Bava Kamma 102b — Mandataire qui change le grain, puis champ au nom du resh galouta

Bava_Kamma 102b

Sougya : La baraïta ouverte en fin de 102a porte sur un mandataire à mehatsit sakhar : on lui dit d'acheter du blé, il achète de l'orge, ou l'inverse. Une source met perte et gain à sa charge ; l'autre laisse le gain au milieu.

Rabbi Yo'hanan y lit Rabbi Meir, shinoui koneh, et Rabbi Yehouda, shinoui eino koneh. Rabbi Elazar tient les deux pour Rabbi Meir : consommation d'un côté, commerce de l'autre.

L'Occident demande qui a informé le vendeur. Rabbi Abahou répond par la main du mandant, preuve tirée du vêtement de la femme exclu du hekdesh ; Rabbi Abba finit par un transfert dès l'origine.

Une seconde baraïta achète un champ au nom du resh galouta. Rav Sheshet y lit une intimidation ; la fin résiste, et Abaye rouvre la lecture.

Mandataire à moitié de gain : blé commandé, orge livrée Ou l'inverse. Mehatsit sakhar. Deux baraïtot, deux lectures. Baraïta 1 Perte : pour le mandataire. Gain : pour le mandataire. Rabbi Yo'hanan : Rabbi Meir Shinoui koneh. Il a acquis. Rabbi Elazar : ici, akhilah Baraïta 2 Perte : pour le mandataire. Gain : la-emtza, au milieu. Rabbi Yo'hanan : Rabbi Yehouda Shinoui eino koneh. Il a fauté. Rabbi Elazar : ici, sehora Rabbi Elazar : les deux sont Rabbi Meir Akhilah : le mandant voulait manger ce blé. L'orge ne le sert pas. Gain pour le mandataire. Sehora : il voulait revendre. Tout grain qui rapporte lui convient. Gain partagé. Objection d'abord : Rabbi Meir n'a dit shinoui koneh que pour l'usage du corps. Laine à porter, banc à s'asseoir. Pour la marchandise, il n'a pas dit cela. La perte reste au mandataire : on ne l'a pas envoyé pour gâter.
Deux baraïtot sur le grain changé. Rabbi Yohanan : Rabbi Meir acquiert par le shinoui, Rabbi Yehouda non, et la perte lui reste. Rabbi Elazar : les deux sont Rabbi Meir, consommation ou commerce.
Qui fait acquérir, si le vendeur ignore le mandant ? Mi hodio. Occident, Rabbi Abahou, puis Rabbi Abba. Shinoui Orge au lieu de blé. R. Yehouda : pas d'acquisition Plus de chelihout Le vendeur n'a personne à qui transférer. Occident Mi hodio le-baal hitin De qui le mandant tient-il ? Rav Shmouel bar Sasrati Alors blé pour blé aussi : le vendeur ignore le mandant. Rabbi Abahou : blé et blé à part Shelihutei ka avid. Il est ke-yad baal ha-bayit, la main du mandant. Preuve, puis repli Teinture et sandales pour la femme : le hekdesh n'a rien. Comme la main de sa femme. Michna Arakhin. Gizbar exclu. Rabbi Abba refuse cette preuve. Rabbi Abba, seconde réponse La daat ne suffit pas : tefillin évalués, gages malgré lui. Il est comme ayant transféré le vêtement dès l'origine. Me-ikara. Plus rien à consacrer.
L'Occident demande qui a informé le vendeur. Blé pour blé, le mandataire est la main du mandant. La preuve du vêtement tombe : Rabbi Abba parle d'un transfert dès l'origine.
Champ acheté au nom du resh galouta Lecture de Rav Sheshet. La fin ne tient pas. Abaye reprend. Le dit au vendeur J'achète pour l'exilarque. But : imma, la crainte. Que les asikin ne sortent pas. L'acte Écrit au nom du resh galouta. Le champ, lui, est à l'acheteur. Forcer à vendre Sans al menat : non. Avec al menat : oui. Second acte, de son nom au mien. Inférence, puis parade On ne force pas : donc l'acheteur a acquis. L'Occident dirait : mi hodio. Réponse : il a informé le vendeur et les témoins. Il achète pour lui-même. La fin reste dure L'exilarque : lo ikaraykhou baaina, ve-lo zilutaykhou baaina. Abaye abandonne cette lecture. Suite au daf 103a.
Achat au nom du resh galouta pour écarter les asikin. Sans al menat on ne le force pas. Avec al menat, Rav Sheshet le force. L'exilarque refuse l'honneur et l'abaissement. Abaye reprend.
1
לִיקַּח לוֹ חִטִּין – וְלָקַח מֵהֶם שְׂעוֹרִין, שְׂעוֹרִין – וְלָקַח מֵהֶם חִטִּין; תַּנְיָא חֲדָא: אִם פָּחֲתוּ – פָּחֲתוּ לוֹ, וְאִם הוֹתִירוּ – הוֹתִירוּ לוֹ; וְתָנֵי חֲדָא: אִם פָּחֲתוּ – פָּחֲתוּ לוֹ, וְאִם הוֹתִירוּ – הוֹתִירוּ לָאֶמְצַע!

pour lui acheter du blé, et il a acheté de l'orge avec cet argent ; de l'orge, et il a acheté du blé avec cet argent. Une baraïta enseigne : s'il y a perte, la perte est pour lui, et s'il y a gain, le gain est pour lui.

Et une autre enseigne : s'il y a perte, la perte est pour lui, et s'il y a gain, le gain est pour le milieu.

📜 Rachi (1)
ליקח בהן חטין למחצית שכר:
Pour acheter du blé avec : à moitié de gain (mehatsit sakhar).
💡 Explication

Suite de la baraïta ouverte en fin de 102a. On remet de l'argent à un mandataire pour une mehatsit sakhar, une part à moitié de gain. Il devait acheter du blé, il achète de l'orge, ou l'inverse.

