Bava Kamma 109a — Remise du vol : à soi-même ou à autrui

Bava_Kamma 109a

Sougya : La michna achève le vœu du père. S'il a interdit au fils de jouir de son bien en sa vie et après sa mort, le fils n'hérite pas ; s'il n'a rien pour vivre, il emprunte et les créanciers se paient sur sa part.

La Guemara revient au vol du père : sans héritier, Rav Yossef verse le bien à la bourse de tsedaka, et Rav Papa exige de le déclarer. La question centrale est la mehila (remise) : le voleur devenu seul ayant droit peut-il se remettre le keren (principal) à lui-même ?

Rabbi Yo'hanan répartit les michnayot entre Rabbi Yossi ha-Gelili et Rabbi Akiva, à partir de la baraita du ger (converti) qui transforme le vol en prêt. Rav Sheshet et Rava refusent ce partage : chacun lit les deux michnayot chez un seul tanna, en séparant la remise à autrui et la remise à soi-même.

Le voleur peut-il se remettre le keren à lui-même ? Fils seul héritier, ou voleur du ger après la mort. Trois lectures. Michna 103a : la victime remet le keren et maintient le khomesh (cinquième). Le keren relève donc de la mehila. Pourquoi le fils, seul héritier, ne se l'appliquerait-il pas ? Rabbi Yo'hanan Deux tannaim. R. Yossi ha-Gelili : mehila, soi et autrui. Rabbi Akiva : aucune mehila, ni soi ni autrui. La zekifa (prêt) montre jusqu'où va Rabbi Akiva. Rav Sheshet Les deux michnayot : R. Yossi ha-Gelili. Autrui : mehila. Soi-même : pas de mehila. Le voleur du ger garde le bien à cause du prêt, qui vaut mehila d'autrui. Rava Les deux michnayot : Rabbi Akiva. Soi-même : pas de mehila. Autrui : mehila. Chez R. Yossi, la remise à soi-même suffit. Le prêt n'est pas décisif. Point commun de Rav Sheshet et de Rava : le fils seul héritier ne se remet pas le vol. Ils divergent sur le tanna, et sur ce que fait la transformation du vol en prêt.
Trois lectures : Rabbi Yohanan sépare les tannaim ; Rav Sheshet et Rava séparent les cas.
Baraita : vol du ger, puis prêt Nombres 5, 8. Le ger mort sans héritier juif. Suite : Bava Kamma 109a. 1. Vol et serment faux. 2. Nouvelle de la mort du ger. 3. Route Vers Jérusalem, argent et acham pour les cohanim. 4. Rencontre Le ger est vivant. 5. Zekifa Le ger constitue la somme en prêt. 6. Mort Le ger meurt sans héritier. Rabbi Yossi ha-Gelili Le voleur acquiert ce qu'il a en main. Le prêt a fait sortir la somme du vol. À la mort, le bien est hefker. Rabbi Akiva Aucune takana (issue) tant que l'objet volé reste sous sa main. Même après la zekifa.
Le ger est retrouvé vivant, constitue le vol en prêt, puis meurt. Rabbi Yossi et Rabbi Akiva divergent.
Qui peut remettre, et dans quel cas ? Mehila à autrui : la victime remet au voleur. Mehila à soi-même : le voleur héritier se remet le bien. À autrui À soi-même R. Yo'hanan R. Yossi ha-Gelili Mehila Mehila R. Yo'hanan Rabbi Akiva Pas de mehila Pas de mehila Rav Sheshet et Rava Mehila Michna : il a remis le keren. Pas de mehila Le fils paie aux héritiers.
Mehila à autrui et mehila à soi-même, selon la première lecture puis selon Rav Sheshet et Rava.
1
בְּחַיָּיו וּבְמוֹתוֹ, אִם מֵת – לֹא יִירָשֶׁנּוּ, וְיַחְזִיר לְבָנָיו אוֹ לְאֶחָיו. וְאִם אֵין לוֹ – לֹוֶה וּבַעֲלֵי חוֹב בָּאִים וְנִפְרָעִים.

En sa vie et en sa mort : s'il meurt, il n'hérite pas de lui, et il restitue à ses fils ou à ses frères. Et s'il n'a rien, il emprunte, et les créanciers viennent et se font payer.

