Yoma 84b - Jusqu'où va le pikouah nefech : un autre Chabbat, un bénéfice accessoire, un inconnu peut-être non juif

Yoma 84b

Sougya : Le daf clôt d'abord la question laissée ouverte en 84a : les Sages contredisent-ils Rabbi Matia ben Harach sur le remède mis dans la bouche à Chabbat ? Deux preuves concluent que non - la baraita de Rabba bar Chmouel, où les Sages disent « dans ce cas-ci et non dans l'autre », et un diyouk de Rav Achi sur la manière dont la michna a séparé les deux clauses.

La sougya s'ouvre ensuite en trois élargissements successifs du sauvetage d'une vie. Dans le temps d'abord : Rav enseigne que le doute peut porter sur un Chabbat à venir, et l'on ne diffère pas un traitement de huit jours d'une soirée pour économiser un Chabbat.

Dans les acteurs et les actes ensuite : les grands d'Israël agissent eux-mêmes, l'avis d'une femme ou d'un Kouti ne suffit pas seul mais se joint à un autre pour faire basculer un décompte ; et la baraita du pikouah nefech loue celui qui s'empresse, dispense de consulter un tribunal, et permet quatre sauvetages - la mer, le puits, la porte, l'incendie - même lorsque le sauveteur y gagne des poissons, une marche, des planches ou des braises. Dans les personnes enfin : Chmouel énonce que l'on n'a pas suivi la majorité en matière de pikouah nefech, ce qui vaut jusqu'à déblayer pour un homme détaché d'un groupe de neuf non-juifs.

Une contradiction avec Rabbi Yo'hanan se résout par la distinction entre une sortie collective et une sortie partielle, et le daf s'achève sur l'enfant trouvé, où Rav distingue ce que la majorité permet - le faire vivre - de ce qu'elle ne permet pas : lui attribuer un lignage.

Le fil de Yoma 84b : du remède à Chabbat au sauvetage d'un inconnu Le daf ferme la question ouverte en 84a, puis élargit trois fois le pikouah nefech : dans le temps, dans les actes, dans les personnes. 1. La preuve Les Sages contestent-ils R. Matia sur le sam ? Baraita de Rabba bar Chmouel + diyouk Rav Achi. 2. Le temps Kol safek nefachot : même un doute portant sur un AUTRE Chabbat. On n'attend pas la nuit. 3. Les acteurs Pas par des non-juifs ni des Koutim : par les grands d'Israël. Femmes : mitstarfin. 4. Les actes Mer, puits, porte, incendie : le zariz est loué, pas besoin du beit din. 5. Les personnes Qui sauve-t-on ? On ne suit pas la majorité. 9 goyim, 1 juif. Le mouvement du daf La michna disait : ce qui est douteux quant à la vie repousse le Chabbat. Le daf demande à chaque étape : jusqu'où ? Réponse constante : plus loin que ce que tu croyais. Le doute joue toujours pour la vie, jamais contre elle. Trois élargissements successifs Dans le temps : on profane aujourd'hui pour un risque futur. Dans les actes : le sauveteur peut même y gagner au passage. Dans les personnes : on sauve même celui dont on ignore s'il est de ceux pour qui on aurait le droit de profaner. La phrase-clé du daf Lo halkhou be-pikouah nefech ahar ha-rov En matière de sauvetage d'une vie, on n'a pas suivi la majorité : la règle probabiliste qui gouverne tout le reste de la halakha est mise hors circuit dès qu'une vie est en jeu.
Le fil du daf : une preuve, puis trois élargissements du pikouah nefech - le temps, les acteurs et les actes, enfin les personnes.
Safek Chabbat aheret : le doute qui porte sur un Chabbat à venir Le cas de Rav : les médecins évaluent un traitement de huit jours, et le premier jour tombe un Chabbat. Les huit jours de traitement Jour 1 CHABBAT Jour 2 Jour 3 Jour 4 Jour 5 Jour 6 Jour 7 Jour 8 CHABBAT Deux Chabbat seront profanes. Hava amina : attendre la nuit Le premier jour, il ne mourra pas : c'est acquis. Si l'on commence samedi soir, le traitement s'achève avant le Chabbat suivant. Un seul Chabbat profane au lieu de deux. Maskana : on commence tout de suite Le doute ne porte pas sur aujourd'hui mais sur la fin du traitement : s'il commence trop tard, il pourrait mourir le Chabbat suivant. Ce doute-là suffit déjà à repousser le Chabbat. Règle dégagée On ne fait pas d'arithmétique du nombre de Chabbat profanes. Un risque de mort diffère vaut un risque de mort immédiat.
Safek Chabbat aheret : on profane le Chabbat d'aujourd'hui pour un risque qui ne se réaliserait que le Chabbat suivant.
Neuf non-juifs et un juif : les quatre configurations du daf Un éboulement enseveli quelqu'un. Déblaie-t-on a Chabbat ? Tout dépend de la position du groupe au moment du drame. A. Tous dans la cour Les dix sont sur place. Le groupe est KAVOUA (fixe en son lieu). Tout kavoua compte comme moitié-moitié. ON DÉBLAIE B. Tous partis ailleurs Les dix se déplacent ensemble vers une autre cour. Le juif est forcément parmi eux : reste kavoua. ON DÉBLAIE C. Une partie seulement Quelques-uns quittent la cour. Le juif est-il du nombre ? Rien n'est établi là-bas : kol de-parich me-rouba. ON NE DÉBLAIE PAS D.ieu. Un seul séparé Chmouel : même là, on ne suit pas la majorité. C'est l'innovation du daf. ON DÉBLAIE Les deux règles probabilistes en présence KAVOUA : ce qui est fixe en son lieu compte comme moitié-moitié, quelle que soit la proportion réelle. PARICH : ce qui s'est détaché du groupe est réputé venir de la majorité - donc non-juif, et l'on ne profane pas. La tension du daf Chmouel neutralise parich au nom du pikouah nefech ; R. Yo'hanan le maintient dans le cas C. La guemara concilie : Chmouel parle quand tous sont partis (le juif est forcément là), R. Yo'hanan quand une fraction seulement s'est détachée.
Les quatre configurations du groupe de dix : kavoua, sortie collective, sortie partielle, individu séparé.
1
תָּא שְׁמַע, דְּתָנֵי רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל: עֻובָּרָה שֶׁהֵרִיחָה — מַאֲכִילִין אוֹתָהּ עַד שֶׁתָּשׁוּב נַפְשָׁהּ, וּמִי שֶׁנְּשָׁכוֹ כֶּלֶב שׁוֹטֶה — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ מֵחֲצַר כָּבֵד שֶׁלּוֹ, וְהַחוֹשֵׁשׁ בְּפִיו — מְטִילִין לוֹ סַם בְּשַׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי, שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בְּזוֹ וְלֹא בְּאַחֶרֶת. ״בְּזוֹ״ אַהֵיָיא? אִילֵּימָא אַעֻובָּרָה, פְּשִׁיטָא! עֻובָּרָה מִי אִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר דְּלָא? אֶלָּא לָאו — אַסַּם. שְׁמַע מִינָּה.

Viens et entends [une preuve], car Rabba bar Chmouel a enseigné [une baraita] : une femme enceinte qui a senti [une odeur de nourriture et en est saisie de désir] - on la nourrit jusqu'à ce que son âme lui revienne ; et celui qui a été mordu par un chien enragé - on lui fait manger du lobe de son foie ; et celui qui souffre de la bouche - on lui met un sam (remède) à Chabbat. Paroles de Rabbi Elazar fils de Rabbi Yosse, qui a parlé au nom de Rabbi Matia ben Harach.

Et les Sages disent : dans ce cas-ci, et non dans l'autre. « Dans ce cas-ci » - sur quoi porte-t-il ?

Si tu dis : sur la femme enceinte, c'est évident ! La femme enceinte, y a-t-il quelqu'un pour dire que non ?

Il faut donc [dire] que c'est sur le sam. Apprends-en [que les Sages concèdent le remède à Chabbat].

📜 Rachi (3)
ת"ש דְּתָנֵי רַב יוֹסֵף עֻובָּרָה שֶׁהֵרִיחָה וְכוּ' וּמִי שֶׁנְּשָׁכוֹ וְכוּ' וְהַחוֹשֵׁשׁ בְּפִיו וְכוּ' וחכ"א בְּזוֹ אָנוּ מוֹדִים וְלֹא בְּאַחֶרֶת:
« Viens et entends, car Rav Yossef a enseigné : une femme enceinte qui a senti, etc. ; et celui qui a été mordu, etc. ; et celui qui souffre de la bouche, etc. ; et les Sages disent : dans ce cas-ci » : nous [le] concédons, et non dans l'autre.
בְּזוֹ אַהֵיָיא אִי נֵימָא אַעֻובָּרָה פְּשִׁיטָא וְכִי עֻובָּרָה שֶׁהֵרִיחָה ר' מַתְיָא קָתָנֵי לָהּ סְתָמָא הִיא:
« Dans ce cas-ci - sur quoi porte-t-il ? Si tu dis : sur la femme enceinte, c'est évident » : est-ce que la femme enceinte qui a senti est enseignée [au nom] de Rabbi Matia ? C'est une michna anonyme (setam).
אֶלָּא לָאו אַסַּם קָייְמִי דְּאִילּוּ אַחָצֵר כָּבֵד תְּנַן פְּלֻוגְתָּא בְּמָתְנֵי' ש"מ דִּבְסַם מוֹדוֹ:
« Il faut donc [dire] que c'est sur le sam » : c'est là-dessus qu'ils portent, car sur le lobe de foie nous avons déjà appris la controverse dans notre michna. Apprends-en que sur le sam ils concèdent.
💡 Explication

La question ouverte à la fin de 84a était : quand les Sages répondent à Rabbi Matia ben Harach, le contredisent-ils sur les deux points de sa michna - le hatsar kaved (lobe de foie du chien enragé) et le sam (remède) mis dans la bouche à Chabbat - ou seulement sur le premier ? L'enjeu est direct : si les Sages contredisent aussi sur le sam, alors Rabbi Yo'hanan, qui s'est fait soigner à Chabbat, a suivi un avis isolé.

La baraita de Rabba bar Chmouel énumère trois permissions, puis fait dire aux Sages : ba-zou ve-lo ba-aheret - dans celle-ci, et pas dans l'autre. La guemara traque le référent de « celle-ci ». Ce ne peut pas être la femme enceinte : personne n'a jamais contesté qu'on la nourrisse. Ce ne peut pas être le lobe de foie : la michna a déjà énoncé que les Sages l'interdisent. Reste le sam. Le mot que les Sages concèdent est donc précisément celui dont Rabbi Yo'hanan avait besoin.

2
רַב אַשִּׁי אָמַר: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא — וְעוֹד אָמַר רַבִּי מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ: הַחוֹשֵׁשׁ בְּפִיו מְטִילִין לוֹ סַם בְּשַׁבָּת, וְלָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ. וְאִם אִיתָא דִּפְלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ, לִיעָרְבִינְהוּ וְלִיתְנִינְהוּ, וְלִיפְלְגוּ רַבָּנָן בְּסֵיפָא. שְׁמַע מִינָּה.

Rav Achi dit : notre michna aussi est précise [en ce sens] - « et Rabbi Matia ben Harach a dit encore : celui qui souffre de la bouche, on lui met un sam à Chabbat », et les Sages ne le contredisent pas. Or s'il était vrai que les Sages le contredisent, qu'on mélange les deux [cas] et qu'on les enseigne ensemble, et que les Sages contredisent dans la clause finale !

Apprends-en [que les Sages ne le contredisent pas].

💡 Explication

Rav Achi ajoute une seconde preuve, tirée cette fois de la structure de la michna et non de son contenu. La michna énonce d'abord la controverse sur le chien enragé - Rabbi Matia permet, les Sages interdisent - puis, dans un second temps introduit par ve-od amar (« et il a dit encore »), le cas du remède à Chabbat, sans réponse des Sages.

L'argument est un diyouk de rédaction : si les Sages contestaient les deux points, le rédacteur aurait fusionné les deux permissions en une seule proposition de Rabbi Matia, puis aurait placé une objection unique des Sages à la fin. Le fait qu'il ait séparé les deux et laissé la seconde sans réplique dit que la seconde n'a pas de contradicteur.

3
מִפְּנֵי שֶׁסְּפֵק נְפָשׁוֹת הוּא וְכוּ׳. לָמָּה לִי תּוּ לְמֵימַר: ״וְכָל סְפֵק נְפָשׁוֹת דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת״? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לֹא סָפֵק שַׁבָּת זוֹ בִּלְבַד אָמְרוּ, אֶלָּא אֲפִילּוּ סָפֵק שַׁבָּת אַחֶרֶת.

« Parce que c'est un doute de vies humaines, etc. » Pourquoi me faut-il encore dire : « et tout doute de vies humaines repousse le Chabbat » ? Rav Yehouda dit au nom de Rav : ce n'est pas seulement d'un doute [portant] sur ce Chabbat-ci qu'ils ont parlé, mais même d'un doute [portant] sur un autre Chabbat.

📜 Rachi (1)
לֹא סָפֵק שַׁבָּת זוֹ בִּלְבַד לֹא שֶׁיְּהֵא סְפֵק הַנְּפָשׁוֹת לְשַׁבָּת זוֹ אֶלָּא אֲפִילּוּ אֵין הַסָּפֵק לְשַׁבָּת זוֹ דִּפְשִׁיטָא לָן דְּהַיּוֹם לֹא יָמוּת אֶלָּא סָפֵק שֶׁאִם לֹא יַעֲשׂוּ לוֹ הַיּוֹם שֶׁמָּא יָמוּת לַשַּׁבָּת הַבָּאָה:
« Ce n'est pas seulement d'un doute [portant] sur ce Chabbat-ci » : non pas que le doute quant à la vie porte sur ce Chabbat-ci, mais même si le doute ne porte pas sur ce Chabbat-ci - car il nous est évident qu'il ne mourra pas aujourd'hui - mais qu'il y a un doute que, si on ne fait pas pour lui aujourd'hui, peut-être mourra-t-il le Chabbat suivant.
💡 Explication

La michna a déjà donné la raison de la permission : safek nefachot (doute quant à une vie humaine). Pourquoi ajoute-t-elle une formule générale - « et tout doute de vies humaines repousse le Chabbat » ? La guemara tient pour acquis qu'une michna ne répète pas : la formule générale doit inclure un cas que la première phrase n'atteignait pas.

