Yoma 85a - Quand la majorité cesse de trancher : l'enfant trouvé, l'éboulement et le souffle aux narines

Yoma 85a

Sougya : Le daf achève d'abord le dossier de l'assoufi, l'enfant trouvé dont on ignore l'origine. La phrase de Chmouel est relue : elle portait sur la clause initiale de la michna, et son intention était restrictive - la majorité fait bien de lui un non-juif, mais elle ne décide rien dès lors qu'une vie est en jeu.

La guemara cherche alors, pour chacune des trois clauses, une conséquence pratique : nourrir de nevelot quand la majorité est non juive (Rav Papa), restituer un objet perdu quand elle est juive, et - pour la clause moitié-moitié - la mesure des dommages selon Rech Lakich, qui n'a de sens que lorsque c'est le bœuf de l'enfant trouvé qui encorne, la charge de la preuve pesant alors sur le lésé. Le daf passe ensuite à la michna de l'éboulement, lue non comme une liste de doutes mais comme un escalier : on déblaie même dans le doute sur l'identité.

Deux précisions suivent, symétriques : on déblaie même pour hayei chaa, une vie de quelques instants ; mais pour un mort on s'arrête, l'avis contraire de Rabbi Yehouda ben Lakich ne valant que par crainte qu'un endeuillé affolé n'en vienne à éteindre un incendie. Vient alors la question du sauveteur : jusqu'où dégager pour savoir ?

Jusqu'au nez ou jusqu'au cœur - mahloket que la guemara tente de rattacher à celle sur la formation de l'embryon, avant d'écarter le rapprochement au nom du verset de Noé, et que Rav Papa réduit au seul cas d'un dégagement de bas en haut. Le daf s'achève en ouvrant la grande recherche des sept preuves : d'où sait-on que le pikouah nefech repousse le Chabbat ?

Rabbi Yichmael répond par le kal va-homer du cambrioleur, Rabbi Akiva par le diyouk sur le meurtrier arraché à l'autel - toutes deux seront examinées en 85b.

Le fil de Yoma 85a : de l'enfant trouvé au souffle dans les narines Le daf ferme le dossier de l'assoufi, lit la michna de l'éboulement mot à mot, puis ouvre les sept preuves du pikouah nefech. 1. Chmouel recadre Sa phrase portait sur la clause initiale. Pour le pikouah nefech on déblaie quand même. 2. À quoi sert le rov ? Rov goyim : nevelot. Rov Israël : aveda. Moitié-moitié : nezikin (Rech Lakich). 3. Lire la michna Lo mibaya : escalier de trois doutes. Vivant : même pour hayei chaa. Mort : on laisse. 4. Jusqu'où creuser Jusqu'au nez ou jusqu'au cœur ? Rav Papa : tout dépend du sens du dégagement. 5. Sept preuves D'où vient que le pikouah nefech repousse Chabbat ? R. Yichmael, R. Akiva... Le pivot du daf Toute la première moitié demande : que fait-on d'un doute d'identité ? Réponse : en argent et en interdits, la majorité tranche ; devant une vie en jeu, elle ne tranche plus rien. On déblaie pour un homme qui n'est peut-être même pas juif. Le mot clé : hayei chaa Une vie éphémère - quelques instants de survie - vaut exactement autant qu'une vie entière. On profane Chabbat pour un blessé qui va mourir de toute façon dans l'heure. Corollaire : pour un mort, on ne profane rien. Ce que le daf laisse ouvert (suite en 85b) R. Yichmael tire la règle du voleur qui perce un mur ; R. Akiva, du meurtrier arraché à l'autel. Chacune de ces preuves sera réfutée en 85b, jusqu'au verset de Chmouel - ve-haï bahem - qui seul tiendra. Le Ben Yehoyada compte sept sages : sept colonnes pour permettre le septième jour, et un reproche à qui hésite encore à sauver.
Vue d'ensemble : les cinq mouvements de Yoma 85a, du statut de l'enfant trouvé jusqu'aux preuves scripturaires du pikouah nefech.
L'assoufi (enfant trouvé) : trois majorités, trois conséquences pratiques La michna donne trois statuts. La guemara demande à chaque fois : pour quelle halakha précise ? Enfant trouvé en ville Majorité non juive Moitié-moitié Majorité juive Statut : non juif Nafka mina (Rav Papa) : on peut lui donner à manger des nevelot, jusqu'à sa gueriout. Statut : juif Nafka mina (Rech Lakich) : nezikin - son bœuf tam qui encorne ne paie que la moitié. Statut : juif Nafka mina : on lui restitue son objet perdu (aveda). Et pour sauver sa vie ? Aucune de ces trois colonnes ne compte. Chmouel : ve-lo-inyan pikouah nefech eino ken - même dans une ville à majorité non juive, on déblaie l'éboulis pour lui.
L'assoufi : ce que chaque majorité tranche vraiment - et le seul domaine où elle ne tranche rien.
Ad heikhan hou bodek : jusqu'où dégager pour savoir s'il vit encore Une mahloket sur le siège de la vie, une baraita sur la formation de l'embryon, et un arbitrage de Rav Papa. Le corps enseveli nez (hotem) cœur (lev) nombril (tabour) pieds Tana kama : jusqu'au nez Pas de souffle aux narines = mort certaine. Verset : kol acher nichmat roua'h 'hayim be-apav (Genèse 7,22). Correspondrait au tana : l'embryon se forme à partir de la tête (guozi). C'est l'avis retenu par la halakha. Yech omrim : jusqu'au cœur C'est au cœur que se perçoit le battement de la vitalité. Correspondrait à Abba Chaoul : l'embryon se forme à partir du nombril et envoie ses racines de-ci de-là. Rejeté : formation et vitalité sont deux sujets. Rav Papa : où est la mahloket ? De BAS en HAUT (on découvre d'abord les pieds) : la mahloket joue - faut-il s'arrêter au cœur ou remonter au nez ? De HAUT en BAS : des qu'on a vérifié le nez, tous s'accordent - inutile de dégager plus loin. Deux garde-fous 1. Ceux du dessus morts ne prouvent rien sur ceux du dessous : maase chehaya, on les a trouvés vivants. 2. Même un souffle de hayei chaa oblige à continuer ; mais un mort avéré ne justifie plus aucune profanation.
Jusqu'où dégager un enseveli : nez ou coeur, et pourquoi Rav Papa réduit la controverse au sens du dégagement.
1
וּשְׁמוּאֵל אָמַר לְפַקֵּחַ עָלָיו אֶת הַגַּל. כִּי אִיתְּמַר דִּשְׁמוּאֵל — אַרֵישָׁא אִיתְּמַר: אִם רֹוב גּוֹיִם — גּוֹי, אָמַר שְׁמוּאֵל: וּלְעִנְיַן פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ אֵינוֹ כֵּן.

Et Chmouel a dit : [cette règle porte] sur le fait de déblayer pour lui l'éboulis. [Réponse :] lorsque le propos de Chmouel a été énoncé, il l'a été sur la clause initiale.

« Si la majorité sont des non-juifs, il est non-juif » - Chmouel a dit : mais quant au pikouah nefech (sauvetage d'une vie), il n'en va pas ainsi.

