Sougya : Rava poursuit la question ouverte en 101a : l'aspect (hazouta) est-il une chose. Un vêtement teint aux écorces d'orla est brûlé, la couleur compte.
Un quart de log de sang absorbé dans un vêtement, s'il ne ressort pas au lavage, laisse la maison pure, alors que la tache reste visible. Rav Kahana limite ce cas au dam tevoussa, impur seulement par décret rabbinique.
Rava ouvre ensuite une contradiction sur la cheviit : les plantes à teindre, bien que ce soit du bois, ont la sainteté et le biour ; des feuilles ramassées pour le bois ne l'ont pas. Le verset le'okhla ne vise que ce dont la jouissance et la disparition arrivent ensemble.
L'amud s'achève sur l'objection des bois de mashhan et sur le début de la réponse de Rava.
Rava met en opposition. Nous avons appris : un vêtement qu'on a teint avec des écorces d'orla, qu'on le brûle.
Il en ressort que l'aspect (hazouta) est une chose. Et on lui oppose : un quart de log (reviit) de sang absorbé dans une maison, la maison est impure.
Et d'autres le disent : la maison est pure. Et ils ne divergent pas.
L'un vise les ustensiles qui s'y trouvaient dès le début, l'autre les ustensiles venus à la fin.
Suite de 101a : hazouta milta hi, l'aspect compte-t-il encore comme une chose. Rava met en face deux michnayot. Orla 3, 1 : un vêtement teint aux écorces d'orla est brûlé. La couleur garde le statut d'orla.
Ohalot 3, 2 : un reviit, quart de log, de sang absorbé dans le sol d'une maison. Une version dit la maison impure, l'autre pure. Rachi : deux moments. Ustensiles déjà là, le sang encore visible : la maison fait ohel sur le sang et sur eux. Ustensiles entrés après l'absorption : le sang visible a disparu. Le sol ne reçoit pas l'impureté.
Tossefot : Rava a déjà écarté l'orla plus haut, par des versets. D'où cette nouvelle objection. Soit on lit Rabba au daf précédent, soit la réponse d'alors était un dihoui.
S'il a été absorbé dans un vêtement (kessout), on examine. Si le vêtement se lave et qu'il en sort un quart de log de sang, c'est impur ; sinon, c'est pur.
L'objection aboutit ici. Sang absorbé dans un kessout : on lave. Un reviit en sort, c'est impur. Il n'en sort pas, c'est pur. Le sang qu'on ne peut essorer reste visible. L'aspect d'un reviit demeure, et la michna dit pur. Lecture visée : hazouta lav milta hi.
Rachi fixe le sujet de " pur ". C'est la maison où l'on apporte le vêtement. Le vêtement est déjà impur dès le premier contact avec un reviit exact. Son test : eau mesurée, on retrouve un reviit en plus.
Tossefot : de l'eau reste toujours dans l'étoffe, ce compte est faux. La Tossefta d'Ohalot compare les couleurs. On lave, puis on prépare à part un reviit de sang dilué à la même mesure. Couleurs égales : impur. Le sang qui reste suit l'eau qui reste : un seul mélange, une seule couleur.
Rav Kahana dit : c'est parmi les allègements des quarts de log (koulei reviot) qu'on a enseigné ici, au sujet du sang de tevoussa (dam tevoussa), qui relève des Sages (de-rabbanan).
Rav Kahana limite la michna à un allègement des reviot. Il s'agit du dam tevoussa : sang d'un tué, un quart de log sorti entre la vie et la mort. Doute : tout de son vivant, ou bien à sa mort. Impur par la tente seulement mi-derabbanan. Allègement rabbinique. On n'en tire pas une règle pour l'orla, qui est de la Tora.
Tossefot : cette réponse ne sert que selon Reish Lakish. Selon Rabbi Yo'hanan, tout dépend de la kapida. Pour le sang qu'un lavage ordinaire ne fait pas sortir, on n'y tient pas. Pour la teinture d'orla, on en jouit : le vêtement est brûlé.
Rava met en opposition. Nous avons appris : parmi les espèces tinctoriales, les repousses (sefihim) d'isatide (satis) et de carthame (kotza), elles ont la cheviit, et leur prix a la cheviit ; elles ont le biour, et leur prix a le biour.
Il en ressort que les bois ont la sainteté de la cheviit.
Deuxième contradiction, sur la cheviit. Michna Cheviit 7, 1 : parmi les plantes à teindre, les sefihim d'isatide (satis) et de carthame (kotza). Sainteté de la cheviit, et leur prix aussi. Biour, et leur prix aussi. Conclusion visée : le bois, qui ne se mange pas, porte la sainteté de la cheviit.
Rachi : en cheviit on ne sème pas, d'où le mot sefihim. Interdit d'en faire commerce et d'en teindre. Chauffer avec, avant l'heure du biour, reste permis : cela ressemble à le'okhla. Tossefot reporte le sens de sefihim à Pessahim 51b : on les cueille quatre ou cinq ans après le semis, quand la racine est devenue l'essentiel.
Et on lui oppose : des feuilles de roseaux et des feuilles de vigne qu'on a amoncelées en réserve (hava) à la surface du champ. S'il les a ramassées pour la nourriture, elles ont la sainteté de la cheviit ; pour le bois, elles n'ont pas la sainteté de la cheviit.
Baraïta opposée. Feuilles de roseaux et de vigne, mises en tas, en réserve (hava) pour l'hiver. Ramassées le'akhila, pour manger : sainteté de la cheviit. Ramassées le-etzim, pour le bois : pas de sainteté. Ici le bois sort de la cheviit. C'est l'envers de la michna des teintures.
Et il répond : le verset dit " pour la nourriture " (le'okhla). Cela vise ce dont la jouissance et l'élimination sont égales.
En sont exclus les bois, dont la jouissance vient après l'élimination.
Réponse par le'okhla (Vayikra 25, 6). La cheviit ne prend que sur ce dont la hanaa et le biour arrivent ensemble. On jouit de la nourriture au moment où elle quitte le monde.
Les bois de four en sortent : l'usage principal est la braise, après que le bois a brûlé. Les teintures y entrent. Rachi place la disparition à l'ébullition de la cuve : la racine cesse, la couleur est prise. Tossefot refuse ce moment. Puisque pour la cheviit l'aspect est une chose, la teinture disparaît plus tard, quand on porte le vêtement et que la couleur s'use de jour en jour.
Mais il y a des bois de mashhan, dont la jouissance et l'élimination sont égales !
Objection : des etzim de-mashhan ont une jouissance et une disparition ensemble. Rachi : bois qui éclairent, torche portée à la main, on en jouit pendant qu'ils brûlent. Rabbenou Hananel : bois d'un feu fait pour se chauffer. Le mot rejoint les dattes mashhanan, qui échauffent.
Tossefot cite déjà la réponse de Rava, que l'amud ouvre ensuite : l'usage courant du bois est le chauffage du four. Le bois de mashhan y est destiné lui aussi. Le loulav sert, dans son usage courant, à balayer : il reste soumis à la cheviit (Souka 40a).
La résine (ketafa), Nida 8a, a bien jouissance et disparition ensemble. Comptée comme fruit, elle a la cheviit à part. Restée de l'arbre, elle s'annule avec lui, comme si elle était encore dans les feuilles.
Rava dit :
L'amud s'arrête sur amar Rava. La réponse est ouverte, le texte continue au daf suivant. Tossefot, au segment précédent, en donne le contenu : stam etzim le-hasaka nitnu, les bois sont donnés, dans leur usage courant, pour chauffer le four.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).