Bava Kamma 105a — Le fils, la perouta, et les trois questions de Rava

Bava_Kamma 105a

Sougya : La page achève la discussion du fils : le père n'a pas avoué, le fils avoue, il paie le capital et reste quitte du cinquième. Rav Houna fils de Rav Yehochoua : on ne paie pas le cinquième sur la négation d'un gage qui porte sur des terres.

Rava : la sacoche du père était déposée chez autrui, le fils a juré vrai parce qu'il ne savait pas. Rav Papa traite le reste inférieur à une perouta : faut-il poursuivre la victime quand l'objet volé existe encore, de crainte qu'il renchérisse.

Deux versions. Rava pose ensuite trois questions de même forme : trois bottes qui ont baissé, le nazir qui a laissé deux cheveux, la jarre percée bouchée à moitié.

La page s'ouvre sur une quatrième, le hametz après Pessa'h.

Le fils paie le keren, il reste quitte du chomesh Baraïta de 104b : le père n'a pas avoué, le fils a avoué. Piste écartée : le père avait déjà comparu en justice Alors le fils qui a juré puis avoué devrait aussi le cinquième. Rav Houna b. Rav Yehochoua Négation d'un shi'boud qui porte sur des terres. On ne jure pas sur les terres. Chevouot 42b. Keren : oui, par l'achrayout des biens laissés. Chomesh : non. Rava La diskaya du père est déposée chez un tiers. Le fils ignore ce dépôt. Son serment est vrai. Keren : oui, l'objet existe. Chomesh : non. Inadvertance seule, Chevouot 36b. Point commun, et le point qui les sépare Les deux laissent le cinquième. Rav Houna : la guezeila a disparu. Rava : elle est encore là. Le serment du fils, dans un cas, porte sur des terres. Dans l'autre, il est vrai.
Deux lectures du fils quitte du cinquième. Rav Houna : serment sur un gage de terres. Rava : sacoche déposée chez autrui, serment vrai.
Trois questions de Rava, un même moule Une règle posée. Puis : ce qui reste est sous la mesure. La mitsva est-elle faite ? Règle posée Question Tranché Trois bottes Volées à 3 peroutot, baissées à 2 : la troisième reste due. Deux bottes, 1 perouta Il en rend une. Le reste est sous la perouta. Formule Guezeila : il n'y en a pas. Hachava : il n'y en a pas. Quitte, mitsva non faite. Nazir Deux cheveux laissés : le guilouah est nul. Ordre inverse Un cheveu tombe, puis il tond l'autre. Plus de mesure au rasage. Formule Cheveu : il n'y en a pas. Guilouah : il n'y en a pas. Même partage que les bottes. Jarre, Kelim 10:6 Trou bouche par les lies : le contenu est sauvé. Moitié du trou Bouchée avec une matière qui tient. Mesure absente à présent. Bouchage incomplet. Pas la michna du sarment Le sarment sans enduit ne tient pas. La question reste ouverte.
Bottes, nazir, jarre : la règle est posée, le reste passe sous la mesure, Rava demande si la mitzva est faite.
Jarre percée : quand le bouchage sauve Kelim 10:6. Tossefot : tzamid patil, tente d'un mort, mesure du kones mashke. Trou ouvert Mesure atteinte : la toumah entre. Lies Shemarim : bouchage, contenu sauvé. Moitié bouchée Matière qui tient. Question de Rava. Reste ouverte. Suite de la michna, et pourquoi elle ne tranche pas Sarment seul : jusqu'à l'enduit d'argile sur les côtés. Deux sarments : enduit des côtés, et entre l'un et l'autre. Sans enduit le sarment ne tient pas. La moitié bouchée, elle, tient. Rachi : jarre sur une lucarne, elle protège l'étage. Tossefot : elle sauve son contenu. Mesure du trou : kones mashke, orifice où un liquide s'introduit.
Jarre percée. Les lies sauvent. La moitié bouchée est la question. Le sarment sans enduit ne tient pas, et ne la tranche pas.
1
בשעמד בדין. אי בשעמד בדין, אפילו חומש נמי משלם! אמר רב הונא בריה דרב יהושע: לפי שאין משלמין חומש על כפירת שעבוד קרקעות.

Lorsqu'il a comparu en justice. S'il s'agit du cas où il a comparu en justice, il paie même le cinquième !

Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit : parce qu'on ne paie pas le cinquième pour la négation d'un shi'boud (gage) sur des terres.