📜 Rachi (2)
בְּחַיָּיו וּבְמוֹתוֹ אִם מֵת לֹא יָרַשְׁנוּ:
S'il meurt, il n'hérite pas de lui.
וְאִם אֵין לוֹ מַה יֹאכַל לֹוֶה וְאוֹכֵל וּבַעֲלֵי חוֹב בָּאִין וְנִפְרָעִין מִן הַיְּרֻושָּׁה אֶת חֶלְקוֹ:
De quoi mangerait-il ? Il emprunte et il mange, et les créanciers viennent recouvrer sur l'héritage sa part.
🗂️ Tossefot (1)
ב"ח בָּאִין וְנִפְרָעִין אַחַר מִיתָה וַאֲפִילּוּ בְּחַיָּיו הָוֵי שָׁרִי בכה"ג כִּדְאָמְרִינַן (נְדָרִים דַּף מג.) הַמֻּודָּר הֲנָאָה מֵחֲבֵירוֹ וְאֵין לוֹ מַה יֹּאכַל יֵלֵךְ אֵצֶל חֶנְוָנִי הָרָגִיל אֶצְלוֹ וְיֹאמַר לוֹ אִישׁ פְּלוֹנִי מֻודָּר הֲנָאָה מִמֶּנִּי וְאֵין לוֹ מַה יֹּאכַל וְאֵינִי יוֹדֵעַ מָה אֶעֱשֶׂה לוֹ נוֹתֵן לוֹ וּבָא וְנוֹטֵל מִזֶּה אֶלָּא לְפִי שֶׁזֶּה אֵין רוֹצֶה שֶׁיֵּהָנֶה מִמֶּנּוּ כְּלָל בְּחַיָּיו וְאֵין יָכוֹל לַעֲשׂוֹת תַּקָּנָה אֶלָּא מִדַּעְתּוֹ וְהָא דְּלָא תָּנֵי הָכָא וְאִם אֵין רוֹצֶה כִּדְקָתָנֵי רֵישָׁא מִשּׁוּם שֶׁהֲרֵי וַדַּאי [אֵינוֹ] רוֹצֶה אוֹ שֶׁמָּא דַּוְקָא אֵין לוֹ מַה יֹּאכַל שְׁרֵי כִּדְקָתָנֵי גַּבֵּי הַמֻּודָּר הֲנָאָה מֵחֲבֵירוֹ אֲבָל אִם יֵשׁ לוֹ מַה יֹאכַל אַפֵּי' [אֵינוֹ] רוֹצֶה אֵין לוֹ תַּקָּנָה בְּכָךְ וא"ת וְהֵיאַךְ נִפְרָע מִמֶּנּוּ וְהָא תְנַן בְּפֶרֶק אֵין בֵּין הַמֻּודָּר (נְדָרִים דַּף לג.) הַמֻּודָּר הֲנָאָה מֵחֲבֵירוֹ שׁוֹקֵל לוֹ שִׁקְלוֹ וּפוֹרֵעַ לוֹ חוֹבוֹ ופר"ת דְּדַוְקָא בִּמְזוֹנוֹת אִשְׁתּוֹ אֲבָל שְׁאָר חוֹבוֹת אָסוּר לִפְרֹועַ דְּוַדַּאי קָא מִשְׁתָּרְשִׁי לֵיהּ וְאָסוּר וה"נ מִשְׁתָּרְשִׁי לֵיהּ וי"ל דְּלָא דָּמֵי דְּהָתָם כֵּיוָן שֶׁמִּתְחַייֵּב לְמִי שֶׁפָּרַע בַּעֲבוּרוֹ אִם יִפְרַע בְּחִנָּם בַּעֲבוּרוֹ א"כ מְהַנֵּהוּ וְאָסוּר אֲבָל הָכָא מַה שֶׁבָּאִים ב"ח וְנִפְרָעִין מִן הַנְּכָסִים אֵין זֶה נֶהֱנֶה מִן הַנְּכָסִים וְהַהִיא דְּהוֹלֵךְ אֵצֶל חֶנְוָנִי לֹא תִּקְשֶׁה דְּהָתָם דֶּרֶךְ מַתָּנָה מַיְירֵי שֶׁהַחֶנְוָנִי נוֹתֵן לָזֶה פֵּירוֹת בְּמַתָּנָה וְחוֹזֵר וּמְקַבֵּל מִזֶּה מָעוֹת דֶּרֶךְ מַתָּנָה אֲבָל הָא דְאָמַר בְּפֶרֶק הַשֻּׁותָּפִין (נְדָרִים דַּף מז:) קוֹנָם אִשְׁתִּי שֶׁאֲנִי נֶהֱנֵית לְךָ כו' לֹוֶה וב"ח בָּאִין וְנִפְרָעִין מִבַּעַל בִּשְׁלָמָא קוֹנָם שֶׁאֲנִי נֶהֱנֶה לְאִשְׁתִּי אִיכָּא לְמֵימַר בִּמְזוֹנוֹת אִשְׁתּוֹ וְאַלִּיבָּא דִּתְנַן אֶלָּא קוֹנָם שֶׁאֲנִי נֶהֱנֶה לְךָ מַשְׁמַע שֶׁאוֹמֵר לַחֲבֵירוֹ נִמְצָא שֶׁהוּא פּוֹרֵעַ חוֹבוֹ וְיֵשׁ לוֹמַר כְּגוֹן שֶׁלָּוָה הֵימֶנּוּ עַל מְנָת שֶׁלֹּא לִפְרֹועַ דְּהַשְׁתָּא אֵין נֶהֱנֶה כְּלוּם בְּמַה שֶׁפּוֹרֵעַ חוֹבוֹ וא"ת וְכִי בְּשׁוּפְטָנֵי עָסְקִינַן שֶׁיִּלְוֶה ע"מ שֶׁלֹּא לִפְרֹועַ וי"ל שֶׁהוּא אוֹהֲבוֹ שֶׁלֹּא יַנִּיחַ מִלִּפְרֹועַ בַּעֲבוּרוֹ:
Après la mort. Même de son vivant, ce serait permis dans un cas de ce genre, comme nous le disons (Nedarim 43a) : celui qui est muddar hanaa (interdit par vœu de tirer profit) de son prochain, et qui n'a pas de quoi manger, va chez l'épicier habitué à traiter avec lui et lui dit : Un tel est interdit de tirer profit de moi, il n'a pas de quoi manger, et je ne sais que faire pour lui. L'épicier lui donne, puis vient et prend de celui-ci. Mais celui-ci ne veut pas que le fils tire de lui le moindre profit de son vivant, et l'on ne fait cet arrangement qu'avec son assentiment. Si l'on n'enseigne pas ici : et s'il ne veut pas, comme l'enseigne le reshit, c'est qu'à coup sur il ne veut pas. Ou bien, peut-être, seul le cas où il n'a pas de quoi manger est permis, comme on l'enseigne pour celui qui est muddar hanaa de son prochain ; s'il a de quoi manger, même lorsqu'il ne veut pas, cet arrangement ne lui sert pas. Et si tu demandes : comment se fait-on payer sur lui ? Nous avons pourtant appris, au chapitre Ein bein ha-muddar (Nedarim 33a) : celui qui est muddar hanaa de son prochain, on pèse pour lui son chekel et on acquitte sa dette. Rabbeinou Tam explique : seulement pour l'entretien de sa femme ; pour les autres dettes, il est interdit d'acquitter, car cela lui profite à coup sur (mishtarshei leih), et c'est interdit. Ici aussi, cela lui profite. On répond : les cas diffèrent. Là, dès lors qu'il devient obligé envers celui qui a payé pour lui, si celui-ci paye gratuitement à sa place, il lui procure un profit, et c'est interdit. Ici, les créanciers viennent se faire payer sur les biens, et le fils ne jouit pas de ces biens. Le cas de l'épicier ne fait pas difficulté : là, on procède par don. L'épicier donne à celui-ci des fruits en don, puis reçoit de celui-là de l'argent en don. Mais on enseigne au chapitre Ha-shutafin (Nedarim 47b) : Konam, ma femme, que je tire profit de toi, etc. : il emprunte, et les créanciers viennent se faire payer du mari. Soit, pour : konam, que je tire profit envers ma femme, on peut dire qu'il s'agit de l'entretien de sa femme, conformément à la michna. Mais : konam, que je tire profit de toi, signifie qu'il le dit à son prochain, et celui-ci se trouve acquitter sa dette. On peut dire : par exemple, il a emprunté de lui à condition de ne pas rembourser. Dès lors, il ne tire aucun profit de ce qu'on acquitte sa dette. Et si tu demandes : traitons-nous avec des imbéciles (be-shufetanei askinan), pour qu'il prête à condition de ne pas être remboursé ? On répond : c'est son ami ; il ne s'abstiendra pas de payer pour lui.
💡 Explication

