Yoma 85b - Le grain de poivre de Chmouel : la seule preuve qui tient, et l'ouverture du chapitre de l'expiation

Yoma 85b

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin des sept preuves du pikouah nefech : Rabbi Akiva par le cohen arraché à l'autel, Rabbi Elazar ben Azaria par la mila, Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda par le mot akh, Rabbi Yonatan ben Yossef par « il est saint pour vous », Rabbi Chimon ben Menassia par le calcul des Chabbats sauvés, et enfin Chmouel par ve-haï bahem. Rava les passe alors toutes au même crible : chacune ne prouve que le cas de danger certain, alors que le cas réel est celui du doute - et il le montre en détail pour le cambrioleur (le voleur est entré décidé à tuer : ce n'est pas un doute) et pour le témoin (on envoie deux sages vérifier avant d'interrompre le service).

Seule la derasha de Chmouel atteint le doute, d'où le mot de Ravina : mieux vaut un grain de poivre piquant qu'une corbeille de courges. Le Ben Yehoyada précise pourquoi : les six autres sont des kal va-homer, réfutables par nature, tandis qu'une exégèse de verset ne se réfute pas.

Le daf bascule ensuite dans le dernier chapitre du traité, celui de la techouva : la michna hiérarchise les instruments d'expiation - sacrifices, mort, Yom Kippour, techouva - puis pose deux limites décisives : celui qui pèche en comptant se repentir n'obtient pas les moyens de le faire, et Yom Kippour n'expie pas les fautes envers autrui tant que la personne lésée n'a pas été apaisée. Rabbi Akiva conclut par le mikve : Dieu n'envoie pas seulement l'eau purificatrice, Il est le bassin.

La guemara commence alors son analyse - pourquoi l'acham talouy est exclu, comment concilier la michna avec Rabbi pour qui Yom Kippour expie même sans techouva, et ce que la michna entend exactement par transgression légère - avant de s'interrompre sur une contradiction que 86a résoudra.

Les sept preuves du pikouah nefech - et ce que Rava en laisse debout Six raisonnements tombent sur la même objection : ils prouvent le danger certain, pas le danger douteux. Sage Point de départ Forme Réfutation Statut R. Yichmael (fin de 85a) Le cambrioleur : on le tue même Chabbat, dans le doute. kal va-homer Ce n'est pas un doute : le voleur est venu décidé à tuer (Rava). Donc on n'a prouvé que le danger certain. X R. Akiva (seg. 1) On arrache le cohen à l'autel pour un témoignage peut-être valable. kal va-homer On envoie d'abord deux sages vérifier (Abaye) : on ne l'interrompt qu'une fois le témoignage avéré. X R. Elazar b. Azaria (seg. 1) La mila repousse Chabbat pour un seul des 248 membres. kal va-homer La mila d'un enfant sain est une certitude ; rien n'en sort pour le sauvetage seulement probable. X R. Yosse b. R. Yehouda (seg. 2) akh (mais) dans Mes Chabbats vous garderez : le mot restreint. mot restrictif La restriction peut ne viser que le danger avéré (Rachi) : le doute reste hors du champ du verset. X R. Yonatan b. Yossef (seg. 2) Il est saint pour vous : le Chabbat vous est remis, non l'inverse. derasha Vous ne lui êtes pas livrés pour en mourir - mais mourir certainement ; le doute n'est pas visé. X R. Chimon b. Menassia (seg. 3) Profane un Chabbat pour qu'il en garde beaucoup. derasha Encore faut-il être sur qu'il en gardera beaucoup : le calcul suppose une survie certaine. X Chmouel (seg. 3) ve-haï bahem : il vivra par eux - et non qu'il en meure. derasha Aucune. Le verset exige une vie assurée : dès qu'un doute de mort apparaît, la mitsva cède. Doute inclus. OK Ravina : mieux vaut un seul grain de poivre piquant qu'une corbeille pleine de courges. Une preuve qui tient vaut mieux que six qui impressionnent. Nuance du Ben Yehoyada : les six premières étaient des kal va-homer, réfutables par nature ; Chmouel, lui, expose un verset - et une derasha ne se réfute pas ainsi.
Les sept preuves passées au crible de Rava : six kal va-homer ou derachot qui ne couvrent que le danger certain, et le verset de Chmouel qui, seul, atteint le doute.
Le point de rupture : vadai / safek Toute la critique de Rava tient dans un seul écart. La vraie question n'est pas : sauve-t-on une vie le Chabbat ? C'est : agit-on quand on ne sait pas encore s'il y a une vie à sauver ? vadai - danger certain L'homme est enseveli, on l'entend respirer. Le voleur est entré pour tuer. Le témoignage a été vérifié. Les six premières preuves s'arrêtent ici. safek - danger douteux Peut-être y a-t-il quelqu'un sous l'éboulement. Peut-être est-il déjà mort. Peut-être ce malade n'est-il pas en danger. C'est le cas réel - et il reste à fonder. Pourquoi ve-haï bahem couvre les deux colonnes Rachi : le verset ne dit pas que celui qui accomplit la mitsva doit survivre en fait ; il dit que la Torah a été donnée pour une vie assurée. Or dès qu'il y a doute de mort, la vie n'est plus assurée - la condition du verset est rompue avant même qu'on sache si le danger est réel. C'est pourquoi on profane le Chabbat sur un simple doute.
vadai contre safek : le véritable enjeu du débat, et pourquoi ve-haï bahem franchit la frontière que les autres preuves ne franchissent pas.
La michna de l'expiation : quatre instruments, deux verrous Le daf bascule ici du pikouah nefech à la techouva. Chaque instrument a son domaine propre. Hatat / acham vadai Expient à eux seuls - expiation complète. Rachi : la techouva est supposée - sans regret, il n'aurait pas apporté de sacrifice. Acham talouy Doute de karet. Le verset parle bien d'expiation, mais elle n'est pas complète : elle suspend. 2e réponse : Yom Kippour peut le remplacer. Mort et Yom Kippour Expient avec la techouva. Rabbi : Yom Kippour expie même sans techouva - sauf trois cas. La guemara concilie : l'un a besoin de l'autre. Techouva seule Fautes légères : un aseh, et un lav qui se résout en aseh. Fautes graves : elle suspend seulement, jusqu'à Yom Kippour. Verrou 1 - le calcul Je pècherai et je ferai techouva : on ne lui donne pas les moyens de faire techouva. Je pècherai et Yom Kippour expiera : Yom Kippour n'expie pas. Le repentir programmé n'est pas un repentir. Verrou 2 - le prochain Entre l'homme et Dieu : Yom Kippour expie. Entre l'homme et son prochain : Yom Kippour n'expie pas tant que l'autre n'a pas été apaisé. Aucun rite ne remplace la démarche vers celui qu'on a lésé. La conclusion de Rabbi Akiva : le mikve Devant qui vous purifiez-vous, et qui vous purifie ? Votre Père qui est aux cieux. Deux versets : Je répandrai sur vous des eaux pures (Ezechiel) - et : mikve Israël, l'Éternel (Jérémie). Le second corrige le premier : Dieu n'envoie pas seulement l'eau, Il est le bassin. On ne se purifie pas par un mécanisme, mais en entrant dans une présence.
La michna d'ouverture du dernier chapitre : quatre instruments d'expiation, deux verrous qui les neutralisent, et la conclusion de Rabbi Akiva.
1
אֲבָל לְהַחֲיוֹת — אֲפִילּוּ מֵעַל מִזְבְּחִי. וּמַה זֶה, שֶׁסָּפֵק יֵשׁ מַמָּשׁ בִּדְבָרָיו סָפֵק אֵין מַמָּשׁ בִּדְבָרָיו, וַעֲבוֹדָה דּוֹחָה שַׁבָּת — קַל וָחֹומֶר לְפִקּוּחַ נֶפֶשׁ שֶׁדּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת. נַעֲנָה רַבִּי אֶלְעָזָר וְאָמַר: וּמַה מִילָה שֶׁהִיא אֶחָד מִמָּאתַיִם וְאַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה אֵיבָרִים שֶׁבָּאָדָם דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת — קַל וָחֹומֶר לְכָל גּוּפוֹ שֶׁדּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת.

mais pour le faire vivre - même de dessus mon autel. Et si celui-ci, dont il est douteux qu'il y ait de la substance dans ses paroles ou qu'il n'y en ait pas, [interrompt] le service, lequel repousse le Chabbat - à plus forte raison le pikouah nefech (sauvetage d'une vie) repousse-t-il le Chabbat.

Rabbi Elazar [ben Azaria] prit la parole et dit : et si la mila, qui n'est qu'un des deux cent quarante-huit membres de l'homme, repousse le Chabbat - à plus forte raison son corps tout entier repousse-t-il le Chabbat.

