meta Mehassia est un endroit où l'on réclame. Abaye, lorsqu'il prenait de la viande à deux associés, donnait une pièce à l'un et une pièce à l'autre, puis les rapprochait l'un de l'autre et faisait le compte.

📜 Rachi (3)
וּמָתָא מְחַסְיָא מְקוֹמוֹ שֶׁל רָבִינָא:
[Meta Mehassia :] la localité de Ravina.
יָהֵיב זוּזָא לְהַאי וְזוּזָא לְהַאי שֶׁמָּא לֹא יָדַע חֲבֵירוֹ שֶׁנְּתַתִּיו לוֹ וְיֵשׁ כָּאן חִילּוּל הַשֵּׁם:
[Il donnait une pièce à l'un et une pièce à l'autre :] de peur que l'associé ne sache pas qu'il a payé à l'autre - et il y aurait là un hilloul Hachem.
וַעֲבִיד חֻושְׁבָּנָא וְחוֹזְרִין וְנוֹתְנִין לוֹ בָּשָׂר כְּנֶגֶד מַה שֶׁנָּטְלוּ:
[Et il faisait le compte :] et ils lui redonnaient de la viande à hauteur de ce qu'ils avaient reçu [en trop].
💡 Explication

Deux illustrations de la règle d'Abaye. D'abord Ravina, qui applique le critère à sa propre ville : Meta Mehassia - la localité voisine de Soura où il résidait - est un lieu où l'on réclame ; on peut donc y acheter à crédit sans crainte.

Ensuite la pratique personnelle d'Abaye, qui pousse le principe un cran plus loin. Achetant chez deux associés, il ne remettait pas la somme à l'un des deux, mais une pièce à chacun. Rachi en donne la raison : sinon l'associé absent risquerait d'ignorer que le paiement a eu lieu - et il y aurait là un hilloul Hachem. Le soupçon d'un seul homme suffit.

Puis il les réunissait pour faire le compte : puisqu'il avait payé deux fois une pièce, il fallait rééquilibrer, et ils lui rendaient de la viande à hauteur du trop-perçu. Toute la mise en scène ne sert qu'à une chose : ne laisser à personne la possibilité matérielle de mal interpréter.

11
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: כְּגוֹן אֲנָא דִּמְסַגֵּינָא אַרְבַּע אַמּוֹת בְּלֹא תּוֹרָה וּבְלֹא תְּפִילִּין. יִצְחָק דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי אָמַר: כָּל שֶׁחֲבֵירָיו מִתְבַּייְּשִׁין מֵחֲמַת שְׁמוּעָתוֹ (הַיְינוּ חִילּוּל הַשֵּׁם). אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: כְּגוֹן דְּקָא אָמְרִי אִינָשֵׁי: שְׁרָא לֵיהּ מָרֵיהּ לִפְלָנְיָא.

Rabbi Yo'hanan a dit : par exemple moi - si je marche quatre coudées sans Torah et sans tefillin. Yits'hak de l'école de Rabbi Yannai a dit : tout [homme] dont les collègues ont honte à cause de sa réputation (c'est cela, le hilloul Hachem).

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : par exemple lorsque les gens disent - que son Maître pardonne à untel.

📜 Rachi (3)
כְּגוֹן אֲנָא דִּמְסַגֵּינָא וְכוּ' וְאֵין הַכֹּל יוֹדְעִין שֶׁנֶּחֱלַשְׁתִּי בְּגִרְסָתִי וּלְמֵדִין הַיְמָנִי לְהִבָּטֵל מִתַּלְמוּד תּוֹרָה:
[Par exemple moi, qui marche, etc. :] et tout le monde ne sait pas que je me suis affaibli dans mon étude, et ils apprennent de moi à s'interrompre de l'étude de la Torah.
מֵחֲמַת שְׁמוּעָתוֹ מֵחֲמַת שֵׁם רַע הַיּוֹצֵא עָלָיו:
[À cause de sa réputation :] à cause du mauvais renom qui court sur lui.
שְׁרָא לֵיהּ מָרֵיהּ יִמְחֹול יוֹצְרוֹ עַל מַעֲשָׂיו:
[Que son Maître lui pardonne :] que son Créateur lui pardonne ses actes.
💡 Explication

Trois définitions de plus, et le seuil ne cesse de descendre. Rabbi Yo'hanan vise quatre coudées de marche sans Torah et sans tefillin - Rachi précise que le problème n'est pas l'interruption elle-même, légitime puisqu'il s'était affaibli dans son étude, mais le fait que « tout le monde ne le sait pas, et ils apprennent de moi à se dispenser de l'étude ».