📜 Rachi (2)
וּשְׁמוּאֵל אָמַר לְפַקֵּחַ עָלָיו אֶת הַגַּל קָאָמַר דְּאִם רֹוב יִשְׂרָאֵל אֲבָל בְּמֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה לֹא וכ"ש בְּרוֹב כּוּתִים:
Il veut dire que [l'on déblaie] si la majorité sont juifs, mais dans le cas de moitié-moitié non, et à plus forte raison lorsque la majorité sont des non-juifs.
אֵינוֹ כֵּן דְּאָמַר אֲפִילּוּ בְּרוֹב כּוּתִים מְפַקְּחִין:
Car il dit que même lorsque la majorité sont des non-juifs, on déblaie.
🗂️ Tossefot (1)
וּלְפַקֵּחַ הַגַּל אֵינוֹ כֵּן אוֹמֵר רִ"י דְּהַייְנוּ טַעְמָא דְּאֵין הוֹלְכִין בְּפִקּוּחַ נֶפֶשׁ אַחַר הָרֹוב מִשּׁוּם דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא י״ח:ה׳) וָחַי בָּהֶם וְלֹא שֶׁיָּמוּת בָּהֶם שֶׁלֹּא יוּכַל לָבוֹא בְּשׁוּם עִנְיָן לִידֵי מִיתַת יִשְׂרָאֵל:
Le Ri dit : la raison pour laquelle on ne suit pas la majorité en matière de pikouah nefech est qu'il est écrit (Lévitique 18,5) « et il vivra par elles » - et non qu'il en meure ; [il faut donc] qu'on ne puisse en aucune façon aboutir à la mort d'un juif.
💡 Explication

La guemara vient d'objecter : Chmouel semblait dire que le statut de l'enfant trouvé détermine aussi si l'on déblaie l'éboulis pour lui à Chabbat - ce qui reviendrait à dire que l'on suit la majorité (rov) même en matière de vies humaines.

La réponse renverse la lecture : la phrase de Chmouel ne portait pas sur la clause finale, mais sur la clause initiale de la michna (archa), et son intention était de réduire la portée de la majorité, non de l'étendre. Chmouel dit : oui, la majorité non juive fait de lui un non-juif - mais pas pour le pikouah nefech. Face à une vie en jeu, la majorité ne tranche plus rien : on déblaie.

2
אִם רֹוב גּוֹיִם — גּוֹי, לְמַאי הִילְכְתָא? אָמַר רַב פָּפָּא: לְהַאֲכִילוֹ נְבֵלוֹת. אִם רֹוב יִשְׂרָאֵל — יִשְׂרָאֵל, לְמַאי הִילְכְתָא? לְהַחֲזִיר לוֹ אֲבֵידָתוֹ.

« Si la majorité sont des non-juifs, il est non-juif » : pour quelle halakha [cela est-il dit] ? Rav Papa a dit : pour lui donner à manger des nevelot (bêtes mortes sans chehita).

« Si la majorité sont juifs, il est juif » : pour quelle halakha ? Pour lui restituer son objet perdu (aveda).

📜 Rachi (3)
לְמַאי הִילְכְתָא הָוֵי כּוּתִי אַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל כֵּיוָן דְּאָמַר מְפַקְּחִין עָלָיו כָּל שֶׁכֵּן דְּמִצְוָה לְהַחֲיוֹתוֹ וּלְמַאי הִילְכְתָא הָוֵי כּוּתִי:
Pour quelle halakha est-il [tenu pour] non-juif selon Chmouel ? Puisqu'il dit que l'on déblaie l'éboulis pour lui, à plus forte raison est-ce une mitsva de le faire vivre - alors pour quelle halakha est-il non-juif ?
לְהַאֲכִילוֹ נְבֵילוֹת עַד שֶׁיִּגְדַּל וִיקַבֵּל עָלָיו גֵּירוּת:
Jusqu'à ce qu'il grandisse et accepte sur lui la conversion.
אִם רֹוב יִשְׂרָאֵל יִשְׂרָאֵל לְמַאי הִילְכְתָא הָוֵי יִשְׂרָאֵל בְּרוֹב יִשְׂרָאֵל טְפֵי מִמֶּחֱצָה עַל מֶחֱצָה אִי שֶׁלֹּא לְהַאֲכִילוֹ נְבֵילוֹת בְּמֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה לָא סָפֵינַן לֵיהּ:
En quoi est-il juif dans le cas d'une majorité juive plus que dans le cas de moitié-moitié ? Si c'est pour ne pas lui donner à manger des nevelot - même à moitié-moitié on ne lui en donne pas.
🗂️ Tossefot (3)
לְהַאֲכִילוֹ נְבֵילוֹת לָא הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר שֶׁלֹּא לְהַחֲיוֹתוֹ מִשּׁוּם דַּאֲפִילּוּ מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה אֵינוֹ חַייָּב לְהַחֲיוֹתוֹ דְּדַוְקָא בְּרוֹב יִשְׂרָאֵל אָמְרִינַן לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְהַחְיוֹתוֹ:
Il n'aurait pas pu dire « pour ne pas le faire vivre (le sustenter) », car même à moitié-moitié on n'y est pas tenu ; c'est précisément lorsque la majorité sont juifs que nous disons « ils n'ont enseigné cela que pour le faire vivre ».
לְהַחֲזִיר לוֹ אֲבֵידָתוֹ הָא דְּלָא קָאָמַר לְהַחֲיוֹתוֹ כִּדְקָאָמַר רַב לְעֵיל פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּלִשְׁמוּאֵל אִיצְטְרִיךְ דִּסְבִירָא לֵיהּ דַּאֲפִילּוּ לְפַקֵּחַ אֶת הַגַּל בְּשַׁבָּת אֵין הוֹלְכִין אַחַר הָרֹוב כָּל שֶׁכֵּן לְהַחֲיוֹתוֹ ואע"ג דִּסְבִירָא לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל (ב"ב דַּף צב:) אֵין הוֹלְכִין בְּמָמוֹן אַחַר הָרֹוב הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּאָתֵי לִידֵיהּ בִּרְשׁוּת בְּעָלִים כְּמוֹ מוֹכֵר שׁוֹר לַחֲבֵירוֹ וְנִמְצָא נַגְחָן אֲבָל הָכָא דְּלָא אֲתָא לִידֵיהּ בִּרְשׁוּת בְּעָלִים אָזְלִינַן בָּתַר רֻובָּא וּבִכְתֻובּוֹת סוֹף פ"ק (דַּף טו:) פֵּירֵשׁ דִּרְבוּתָא נְקַט אֲפִילּוּ לְהַחֲזִיר לוֹ אֲבֵידָה דְּאִיכָּא עֲבֵירָה גְּדוֹלָה כִּדְאָמְרִי' (סַנְהֶדְרִין דַּף עו:) הַמַּחֲזִיר אֲבֵידָה לְכוּתִי עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר לְמַעַן סְפוֹת הָרָוָה אֶת הַצְּמֵאָה וְגוֹ' וְאַפֵּי' הָכֵי מַחֲזִירִין הֵיכָא דְּאִיכָּא רֹוב יִשְׂרָאֵל וְכָל שֶׁכֵּן לְהַחֲיוֹתוֹ דְּלֵיכָּא עֲבֵירָה כֻּולֵּי הַאי דִּמְפַרְנְסִין עֲנִיֵּי כּוּתִים עִם עֲנִיֵּי יִשְׂרָאֵל מִפְּנֵי דַּרְכֵי שָׁלוֹם [גִּיטִּין סא.]:
Pourquoi ne dit-il pas « pour le faire vivre », comme l'a dit Rav plus haut ? Rachi explique que c'est nécessaire selon Chmouel, qui tient que même pour déblayer l'éboulis à Chabbat on ne suit pas la majorité - à plus forte raison pour le sustenter. Et bien que Chmouel tienne (Baba Batra 92b) que l'on ne suit pas la majorité en matière d'argent, cela ne vaut que là où l'objet est parvenu entre ses mains avec l'accord du propriétaire, comme celui qui vend un bœuf à son prochain et qu'il se révèle encorneur ; mais ici, où l'enfant n'est pas parvenu entre ses mains avec l'accord du propriétaire, nous suivons la majorité. Et dans Ketoubot, a la fin du premier chapitre (15b), il explique que [la guemara] énonce un cas d'autant plus fort : même pour lui rendre un objet perdu, où il y a une faute grave - comme nous disons (Sanhédrin 76b) que de celui qui rend un objet perdu à un non-juif l'Écriture dit « afin d'ajouter l'ivresse à la soif » (Deutéronome 29,18) - malgré cela on lui rend lorsque la majorité sont juifs ; et à plus forte raison pour le faire vivre, où il n'y a pas de faute aussi grave, puisque l'on subvient aux pauvres des non-juifs avec les pauvres d'Israël en raison des voies de paix (Guitin 61a).
לְהַחֲזִיר לוֹ אֲבֵידָה אֲבָל מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה לֹא דְּאָמַר לֵיהּ אַייְתִי רְאָיָה דְּיִשְׂרָאֵל אַתְּ וְאַחֲזִיר לָךְ:
Mais à moitié-moitié non, car il peut lui dire : apporte la preuve que tu es juif et je te la rendrai.
💡 Explication