📜 Rachi (3)
אֲבָל לְהַחֲיוֹת כְּגוֹן שֶׁיּוֹדֵעַ לְלַמֵּד זְכוּת עַל אָדָם שֶׁנִּדּוֹן בב"ד לֵיהָרֵג:
Par exemple lorsqu'il sait présenter un argument à décharge en faveur d'un homme que le tribunal a condamné à mort.
וַעֲבוֹדָה חֲמוּרָה שֶׁדּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת מַפְסִיקָהּ לְהַצָּלַת נֶפֶשׁ:
[Le service du Temple], qui est assez grave pour repousser le Chabbat, s'interrompt pourtant pour sauver une vie.
וּמַה מִילָה שֶׁהִיא תִּיקּוּן אֶחָד מֵאֵיבָרָיו שֶׁל אָדָם דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת לְפִי שֶׁחַייָּבִין עָלֶיהָ כָּרֵת לְאַחַר זְמַן כָּךְ שְׁנוּיָה בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּשַׁבָּת:
Qui n'est que la réparation d'un seul des membres de l'homme, et qui repousse pourtant le Chabbat - parce qu'on encourt le karet à son sujet passé le temps [de l'accomplir] ; ainsi est-ce enseigné dans la Tossefta de Chabbat.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur la fin de la preuve de Rabbi Akiva, commencée en 85a. Le verset dit que l'on prend le meurtrier d'auprès de l'autel pour le mettre à mort - mais pour sauver une vie, on le prend même de dessus l'autel, service commencé. Or ce cohen n'apporte peut-être qu'un témoignage sans valeur : c'est donc un simple espoir de sauvetage qui interrompt le service du Temple, lequel repousse pourtant le Chabbat. À plus forte raison le sauvetage d'une vie repousse-t-il le Chabbat.

Rabbi Elazar ben Azaria raisonne autrement, de la partie au tout : la mila repousse le Chabbat alors qu'elle ne concerne qu'un seul des 248 membres du corps ; le corps entier le repoussera donc à plus forte raison. Rachi ajoute la raison pour laquelle la mila est si lourde : on encourt le karet si elle n'est pas faite - il cite la Tossefta de Chabbat.

Ces deux preuves sont des kal va-homer (raisonnements à fortiori). Retenez-en la forme : c'est précisément par là que Rava les fera tomber, car un kal va-homer se réfute dès lors qu'on conteste la prémisse légère.

🖼️ Schéma
Deux kal va-homer en chaîne R. Akiva - par le service du Temple Le léger : un témoignage peut-être sans valeur interrompt le service - qui repousse Chabbat. Le lourd : sauver une vie repousse Chabbat. Si un doute suffit à suspendre le service, une vie le peut. R. Elazar b. Azaria - par la mila Le léger : la mila ne touche qu'un membre sur 248 - et pourtant elle repousse Chabbat. Le lourd : le corps entier repousse Chabbat. De la partie au tout : un membre, donc à plus forte raison tous. Ce que Rava opposera (segments 4 à 6) À R. Akiva : on ne retire le cohen de l'autel qu'après avoir envoyé deux sages vérifier le témoignage (Abaye). Le doute à donc déjà été levé : rien ne prouve qu'on agisse dans l'incertitude. À R. Elazar ben Azaria : la mila se pratique sur un enfant dont on sait qu'il est apte. Le raisonnement va du certain au certain ; il ne dit rien du cas où l'on ignore encore s'il y a une vie à sauver.
Les deux kal va-homer du segment, et la faille que Rava exploitera : tous deux partent d'un cas où le danger, ou l'obligation, est déjà certain.
2
רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: ״אֶת שַׁבְּתֹותַי תִּשְׁמֹורוּ״, יָכוֹל לַכֹּל — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַךְ״ חִלֵּק. רַבִּי יוֹנָתָן בֶּן יוֹסֵף אוֹמֵר: ״כִּי קֹודֶשׁ הִיא לָכֶם״, הִיא מְסוּרָה בְּיֶדְכֶם וְלֹא אַתֶּם מְסוּרִים בְּיָדָהּ.

Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda dit : [il est écrit] « Mes Chabbats, vous les garderez » - on aurait pu croire : en toute circonstance ; c'est pourquoi le verset dit « akh » (mais), qui divise [c'est-à-dire restreint]. Rabbi Yonatan ben Yossef dit : [il est écrit] « car il est saint pour vous » - il est remis entre vos mains, et non vous entre les siennes.

📜 Rachi (1)
יָכוֹל לְכָל אַפֵּי' לְפִיקּוּחַ נֶפֶשׁ:
Même au détriment du pikouah nefech.
💡 Explication

Deux preuves scripturaires, plus courtes. La première joue sur un mot : le verset d'Exode 31,13 commence par akh, « mais ». Or une règle d'exégèse classique veut que akh et rak restreignent (akhin ve-rakin miouttin). Sans ce mot, on aurait gardé le Chabbat en toute circonstance ; le mot ouvre une brèche - et Rachi précise laquelle : même au détriment du pikouah nefech, ce que le verset vient exclure.

La seconde renverse le rapport entre l'homme et le jour : « car il est saint pour vous » - le Chabbat vous est confié, vous ne lui êtes pas livrés. Formule d'une portée considérable : la sainteté du jour est ordonnée à la vie de celui qui l'observe, non l'inverse.

3
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אוֹמֵר: ״וְשָׁמְרוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת הַשַּׁבָּת״, אָמְרָה תּוֹרָה: חַלֵּל עָלָיו שַׁבָּת אַחַת כְּדֵי שֶׁיִּשְׁמֹור שַׁבָּתוֹת הַרְבֵּה. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אִי הֲוַאי הָתָם, הֲוָה אָמֵינָא דִּידִי עֲדִיפָא מִדִּידְהוּ: ״וָחַי בָּהֶם״ — וְלֹא שֶׁיָּמוּת בָּהֶם.

Rabbi Chimon ben Menassia dit : [il est écrit] « Les enfants d'Israël garderont le Chabbat » - la Torah a dit : profane pour lui un seul Chabbat, afin qu'il garde de nombreux Chabbats. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : si j'avais été là, j'aurais dit que ma [preuve] est préférable à la leur : « et il vivra par eux » - et non qu'il en meure.

📜 Rachi (1)
וְשָׁמְרוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת הַשַּׁבָּת כְּדֵי לַעֲשׂוֹת שַׁבָּתוֹת אֲחֵרוֹת יִזָּהֲרוּ בְּשַׁבָּת זוֹ בְּקִיּוּם שְׁמִירַת שַׁבָּתוֹת הַרְבֵּה:
Afin d'accomplir d'autres Chabbats : qu'ils s'occupent de ce Chabbat-ci [en le profanant] pour maintenir l'observance de nombreux Chabbats.
⚖️ Rosh (1)
מִי שֶׁנָּפְלָה עָלָיו מַפּוֹלֶת סָפֵק הוּא שָׁם סָפֵק אֵינוֹ שָׁם סָפֵק חַי סָפֵק מֵת סָפֵק נָכְרִי סָפֵק יִשְׂרָאֵל מְפַקְּחִין עָלָיו. מְצָאוּהוּ חַי מְפַקְּחִין עָלָיו וְאִם מֵת יְנִיחוּהוּ. [דַּף פֹּה ע"א] מְצָאוּהוּ חַי פְּשִׁיטָא דִּמְפַקְּחִין לָא נִצְרְכָה אֶלָּא אֲפִילּוּ לְחַיֵּי שָׁעָה. תָּנוּ רַבָּנַן עַד הֵיכָן הוּא בּוֹדֵק עַד טִיבּוּרוֹ. וְיֵשׁ אוֹמְרִים עַד חָוטְמוֹ. בָּדַק וּמָצָא עֶלְיוֹנִים מֵתִים לֹא יֹאמַר כְּבָר מֵתוּ הַתַּחְתּוֹנִים מַעֲשֶׂה הָיָה וְנִמְצְאוּ עֶלְיוֹנִים מֵתִים וְתַחְתּוֹנִים חַיִּים. אָמַר רַב פָּפָּא מַחְלֹוקֶת מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה אֲבָל מִלְּמַעְלָה לְמַטָּה כֵּיוָן דִּבְדִיק עַד חָוטְמוֹ שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ. דִּכְתִיב כֹּל אֲשֶׁר נִשְׁמַת רוּחַ חַיִּים בְּאַפָּיו. וּמְנָא לֵיהּ דְּפִיקּוּחַ נֶפֶשׁ דָּחֵי שַׁבָּת [דַּף פֹּה ע"ב] אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אָמַר קְרָא אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה אֹותָם הָאָדָם וָחַי בָּהֶם וְלֹא שֶׁיָּמוּת בָּהֶן:
MICHNA. Celui sur qui un éboulement s'est effondre - qu'il soit douteux qu'il s'y trouve ou non, douteux qu'il soit vivant ou mort, douteux qu'il soit non-juif ou juif - on déblaie pour lui. Si on le trouve vivant, on continue de déblayer ; s'il est mort, on le laisse. [Feuillet 85a] « Si on le trouve vivant, on déblaie » : cela va de soi ! [Cette précision] n'était nécessaire que pour [enseigner qu'on déblaie] même pour hayei chaa (une vie de quelques instants). Nos maîtres ont enseigné : jusqu'où vérifie-t-on ? Jusqu'à son nombril ; et certains disent : jusqu'à ses narines. S'il a vérifié et trouvé morts ceux du dessus, qu'il ne dise pas : ceux du dessous sont déjà morts - un fait est survenu où l'on trouva morts ceux du dessus et vivants ceux du dessous. Rav Papa a dit : la controverse porte sur [un dégagement] de bas en haut ; mais de haut en bas, des lors qu'il a vérifié jusqu'aux narines, il n'a plus besoin [de poursuivre] - car il est écrit : « tout ce qui avait un souffle d'esprit de vie dans les narines ». Et d'où lui vient que le pikouah nefech repousse le Chabbat ? [Feuillet 85b] Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : le verset dit « que l'homme accomplira, et il vivra par elles » - et non qu'il en meure.
💡 Explication

Rabbi Chimon ben Menassia propose un calcul : mieux vaut sacrifier un Chabbat que d'en perdre des centaines. L'argument est économique autant qu'exégétique - et c'est ce qui le rendra vulnérable, car il suppose qu'on sache d'avance que le malade survivra pour observer ces nombreux Chabbats.