Rav en donne la teneur : le doute peut ne pas porter sur aujourd'hui. On sait pertinemment que le malade ne mourra pas ce Chabbat ; le risque est qu'il meure le Chabbat suivant si le traitement ne commence pas maintenant. Ce doute-là, déporté dans le temps, repousse déjà le Chabbat présent.

4
הֵיכִי דָמֵי? כְּגוֹן דְּאַמְדוּהּ לִתְמָנְיָא יוֹמֵי, וְיוֹמָא קַמָּא שַׁבְּתָא. מַהוּ דְתֵימָא: לִיעַכַּב עַד לְאוּרְתָּא כִּי הֵיכִי דְּלָא נֵיחוּל עֲלֵיהּ תְּרֵי שַׁבָּתָא, קָא מַשְׁמָע לַן.

Quel est le cas ? Par exemple lorsqu'on l'a évalué à huit jours, et que le premier jour est un Chabbat.

Tu aurais pu dire : qu'on le retarde jusqu'au soir, afin qu'on ne profane pas pour lui deux Chabbat - cela nous enseigne [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (1)
וְהֵיכִי דָּמֵי כְּגוֹן דְּאַמְדוּהָ רוֹפְאִים לַעֲשׂוֹת לוֹ הָרְפוּאָה שְׁמֹנָה יָמִים:
« Et quel est le cas ? Par exemple lorsqu'on l'a évalué » : les médecins [ont évalué] qu'il faut lui faire le traitement pendant huit jours.
💡 Explication

Le cas est arithmétique et donc parlant. Les médecins évaluent (amdouhou) qu'il faut huit jours de traitement continu. Si l'on commence le Chabbat, le huitième jour tombe le Chabbat suivant : deux Chabbat profanes. Si l'on attend la nuit, un seul.

La hava amina (supposition initiale) est économique : puisque personne ne prétend qu'il mourra aujourd'hui, autant réduire le nombre de Chabbat profanes. La guemara la rejette. Le calcul du coût global n'a pas cours ici : le seul terme qui compte est le risque pour la vie, et retarder d'une soirée le fait naître. On ne met pas en balance des Chabbat contre un doute de mort.

🖼️ Schéma
Safek Chabbat aheret : le doute qui porte sur un Chabbat à venir Le cas de Rav : les médecins évaluent un traitement de huit jours, et le premier jour tombe un Chabbat. Les huit jours de traitement Jour 1 CHABBAT Jour 2 Jour 3 Jour 4 Jour 5 Jour 6 Jour 7 Jour 8 CHABBAT Deux Chabbat seront profanes. Hava amina : attendre la nuit Le premier jour, il ne mourra pas : c'est acquis. Si l'on commence samedi soir, le traitement s'achève avant le Chabbat suivant. Un seul Chabbat profane au lieu de deux. Maskana : on commence tout de suite Le doute ne porte pas sur aujourd'hui mais sur la fin du traitement : s'il commence trop tard, il pourrait mourir le Chabbat suivant. Ce doute-là suffit déjà à repousser le Chabbat. Règle dégagée On ne fait pas d'arithmétique du nombre de Chabbat profanes. Un risque de mort diffère vaut un risque de mort immédiat.
Le cas de Rav : huit jours de traitement, deux Chabbat - et pourtant on commence tout de suite.
5
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: מְחַמִּין חַמִּין לַחוֹלֶה בְּשַׁבָּת, בֵּין לְהַשְׁקוֹתוֹ בֵּין לְהַבְרוֹתוֹ. וְלֹא שַׁבָּת זוֹ בִּלְבַד אָמְרוּ, אֶלָּא לְשַׁבָּת אַחֶרֶת. וְאֵין אוֹמְרִים: נַמְתִּין לוֹ שֶׁמָּא יַבְרִיא, אֶלָּא מְחַמִּין לוֹ מִיָּד, מִפְּנֵי שֶׁסְּפֵק נְפָשׁוֹת דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת. וְלֹא סָפֵק שַׁבָּת זוֹ, אֶלָּא אֲפִילּוּ סָפֵק שַׁבָּת אַחֶרֶת.

Une baraita enseigne également ainsi : on chauffe de l'eau chaude pour un malade à Chabbat, que ce soit pour le faire boire ou pour le remettre sur pied [en le lavant]. Et ce n'est pas seulement de ce Chabbat-ci qu'ils ont parlé, mais aussi d'un autre Chabbat.

Et l'on ne dit pas : attendons-le, peut-être guérira-t-il - au contraire, on chauffe pour lui immédiatement, parce qu'un doute de vies humaines repousse le Chabbat. Et non seulement un doute [portant sur] ce Chabbat-ci, mais même un doute [portant sur] un autre Chabbat.

📜 Rachi (1)
לְהַבְרוֹתוֹ רְחִיצָה שֶׁמָּא יַבְרִיא מֵאֵילָיו:
« Pour le remettre sur pied » : le lavage - peut-être guérira-t-il de lui-même.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי מִי שֶׁאֲחָזוֹ בֻּולְמוֹס מַאֲכִילִין אוֹתוֹ וַאֲפִילּוּ דְּבָרִים טְמֵאִים עַד שֶׁיֵּאוֹרוּ עֵינָיו: גְּמ' ת"ר מִנַּיִן יוֹדְעִים שֶׁיֵּאוֹרוּ עֵינָיו מִשֶּׁיַּבְחִין בֵּין טוֹב לָרַע. אָמַר אַבַּיֵּי וּבְטַעְמוֹ. ת"ר מִי שֶׁאֲחָזוֹ בֻּולְמוֹס מַאֲכִילִין אוֹתוֹ הַקַּל הַקַּל. טֶבֶל וּנְבֵילָה מַאֲכִילִין אוֹתוֹ נְבֵילָה. (נְבֵילָה) וּשְׁבִיעִית מַאֲכִילִין אוֹתוֹ שְׁבִיעִית. שָׁאֲלוּ אֶת הָרָאָבָ"ד זַ"ל חוֹלֶה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סַכָּנָה אִם לֹא יֹאכַל בָּשָׂר. אִם יֵשׁ לְפָנָיו נְבֵילָה וְאֵין שָׁחוּט אִם לֹא שֶׁנִּשְׁחַט בְּשַׁבָּת. כִּי יֵשׁ אוֹמְרִים מוּטָב שֶׁיַּעֲבֹור הוּא עַל לָאו דִּנְבֵילָה מִשֶּׁיַּעַבְרוּ אֲחֵרִים עַל אִיסּוּר סְקִילָה. וְהֵשִׁיב דִּבְרֵי יֵשׁ אוֹמְרִים מְכֻוָּונִים הֵם אֲבָל יֵשׁ לוֹמַר כִּי אִיסּוּר שַׁבָּת כְּבָר נִיתַּן לִדָּחוֹת בְּהַבְעָרָה וּבְבִישּׁוּל וּבִמְחִמִּין לוֹ חַמִּין. אִי נָמֵי שֶׁאִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יְהֵא קָטָן אֶחָד בְּסוֹף הָעוֹלָם. אֲבָל אִם הָיָה הַחוֹלֶה צָרִיךְ לַאֲכִילָה לְאַלְתַּר וְהַנְּבֵילָה מוּכֶנֶת לוֹ מִיָּד וְהַשָּׁחוּט מִתְאַחֵר לוֹ וַדַּאי מַאֲכִילִין אוֹתוֹ הַנְּבֵילָה וְאֵין מַמְתִּינִין לִשְׁחִיטָה וְהֶפְשֵׁט וּבִישּׁוּל. וְרַבֵּינוּ מֵאִיר הֵשִׁיב בִּתְשׁוּבָה עַל זֶה וְהֵבִיא דִּמְיוֹן מֵאֹוכֶל נֶפֶשׁ בְּיוֹם טוֹב דְּשׁוֹחֲטִין בְּיוֹם טוֹב דְּאִיכָּא עֲשֵׂה וְלֹא תַּעֲשֶׂה בְּאִיסּוּר מְלָאכָה וּמַאֲכַל נְבֵילָה דְּאֵין בָּהּ אֶלָּא לָאו אוֹ לוֹמַר לְנָכְרִי לִנְחֹור עוֹפוֹת דְּלֵיכָּא אֶלָּא אִיסּוּר דְּרַבָּנָן דְּאֵין שְׁחִיטָה לָעוֹף מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא כֵּיוָן דְּהַתּוֹרָה הִתִּירָה לָנוּ אֹוכֶל נֶפֶשׁ בְּיוֹם טוֹב הֲוָה לְדִידַן כָּל אֹוכֶל נֶפֶשׁ בְּיוֹם טוֹב כְּמוֹ בְּחוֹל. וְהָכִי נָמֵי כֵּיוָן שֶׁהִתִּירָה תּוֹרָה פִּיקּוּחַ נֶפֶשׁ הָוֵי כָּל מְלָאכָה שֶׁעוֹשֶׂה בְּשַׁבָּת בִּשְׁבִיל חוֹלֶה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סַכָּנָה כְּאִילּוּ עֲשָׂאָהּ בְּחוֹל. וְהֵיכָא דְּאִיכָּא תְּרֵי אִיסּוּרֵי מַאֲכִילִין אוֹתוֹ הַקַּל. וּשְׁחוּטָה הַמַּאֲכָל מֻותָּר אֲבָל הַנְּבֵילָה הַמַּאֲכָל עַצְמוֹ אָסוּר וְאַרְיֵה רְבִיעַ עֲלָהּ עַד כָּאן. וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי מִשּׁוּם דְּחָיְישִׁי' שֶׁמָּא יְהֵא הַחוֹלֶה קָץ בַּאֲכִילַת אִיסּוּר וְיִפְרֹושׁ וְיִסְתַּכֵּן: מַתְנֵי' מִי שֶׁנְּשָׁכוֹ כֶּלֶב שׁוֹטֶה אֵין מַאֲכִילִין אוֹתוֹ מֵחֲצַר הַכָּבֵד שֶׁלּוֹ וְרַבִּי מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ מַתִּיר. וְעוֹד אָמַר רַ' מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ הַחוֹשֵׁשׁ בְּפִיו מְטִילִין לוֹ סַם בְּשַׁבָּת מִפְּנֵי שֶׁהוּא סְפֵק נְפָשׁוֹת וְכָל סְפֵק נְפָשׁוֹת דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת. וַהֲלָכָה כְּרַבִּי מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ דְּאָמַר הַחוֹשֵׁשׁ בְּפִיו מְטִילִין לוֹ סַם בְּשַׁבָּת מִפְּנֵי שֶׁהוּא סְפֵק נְפָשׁוֹת דְּלָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דְּרַבִּי מַתְיָא אֶלָּא בְּכֶלֶב שׁוֹטֶה אֲבָל בְּחוֹשֵׁשׁ בְּפִיו לָא פְלִיגִי עָלֶיהָ. וְרַבִּי יוֹחָנָן נָמֵי חָשׁ בִּצְפִידְנָא שֶׁהוּא כְּאֵב שִׁינַּיִם וַעֲבַד לֵיהּ סַם בְּשַׁבָּת דְּמַכָּה שֶׁל חָלָל הוּא. [דַּף פד ע"א] דְּאָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק שָׁאנֵי צְפִידְנָא הוֹאִיל וּמַתְחֶלֶת בַּפֶּה וְגוֹמֶרֶת בִּבְנֵי מֵעַיִים הִיא. מַאי סִימָנֶיהָ כִּי רָמֵי מִידֵּי בְּכַכֵּי אָתֵי דְּמָא מִדָּרֵיהּ פִּי' מֵעַל הַבָּשָׂר שֶׁעַל הַשִּׁינַּיִם: [דַּף פד ע"ב] וְכָל סְפֵק נְפָשׁוֹת דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת לְאֵיתוֹיֵי מַאי. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל לְאֵיתוֹיֵי אַפֵּי' סָפֵק בְּשַׁבָּת אַחֶרֶת הֵיכִי דָמֵי. כְּגוֹן דְּאַמְדוּהוּ לְתַמְנֵי יוֹמֵי וְיוֹמָא קַמָּא שַׁבְּתָא מַהוּ דְּתֵימָא לִיעַכְּבֵיהּ עַד אֻורְתָּא כִּי הֵיכִי דְּלָא נִיחַל עָלֶיהָ תְּרֵי שְׁבִי קָא מַשְׁמָע לַן. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי מְחַמִּין חַמִּין לַחוֹלֶה בְּשַׁבָּת בֵּין לְהַשְׁקוֹתוֹ בֵּין לְהַבְרוֹתוֹ וְאֵין אוֹמְרִין נַמְתִּין לוֹ שֶׁמָּא יַבְרִיא אֶלָּא מְחַמִּין לוֹ חַמִּין מִיָּד וּסְפֵיקוֹ דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת וְלֹא סָפֵק שַׁבָּת זוֹ אֶלָּא אֲפִילּוּ סָפֵק שַׁבָּת אַחֶרֶת וְאֵין עוֹשִׂין דְּבָרִים הַלָּלוּ לֹא עַל יְדֵי נָכְרִים וְלֹא עַל יְדֵי קְטַנִּים אֶלָּא עַל יְדֵי גְּדוֹלֵי יִשְׂרָאֵל וַאֲפִילּוּ יֵשׁ שָׁם קְטַנִּים לַעֲשׂוֹתָן מִיָּד חָיְישִׁינַן זִימְנִין דְּלִיתְנַייְהוּ וְאָתֵי לְאַהְדּוֹרֵי בָּתְרַייְהוּ. וְאֵין אוֹמְרִים יַעֲשׂוּ דְּבָרִים הַלָּלוּ עַל יְדֵי נָשִׁים וְעַל פִּי נָכְרִים אֲבָל מִצְטָרְפוֹת לְדַעַת אַחֶרֶת. כָּךְ כָּתְבוּ בְּסִפְרֵי וַהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת וּבַתּוֹסֶפְתָּא (פט"ז דְּשַׁבָּת). וְהָיָה קָשֶׁה לְרִיבָ"א לָמָּה לֹא יַעֲשׂוּ עַל פִּי נָשִׁים חָכְמוֹת בְּקִיאוֹת בִּסְפֵק נְפָשׁוֹת כְּמוֹ עַל פִּי אֲנָשִׁים וְגַבֵּי יוֹלְדוֹת נָמֵי מְחַלְּלִין שַׁבָּת עַל פִּי נָשִׁים. וְהָיָה רִיבָ"א גּוֹרֵס אֵין עוֹשִׂים דְּבָרִים אֵלּוּ עַל פִּי נָשִׁים וְלֹא עַל פִּי נָכְרִים אֲבָל מִצְטָרְפִין לְדַעַת אַחֶרֶת כְּלוֹמַר אֵין אוֹמְרִים בְּתָכְנַת נְפָשׁוֹת שֶׁלֹּא יְהוּ נֶאֱמָנוֹת אֶלָּא אַף מִצְטָרְפִין לְדַעַת אַחֶרֶת לְהַכְחִישׁ אֶת הָאֲנָשִׁים כְּנֶגְדָּן. וְלִישָּׁנָא דְּאָבֵל דָּחוּק קְצָת. וְהָרַב אִלְפָּס זַ"ל גּוֹרֵס אֵין אוֹמְרִים לַעֲשׂוֹת דְּבָרִים הַלָּלוּ לֹא עַל יְדֵי נָשִׁים וְלֹא עַל יְדֵי נָכְרִים מִפְּנֵי שֶׁמִּצְטָרְפִין לְדַעַת אַחֶרֶת פִּי' שֶׁהַנָּכְרִי יֹאמַר אֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁנַּעֲשָׂה עֲבֵירָה וְכֵן תֹּאמַרְנָה הַנָּשִׁים. וְהַייְנוּ מִצְטָרְפִין לְדַעַת אַחֶרֶת וּכְלוֹמַר לִטְעוֹת שֶׁאֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁעוֹשֶׂה עֲבֵירָה וְאָתֵי לִידֵי סַכָּנָה:
Michna : « Celui qui est saisi de boulmos (fringale morbide), on le nourrit, même de choses impures, jusqu'à ce que ses yeux s'éclairent. » Guemara : nos maîtres ont enseigné : d'où sait-on que ses yeux se sont éclairés ? Dès qu'il distingue entre le bon et le mauvais. Abaye a dit : et [dès qu'il perçoit] son goût. Nos maîtres ont enseigné : celui qui est saisi de boulmos, on le nourrit du plus léger au plus léger [des interdits]. [S'il y a devant lui] du tevel (produit dont les prélèvements n'ont pas été faits) et de la nevela (bête morte sans chehita), on lui fait manger la nevela. [Nevela] et [du produit de] chemiit (septième année), on lui fait manger la chemiit. On interrogea le Raavad, de mémoire bénie : un malade en danger s'il ne mange pas de viande ; s'il a devant lui de la nevela et qu'il n'y a pas de bête abattue, sauf à en abattre une à Chabbat. Car certains disent : mieux vaut qu'il transgresse lui-même l'interdit négatif de la nevela plutôt que d'autres transgressent un interdit passible de lapidation. Et il répondit : les paroles de ces « certains » sont justes ; mais on peut dire que l'interdit du Chabbat a déjà été donné pour être repoussé [en faveur de ce malade] - par l'allumage, par la cuisson, et parce qu'on lui chauffe de l'eau. Ou encore : il est impossible qu'il ne se trouve pas une bête abattue quelque part au bout du monde. Mais si le malade avait besoin de manger immédiatement, que la nevela est prête pour lui sur-le-champ et que la bête à abattre le ferait attendre - assurément on lui fait manger la nevela, et l'on n'attend ni la chehita, ni l'écorchage, ni la cuisson. Et Rabbenou Meir a répondu par écrit sur ce point, et il a apporté une comparaison à partir de okhel nefech (la préparation de la nourriture) à Yom Tov : on abat à Yom Tov, alors qu'il y a là un commandement positif et un interdit négatif sur la melakha (travail interdit), tandis que manger de la nevela ne comporte qu'un interdit négatif ; ou encore [on pourrait] dire à un non-juif d'égorger des volailles [sans chehita], où il n'y a qu'un interdit rabbinique, puisque la chehita de la volaille n'est pas de la Torah. Mais puisque la Torah nous a permis okhel nefech à Yom Tov, tout okhel nefech à Yom Tov est pour nous comme un jour ordinaire. De même ici : puisque la Torah a permis le pikouah nefech (sauvetage d'une vie), toute melakha faite à Chabbat pour un malade en danger est comme si elle avait été faite un jour de semaine. Et là où il y a deux interdits, on lui fait manger le plus léger. Or [pour] une bête abattue, l'aliment lui-même est permis, tandis que pour la nevela l'aliment lui-même est interdit et un lion est tapi dessus [c'est-à-dire qu'un interdit pèse sur l'aliment même]. Fin [de la réponse]. Et moi, j'ai entendu [une autre raison] : parce que nous craignons que le malade ne prenne en dégoût le fait de manger de l'interdit, qu'il s'en abstienne et se mette en danger. Michna : « Celui qui a été mordu par un chien enragé, on ne lui fait pas manger du lobe de son foie, et Rabbi Matia ben Harach permet. Et Rabbi Matia ben Harach a dit encore : celui qui souffre de la bouche, on lui met un sam (remède) dans la bouche à Chabbat, parce que c'est un doute de vies humaines, et tout doute de vies humaines repousse le Chabbat. » Et la halakha est comme Rabbi Matia ben Harach qui dit : celui qui souffre de la bouche, on lui met un sam à Chabbat parce que c'est un doute de vies humaines - car les Sages ne le contredisent que sur le chien enragé, mais sur celui qui souffre de la bouche ils ne le contredisent pas. Et Rabbi Yo'hanan lui aussi souffrit du tsefidna, qui est une douleur de dents, et on lui appliqua un sam à Chabbat, parce que c'est une makka chel halal (une plaie d'une cavité interne). [Folio 84a] Car Rav Nahman bar Yits'hak a dit : le tsefidna est différent, puisqu'il commence dans la bouche et s'achève dans les entrailles. Quel en est le signe ? Lorsqu'on met quelque chose entre les dents, du sang sort de ses gencives - explication : de la chair qui recouvre les dents. [Folio 84b] « Et tout doute de vies humaines repousse le Chabbat » - qu'est-ce que cela vient inclure ? Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : cela vient inclure même un doute [portant] sur un autre Chabbat. Quel est le cas ? Par exemple lorsqu'on l'a évalué à huit jours et que le premier jour est un Chabbat. Tu aurais pu dire : qu'on le retarde jusqu'au soir, afin qu'on ne profane pas pour lui deux Chabbat - cela nous enseigne [qu'il n'en est rien]. Une baraita enseigne également ainsi : on chauffe de l'eau chaude pour un malade à Chabbat, que ce soit pour le faire boire ou pour le laver ; et l'on ne dit pas : attendons-le, peut-être guérira-t-il, mais on lui chauffe de l'eau immédiatement, et son doute repousse le Chabbat ; et non seulement le doute [portant sur] ce Chabbat-ci, mais même le doute [portant sur] un autre Chabbat. Et l'on ne fait pas ces choses ni par des non-juifs ni par des mineurs, mais par les gedolei Israël (les grands d'Israël) - et même s'il y a là des mineurs pour les faire immédiatement, nous craignons qu'il arrive parfois qu'ils ne soient pas là et que l'on en vienne à les chercher. Et l'on ne dit pas que ces choses se feront par des femmes ni sur la parole de non-juifs, mais elles se joignent à un autre avis. Ainsi l'ont écrit le Sifri, les Halakhot Guedolot et la Tossefta (Chabbat, ch. 16). Et cela faisait difficulté au Riva : pourquoi ne les ferait-on pas sur la parole de femmes savantes et expertes en matière de doute de vies humaines, comme sur la parole d'hommes ? Et pour les parturientes aussi, on profane le Chabbat sur la parole de femmes. Aussi le Riva lisait-il : « on ne fait pas ces choses sur la parole de femmes ni sur la parole de non-juifs, mais elles se joignent à un autre avis » - c'est-à-dire : on ne dit pas, dans une question de vies humaines, qu'elles ne soient pas dignes de foi ; au contraire, elles se joignent même à un autre avis pour contredire les hommes qui leur font face. Mais le terme « mais » est un peu forcé [dans cette lecture]. Et le Rav Alfassi (le Rif), de mémoire bénie, lit : « on ne dit pas de faire ces choses ni par des femmes ni par des non-juifs, parce qu'elles se joignent à un autre avis » - explication : le non-juif dira qu'on ne se soucie pas de commettre une transgression, et les femmes diront de même ; et c'est cela « elles se joignent à un autre avis », c'est-à-dire à une erreur consistant à croire qu'on ne se soucie pas de commettre une transgression - et l'on en viendrait au danger.
💡 Explication