Yits'hak de l'école de Rabbi Yannai déplace le critère du côté de l'observateur : est en faute celui dont les collègues ont honte de sa réputation. Il n'y a plus d'acte du tout, seulement un renom. Rav Nahman bar Yits'hak réduit encore : le signe est une phrase que les gens laissent tomber - chara leh mareh li-flani, que son Maître lui pardonne. Une formule de pitié, et le diagnostic est posé.

Le fil commun est net : aucune de ces définitions ne nomme un interdit transgressé. Toutes portent sur l'écart entre ce qu'un homme représente et ce qu'on voit de lui.

12
אַבַּיֵּי אָמַר, כִּדְתַנְיָא: ״וְאָהַבְתָּ אֵת ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ״, שֶׁיְּהֵא שֵׁם שָׁמַיִם מִתְאַהֵב עַל יָדְךָ. שֶׁיְּהֵא קוֹרֵא וְשׁוֹנֶה וּמְשַׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, וִיהֵא מַשָּׂאוֹ וּמַתָּנוֹ בְּנַחַת עִם הַבְּרִיּוֹת, מָה הַבְּרִיּוֹת אוֹמְרוֹת עָלָיו — אַשְׁרֵי אָבִיו שֶׁלִּמְּדוֹ תּוֹרָה, אַשְׁרֵי רַבּוֹ שֶׁלִּמְּדוֹ תּוֹרָה. אוֹי לָהֶם לַבְּרִיּוֹת שֶׁלֹּא לָמְדוּ תּוֹרָה, פְּלוֹנִי שֶׁלָּמְדוּ תּוֹרָה — רְאוּ כַּמָּה נָאִים דְּרָכָיו, כַּמָּה מְתֻוקָּנִים מַעֲשָׂיו. עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״וַיֹּאמֶר לִי עַבְדִּי אָתָּה יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר בְּךָ אֶתְפָּאָר״.

Abaye a dit : comme il a été enseigné - « et tu aimeras l'Éternel ton Dieu » : que le Nom du Ciel se fasse aimer par ton entremise. Qu'il lise [l'Écriture] et étudie [la Michna] et serve les sages, et que ses affaires et son commerce se fassent avec douceur avec les créatures.

Que disent alors les gens à son sujet ? Heureux son père qui lui a enseigné la Torah, heureux son maître qui lui a enseigné la Torah.

Malheur aux gens qui n'ont pas étudié la Torah ! Untel, à qui l'on a enseigné la Torah - voyez comme ses voies sont belles, comme ses actes sont accomplis.

À son sujet le verset dit : « Il m'a dit : tu es Mon serviteur, Israël, en qui Je Me glorifie ».

📜 Rachi (4)
מִתְאַהֵב עַל יָדְךָ לַחֲבֵירְךָ:
[Qu'il se fasse aimer par ton entremise :] aux yeux de ton prochain.
קוֹרֵא מִקְרָא:
[Qu'il lise :] l'Écriture (mikra).
וְשׁוֹנֶה מִשְׁנָה:
[Et qu'il étudie :] la Michna.
וּמְשַׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים לִלְמֹוד (תּוֹרָה) הִיא ייִשּׁוּב טַעֲמֵי הַמִּשְׁנָיוֹת מַה טַעְמָן וּמֵהֵיכָן לָמְדוּ:
[Et qu'il serve les sages :] pour apprendre [la Torah] - c'est-à-dire l'élucidation des raisons des michnayot : quel en est le motif, et d'où l'a-t-on appris.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַשְׁרֵי אָבִיו , שֶׁלִּמְּדוֹ תּוֹרָה , אַשְׁרֵי רַבּוֹ , שֶׁלִּמְּדוֹ תּוֹרָה. נִרְאֶה לִי נִרְאֶה לִי שֶׁל אָבִיו קָאֵי עַל תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁלֹּא יִמְצָא מְלַמְּדִין בְּחִנָּם וְכֵיוָן דְּאָבִיו נוֹתֵן הַשָּׂכָר נִקְרָא הַלִּימּוּד עַל שְׁמוֹ וְשֶׁל רַבּוֹ קָאֵי עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה דְּיִמָּצֵא מְלַמְּדִים בְּחִנָּם וְאוֹמְרִים כַּמָּה יָפִים דְּרָכָיו בִּדְבָרִים שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם, וְכַמָּה מְתַקְּנִים מַעֲשָׂיו בִּדְבָרִים שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ.
« Heureux son père qui lui a enseigné la Torah, heureux son maître qui lui a enseigné la Torah. » Il me semble que « son père » se rapporte à la Torah écrite, pour laquelle on ne trouve pas de maîtres qui enseignent gratuitement ; et puisque c'est le père qui verse le salaire, l'étude est appelée de son nom. Et « son maître » se rapporte à la Torah orale, pour laquelle on trouve des maîtres qui enseignent gratuitement. Et l'on dit : comme ses voies sont belles - dans ce qui relève des rapports entre l'homme et Dieu ; et comme ses actes sont accomplis - dans ce qui relève des rapports entre l'homme et son prochain.
💡 Explication