Puis vient la phrase de Chmouel, transmise par Rav Yehouda. Sa forme est remarquable : « si j'avais été là » - il ne conteste pas les autres, il dit seulement que sa preuve les surpasse. Le verset est Lévitique 18,5 : « [les lois] que l'homme accomplira, et il vivra par elles » - d'où : et non qu'il en meure. C'est la seule preuve qui survivra à l'examen de Rava, et elle est devenue la source classique du principe : ve-haï bahem.

4
אָמַר רָבָא: לְכֻולְּהוּ אִית לְהוּ פִּירְכָא, בַּר מִדִּשְׁמוּאֵל דְּלֵית לֵיהּ פִּירְכָא. דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל — דִּילְמָא כִּדְרָבָא. דְּאָמַר רָבָא: מַאי טַעְמָא דְּמַחְתֶּרֶת? חֲזָקָה, אֵין אָדָם מַעֲמִיד עַצְמוֹ עַל מָמוֹנוֹ. וְהַאי מִידָּע יָדַע דְּקָאֵי לְאַפֵּיהּ, וְאָמַר אִי קָאֵי לְאַפַּאי — קָטֵילְנָא לֵיהּ, וְהַתּוֹרָה אָמְרָה: בָּא לְהָרְגְךָ — הַשְׁכֵּם לְהָרְגוֹ. וְאַשְׁכְּחַן וַדַּאי, סָפֵק מִנָּלַן?

Rava a dit : toutes [ces preuves] ont une réfutation, sauf celle de Chmouel, qui n'a pas de réfutation. Celle de Rabbi Yichmael - peut-être [s'explique-t-elle] comme [le dit] Rava ; car Rava a dit : quelle est la raison [de la loi] du cambrioleur ?

Une présomption : nul ne se retient [de défendre] son bien. Et celui-ci sait bien que [le maître de maison] se dressera contre lui, et il s'est dit : s'il se dresse contre moi, je le tuerai ; or la Torah a dit : celui qui vient te tuer, devance-le et tue-le.

Nous avons donc trouvé [la règle] pour un cas certain ; pour un cas douteux, d'où [le savons-nous] ?

📜 Rachi (2)
דִּשְׁמוּאֵל לֵית לֵיהּ פִּירְכָא אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה הָאָדָם הַמִּצְוֹת שֶׁיִּחְיֶה בָּהֶם וַדַּאי וְלֹא שֶׁיָּבֹא בַּעֲשִׂיָּיתָהּ לִידֵי סְפֵק מִיתָה אַלְמָא מְחַלְּלִין עַל הַסָּפֵק:
« [Les lois] que l'homme accomplira » - les mitsvot, de façon à vivre par elles à coup sûr, et non de façon à en venir, par leur accomplissement, à un doute de mort. Il en ressort donc qu'on profane [le Chabbat] pour un doute.
אֵין אָדָם מַעֲמִיד אֶת עַצְמוֹ מִלְּהַצִּיל אֶת מָמוֹנוֹ מִיַּד גַּנָּב וְהַאי גַּנָּב דְּאָתֵי בַּמַּחְתֶּרֶת מִידָּע יָדַע דְּקָאֵי בַּעַל הַבַּיִת בְּאַפֵּיהּ וְאַדַּעְתָּא דְּהָכִי אֲתָא דְּמֵימַר אָמַר כִּי קָאֵי לְאַפַּאי קָטֵילְנָא לֵיהּ וְאֵין זֶה סְפֵק נְפָשׁוֹת אֶלָּא וַדַּאי נְפָשׁוֹת וְהַתּוֹרָה אָמְרָה לוֹ כָּאן אַחֲרֵי שֶׁבָּא לְהָורְגְךָ הַשְׁכֵּם לְהָורְגוֹ:
[Nul ne se retient] de sauver son bien de la main du voleur ; et ce voleur qui vient par effraction sait bien que le maître de maison se dressera contre lui, et c'est dans cette intention qu'il est venu, se disant : s'il se dresse contre moi, je le tuerai. Ce n'est donc pas un doute de danger de mort mais un danger de mort certain, et la Torah lui a dit ici : puisqu'il est venu pour te tuer, devance-le et tue-le.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְכֻולְּהוּ אִית לְהוּ פִּירְכָא , בַּר מִדִּשְׁמוּאֵל , דְּלֵית לֵיהּ פִּירְכָא. הִקְשָׁה הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל וְהָא אָמְרוּ (וַיִּקְרָא יח ה) 'וָחַי בָּהֶם' לָעוֹלָם הַבָּא וְכֵן תִּרְגֵּם אוּנְקְלוֹס [וַיְחִי בְּהוֹן לְחַיֵּי עָלְמָא] וּלְפִי זֶה גַּם לִשְׁמוּאֵל אִיכָּא פִּירְכָא? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּשְׁמוּאֵל דְּקָאָמַר 'אִי הֲוַאי הָתָם' קָאֵי עַל קִיבּוּץ אוֹתָם הַתְּנָאִים שֶׁהָיוּ מְהַלְּכִין בַּדֶּרֶךְ יַחַד וְנִשְׁאֲלָה שְׁאֵלָה זוֹ לִפְנֵיהֶם דְּכוּלְּהוּ לֹא אָמְרוּ מִלְּתַיְיהוּ מִדְרְשָׁא אֶלָּא מִקַּל וָחֹומֶר וְיָדוּעַ דְּקַל וָחֹומֶר אִי אִית לֵיהּ פִּרְכָא אֶיפְרַךְ אֲבָל הַדְּרָשָׁא לֵית לָהּ פִּרְכָא וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (תַּעֲנִית ה:) וְכִי בִּכְדִי חָנְטוּ חַנָּטַייָּא וְכוּ' אָמַר לוֹ מִקְרָא אֲנִי דּוֹרֵשׁ וְלָזֶה אָמַר כָּאן לְכוּלְּהוּ תַּנָּאֵי שֶׁהָיוּ בְּמַעֲמַד אֶחָד לְהָשִׁיב עַל שְׁאֵלָה זוֹ אִית לְהוּ פִּרְכָא כֵּיוָן דְּיָלְפִי בְּקַל וָחֹומֶר לְבַר מִדִּשְׁמוּאֵל דְּמַפִּיק מִדְּרָשָׁא לֵית לָהּ פִּרְכָא דְּאִם תֹּאמַר אֲנִי דּוֹרֵשׁ הַכָּתוּב בְּאֹופֶן אַחֵר אָמֵינָא לָךְ מַאי חֲזֵית דְּדָרַשְׁתָּ הָכִי תִּדְרוֹשׁ הָכִי, וְאַף עַל גַּב דְּאִיכָּא עוֹד חֲכָמִים דְּיָלְפִי מִדְּרָשָׁא בִּשְׁאֵלָה זוֹ שֶׁבַח לְהָא דִּשְׁמוּאֵל וְלֹא חָשׁ לְקֻושְׁיַת הָרַב זַ"ל לוֹמַר דְּ'חַי בָּהֶם' לְעוֹלָם הַבָּא מִשּׁוּם דִּפְשָׁטֵיהּ דִּקְרָא לָאו הָכִי הוּא.
« Toutes ont une réfutation, sauf celle de Chmouel, qui n'a pas de réfutation. » Le Rav Petah Einayim (le Hida) a objecté : mais on a dit que « et il vivra par eux » (Lévitique 18,5) vise le monde à venir, et c'est ainsi que traduit Onkelos [« et il vivra par elles de la vie éternelle »] - selon quoi la preuve de Chmouel aussi aurait une réfutation ! Voir là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que Chmouel, en disant « si j'avais été là », visait ce rassemblement de tannaim qui cheminaient ensemble sur la route et devant qui cette question fut posée : tous n'ont formulé leur réponse que par un kal va-homer, non par une derasha (exégèse d'un verset). Or il est connu qu'un kal va-homer, dès lors qu'il a une réfutation, tombe - tandis qu'une derasha n'a pas de réfutation, comme on l'a dit dans la guemara (Taanit 5b) : « et les embaumeurs l'ont-ils donc embaumé pour rien ?... - c'est un verset que j'expose ». C'est pourquoi il a dit ici : tous les tannaim présents pour répondre à cette question ont une réfutation, puisqu'ils tirent [leur réponse] d'un kal va-homer ; sauf Chmouel, qui la tire d'une derasha, laquelle n'a pas de réfutation - car si tu objectes : j'exposerai le verset autrement, je te réponds : qu'as-tu vu pour l'exposer ainsi plutôt qu'ainsi ? Et bien qu'il y ait encore des sages qui tirent [leur réponse] d'une derasha dans cette question, [Rava] a loué celle de Chmouel et ne s'est pas soucié de l'objection du Rav [Hida] - à savoir que « il vivra par eux » viserait le monde à venir - parce que le sens simple du verset n'est pas celui-là.
💡 Explication