Deux baraïtot. L'une met perte et gain au mandataire. L'autre laisse la perte à lui et envoie le gain là-emtza, au milieu, en partage avec le mandant. Rachi rappelle le cadre : l'opération est des le départ à moitié de gain.

🖼️ Schéma
Perte et gain selon les deux baraïtot Issue Baraïta 1 Baraïta 2 Pahatou, perte Pour lui Pour lui Hotirou, gain Pour lui Là-emtza
Perte pour le mandataire dans les deux sources. Le gain est à lui dans l'une, au milieu dans l'autre.
2
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לָא קַשְׁיָא; הָא רַבִּי מֵאִיר, וְהָא רַבִּי יְהוּדָה.

Rabbi Yo'hanan dit : il n'y a pas de difficulté. Celle-ci est Rabbi Meir, et celle-là est Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
[הא ר"מ] קמייתא ר"מ [דאמר] שינוי קונה בתרייתא ר' יהודה [דאמר] שינוי אינו קונה ומיהו אם פחתו פחתו לו דלאו לעוותיה שדריה:
La première est Rabbi Meir, qui dit : un shinoui (changement) acquiert. La seconde est Rabbi Yehouda, qui dit : un shinoui n'acquiert pas. Toutefois, s'il y a perte, la perte est pour lui, car on ne l'a pas envoyé pour gâter (le-avvatei).
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan ne règle pas le conflit par une différence de cas. Il attribue la première baraïta à Rabbi Meir et la seconde à Rabbi Yehouda. Rachi donne déjà leurs formules : shinoui koneh, le changement acquiert, et shinoui eino koneh. La perte reste au mandataire, parce qu'on ne l'a pas envoyé pour causer un tort.

3
הָא רַבִּי מֵאִיר, דְּאָמַר שִׁינּוּי קוֹנֶה; וְהָא רַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר שִׁינּוּי אֵינוֹ קוֹנֶה.

Celle-ci est Rabbi Meir, qui dit qu'un shinoui acquiert ; et celle-là est Rabbi Yehouda, qui dit qu'un shinoui n'acquiert pas.

📜 Rachi (1)
[הא ר"מ] קמייתא ר"מ [דאמר] שינוי קונה בתרייתא ר' יהודה [דאמר] שינוי אינו קונה ומיהו אם פחתו פחתו לו דלאו לעוותיה שדריה:
La première est Rabbi Meir, qui dit : un shinoui acquiert. La seconde est Rabbi Yehouda, qui dit : un shinoui n'acquiert pas. Toutefois, s'il y a perte, la perte est pour lui, car on ne l'a pas envoyé pour gâter.
🗂️ Tossefot (1)
הא רבי יהודה דאמר שינוי אין קונה הלכך אם הותירו לאמצע שכך נותן לו למחצית שכר ואם פחתו פחתו לו דמצי אמר ליה לא היה לך לשנות מדעתי ואת הוא דפשעת:
Celle-ci est Rabbi Yehouda, qui dit qu'un shinoui n'acquiert pas. Dès lors, s'il y a gain, le gain est pour le milieu, car c'est ainsi qu'il le lui donne, à moitié de gain. Et s'il y a perte, la perte est pour lui, car il peut lui dire : tu n'avais pas à t'écarter de mon intention, et c'est toi qui as été négligent (pashata).
💡 Explication

La Guemara déplie l'attribution. Shinoui : le mandataire quitte l'ordre reçu. Pour Rabbi Meir, cet écart lui fait acquérir le grain, gain et perte sont à lui. Pour Rabbi Yehouda, l'écart ne lui fait pas acquérir.

Tossefot tient le gain dans le contrat de moitié. La perte sort de ce contrat : le mandant lui reproche d'avoir changé, et la peshia est la sienne. Rachi le dit par l'envoi : on ne l'a pas envoyé le-avvatei.

4
מַתְקֵיף לַהּ רַבִּי אֶלְעָזָר: מִמַּאי? דִּלְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי מֵאִיר – אֶלָּא בְּמִידֵּי דַּחֲזֵי לֵיהּ לְגוּפֵיהּ, אֲבָל לִסְחוֹרָה – לָא אָמַר!

Rabbi Elazar objecte : d'où cela ? Peut-être Rabbi Meir ne l'a-t-il dit que pour une chose qui lui convient pour son propre usage, mais pour le commerce, il ne l'a pas dit.

📜 Rachi (2)
לגופיה צמר ללבוש וספסל להשתמש:
Pour son propre usage : de la laine à porter, et un banc pour s'en servir.
אבל לסחורה בכל מידי דאיכא רווחא ניחא ליה וכי הותירו לאו שינוי הוא:
Mais pour le commerce : tout ce où il y a un gain lui convient, et quand il y a surplus, cela ne compte pas comme un shinoui.
💡 Explication

Rabbi Elazar refuse d'étendre ici la mahloket du teinturier. Le shinoui koneh de Rabbi Meir viserait une chose hazia leih le-gufei, faite pour l'usage du mandant. Rachi : laine à porter, banc à utiliser. Pour la sehora, le commerce, tout grain qui rapporte convient au mandant. Le surplus ne ferait pas changement.

5
אֶלָּא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: הָא וְהָא רַבִּי מֵאִיר, וְלָא קַשְׁיָא – כָּאן לַאֲכִילָה, כָּאן לִסְחוֹרָה.

Rabbi Elazar dit plutôt : l'une et l'autre sont Rabbi Meir, et il n'y a pas de difficulté. Ici pour la consommation, là pour le commerce.

💡 Explication

Rabbi Elazar garde les deux baraïtot sous Rabbi Meir et déplace la différence sur l'usage. Akhilah : le mandant voulait manger ce blé, l'orge ne le sert pas, le mandataire a acquis. Sehora : il voulait revendre, l'écart de grain laisse le contrat en place, le gain se partage, la perte reste au mandataire.