Puisque la majorité ne décide plus du sauvetage, la guemara doit chercher à quoi chaque clause sert encore. C'est la méthode classique du lemai hilkheta : une règle sans conséquence pratique (nafka mina) n'aurait pas été enseignée.

Rav Papa répond que « il est non-juif » a une portée minimale : on n'est pas tenu de le préserver de tous les interdits, on peut donc le nourrir de nevelot. Et « il est juif » sert à l'obligation de lui rendre un objet perdu - obligation qui, elle, ne vaut pas envers un non-juif.

3
מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה — יִשְׂרָאֵל, לְמַאי הִילְכְתָא? אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: לִנְזָקִין. הֵיכִי דָמֵי? אִי נֵימָא דְּנַגְחֵיהּ תּוֹרָא דִּידַן לְתוֹרָא דִּידֵיהּ — נַייְתֵי רְאָיָה וְנִשְׁקוֹל!

« Moitié-moitié : il est juif » : pour quelle halakha ? Rech Lakich a dit : pour les dommages (nezikin).

De quel cas s'agit-il ? Si l'on dit que notre bœuf [celui d'un juif] a encorné son bœuf à lui - qu'il apporte donc une preuve et qu'il perçoive !

📜 Rachi (3)
לִנְזָקִין שׁוֹר שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּגַח שֶׁל כּוּתִי פָּטוּר וְשׁוֹר שֶׁל כּוּתִי שֶׁנָּגַח שֶׁל יִשְׂרָאֵל בֵּין תָּם בֵּין מוּעָד מְשַׁלֵּם נֶזֶק שָׁלֵם וְשֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּגַח שֶׁל יִשְׂרָאֵל תָּם מְשַׁלֵּם חֲצִי נֶזֶק מוּעָד מְשַׁלֵּם נֶזֶק שָׁלֵם:
Le bœuf d'un juif qui encorne celui d'un non-juif : exempt. Le bœuf d'un non-juif qui encorne celui d'un juif : qu'il soit tam (inoffensif) ou mouad (récidiviste), il paie le dommage intégral. Et celui d'un juif qui encorne celui d'un juif : s'il est tam il paie la moitié du dommage, s'il est mouad il paie le dommage intégral.
אִי נֵימָא דְּנַגְחֵיהּ תּוֹרָא דִּידַן לְתוֹרָא דִּידֵיהּ וְקָאָמְרִינַן דִּמְחַייְּבִינַן לֵיהּ לְשַׁלּוֹמֵי:
Et nous dirions que nous obligeons [le propriétaire juif] à le dédommager.
נַייְתֵי רְאָיָה דְּיִשְׂרָאֵל הוּא וְנִשְׁקוֹל וְכָל זְמַן שֶׁלֹּא טָבַל בְּבֵית דִּין לְשֵׁם גֵּירוּת לָא מָצֵינַן לְיִשְׂרָאֵל לְחַיּוֹבֵי לְשַׁלּוֹמֵי:
Qu'il apporte la preuve qu'il est juif, et qu'il perçoive ; car tant qu'il ne s'est pas immergé devant un beit din en vue de la conversion, nous ne pouvons obliger un juif à le dédommager.
💡 Explication

Reste la clause du milieu : ville moitié juive, moitié non juive, et pourtant « il est juif ». Rech Lakich la rattache aux nezikin, où juif et non-juif n'ont pas le même régime de responsabilité.

Mais la guemara écarte aussitôt la lecture la plus naturelle. Si c'est l'enfant trouvé qui réclame - son bœuf ayant été encorné par le nôtre - alors c'est lui le demandeur, et la charge de la preuve pèse sur celui qui réclame (ha-motsi me-havero alav ha-raaya). Ne pouvant prouver qu'il est juif, il n'obtiendrait rien : la clause serait inutile.

🖼️ Schéma
Pourquoi le doute d'identité coûte cher en nezikin Régime des dommages par corne (shor) selon Rachi, avant d'appliquer le doute de l'assoufi. Cas Bœuf tam (inoffensif) Bœuf mouad (récidiviste) Juif encorne juif demi-dommage dommage intégral Juif encorne non juif exempt dans les deux cas Non juif encorne juif dommage intégral dans les deux cas Hypothèse rejetée Notre bœuf encorne le sien : il réclame. Mais c'est LUI le demandeur - qu'il prouve d'abord qu'il est juif. Sinon, rien. Le vrai cas Son bœuf encorne le nôtre : il verse la moitié comme un juif. Pour l'autre moitié, c'est le lésé qui doit prouver - il ne peut pas.
Le régime des dommages par corne selon Rachi, et pourquoi seul le sens « son bœuf encorne le nôtre » donne un enseignement.
4
לָא צְרִיכָא, דְּנַגְחֵיהּ תּוֹרָא דִּידֵיהּ לְתוֹרָא דִּידַן, פַּלְגָא — יָהֵיב לֵיהּ, אִידָךְ פַּלְּגָא — נֵימָא לֵיהּ: אַיְּיתִי רְאָיָה דְּלָאו יִשְׂרָאֵל אֲנָא וּשְׁקוֹל.