Abaye ne définit pas le hilloul Hachem : il en donne le négatif photographique. Le verset « et tu aimeras l'Éternel ton Dieu » se lit comme une consigne active - que le Nom du Ciel se fasse aimer par ton entremise ; Rachi glose : aux yeux de ton prochain.

Le programme comporte quatre éléments, et le dernier n'est pas de l'ordre de l'étude : lire l'Écriture, étudier la Michna, servir les sages - Rachi rappelle que c'est là que l'on apprend les raisons des michnayot, leur motif et leur source - et enfin traiter ses affaires avec douceur. Le savoir seul ne produit rien ; c'est la conduite qui le rend visible.

Le Ben Yehoyada lit finement le doublet « heureux son père / heureux son maître » : le père renvoie à la Torah écrite, que l'on n'enseigne pas gratuitement et dont le mérite revient donc à celui qui paie ; le maître renvoie à la Torah orale, que l'on trouve enseignée gratuitement.

🖼️ Schéma
La beraita en miroir : le même homme, deux sentences Les trois premières lignes sont rigoureusement identiques. Seule la quatrième change - et elle décide de tout. Il lit, il étudie, il sert les sages Kiddouch Hachem Son commerce se fait avec douceur, sa parole est douce avec les créatures. Ce que disent les gens : Heureux son père qui lui a enseigné la Torah, heureux son maître. Voyez comme ses voies sont belles, ses actes accomplis. Israël acher bekha etpaar Isaie 49,3 - tu es Mon serviteur, en qui Je Me glorifie Hilloul Hachem Son commerce n'est pas mené avec loyauté, sa parole n'est pas douce avec les créatures. Ce que disent les gens : Malheur à untel qui a étudié la Torah, malheur à son père, malheur à son maître. Voyez comme ses actes sont corrompus, ses voies laides. Am Hachem elle ou-me-artso yatsaou Ezechiel 36,20 - c'est le peuple de l'Éternel, et ils ont quitté Son pays Ce qui bascule n'est pas la quantité d'étude - c'est la conduite avec les créatures. Le savoir amplifie la sentence, dans les deux sens.
Le même homme, la même étude - et deux sentences opposées selon sa conduite avec les créatures.
13
אֲבָל מִי שֶׁקּוֹרֵא וְשׁוֹנֶה וּמְשַׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, וְאֵין מַשָּׂאוֹ וּמַתָּנוֹ בֶּאֱמוּנָה, וְאֵין דִּבּוּרוֹ בְּנַחַת עִם הַבְּרִיּוֹת, מָה הַבְּרִיּוֹת אוֹמְרוֹת עָלָיו — אוֹי לוֹ לִפְלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה. אוֹי לוֹ לְאָבִיו שֶׁלִּמְּדוֹ תּוֹרָה, אוֹי לוֹ לְרַבּוֹ שֶׁלִּמְּדוֹ תּוֹרָה. פְּלוֹנִי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה — רְאוּ כַּמָּה מְקֻולְקָלִין מַעֲשָׂיו וְכַמָּה מְכֹועָרִין דְּרָכָיו, וְעָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״בֶּאֱמֹור לָהֶם עַם ה׳ אֵלֶּה וּמֵאַרְצוֹ יָצָאוּ״.

Mais celui qui lit et étudie et sert les sages, et dont les affaires ne sont pas menées avec loyauté, et dont la parole n'est pas douce avec les créatures - que disent les gens à son sujet ? Malheur à untel qui a étudié la Torah !