La baraita confirme Rav - c'est le sens de tanya nami hakhi - et ajoute une précision qui n'était pas dans son énoncé : on n'attend pas non plus pour un autre motif que l'économie de Chabbat, à savoir l'espoir d'une rémission spontanée. Chema yavri, « peut-être guérira-t-il », est exactement le genre de raisonnement optimiste que la halakha refuse ici.

La formule bein le-hachkoto bein le-havroto couvre les deux usages de l'eau chaude : la boisson et le lavage. Ce dernier est le plus révélateur : il ne s'agit pas d'un remède au sens strict mais d'un soin de confort susceptible d'améliorer l'état. Cela suffit déjà à repousser le Chabbat.

6
וְאֵין עוֹשִׂין דְּבָרִים הַלָּלוּ, לֹא עַל יְדֵי גּוֹיִם, וְלֹא עַל יְדֵי כּוּתִיִּים, אֶלָּא עַל יְדֵי גְּדוֹלֵי יִשְׂרָאֵל. וְאֵין אוֹמְרִין יֵעָשׂוּ דְּבָרִים הַלָּלוּ, לֹא עַל פִּי נָשִׁים, וְלֹא עַל פִּי כּוּתִיִּים, אֲבָל מִצְטָרְפִין לְדַעַת אַחֶרֶת.

Et l'on ne fait pas ces choses ni par des non-juifs, ni par des Koutim (Samaritains), mais par les grands d'Israël. Et l'on ne dit pas que ces choses se feront sur la parole de femmes ni sur la parole de Koutim ; mais elles se joignent à un autre avis.

📜 Rachi (2)
עַל פִּי נָשִׁים אִם נָשִׁים אוֹ כּוּתִים אוֹמְרִים צָרִיךְ אֵין מְחַלְּלִין עַל פִּיהֶן:
« Sur la parole de femmes » : si des femmes ou des Koutim disent qu'il en a besoin, on ne profane pas sur leur parole.
אֲבָל מִצְטָרְפִין לְדַעַת אַחֶרֶת כְּגוֹן שְׁנַיִם אוֹמְרִים צָרִיךְ וּשְׁלֹשָׁה אוֹמְרִים אֵין צָרִיךְ וְאִשָּׁה אוֹ כּוּתִי אוֹמְרִים צָרִיךְ מִצְטָרְפִין לְמֶהֱוֵי פַּלְּגָא וּפַלְּגָא וּסְפֵק נְפָשׁוֹת לְהָקֵל:
« Mais elles se joignent à un autre avis » : par exemple, deux disent qu'il en a besoin et trois disent qu'il n'en a pas besoin, et une femme ou un Kouti dit qu'il en a besoin - ils se joignent pour former moitié-moitié, et un doute de vies humaines [se tranche] dans le sens de l'indulgence.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא בְּגִדּוּלֵי יִשְׂרָאֵל וְאַפֵּי' הֵיכָא דְאֶפְשָׁר בְּנָכְרִי מִצְוָה בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁמָּא יִתְעַצֵּל הַנָּכְרִי וְלֹא יַעֲשֶׂה וְיָבֹא לִידֵי סַכָּנָה:
« Mais par les grands d'Israël » : et même là où il est possible [de le faire] par un non-juif, la mitsva revient au juif - de peur que le non-juif ne traîne et ne le fasse pas, et que l'on en vienne au danger.
💡 Explication

La baraita distingue deux rôles qu'il ne faut pas confondre. Qui exécute l'acte de profanation ? Les gedolei Israël, les savants - non par méfiance envers le non-juif, mais parce que confier le sauvetage à un tiers introduit un délai et une hésitation. Qui établit qu'il y a danger ? Pas les femmes ni les Koutim à eux seuls.

Le dernier mot renverse pourtant la restriction : mitstarfin le-daat aheret, leur avis se joint à un autre avis. Rachi en donne le mécanisme chiffré : deux hommes affirment qu'il faut profaner, trois le nient ; une femme ou un Kouti se range avec les deux. On passe de 2 contre 3 - minorité - à 3 contre 3, moitié-moitié. Or moitié-moitié, en matière de vie humaine, se tranche dans le sens du sauvetage. Un témoignage jugé non probant à lui seul suffit donc à faire basculer la décision.

🖼️ Schéma
Deux questions à ne pas confondre : qui décide, et qui agit La baraita traite les deux dans la même phrase, mais les règles ne sont pas les mêmes. QUI AGIT ? (exécution) Non par des non-juifs, non par des Koutim, mais par les gedolei Israël - les savants. Raison de Tossefot : même quand un non-juif est disponible, la mitsva revient au juif - le non-juif pourrait traîner, et c'est le danger. QUI DÉCIDE ? (expertise) On ne profane pas sur la seule parole de femmes ni de Koutim. MAIS : mitstarfin le-daat aheret - leur avis s'ajoute à un autre avis et pèse dans le décompte. Le calcul de Rachi : comment un avis non probant fait quand même basculer Il faut profaner 2 hommes disent oui + 1 femme ou 1 Kouti = 3 Il ne faut pas 3 hommes disent non = 3 Résultat : 3 contre 3 Moitié-moitié, donc doute. Safek nefachot le-hakel : on profane.
Exécuter et décider : deux questions distinctes, et le calcul de Rachi qui fait basculer un avis minoritaire.
7
תָּנוּ רַבָּנַן: מְפַקְּחִין פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ בְּשַׁבָּת, וְהַזָּרִיז הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח, וְאֵין צָרִיךְ לִיטּוֹל רְשׁוּת מִבֵּית דִּין. הָא כֵיצַד? רָאָה תִּינוֹק שֶׁנָּפַל לַיָּם — פּוֹרֵשׁ מְצוּדָה וּמַעֲלֵהוּ, וְהַזָּרִיז הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח, וְאֵין צָרִיךְ לִיטּוֹל רְשׁוּת מִבֵּית דִּין. וְאַף עַל גַּב דְּקָא צָיֵיד כְּווָרֵי. רָאָה תִּינוֹק שֶׁנָּפַל לְבוֹר — עוֹקֵר חֻולְיָא וּמַעֲלֵהוּ, וְהַזָּרִיז הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח, וְאֵין צָרִיךְ לִיטּוֹל רְשׁוּת מִבֵּית דִּין. אַף עַל גַּב דִּמְתַקֵּן דַּרְגָּא.