Rava prend les sept preuves en bloc et annonce le résultat avant de le démontrer : toutes ont une pirka (réfutation), sauf celle de Chmouel. Il commence par la première, celle de Rabbi Yichmael tirée du cambrioleur (mahteret, Exode 22,1) : on peut le tuer même le Chabbat, alors qu'on ignore s'il tuera vraiment.

Rava démonte la prémisse : ce n'était jamais un doute. Une hazaka (présomption) veut que nul ne reste passif quand on le vole ; le voleur le sait et entre donc décidé à tuer si on lui résiste. Le danger est certain, et c'est pourquoi la Torah dit : ba lehorgekha hashkem lehorgo, celui qui vient te tuer, devance-le. Il n'y a donc rien à en tirer pour le doute.

La dernière phrase - « nous avons trouvé le certain, le douteux d'où ? » - est le refrain qui abattra toutes les autres preuves. Rachi, sur la première glose, montre en creux pourquoi Chmouel échappe à ce refrain : son verset ne parle pas de danger avéré, il exige que l'accomplissement de la mitsva n'expose pas même à un doute de mort.

🖼️ Schéma
Pourquoi le cambrioleur ne prouve rien La chaîne de présomptions de Rava transforme un doute apparent en certitude. 1. Présomption Nul ne se retient de défendre son bien face à un voleur. 2. Le voleur le sait Il sait que le maître de maison se dressera contre lui. 3. Donc il a décidé S'il se dresse contre moi, je le tuerai. Il est entré en assassin. 4. Donc : certitude Celui qui vient te tuer, devance-le. Danger avéré, non douteux. Le retournement R. Yichmael croyait raisonner ainsi : on tue le cambrioleur même Chabbat alors qu'il n'est pas sur qu'il tuera - donc à plus forte raison profane-t-on Chabbat pour sauver. Rava lui retire sa prémisse : ce n'était jamais un doute. Il reste alors : nous avons trouvé le cas certain - le cas douteux, d'où le savons-nous ? C'est la formule qui reviendra, mot pour mot, contre chacune des six premières preuves. Note : ce même principe - ba lehorgekha hashkem lehorgo - est la source classique de la légitime défense.
La chaîne de présomptions par laquelle Rava transforme le cas du cambrioleur en danger certain - et prive Rabbi Yichmael de sa prémisse.
5
דְּרַבִּי עֲקִיבָא נַמֵּי — דִּילְמָא כִּדְאַבַּיֵּי. דְּאָמַר אַבַּיֵּי: מָסְרִינַן לֵיהּ זוּגָא דְּרַבָּנַן לֵידַע אִם מַמָּשׁ בִּדְבָרָיו. וְאַשְׁכְּחַן וַדַּאי, סָפֵק מְנָא לַן?

Celle de Rabbi Akiva aussi - peut-être [s'explique-t-elle] comme [le dit] Abaye ; car Abaye a dit : on lui adjoint une paire de sages pour savoir s'il y a de la substance dans ses paroles. Nous avons donc trouvé [la règle] pour un cas certain ; pour un cas douteux, d'où [le savons-nous] ?

📜 Rachi (2)
דְּאָמַר אַבַּיֵּי בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף מג.) עַל הַיּוֹצֵא לִיסָּקֵל וְאָמַר יֵשׁ לִי זְכוּת לְלַמֵּד עַל עַצְמִי דְּקָתָנֵי הָתָם מַחֲזִירִין אוֹתוֹ אֲפִילּוּ אַרְבַּע וְחָמֵשׁ פְּעָמִים וּבִלְבַד שֶׁיְּהֵא מַמָּשׁ בִּדְבָרָיו וְהָוֵינַן בָּהּ מְנָא יָדְעִי וְאָמַר אַבָּיֵי מָסְרִינַן לֵיהּ זוּגָא דְרַבָּנַן שֶׁמְּלַוִּין אוֹתוֹ עַד בֵּית הַסְּקִילָה וְאִם אָמַר יֵשׁ לִי לְלַמֵּד זְכוּת עַל עַצְמִי יִשְׁמְעוּ אֵלּוּ אִם יֵשׁ מַמָּשׁ בִּדְבָרָיו אִם לָאו וְהָכִי נָמֵי גַּבֵּי כֹּהֵן הָעוֹבֵד אִיכָּא לְמֵימַר נָמֵי דְּהָכִי עָבְדִי לֵיהּ:
[Abaye a dit] dans Sanhédrin (43a), à propos de celui qu'on mène à la lapidation et qui déclare : j'ai un argument à présenter en ma faveur. Il est enseigné là-bas qu'on le ramène [au tribunal] jusqu'à quatre ou cinq fois, pourvu qu'il y ait de la substance dans ses paroles ; et nous avons demandé : comment le sait-on ? Abaye a répondu : on lui adjoint une paire de sages qui l'accompagnent jusqu'au lieu de la lapidation, et s'il dit : j'ai un argument à présenter en ma faveur, ceux-ci entendent s'il y a de la substance dans ses paroles ou non. Ici de même, à propos du cohen qui officie, on peut dire qu'on procède ainsi avec lui.
וְאַשְׁכְּחַן מֵהָכָא דְּאַוַּדַּאי פִּיקּוּחַ נֶפֶשׁ מְחַלְּלִין אֲבָל סָפֵק לָא שָׁמְעִינַן מִינָּהּ וְכֻולְּהוּ נָמֵי כְּגוֹן אַךְ חִלֵּק אִיכָּא לְמֵימַר דְּוַדַּאי פִּיקּוּחַ נֶפֶשׁ קָא מְמַעֵט וְלֹא סָפֵק וְכֵן וְלֹא אַתֶּם מִסּוּרִין בְּיָדָהּ לָמוּת וַדַּאי וְכֵן חִלֵּל עָלָיו כְּדֵי שֶׁיִּשְׁמֹור וַדַּאי שַׁבָּתוֹת הַרְבֵּה:
[Nous avons trouvé] d'ici que pour un pikouah nefech certain on profane [le Chabbat] ; mais pour un cas douteux, nous ne l'apprenons pas de là. Et pour toutes les autres [preuves] de même : pour « akh, qui divise », on peut dire que le verset n'exclut que le pikouah nefech certain, non le doute ; de même « et vous ne lui êtes pas livrés » - pour en mourir certainement ; de même « profane pour lui afin qu'il garde » - afin qu'il garde certainement de nombreux Chabbats.
💡 Explication

Même mécanique appliquée à Rabbi Akiva. Il avait supposé qu'on retire le cohen de l'autel sur un témoignage seulement peut-être valable. Abaye (Sanhédrin 43a) apprend qu'on ne procède pas ainsi à l'aveugle : on envoie deux sages vérifier s'il y a « de la substance dans ses paroles » avant d'agir. Le doute est donc levé avant l'interruption du service.

La seconde glose de Rachi est précieuse : elle règle d'un coup le sort des preuves des segments 2 et 3, que la guemara ne détaille pas. Le mot akh peut ne restreindre que le danger avéré ; « vous ne lui êtes pas livrés » signifie : pour en mourir certainement ; « profane pour qu'il garde beaucoup de Chabbats » suppose qu'il en gardera certainement. Toutes s'arrêtent au même seuil.

6
וְכֻולְּהוּ אַשְׁכְּחַן וַדַּאי, סָפֵק מְנָא לַן? וְדִשְׁמוּאֵל, וַדַּאי לֵית לֵיהּ פִּירְכָא. אָמַר רָבִינָא וְאִיתֵּימָא רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: טָבָא חֲדָא פִּלְפַּלְתָּא חֲרִיפָא מִמְּלָא צַנָּא דְקָרֵי.

Et pour toutes [les autres] de même : nous avons trouvé le cas certain ; le cas douteux, d'où [le savons-nous] ? Quant à celle de Chmouel, elle n'a assurément pas de réfutation.

Ravina - et certains disent Rav Nahman bar Yits'hak - a dit : mieux vaut un seul grain de poivre piquant qu'une corbeille pleine de courges.