Malheur à son père qui lui a enseigné la Torah, malheur à son maître qui lui a enseigné la Torah ! Untel qui a étudié la Torah - voyez comme ses actes sont corrompus et comme ses voies sont laides.

Et à son sujet le verset dit : « lorsqu'on disait d'eux : c'est le peuple de l'Éternel, et de Son pays ils sont sortis ».

📜 Rachi (1)
בֶּאֱמֹור לָהֶם עַם ה' אֵלֶּה אֶת זוֹ קָרָא הַכָּתוּב חִילּוּל הַשֵּׁם כְּשֶׁאָדָם חָשׁוּב עוֹבֵר עֲבֵירָה וּפוּרְעָנוּת בָּאָה עָלָיו וְהַכֹּל אוֹמְרִים מָה הוֹעִילוּ לוֹ רְאֵה הַחֲסִידִים וְהַחֲכָמִים רָעָה בָּאָה עֲלֵיהֶם שֶׁנֶּאֱמַר וַיְחַלְּלוּ אֶת שֵׁם קָדְשִׁי וּבַמֶּה חִלְּלוּהוּ בֶּאֱמֹור עֲלֵיהֶם הַנָּכְרִים שֶׁגָּלוּ בֵּינֵיהֶן רְאוּ עַם ה' אֵלֶּה וְלֹא יָכוֹל לְהַצִּילָם שֶׁלֹּא יִגְלוּ נִמְצָא שֵׁם שָׁמַיִם מִתְחַלֵּל וּכְבוֹדוֹ מִתְמַעֵט:
[« Lorsqu'on disait d'eux : c'est le peuple de l'Éternel » :] c'est cela que le verset appelle une profanation du Nom - quand un homme important transgresse et que le châtiment s'abat sur lui, et que tous disent : à quoi cela lui a-t-il servi ? Vois les hommes pieux et les sages : le malheur est venu sur eux. Ainsi qu'il est dit « et ils ont profane Mon saint Nom » - et en quoi L'ont-ils profane ? En ce que les nations parmi lesquelles ils ont été exilés ont dit d'eux : voyez, c'est le peuple de l'Éternel, et Il n'a pas pu les sauver de l'exil. Il se trouve ainsi que le Nom du Ciel est profane et que Sa gloire s'amoindrit.
💡 Explication

La beraita répète la première moitié mot pour mot et n'inverse que deux éléments : le commerce loyal et la parole douce. Toute la différence tient là. L'étude est identique dans les deux portraits ; elle n'atténue rien, elle amplifie la sentence dans les deux sens.

Le verset d'Ezechiel est cité dans un sens déplacé, et Rachi l'explique longuement. Littéralement il décrit l'exil ; mais la profanation qu'il désigne est celle-ci : quand un homme important transgresse et que le malheur l'atteint, on dit « à quoi cela lui a-t-il servi ? Vois les hommes pieux et les sages, le mal est venu sur eux ». Et de même, les nations parmi lesquelles Israël fut exilé disent : « voyez, c'est le peuple de l'Éternel - et Il n'a pas pu les sauver de l'exil ».

La conclusion de Rachi mérite d'être retenue telle quelle : le Nom du Ciel se trouve profane et Sa gloire s'amoindrit. Voilà pourquoi seule la mort purge cette faute-là : elle n'est pas une dette personnelle, c'est une diminution de la réputation de Dieu dans le monde.

14
אָמַר רַבִּי חָמָא (בַּר) חֲנִינָא: גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמְּבִיאָה רִפְאוּת לְעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶרְפָּא מְשׁוּבָתָם אֹוהֲבֵם נְדָבָה״.