Nos maîtres ont enseigné : on procède au sauvetage d'une vie (pikouah nefech) à Chabbat, et celui qui s'empresse est digne de louange ; et il n'est pas besoin d'en demander l'autorisation au beit din (tribunal). Comment cela ?

Il a vu un enfant tomber à la mer - il étend un filet et le remonte ; celui qui s'empresse est digne de louange, et il n'est pas besoin d'en demander l'autorisation au beit din - et cela bien qu'il attrape des poissons [du même coup]. Il a vu un enfant tomber dans un puits - il arrache une pierre de la margelle et le remonte ; celui qui s'empresse est digne de louange, et il n'est pas besoin d'en demander l'autorisation au beit din - et cela bien qu'il aménage une marche.

📜 Rachi (3)
פִּקּוּחַ דשקומברנ"ש בְּלַעַ"ז בְּכָל דָּבָר שֶׁצָּרִיךְ לוֹ לַנֶּפֶשׁ לְהַעֲבִיר סַכָּנַת מָוֶת:
« Pikouah » : déskombrer en langue vernaculaire (déblayer) - pour toute chose nécessaire à une vie, afin d'écarter un danger de mort.
ואע"ג דְּצָיֵיד כְּוָורֵי עִמּוֹ כָּל הָנֵי אע"ג דְּקָאָמַר הָכָא מִשְׁנָה יְתֵירָה דִּייֵּק דְּקָתָנֵי וְאֵינוֹ צָרִיךְ לִיטֹּול רְשׁוּת לָמָּה לֵיהּ דְּתָנֵי הָכָא הָא תָּנֵי לֵיהּ וְהַזָּרִיז ה"ז מְשֻׁובָּח אֶלָּא הָא אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן שָׁאפֵי' הוּא צָרִיךְ לְדַבֵּר:
« Et cela bien qu'il attrape des poissons » : avec lui. Tous ces [cas] - bien qu'il énonce ici une michna redondante, il en tire un diyouk : puisqu'il enseigne « et il n'est pas besoin d'en demander l'autorisation », pourquoi l'enseigner ici, alors qu'il a déjà enseigné « celui qui s'empresse est digne de louange » ? Il vient donc nous apprendre que même s'il a lui-même besoin de la chose [il ne s'arrête pas].
עוֹקֵר חֻולְיָא כְּדֵי לְהַשְׁפִּיל שְׂפַת הַבּוֹר וִיהֵא נוֹחַ לִיכָּנֵס:
« Il arrache une pierre » : afin d'abaisser la margelle du puits et qu'il soit aisé d'y entrer.
💡 Explication

Le mot pikouah vient du déblaiement : Rachi le glose par un terme roman signifiant « déblayer », et l'étend à tout ce qui écarte un danger de mort. Deux énoncés gouvernent la baraita et sont répétés à chaque cas comme un refrain : ha-zariz harei ze mechoubah, celui qui s'empresse est loué - la halakha loue ici la précipitation, ce qu'elle ne fait presque nulle part ailleurs - et il n'est pas besoin de consulter un tribunal, car le temps de la question serait du temps volé au sauvetage.

La formule af al gav (« et cela bien que ») est l'apport propre de la baraita. Elle envisage à chaque fois que le sauveteur tire un bénéfice personnel de son acte : le filet ramène des poissons, la pierre arrachée devient une marche commode. Rachi explique que c'est cela que la répétition de « pas besoin d'autorisation » vient enseigner : même quand il a lui-même besoin de la chose, on ne l'arrête pas. La vie sauvée couvre tout ce que l'acte emporte avec lui.

8
רָאָה שֶׁנִּנְעֲלָה דֶּלֶת בִּפְנֵי תִּינוֹק — שׁוֹבְרָהּ וּמוֹצִיאוֹ, וְהַזָּרִיז הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח, וְאֵין צָרִיךְ לִיטּוֹל רְשׁוּת מִבֵּית דִּין. וְאַף עַל גַּב דְּקָא מִיכַּוֵּין לְמִיתְבַּר בְּשִׁיפֵי. מְכַבִּין וּמַפְסִיקִין מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה בְּשַׁבָּת, וְהַזָּרִיז הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח, וְאֵין צָרִיךְ לִיטּוֹל רְשׁוּת מִבֵּית דִּין. וְאַף עַל גַּב דְּקָא מְמַכֵּיךְ מַכּוֹכֵי.

Il a vu qu'une porte s'est refermée devant un enfant - il la brise et le fait sortir ; celui qui s'empresse est digne de louange, et il n'est pas besoin d'en demander l'autorisation au beit din - et cela bien qu'il vise à la briser en planches [utilisables]. On éteint et l'on fait barrage à cause d'un incendie à Chabbat ; celui qui s'empresse est digne de louange, et il n'est pas besoin d'en demander l'autorisation au beit din - et cela bien qu'il aplanisse les braises.

📜 Rachi (4)
נִנְעֲלָה דֶּלֶת וְהַתִּינוֹק נִבְעָת:
« Une porte s'est refermée » : et l'enfant est terrifié.
לְמִתְבַּר' בְּשִׁיפֵי נְסָרִים שֶׁצָּרִיךְ לָהֶם לִישָּׁנָא אַחְרִינָא בְּשִׁיפֵי קֵיסָמִין לְהַדְלָקָה:
« À la briser en planches » : des planches dont il a besoin. Autre version : be-chifei, des copeaux pour allumer [le feu].
וּמַפְסִיקִין מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה בְּכֵלִים שֶׁל מַתֶּכֶת אוֹ שֶׁל חֶרֶס מְלֵאִים מַיִם וּבִדְלֵיקָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ סַכָּנַת נְפָשׁוֹת קָאָמַר:
« Et l'on fait barrage à cause de l'incendie » : avec des récipients de métal ou de terre remplis d'eau ; et il parle d'un incendie où il y a un danger pour la vie.
דְּקָא מַכֵּיךְ מִכּוּכֵּי מַשְׁפִּיל וּמַצִּיעַ הַגֶּחָלִים לִצְלוֹת עֲלֵיהֶם לְעָרֵב:
« Qu'il aplanit les braises » : il les abaisse et les étale pour y rôtir [de la viande] le soir venu.
🗂️ Tossefot (1)
מְכַבִּין וּמַפְסִיקִין בִּפְנֵי הַדְּלֵיקָה תֵּימַהּ לִי דַּהֲוָה לֵיהּ זוֹ וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר זוֹ כֵּיוָן דְּאַפֵּי' לְכַבּוּיֵי שָׁרִי כ"ש לְהַפְסִיק וי"ל אַפֵּי' לַאֲתוּיֵי כֵּלִים דֶּרֶךְ רְשׁוּת הָרַבִּים וּלְהַפְסִיק בָּהֶן דְּס"ד אָמֵינָא דַּוְוקָא לְכַבּוּיֵי שָׁרִי אֲבָל כֻּולֵּי הַאי לְהָבִיא כֵּלִים דֶּרֶךְ רְשׁוּת הָרַבִּים מְלֵיאִים מַיִם דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי הוֹצָאָה וְהַכְנָסָה וּגְרַם כִּיבּוּי וְעוֹד ס"ד אָמֵינָא כִּיבּוּי שָׁרִי טְפֵי שֶׁהוּא בָּרוּר יוֹתֵר שֶׁיַּצִּיל אֲבָל לְהָבִיא כֵּלִים דִּילְמָא קֹודֶם שֶׁיְּבִיאֵם תַּעֲבֹור הַדְּלֵיקָה וְנִמְצָא שֶׁחִילֵּל שַׁבָּת שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ קמ"ל:
« On éteint et l'on fait barrage devant l'incendie » : cela m'étonne, car c'est un cas de « ceci, et à plus forte raison cela » : puisqu'il est même permis d'éteindre, à plus forte raison de faire barrage ! Et l'on peut répondre : [c'est énoncé] même pour inclure le fait d'apporter des récipients par le domaine public et de faire barrage avec eux. Car tu aurais pu dire que seul éteindre est permis, mais pas au point d'apporter par le domaine public des récipients remplis d'eau, où il y a deux [choses] : la sortie et l'entrée, ainsi qu'une extinction indirecte. Et de plus, tu aurais pu dire qu'éteindre est davantage permis parce qu'il est plus certain que cela sauvera, tandis qu'apporter des récipients - peut-être l'incendie passera-t-il avant qu'il ne les apporte, et il se trouvera avoir profane le Chabbat sans nécessité : cela nous enseigne [qu'il n'en est rien].
💡 Explication

Les deux derniers cas de la série. La porte close sur un enfant : le péril n'est pas physique mais la terreur de l'enfant, ce que Rachi souligne d'un mot - ve-ha-tinok nivat, l'enfant est effrayé. La halakha traite la panique d'un enfant comme un danger de mort.

L'incendie introduit un vocabulaire technique : mekhabin (on éteint) et mafsikin (on fait barrage), ce dernier désignant selon Rachi le fait de dresser des récipients de métal ou de terre remplis d'eau devant les flammes. Le af al gav vise ici le fait que le sauveteur, en étalant les braises, se ménage des charbons pour cuire le soir venu. Tossefot s'étonne de l'ordre - éteindre est plus grave que faire barrage, pourquoi énoncer les deux ? - et répond que mafsikin couvre un cas plus lourd encore : transporter des récipients pleins d'eau par le domaine public, ce qui cumule sortie, entrée et extinction indirecte.

🖼️ Schéma
Les quatre sauvetages de la baraita, et le bénéfice qui les accompagne Chaque cas ajoute la même formule - af al gav - qui dit ce que le sauveteur gagne au passage sans que cela l'arrête. 1. Tombé à la mer Il étend un filet et le remonte. Et cela bien qu'il attrape des poissons. 2. Tombé dans un puits Il arrache une pierre de la margelle. Et cela bien qu'il aménage une marche. 3. Porte verrouillée Il la brise et fait sortir l'enfant. Et cela bien qu'il vise à en tirer des planches. 4. Incendie Il éteint ou fait barrage. Et cela bien qu'il aplanisse les braises. Ce que la formule répétée vient enseigner Le sauveteur n'a pas à purifier son intention ni à se priver du profit accessoire de son acte. Un gain personnel ne transforme pas le sauvetage en profanation : la vie sauvée couvre tout ce que l'acte emporte avec lui. Ha-zariz harei ze mechoubah - et pas besoin du beit din Demander l'autorisation d'un tribunal serait déjà une faute : le temps de la question est du temps volé au sauvetage. La halakha loue ici la précipitation, ce qu'elle ne fait presque nulle part ailleurs.
Les quatre sauvetages et leur clause af al gav : le sauveteur peut y gagner sans que cela l'arrête.
9
וּצְרִיכָא: דְּאִי אַשְׁמְעִינַן יָם — מִשּׁוּם דְּאַדְּהָכִי וְהָכִי אָזֵל לֵיהּ, אֲבָל בּוֹר, דְּקָא יָתֵיב — אֵימָא לָא, צְרִיכָא.

Et il était nécessaire [d'énoncer chaque cas] : car s'il ne nous avait enseigné que [le cas de] la mer, [on aurait dit] c'est parce qu'entre-temps [l'enfant] serait emporté ; mais le puits, où il reste assis, j'aurais dit que non. [Donc] c'est nécessaire.

📜 Rachi (1)
דְּאַדְּהָכִי וְהָכִי אִם יֵלֵךְ לְבֵית דִּין לִישָּׁאֵל אָזֵיל לֵיהּ לְאִיבּוּד:
« Entre-temps » : s'il va au tribunal pour demander, [l'enfant] sera perdu.
💡 Explication

Début de la tsrikhouta : la guemara justifie que la baraita n'aurait pas pu se contenter d'un exemple. Le principe est constant dans le Talmud, mais son application ici est instructive : les cas ne sont pas rangés du plus grave au moins grave, ils sont rangés par ordre de visibilité décroissante du danger.

La mer est le cas évident : le temps d'aller consulter un tribunal, le courant a emporté l'enfant. Le puits ne l'est pas : l'enfant y reste, il ne bougera pas, rien ne presse en apparence. C'est précisément là que le sauveteur hésiterait - donc c'est là qu'il fallait le dire.

10
וְאִי אַשְׁמְעִינַן בּוֹר — מִשּׁוּם דְּקָא מִיבְּעֵית, אֲבָל נִנְעֲלָה דֶּלֶת, אֶפְשָׁר דְּיָתֵיב בְּהַאי גִּיסָא וּמְשַׁבֵּישׁ לֵיהּ בְּאַמְגּוֹזֵי. צְרִיכָא.

Et s'il ne nous avait enseigné que [le cas du] puits, [on aurait dit] c'est parce qu'il est effrayé ; mais [pour] une porte qui s'est refermée, il est possible de s'asseoir de ce côté-ci et de le distraire avec des noix. [Donc] c'est nécessaire.

📜 Rachi (1)
מְשַׁבֵּשׁ לֵיהּ מְפַתֵּהוּ וּמְקַרְקֵשׁ לוֹ אֱגוֹזִים:
« Il le distrait » : il l'amadoue et fait tinter des noix pour lui.
💡 Explication

Deuxième maillon de la chaîne. Le puits garde un élément de danger visible : l'enfant y est terrifié, et la terreur peut tuer. La porte fermée semble encore moins urgente, puisqu'il existe une alternative douce - s'asseoir de l'autre côté et amuser l'enfant avec le bruit des noix jusqu'à la fin du Chabbat.

La guemara refuse cette solution de contournement. La baraita a bien voulu enseigner qu'on brise la porte : on ne demande pas au sauveteur de parier sur la capacité d'un enfant terrifié à se laisser distraire pendant des heures. Ce troisième cas est le plus révélateur de la logique du daf - plus le danger paraît gérable, plus il fallait l'énoncer.