📜 Rachi (1)
לפי שאין משלמין חומש על כפירת שעבוד קרקעות דחומש אמאי קאתי אשבועתא לאו שבועה היא דקי"ל שבועות (דף מב:) אין נשבעין על הקרקעות והאי בן כי אישתבע כפר לה שעבוד הקרקעות דאי לאו משום אחריות נכסים לאו עליה רמיא לשלומי:
Le cinquième, d'où vient-il ? Du serment. Or celui-ci ne compte pas comme serment : nous tenons, Chevouot 42b, qu'on ne jure pas sur les terres. Ce fils, en jurant, niait le shi'boud des terres. Sans l'achrayout (responsabilité) des biens, l'obligation de payer ne reposait pas sur lui.
💡 Explication

Reprise de la fin de 104b. La baraïta : le père n'a pas avoué, le fils avoue. Il paie le keren (capital), il est quitte du chomesh (cinquième). La Guemara propose : le père avait déjà amad bedin, comparu en justice. La dette vaut alors une créance opposable aux héritiers.

Objection : dans ce cas le fils qui a juré puis avoué devrait aussi le cinquième. Rav Houna fils de Rav Yehochoua : le cinquième ne s'ajoute pas à la négation d'un shi'boud karkaot, un gage qui porte sur la terre. Le serment du fils vise ce gage. On ne jure pas sur les terres, Chevouot 42b. Sans les terres laissées par le père, rien ne pesait sur le fils.

2
רבא אמר: הכא במאי עסקינן – כגון שהיתה דיסקייא של אביו מופקדת ביד אחרים; קרן משלם – דהא איתיה, חומש לא משלם – דכי אישתבע בקושטא אישתבע, דהא לא הוה ידע.

Rava dit : ici, de quoi s'agit-il ? Par exemple, la diskaya (sacoche) de son père était déposée entre les mains d'autrui.

Il paie le capital, car elle existe. Il ne paie pas le cinquième : lorsqu'il a juré, il a juré selon la vérité, car il ne savait pas.

📜 Rachi (1)
רבא אמר לעולם בגזילה קיימת ודקשיא לך ולחייב הבן חומש על שבועת עצמו כיון דהודה הכא כשהיתה דסקיא שממון אביו נתון בה מופקדת ביד אחרים וגזילה זו בתוכה דכי אשתבע האי בקושטא אשתבע (ולא תימא בשיקרא אשתבע כדסברת לעיל) ותנן במס' שבועות (דף לו:) וחייבים על זדון השבועה ועל שגגתה עם זדון הפקדון ואין חייבין על שגגתה גרידתא כי הכא דליביה אנסיה:
En réalité la guezeila (objet volé) existe. Et ce qui te faisait difficulté, obliger le fils au cinquième pour son propre serment dès lors qu'il a avoué : ici, la sacoche où était placé l'avoir de son père était déposée chez autrui, et ce vol était dedans. Quand celui-ci a juré, il a juré selon la vérité. Ne dis pas qu'il a juré à faux, comme tu le pensais plus haut. Nous avons appris dans le traité Chevouot, 36b : on est passible pour le serment volontaire, et pour son inadvertance jointe à la négation volontaire du dépôt ; on n'est pas passible pour l'inadvertance seule, comme ici, où son cœur l'a contraint.
💡 Explication

Seconde lecture, celle de Rava. La guezeila existe. Elle est dans la diskaya du père, déposée chez un tiers. Le fils l'ignore. Son serment est vrai.

Le chomesh de la chevouat hapikadon (serment sur un dépôt) demande une négation coupable. L'inadvertance seule, quand le cœur a contraint, n'y suffit pas, Chevouot 36b. Il paie le capital parce que l'objet est là. Il ne paie pas le cinquième.

3
חוץ מפחות שוה פרוטה בקרן כו׳. אמר רב פפא: לא שנו אלא שאין גזילה קיימת, אבל גזילה קיימת – צריך לילך אחריו; חיישינן שמא תייקר.

Sauf moins que la valeur d'une perouta sur le capital, etc. Rav Papa dit : on n'a enseigné cela que lorsque la guezeila n'existe plus.

Mais si la guezeila existe, il doit aller à sa suite. Nous craignons qu'elle renchérisse.

📜 Rachi (2)
לא שנו אלא שאין אותה חצי פרוטה קיימת מן הגזילה עצמה וחצי פרוטה הוא דמחייב ליה ולאו ממונא איכא אבל אם קיימת היא מן הגזלה עצמה צריך לילך:
On n'a enseigné cela que dans le cas où elle n'existe plus : cette demi-perouta ne subsiste plus, prise sur la guezeila elle-même. C'est une demi-perouta qui l'oblige, et il n'y a pas là de mamon (bien). Mais si elle subsiste, prise sur la guezeila elle-même, il doit y aller.
חיישינן שמא תייקר ותעמוד על הפרוטה:
Nous craignons qu'elle renchérisse, et qu'elle atteigne la perouta.
💡 Explication

Retour à la michna, 103a. La victime a remis capital et cinquième, sauf un reste inférieur à une perouta sur le capital. Le voleur n'a pas à la poursuivre.