🖼️ Schéma
Rabbi Elazar : un seul tanna, deux usages Kan le-akhilah Il voulait manger ce blé. L'orge ne lui sert pas. Gain pour le mandataire Shinoui. Il a acquis. Kan li-sehora Il voulait revendre. Tout gain lui convient. Gain au milieu Perte pour le mandataire.
Même tanna. Consommation : le mandataire prend le gain. Commerce : le gain va au milieu.
6
מַחֲכוּ עֲלַהּ בְּמַעְרְבָא: לְרַבִּי יוֹחָנָן אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה, וְכִי מִי הוֹדִיעוֹ לְבַעַל חִטִּין – שֶׁיַּקְנֶה חִטִּין לְבַעַל מָעוֹת? מַתְקֵיף לַהּ רַב שְׁמוּאֵל בַּר סַסְרָטִי: אִי הָכִי, אֲפִילּוּ חִטִּין וְחִטִּין נָמֵי לָא!

On en a ri en Occident : selon Rabbi Yo'hanan d'après Rabbi Yehouda, qui donc a informé le propriétaire du blé, pour qu'il fasse acquérir le blé au propriétaire de l'argent ? Rav Shmouel bar Sasrati objecte : s'il en est ainsi, même blé et blé, non plus.

📜 Rachi (1)
מי הודיעו למוכר החטין שלצורך בעל המעות הן שיקנה לו דקתני הותירו לאמצע בשלמא לר' אלעזר אליבא דר"מ דאמר בכל דהו ניחא ליה לאו משנה הוא ושליחותיה דבעל הבית קעביד וקני בעל מעות מחצית השכר אלא לר' יוחנן דאמר משנה הוא ולא הוי שליחות ומיהו שינוי לא קני קשיא דממאן קבעי למקני הא לא קננהו בעל מעות מעולם:
Qui l'a informé : le vendeur du blé, que c'est pour le besoin du propriétaire de l'argent, afin qu'il acquière pour lui, puisqu'on enseigne que le gain est pour le milieu. Soit, selon Rabbi Elazar d'après Rabbi Meir, qui dit : n'importe quel grain lui convient, cela ne compte pas comme un changement, il fait la mission du maître de maison, et le propriétaire de l'argent acquiert la moitié du gain. Mais selon Rabbi Yo'hanan, qui dit : c'est un changement, et il n'y a pas de mission, toutefois le changement n'acquiert pas. Difficulté : de qui cherche-t-il à acquérir ? Le propriétaire de l'argent ne les a jamais acquis.
🗂️ Tossefot (1)
מי הודיעו לבעל חטין שיקנה חטין לבעל מעות אם נפרש דמהאי טעמא אין קונה אותו המשלח אבל לוקח דהיינו שליח קנה להו איכא למפרך נמי לר' אלעזר אמאי לא אוקי נמי הא והא כרבי יהודה כאן לאכילה כאן לסחורה ההיא דקתני אם פחתו פחתו לו ואם הותירו הותירו לו היינו לאכילה דקפיד ולא שליחותיה קעביד הלכך לא קני להו לבעל המעות כלל משום טעמא דמי הודיעו לבעל חטין וההיא דקתני אם הותירו הותירו לאמצע לסחורה דלא קפיד ושליחותיה קעביד הלכך קני להו בעל המעות ואם הותירו הותירו לאמצע ומיהו אם פחתו פחתו לו דאמר ליה לתקוני שדרתיך ולא לטוותי ומיהו אין קושיא כ"כ לר"א כמו לר' יוחנן הלכך לא פריך אלא לר' יוחנן ואם נפרש מי הודיעו לבעל חטין שיקנה חטין לבעל מעות הרי בעל מעות לא קנה ושליח נמי לא קנה שלא נתכוון לקנות לעצמו וחוזר המקח כמו מקח טעות אז ליכא למפרך לר' אלעזר דלא מצי לאוקמי תרוייהו כרבי יהודה דכיון דשינוי לא קני לרבי יהודה אם כן אמאי אם פחתו פחתו לו אפילו לאכילה הא כיון דקמקפיד ולא שליחותיה קעביד ואיכא למימר מי הודיעו לבעל חטין שיקנה חטין לבעל מעות אם כן חוזר המקח ואם כן אמאי אם פחתו פחתו לו ואם הותירו הותירו לו דמשמע שקונה אותו השליח:
Qui a informé le propriétaire du blé pour qu'il fasse acquérir le blé au propriétaire de l'argent. Si l'on explique que, pour cette raison, le mandant n'acquiert pas, tandis que l'acheteur, c'est-à-dire le mandataire, les acquiert : on peut objecter aussi à Rabbi Elazar. Pourquoi n'a-t-il pas établi, lui aussi, l'une et l'autre selon Rabbi Yehouda, ici pour la consommation, là pour le commerce ? Celle qui enseigne : s'il y a perte, la perte est pour lui, et s'il y a gain, le gain est pour lui, ce serait pour la consommation, où il y tient, et où le mandataire ne fait pas sa mission. Dès lors il ne les fait pas du tout acquérir au propriétaire de l'argent, à cause de : qui a informé le propriétaire du blé. Et celle qui enseigne : s'il y a gain, le gain est pour le milieu, ce serait pour le commerce, où il n'y tient pas, et où le mandataire fait sa mission. Dès lors le propriétaire de l'argent les acquiert, et s'il y a gain, le gain est pour le milieu. Toutefois, s'il y a perte, la perte est pour lui, car il lui dit : je t'ai envoyé pour réparer, non pour gâter (le-takouni chedartikh ve-lo le-avvatei). Toutefois la difficulté pèse moins sur Rabbi Elazar que sur Rabbi Yo'hanan. C'est pourquoi il n'objecte qu'à Rabbi Yo'hanan. Et si l'on explique : qui a informé le propriétaire du blé pour qu'il fasse acquérir le blé au propriétaire de l'argent, de sorte que le propriétaire de l'argent n'a pas acquis, et que le mandataire non plus n'a pas acquis, car il n'a pas eu l'intention d'acquérir pour lui-même, et que la vente est annulée comme un achat erronne (mekah taout) : alors on ne peut pas objecter à Rabbi Elazar. Il ne pourrait pas établir les deux selon Rabbi Yehouda. Puisque, pour Rabbi Yehouda, le shinoui n'acquiert pas, pourquoi, s'il y a perte, la perte est-elle pour lui, même pour la consommation ? Puisqu'il y tient, que le mandataire ne fait pas sa mission, et que l'on peut dire : qui a informé le propriétaire du blé pour qu'il fasse acquérir le blé au propriétaire de l'argent, alors la vente est annulée. Dès lors, pourquoi : s'il y a perte, la perte est pour lui, et s'il y a gain, le gain est pour lui, formule qui implique que ce mandataire acquiert ?
💡 Explication