Non, c'est nécessaire dans le cas où son bœuf à lui a encorné nôtre bœuf : il lui verse la moitié, et quant à l'autre moitié, qu'il lui dise : apporte la preuve que je ne suis pas juif, et prends.

📜 Rachi (1)
פַּלְּגָא מְשַׁלֵּם כְּיִשְׂרָאֵל אִידָךְ פַּלְּגָא סָפֵק הוּא וְזֶה תּוֹבְעוֹ נֶזֶק שָׁלֵם כְּדִין כּוּתִי אֲמַר לֵיהּ אַייְתִי רְאָיָה דְּלָאו יִשְׂרָאֵל אֲנָא וּשְׁקוֹל:
Il paie la moitié comme un juif ; quant à l'autre moitié, c'est un doute, et celui-là lui réclame le dommage intégral comme il est de règle pour un non-juif - il lui répond : apporte la preuve que je ne suis pas juif, et prends.
🗂️ Tossefot (1)
לָא צְרִיכָא דְּנַגְחֵיהּ תּוֹרָא דִּידֵיהּ לְתוֹרָא דִּידַן תֵּימַהּ לִי דַּהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר כֻּולְּהוּ לִנְזָקִין אִם רֹוב יִשְׂרָאֵל יִשְׂרָאֵל דְּנַגְחֵיהּ תּוֹרָא דִּידַן לְתוֹרָא דִּידֵיהּ מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה יִשְׂרָאֵל דְּנַגְחֵיהּ תּוֹרָא דִּידֵיהּ לְתוֹרָא דִּידַן וְלָא מְשַׁלֵּם אֶלָּא פַּלְגָא אִם רֹוב כּוּתִים כּוּתִי מְשַׁלֵּם נֶזֶק שָׁלֵם אֶלָּא נִיחָא לְמֵימַר חִידּוּשׁ בְּכָל חַד:
Cela m'étonne, car il aurait pu dire que toutes [les clauses] portent sur les dommages : « si la majorité sont juifs, il est juif » - lorsque notre bœuf a encorné le sien ; « moitié-moitié, il est juif » - lorsque son bœuf a encorné le nôtre et qu'il ne paie que la moitié ; « si la majorité sont des non-juifs, il est non-juif » - il paie le dommage intégral. Mais il est préférable de dire qu'il y a une nouveauté (hidouch) dans chacun des cas.
💡 Explication

En inversant les rôles, la clause devient opérante. C'est ici l'enfant trouvé qui est défendeur : son bœuf tam a encorné celui d'un juif. Comme juif, il devrait la moitié du dommage ; comme non-juif, il devrait le dommage intégral.

La moitié n'est contestée par personne : il la paie. Pour la seconde moitié, c'est le lésé qui réclame - donc à lui de prouver que l'autre n'est pas juif. Il ne le peut pas. Le doute joue donc en faveur du possesseur : « moitié-moitié, il est juif » signifie exactement il paie comme un juif, pas davantage.

5
מִי שֶׁנָּפְלָה עָלָיו מַפּוֹלֶת וְכוּ׳. מַאי קָאָמַר?

« Celui sur qui un éboulement est tombé, etc. » Que veut donc dire [la michna] ?

📜 Rachi (1)
מַאי קָאָמַר כָּל הָנֵי סְפֵיקֵי דְּקָתָנֵי מַאי אָתוּ לְאַשְׁמוֹעִינַן:
Tous ces doutes qu'elle énonce - que viennent-ils nous apprendre ?
💡 Explication

La guemara passe à la michna de l'éboulement (mapolet), qui énumère trois doutes : est-il là-dessous ? est-il vivant ? est-il juif ? Et elle conclut : on déblaie.

La question mai kaamar n'est pas une question de sens mais de construction : pourquoi trois doutes là où un seul aurait suffi à poser le principe ? La réponse (segment suivant) montrera qu'il ne s'agit pas d'une liste mais d'une gradation.

6
לָא מִיבַּעְיָא קָאָמַר: לָא מִיבַּעְיָא סָפֵק הוּא שָׁם סָפֵק אֵינוֹ שָׁם, דְּאִי אִיתֵיהּ חַי — הוּא דִּמְפַקְּחִין, אֶלָּא אֲפִילּוּ סָפֵק חַי סָפֵק מֵת — מְפַקְּחִין. וְלָא מִיבַּעְיָא סָפֵק חַי סָפֵק מֵת, דְּיִשְׂרָאֵל, אֶלָּא אֲפִילּוּ סָפֵק גּוֹי סָפֵק יִשְׂרָאֵל — מְפַקְּחִין.

C'est un énoncé du type « inutile de dire » (lo mibaya) : inutile de dire que dans le doute s'il est là ou s'il n'y est pas [on déblaie], car s'il y est et qu'il est vivant, on déblaie ; mais même dans le doute s'il est vivant ou mort, on déblaie. Et inutile de dire que dans le doute s'il est vivant ou mort, s'agissant d'un juif [on déblaie] ; mais même dans le doute s'il est non-juif ou juif, on déblaie.

💡 Explication

La michna est lue comme un escalier : chaque clause est plus difficile à admettre que la précédente, et la dernière porte tout le poids de l'enseignement.

Le procédé lo mibaya kaamar (« il énonce en style de : inutile de dire ») est fréquent : le tana part du cas évident pour arriver au cas limite. Le sommet est ici le doute d'identité - on profane Chabbat pour un homme dont on ne sait même pas s'il est juif.

🖼️ Schéma
Lo mibaya : la michna monte un escalier, elle n'empile pas des cas Chaque marche est plus difficile à admettre que la précédente. Le hidouch est tout en haut. Marche 1 - doute : est-il seulement là-dessous ? Facile à admettre : s'il y est et qu'il vit, on déblaie. Le doute ne porte que sur sa présence. Marche 2 - doute : est-il encore vivant ? Plus dur : peut-être profane-t-on Chabbat pour un cadavre. On déblaie quand même. Marche 3 - doute : est-il seulement juif ? Le hidouch : même un homme dont on ignore s'il est juif, on déblaie pour lui.
Les trois doutes de la michna ne sont pas parallèles : ils montent, et le hidouch est sur la dernière marche.
7
מְצָאוּהוּ חַי — מְפַקְּחִין. מְצָאוּהוּ חַי, פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא, דַּאֲפִילּוּ לְחַיֵּי שָׁעָה.

« S'ils l'ont trouvé vivant, on déblaie. » S'ils l'ont trouvé vivant, c'est évident ! Non, c'est nécessaire [pour enseigner qu'on déblaie] même pour hayei chaa (une vie éphémère).