Rabbi Hama bar Hanina a dit : grande est la techouva, car elle apporte la guérison au monde, ainsi qu'il est dit : « Je guérirai leur dévoiement, Je les aimerai d'un amour gratuit ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמְּבִיאָה רְפוּאָה לְעוֹלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד הַתְּשׁוּבָה הִיא וִדּוּי וַחֲרָטָה וַעֲזִיבַת הַחֵטְא בְּמַחֲשֶׁבֶת הַלֵּב, וְיָדוּעַ דְּהַמַּחֲשָׁבָה מְכֻונֵּית בְּשֵׁם אוֹר וְצֵירוּף ' אוֹר ו פֶּה ' הוּא רְפוּאָה שֶׁהִיא 'אוֹר פֶּה' וּלְכָךְ מְבִיאָה רְפוּאָה לְעוֹלָם. וּלְגִרְסַת הַשַּׁ"ס דִּידַן דְּגָרֵיס רְפוּאוֹת הַיְינוּ רוֹצֶה לוֹמַר אוֹת פ"ר דְּמִסֵּפֶר דמנצפ"ך שֶׁיִּתְמַתְּקוּ. וְעִנְיַן הָרְפוּאָה הוּא בֵּירוּר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה מִן הדצח"ם [הַדּוֹמֵם, צוֹמֵחַ, חַי, מְדַבֵּר] שֶׁהָעוֹלָם כָּלוּל מִזֶּה. אוֹ יוּבַן בס"ד הַצַּדִּיקִים מְכַוְּנִים בְּשֵׁם רָוֶה, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הראב"ע [הָרַבִּי אַבְרָהָם בֶּן עֶזְרָא] זַ"ל בַּפָּסוּק (דְּבָרִים כט, יח) 'לְמַעַן סְפוֹת הָרָוָה' עַיֵּין שָׁם. וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין קיג:) 'רְשָׁעִים מְבִיאִים אַף לְעוֹלָם' לָכֵן עַל יְדֵי תְּשׁוּבָה יִתְבַּטֵּל אַף וְיִהְיֶה צֵירוּף רְפוּאָה שֶׁהוּא ' אַף רָוֶה '.
« Grande est la techouva, car elle apporte la guérison au monde. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la techouva consiste en la confession, le regret et l'abandon de la faute dans la pensée du cœur ; or il est connu que la pensée est désignée par le nom de OR (lumière), et la combinaison de OR et de PE (bouche) donne REFOUA (guérison), qui est [précisément] « or pe », la lumière de la bouche - c'est pourquoi elle apporte la guérison au monde. Et selon la version de notre Talmud qui lit REFOUOT [au pluriel], cela veut dire les lettres pe et rech du compte des lettres finales manatsepakh, qui se trouvent adoucies. Et le sens de la guérison, c'est la clarification (berour) des étincelles de sainteté tirées du domem, tsomeah, haï, medaber [l'inanimé, le végétal, l'animal, le parlant], dont le monde est composé. Ou bien cela peut se comprendre, avec l'aide du Ciel, ainsi : les justes sont désignés par le nom de RAVE (le rassasié, l'abreuvé), comme l'a écrit le Raava [Rabbi Avraham ibn Ezra] de mémoire bénie sur le verset (Deutéronome 29,18) « afin d'ajouter l'abreuvé [à l'altéré] » - voir là-bas. Et nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Sanhédrin 113b) que « les méchants amènent la colère (af) dans le monde » ; c'est pourquoi, par la techouva, le af sera annulé, et il y aura la combinaison REFOUA, qui est AF + RAVE.
💡 Explication

Le daf change de mouvement. Après avoir mesuré la gravité des fautes, il passe à une série de déclarations sur la grandeur de la techouva - une séquence de guedola techouva qui se poursuivra sur toute la page suivante.

La première porte sur la guérison, et elle est plus forte qu'il n'y paraît : la techouva n'apporte pas la guérison à celui qui se repent, mais au monde. Le mouvement d'un individu modifie l'état général.

Le Ben Yehoyada le justifie par les lettres. La techouva est confession, regret et abandon de la faute - donc un acte de pensée, et la pensée est désignée par le mot or (lumière). Or le mot refoua (guérison) se décompose exactement en or et pe (bouche) : la lumière de la bouche. Il propose ensuite une seconde lecture : les justes sont appelés rave, et les méchants « amènent la colère (af) dans le monde » ; par la techouva le af est annulé et il reste la combinaison af + rave = refoua.

15
רַבִּי חָמָא (בַּר) חֲנִינָא רָמֵי, כְּתִיב: ״שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים״, דְּמֵעִיקָּרָא שׁוֹבָבִים אַתֶּם, וּכְתִיב: ״אֲרַפֵּא מִשּׁוֹבוֹתֵיכֶם״! לָא קַשְׁיָא: כָּאן מֵאַהֲבָה, כָּאן מִיִּרְאָה.

Rabbi Hama bar Hanina souleva une contradiction : il est écrit « revenez, fils dévoyés » - [ce qui implique que] vous n'étiez, dès le départ, que des égarés ; et il est écrit « Je guérirai vos dévoiements » [ce qui suppose une plaie dont il reste une trace] ! Ce n'est pas une difficulté : ici, [il s'agit d'une techouva] par amour ; là, [d'une techouva] par crainte.