L'Occident (maarava, Erets Israël) rit de Rabbi Yo'hanan selon Rabbi Yehouda. Le shinoui a fait tomber la chelihout, et il ne fait pas acquérir le mandataire. Mi hodio : qui a dit au vendeur de transférer le blé au mandant ? Rachi : chez Rabbi Elazar selon Rabbi Meir, pour la sehora, la mission tient et le mandant prend sa moitié. Chez Rabbi Yo'hanan, le mandant n'a jamais acquis.

Rav Shmouel bar Sasrati étend la question au cas régulier, blé commandé et blé acheté. Le vendeur ignore aussi le mandant.

Tossefot distingue deux lectures. Si le mandataire acquiert quand le mandant n'acquiert pas, on pourrait ranger les deux baraïtot sous Rabbi Yehouda, consommation et commerce ; l'objection reste plus faible contre Rabbi Elazar, elle ne vise que Rabbi Yo'hanan. Si personne n'acquiert et si le mekah tombe comme mekah taout, Rabbi Elazar ne peut plus poser les deux sous Rabbi Yehouda : la formule perte pour lui, gain pour lui suppose que le mandataire acquiert.

7
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: שָׁאנֵי חִטִּין וְחִטִּין, דִּשְׁלִיחוּתֵיהּ קָא עָבֵיד – וְכִי בַּעַל הַבַּיִת דָּמֵי.

Rabbi Abahou dit : blé et blé est à part, car il accomplit sa mission, et il est comme le maître de maison.

🗂️ Tossefot (1)
שאני חטין וחטין דשליחותיה קעביד תדע דתנן כו' תימה אמאי איצטריך לאתויי מהא דתנן והלא מגופא דברייתא משמע הכי דדוקא נקט ליקח בהן חטין ולקח בהן שעורים הא חטין וחטין משמע דפשיטא דאם הותירו הותירו לאמצע וה"נ משמע דתירוצא דרבי אלעזר דמתרץ כאן לסחורה משמע משום דלסחורה לא קפיד והוי כחטין וחטין והותירו הותירו לאמצע וי"ל דברייתא מצינן לאוקמי כגון שהודיעו שהוא קונה לבעל המעות והא דפריך מי הודיעו בעי למימר דמסתמא מיירי הברייתא בכל ענין אפילו לא הודיעו ואהא פריך רב שמואל אי הכי אפילו חטין וחטין נמי אי מיירי שלא הודיעו אלא ע"כ מיירי כשהודיעו ומשני שאני חטין וחטין דשליחותיה קעביד דתנן כו' והשתא ודאי צריך להביא מהא דתנן דמגופא דברייתא ליכא למשמע מידי ' איכא לאוקמי כשהודיעו וא"ת מאי מוכח טפי מהא דתנן הא איכא לאוקמא נמי כשהודיעו לצבע דהאי צמר דאשתו היא ונראה דלא דמי דלעיל ודאי איכא למימר הוא מודיע כדי שיקנה לבעל המעות אבל הכא למה יש להודיעו הלא דעתו ליתן לאחר כך ומן ההקדש לא מסיק אדעתיה:
Blé et blé est à part, car il accomplit sa mission. Sache-le, car nous avons appris, etc. Étonnement : pourquoi faut-il apporter ce que la michna enseigne ? Le corps même de la baraïta ne l'implique-t-il pas ? Il a précisé : pour acheter du blé avec, et il a acheté de l'orge avec. Mais blé et blé, il est évident que, s'il y a gain, le gain est pour le milieu. De même, la réponse de Rabbi Elazar, qui répond ici pour le commerce, implique que, pour le commerce, il n'y tient pas, que c'est comme blé et blé, et que le gain est pour le milieu. On répond : on peut établir la baraïta dans un cas où il a informé qu'il achète pour le propriétaire de l'argent. Et l'objection qui a informé veut dire que, par défaut, la baraïta parle de toute manière, même s'il n'a pas informé. Là-dessus Rav Shmouel objecte : s'il en est ainsi, même blé et blé aussi, si elle parle d'un cas où il n'a pas informé. Force est donc qu'elle parle d'un cas où il a informé. Et il répond : blé et blé est à part, car il accomplit sa mission, comme nous avons appris, etc. Et maintenant, certes, il faut apporter la michna, car du corps de la baraïta on ne peut rien déduire : on peut l'établir dans le cas où il a informé. Et si tu dis : qu'est-ce que la michna prouve de plus ? On peut l'établir aussi dans le cas où il a informé le teinturier que cette laine est celle de sa femme. Il apparaît que le cas diffère. Plus haut, certes, on peut dire qu'il informe afin que l'achat se fasse pour le propriétaire de l'argent. Ici, pourquoi l'informerait-il ? Son intention est de donner ensuite, et il ne songe pas au hekdesh.
💡 Explication

Rabbi Abahou sépare le cas fidèle. Blé pour blé : shelihutei ka avid, il fait la mission, il est ke-baal ha-bayit, comme la main du mandant. L'achat se fait pour lui sans que le vendeur le connaisse.