⚖️ Rosh (1)
מִי שֶׁנָּפְלָה עָלָיו מַפּוֹלֶת סָפֵק הוּא שָׁם סָפֵק אֵינוֹ שָׁם סָפֵק חַי סָפֵק מֵת סָפֵק נָכְרִי סָפֵק יִשְׂרָאֵל מְפַקְּחִין עָלָיו. מְצָאוּהוּ חַי מְפַקְּחִין עָלָיו וְאִם מֵת יְנִיחוּהוּ. [דַּף פֹּה ע"א] מְצָאוּהוּ חַי פְּשִׁיטָא דִּמְפַקְּחִין לָא נִצְרְכָה אֶלָּא אֲפִילּוּ לְחַיֵּי שָׁעָה. תָּנוּ רַבָּנַן עַד הֵיכָן הוּא בּוֹדֵק עַד טִיבּוּרוֹ. וְיֵשׁ אוֹמְרִים עַד חָוטְמוֹ. בָּדַק וּמָצָא עֶלְיוֹנִים מֵתִים לֹא יֹאמַר כְּבָר מֵתוּ הַתַּחְתּוֹנִים מַעֲשֶׂה הָיָה וְנִמְצְאוּ עֶלְיוֹנִים מֵתִים וְתַחְתּוֹנִים חַיִּים. אָמַר רַב פָּפָּא מַחְלֹוקֶת מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה אֲבָל מִלְּמַעְלָה לְמַטָּה כֵּיוָן דִּבְדִיק עַד חָוטְמוֹ שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ. דִּכְתִיב כֹּל אֲשֶׁר נִשְׁמַת רוּחַ חַיִּים בְּאַפָּיו. וּמְנָא לֵיהּ דְּפִיקּוּחַ נֶפֶשׁ דָּחֵי שַׁבָּת [דַּף פֹּה ע"ב] אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אָמַר קְרָא אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה אֹותָם הָאָדָם וָחַי בָּהֶם וְלֹא שֶׁיָּמוּת בָּהֶן:
« Celui sur qui un éboulement est tombé : doute s'il est là, doute s'il n'y est pas ; doute s'il est vivant, doute s'il est mort ; doute s'il est non-juif, doute s'il est juif - on déblaie pour lui. S'ils l'ont trouvé vivant, on déblaie pour lui ; et s'il est mort, qu'on le laisse. » [f. 85a] « S'ils l'ont trouvé vivant » : il est évident que l'on déblaie ; cela n'était nécessaire que pour [enseigner qu'on déblaie] même pour hayei chaa (une vie éphémère). Nos maîtres ont enseigné : jusqu'où vérifie-t-on ? Jusqu'à son nombril ; et certains disent : jusqu'à son nez. S'il a vérifié et trouvé morts ceux du dessus, qu'il ne dise pas : ceux du dessous sont déjà morts - il est arrivé que l'on trouve morts ceux du dessus et vivants ceux du dessous. Rav Papa a dit : la controverse porte sur [le dégagement] de bas en haut, mais de haut en bas, des lors qu'on a vérifié jusqu'à son nez, il n'est plus nécessaire [d'aller plus loin], car il est écrit : « tout ce qui avait un souffle d'esprit de vie dans ses narines » (Genèse 7,22). Et d'où lui vient que le pikouah nefech repousse le Chabbat ? [f. 85b] Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : le verset dit « que l'homme accomplira et il vivra par elles » (Lévitique 18,5) - et non qu'il en meure.
💡 Explication

Objection : si on l'a trouvé vivant, quel besoin de le dire ? La réponse introduit un concept central de toute la halakha du sauvetage : hayei chaa, littéralement « la vie d'une heure ».

Même si l'on voit qu'il ne survivra que quelques instants, on continue à déblayer et à profaner Chabbat. La Torah ne met pas en balance une vie longue contre une vie brève : tout instant de vie à la même valeur. C'est de ce principe que découlera plus tard le traitement du mourant (gosses).

8
וְאִם מֵת יְנִיחוּהוּ. הָא נָמֵי פְּשִׁיטָא? לָא צְרִיכָא, לְרַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ. דְּתַנְיָא: אֵין מַצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ: שָׁמַעְתִּי שֶׁמַּצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה. וַאֲפִילּוּ רַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ לָא קָאָמַר אֶלָּא מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ, אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ — אָתֵי לְכַבּוּיֵי. אֲבָל הָכָא, אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ — מַאי אִית לֵיהּ לְמֶעְבַּד?

« Et s'il est mort, qu'on le laisse. » Cela aussi est évident ! Non, c'est nécessaire selon Rabbi Yehouda ben Lakich.

Car il a été enseigné : on ne sauve pas un mort de l'incendie. Rabbi Yehouda ben Lakich dit : j'ai entendu que l'on sauve un mort de l'incendie.

Et même Rabbi Yehouda ben Lakich ne l'a dit que parce qu'un homme est bouleversé (bahoul) au sujet de son mort : si tu ne le lui permets pas, il en viendra à éteindre [le feu]. Mais ici, si tu ne le lui permets pas, qu'aurait-il donc à faire ?

📜 Rachi (2)
שֶׁמַּצִּילִין אֶת הַמֵּת לְחָצֵר הַמְעֹורֶבֶת דְּלֵיכָּא אִיסּוּר אֶלָּא טִלְטוּל:
Vers une cour incluse dans le erouv, où il n'y a d'autre interdit que le déplacement (tiltoul).
אֲבָל הָכָא כִּי לָא שָׁרֵית לֵיהּ לְפִקּוּחֵי מַאי אִית לֵיהּ לְמֶיעְבַּד דְּתֶיהֱוֵי אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא דְּנִשְׁרֵי הָא מִקַּמֵּי הַךְ:
Si tu ne lui permets pas de déblayer, qu'aurait-il donc à faire qui constituerait un interdit de la Torah, tel qu'on permettrait ceci pour éviter cela ?
💡 Explication

Symétrique du segment précédent : pourquoi préciser que pour un mort on s'arrête ? Parce qu'il existe un avis, celui de Rabbi Yehouda ben Lakich, qui autorise à sauver un cadavre d'un incendie à Chabbat.

Mais la guemara montre que cet avis ne s'applique pas ici, et sa raison est instructive : il ne s'agit pas d'un honneur dû au mort, mais d'une permission préventive. Un endeuillé affolé risquerait, pour sauver le corps, d'éteindre le feu - un interdit de la Torah bien plus grave. On lui permet donc le moindre mal (selon Rachi : un simple déplacement vers une cour incluse dans le erouv). Dans un éboulement, aucun geste plus grave ne le tente : le raisonnement tombe.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: עַד הֵיכָן הוּא בּוֹדֵק? עַד חָוטְמוֹ. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: עַד לִבּוֹ. בָּדַק וּמָצָא עֶלְיוֹנִים מֵתִים, לֹא יֹאמַר: כְּבָר מֵתוּ הַתַּחְתּוֹנִים. מַעֲשֶׂה הָיָה וּמָצְאוּ עֶלְיוֹנִים מֵתִים וְתַחְתּוֹנִים חַיִּים.

Nos maîtres ont enseigné : jusqu'où vérifie-t-on ? Jusqu'à son nez.

Et certains disent : jusqu'à son cœur. S'il a vérifié et trouvé morts ceux du dessus, qu'il ne dise pas : ceux du dessous sont déjà morts.

Il est arrivé que l'on trouve morts ceux du dessus et vivants ceux du dessous.