Rav Papa limite. Cela vaut quand la guezeila a disparu : un reste sous la perouta n'est pas un mamon. Si l'objet volé est encore là, il faut aller le rendre. On craint une hausse qui le ferait atteindre une perouta.

4
איכא דאמרי, אמר רב פפא: לא שנא גזילה קיימת ולא שנא שאין גזילה קיימת – אינו צריך לילך אחריו; לשמא תייקר לא חיישינן.

Certains disent : Rav Papa a dit : il n'y a pas de différence, que la guezeila existe ou qu'elle n'existe pas, il n'a pas à aller à sa suite. Pour la crainte qu'elle renchérisse, nous ne nous en soucions pas.

💡 Explication

Autre version de Rav Papa, inversée. Guezeila présente ou absente, le reste sous la perouta dispense de la poursuite. On laisse de côté une hausse à venir.

🖼️ Schéma
Reste sous la perouta : poursuivre, ou non Michna : sauf moins d'une perouta sur le keren, il n'a pas à aller à sa suite. Rav Papa, première version Guezeila disparue : pas de poursuite. Guezeila encore là : il va à sa suite. On craint la hausse jusqu'à une perouta. Rav Papa, autre version Présente ou absente : pas de poursuite. On ne craint pas une hausse à venir.
Deux versions de Rav Papa. L'une poursuit si l'objet existe encore. L'autre dispense dans les deux cas.
5
אמר רבא: גזל שלש אגודות בשלש פרוטות, והוזלו ועמדו על שתים; אם החזיר לו שתים – חייב להחזיר לו אחרת. ותנא תונא: גזל חמץ ועבר עליו הפסח – אומר לו: ״הרי שלך לפניך״.

Rava dit : il a volé trois bottes pour trois peroutot ; elles ont baissé et se sont fixées à deux. S'il lui en a rendu deux, il est tenu de lui en rendre une autre.

Et notre tanna l'enseigne aussi : il a volé du hametz (levé), et Pessa'h est passé sur lui, il lui dit : voici le tien devant toi.

📜 Rachi (2)
חייב להחזיר לו אגודה אחרת ואע"פ דהשתא לא שויא פרוטה כיון דבשעת גזילה הוי שוה פרוטה בעי לאהדוריה ולהוליכה אחריו:
Il est tenu de lui rendre une autre botte. Bien qu'à présent elle vaille moins d'une perouta : au moment du vol elle valait une perouta, il doit la rendre et la porter à sa suite.
ותנא תונא תנא דידן סייעתו:
Et notre tanna l'enseigne aussi : le tanna de notre michna vient à son appui.
🗂️ Tossefot (2)
אמר רבא גזל שלש אגודות בג' פרוטות והוזלו ועמדו על שתים חייב להחזיר לו אחרת פי' אם ישנה בעין מחזיר אותה ואם לאו משלם ליה שוה פרוטה כמו שהיתה שוה בשעת הגזילה והוא הדין באחת שגזלה והוזלה שמחזיר לו אגודה או דמיה אלא רבותא נקט דאפילו בשלשה דקיים מצות השבה בתרתי אפ"ה חייב להחזיר לו אחת אע"ג דמהאי ותנא תונא דמייתי לא משמע מינה אלא היכא דגזל אחת והוזלה דההיא דמיא לגזל חמץ ועבר עליו הפסח ההיא רבותא דג' קאמר רבא מסברא ומדנקט והוזלו משמע דפשיטא ליה דאם גזל ג' אגודות שוות שתי פרוטות והחזיר לו ב' מהן דלא מיחייב להחזיר לו שלישית כיון דמעיקרא בשעת גזלה לא הוי ממונא ולשמא תייקר לא חיישינן:
Explication : si elle est encore en nature, il la rend ; sinon, il lui paie la valeur d'une perouta, telle qu'elle valait au moment du vol. Il en va de même pour une seule qu'il a volée et qui a baissé : il lui rend la botte ou sa valeur. Seulement, il a pris un cas plus fort : même pour trois, là où il a accompli la mitsva de restitution avec deux, il reste tenu d'en rendre une. Et pourtant, du 'et notre tanna l'enseigne aussi' qu'il apporte, on ne tire que le cas où il a volé une seule et où elle a baissé, car celui-là ressemble à : il a volé du hametz et Pessa'h est passé. Cette force du cas des trois, Rava la dit par raisonnement. De ce qu'il dit 'et elles ont baissé', ceci est évident pour lui : s'il a volé trois bottes valant deux peroutot et qu'il lui en a rendu deux, il reste quitte de la troisième. Dès l'origine, au moment du vol, elle était hors du mamon. Et l'on ne craint pas qu'elle renchérisse.
ה"ג בעי רבא גזל ב' אגודות בפרוטה והחזיר אחת מהן מהו מי אמרי' השתא מיהא ליכא גזילה גביה או דלמא הא לא אהדר גזילה ול"ג הא דגרס בספרים הוקרו ועמדה כו':
Voici la version : Rava a demandé : il a volé deux bottes pour une perouta et lui en a rendu une, qu'en est-il ? Disons-nous : maintenant, en tout cas, il n'a plus de guezeila chez lui ? Ou bien : il n'a pas rendu la guezeila ? Et l'on ne retient pas la version des livres : elles ont renchéri et elle s'est fixée, etc.
💡 Explication