Tossefot demande pourquoi la preuve vient d'une michna : la baraïta ne parle que du changement, et le cas sans changement semble déjà règle, gain au milieu. Réponse : on pourrait lire la baraïta la où le mandataire a informé le vendeur. L'objection mi hodio suppose qu'elle parle aussi sans information. La michna de la teinture ne se laisse pas lire ainsi : le mari n'a pas de raison d'informer le teinturier, il ne songe pas au hekdesh.

8
תִּדַּע – דִּתְנַן: אֶחָד הַמַּקְדִּישׁ נְכָסָיו, וְאֶחָד הַמַּעֲרִיךְ אֶת עַצְמוֹ – אֵין לוֹ בִּכְסוּת אִשְׁתּוֹ, וְלֹא בִּכְסוּת בָּנָיו, וְלֹא בְּצֶבַע שֶׁצָּבַע לִשְׁמָן, וְלֹא בְּסַנְדָּלִים חֲדָשִׁים שֶׁלְּקָחָן לִשְׁמָן.

Sache-le, car nous avons appris : aussi bien celui qui consacre ses biens que celui qui évalue sa propre personne, il n'a rien dans le vêtement de sa femme, ni dans le vêtement de ses fils, ni dans la teinture qu'il a teinte pour eux, ni dans des sandales neuves qu'il a achetées pour eux.

📜 Rachi (3)
אין לו לגזבר לא בכסות אשתו למשכנו בשביל הערך וכן לגבי מקדיש לא הוו בכלל נכסים להקדישו:
Il n'a rien : le trésorier (gizbar) n'a rien dans le vêtement de sa femme pour le prendre en gage au titre de l'erekh. Et de même, pour celui qui consacre, ces vêtements ne comptent pas parmi les biens à consacrer.
לשמן דאשתו ובניו:
Pour eux : sa femme et ses fils.
חדשים רבותא נקט:
Neuves : il cite un cas plus fort.
💡 Explication

Preuve, michna Arakhin 24a. Deux statuts. Makdish nekhasav : il consacre ses biens. Maarikh : il voue son erekh, la valeur fixe de sa personne. Le gizbar n'atteint ni le vêtement de la femme, ni celui des fils, ni une teinture faite pour eux, ni des sandales neuves achetées pour eux.

Rachi : le gage de l'erekh ne prend pas ces vêtements, et pour le hekdesh ils sont hors des biens consacrés. Hadashim, neuves : on les exclut même toutes neuves, c'est là la force du cas.

9
וְאַמַּאי? לֵימָא הָכָא נָמֵי: מִי הוֹדִיעוֹ לַצַבָּע – שֶׁיַּקְנֶה צִבְעוֹ לָאִשָּׁה? אֶלָּא לָאו מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן [דִּשְׁלִיחוּתֵיהּ קָא עָבֵיד, וּכְיַד אִשְׁתּוֹ דָּמֵי? הָכָא נָמֵי] שְׁלִיחוּתֵיהּ קָא עָבֵיד, וּכְיַד בַּעַל הַבַּיִת דָּמֵי.

Et pourquoi ? Disons ici aussi : qui a informé le teinturier, pour qu'il fasse acquérir sa teinture à la femme ?

Plutôt, n'est-ce pas parce que nous disons qu'il accomplit sa mission, et qu'il est comme la main de sa femme ? Ici aussi, il accomplit sa mission, et il est comme la main du maître de maison.

🗂️ Tossefot (1)
מי הודיעו לצבע שיקנה צבע לאשה תימה מאי פריך תינח אם יש שבח סממנין על גבי צמר אבל אם אין שבח סממנין על גבי הצמר מה לנו לחוש אם אין הצבע מקנה צבעו לאשה וי"ל דהכי פריך כיון דאין הצבע מקנה צבעו לאשה ויכול הצבע לתבוע שבח מן האשה דאע"ג דאין שבח סממנים ע"ג הצמר מ"מ היא נהנית ממעשה ידיו וצריכה ליתן לו שכר וכיון דיכול ליקח שכר מאשה א"כ מעות שקיבל מבעל האשה הן הקדש דאינן שכירות כיון שהאשה חייבת שכירות ולפי מה שפירשתי לעיל דכיון דלא הודיעו לבעל חטין שיקנה חטין לבעל המעות חוזר המקח ע"כ לא פריך הכא אלא ממעות שקיבל הצבע שיהיו הקדש אפילו אם יש שבח סממנין על גבי הצמר לא קנתה האשה והבעל נמי לא קנה וחוזר הצבע לצבע בכ"מ שהוא ואין לו להקדש בצבע כלום אלא המעות שקיבל הצבע כיון שחוזרין לבעל יהו הקדש והצבע יחזור ויתבע השכירות מן האשה ואמאי קתני אין לו לבעל בכסות אשתו משמע שבחנם בא לה:
Qui a informé le teinturier pour qu'il fasse acquérir la teinture à la femme. Étonnement : que vient-il objecter ? Passe encore s'il y a une plus-value des pigments sur la laine. Mais s'il n'y a pas de plus-value des pigments sur la laine, que nous importe que le teinturier ne fasse pas acquérir sa teinture à la femme ? On répond : voici l'objection. Puisque le teinturier ne fait pas acquérir sa teinture à la femme, il peut réclamer la plus-value à la femme. Car même s'il n'y a pas de plus-value des pigments sur la laine, elle jouit tout de même de l'œuvre de ses mains, et elle doit lui donner un salaire. Et puisqu'il peut prendre un salaire de la femme, l'argent qu'il a reçu du mari de la femme est hekdesh, car ces monnaies ne sont pas un salaire, la femme devant le salaire. Et selon ce que j'ai expliqué plus haut, à savoir que, puisqu'il n'a pas informé le propriétaire du blé pour qu'il fasse acquérir le blé au propriétaire de l'argent, la vente est annulée : dès lors, ici, il n'objecte qu'à partir de l'argent que le teinturier a reçu, qui devrait être hekdesh. Même s'il y a une plus-value des pigments sur la laine, la femme n'a pas acquis, le mari non plus n'a pas acquis, et la teinture retourne au teinturier où qu'elle se trouve. Le hekdesh n'a rien dans la teinture, seulement l'argent que le teinturier a reçu. Puisque cet argent retourne au propriétaire, qu'il soit hekdesh, et le teinturier retournera réclamer le salaire à la femme. Et pourquoi enseigne-t-on qu'il n'a rien dans le vêtement de sa femme ? Cela implique que ce vêtement lui est venu gratuitement (be-hinam).
💡 Explication