📜 Rachi (1)
חֲדָא פִּלְפַּלְתָּא גַּרְעִין אֶחָד:
Un seul grain.
💡 Explication

La guemara généralise et conclut : les six preuves tombent ensemble, non par faiblesse individuelle mais parce qu'elles partagent le même angle mort. Seule celle de Chmouel demeure - et le mot vadai employé ici (« elle n'a assurément pas de réfutation ») fait écho, non sans ironie, au vadai qui a fait tomber les autres.

Le proverbe de Ravina est l'un des plus cités du Talmud : tava hada pilpelta harifa mimla tsana de-kari. Rachi ne glose qu'un mot - hada pilpelta, un seul grain. La leçon dépasse la sougya : en matière de preuve, la quantité ne compense pas. Six arguments réfutables ne valent pas un argument qui tient.

🖼️ Schéma
Un grain de poivre contre une corbeille de courges La corbeille de courges Six preuves. Du volume, de la variété, des noms prestigieux. Mais chacune s'arrête au seuil du doute - et le doute est justement le cas réel. Beaucoup de matière, peu de goût. Le grain de poivre Trois mots : ve-haï bahem. Rachi précise le grain : que l'homme accomplisse les mitsvot pour vivre à coup sûr, non pour s'exposer à un doute de mort. Peu de matière, tout le goût. Rachi glose seulement : hada pilpelta - un seul grain. Le proverbe vaut pour toute étude : ce n'est pas le nombre d'arguments qui fait la force d'une position, mais qu'un seul d'entre eux résiste à l'objection.
Le proverbe de Ravina : la valeur d'une preuve ne se mesure pas au nombre, mais à sa résistance à l'objection.
7
מַתְנִי׳ חַטָּאת וְאָשָׁם וַדַּאי — מְכַפְּרִין. מִיתָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים — מְכַפְּרִין עִם הַתְּשׁוּבָה. תְּשׁוּבָה — מְכַפֶּרֶת עַל עֲבֵירוֹת קַלּוֹת: עַל עֲשֵׂה, וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה. וְעַל הַחֲמוּרוֹת הוּא תּוֹלֶה, עַד שֶׁיָּבֹא יוֹם הַכִּפּוּרִים וִיכַפֵּר. הָאוֹמֵר: אֶחֱטָא וְאָשׁוּב, אֶחֱטָא וְאָשׁוּב — אֵין מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה. אֶחֱטָא וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר — אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. עֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם — יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, עֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ — אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, עַד שֶׁיְּרַצֶּה אֶת חֲבֵירוֹ.

MICHNA. Le hatat (sacrifice expiatoire) et l'acham vadai (sacrifice de culpabilité certain) expient.

La mort et Yom Kippour expient avec la techouva. La techouva expie les transgressions légères : un commandement positif et un commandement négatif.

Et pour les graves, elle suspend [le châtiment] jusqu'à ce que vienne Yom Kippour et qu'il expie. Celui qui dit : je pècherai et je ferai techouva, je pècherai et je ferai techouva - on ne lui en donne pas les moyens de faire techouva.

[Celui qui dit :] je pècherai et Yom Kippour expiera - Yom Kippour n'expie pas. Les transgressions entre l'homme et Dieu, Yom Kippour les expie ; les transgressions entre l'homme et son prochain, Yom Kippour ne les expie pas tant qu'il n'a pas apaisé son prochain.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' חַטָּאת וְאָשָׁם וַדַּאי הֵם אֲשַׁם גְּזֵילוֹת וּמְעִילוֹת וְיֵשׁ אָשָׁם שֶׁהוּא תָּלוּי הַבָּא עַל שִׁגְגַת סְפֵק כָּרֵת וּבַגְּמָ' פָּרִיךְ וְהָא בֵּיהּ נָמֵי כַּפָּרָה כְּתִיבָא:
MICHNA. « Le hatat et l'acham vadai » : ce sont l'acham pour les vols et l'acham pour les détournements de biens consacrés ; et il existe un acham dit talouy (suspendu), qui vient pour une faute involontaire douteuse passible de karet - et dans la guemara on objectera : mais l'expiation est écrite à son sujet aussi !
חַטָּאת וְאָשָׁם וַדַּאי מְכַפְּרִין וּמִסְּתָמָא תְּשׁוּבָה אִיכָּא שֶׁאִם לֹא הָיָה מִתְחָרֵט לֹא הָיָה מֵבִיא קָרְבָּן:
« Le hatat et l'acham vadai expient » : et il y a vraisemblablement techouva, car s'il ne s'était pas repenti il n'aurait pas apporté de sacrifice.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' [דַּף פֹּה ע"ב] הָאוֹמֵר אֶחֱטָא וְאָשׁוּב אֶחֱטָא וְאָשׁוּב אֵין מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה. אֶחֱטָא וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. עֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר וְלֹא עֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ עַד שֶׁיְּרַצֶּה אֶת חֲבֵירוֹ. אֶת זוֹ דָּרַשׁ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה מִכֹּל חַטֹּאתֵיכֶם לִפְנֵי ה' תִּטְהָרוּ עֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר:
MICHNA. [Feuillet 85b] Celui qui dit : je pècherai et je ferai techouva, je pècherai et je ferai techouva - on ne lui en donne pas les moyens de faire techouva. [Celui qui dit :] je pècherai et Yom Kippour expiera - Yom Kippour n'expie pas. Les transgressions entre l'homme et Dieu, Yom Kippour les expie ; et non les transgressions entre l'homme et son prochain, tant qu'il n'a pas apaisé son prochain. Voici ce qu'a exposé Rabbi Elazar ben Azaria : « de toutes vos fautes, devant l'Éternel vous serez purifiés » - les transgressions entre l'homme et Dieu, Yom Kippour les expie ; celles entre l'homme et son prochain, Yom Kippour ne les expie pas.
💡 Explication

Ici commence le dernier chapitre du traité, et le sujet change entièrement : de la profanation du Chabbat pour sauver une vie, on passe à l'expiation. La michna dresse une échelle : les sacrifices d'abord (hatat pour une faute involontaire passible de karet, acham vadai pour un vol ou un détournement de biens consacrés) ; puis la mort et Yom Kippour, qui n'agissent qu'avec la techouva ; puis la techouva seule, pour les fautes légères.

Suivent deux clauses d'un autre ordre, qui ne classent plus mais bloquent. Celui qui pèche en comptant sur la réparation n'obtient pas les moyens de se repentir - le calcul vicie le repentir d'avance. Et surtout : Yom Kippour n'expie pas les fautes envers autrui tant que la personne lésée n'a pas été apaisée. Aucun rite ne dispense de la démarche vers celui qu'on a blessé.

🖼️ Schéma
La michna de l'expiation : quatre instruments, deux verrous Le daf bascule ici du pikouah nefech à la techouva. Chaque instrument a son domaine propre. Hatat / acham vadai Expient à eux seuls - expiation complète. Rachi : la techouva est supposée - sans regret, il n'aurait pas apporté de sacrifice. Acham talouy Doute de karet. Le verset parle bien d'expiation, mais elle n'est pas complète : elle suspend. 2e réponse : Yom Kippour peut le remplacer. Mort et Yom Kippour Expient avec la techouva. Rabbi : Yom Kippour expie même sans techouva - sauf trois cas. La guemara concilie : l'un a besoin de l'autre. Techouva seule Fautes légères : un aseh, et un lav qui se résout en aseh. Fautes graves : elle suspend seulement, jusqu'à Yom Kippour. Verrou 1 - le calcul Je pècherai et je ferai techouva : on ne lui donne pas les moyens de faire techouva. Je pècherai et Yom Kippour expiera : Yom Kippour n'expie pas. Le repentir programmé n'est pas un repentir. Verrou 2 - le prochain Entre l'homme et Dieu : Yom Kippour expie. Entre l'homme et son prochain : Yom Kippour n'expie pas tant que l'autre n'a pas été apaisé. Aucun rite ne remplace la démarche vers celui qu'on a lésé. La conclusion de Rabbi Akiva : le mikve Devant qui vous purifiez-vous, et qui vous purifie ? Votre Père qui est aux cieux. Deux versets : Je répandrai sur vous des eaux pures (Ezechiel) - et : mikve Israël, l'Éternel (Jérémie). Le second corrige le premier : Dieu n'envoie pas seulement l'eau, Il est le bassin. On ne se purifie pas par un mécanisme, mais en entrant dans une présence.
L'architecture de la michna : quatre instruments d'expiation, hiérarchisés, et deux clauses qui les neutralisent.
8
דָּרַשׁ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: ״מִכֹּל חַטֹּאתֵיכֶם לִפְנֵי ה׳ תִּטְהָרוּ״. עֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם — יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. עֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ — אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר עַד שֶׁיְּרַצֶּה אֶת חֲבֵירוֹ. אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: אַשְׁרֵיכֶם יִשְׂרָאֵל! לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִטַּהֲרִין, מִי מְטַהֵר אֶתְכֶם? אֲבִיכֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְזָרַקְתִּי עֲלֵיכֶם מַיִם טְהוֹרִים וּטְהַרְתֶּם״, וְאוֹמֵר: ״מִקְוֵה יִשְׂרָאֵל (ה׳)״, מַה מִקְוֶה מְטַהֵר אֶת הַטְּמֵאִים — אַף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְטַהֵר אֶת יִשְׂרָאֵל.