Rava. Trois agoudot (bottes), volées à une perouta chacune. Le cours baisse : les trois ne valent plus que deux peroutot. Il en rend deux. La troisième, désormais sous la perouta, reste due. Au moment du vol, elle était un mamon.

Appui annoncé : la michna du hametz volé. Pessa'h passé, le pain est interdit de jouissance. S'il est encore là, le voleur dit : voici le tien devant toi. La déduction vient au segment suivant. Tossefot : le cas d'une seule botte baissée se lit déjà dans cette michna. Les trois bottes sont là nouveauté, et Rava la pose par raisonnement.

🖼️ Schéma
Trois bottes : le cours baisse, la troisième reste due Vol 3 x 1 perouta Baisse les 3 valent 2 Il rend 2 hachava partielle La 3e est due sous la perouta Appui : hametz volé, Pessa'h passé Encore là, en nature : voici le tien devant toi. Disparu : il paie, car au vol c'était un mamon. Ici de même : au vol, la botte valait une perouta.
Trois bottes à trois peroutot, baissées à deux. Rendre deux laisse la troisième due, parce qu'au vol elle valait une perouta.
6
טעמא דאיתיה בעיניה; הא ליתיה בעיניה, אף על גב דהשתא לאו ממונא, כיון דמעיקרא ממונא הוא – בעי שלומי; הכא נמי, אף על גב דהשתא לא שוה פרוטה [כיון דמעיקרא הוי שוה פרוטה] – בעי שלומי.

La raison est qu'il est là en nature. Donc, s'il n'est plus là en nature, bien qu'à présent il soit sorti du mamon, puisqu'à l'origine c'était un mamon, il doit payer.

Ici de même : bien qu'à présent cela vaille moins d'une perouta, puisqu'à l'origine cela valait une perouta, il doit payer.

💡 Explication

Lecture de la michna. On ne prononce 'voici le tien devant toi' que parce que le hametz est encore là, en nature. S'il a disparu, le voleur paie : au moment du vol, c'était un mamon, même si après Pessa'h il a perdu toute valeur.

Le même raisonnement vaut pour la troisième botte. Au vol, elle valait une perouta. La baisse ultérieure ne l'efface pas.

7
בעי רבא: גזל שתי אגודות, בפרוטה והחזיר לו אחת מהן – מהו? מי אמרינן: השתא ליכא גזילה; או דלמא, הא לא [א]הדר גזילה דהואי גביה?

Rava a demandé : il a volé deux bottes pour une perouta, et il lui en a rendu une. Qu'en est-il ?

Disons-nous : maintenant, il n'y a plus de guezeila ? Ou bien : il n'a pas rendu la guezeila qui était chez lui ?

💡 Explication

Question de Rava, sur le même seuil. Deux bottes ensemble valent une perouta. Il en rend une. Le reste est sous la perouta.

Première lecture : il n'a plus de guezeila chez lui, l'obligation tombe. Seconde lecture : la hachava (restitution) n'est pas faite, il n'a pas rendu l'ensemble qui était chez lui.

8
הדר פשטה: גזילה אין כאן, השבה אין כאן. אי גזילה אין כאן – השבה יש כאן! הכי קאמר: אף על פי שגזילה אין כאן, מצות השבה אין כאן.

Puis il l'a tranchée : guezeila, il n'y en a pas ici ; restitution, il n'y en a pas ici. S'il n'y a pas de guezeila ici, il y a une restitution ici !

Voici ce qu'il dit : bien qu'il n'y ait pas de guezeila ici, la mitsva de restitution, il n'y en a pas ici.

🗂️ Tossefot (1)
מצות השבה אין כאן נראה דלא בעי למיפשט אלא דלא מעכב מצות השבה ומצות השבה מיהא לא קיים:
Il apparaît qu'il n'a voulu trancher que ceci : cela n'empêche pas la mitsva de restitution. La mitsva de restitution, toutefois, il ne l'a pas accomplie.
💡 Explication

Rava tranche par une formule à deux membres. Guezeila ein kan : le reliquat, sous la perouta, n'oblige plus. Hachava ein kan : rendre une botte qui, a elle seule, vaut moins d'une perouta, n'accomplit pas la mitsva de restitution.