Rabbi Abahou ramène mi hodio sur le teinturier. Qui lui a dit de faire acquérir la teinture à la femme ? La michna traite pourtant le vêtement comme à elle. Donc le mari fait une mission pour elle : il est ke-yad ishto. De même le mandataire est ke-yad baal ha-bayit.

Tossefot serre l'objection. Sans shevah samemanim, plus-value des pigments sur la laine, que réclame-t-on ? Réponse : la femme jouit du travail et doit un sakhar. S'il peut prendre ce salaire sur elle, l'argent déjà versé par le mari serait hekdesh. Dans la lecture où la vente sans information est annulée, la teinture retourne au teinturier, et seul cet argent fait question. La michna, en laissant le vêtement, le fait venir be-hinam.

10
אָמַר רַבִּי אַבָּא: לֹא; כׇּל הַמַּקְדִּישׁ נְכָסָיו – אֵין דַּעְתּוֹ עַל כְּסוּת אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו.

Rabbi Abba dit : non. Quiconque consacre ses biens, son intention ne porte pas sur le vêtement de sa femme et de ses fils.

💡 Explication

Rabbi Abba refuse la preuve. La michna s'explique par la daat : qui consacre ses biens n'entend pas englober le vêtement de sa femme et de ses fils. Le mari n'est plus tenu pour la main de sa femme.

11
מַתְקֵיף לַהּ רַבִּי זֵירָא: וְכִי דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם עַל תְּפִילָּיו? וּתְנַן: הַמַּקְדִּישׁ נְכָסָיו – מַעֲלִין לוֹ תְּפִילִּין! אָמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: אִין; דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם עַל תְּפִילִּין – הַמַּקְדִּישׁ נְכָסָיו סָבַר: מִצְוָה קָא עָבֵידְנָא. וְאֵין דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם עַל כְּסוּת אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו – מִשּׁוּם אֵיבָה.

Rabbi Zeira objecte : et l'intention d'un homme porte-t-elle sur ses tefillin ? Or nous avons appris : celui qui consacre ses biens, on lui évalue les tefillin.

Abaye lui dit : si. L'intention d'un homme porte sur les tefillin : celui qui consacre ses biens se dit, j'accomplis une mitsva.

Et l'intention d'un homme ne porte pas sur le vêtement de sa femme et de ses fils, à cause de l'animosité.

📜 Rachi (3)
מעלין לו תפילין ולוה המעות ויתן בשבילם להקדש:
On lui évalue les tefillin : il emprunte l'argent et le donne pour eux au hekdesh.
מעלין שמין:
Maalin : on estime.
אמר ליה אביי אין ודאי דעתו של אדם על תפילין להקדישן דסבר האי נמי מצוה קעבידנא דיהיבנא להקדש:
Abaye lui dit, si : certes, l'intention d'un homme porte sur les tefillin pour les consacrer, car il se dit, cela aussi, j'accomplis une mitsva, en les donnant au hekdesh.
🗂️ Tossefot (1)
אין דעתו של אדם על כסות אשתו הלכך אין דעתו להקדיש אותן מעות שנתן לצבע שלא יחזור ויתבע מן האשה ולפי האי טעמא הוה ליה למפרך תינח הקדש דתלוי בדעתו וכיון שאין רוצה להקדיש לא הוי הקדש אלא ערכין כיון שהעריך עצמו מה מועיל שאין דעתו עליהם מ"מ בע"כ נערך מכל מה שיש לו אלא משום דאית ליה פירכא אחריתי לא חש למפרך:
L'intention d'un homme ne porte pas sur le vêtement de sa femme. Dès lors, son intention n'est pas de consacrer ces monnaies qu'il a données au teinturier, afin que celui-ci ne se retourne pas pour les réclamer à la femme. Selon cette raison, il aurait dû objecter : passe pour le hekdesh, qui dépend de son intention, et puisqu'il ne veut pas consacrer, il n'y a pas de hekdesh. Mais les arakhin : puisqu'il a évalué sa personne, à quoi sert que son intention ne porte pas sur eux ? De toute façon, on l'évalue malgré lui sur tout ce qu'il a. Mais puisqu'il a une autre objection, il n'a pas pris la peine de soulever celle-ci.
💡 Explication

Rabbi Zeira : les tefillin non plus, l'intention de les consacrer fait défaut. Pourtant la michna (Arakhin 23b) dit maalin lo tefillin. Rachi : on les estime, il emprunte, il paie le hekdesh. L'absence d'intention ne bloque donc pas la consécration.

Abaye sépare. Pour les tefillin, il a l'intention : mitsva ka avidna, les donner au hekdesh est encore une mitsva. Pour le vêtement de la femme et des fils, il s'arrête à cause de l'eiva, l'animosité dans la maison.