📜 Rachi (3)
דְּמֵעִיקָּרָא שׁוֹבָבִים אַתֶּם כְּשֶׁתַּעֲשׂוּ תְּשׁוּבָה מַעֲלֶה עֲלֵיכֶם כְּאִילּוּ תְּחִילַּת הַחֵטְא עַל יְדֵי נְעָרוֹת וּשְׁטוּת וְשׁוֹבָבוֹת:
[« Vous n'étiez dès le départ que des dévoyés » :] quand vous ferez techouva, Il vous compte [la faute] comme si le commencement de la faute était venu de la jeunesse, de la sottise et de l'égarement.
וּכְתִיב אֲרַפֵּא מַשְׁמַע מִכָּאן וְאֵילָךְ כְּבַעַל מוּם שֶׁנִּתְרַפֵּא שֶׁמִּקְצָת שְׁמוֹ עָלָיו:
[« Et il est écrit : Je guérirai » :] cela implique [une guérison] à partir de maintenant, comme un infirme qui a été guéri et sur qui une part de son nom demeure.
כָּאן מֵאַהֲבָה הָשֵׁב מֵאַהֲבָה נֶעֱקַר עֲוֹנוֹ מִתְּחִלָּתוֹ:
[« Ici, par amour » :] celui qui se repent par amour, sa faute est déracinée dès son commencement.
💡 Explication

Le même sage qui vient de louer la guérison en tire maintenant une difficulté. Rami signifie : jeter deux versets l'un contre l'autre. Les deux moitiés du même verset de Jérémie ne disent pas la même chose.

« Revenez, fils dévoyés » suppose, dit Rachi, que lorsque vous ferez techouva la faute vous sera imputée comme venant de la jeunesse, de la sottise et de l'égarement - donc un effacement complet, comme si elle n'avait jamais eu de sérieux. Mais « Je guérirai vos dévoiements » suggère autre chose : une guérison à partir de maintenant, et Rachi donne l'image exacte - comme un infirme guéri, sur qui une part de son nom demeure.

La résolution introduit la distinction qui va gouverner toute la suite du chapitre : me-ahava (par amour) et mi-yira (par crainte). Celui qui revient par amour, sa faute est déracinée dès son commencement ; celui qui revient par crainte est guéri, mais la cicatrice reste. C'est le même axe qui produira, en 86b, la formule célèbre selon laquelle les fautes volontaires deviennent des mérites.

16
רַב יְהוּדָה רָמֵי, כְּתִיב: ״שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים אֶרְפָּא מְשׁוּבוֹתֵיכֶם״, וּכְתִיב: ״(הִנֵּה) אָנֹכִי בָּעַלְתִּי בָכֶם וְלָקַחְתִּי אֶתְכֶם אֶחָד מֵעִיר וּשְׁנַיִם מִמִּשְׁפָּחָה״! לָא קַשְׁיָא: כָּאן מֵאַהֲבָה אוֹ מִיִּרְאָה, כָּאן עַל יְדֵי יִסּוּרִין. אָמַר רַבִּי לֵוִי: גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמַּגַּעַת עַד כִּסֵּא הַכָּבוֹד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ״.

Rav Yehouda souleva une contradiction : il est écrit « revenez, fils dévoyés, Je guérirai vos dévoiements » [donc les pénitents sont appelés fils], et il est écrit « [voici,] Moi Je suis votre maître (anokhi baalti bakhem), et Je vous prendrai un d'une ville et deux d'une famille » [donc ils sont appelés serviteurs] ! Ce n'est pas une difficulté : ici, [c'est une techouva] par amour ou par crainte ; là, [c'est une techouva venue] par les yissourim.

Rabbi Levi a dit : grande est la techouva, car elle atteint le Trône de Gloire, ainsi qu'il est dit : « reviens, Israël, jusqu'à l'Éternel ton Dieu ».