La Guemara serre la formule. Si la guezeila a disparu, la restitution serait acquise. Réponse : quitte du reliquat, et la mitsva reste inaccomplie. Tossefot : la formule écarte seulement le me'akev (empêchement). Elle ne dit pas que la mitsva est faite.

🖼️ Schéma
Deux bottes pour une perouta : la formule de Rava Deux bottes ensemble : 1 perouta Il en rend une sous la perouta Il en reste une sous la perouta Guezeila ein kan Le reliquat n'oblige plus. Il est quitte de la seconde. Objection : alors la hachava serait acquise. Hachava ein kan La mitsva reste inaccomplie. Rendre une seule ne suffit pas. Tossefot : cela n'empêche pas, et la mitsva n'est pas faite.
Rendre une botte sur deux : quitte du reliquat, et la mitsva de restitution reste inaccomplie.
9
ואמר רבא, הרי אמרו: נזיר שגילח ושייר שתי שערות – לא עשה ולא כלום; בעי רבא: גילח אחת ונשרה אחת, מהו? אמר ליה רב אחא מדיפתי לרבינא: נזיר שגילח אחת אחת קא מבעיא ליה לרבא?!

Et Rava a dit : voici qu'ils ont dit : un nazir qui s'est tondu et a laissé deux cheveux n'a rien fait. Rava a demandé : il en a tondu un, et un est tombé, qu'en est-il ?

Rav Aha de Difti dit à Ravina : un nazir qui se tond un par un, est-ce là ce que Rava demande ?

📜 Rachi (3)
שגילח אחת מהשתים ששייר:
Il a tondu : l'un des deux cheveux qu'il avait laissés.
ונשרה השניה מהו הוי גילוח או לא:
Et le second est tombé, qu'en est-il : cela vaut-il un guilouah (tonte rituelle), ou non ?
אמר ליה רב אחא לרבינא נזיר שגילח כל השערות אחת אחת קמבעיא ליה בתמיה כלומר הא ודאי גילוח הוי כיון שבשעה שבא לגלח האי שיור הוה ביה שיעור גילוח וגילח אחת ואע"פ דנשרה שניה גילוח הוא:
Rav Aha dit à Ravina : un nazir qui a tondu. Il lui demanderait tous les cheveux un par un ? C'est un étonnement. C'est-à-dire : c'est certainement un guilouah. Au moment où il venait tondre ce reste, il y avait là la mesure du guilouah. Il en a tondu un, et bien que le second soit tombé, c'est un guilouah.
💡 Explication

Rava transporte la question sur le nazir. Règle posée : il s'est tondu et a laissé deux cheveux, le guilouah est nul.

Il demande : de ces deux cheveux, il en tond un, l'autre tombe. Rav Aha de Difti entend : tondre cheveu après cheveu. Il s'étonne. Au moment de tondre, la mesure de deux cheveux était là. C'est un guilouah, même si le second tombe ensuite.

10
אמר ליה: לא צריכא, כגון שנשר[ה] אחת מהן, וגילח אחת; מי אמרינן: השתא מיהת הא ליכא שיעור; או דלמא, הא לאו גילוח הוא – דמעיקרא הא שייר שתי שערות, והשתא כי גילח לא הוי שתי שערות?

Il lui dit : la question ne porte que sur ce cas : l'un d'eux est tombé, puis il en a tondu un. Disons-nous : maintenant, en tout cas, la mesure a disparu ?

Ou bien : cela reste hors du guilouah, car à l'origine il avait laissé deux cheveux, et maintenant, quand il tond, il n'y a plus deux cheveux ?

📜 Rachi (2)
שנשרה אחת שכשבא לגלח אין כאן שיעור גילוח:
L'un est tombé : lorsqu'il vient pour tondre, il n'y a plus ici la mesure du guilouah.
ה"ג מי אמרינן השתא מיהא ליכא שיעור:
Voici la version : disons-nous : maintenant, en tout cas, il n'y a plus la mesure.
💡 Explication

Ravina remet l'ordre. D'abord un cheveu tombe seul. Il en reste un, en dessous de la mesure. Ensuite le nazir tond celui-là.

Lecture 1 : à l'instant de tondre, la mesure a déjà disparu, et le guilouah est acquis. Lecture 2 : le premier passage avait laissé deux cheveux, donc rien n'était fait. Le second passage ne porte plus sur deux cheveux, et le guilouah manque aussi.