Tossefot relève une objection laissée de côté. Le hekdesh volontaire suit la daat. L'erekh prélève malgré lui sur tout ce qu'il a. Rabbi Zeira avait l'objection qui vient, et n'a pas soulevé celle-ci.

🖼️ Schéma
Daat de celui qui consacre Téfillin Mitsva ka avidna. Il entend les consacrer. Maalin : on les estime. Vêtement femme et fils Mishum eiva. L'animosité l'arrête. Hors de la consécration. Rav Ochaya : les arakhin se gagent baal korho. La daat ne décide pas. Rabbi Abba : transfert du vêtement dès l'origine.
Tefillin : il entend faire une mitsva, on les estime. Vêtement de la maison : l'eiva l'écarte. Les arakhin, eux, ne suivent pas la daat.
12
מַתְקֵיף לַהּ רַב אוֹשַׁעְיָא: וַהֲלֹא חַיָּיבֵי עֲרָכִין שָׁנוּ כָּאן, וּתְנַן: חַיָּיבֵי עֲרָכִין – מְמַשְׁכְּנִין אוֹתָן;

Rav Ochaya objecte : n'enseigne-t-on pas ici les assujettis aux évaluations ? Et nous avons appris : les assujettis aux évaluations, on saisit des gages sur eux.

📜 Rachi (2)
והלא חייבי ערכין שנו כאן דקתני המעריך את עצמו:
N'enseigne-t-on pas ici les assujettis aux évaluations : car on enseigne celui qui évalue sa propre personne.
ממשכנין בעל כרחו אלמא לאו משום דעתו הוא:
On saisit des gages : malgré lui. On voit donc que cela ne vient pas de son intention.
💡 Explication

Rav Ochaya vise le second membre de la michna. Hayyevei arakhin : on enseigne ici celui qui évalue sa personne. Une michna (Arakhin 21a) : on saisit des gages sur eux, baal korho. Rachi : la saisie ne tient pas à la daat.

13
וְכִי דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם עַל עַצְמוֹ לְמַשְׁכְּנוֹ?!

Et l'intention d'un homme porte-t-elle sur lui-même, pour qu'on le gage ?

💡 Explication

Personne n'a l'intention qu'on saisisse un gage sur lui. On le gage pourtant. La daat ne fait pas obstacle. Si le vêtement de la femme et des fils ne tenait qu'à l'intention, il entrerait dans l'erekh.

14
אֶלָּא אָמַר רַבִּי אַבָּא: כׇּל הַמַּקְדִּישׁ נְכָסָיו – נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁהִקְנָה לָהֶן כְּסוּת אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו מֵעִיקָּרָא.

Rabbi Abba dit plutôt : quiconque consacre ses biens est fait comme quelqu'un qui leur avait transféré, dès l'origine, le vêtement de sa femme et de ses fils.

💡 Explication

Rabbi Abba reprend. Au moment de la consécration, ces vêtements sont déjà hors de lui. Ke-mi she-hikna lahen me-ikara : on le tient pour les avoir transférés dès l'origine à sa femme et à ses fils. Le hekdesh et l'erekh ne trouvent rien à saisir. La première réponse, par la daat, est quittée.

15
תָּנוּ רַבָּנַן: הַלּוֹקֵחַ שָׂדֶה בְּשֵׁם חֲבֵירוֹ – אֵין כּוֹפִין אוֹתוֹ לִמְכּוֹר. וְאִם אָמַר לוֹ: ״עַל מְנָת״ – כּוֹפִין אוֹתוֹ לִמְכּוֹר.

Les Sages ont enseigné : celui qui achète un champ au nom de son prochain, on ne le contraint pas à vendre. Et s'il lui a dit : à condition, on le contraint à vendre.

💡 Explication

Nouvelle baraïta. Lohekha sade be-shem havero : un achat de champ au nom d'un tiers. On ne contraint pas ce tiers à vendre. S'il a dit al menat, à condition, on le contraint. La suite demande de qui il s'agit, et quelle vente on force.

16
מַאי קָאָמַר? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת, הָכִי קָאָמַר: הַלּוֹקֵחַ שָׂדֶה מֵחֲבֵירוֹ בְּשֵׁם רֵישׁ גָּלוּתָא – אֵין כּוֹפִין אוֹתוֹ רֵישׁ גָּלוּתָא לִמְכּוֹר. וְאִם אָמַר ״עַל מְנָת״ – כּוֹפִין אֶת רֵישׁ גָּלוּתָא לִמְכּוֹר.

Que dit-il ? Rav Sheshet dit : voici ce qu'il dit.

Celui qui achète un champ à son prochain au nom de l'exilarque, on ne contraint pas l'exilarque à vendre. Et s'il a dit à condition, on contraint l'exilarque à vendre.

📜 Rachi (1)
הלוקח שדה מחבירו בשם ריש גלותא שאמר לו למוכר לצורך ריש גלותא אני לוקחה ונתכוון להטיל אימה שלא יצאו עליה עסיקין וכתב המוכר שטר המכירה בשם ריש גלותא:
Celui qui achète un champ à son prochain au nom de l'exilarque : il a dit au vendeur, je l'achète pour le besoin de l'exilarque. Il visait à jeter la crainte, pour que des contestataires (asikin) ne se présentent pas sur ce champ. Et le vendeur a écrit l'acte de vente au nom de l'exilarque.
💡 Explication

Rav Sheshet lit un cas d'intimidation. L'acheteur déclare acheter pour le resh galouta, l'exilarque. Rachi : que des asikin ne sortent pas sur le champ. L'acte est à ce nom. Sans condition, on ne force pas l'exilarque à vendre. Avec al menat, on le force.