📜 Rachi (2)
עַד הֵיכָן הוּא בּוֹדֵק אִם דּוֹמֶה לְמֵת שֶׁאֵינוֹ מֵזִיז אֵיבָרָיו עַד הֵיכָן הוּא מְפַקֵּחַ לָדַעַת הָאֱמֶת:
S'il a l'apparence d'un mort et ne remue pas ses membres - jusqu'où déblaie-t-on pour connaître la vérité ?
עַד חָוטְמוֹ וְאִם אֵין חַיּוּת בְּחָוטְמוֹ שֶׁאֵינוֹ מוֹצִיא רוּחַ וַדַּאי מֵת וְיַנִּיחוּהוּ:
Et s'il n'y a pas de vie à son nez, c'est-à-dire qu'il n'expire pas de souffle, il est certainement mort et on le laisse.
💡 Explication

Question opérationnelle : le sauveteur dégage, il atteint un corps immobile - à partir de quel point a-t-il le droit de conclure à la mort et de cesser de profaner Chabbat ?

Deux avis : jusqu'au nez (absence de souffle) ou jusqu'au cœur. C'est l'une des sources classiques du débat halakhique sur la définition de la mort.

La baraita ajoute un garde-fou empirique contre le découragement : trouver des morts en surface ne prouve rien sur ceux qui sont dessous. Le maase (fait rapporté) le confirme - on les a trouvés vivants.

10
נֵימָא הָנֵי תַּנָּאֵי כִּי הָנֵי תַּנָּאֵי. דְּתַנְיָא: מֵהֵיכָן הַוָּלָד נוֹצֵר — מֵרֹאשׁוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִמְּעֵי אִמִּי אַתָּה גוֹזִי״, וְאוֹמֵר: ״גָּזִּי נִזְרֵךְ וְהַשְׁלִיכִי״. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: מִטִּיבּוּרוֹ, וּמְשַׁלֵּחַ שָׁרָשָׁיו אֵילָךְ וְאֵילָךְ.

Dirons-nous que ces tanaim [sont en désaccord] à la manière de ces [autres] tanaim ? Car il a été enseigné : à partir d'où l'embryon est-il forme ?

À partir de sa tête, ainsi qu'il est dit : « des entrailles de ma mère tu m'as tiré (gozi) » (Psaumes 71,6), et il est dit : « coupe (gozi) ta chevelure et jette-la » (Jérémie 7,29). Abba Chaoul dit : à partir de son nombril, et il envoie ses racines de-ci de-là.

📜 Rachi (1)
גָּזִּי נִזְרְךָ וְנָזַר הוּא שְׂעַר הָרֹאשׁ:
Le nezer, c'est la chevelure de la tête.
🗂️ Tossefot (1)
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר מִטִּיבּוּרוֹ הִקְשָׁה רַבֵּינוּ תָּם דִּבְפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כֹּה.) תַּנְיָא אֵיזֶהוּ שָׁפִיר מְרֻוקָּם אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר תְּחִילַּת בְּרִייָּתוֹ מֵרֹאשׁוֹ וְעוֹד הִקְשָׁה דְּהָא הָתָם מַשְׁמַע דְּלָא אַיְירֵי אֶלָּא בְּגֹודֶל הָאֵיבָרִים וּבְקָוטְנָן כִּדְקָא מְסַייֵּם עֲלָהּ שְׁתֵּי עֵינָיו כִּשְׁנֵי טִיפִּין שֶׁל זְבוּב וְכוּ' לְהָכִי גָּרַס ר"ת תְּחִילַּת בְּרִייָּתוֹ כְּרָשׁוֹן פֵּירוּשׁ יוֹם שֶׁנִּגְמַר תְּחִילַּת צוּרָתוֹ הָוֵי כָּל גּוּפוֹ גָּדוֹל כְּסָלְעָם כְּדִמְתַרְגְּמִינַן רָשׁוֹנָא וְכֵן פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ [עֵרֶךְ רָשׁוֹן]:
Rabbenou Tam a objecté : au chapitre HaMapelet (Nidda 25a) il a été enseigné : qu'est-ce qu'un chafir (embryon) formé ? Abba Chaoul dit : le début de sa formation est à partir de sa tête. Il a objecté encore que là-bas il ressort qu'il n'est question que de la grandeur et de la petitesse des membres, comme il conclut ensuite : « ses deux yeux sont comme deux gouttes de mouche », etc. C'est pourquoi Rabbenou Tam lit : « le début de sa formation est comme un rachon », c'est-à-dire que le jour où s'achève le début de sa forme, tout son corps est grand comme un salam (une variété de sauterelle), que le Targoum rend par richona ; et c'est ainsi que l'explique le Aroukh (entrée rachon).
💡 Explication

La guemara tente de rattacher la mahloket sur le siège de la vie à une mahloket plus ancienne sur la formation de l'embryon (yetsira). Le raisonnement suppose que l'organe par lequel un être commence est aussi celui par lequel il finit.

Le premier tana lit gozi par analogie avec « coupe ta chevelure » : le mot renvoie à la tête. Abba Chaoul, lui, fait partir la formation du nombril, d'où l'embryon pousse « ses racines » dans toutes les directions - image végétale d'une croissance à partir du centre.

11
אֲפִילּוּ תֵּימָא אַבָּא שָׁאוּל, עַד כָּאן לָא קָא אָמַר אַבָּא שָׁאוּל הָתָם אֶלָּא לְעִנְיַן יְצִירָה, דְּכֹל מִידֵּי מִמְּצִיעֲתֵיהּ מִיתְּצַר, אֲבָל לְעִנְיַן פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ — אֲפִילּוּ אַבָּא שָׁאוּל מוֹדֵי דְּעִיקַּר חַיּוּתָא בְּאַפֵּיהּ הוּא, דִּכְתִיב: ״כֹּל אֲשֶׁר נִשְׁמַת רוּחַ חַיִּים בְּאַפָּיו״.

Tu peux même dire [que la baraita suit] Abba Chaoul : Abba Chaoul n'a parlé là-bas qu'à propos de la formation, car toute chose se forme à partir de son milieu ; mais quant au pikouah nefech, même Abba Chaoul admet que le siège principal de la vitalité (ikkar hiyouta) est dans le nez, car il est écrit : « tout ce qui avait un souffle d'esprit de vie dans ses narines » (Genèse 7,22).

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ תֵּימָא אַבָּא שָׁאוּל נָמֵי סְבִירָא לֵיהּ עַד חָוטְמוֹ:
Lui aussi tient [que l'on vérifie] jusqu'au nez.
💡 Explication

Le rapprochement est refusé. La guemara distingue deux registres : la yetsira (comment un corps se construit) et la hiyout (à quoi l'on reconnaît qu'il vit encore). Une chose peut se bâtir depuis son centre et se manifester ailleurs.

Le verset de Noé est décisif : c'est le souffle aux narines qui définit le vivant. Même Abba Chaoul y souscrit. La mahloket de la baraita reste donc autonome - et le critère du nez y gagne un ancrage scripturaire que le critère du cœur n'a pas.