🖼️ Schéma
La tsrikhouta : pourquoi la baraita ne pouvait pas se contenter d'un cas À chaque étape, le danger devient moins visible - et c'est justement pour cela qu'il faut le dire. MER Danger évident : le temps d'aller consulter, l'enfant est emporté. Objection : et le puits, où l'enfant reste assis ? PUITS Il ne sera pas emporté, mais il est terrifié - et la terreur tue. Objection : et la porte, où l'on peut le calmer ? PORTE On pourrait s'asseoir de l'autre côté et le distraire avec des noix. Réponse : on brise quand même. Tsrikha. INCENDIE - le quatrième cas, traité à part Son apport propre : on éteint même lorsque le feu menace une autre cour que celle où il a pris. Le principe de la chaîne Plus le danger paraît gérable, plus il fallait l'énoncer : c'est là que le sauveteur hésiterait.
La chaîne de tsrikhouta : chaque cas est moins visiblement dangereux que le précédent, et c'est pour cela qu'il fallait l'énoncer.
11
מְכַבִּין וּמַפְסִיקִין. לָמָּה לִי? דַּאֲפִילּוּ לְחָצֵר אַחֶרֶת.

« On éteint et l'on fait barrage » - pourquoi m'est-ce nécessaire ? [Pour enseigner que c'est permis] même [lorsque le danger est] pour une autre cour.

📜 Rachi (1)
דַּאֲפִילּוּ לְחָצֵר אַחֶרֶת דְּלֵיקָה בְּחָצֵר זוֹ וּנְפָשׁוֹת בְּחָצֵר אַחֶרֶת וְהֵם חוֹלִים אוֹ קְטַנִּים:
« Même pour une autre cour » : l'incendie est dans cette cour-ci et les personnes se trouvent dans une autre cour, et ce sont des malades ou des enfants.
💡 Explication

Le quatrième cas, l'incendie, ne s'insère pas dans la chaîne précédente : il a son apport propre. Rachi le précise : l'incendie a pris dans cette cour, mais les personnes en danger - des malades ou des enfants, incapables de fuir - se trouvent dans une autre cour, celle que le feu va gagner.

La permission ne se limite donc pas au sauvetage des occupants du lieu sinistré. Elle s'étend à l'action préventive menée là où le feu se trouve encore, pour un danger qui ne s'est pas encore matérialisé ailleurs. C'est, dans l'ordre de l'espace, le pendant exact du safek Chabbat aheret dans l'ordre du temps : le danger diffère vaut le danger présent.

12
אָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: לֹא הָלְכוּ בְּפִקּוּחַ נֶפֶשׁ אַחַר הָרֹוב. הֵיכִי דָמֵי? אִי נֵימָא דְּאִיכָּא תִּשְׁעָה יִשְׂרָאֵל וְגוֹי אֶחָד בֵּינַיְיהוּ — רֻובָּא יִשְׂרָאֵל נִינְהוּ, (אֶלָּא) פַּלְּגָא וּפַלְּגָא, סְפֵק נְפָשׁוֹת לְהָקֵל.

Rav Yossef dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : en matière de sauvetage d'une vie, on n'a pas suivi la majorité. Quel est le cas ?

Si tu dis qu'il y a neuf juifs et un non-juif parmi eux - [mais] ils sont majoritairement juifs ! (Et si) [c'est] moitié-moitié - [alors] un doute de vies humaines [se tranche] dans le sens de l'indulgence.