🖼️ Schéma
Al menat : force-t-on l'exilarque ? Sans condition Acte au nom du resh galouta. On ne le force pas à réécrire l'acte. Al menat Condition dite au vendeur. Rav Sheshet : on force l'exilarque à vendre.
Acte au nom de l'exilarque. Sans condition, on ne le force pas à réécrire. Avec al menat, Rav Sheshet le force.
17
אָמַר מָר: הַלּוֹקֵחַ שָׂדֶה בְּשֵׁם רֵישׁ גָּלוּתָא – אֵין כּוֹפִין אוֹתוֹ רֵישׁ גָּלוּתָא לִמְכּוֹר. מִכְּלָל דְּמִקְנָא קַנְיָא לֵיהּ; לֵימָא פְּלִיגָא דִּבְנֵי מַעְרְבָא, דְּאָמְרִי: וְכִי מִי הוֹדִיעוֹ לְבַעַל חִטִּין – שֶׁיַּקְנֶה חִטִּין לְבַעַל הַבַּיִת?

Le maître a dit : celui qui achète un champ au nom de l'exilarque, on ne contraint pas l'exilarque à vendre. On en déduit qu'il l'a bien acquise.

Dirons-nous que cela diverge des gens de l'Occident, qui disent : qui a informé le propriétaire du blé, pour qu'il fasse acquérir le blé au maître de maison ?

📜 Rachi (1)
אין כופין ריש גלותא לחזור ולכתוב שטר מכירה שהוא מכרה ללוקח ואם אומר לו לוקח למוכר על מנת שיכתוב לי ריש גלותא בשמו לשמי שטר אחר כופין ריש גלותא למכור:
On ne contraint pas l'exilarque : à revenir écrire un acte de vente disant qu'il l'a vendu à l'acheteur. Et si l'acheteur dit au vendeur : à condition que l'exilarque m'écrive, de son nom vers mon nom, un autre acte, on contraint l'exilarque à vendre.
💡 Explication

La baraïta ne dit que : on ne force pas l'exilarque. La Guemara en infère mikna kanya lei : l'acheteur a acquis le champ. Les gens de l'Occident, avec mi hodio, diraient l'inverse : le vendeur croyait vendre à l'exilarque. Rachi glose le verbe forcer : un second acte, du nom de l'exilarque vers le nom de l'acheteur.

18
אִי מִשּׁוּם הָא – לָא קַשְׁיָא; כְּגוֹן דְּאוֹדְעֵיהּ לְבַעַל שָׂדֶה, וְאוֹדְעִינְהוּ לְסָהֲדֵי.

Si c'est à cause de cela, il n'y a pas de difficulté : par exemple, il a informé le propriétaire du champ, et il a informé les témoins.

🗂️ Tossefot (1)
כגון דאודעינהו לדידיה ואודעינהו נמי לסהדי. תימה אם כן אמאי צריך לדחוק את ריש גלותא שיכתוב לו שטר יכתבו לו עדים כיון שיודעין שהוא קונה לעצמו וי"ל כגון דלא בעו עדים למיכתב ליה שטרא אחרינא:
Par exemple il l'a informé, lui, et il a aussi informé les témoins. Étonnement : s'il en est ainsi, pourquoi faut-il presser l'exilarque pour qu'il lui écrive un acte ? Que les témoins lui écrivent, puisqu'ils savent qu'il achète pour lui-même. On répond : par exemple, les témoins ne veulent pas lui écrire un autre acte.
💡 Explication

La Guemara lève le conflit par les faits. L'acheteur a informé le vendeur et les edim : il achète pour lui-même, le nom de l'exilarque n'est qu'une façon de faire. Tossefot : ces témoins pourraient écrire l'acte. Réponse : ils refusent un second shtar. D'où le besoin de presser l'exilarque, dans la lecture de Rav Sheshet.

19
אֶלָּא אֵימָא סֵיפָא: ״עַל מְנָת״ – כּוֹפִין אוֹתוֹ רֵישׁ גָּלוּתָא לִמְכּוֹר. אַמַּאי? וְלֵימָא רֵישׁ גָּלוּתָא: לָא יְקָרַיְיכוּ בָּעֵינָא, וְלָא זִילוּתַיְיכוּ בָּעֵינָא!

Dis plutôt la fin : à condition, on contraint l'exilarque à vendre. Pourquoi ?

Que l'exilarque dise : je ne veux ni votre honneur, ni votre abaissement.

📜 Rachi (2)
לא יקרייכו שעשיתם אותי ראש להטיל אימה:
Votre honneur : vous avez fait de moi un chef pour jeter la crainte.
ולא זילותייכו שאתם באים לעשות אותי למוכר שדות:
Ni votre abaissement : vous venez faire de moi un vendeur de champs.
💡 Explication

Autre difficulté, sur la seifa. Pourquoi forcer l'exilarque quand il y a eu al menat ? Il répond lo ikaraykhou baaina ve-lo zilutaykhou baaina. Rachi : l'honneur, c'est d'avoir été pris pour chef afin de faire peur ; l'abaissement, c'est d'être fait vendeur de champs. Il n'était pas partie à la condition.

20
אֶלָּא אָמַר אַבָּיֵי, הָכִי קָאָמַר: הַלּוֹקֵחַ שָׂדֶה בְּשֵׁם חֲבֵירוֹ, רֵישׁ גָּלוּתָא –

Abaye dit plutôt : voici ce qu'il dit. Celui qui achète un champ au nom de son prochain, l'exilarque,

📜 Rachi (1)
הכי קאמר הלוקח שדה בשם חבירו ריש גלותא:
Voici ce qu'il dit : celui qui achète un champ au nom de son prochain, l'exilarque.
💡 Explication

Abaye quitte la lecture de Rav Sheshet et rouvre la baraïta : celui qui achète un champ au nom de son prochain, le resh galouta. La phrase s'arrête sur ce daf. La suite est en 103a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).