12
אָמַר רַב פָּפָּא: מַחֲלֹוקֶת מִמַּטָּה לְמַעְלָה, אֲבָל מִמַּעֲלָה לְמַטָּה, כֵּיוָן דִּבְדַק לֵיהּ עַד חָוטְמוֹ — שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ, דִּכְתִיב: ״כֹּל אֲשֶׁר נִשְׁמַת רוּחַ חַיִּים בְּאַפָּיו״.

Rav Papa a dit : la controverse porte sur [le dégagement] de bas en haut ; mais de haut en bas, des lors qu'on a vérifié jusqu'à son nez, il n'est plus nécessaire [d'aller plus loin], car il est écrit : « tout ce qui avait un souffle d'esprit de vie dans ses narines ».

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן אָמַר רַב פָּפָּא מַחְלֹוקֶת מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה מַחֲלֹוקֶת דְּהָנָךְ תַּנָּאֵי דְּמַר אָמַר עַד לִבּוֹ וּמַר אָמַר עַד חָוטְמוֹ מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה שֶׁמּוֹצְאוֹ דֶּרֶךְ מַרְגְּלוֹתָיו תְּחִלָּה וּבוֹדֵק וְהוֹלֵךְ כְּלַפֵּי רֹאשׁוֹ דְּמַר אָמַר בְּלִבּוֹ יֵשׁ לְהַבְחִין אִם יֵשׁ בּוֹ חַיּוּת שֶׁנִּשְׁמָתוֹ דּוֹפֶקֶת שָׁם וּמַר אָמַר עַד חָוטְמוֹ דְּזִימְנִין דְּאֵין חַיּוּת נִיכָּר בְּלִבּוֹ וְנִיכָּר בְּחָוטְמוֹ:
La controverse de ces tanaim - l'un disant « jusqu'à son cœur », l'autre « jusqu'à son nez » - porte sur [le cas où l'on dégage] de bas en haut, c'est-à-dire qu'on le découvre d'abord par les pieds et qu'on vérifie en remontant vers sa tête : l'un dit qu'au cœur on peut discerner s'il y a en lui de la vitalité, car son souffle y bat ; et l'autre dit jusqu'au nez, car il arrive que la vitalité ne soit pas perceptible au cœur et le soit au nez.
💡 Explication

Rav Papa réduit considérablement la portée du désaccord, en introduisant une variable que la baraita laissait implicite : le sens du dégagement.

Si l'on découvre le corps par les pieds, la question se pose vraiment : s'arrêter au cœur, ou poursuivre jusqu'au nez ? Mais si l'on dégage par la tête, le nez est atteint le premier, et tous s'accordent : plus rien à vérifier au-delà. La conséquence pratique est immédiate pour le sauveteur - il n'a pas à exposer davantage le corps une fois le souffle constaté absent.

13
וּכְבָר הָיָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְרַבִּי עֲקִיבָא וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה מְהַלְּכִין בַּדֶּרֶךְ, וְלֵוִי הַסַּדָּר וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה מְהַלְּכִין אַחֲרֵיהֶן. נִשְׁאֲלָה שְׁאֵלָה זוֹ בִּפְנֵיהֶם: מִנַּיִין לְפִקּוּחַ נֶפֶשׁ שֶׁדּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת?

Et il arriva une fois que Rabbi Yichmael, Rabbi Akiva et Rabbi Elazar ben Azaria marchaient en chemin, et que Levi HaSadar ainsi que Rabbi Yichmael fils de Rabbi Elazar ben Azaria marchaient derrière eux. Cette question fut posée devant eux : d'où [sait-on] que le pikouah nefech repousse le Chabbat ?

📜 Rachi (1)
וְלֵוִי הַסֵּדֶר לֹא פֹּורַשׁ לִי מַהוּ:
On ne m'a pas expliqué ce que c'est.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נִשְׁאֲלָה שְׁאֵלָה זוֹ לִפְנֵיהֶם : מִנַּיִן לְפִקּוּחַ נֶפֶשׁ , שֶׁדּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת?. הָרוֹאֶה יִרְאֶה שִׁבְעָה עַמּוּדֵי עוֹלָם כָּל אֶחָד הֵבִיא רְאָיָה דְּפִקּוּחַ נֶפֶשׁ דּוֹחֶה שַׁבָּת וְלָכֵן הַזָּרִיז הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח מִכֹּחַ שִׁבְעָה טְעָמִים הָהֵם וְהַמִּתְעַצֵּל בַּדָּבָר שֶׁחוֹשֵׁשׁ בִּשְׁבִיל חִלּוּל שַׁבָּת, נִמְצָא הוּא חָכָם בְּעֵינָיו יוֹתֵר מִשִּׁבְעָה חֲכָמִים גְּדוֹלִים אֵלּוּ! וּבָזֶה יוּבַן רֶמֶז הַכָּתוּב בְּמִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי כו, טז) 'חָכָם עָצֵל בְּעֵינָיו מִשִּׁבְעָה מְשִׁיבֵי טַעַם'. וּבָזֶה יוּבַן (מִשְׁלֵי ט, א) 'חָכְמוֹת בָּנְתָה בֵיתָהּ חָצְבָה עַמּוּדֶיהָ שִׁבְעָה' בֵּיתָהּ זֶה הַגּוּף שֶׁקְּרָאוֹ קֹהֶלֶת בְּשֵׁם בֵּית נִבְנָה וְנַעֲשָׂה לוֹ קִיּוּם בְּשַׁבָּת וְעַל זֶה חָצְבָה עַמּוּדֶיהָ שִׁבְעָה טְעָמִים מִשִּׁבְעָה עַמּוּדֵי עוֹלָם. וְנִרְאֶה לִי לְפִי שֶׁהַשַּׁבָּת הוּא יוֹם שְׁבִיעִי נִתְגַּלְגֵּל הֶיתֵּר שֶׁלּוֹ בְּשִׁבְעָה רְאָיוֹת וּטְעָמִים. וּמַה שֶׁאָמַר כָּאן לֵוִי הַסֵּדֶר נִרְאֶה לִי מְלַאכְתּוֹ הָיְתָה כְּמוֹ רַב דַּהֲוָה פָּסֵיק סִדְרָא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי לְקַמָּן בְּסוֹף מַכֻלְתִּין.
« Cette question fut posée devant eux : d'où [sait-on] que le pikouah nefech repousse le Chabbat ? » Qui y regarde verra que sept piliers du monde ont chacun apporté une preuve que le pikouah nefech repousse le Chabbat ; c'est pourquoi celui qui s'empresse (zariz) est loué, en vertu de ces sept raisons - tandis que celui qui traîne, par scrupule de profaner le Chabbat, se trouve être sage à ses propres yeux plus que ces sept grands sages ! Ainsi se comprend l'allusion du verset (Proverbes 26,16) : « le paresseux est plus sage à ses yeux que sept hommes qui répondent avec discernement ». Et ainsi se comprend (Proverbes 9,1) : « la Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes » - « sa maison », c'est le corps, que Kohelet appelle du nom de maison ; il a été bâti et sa pérennité lui est assurée par le Chabbat, et sur cela « elle a taillé ses colonnes » : sept raisons issues de sept piliers du monde. Et il me semble que, puisque le Chabbat est le septième jour, il s'est trouvé que sa permission [de le profaner pour sauver une vie] fut établie par sept preuves et sept raisons. Quant à ce qui est dit ici « Levi HaSadar », il me semble que sa fonction était comme celle de Rav, qui récitait le seder devant Rabbi, ainsi qu'il est rapporté plus loin, à la fin de notre traité.
💡 Explication

Changement de registre : jusqu'ici la guemara appliquait le principe ; elle va maintenant en chercher la source scripturaire. La mise en scène compte - une question posée sur la route, devant les plus grands maîtres de leur génération, avec les disciples marchant respectueusement derrière.