📜 Rachi (2)
לֹא הָלְכוּ בְּפִיקּוּחַ נֶפֶשׁ אַחַר הָרֹוב דְּאִם סָפֵק כּוּתִי אוֹ סָפֵק יִשְׂרָאֵל מְפַקְּחִין ואע"ג דְּרֻובָּא כּוּתִים הָווּ הָתָם:
« On n'a pas suivi la majorité en matière de pikouah nefech » : car s'il y a doute [qu'il s'agisse d'] un Kouti, doute [qu'il s'agisse d'] un juif, on déblaie, et cela bien que la majorité fussent des Koutim.
אִי נֵימָא תִּשְׁעָה יִשְׂרָאֵל וְחַד כּוּתִי וְנָפַל' מַפֹּולֶת עַל אֶחָד מֵהֶן וְאֵין יָדוּעַ אִם יִשְׂרָאֵל אִם כּוּתִי הוּא:
« Si tu dis : neuf juifs et un Kouti » : et un éboulement est tombé sur l'un d'eux, et l'on ne sait s'il est juif ou Kouti.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' עֻובָּרָה שֶׁהֵרִיחָה בְּשַׂר קֹדֶשׁ אוֹ בְּשַׂר חֲזִיר תּוֹחֲבִין לָהּ כּוּשׁ פֵּירוּשׁ פֶּלֶךְ בְּלַעַ"ז שפינדי"ל בְּרֹוטֶב וּמַכְנִיסִים לְתוֹךְ פִּיהָ אִם נִתְייַשְּׁבָה דַּעְתָּהּ מוּטָב וְאִם לָאו מְבִיאִין לָהּ רֹוטֶב עַצְמָהּ. אִם נִתְייַשְּׁבָה דַּעְתָּהּ מוּטָב וְאִם לָאו מְבִיאִין שֻׁומָּן עַצְמוֹ. שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁעוֹמֵד בִּפְנֵי פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ חוּץ מע"ז וְגִילּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכוּת דָּמִים. וְלָאו דַּוְקָא עֻובָּרָה אֶלָּא הוּא הַדִּין כָּל אָדָם שֶׁהֵרִיחַ מַאֲכָל וּמִתְאַוֶּה וּפָנָיו מִשְׁתַּנִּין מְסֻוכָּן הוּא וּמַאֲכִילִין אוֹתוֹ ע"פ עַצְמוֹ אוֹ עַל פִּי בָּקִי. כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק אע"פ (דַּף סא:) אָמֵימָר וּמַר זוּטְרָא וְרַב אָשֵׁי הֲווֹ יָתְבִי אַפִּתְחָא דְּבֵי דּוּנְגַר מַלְכָּא חֲלֵיף וְאָזֵיל אַדּוּנְגָּר דְּמַלְכָּא חֲזָא רַב אַשִּׁי לְאָמֵימָר דְּחָוְורָא אַפֵּיהּ שְׁקַל בְּאֶצְבַּעְתֵּיהּ וְאַנַּח לֵיהּ בְּפֻומֵּיהּ וְכוּ'. וְאָמְרוּ לֵיהּ רַבָּנַן מַאי טַעְמָא סָמְכַתְּ אַנִּיסָּא אֲמַר חָזֵינָא לְרוּחַ צָרַעַת דְּקָא פָרְחָה עִילָּוֵיהּ. שְׁמַע מִינָּה דְּכִי חִיווֵּר אַפֵּיהּ חָייְשִׁינַן לְסַכַּנְתָּא. וְקָאָמַר הָתָם (שָׁם.) הַכֹּל מַשְׁהִין בִּפְנֵי שַׁמָּשׁ חוּץ מִיַּיִן וּבָשָׂר. אָמַר רַב אָשֵׁי הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּי דְּרַב כָּהֲנָא וְאַיְיתוֹ לֵיהּ גַּרְגְּלִידֵי דְּלִיפְתָּא בְּחַלָּא וְאִי לָאו דִּיהַבוּ לִי מִינָּהּ אִיסְתַּכַּנִית. רַב פָּפָּא אָמַר אֲפִילּוּ תִּמְרָא דְּהַיְנוּנִיתָא. כְּלָלָא דְּמִילְּתָא כֹּל דְּאִית לֵיהּ רֵיחָא וְאִית לֵיהּ קִיּוּהָא וְכֵן כָּתַב הָרַמְבַּ"ן זַ"ל. וְכָתַב הָרַמְבַּ"ן זַ"ל מִסְתַּבְּרָא הָא דְּתוֹחֲבִין לָהּ כּוּשׁ הָנֵי מִילֵּי בְּעֻובָּרָה שֶׁאֵין לָנוּ אֹומֶד בְּייִשּׁוּב דַּעְתָּהּ פְּעָמִים מִתְיַישֶּׁבֶת בְּכוֹשׁ בְּרֹוטֶב וּפְעָמִים צְרִיכָה לְשׁוּמָן עַצְמוֹ. אֲבָל חוֹלֶה שֶׁמַּאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי בְּקִיאִין מַאֲכִילִין אוֹתוֹ דָּבָר הַצָּרִיךְ לוֹ וּכְדֵי הַצָּרִיךְ לוֹ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ הָרוֹפְאִים וְאֵין מְדַקְדְּקִין עָלָיו עַל יְדֵי כּוּשׁ וְרֹוטֶב אֶלָּא לְהַאֲכִילוֹ הַקַּל הַקַּל. וְגָרְסִינַן בִּכְרִיתוֹת בְּפֶרֶק אָמְרוּ לוֹ (דַּף יג.) הִתִּירוּ לָהּ לָעֻובָּרָה לֶאֱכֹול פָּחוֹת (פָּחוֹת) מִכַּשִּׁיעוּר מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה. וּפָרִיךְ מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה וַאֲפִילּוּ טוּבָא נָמֵי תֵּיכוֹל. אָמַר רַב פַּפִּי הָכִי קָאָמַר הִתִּירוּ לָהּ לָעֻובָּרָה לֶאֱכֹול פָּחוֹת פָּחוּת מִכַּשִּׁיעוּר כְּדֵי שֶׁלֹּא יִצְטָרֵף לְכַזַּיִת בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס וְכֵן כָּתַב בַּעַל הֲלָכוֹת. וְנִרְאֶה שֶׁאַף בְּחוֹלֶה עוֹשִׂין כָּךְ כְּדֵי לְהָקֵל מֵעָלָיו מֵאִיסּוּר כָּרֵת וּמַלְקוּת לְאִיסּוּר בִּלְבַד ע"כ. וְנִרְאֶה לִי דִּבְחוֹלֶה אֵין עוֹשִׂין כֵּן אֶלָּא ע"פ רוֹפֵא אִם אוֹמֵר שֶׁיַּסְפִּיק לוֹ לְהַאֲכִילוֹ מִמֶּנּוּ מְעַט מְעַט וְכֵן בְּעֻובָּרָה נָמֵי אִם אֵין דַּעְתָּהּ מְיֻושֶּׁבֶת בְּכָךְ צָרִיךְ לְהַאֲכִילָהּ כַּשִּׁיעוּר. כָּתַב בַּעַל הֲלָכוֹת אִשָּׁה עֻובָּרָה דְּיָדְעִינַן דְּאִי לֹא אָכְלָה מִתְעַקַּר וּוְלָדָהּ אע"ג דְּסָפֵק בֶּן קַיָּימָא הוּא סָפֵק נֵפֶל שַׁפִּיר דָּמֵי לִיתֵּן לָהּ. והרי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל כָּתַב דְּלָאו בִּידִיעָה דִּידַן תַּלְיָא מִילְּתָא אֶלָּא בִּידִיעָה דִּידֵהּ וּבְדַעְתָּהּ תַּלְיָא מִילְּתָא דְּמִשֶּׁהֵרִיחָה נוֹתְנִים לָהּ וּכְחוֹלָה דָּמֵי. וְכָתַב הָרַמְבַּ"ן זַ"ל מַשְׁמַע מִתּוֹךְ דִּבְרֵי בַּעַל הֲלָכוֹת דְּמִשּׁוּם סַכָּנַת וָולָד לְחוּדֵיהּ מְחַלְּלִין אֲפִילּוּ לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ לְדִידָהּ. דְּהַיְינוּ דְּגָרְסִינַן בְּשִׁילְהֵי פֶּרֶק קַמָּא דַּעֲרָכִין (דַּף ז.) הָאִשָּׁה שֶׁיָּשְׁבָה עַל הַמַּשְׁבֵּר וּמֵתָה בְּשַׁבָּת מְבִיאִין סַכִּין וְקוֹרְעִין כְּרֵיסָהּ וּמוֹצִיאִין אֶת הַווָּלָד. פְּשִׁיטָא מַאי עֲבִיד מְחַתֵּךְ בְּבָשָׂר בְּעָלְמָא הוּא. אָמַר רָבָא לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְהָבִיא סַכִּין דֶּרֶךְ רְשׁוּת הָרַבִּים. מַאי קָא מַשְׁמַע לַן דְּעַל סְפֵיקָא מְחַלְּלִין שַׁבָּת. תִּנְיָנָא סָפֵק חַי סָפֵק מֵת סָפֵק נָכְרִי סָפֵק יִשְׂרָאֵל מְפַקְּחִין. מַהוּ דְּתֵימָא הָתָם הוּא דַּהֲוָה לֵיהּ חֲזָקָה דְּחַיּוּתָא אֲבָל הָכָא דְּלָא הֲוָה לֵיהּ חֲזָקָה דְּחַיּוּתָא מֵעִיקָּרָא אֵימָא לָא קָא מַשְׁמַע לַן. וְאִיכָּא דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּאֵין מְחַלְּלִין מִשּׁוּם נְפָלִים אֶלָּא עֻובָּרָה שֶׁהֵרִיחָה חֲשָׁשָׁא דְּמִיתָה דִּידָּה הִיא שֶׁכָּל הַמַּפֶּלֶת בְּחֶזְקַת סַכָּנָה הִיא. וְטַעֲמָא דְּיוֹשֶׁבֶת עַל הַמַּשְׁבֵּר שֶׁמֵּתָה טַעְמָא אַחַרְיַנָא הוּא הֲרֵי הוּא כְּיָלוּד דְּתוּ לָאו יֶרֶךְ אִמּוֹ הוּא דְּלָאו בְּדִידָהּ תַּלְיָא אֶלָּא חַי הוּא וְדֶלֶת נְעוּלָה בְּפָנָיו וְלֵיכָּא חֲשָׁשָׁא אֶלָּא דְּלָא ה"ל חֲזָקָה דְּחֵיוָתָא וּסְפֵק נְפָשׁוֹת לְהָקֵל. וְלֹא יָדַעְתִּי מַה צֹורֶךְ לְכָל אֵלּוּ הַדִּקְדּוּקִים דְּלָא מַשְׁכַּחַת סַכָּנַת עֻובָּר בְּלֹא סַכָּנַת עֻובָּרָה וְלֹא סַכָּנַת עֻובָּרָה בְּלֹא סַכָּנַת עֻובָּר. דְּהַמַּפֶּלֶת בְּחֶזְקַת הַסַּכָּנָה הִיא וְכֵן פרש"י דְּאִם אֵינָהּ אוֹכֶלֶת שְׁנֵיהֶם מְסֻוכָּנִים: [דַּף פב ע"ב] הַהִיא עֻובָּרָה דְּאָרְחָה אָתְיָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֲמַר לְהוּ זִילוּ לְחִישׁוּ לָהּ יוֹם הַכִּפּוּרִים הָאִידָּנָא הוּא. לְחִישׁוּ לָהּ וְאִילַּחְשָׁה. קְרָא עֲלֵיהּ בְּטֶרֶם אֶצָּרְךָ בַבֶּטֶן יְדַעְתִּיךָ וְגוֹ' נָפֵיק מִינָּהּ רַבִּי יוֹחָנָן. הַהִיא עֻובָּרָה דַּאֲרֻחָה אָתְיָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן אֲמַר לְהוּ זִילוֹ לְחִישׁוּ לָהּ. לָחֲשׁוּ לָהּ וְלֹא אִילַּחְשָׁה. קְרָא עָלֶיהָ זֹורוּ רְשָׁעִים מֵרֶחֶם [דַּף פג ע"א] נָפֵיק מִינָּהּ שַׁבְּתַאי אוֹצַר פֵּירֵי: חוֹלֶה מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי בְּקִיאִין וְכוּ'. אָמְרִי דְּבֵי ר' יַנַּאי חוֹלֶה אוֹמֵר צָרִיךְ אֲנִי וְרוֹפֵא אוֹמֵר אֵינוֹ צָרִיךְ שׁוֹמְעִין לַחוֹלֶה. פְּשִׁיטָא סְפֵק נְפָשׁוֹת לְהָקֵל מַהוּ דְתֵימָא הָא דְּקָאָמַר חוֹלֶה צָרִיךְ אֲנִי בִּעוּתִי הוּא דְּקָא מִבְּעִית סָבַר אִי לָא אַכִּילְנָא מִיתָנָא קָא מַשְׁמָע לַן לֵב יוֹדֵעַ מָרַּת נַפְשׁוֹ. חוֹלֶה אוֹמֵר אֵינִי צָרִיךְ וְרוֹפֵא אוֹמֵר צָרִיךְ שׁוֹמְעִין לָרוֹפֵא פְּשִׁיטָא סְפֵק נְפָשׁוֹת לְהָקֵל מַהוּ דְתֵימָא לֵב יוֹדֵעַ מָרַּת נַפְשׁוֹ קָא מַשְׁמָע לַן שׁוֹמְעִין לָרוֹפֵא. וְהַאי דְּקָאָמַר חוֹלֶה לָא צְרִיכְנָא תֻּונְבָּא פֵּירוּשׁ טִירְדָּא בְּעָלְמָא נָקֵיט לֵיהּ וְרַשִׁ"י פִּי' שְׁטוּת אשדירדשו"ן הוּא דְּנָקֵיט לֵיהּ כָּתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת הָא דְּקָאָמַר הַשַּׁ"ס חוֹלֶה אוֹמֵר צָרִיךְ אֲנִי הַיְינוּ שֶׁאוֹמֵר שֶׁהוּא יָרֵא שֶׁאִם לֹא יֹאכַל שֶׁיַּכְבִּיד וְיִהְיֶה מְסֻוכָּן לָמוּת. וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן מִילְּתָא דְּרַבִּי יַנַּאי פְּשִׁיטָא סְפֵק נְפָשׁוֹת לְהָקֵל מַהוּ דְּתֵימָא הַאי דְּקָאָמַר חוֹלֶה צָרִיךְ אֲנִי בְּעוּתַי הוּא דְּקָא מִבְּעִית סָבַר אִי לָא אַכִּילְנָא מִיתָנָא קָא מַשְׁמָע לַן. אַלְמָא דַּוְקָא מִשּׁוּם סְפֵק מִיתָה מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַד כָּאן. וְנִרְאֶה לִי דְּחֻומְרָא גְּדוֹלָה הִיא זֹאת בְּסָפֵק דְּאֵין לְךָ רוֹפֵא שֶׁיֹּאמַר אִם לֹא יֹאכַל שֶׁמָּא יָמוּת אֶלָּא הָרוֹפֵא דַּרְכּוֹ לוֹמַר אִם לֹא יֹאכַל אֶפְשָׁר שֶׁיַּכְבִּיד חָלְיוֹ וְיִסְתַּכֵּן. וְאַפֵּי' לִסְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן אִי לָא אַכִּילָנָא מִיתָנָא אֵין לִלְמֹוד מִזֶּה דְּדַוְקָא עַל סְפֵק מִיתָה מַאֲכִילִין דְּלִישָּׁנָא דְּמִיתָנָא לָאו דַּוְקָא אֶלָּא שֶׁדֶּרֶךְ הַחוֹלֶה לוֹמַר כֵּן מֵחֲמַת פַּחַד הַמִּיתָה. וְאִי אָמַר אִיהוּ וְאַחַרְיַנָא בַּהֲדֵיהּ לָא צְרִיכְנָא וְאוֹמֵר חַד רוֹפֵא צָרִיךְ אֵין דְּבָרָיו שֶׁל אֶחָד בִּמְקוֹם שְׁנַיִם. וְאִי אָמַר אִיהוּ וְאַחַרְיַנָא בַּהֲדֵיהּ צְרִיכְנָא וּשְׁנֵי רוֹפְאִים וְאַפֵּי' הֵן מֵאָה אוֹמְרִים לֹא צָרִיךְ תְּרֵי כְּמֵאָה וּמַאֲכִילִין אוֹתוֹ. ואע"ג דְּאָמַר רַב סִפְרָא הָא דְּאָמְרִי תְּרֵי כִּמְאָה וּמְאָה כִּתְרֵי ה"מ לְעִנְיַן עֵדוּת אֲבָל לְעִנְיַן אֻומְדָּנָא בָּתַר רֹוב דֵּעוֹת אָזְלִינַן. הָנֵי מִילֵּי אֻומְדָּנָא דְּמָמוֹנָא אֲבָל הָכָא סְפֵק נְפָשׁוֹת לְהָקֵל. אָמַר אִיהוּ צָרִיךְ וּשְׁנֵי בְּקִיאִין אוֹמְרִים אֵינוֹ צָרִיךְ אֵין דְּבָרָיו כְּלוּם בִּמְקוֹם שְׁנַיִם. דְּהָכִי מִיפָּרְשָׁא מַתְנִיתִין חוֹלֶה מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי בְּקִיאִין. בד"א דְּאָמַר לֹא צָרִיךְ אֲבָל אָמַר צָרִיךְ אִם אֵין שָׁם שְׁנֵי בְּקִיאִין מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי עַצְמוֹ מַאי טַעְמָא לֵב יוֹדֵעַ מָרַּת נַפְשׁוֹ וּמְהֵימַן כְּלַפֵּי חַד כְּלַפֵּי תְּרֵי לָא מְהֵימַן. מָר בַּר רַב אָשֵׁי אָמַר הֵיכָא דְּאָמַר צָרִיךְ אֲנִי אַפֵּי' אִי אִיכָּא מְאָה דְּאָמְרִי לֹא צָרִיךְ עָלֶיהָ דִּידֵיהּ סָמְכִינַן דִּכְתִיב לֵב יוֹדֵעַ מָרַּת נַפְשׁוֹ. וְהִלְכְתָא כְּמָר בַּר רַב אָשֵׁי דְּבָתְרָאָה הוּא וְעוֹד דְּבִתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים כָּתַב דִּבְכוּלֵּי הַשַּׁ"ס הִלְכְתָא כְּמָר בַּר רַב אָשֵׁי בַּר מִמֵּיפַךְ שְׁבוּעָה וְאוֹדִיתָא. וּבִשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי! כָּתוּב דְּאָזְלִינַן בָּתַר רֹוב דֵּעוֹת וְכֵן דַּעַת רַשִׁ"י שֶׁהֲרֵי פֵּירֵשׁ לְקַמָּן (דַּף פד:) אֲבָל מִצְטָרְפִין לְדַעַת אַחֶרֶת כְּגוֹן שְׁנַיִם אוֹמְרִים צָרִיךְ וּשְׁלֹשָׁה אוֹמְרִים אֵינוֹ צָרִיךְ וְאִשָּׁה אוֹ נָכְרִי אוֹמְרִים צָרִיךְ מִצְטָרְפִין לְמֶהֱוֵי פַּלְּגָא וּפַלְּגָא וּסְפֵק נְפָשׁוֹת לְהָקֵל. וְכָתַב הָרַמְבַּ"ן זַ"ל ואע"ג דְּאָמְרִינַן בְּהֶדְיָא כִּי אָזְלִינַן בָּתַר דֵּעוֹת בְּאֻומְדָּנָא הָנֵי מִילֵּי בְּמָמוֹנָא. הָנֵי רַבְּווָתָא סָבְרִי דְּהַךְ אוֹקִימְתָּא לֵיתָא. דְּהָא מִשּׁוּם דְּאַקְשִׁינַן עַל פִּי בְּקִיאִין תְּרֵי פְּשִׁיטָא תְּרֵי וּתְרֵי נִינְהוּ הוּא דְּאִתּוֹקַם הָכִי וְכֵיוָן דַּאֲתָא מָר בַּר רַב אָשֵׁי וְאָמַר דְּכָל הֵיכָא דְּאָמַר חוֹלֶה צָרִיךְ אֲנִי אֲפִילּוּ אִיכָּא מְאָה דְּאָמְרִי לֹא צָרִיךְ לְדִידֵיהּ שָׁמְעִינַן קָמָה לָהּ מַתְנִיתִין כִּדְמֵעִיקָּרָא דְּאִיכָּא אַחַרְיַנָא בַּהֲדֵי חוֹלֶה דְּאָמַר לֹא צָרִיךְ מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי בְּקִיאִין תְּרֵי סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא כְּשֵׁם שֶׁהַחוֹלֶה אוֹמֵר צָרִיךְ אֲנִי שׁוֹמְעִין לוֹ וַאֲפִילּוּ כְּנֶגֶד מֵאָה בְּקִיאִין. כָּךְ כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר אֵינִי צָרִיךְ נִשְׁמַע לֵיהּ דְּהָכָא וְהָכָא לֵב יוֹדֵעַ מָרַּת נַפְשׁוֹ הוּא קָא מַשְׁמַע לַן דִּלְהָקֵל אָמְרִי' אֲבָל לְהַחְמִיר כְּחַד בָּקִי בְּעָלְמָא הוּא וְלָא כִּתְרֵי. הִלְכָּךְ הֵיכָא דְּאִיכָּא אַחַרְיַנָא בַּהֲדֵיהּ לִתְרֵי דְּאָמְרִי צָרִיךְ לְדִידְהוּ שָׁמְעִינַן הָא לְחַד לָא שָׁמְעִינַן. וְלָא אָמְרִי' תֻּונְבָּא בְּעָלְמָא הוּא דִּנְקַט לֵיהּ אֶלָּא חַד מָנֵינַן לֵיהּ תְּרֵי לָא מָנֵינַן לֵיהּ. וּמִיהוּ כֵּיוָן דְּאִיתְּמַר בְּהֶדְיָא בַּגְּמָרָא דְּלָא אָזְלִינַן בָּתַר רֹוב דֵּעוֹת לָא דָּחֵינַן סֻוגְיָא בְּפִירְכָא וְתָפְסִינַן סְבָרָא בְּעָלְמָא ע"כ. וְכֵן נִרְאֶה לִי כֵּיוָן דְּאִיכָּא פְּלֻוגְתָּא דְּרַבְּווָתָא אָזְלִינַן לְקֻולָּא בִּסְפֵק נְפָשׁוֹת. יְרוּשַׁלְמִי (הל"ד) חוֹלֶה אוֹמֵר יָכוְלֵנִי לָצוּם וְרוֹפֵא אוֹמֵר אֵינִי יוֹדֵעַ רַבִּי אָבָהוּ בְּשֵׁם רַבִּי יוֹחָנָן נַעֲשָׂה סְפֵק נְפָשׁוֹת וּסְפֵק נְפָשׁוֹת לְהָקֵל. כָּתַב הָרַמְבַּ"ן וּמִסְתַּבְּרָא הָנֵי מִילֵּי בְּחוֹלֶה דְּאָמַר יָכוְלֵנִי דִּשְׁכִיחַ בֵּיהּ תֻּונְבָּא אֲבָל רוֹפֵא אוֹמֵר יָכוֹל וְחוֹלֶה אוֹמֵר אֵינִי יוֹדֵעַ שׁוֹמְעִין לָרוֹפֵא דְּאֵינִי יוֹדֵעַ דְּחוֹלֶה לָאו כְּלוּם הוּא. דְּאִיהוּ מְנָא יָדַע רֻובָּן שֶׁל חֻולִּין אֵינָן יוֹדְעִין וּבְקִיאִין בַּחֹולִי שֶׁלָּהֶם הִלְכָּךְ לָרוֹפֵא שׁוֹמְעִין שֶׁאוֹמֵר יוֹדֵעַ אֲנִי:
Guemara : une femme enceinte qui a senti [une odeur de] viande de kodech (viande consacrée) ou de viande de porc - on lui plonge un kouch (explication : un fuseau, en langue vernaculaire chpindel) dans la sauce et on l'introduit dans sa bouche : si son esprit s'apaise, tant mieux ; sinon, on lui apporte la sauce elle-même ; si son esprit s'apaise, tant mieux ; sinon, on lui apporte la graisse elle-même. Car il n'est rien qui tienne devant le pikouah nefech, hormis l'idolâtrie, les unions interdites et l'effusion de sang. Et il ne s'agit pas spécifiquement d'une femme enceinte : il en va de même pour toute personne qui a senti un aliment, en conçoit un désir et dont le visage se décompose - elle est en danger, et on la nourrit sur sa propre parole ou sur la parole d'un expert. Comme nous le disons au chapitre Af al pi (Ketoubot 61b) : Amemar, Mar Zoutra et Rav Achi étaient assis à la porte de la maison de Dongar le roi. L'intendant du roi passa. Rav Achi vit qu'Amemar avait pâli ; il prit [de la nourriture] avec son doigt et la lui mit dans la bouche, etc. Et les maîtres lui dirent : pourquoi t'es-tu appuyé sur un miracle ? Il dit : j'ai vu un esprit de tsaraat (lèpre) voler au-dessus de lui. Apprends-en que lorsque son visage a pâli, nous craignons le danger. Et il est dit là (ibid.) : on peut tout faire attendre devant un serviteur, hormis le vin et la viande. Rav Achi dit : je me tenais devant Rav Kahana, et on lui apporta des tranches de navet au vinaigre ; si l'on ne m'en avait pas donné, je me serais mis en danger. Rav Papa dit : même une datte de l'espèce hinounita. Règle générale : tout ce qui a une odeur et de l'acidité. Ainsi a écrit le Ramban, de mémoire bénie. Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : il est logique que ce qu'on a dit - qu'on lui plonge un fuseau - ne vaille que pour une femme enceinte, dont nous ne pouvons évaluer l'apaisement : parfois elle s'apaise avec le fuseau [trempé] dans la sauce, et parfois il lui faut la graisse elle-même. Mais un malade que l'on nourrit sur la parole d'experts, on lui donne ce dont il a besoin et dans la mesure où il en a besoin, comme le disent les médecins, et l'on ne fait pas de finesses à son égard par le fuseau et la sauce - sinon [seulement] pour le nourrir du plus léger au plus léger. Et nous lisons dans Keritot, chapitre Amrou lo (13a) : on a permis à la femme enceinte de manger [par quantités] inférieures à la mesure [d'interdit], à cause du danger. Et l'on objecte : à cause du danger - qu'elle mange même beaucoup ! Rav Papi dit : voici ce qu'il veut dire : on a permis à la femme enceinte de manger par bouchées inférieures à la mesure, chacune moindre que la mesure, afin que cela ne se cumule pas en un kazayit dans le temps d'akhilat peras (le laps de temps qui unifie les bouchées). Ainsi a écrit l'auteur des Halakhot [Guedolot]. Et il semble qu'on fasse de même pour un malade, afin de l'alléger d'un interdit passible de karet et de flagellation vers un simple interdit. Fin [de citation]. Et il me semble que pour un malade, on ne procède ainsi que sur la parole d'un médecin, s'il dit qu'il lui suffira d'être nourri peu à peu ; et de même pour la femme enceinte : si son esprit ne s'apaise pas ainsi, il faut la nourrir selon la mesure [pleine]. L'auteur des Halakhot a écrit : une femme enceinte dont nous savons que si elle ne mange pas son foetus sera perdu - bien qu'il y ait doute qu'il soit viable et doute qu'il soit un nefel (un non-viable), il est permis de lui donner [à manger]. Et le Ritz Guiat, de mémoire bénie, a écrit que la chose ne dépend pas de notre connaissance mais de la sienne, et dépend de son ressenti : dès qu'elle a senti, on lui donne, et elle est comme un malade. Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : il ressort des paroles de l'auteur des Halakhot que pour le seul danger du foetus on profane [le Chabbat], même s'il n'y a rien à craindre pour elle. C'est ce que nous lisons à la fin du premier chapitre d'Arakhin (7a) : une femme assise sur le machber (siège d'accouchement) et qui meurt à Chabbat - on apporte un couteau, on lui ouvre le ventre et on en sort l'enfant. C'est évident ! Que fait-il ? Il ne fait que couper de la chair [d'un cadavre] ! Rava dit : cela n'était nécessaire que pour apporter le couteau par le domaine public. Que nous enseigne-t-on ? Que pour un doute on profane le Chabbat. [Mais] nous l'avons déjà appris : doute [s'il est] vivant, doute [s'il est] mort ; doute [s'il est] non-juif, doute [s'il est] juif - on déblaie ! Tu aurais pu dire : là, c'est parce qu'il avait une hezkat hiyouta (une présomption de vie) ; mais ici, où il n'avait pas de présomption de vie dès l'origine, j'aurais dit que non - cela nous enseigne [qu'il n'en est rien]. Et certains sont d'avis qu'on ne profane pas [le Chabbat] pour des foetus non viables, et que le cas de la femme enceinte qui a senti relève de la crainte de sa propre mort, car toute femme qui avorte est présumée en danger. Et la raison de la femme assise sur le siège d'accouchement qui est morte est une autre raison : [le foetus] est comme déjà né, il n'est plus « la cuisse de sa mère », car il ne dépend plus d'elle, mais il est vivant et une porte est verrouillée devant lui ; et il n'y a d'autre objection que le fait qu'il n'avait pas de présomption de vie - et un doute de vies humaines [se tranche] dans le sens de l'indulgence. Et je ne sais quel besoin il y a de toutes ces finesses : car tu ne trouveras pas de danger pour le foetus sans danger pour la mère, ni de danger pour la mère sans danger pour le foetus, puisque celle qui avorte est présumée en danger. Et ainsi l'a expliqué Rachi : si elle ne mange pas, tous deux sont en danger. [Folio 82b] Une certaine femme enceinte fut saisie d'un désir [à Yom Kippour] ; on vint devant Rabbi. Il leur dit : allez, chuchotez-lui que c'est aujourd'hui Yom Kippour. Ils le lui chuchotèrent, et elle se laissa apaiser par le chuchotement. Il appliqua sur elle [le verset] : « Avant que je t'eusse formé dans le ventre, je te connaissais » (Jérémie 1, 5). D'elle sortit Rabbi Yo'hanan. Une certaine femme enceinte fut saisie d'un désir ; on vint devant Rabbi Yo'hanan. Il leur dit : allez, chuchotez-lui. Ils le lui chuchotèrent, et elle ne se laissa pas apaiser. Il appliqua sur elle : « Les méchants sont dévoyés dès le sein » (Psaumes 58, 4). [Folio 83a] D'elle sortit Chabtai, l'accapareur de fruits. « Un malade, on le nourrit sur la parole d'experts, etc. » Ceux de l'école de Rabbi Yannai disaient : le malade dit « j'ai besoin » et le médecin dit « il n'a pas besoin » - on écoute le malade. C'est évident : un doute de vies humaines [se tranche] dans le sens de l'indulgence ! Tu aurais pu dire : lorsque le malade dit « j'ai besoin », c'est la frayeur qui l'égare, il pense que s'il ne mange pas il mourra - cela nous enseigne : « le cœur connaît l'amertume de son âme » (Proverbes 14, 10). [Si] le malade dit « je n'ai pas besoin » et que le médecin dit « il a besoin » - on écoute le médecin. C'est évident : un doute de vies humaines dans le sens de l'indulgence ! Tu aurais pu dire : « le cœur connaît l'amertume de son âme » - cela nous enseigne qu'on écoute le médecin. Et lorsque le malade dit « je n'ai pas besoin », c'est le tounba qui le saisit - explication : un simple trouble [de l'esprit] ; et Rachi a expliqué : une folie, echerdechon [égarement], qui le saisit. Les Tossefot ont écrit : ce que dit la guemara « le malade dit j'ai besoin », c'est qu'il dit craindre que, s'il ne mange pas, son mal s'aggrave et qu'il soit en danger de mourir. Et il est des livres où le propos de Rabbi Yannai est écrit ainsi : « c'est évident, un doute de vies humaines dans le sens de l'indulgence ; tu aurais pu dire : lorsque le malade dit j'ai besoin, c'est la frayeur qui l'égare, il pense que s'il ne mange pas il mourra - cela nous enseigne ». Il en ressortirait que c'est seulement à cause d'un doute de mort qu'on le nourrit. Fin [de citation]. Et il me semble que ce serait là une grande sévérité dans un doute, car tu ne trouveras pas de médecin qui dise « s'il ne mange pas, peut-être mourra-t-il » ; le médecin a plutôt coutume de dire : s'il ne mange pas, il se peut que sa maladie s'aggrave et qu'il soit en danger. Et même selon les livres où il est écrit « si je ne mange pas je mourrai », on ne peut en apprendre que c'est seulement pour un doute de mort qu'on nourrit : car le terme « je mourrai » n'est pas à prendre au pied de la lettre, c'est la façon de parler d'un malade, par peur de la mort. Et s'il dit, lui et un autre avec lui, « je n'ai pas besoin », et qu'un seul médecin dit « il a besoin » - les paroles d'un seul ne tiennent pas là où il y en a deux. Et s'il dit, lui et un autre avec lui, « j'ai besoin », et que deux médecins, voire cent, disent « il n'a pas besoin » - deux valent comme cent, et on le nourrit. Et bien que Rav Safra ait dit que la règle « deux valent comme cent et cent comme deux » ne vaut que pour le témoignage, mais qu'en matière d'oumdana (évaluation) on suit la majorité des avis - cela ne vaut que pour une évaluation en matière d'argent ; mais ici, un doute de vies humaines [se tranche] dans le sens de l'indulgence. S'il dit « j'ai besoin » et que deux experts disent « il n'a pas besoin », ses paroles ne comptent pour rien là où il y en a deux. Car c'est ainsi que s'explique la michna « un malade, on le nourrit sur la parole d'experts » : en quel cas ? Lorsqu'il dit « je n'ai pas besoin » ; mais s'il dit « j'ai besoin », et qu'il n'y a pas là deux experts, on le nourrit sur sa propre parole. Pour quelle raison ? « Le cœur connaît l'amertume de son âme » : il est digne de foi face à un seul, face à deux il n'est pas digne de foi. Mar bar Rav Achi dit : lorsqu'il dit « j'ai besoin », même s'il y en a cent qui disent « il n'a pas besoin », c'est sur lui que nous nous appuyons, car il est écrit « le cœur connaît l'amertume de son âme ». Et la halakha est comme Mar bar Rav Achi, car il est le dernier [en date] ; et de plus, une responsa des Gueonim écrit que dans tout le Talmud la halakha est comme Mar bar Rav Achi, hormis pour mipakh chevoua (le renversement du serment) et odaita (l'aveu). Et dans les Cheiltot de Rav Ahai il est écrit que l'on suit la majorité des avis ; et telle est aussi l'opinion de Rachi, car il explique plus loin (84b) : « mais elles se joignent à un autre avis » - par exemple, deux disent « il a besoin » et trois disent « il n'a pas besoin », et une femme ou un non-juif disent « il a besoin » : ils se joignent [aux premiers] pour former moitié-moitié, et un doute de vies humaines [se tranche] dans le sens de l'indulgence. Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : bien que nous disions explicitement que nous suivons la majorité des avis en matière d'évaluation, cela ne vaut que pour l'argent. Ces grands maîtres estiment que cette mise au point n'a pas cours : car ce n'est qu'en raison de l'objection « sur la parole d'experts - deux ? c'est évident, ils sont alors deux contre deux » qu'on l'a établie ainsi ; et puisque Mar bar Rav Achi est venu dire que chaque fois que le malade dit « j'ai besoin », même s'il y en a cent qui disent « il n'a pas besoin », c'est lui que nous écoutons - la michna revient à son sens premier : là où il y a un autre [avis] avec le malade qui dit « il n'a pas besoin », on le nourrit sur la parole de deux experts. Tu aurais pu dire : de même que lorsque le malade dit « j'ai besoin » on l'écoute, même contre cent experts, de même lorsqu'il dit « je n'ai pas besoin » nous l'écouterions, car dans les deux cas « le cœur connaît l'amertume de son âme » - cela nous enseigne que c'est pour alléger [dans le sens du sauvetage] que nous le disons, mais pour aggraver il ne vaut qu'un simple expert unique, et non deux. Dès lors, là où il y a un autre avec lui, [formant] deux qui disent « il a besoin », c'est eux que nous écoutons ; mais un seul, nous ne l'écoutons pas. Et nous ne disons pas que c'est un simple tounba qui le saisit : mais nous le comptons pour un, nous ne le comptons pas pour deux. Toutefois, puisqu'il a été dit explicitement dans la guemara que nous ne suivons pas la majorité des avis, nous ne repoussons pas la sougya au moyen d'une objection et ne retenons pas un simple raisonnement. Fin [de citation]. Et ainsi me semble-t-il : puisqu'il y a controverse entre les grands maîtres, nous allons dans le sens de l'indulgence en matière de doute de vies humaines. Talmud de Jérusalem (halakha 4) : le malade dit « je peux jeûner » et le médecin dit « je ne sais pas » - Rabbi Abahou au nom de Rabbi Yo'hanan : cela devient un doute de vies humaines, et un doute de vies humaines [se tranche] dans le sens de l'indulgence. Le Ramban a écrit : il est logique que cela ne vaille que pour un malade qui dit « je peux », car le tounba est fréquent chez lui ; mais [si] le médecin dit « il peut » et que le malade dit « je ne sais pas », on écoute le médecin, car le « je ne sais pas » du malade n'est rien : d'où le saurait-il ? La plupart des malades ne connaissent pas leur mal et n'y sont pas experts. Dès lors, on écoute le médecin qui dit « je sais ».
💡 Explication