Rabbi Elazar ben Azaria a exposé : « de toutes vos fautes, devant l'Éternel vous serez purifiés » - les transgressions entre l'homme et Dieu, Yom Kippour les expie ; les transgressions entre l'homme et son prochain, Yom Kippour ne les expie pas tant qu'il n'a pas apaisé son prochain. Rabbi Akiva a dit : heureux êtes-vous, Israël !

Devant qui vous purifiez-vous, et qui vous purifie ? Votre Père qui est aux cieux, ainsi qu'il est dit : « je répandrai sur vous des eaux pures et vous serez purs » ; et il est dit : « le mikve d'Israël, [c'est] l'Éternel » - de même que le mikve purifie les impurs, ainsi le Saint béni soit-Il purifie Israël.

🪔 Ben Yehoyada (1)
לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִטַּהֲרִין. נִרְאֶה לִי בס"ד תְּשׁוּבָה שְׁלֵימָה הִיא בְּמַעֲשֶׂה וְדִבּוּר וּמַחְשָׁבָה וּבִשְׁלָשְׁתָּם יַעֲשֶׂה מֵאַהֲבָה הֲרֵי ג' פְּעָמִים אַהֲבָה [13] מִסְפַּר טַל [139] וְקֹודֶם אוֹתִיּוֹת מִי יֵשׁ אוֹתִיּוֹת טַל וְזֶהוּ שֶׁאָמַר לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִטַּהֲרִין? רוֹצֶה לוֹמַר טָהֳרַתְכֶם שְׁלֵימָה בַּג' פְּעָמִים אַהֲבָה שֶׁהֵם מִסְפַּר טַל הָרְמוּזִים קֹודֶם אוֹתִיּוֹת מִי.
« Devant qui (mi) vous purifiez-vous. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : une techouva complète se fait en acte, en parole et en pensée, et dans ces trois-là il agira par amour - voilà trois fois ahava (amour, de valeur numérique 13), soit le nombre tal (39) ; or avant les lettres mem-youd (mi) viennent les lettres têt-lamed (tal). Et c'est ce qu'il a dit : « devant mi vous purifiez-vous ? » - c'est-à-dire : votre purification est complète par les trois fois ahava, qui font le nombre tal, allusion contenue dans les lettres qui précèdent les lettres de mi.
💡 Explication

La michna se conclut sur deux enseignements célèbres. Le premier est un diyouk (déduction de précision) sur Lévitique 16,30 : « de toutes vos fautes, devant l'Éternel vous serez purifiés ». Le mot « devant l'Éternel » restreint : le jour purifie ce qui relève du rapport à Dieu, non ce qui a été commis contre un homme.

Rabbi Akiva enchaîne par une question rhétorique en deux temps - devant qui vous purifiez-vous, et qui vous purifie - et par deux versets qui ne disent pas la même chose. Ezechiel 36,25 présente Dieu comme celui qui asperge ; Jérémie 17,13 dit : mikve Israël, l'Éternel - où le mot mikve, qui signifie à la fois « espoir » et « bassin d'immersion », fait de Dieu non plus l'agent mais le lieu de la purification. Comme le mikve ne purifie que celui qui y entre tout entier, la purification demande d'y entrer soi-même.

9
גמ׳ אָשָׁם וַדַּאי — אִין, אָשָׁם תָּלוּי — לֹא. וְהָא כַּפָּרָה כְּתִיבָא בֵּיהּ? הָנָךְ מְכַפְּרִי כַּפָּרָה גְּמוּרָה, אָשָׁם תָּלוּי אֵינוֹ מְכַפֵּר כַּפָּרָה גְּמוּרָה.

GUEMARA. L'acham vadai, oui ; l'acham talouy, non ?

Mais l'expiation est écrite à son sujet [aussi] ! [Réponse :] ceux-là expient d'une expiation complète ; l'acham talouy n'expie pas d'une expiation complète.

📜 Rachi (2)
גְּמ' הָא כַּפָּרָה כְּתִיב בֵּיהּ וְכִפֶּר עָלָיו הַכֹּהֵן עַל שִׁגְגָתוֹ אֲשֶׁר שָׁגָג (וַיִּקְרָא ה׳:י״ח) בְּאָשָׁם תָּלוּי כְּתִיב:
GUEMARA. « Le cohen fera pour lui l'expiation sur l'erreur qu'il a commise » (Lévitique 5,18) - cela est écrit à propos de l'acham talouy.
אָשָׁם תָּלוּי אֵינוֹ מְכַפֵּר כַּפָּרָה גְּמוּרָה אֶלָּא תּוֹלֶה לְהָגֵן עָלָיו מִן הַיִּסּוּרִין עַד שֶׁיִּוָּדַע לוֹ שֶׁוַּדַּאי חָטָא וְיָבִיא חַטָּאת הָכִי יָלְפִי' לָהּ בִּכְרִיתוֹת (דַּף כו:):
Il ne fait que suspendre, pour le protéger des souffrances, jusqu'à ce qu'il apprenne qu'il a certainement fauté et qu'il apporte un hatat. C'est ainsi qu'on l'apprend dans Keritot (26b).
💡 Explication

La guemara ouvre par un diyouk sur le mot vadai de la michna : si elle précise « acham vadai », c'est qu'elle exclut l'acham talouy - le sacrifice apporté lorsqu'on ignore si l'on a vraiment commis une faute passible de karet. Objection : le verset dit pourtant à son sujet « et le cohen fera pour lui l'expiation » (Lévitique 5,18).

La réponse introduit une distinction de degré : l'acham talouy ne procure pas une expiation complète. Rachi précise sa fonction réelle : il suspend - il protège des souffrances jusqu'à ce que la personne apprenne qu'elle a effectivement fauté et apporte alors un hatat. C'est une protection provisoire, pas un solde de tout compte.

10
אִי נָמֵי: הָנָךְ אֵין אַחֵר מְכַפֵּר כַּפָּרָתָן, אָשָׁם תָּלוּי אַחֵר מְכַפֵּר כַּפָּרָתָן, דִּתְנַן: חַיָּיבֵי חַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת וַדָּאִין שֶׁעָבַר עֲלֵיהֶן יוֹם הַכִּפּוּרִים — חַיָּיבִין, אֲשָׁמוֹת תְּלוּיָן — פְּטוּרִין.

Ou bien : pour ceux-là, rien d'autre n'accomplit leur expiation ; pour l'acham talouy, autre chose accomplit son expiation - comme nous avons appris : ceux qui doivent des hataot et des achamot vadai et sur qui Yom Kippour a passé restent tenus [de les apporter] ; [ceux qui doivent] des achamot telouyim en sont exemptés.

📜 Rachi (1)
פְּטוּרִין דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר עֲלֵיהֶן וְטַעֲמָא מְפָרֵשׁ בִּכְרִיתוֹת (דַּף כֹּה:):
Car Yom Kippour expie pour eux ; la raison en est expliquée dans Keritot (25b).
💡 Explication

Seconde réponse à la même objection, d'un tout autre angle. Ce n'est plus une question de degré d'expiation mais d'exclusivité : le hatat et l'acham vadai sont irremplaçables - même après Yom Kippour, l'obligation subsiste. L'acham talouy, lui, peut être remplacé : Yom Kippour l'accomplit à sa place, et l'obligation tombe.

La michna dirait donc : le hatat et l'acham vadai expient à eux seuls, sans concurrent. Rachi renvoie à Keritot 25b pour la raison de cette exemption.

11
מִיתָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפְּרִין עִם הַתְּשׁוּבָה. עִם הַתְּשׁוּבָה — אִין, בִּפְנֵי עַצְמָן — לֹא. נֵימָא דְּלָא כְּרַבִּי. דְּתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: עַל כָּל עֲבֵירוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה, בֵּין עָשָׂה תְּשׁוּבָה בֵּין לֹא עָשָׂה תְּשׁוּבָה — יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, חוּץ (מִפּוֹרֵק עוֹל), וּמְגַלֶּה פָּנִים בַּתּוֹרָה, וּמֵיפֵר בְּרִית בָּשָׂר, שֶׁאִם עָשָׂה תְּשׁוּבָה — יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, וְאִם לֹא עָשָׂה תְּשׁוּבָה — אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר.

« La mort et Yom Kippour expient avec la techouva. » Avec la techouva, oui ; par eux-mêmes, non. Dirons-nous que [notre michna] n'est pas selon Rabbi ?