Chacun répondra tour à tour, et chaque preuve sera examinée puis écartée en 85b, jusqu'à celle de Chmouel. Le Ben Yehoyada tire de ce défilé un enseignement moral : sept sages ont peiné à justifier ce que certains hésitent encore à faire.

14
נַעֲנָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְאָמַר: ״אִם בַּמַּחְתֶּרֶת יִמָּצֵא הַגַּנָּב״ — וּמַה זֶה, שֶׁסָּפֵק עַל מָמוֹן בָּא סָפֵק עַל נְפָשׁוֹת בָּא, וּשְׁפִיכוּת דָּמִים מְטַמֵּא אֶת הָאָרֶץ, וְגוֹרֵם לַשְּׁכִינָה שֶׁתִּסְתַּלֵּק מִיִּשְׂרָאֵל, נִיתַּן לְהַצִּילוֹ בְּנַפְשׁוֹ — קַל וָחֹומֶר לְפִקּוּחַ נֶפֶשׁ שֶׁדּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת.

Rabbi Yichmael répondit et dit : « si le voleur est surpris en train de percer [un mur] » (Exode 22,1) - or si celui-ci, dont on ignore s'il vient pour l'argent ou s'il vient pour les vies, alors que l'effusion de sang rend la terre impure et fait que la Chekhina se retire d'Israël, il est néanmoins permis de se sauver au prix de sa vie - à plus forte raison (kal va-homer) le pikouah nefech repousse-t-il le Chabbat.

📜 Rachi (2)
וּשְׁפִיכוּת דָּמִים שֶׁהֻותַּר לְבַעַל בַּיִת לִשְׁפֹּוךְ דָּמוֹ שֶׁל זֶה לְהַצָּלַת סְפֵק נַפְשׁוֹ עֲבֵירָה חֲמוּרָה הִיא שֶׁמְּטַמֵּאת אֶת הָאָרֶץ כְּדִכְתִיב (בַּמִּדְבָּר ל״ה:ל״ד) וְלֹא תְטַמֵּא אֶת הָאָרֶץ גַּבֵּי פָּרָשַׁת רוֹצְחִין:
Puisqu'il est permis au maître de maison de répandre le sang de celui-là pour sauver sa propre vie mise en doute - alors qu'il s'agit d'une faute grave, qui rend la terre impure, comme il est écrit (Nombres 35,34) « et tu ne rendras pas impure la terre », dans la section des meurtriers.
וְגוֹרֵם לַשְּׁכִינָה שֶׁתִּסְתַּלֵּק כְּדִכְתִיב (שָׁם) אֲשֶׁר אֲנִי שֹׁוכֵן בְּתוֹכָהּ הָא אִם תִּטַּמְּאוּ אֵינִי שׁוֹכֵן וְגַבֵּי רוֹצֵחַ כְּתִיב:
Comme il est écrit (ibid.) « au milieu de laquelle je réside » - donc si vous la rendez impure, je n'y réside pas ; et cela est écrit à propos du meurtrier.
💡 Explication

Première preuve. Rabbi Yichmael part du ba ba-mahteret, le cambrioleur nocturne : la Torah permet au maître de maison de le tuer. Or ce cas cumule tout ce qui devrait l'interdire - la menace n'est qu'un doute, le meurtre rend la terre impure, et il fait fuir la Chekhina.

Le kal va-homer raisonne ainsi : si un doute autorise à prendre une vie malgré tout cela, il autorise à plus forte raison à profaner le Chabbat pour en sauver une. L'argument est élégant, mais fragile : le voleur est un rodef (poursuivant), et le tuer relève peut-être de la légitime défense plutôt que d'une dérogation.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de Rabbi Yichmael : du voleur au Chabbat Le cas léger (kal) Le voleur surpris en train de percer un mur. - On ignore s'il vient pour l'argent ou pour tuer : c'est un simple safek. - Verser le sang rend la terre impure. - Cela fait se retirer la Chekhina d'Israël. Et pourtant : on le tue pour se sauver. à plus forte raison Le cas lourd (homer) Sauver une vie à Chabbat. Si un doute suffit à permettre de PRENDRE une vie - malgré l'impureté de la terre et le retrait de la Chekhina - à combien plus forte raison profane-t-on le Chabbat pour SAUVER une vie. Faiblesse pressentie : le voleur est un poursuivant (rodef) - le tuer n'est peut-être pas une dérogation mais une défense. C'est sur ce point que la guemara reviendra en 85b, avant d'écarter cette preuve comme les suivantes.
Le kal va-homer de Rabbi Yichmael : du cambrioleur qu'il est permis de tuer au Chabbat qu'il est permis de profaner.
15
נַעֲנָה רַבִּי עֲקִיבָא וְאָמַר: ״וְכִי יָזִיד אִישׁ עַל רֵעֵהוּ וְגוֹ׳ מֵעִם מִזְבְּחִי תִּקָּחֶנּוּ לָמוּת״. ״מֵעִם מִזְבְּחִי״ — וְלֹא מֵעַל מִזְבְּחִי. וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְהָמִית,

Rabbi Akiva répondit et dit : « et si un homme agit avec préméditation contre son prochain, etc., tu le prendras d'auprès de mon autel pour qu'il meure » (Exode 21,14) - « d'auprès de mon autel », et non « de dessus mon autel ». Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ils n'ont enseigné cela que pour le mettre à mort,

📜 Rachi (2)
מֵעִם מִזְבְּחִי אִם כֹּהֵן הוּא שֶׁבָּא לַעֲבֹוד עֲבוֹדָה:
S'il est cohen et qu'il vient accomplir le service.
וְלֹא מֵעַל מִזְבְּחִי אִם הִתְחִיל בַּעֲבוֹדָה אֵין מַפְסִיק לָבֹא לִידּוֹן אֶלָּא מַשְׁלִים עֲבוֹדָתוֹ:
S'il a commencé le service, il n'interrompt pas pour venir être jugé, mais achève son service.
💡 Explication

Deuxième preuve, bâtie sur un diyouk (déduction de précision) : le verset dit « me-im mizbehi » - d'auprès de mon autel - et non « me-al mizbehi », de dessus mon autel. On arrache donc le cohen meurtrier à l'autel avant qu'il ne commence le service, mais s'il l'a déjà entamé, il l'achève.

Rabbi Akiva en tirera que si l'on interrompt le service du Temple - lequel repousse le Chabbat - pour exécuter un homme, à plus forte raison l'interrompt-on pour en sauver un. Le segment s'arrête au milieu de la phrase de Rabbi Yo'hanan : la restriction (lo chanou ela le-hamit) et sa suite se lisent au début de 85b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).