Nouvelle sougya, et l'une des phrases les plus fortes du traité : lo halkhou be-pikouah nefech ahar ha-rov. Le rov (la majorité) est l'instrument probabiliste ordinaire de la halakha : face à un doute de fait, on suppose que le cas suit la majorité. Chmouel déclare cet instrument hors circuit dès qu'une vie est en jeu.

La guemara cherche aussitôt dans quel cas cette phrase apporte quelque chose. Un éboulement est tombé sur l'un des membres d'un groupe et l'on ignore lequel. Si le groupe est majoritairement juif, on déblaie - mais on suit alors la majorité, ce n'est pas une innovation. Si le groupe est exactement moitié-moitié, on déblaie aussi - mais au titre de safek nefachot le-hakel, sans qu'aucune majorité soit écartée. Il faut donc trouver un cas où la majorité pointe dans l'autre sens.

13
אֶלָּא דְּאִיכָּא תִּשְׁעָה גּוֹיִם וְיִשְׂרָאֵל אֶחָד. הָא נָמֵי פְּשִׁיטָא — דַּהֲוָה לֵיהּ קָבוּעַ, וְכָל קָבוּעַ כְּמֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה דָּמֵי!

Il faut donc [dire] qu'il y a neuf non-juifs et un juif. Mais cela aussi est évident, car c'est un kavoua (fixe en son lieu), et tout kavoua est considéré comme moitié-moitié !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא דְּאִיכָּא תִּשְׁעָה כּוּתִים וְחַד יִשְׂרָאֵל וְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאַף עַל גַּב דְּרֻובָּא כּוּתִים חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִשְׂרָאֵל הוּא וּמְפַקְּחִין הָא נָמֵי פְּשִׁיטָא דקי"ל כָּל קָבוּעַ כְּמֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה דָּמֵי דְּנָפְקָא לָן בְּסַנְהֶדְרִין וּבִכְתֻובּוֹת מִוְּאָרַב לוֹ פְּרָט לְזוֹרֵק אֶבֶן לְגוֹ:
« Il faut donc [dire] qu'il y a neuf Koutim et un juif » : et il nous enseignerait que, bien que la majorité soient des Koutim, nous craignons que ce soit peut-être le juif, et l'on déblaie. Cela aussi est évident, car nous tenons pour établi que tout kavoua est considéré comme moitié-moitié - ce que nous tirons, dans Sanhédrin et dans Ketoubot, de « et il le guette » (Deutéronome 19, 11), à l'exclusion de celui qui lance une pierre dans un groupe.
💡 Explication

La configuration inverse : la majorité du groupe est non-juive, et pourtant on déblaie. Voilà qui ressemble enfin à une entorse au rov. Mais la guemara objecte que cela découle déjà d'une règle générale, sans qu'il faille invoquer le pikouah nefech.