📜 Rachi (4)
כְּתִיב שׁוּבוּ בָּנִים אַלְמָא בַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה קָרַוְיִין בָּנִים:
[« Il est écrit : revenez, fils » :] il en ressort que les baalei techouva sont appelés fils.
וּכְתִיב כִּי אָנֹכִי בָּעַלְתִּי בָכֶם אַלְמָא עֲבָדִים מִיקְּרוּ:
[« Et il est écrit : car Moi Je suis votre maître » :] il en ressort qu'ils sont appelés serviteurs.
כָּאן מֵאַהֲבָה וּמִיִּרְאָה קָרַוְיִין בָּנִים:
[« Ici, par amour ou par crainte » :] ils sont appelés fils.
כָּאן עַל יְדֵי יִסּוּרִין שֶׁלֹּא שָׁבוּ עַד שֶׁנִּתְיַסְּרוּ בְּיִסּוּרִין קָרַוְיִין עֲבָדִים וְאִית דְּגָרְסִי כְּתִיב שׁוּבוּ אֵלַי וְאָשׁוּבָה וּכְתִיב כִּי אָנֹכִי בָּעַלְתִּי בָכֶם כְּתִיב וְאָשׁוּבָה אֲלֵיכֶם לְאַחַר תְּשׁוּבָה וּכְתִיב כִּי אָנֹכִי בָּעַלְתִּי בָכֶם כְּבָר קֹודֶם שֶׁתָּשׁוּבוּ כָּאן מֵאַהֲבָה אוֹ מִיִּרְאָה קָא אָמַר כִּי אָנֹכִי בָּעַלְתִּי בָכֶם:
[« Là, par les yissourim » :] ceux qui ne sont revenus qu'après avoir été châtiés par les souffrances sont appelés serviteurs. Et certains ont la version suivante : il est écrit « revenez vers Moi et Je reviendrai vers vous », et il est écrit « car Moi Je suis votre maître » - il est écrit « et Je reviendrai vers vous », ce qui est après la techouva, et il est écrit « car Moi Je suis votre maître », ce qui vaut déjà avant que vous ne reveniez ; ici [il s'agit d'une techouva] par amour ou par crainte, [et c'est à son sujet] qu'il dit « car Moi Je suis votre maître ».
💡 Explication

Même procédé, un cran plus loin. La contradiction ne porte plus sur l'étendue du pardon mais sur le statut du pénitent. Un verset l'appelle fils ; l'autre, en disant « Moi Je suis votre maître », implique qu'il est serviteur - c'est ainsi que Rachi lit les deux termes.

La résolution reprend l'axe précédent en y ajoutant un troisième degré. Par amour ou par crainte, on revient de soi-même : on est fils. Mais celui qui n'est revenu qu'après avoir été châtié - al yede yissourim - est appelé serviteur : il n'a pas bougé tant qu'on ne l'y a pas forcé. Rachi rapporte aussi une autre version du texte, fondée sur « revenez vers Moi et Je reviendrai vers vous ».

Rabbi Levi conclut sur une image spatiale : la techouva atteint le Trône de Gloire. Le verset dit « reviens jusqu'à (ad) l'Éternel ton Dieu » - non pas vers, mais jusqu'à. Le mouvement de l'homme monte littéralement jusqu'en haut. La suite de cette séquence, avec les fautes volontaires devenues mérites, se lit au début de 86b.

🖼️ Schéma
Deux contradictions de versets, deux échelles de techouva Rami veut dire : jeter deux versets l'un contre l'autre. Chaque fois, la solution distingue non les fautes, mais les MOTIFS du retour. Rabbi Hama bar Hanina - effacement total ou cicatrice ? Chouvou banim CHOVAVIM : vous n'étiez que des égarés. Rachi : la faute est imputée à la jeunesse et à la sottise. ARPA mechouvoteikhem : Je guérirai vos dévoiements. Rachi : comme un infirme guéri - une part du nom reste. vs Lo kacha : kan me-ahava - par amour, la faute est déracinée dès son commencement ; kan mi-yira - par crainte, elle laisse une trace. Rav Yehouda - fils ou serviteurs ? Chouvou BANIM chovavim : ils sont appelés FILS (Rachi : alma baalei techouva krouyin banim). Anokhi BAALTI bakhem : Je suis votre maître - ils sont donc appelés SERVITEURS (Rachi). vs Lo kacha : kan me-ahava o mi-yira - on revient de soi-même, on est fils ; kan al yedei yissourim - on n'est revenu que sous les coups, on est serviteur. Rabbi Levi : grande est la techouva, car elle atteint le Trône de Gloire - chouva Israël AD Hachem Elokeikha
Deux couples de versets contradictoires, une même clé de lecture : ce n'est pas la faute qui varie, c'est le motif du retour.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).