🖼️ Schéma
Deux cheveux : l'ordre change la question Rav Aha : hors de la question 1. Deux cheveux laissés. 2. Il en tond un. La mesure est là à cet instant. 3. L'autre tombe ensuite. C'est un guilouah. Tondre un par un, quand la mesure est présente. Ravina : la question 1. Deux cheveux laissés. 2. L'un tombe seul. Il n'en reste qu'un. 3. Il tond celui-là. Plus de mesure au rasage. Tranché : cheveu absent, mitsva de guilouah absente.
Rav Aha : on tond d'abord, la mesure est là. Ravina : un cheveu tombe d'abord, et l'on tond sans mesure.
11
הדר פשטה: שער אין כאן, גילוח אין כאן. אי שער אין כאן – גילוח יש כאן! הכי קאמר: אף על פי ששער אין כאן, מצות גילוח אין כאן.

Puis il l'a tranchée : cheveu, il n'y en a pas ici ; guilouah, il n'y en a pas ici. S'il n'y a pas de cheveu ici, il y a un guilouah ici !

Voici ce qu'il dit : bien qu'il n'y ait pas de cheveu ici, la mitsva de guilouah, il n'y en a pas ici.

🗂️ Tossefot (1)
מצות גילוח אין כאן ומעכב מלשתות יין ומלטמא למתים כאלו לא גילח כלומר כמ"ד גילוח מעכב דאחר ישתה הנזיר יין אחר כולם א"נ לענין מצוה קאמר דלא קיים מצות גילוח ואליבא דכ"ע דפלוגתא היא בנזיר בפ' ג' מינין (נזיר דף מו.):
Et cela empêche de boire du vin et de se rendre impur pour un mort, comme s'il ne s'était pas tondu. C'est-à-dire selon l'avis pour qui le guilouah est me'akev (indispensable) : le nazir ne boit le vin qu'après l'ensemble des rites. Autre lecture : il parle de la mitsva, il n'a pas accompli la mitsva de guilouah, et cela selon tous les avis, car la discussion se trouve dans Nazir, au chapitre Trois espèces, Nazir 46a.
💡 Explication

Même formule que pour les bottes. Sear ein kan : un seul cheveu n'est plus une mesure. Guilouah ein kan : tondre ce cheveu unique laisse la mitsva inaccomplie.

Objection : si le cheveu significatif a disparu, le guilouah est fait. Réponse : absence de cheveu à tondre, et mitsva non faite. Tossefot : selon l'avis que le guilouah est me'akev, le nazir reste interdit de vin et d'impureté d'un mort. Autre lecture : seul le compte de la mitsva manque, et les deux avis de Nazir 46a s'y retrouvent.

12
ואמר רבא, הרי אמרו: חבית שניקבה, וסתמוה שמרים – הצילוה. בעי רבא: אגף חציה, מהו?

Et Rava a dit : voici qu'ils ont dit : une jarre qui a été percée, et qu'on a bouchée avec des shemarim (lies), ceux-ci l'ont sauvée. Rava a demandé : il en a bouche la moitié, qu'en est-il ?