Car il a été enseigné : Rabbi dit : pour toutes les transgressions de la Torah, qu'il ait fait techouva ou qu'il n'ait pas fait techouva, Yom Kippour expie - hormis celui qui rejette le joug, celui qui dévoile des faces dans la Torah et celui qui rompt l'alliance de la chair : dans ces cas, s'il a fait techouva, Yom Kippour expie, et s'il n'a pas fait techouva, Yom Kippour n'expie pas.

📜 Rachi (3)
חוּץ מִפּוֹרֵק עוֹל כּוֹפֵר בהקב"ה:
Celui qui renie le Saint béni soit-Il.
מְגַלֶּה פָּנִים בַּתּוֹרָה דּוֹרֵשׁ אֶת הַתּוֹרָה לִגְנַאי כְּגוֹן מְנַשֶּׁה שֶׁהָיָה דּוֹרֵשׁ בְּאַגָּדוֹת שֶׁל דֹּופִי לֹא הָיָה לוֹ לְמֹשֶׁה לִכְתֹּוב אֶלָּא וְתִמְנַע הָיְתָה פִּלֶגֶשׁ וְגוֹ':
Il expose la Torah de façon dégradante - comme Menache, qui exposait des aggadot outrageantes : Moché n'avait donc rien d'autre à écrire que « et Timna était la concubine... » ?
וּמֵיפֵר בְּרִית בָּשָׂר מִילָה וּבְמַסֶּכֶת שְׁבוּעוֹת יָלֵיף לָהּ מִקְּרָאֵי:
La mila ; dans le traité Chevouot on l'apprend de versets.
🗂️ Tossefot (2)
עִם הַתְּשׁוּבָה אִין בִּפְנֵי עַצְמָהּ לָא נֵימָא דְּלָא כְּרַבִּי תֵּימַהּ לִי דַּהֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי מִיתָה ויוה"כ מְכַפְּרוֹת עִם הַתְּשׁוּבָה עַל כָּל עֲבֵירוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה אֲבָל בְּלֹא תְּשׁוּבָה יֵשׁ עֲבֵירוֹת שֶׁאֵינָן מְכַפְּרוֹת עֲלֵיהֶן כְּגוֹן פּוֹרֵק עֹול וּמְגַלֶּה פָּנִים וּמֵיפֵר בְּרִית וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשַׁפִּיר טְפֵי מְשַׁנֵּי אִי נָמֵי י"ל דֻּומְיָא דְּסֵיפָא דְּקָתָנֵי וְעַל הַחֲמוּרוֹת הוּא תּוֹלֶה עַד שֶׁיָּבֹא יוה"כ וִיכַפֵּר דְּהַהִיא בְּכָל עֲבֵירָה אַייְרֵי דְּאֵינָהּ מְכַפֶּרֶת בְּלֹא יוה"כ ה"נ רֵישָׁא:
« Avec la techouva, oui ; par eux-mêmes, non - dirons-nous que ce n'est pas selon Rabbi ? » Cela m'étonne, car [la guemara] aurait pu répondre : la mort et Yom Kippour expient avec la techouva pour toutes les transgressions de la Torah, mais sans techouva il est des transgressions qu'ils n'expient pas - comme celui qui rejette le joug, celui qui dévoile des faces et celui qui rompt l'alliance. On peut dire qu'elle a mieux fait de répondre comme elle l'a fait. Ou bien on peut dire : [la clause initiale se lit] à l'image de la clause finale, qui enseigne « et pour les graves elle suspend jusqu'à ce que vienne Yom Kippour et qu'il expie » - laquelle parle de toute transgression, [disant] qu'elle n'est pas expiée sans Yom Kippour ; il en va de même de la clause initiale.
חוּץ מִפּוֹרֵק עוֹל בְּסוֹף פ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף יג.) נָפְקָא לֵיהּ מִקְּרָא כִּי דְּבַר ה' בָּזָה זֶה הַפּוֹרֵק עֹול וּמְגַלֶּה פָּנִים בַּתּוֹרָה וְאֶת מִצְוָתוֹ הֵפֵר זֶה הַמֵּפֵר בְּרִית בָּשָׂר הִכָּרֵת תִּכָּרֵת הִכָּרֵת לִפְנֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים תִּכָּרֵת לְאַחַר יוה"כ יָכוֹל אֲפִילּוּ עָשָׂה תְּשׁוּבָה ת"ל עֲוֹנָהּ בָּהּ לֹא אָמַרְתִּי אֶלָּא בִּזְמַן שֶׁעֲוֹנָהּ בָּהּ וְהִקְשָׁה הָרַב רַבִּי יַעֲקֹב מאורליינ"ש זצ"ל אַמַּאי לָא חֲשִׁיב לְהוּ בַּהֲדֵי ל"ו כְּרִיתוֹת בְּפֶרֶק קַמָּא דִּכְרִיתוֹת (דַּף ב.) וְתֵירֵץ ר"י דְּרַבָּנָן דִּפְלִיגִי אַדְּרַבִּי לָא דָּרְשִׁי קְרָא הָכִי אֶלָּא בְּפֶרֶק אַרְבַּע מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף סד:) דָּרְשִׁי לֵיהּ ר' יִשְׁמָעֵאל וְרַבִּי עֲקִיבָא לִדְרָשָׁא אַחַרְיַנָא וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי לָא מָצֵי לְמִיחְשְׁבִינְהוּ דְּהָתָם קָאָמַר מִנְיָנָא לָמָּה לִי לוֹמַר שֶׁאִם עֲשָׂאָן כֻּולָּן בְּהֶעְלֵם אֶחָד חַייָּב עַל כָּל אַחַת וְאַחַת וּלְדִידֵיהּ לָא מִיחַייַּב חַטָּאת אֶלָּא בְּמִילְּתָא שֶׁחַייָּבִין עַל זְדוֹנוֹ לָאו וְכָרֵת כִּדְקָאָמַר רַבִּי בְּפֶרֶק קַמָּא דִּיבָמוֹת (דַּף ט.) נֶאֱמַר כָּאן עָלֶיהָ פִּי' וְנוֹדְעָה הַחַטָּאת אֲשֶׁר חָטְאוּ עָלֶיהָ וְנֶאֱמַר לְהַלָּן עָלֶיהָ בְּחַיֶּיהָ מַה לְהַלָּן דָּבָר שֶׁחַיָּיבִין עַל זְדוֹנוֹ כָּרֵת אַף כָּאן וּמִינָּהּ מַה לְהַלָּן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ לָאו אַף כָּאן לְאַפּוֹקֵי הָנֵי נְהִי דְּאִיתְרַבּוֹ לְכָרֵת לָאו לֵית בְּהוּ אֲבָל לְרַבָּנָן לָא מָצֵינַן לְשַׁנּוֹיֵי הָכִי דִּלְדִידְהוּ לָא בָּעֵי לָאו כֵּיוָן דְּגָמְרִי מִתּוֹרָה אַחַת יִהְיֶה לָכֶם הֻוקְּשָׁה כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מָה ע"ז דָּבָר שֶׁחַייָּבִין עַל זְדוֹנוֹ כָּרֵת וְכוּ' אֲבָל לָאו לָא בָּעֵינַן אַף עַל גַּב דע"ז אִיכָּא לָאו דְּהָא בע"ז אִיכָּא נָמֵי סְקִילָה וַאֲפִילּוּ הָכֵי מֵחַייָּבֵי חַטָּאת אֲפִילּוּ הֵיכָא דְּלֵיכָּא סְקִילָה דְּלָא מַקְּשִׁינַן אֶלָּא לְעִנְיַן כָּרֵת דִּכְתִיב בְּהַהוּא עִנְייָנָא דִּכְתִיב הַכָּרַת תִּכָּרֵת הָכִי נָמֵי לָאו לָא בָּעֵינַן לְעִנְיַן חַטָּאת תֵּדַע דִּבְפֶרֶק אֵלּוּ הֵן הַלּוֹקִין (מַכּוֹת דַּף יג:) מְמַעֵט פֶּסַח וּמִילָה מֵחַטָּאת מִשּׁוּם דְּדֻומְיָא דע"ז בָּעֵינַן מֶה ע"ז שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה לְאַפּוֹקֵי הָנֵי דְּקוּם וַעֲשֵׂה נִינְהוּ וְאִי בָּעֵינַן לָאו לְעִנְיַן חַטָּאת נֵימָא מֶה ע"ז שֶׁיֵּשׁ בָּהּ לָאו לְאַפּוּקֵי הָנֵי אֲפִילּוּ אִי הָווּ שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה לָא מִיחַייַּב כֵּיוָן דְּלָא כְּתִיב בְּהוּ לָאו:
« Hormis celui qui rejette le joug. » À la fin du premier chapitre de Chevouot (13a), on le tire du verset « car il a méprisé la parole de l'Éternel » - c'est celui qui rejette le joug et celui qui dévoile des faces dans la Torah ; « et il a rompu Son commandement » - c'est celui qui rompt l'alliance de la chair ; « il sera assurément retranché » (hikaret tikaret) - hikaret avant Yom Kippour, tikaret après Yom Kippour. On aurait pu croire : même s'il a fait techouva ; c'est pourquoi le verset dit « sa faute est en lui » - je n'ai dit cela que tant que sa faute est en lui. Rabbi Yaakov d'Orléans, de mémoire bénie, a objecté : pourquoi ne les compte-t-on pas parmi les trente-six karetot du premier chapitre de Keritot (2a) ? Et le Ri a répondu : les Sages, qui contestent Rabbi, n'exposent pas le verset ainsi - au chapitre Arba mitot (Sanhédrin 64b), Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva l'exposent pour une autre derasha ; et selon Rabbi, on ne pouvait pas les compter [dans cette liste], car là-bas on demande : à quoi bon le décompte ? Pour enseigner que s'il les a toutes commises dans un seul oubli, il est tenu pour chacune d'elles - or selon lui, on n'est tenu d'un hatat que pour une chose dont la transgression volontaire entraîne à la fois un lav (interdit) et le karet, comme le dit Rabbi au premier chapitre de Yevamot (9a) : il est dit ici « aleha » - c'est-à-dire « et que soit connue la faute qu'ils ont commise à son sujet (aleha) » - et il est dit ailleurs « aleha » - « [prendre une femme] sur sa sœur, de son vivant » ; de même que là-bas il s'agit d'une chose dont la transgression volontaire entraîne le karet, ainsi ici ; et de là : de même que là-bas il y a un lav, ainsi ici - à l'exclusion de ceux-ci [les trois cas], car même s'ils ont été inclus dans le karet, ils ne comportent pas de lav. Mais selon les Sages, nous ne pouvons pas répondre ainsi, car pour eux le lav n'est pas requis : puisqu'ils l'apprennent de « une seule Torah sera pour vous », toute la Torah est comparée à l'idolâtrie - de même que l'idolâtrie est une chose dont la transgression volontaire entraîne le karet, etc. - mais le lav n'est pas requis, bien que l'idolâtrie comporte un lav ; car l'idolâtrie comporte aussi la lapidation, et pourtant on est tenu d'un hatat même là où il n'y a pas de lapidation, puisqu'on ne la compare que sur le point du karet, écrit dans ce contexte-là où il est écrit « il sera assurément retranché » ; de même le lav n'est pas requis pour ce qui est du hatat. La preuve : au chapitre Elou hen ha-lokin (Makot 13b), on exclut le pessa'h et la mila du hatat parce qu'il faut une similitude avec l'idolâtrie - de même que l'idolâtrie consiste à s'abstenir, à l'exclusion de ceux-ci qui sont des commandements d'agir. Or si le lav était requis pour le hatat, on aurait dit : de même que l'idolâtrie comporte un lav, à l'exclusion de ceux-ci - qui, même s'ils avaient consisté à s'abstenir, n'auraient pas entraîné d'obligation, puisque aucun lav n'est écrit à leur sujet.
💡 Explication