Cette règle est kol kavoua ke-mehetsa al mehetsa dami : lorsqu'un objet ou une personne est pris dans son lieu fixe, au sein d'un ensemble identifié, on ne compte plus les proportions - on traite le doute comme un partage égal. Rachi renvoie à la source scripturaire, ve-arav lo (Deutéronome 19, 11), d'où Sanhédrin et Ketoubot déduisent la distinction entre celui qui guette une personne déterminée et celui qui lance une pierre dans un groupe. Le groupe des dix, tant qu'il est ensemble, est un kavoua : neuf contre un ne vaut pas neuf contre un.

14
לָא צְרִיכָא, דִּפְרוּשׁ לְחָצֵר אַחֶרֶת, מַהוּ דְתֵימָא: כָּל דְּפָרֵישׁ — מֵרֻובָּא פָּרֵישׁ, קָא מַשְׁמַע לַן דְּלָא הָלְכוּ בְּפִקּוּחַ נֶפֶשׁ אַחַר הָרֹוב.

Non, c'est nécessaire dans le cas où [l'un d'eux] s'est séparé [pour aller] vers une autre cour. Tu aurais pu dire : tout ce qui se sépare, se sépare de la majorité - cela nous enseigne qu'en matière de sauvetage d'une vie, on n'a pas suivi la majorité.

📜 Rachi (1)
לָא צְרִיכָא דִּפְרוּשׁ לְחָצֵר אַחֶרֶת וְשָׁם נָפְלָה עַל הָאֶחָד מַפֹּולֶת דִּבְכָל דֻּוכְתָּא אָמְרִינַן כָּל דְּפָרֵישׁ מֵרֻובָּא פָּרֵישׁ בְּמִידִי דְּנָייְדִי וְהָכָא לָא אָמְרִי' הָכִי ואע"ג דְּבִפְרִישָׁתָן כּוּלְּהוּ נָיְידִי:
« Non, c'est nécessaire dans le cas où [l'un] s'est séparé [pour aller] vers une autre cour » : et c'est là que l'éboulement est tombé sur cet homme-là. Car partout nous disons « tout ce qui se sépare, se sépare de la majorité » pour une chose mobile, et ici nous ne le disons pas - et cela bien que, lors de leur séparation, tous soient mobiles.
💡 Explication

Voici enfin le cas où la phrase de Chmouel innove. Dès qu'un individu se détache du groupe fixé, la règle de kavoua cesse et une autre prend le relais : kol de-parich me-rouba parich, tout ce qui se sépare est réputé provenir de la majorité. Appliqué ici, ce principe conclurait que l'homme sorti est probablement non-juif, et qu'on ne profane pas le Chabbat pour lui.

Chmouel le refuse. La statistique ordinaire, qui vaut pour un morceau de viande ou un objet trouvé, s'arrête au seuil du danger de mort. Rachi souligne le paradoxe technique : le cas est même plus favorable à parich que d'ordinaire, puisque des personnes sont par nature naiydei (mobiles). On applique pourtant l'inverse.

15
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: תִּשְׁעָה גּוֹיִם וְיִשְׂרָאֵל אֶחָד בְּאוֹתָהּ חָצֵר — מְפַקְּחִין, בְּחָצֵר אַחֶרֶת — אֵין מְפַקְּחִין! לָא קַשְׁיָא: הָא דִּפְרוּשׁ כּוּלְּהוּ, הָא דִּפְרוּשׁ מקצתייהו.

Est-ce ainsi ? Mais Rabbi Assi n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : neuf non-juifs et un juif [et un éboulement est tombé sur l'un d'eux] - dans cette cour-là, on déblaie ; dans une autre cour, on ne déblaie pas !

Ce n'est pas difficile : ici [on déblaie] lorsque tous se sont séparés ; là [on ne déblaie pas] lorsqu'une partie d'entre eux s'est séparée.

📜 Rachi (2)
הָא דִּפְרוּשׁ כּוּלְּהוּ הוֹאִיל וְאִיתַּחְזַק יִשְׂרָאֵל בְּהַאי חָצֵר שֶׁנָּפְלָה בּוֹ מַפֹּולֶת מְפַקְּחִין ואע"ג דְּנָייְדִי (לֵיהּ) לָא אָזְלִינַן בָּתַר רֻובָּא:
« Ici, lorsque tous se sont séparés » : puisque la présence d'un juif est établie dans cette cour où l'éboulement est tombé, on déblaie ; et bien qu'ils soient mobiles, nous ne suivons pas la majorité.
הָא דִּפְרוּשׁ מקצתייהו וְלָא יָדְעִינַן אִי הֲוָה יִשְׂרָאֵל בְּהַאי חָצֵר אָזְלִינַן בָּתַר רֻובָּא הוֹאִיל וְלָא אִיתַּחְזַק:
« Là, lorsqu'une partie d'entre eux s'est séparée » : et nous ne savons pas s'il y avait un juif dans cette cour-ci, [donc] nous suivons la majorité, puisque rien n'est établi.
🗂️ Tossefot (1)
הָא דִּפְרוּשׁ כֻּולְּהוּ הָא דִּפְרוּשׁ מִקְצָתַיְיהוּ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דִּפְרוּשׁ כֻּולְּהוּ לְחָצֵר אַחֶרֶת וְיָצְאוּ גַּם מִשָּׁם וְלֹא נִשְׁאַר בָּהֶם עַד אֶחָד שֶׁנָּפְלָה עָלָיו מַפֹּולֶת דְּאִי פָּרוּשׁ לְחָצֵר אַחֶרֶת וְלֹא יָצְאוּ מִשָּׁם מַה לִי חָצֵר זוֹ מַה לִי חָצֵר אַחֶרֶת הָא דִּפְרוּשׁ מקצתייהו שֶׁלֹּא פֵּירַשׁ מִכָּאן לְאוֹתָהּ חָצֵר אַחֶרֶת אֶלָּא אֶחָד:
« Ici lorsque tous se sont séparés, là lorsqu'une partie d'entre eux s'est séparée » : il paraît juste d'expliquer que « tous se sont séparés » [signifie qu'ils sont partis] vers une autre cour et qu'ils en sont sortis aussi, sans qu'il en reste qu'un seul, sur qui l'éboulement est tombé. Car s'ils s'étaient séparés vers une autre cour sans en sortir, quelle différence y aurait-il entre cette cour-ci et une autre cour ? « Lorsqu'une partie d'entre eux s'est séparée » [signifie] qu'un seul s'est séparé d'ici vers cette autre cour.
💡 Explication

Contradiction frontale : Rabbi Yo'hanan maintient parich - hors de la cour d'origine, on ne déblaie pas - là où Chmouel l'écartait. La guemara distingue selon l'ampleur du déplacement.

Parouch koulhou : les dix sont partis ensemble. Où qu'ils aillent, le juif est nécessairement avec eux ; la présomption reste établie (ithazek) là où ils se trouvent, et le statut de kavoua survit au déplacement. On déblaie. Parouch miktsatayhou : seule une fraction est partie. Nul ne sait si le juif en fait partie, aucune présomption n'est établie dans la nouvelle cour - on retombe sur kol de-parich me-rouba parich, et l'on ne déblaie pas.

Tossefot affine la lecture : si les dix étaient simplement passés dans l'autre cour sans en ressortir, quelle différence y aurait-il entre les deux cours ? Il faut donc que, partis tous ensemble, ils soient ensuite repartis de là, ne laissant qu'un seul homme sur qui l'éboulement est tombé.

🖼️ Schéma
Parouch koulhou contre parouch miktsatayhou La contradiction entre Chmouel et R. Yo'hanan se résout par le nombre de ceux qui ont quitté la cour. TOUS sont partis (parouch koulhou) = juif Le groupe s'est déplacé en bloc. Où qu'il soit, le juif est nécessairement avec les autres. La présomption reste établie là où ils sont : on reste dans un cas de kavoua. ON DÉBLAIE - Chmouel Une PARTIE seulement (parouch miktsatayhou) partis restés Nul ne sait si le juif fait partie des partants. Aucune présomption n'est établie dans la cour d'arrivée : on retombe sur kol de-parich me-rouba. La majorité du groupe d'origine était non-juive. ON NE DÉBLAIE PAS - R. Yo'hanan La lecture de Tossefot Si tous étaient simplement passés dans l'autre cour sans en ressortir, quelle différence entre les deux cours ? Tossefot précise donc : parouch koulhou signifie qu'ils sont partis ensemble PUIS repartis de là, ne laissant qu'un seul homme sur qui l'éboulement est tombé ; et parouch miktsatayhou, qu'un seul s'était détaché vers cette cour.
Parouch koulhou contre parouch miktsatayhou : la présomption suit le groupe entier, elle ne suit pas une fraction.
16
וּמִי אָמַר שְׁמוּאֵל הָכִי? וְהִתְנָן: מָצָא בָהּ תִּינוֹק מֻושְׁלָךְ, אִם רֹוב גּוֹיִם — גּוֹי, וְאִם רֹוב יִשְׂרָאֵל — יִשְׂרָאֵל, מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה — יִשְׂרָאֵל. וְאָמַר רַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְהַחְיוֹתוֹ, אֲבָל לְיַיחֲסוֹ לֹא.

Et Chmouel a-t-il vraiment dit cela ? Mais n'avons-nous pas appris [dans une michna] : s'il y a trouvé un enfant abandonné - si la majorité [de la ville] sont des non-juifs, [il est] non-juif ; et si la majorité sont des juifs, [il est] juif ; moitié-moitié, [il est] juif.

Et Rav a dit : ils n'ont enseigné cela que pour le faire vivre, mais non pour lui attribuer un lignage.

📜 Rachi (3)
וְהָא תְנַן תִּינוֹק מֻושְׁלָךְ מִשְׁנָה הִיא בְּסֵדֶר טְהָרוֹת בְּעִיר שֶׁיִּשְׂרָאֵל וְכוּתִים דָּרִים בָּהּ:
« Mais n'avons-nous pas appris : un enfant abandonné » : c'est une michna dans l'ordre de Toharot, [traitant] d'une ville où des juifs et des Koutim habitent.
לֹא שָׁנוּ דְּאִם רֹוב יִשְׂרָאֵל מַחְזְקִינַן לֵיהּ לְיִשְׂרָאֵל אֶלָּא לְהַחֲיוֹתוֹ:
« Ils n'ont enseigné cela » : que si la majorité sont des juifs nous le tenons pour juif - seulement pour le faire vivre.
אֲבָל לְיַיחֲסוֹ כְּגוֹן אִם נְקֵבָה הִיא שֶׁיְּהֵא כֹּהֵן מֻותָּר בָּהּ לֹא וְאַפֵּי' לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ לַאֲסוּפִי כְּגוֹן הָנָךְ דְּאָמְרִי' בְּמַס' קִידּוּשִׁין (דַּף עג:) תָּלֵי בְּדִיקּוּלָא תָּלֵי פִּיתְקָא רָמֵי חוּמְרָא מִשִּׁלְטֵי הַדְמֵי' חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא כּוּתִית הִיא וְגִיּוֹרֶת אֲסוּרָה לִכְהֻונָּה ואע"ג דְּרֹוב יִשְׂרָאֵל מַעֲלָה עָשׂוּ בְּיוּחֲסִין דְּבָעֵינַן תְּרֵי רֻובֵּי כִּדְאָמְרִי' בִּכְתֻובּוֹת בפ"ק (דַּף טו.):
« Mais pour lui attribuer un lignage » : par exemple, si c'est une fille, qu'un cohen lui soit permis - non. Et même s'il n'y a pas lieu de craindre qu'il ait été abandonné [par ses parents juifs] - comme dans les cas dont nous parlons dans le traité Kidouchin (73b) : suspendu dans un panier, une tablette suspendue, un objet jeté - dans tous ces cas nous craignons qu'elle ne soit une Koutite, et une convertie est interdite à la kehouna. Et bien que la majorité soient des juifs, on a institué une exigence supplémentaire en matière de lignages, car il nous faut deux majorités, comme nous le disons dans Ketoubot, au premier chapitre (15a).
💡 Explication

Dernière objection du daf, tirée d'une michna des Toharot que Rachi situe : une ville où juifs et Koutim cohabitent, et un tinok mouchlakh - un enfant trouvé abandonné, de parents inconnus. La michna tranche par le rov, y compris dans le sens défavorable : majorité non-juive, l'enfant est réputé non-juif. Or c'est exactement ce que Chmouel vient de refuser.

La précision de Rav est ce qui rend la question mordante, et elle porte le concept central de la fin du daf. La présomption tirée du rov vaut le-hahayoto, pour le faire vivre - le nourrir, le sauver - mais non le-yahaso, pour lui attribuer un lignage. Rachi précise l'enjeu : si c'est une fille, elle ne pourra pas épouser un cohen, car on craint qu'elle ne soit d'origine non-juive, et une convertie est interdite à la kehouna. En matière de yohassin (lignages), la Torah a exigé terei roubei, deux majorités concordantes. Une seule ne suffit pas.

🖼️ Schéma
L'enfant trouvé : deux usages de la majorité, deux résultats La michna des Toharot statue sur un enfant abandonné dans une ville mixte. Rav en restreint la portée. Majorité non-juive L'enfant est réputé non-juif. C'est ce cas qui gêne Chmouel. Majorité juive L'enfant est réputé juif. Moitié-moitié L'enfant est réputé juif. La restriction de Rav : jusqu'où vaut cette présomption ? LE-HAHAYOTO - pour le faire vivre Le nourrir, le soigner, le sauver. La présomption tirée de la majorité suffit largement. On agit. LE-YAHASO - pour son lignage Le déclarer juif de plein droit, apte au mariage avec un cohen. La majorité ne suffit pas : en matière de yohassin, il en faut deux.
Le-hahayoto contre le-yahaso : la majorité suffit pour sauver un enfant, elle ne suffit pas pour le déclarer juif.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).