📜 Rachi (2)
חבית שניקבה וסתמוה שמרים ונתנוה ע"פ ארובה וממרחת יפה סביבותיה וטומאה בבית מצלת על העלייה כולה מלבא בה שום טומאה דסתימת שמרים סתימה היא ולא שלטה ביה טומאה במסכת כלים בפרק ואלו מצילין:
Une jarre percée, bouchée avec des lies. On l'a placée sur l'ouverture d'une lucarne, bien enduite tout autour. La toumah (impureté) est dans la maison. Elle protège tout l'étage, de sorte qu'aucune impureté n'y entre. Le bouchage par les lies est un bouchage, et l'impureté ne s'en empare pas. Dans le traité Kelim, au chapitre 'Et voici ceux qui sauvent'.
אגף לשון מגופה אגף חציה היה בה תחתיה שיעור נקב לטמא וכלי המקבל טומאה אינו חוצץ בפני הטומאה ואגף בטיט חציה מהו מי אמרינן השתא מיהא ליכא שיעור נקב או דלמא הא לא סתם שיעור סתימה:
Agaf : du mot megoufa (couvercle). Il en a bouche la moitié. Il y avait en dessous la mesure d'un trou qui rend impur. Un ustensile susceptible de toumah ne fait pas hatsitsa (séparation) devant la toumah. Il a bouche à l'argile la moitié : qu'en est-il ? Disons-nous : maintenant, en tout cas, la mesure du trou a disparu ? Ou bien : il n'a pas bouche selon la mesure du bouchage.
🗂️ Tossefot (2)
הרי אמרו חבית שנקבה וסתמוה שמרים כו' מה שפירש בקונטרס חבית שנתנה ע"פ ארובה ומצלת על העלייה אין נראה דההיא משנה דמייתי בסמוך חבית שנקבה היא במס' כלים בפ"י (מ"ו) דמשמע דמיירי להציל מה שבתוכה אם היא באהל המת דאי הוה מיירי ע"פ ארובה היה לו לשנותה במס' אהלות ועוד דלשון הצלה לא הוה משמע הכי דה"ל למימר חוצצת ונראה לפרש דאיירי בחבית המוקפת צמיד פתיל שאין טומאה נכנסת בה באהל המת ונקבה בכונס משקה דהכי הויא שיעורא כדאמר במס' כלים (פ"ט מ"ח) וסתמוה שמרים מצלת על כל מה שבתוכה והא דאמר בסוף המצניע (שבת דף צו.) ולענין צמיד פתיל עד שיפחת רובו היינו בסתומה שאם נקבה וסתמה הוי שם כלי עליה עד שיפחות רובה דאז לא מהני לה סתימה דהוי כאוכלים שגיבלן בטיט כיון דאין שם כלי עליו ולא כמו שפי' בקונטרס בהמצניע ולענין צמיד פתיל עד שיפחת רובו דכלי חרס המוקף צמיד פתיל אין טומאה נכנסת דרך נקביו עד שיפחת רובו כדמוכח במסכת כלים בפרק שלשה דשיעורו בכונס משקה וכן משמע בההיא שמביא התם בקונטרס נתנה קדירה ע"פ ארובה דאמר ב"ש הכל טמאים בכונס משקה ואפילו ב"ה לא מטהרי אלא עלייה אבל קדירה טמאה אלמא טומאה נכנסת בתוכו בכונס משקה:
Ce que le commentaire explique, une jarre placée sur l'ouverture d'une lucarne et qui protège l'étage, ne tient pas. Car cette michna qu'il cite juste après, une jarre percée, est dans le traité Kelim, chapitre 10, michna 6. Il en ressort qu'il s'agit de sauver ce qui est à l'intérieur, si elle se trouve dans la tente d'un mort. S'il s'agissait d'une lucarne, il aurait fallu l'enseigner dans le traité Ohalot. De plus, le mot sauver (hatzala) ne va pas dans ce sens : il aurait fallu dire qu'elle fait séparation (hotsetset). Il convient d'expliquer qu'il s'agit d'une jarre entourée d'un tzamid patil (couvercle serré), de sorte que la toumah n'y entre pas dans la tente d'un mort. Elle a été percée à la mesure d'un kones mashke (orifice où un liquide s'introduit), car telle est la mesure, comme il est dit dans Kelim 9:8. On l'a bouchée avec des lies : elle sauve tout ce qui est à l'intérieur. Et ce qu'on dit à la fin de HaMatznia, Chabbat 96a, au sujet du tzamid patil, jusqu'à ce que la majeure partie soit entamée : cela vise une jarre fermée. Si on l'a percée puis rebouchée, le nom d'ustensile reste sur elle jusqu'à ce que la majeure partie soit entamée. Alors le bouchage ne sert plus : c'est comme des aliments pétris dans l'argile, puisqu'il n'y a plus sur elle le nom d'ustensile. On écarte ici l'explication du commentaire dans HaMatznia : au sujet du tzamid patil, jusqu'à ce que la majeure partie soit entamée, un ustensile de terre entouré d'un tzamid patil ne laisserait entrer la toumah par ses trous que lorsque la majeure partie est entamée. Or Kelim, chapitre 3, prouve que sa mesure est le kones mashke. De même ce que le commentaire cite là-bas : on a placé une marmite sur l'ouverture d'une lucarne. Beit Chammai dit : tous sont impurs dès le kones mashke. Même Beit Hillel ne déclare pur que l'étage ; la marmite, elle, est impure. Donc la toumah entre à l'intérieur dès le kones mashke.
אגף חציה תימה היכי דמיא הך בעיא להנך בעיות דלעיל דכיון דגף אין כאן נקב ולמה לא תועיל הסתימה דמ"ל אם לא נקבה מעולם אלא כך ומ"ל שאגף חציה [ועוד] תימה דהכא אמר בסתמוה שמרים שמה סתימה ובספ"ק דיבמות (דף טו:) אמרינן חבית של זיתים מגולגלים ב"ש אומרים אין צריכה לינקב ומודים שאם נקבה וסתמוה שמרים שהיא טהורה וי"ל דהתם ודאי לענין הכשר מסתמא לא ניחא להו לבעלים במה שיוצא ממנה כיון שנקבה אף על פי שסתמוה שמרים לאו סתימה מעלייתא היא אבל לענין להציל מטומאה הויא סתימה מעלייתא:
Étonnement : en quoi cette question ressemble-t-elle aux questions précédentes ? Dès qu'il a bouche, il n'y a plus de trou. Pourquoi le bouchage resterait-il sans effet ? Qu'importe qu'elle n'ait jamais été percée et qu'elle soit ainsi, qu'importe qu'il en ait bouche la moitié. Autre étonnement : ici, quand on l'a bouchée avec des lies, cela s'appelle un bouchage. Or à la fin du premier chapitre de Yevamot, 15b, on dit : une jarre d'olives roulées, Beit Chammai dit qu'elle n'a pas besoin d'être percée, et ils conviennent que si on l'a percée et bouchée avec des lies, elle est pure. On peut répondre : là-bas, pour le hekhcher (mise en état de recevoir l'impureté), en principe les propriétaires ne veulent pas de ce qui en sort, des lors qu'elle est percée. Même bouchée avec des lies, le bouchage manque de valeur. Pour sauver de la toumah, en revanche, c'est un bouchage valable.
💡 Explication