La guemara déduit de la michna que Yom Kippour, seul, n'expie rien - et se heurte aussitôt à l'opinion de Rabbi (Yehouda ha-Nassi) : le jour expie même sans techouva, à trois exceptions près.

Ces trois cas ne sont pas des fautes ordinaires mais des ruptures de lien : porek ol, rejeter le joug - Rachi comprend : renier Dieu ; megale panim ba-Torah, interpréter la Torah de façon dégradante - Rachi illustre par Menache raillant le verset « et Timna était la concubine » ; mefer brit basar, rompre l'alliance de la circoncision. Trois manières de se placer hors du cadre - et un jour d'expiation ne rattrape pas celui qui en est sorti.

Le premier Tossefot demande pourquoi la guemara n'a pas résolu la difficulté autrement, et le second, très développé, examine pourquoi ces trois fautes ne figurent pas dans la liste des trente-six karetot de Keritot 2a.

🖼️ Schéma
Yom Kippour expie-t-il sans techouva ? La michna La mort et Yom Kippour expient avec la techouva. Déduction : avec la techouva oui, par eux-mêmes non. La techouva serait la condition ; le jour, le moyen. Rabbi (baraita) Pour toute faute de la Torah, avec ou sans techouva, Yom Kippour expie. Sauf trois : rejeter le joug, dévoiler des faces dans la Torah, rompre l'alliance de la chair. Les trois exceptions porek ol : renier le Saint béni soit-Il (Rachi). megale panim ba-Torah : l'interpréter de façon dégradante - Rachi cite Menache raillant le verset sur Timna. mefer brit basar : rompre la mila. La conciliation (segment 12) Tu peux même dire que la michna est selon Rabbi : la techouva a besoin de Yom Kippour pour achever l'expiation ; Yom Kippour n'a pas besoin de la techouva. La michna ne dit donc pas ce qu'on lui faisait dire.
La tension entre la michna et Rabbi, les trois exceptions qu'il maintient, et la conciliation proposée au segment suivant.
12
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי: תְּשׁוּבָה בָּעֲיָא יוֹם הַכִּפּוּרִים, יוֹם הַכִּפּוּרִים לָא בָּעֲיָא תְּשׁוּבָה.

Tu peux même dire [que notre michna est] selon Rabbi : la techouva a besoin de Yom Kippour, [mais] Yom Kippour n'a pas besoin de la techouva.

💡 Explication

Réponse en une ligne, qui retourne la lecture de la michna. On avait compris « la mort et Yom Kippour expient avec la techouva » comme : ils ont besoin d'elle. On la lit désormais dans l'autre sens : c'est la techouva qui ne suffit pas seule et a besoin du jour pour achever l'expiation. La michna énonce ainsi une dépendance, mais pas celle qu'on croyait - et il n'y a plus de contradiction avec Rabbi.

13
תְּשׁוּבָה מְכַפֶּרֶת עַל עֲבֵירוֹת קַלּוֹת: עַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה. הַשְׁתָּא עַל לֹא תַעֲשֶׂה מְכַפֶּרֶת, עַל עֲשֵׂה מִיבַּעְיָא? אָמַר רַב יְהוּדָה, הָכִי קָאָמַר: עַל עֲשֵׂה, וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁנִּיתַּק לַעֲשֵׂה.

« La techouva expie les transgressions légères : un commandement positif et un commandement négatif. » Or, puisqu'elle expie déjà un commandement négatif, faut-il [le dire] pour un commandement positif ? Rav Yehouda a dit : voici ce que [la michna] veut dire - un commandement positif, et un commandement négatif qui se résout en un commandement positif.

💡 Explication

Objection de style : la michna procède à rebours. Le lav (interdit) est plus lourd que le aseh (commandement positif) ; si la techouva expie déjà le premier, mentionner le second est superflu - on attendrait l'ordre inverse, ou la seule mention du plus lourd.

Rav Yehouda relit la phrase : il ne s'agit pas de deux catégories mais d'une seule, précisée. Le lav ha-nitak là-aseh est un interdit auquel la Torah attache un acte réparateur - le voleur restitue, celui qui a pris la mère sur le nid la relâche. Comme la réparation est possible, on n'y encourt pas les malkout (flagellation) : cet interdit à le statut d'un aseh. La michna ne parle donc que de fautes réellement légères.

🖼️ Schéma
Ce que la michna appelle une faute légère L'objection : si la techouva expie déjà le lav, pourquoi préciser le aseh, qui est plus léger ? aseh Commandement positif non accompli. Aucune sanction corporelle. La techouva suffit. lav ha-nitak là-aseh Interdit que la Torah assortit d'un acte réparateur. Pas de malkout : il a le statut d'un aseh. La techouva suffit. lav gamour Interdit au sens plein, passible de malkout. Selon Rav Yehouda : hors du champ. La contradiction qui ouvre 86a Une autre source enseigne : voici quelles sont les fautes légères - un aseh et un lav. Elle range donc bien le lav ordinaire parmi les légères, contre la lecture de Rav Yehouda. Le daf s'interrompt en pleine objection ; la réponse - et la classification complète des fautes selon R. Yichmael - se lit au début de 86a.
Les trois catégories en jeu : le aseh, le lav qui se résout en aseh, et le lav au sens plein - dont le sort ouvrira le daf suivant.
14
וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה גָּמוּר לָא? וּרְמִינְהוּ, אֵלּוּ הֵן קַלּוֹת: עֲשֵׂה וְלֹא תַּעֲשֶׂה,

Et pour un commandement négatif au sens plein, [la techouva] n'expie-t-elle pas ? Mais on peut objecter : voici quelles sont les [transgressions] légères - un commandement positif et un commandement négatif,

💡 Explication

Le daf se ferme sur une objection ouverte. Une autre source enseigne explicitement que les fautes légères comprennent « un aseh et un lav » - sans la restriction de Rav Yehouda. La lecture restrictive paraît donc contredite.

La phrase s'interrompt au milieu : la baraita continue en 86a et distribue les fautes en quatre niveaux selon Rabbi Yichmael, chacun avec son mode d'expiation propre. La réponse à la contradiction, et toute l'architecture de la techouva, se lisent au début du daf suivant.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).