Troisième question, même moule. Michna de Kelim 10:6 : une jarre percée, rebouchée avec les shemarim (lies du vin), redevient fermée. Elle sauve son contenu de la toumah.

Rava : on ne bouche que la moitié du trou, avec une matière qui tient. À présent, le trou est sous la mesure. Au départ, la mesure était là, et le bouchage reste incomplet.

Rachi lit la michna comme une jarre posée sur une lucarne, qui protège l'étage. Tossefot la lit comme un tzamid patil : elle sauve ce qu'elle contient dans la tente d'un mort, dès que le trou atteint le kones mashke.

13
אמר ליה רב יימר לרב אשי: לאו משנתנו היא זו? דתנן: חבית שניקבה וסתמוה שמרים – הצילוה. פקקה בזמורה – עד שימרח. היו בה שתים – עד שימרח מן הצדדים, ובין זמורה לחבירתה.

Rav Yeimar dit à Rav Ashi : n'est-ce pas notre michna ? Car nous avons appris : une jarre qui a été percée, et qu'on a bouchée avec des shemarim, ceux-ci l'ont sauvée.

On l'a bouchée avec un sarment : jusqu'à ce qu'on enduise. S'il y en avait deux : jusqu'à ce qu'on enduise depuis les côtés, et entre un sarment et son voisin.

📜 Rachi (2)
פקקה בזמורה ואין שם שמרים:
On l'a bouchée avec un sarment, et il n'y a pas de lies là.
עד שימרח בטיט מן הצדדין של זמורה לסותמו היטב:
Jusqu'à ce qu'on enduise d'argile, depuis les côtés du sarment, pour bien le boucher.
💡 Explication

Rav Yeimar croit la question déjà tranchée par la suite de la michna. Un sarment dans le trou ne suffit pas : il faut enduire les jours à l'argile. Deux sarments : enduire les côtés, et l'intervalle entre eux. Tant que l'enduit manque, la jarre ne sauve pas.

14
טעמא דמרח, הא לא מרח – לא; אמאי? ותיהוי כי אגף חציה!

La raison est qu'il a enduit. Donc, s'il n'a pas enduit, non.

Pourquoi ? Que cela vaille comme s'il en avait bouche la moitié !

💡 Explication

Rav Yeimar serre le texte. La jarre ne sauve qu'une fois l'enduit posé. Sans enduit, elle ne sauve pas. Un sarment qui laisse des jours ressemble à la moitié bouchée de Rava. La question aurait déjà sa réponse dans la michna.

15
אמרי: הכי השתא?! התם – אי לא מרח לא קאי, אגף חציה – במידי דקאי קאי.

On répond : comment comparer, à présent ? Là-bas, s'il n'enduit pas, cela ne tient pas.

Quand il en bouche la moitié, c'est avec une matière qui tient que cela tient.

💡 Explication

On sépare les deux cas. Le sarment, sans enduit, ne reste pas en place. Agaf hatsia, boucher la moitié avec une matière qui tient, laisse un bouchage stable sur la partie couverte. La question de Rava demeure ouverte.

🖼️ Schéma
Pourquoi le sarment ne répond pas à Rava Sarment, sans enduit Le bouchon ne tient pas. La michna exige l'argile. Sans enduit : la jarre ne sauve pas. Moitié bouchée, matière stable Ce qui est posé tient. Le trou restant est sous la mesure. Autre cas. La question de Rava demeure.
Le sarment sans enduit ne tient pas. La moitié bouchée avec une matière stable est un autre cas.
16
ואמר רבא, הרי אמרו: גזל חמץ ועבר עליו הפסח – אומר לו: ״הרי שלך לפניך״. בעי רבא:

Et Rava a dit : voici qu'ils ont dit : il a volé du hametz, et Pessa'h est passé sur lui, il lui dit : voici le tien devant toi. Rava a demandé :

💡 Explication

Quatrième question, ouverte seulement. Règle posée : hametz volé, Pessa'h passé, le voleur dit : voici le tien devant toi. La question de Rava continue au daf 105b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).