Suite de la michna ouverte en 108b. Le père a voué : konam, le fils ne jouira pas de son bien. La clause de ce segment vise la vie et la mort. À la mort du père, le fils n'hérite pas. Sa part va à ses fils ou à ses frères.

S'il n'a pas de quoi manger, il emprunte à un tiers. Les ba'alei hov (créanciers) prennent sa part dans la succession. Rachi : il mange de l'emprunt ; eux recouvrent sur l'héritage.

Tossefot compare le muddar hanaa de Nedarim. De son vivant, l'épicier qui avance la nourriture suppose l'accord du père, et le père refuse toute jouissance. Rabbeinou Tam limite l'acquittement d'une dette, permis par la michna de Nedarim 33a, à l'entretien de l'épouse : une autre dette profite au débiteur. Ici les créanciers prennent les biens eux-mêmes, et le fils mange de l'emprunt.

🖼️ Schéma
Vœu : en sa vie et après sa mort Formule de ce daf Konam, pas de jouissance, en sa vie et en sa mort. 108b : si le vœu ne vise que la mort, le fils hérite. Le père meurt Le fils n'hérite pas. Il rend sa part à ses fils ou à ses frères. S'il n'a rien Il emprunte et mange. Les créanciers prennent sa part dans l'héritage. Tossefot : de son vivant, l'arrangement de l'épicier demande l'accord du père.
La clause vie et mort ferme l'héritage. Sans quoi manger, l'emprunt ouvre le recouvrement.
2
גְּמָ׳ אָמַר רַב יוֹסֵף: אֲפִילּוּ לְאַרְנָקִי שֶׁל צְדָקָה. אָמַר רַב פָּפָּא: וְצָרִיךְ שֶׁיֹּאמַר: ״זֶה גָּזֵל אָבִי״.

Guemara. Rav Yossef a dit : même pour une arnaki shel tsedaka (bourse de la charité).

Rav Papa a dit : et il faut qu'il dise : ceci est le gezel (bien volé) de mon père.

📜 Rachi (2)
גְּמ' וְאַפֵּי' לְאַרְנָקִי שֶׁל צְדָקָה אִם אֵינוֹ מוֹצֵא יוֹרֵשׁ לְאָבִיו לְמִי יָשִׁיב יִתֵּן אוֹתָהּ לְאַרְנָקִי שֶׁל צְדָקָה וְלֹא יְעַכְּבֶנּוּ בְּיָדוֹ:
S'il ne trouve pas d'héritier de son père à qui restituer, il le donne à la bourse de la tsedaka, et il ne le retient pas en sa main.
וְצָרִיךְ שֶׁיֹּאמַר כְּשֶׁהוּא מֵשִׁיב לְאַרְנָקִי שֶׁל צְדָקָה זֶה גֶּזֶל אַבָּא:
Quand il restitue à la bourse de la tsedaka : ceci est le vol de mon père.
💡 Explication

La Guemara quitte le vœu et reprend la michna du voleur de son père (108b) : il paie le keren, le khomesh et l'asham aux fils ou aux frères. S'il ne trouve aucun héritier, Rav Yossef lui interdit de garder le bien : il le verse à la bourse de tsedaka.

Rav Papa ajoute une déclaration. Au moment du versement, il dit que cet argent est le vol de son père. La bourse reçoit un bien identifié, avec son origine.

3
אַמַּאי? נִמְחָלֶיהָ לְנַפְשֵׁיהּ! מִי לָא תְּנַן: מָחַל לוֹ עַל הַקֶּרֶן וְלֹא מָחַל לוֹ עַל הַחֹומֶשׁ? אַלְמָא בַּר מְחִילָה הוּא!

Pourquoi ? Qu'il se la remette à lui-même !

N'avons-nous pas appris : il lui a remis le keren (principal), et il ne lui a pas remis le khomesh (cinquième) ? On en déduit qu'il relève de la mehila (remise).

📜 Rachi (2)
וְנִמְחֲלֵיהּ לְנַפְשֵׁיהּ הֵיכָא דְּאֵין יוֹרֵשׁ אֶלָּא הוּא וְכֻולָּהּ שֶׁלּוֹ:
Là où il n'y a d'héritier que lui, et où le tout est à lui.
מִי לָא תְּנַן מָחַל לוֹ עַל הַקֶּרֶן וְלֹא מִקַּייְמָא מִצְוַת הֲשָׁבָה אַלְמָא לְמִיפַּק יְדֵי גְּזֵילָה בָּעֵינַן וְהָא נָפְקָא לֵיהּ בִּמְחִילָה הָכָא נָמֵי כֵּיוָן דִּירֻושָּׁה קַמֵּיהּ נָפְלָה נְפַק לֵיהּ מִידִי גְּזֵילָה:
Et la mitsva de hashava (restitution) n'est pas accomplie. On en déduit que nous exigeons de sortir du gezel (vol), et il en sort par la mehila. Ici aussi, des lors que l'héritage lui est échu, il sort du gezel.
💡 Explication

Question sur le fils qui est le seul héritier. Le bien volé lui revient par la succession. Pourquoi une procédure de restitution, au lieu d'une mehila qu'il se ferait à lui-même ?

Preuve, michna de Bava Kamma 103a. La victime peut remettre le keren et maintenir le khomesh. Le principal sort donc de l'obligation par une remise, sans remise physique de l'objet. Rachi en tire que l'héritage, en faisant tomber le bien devant le fils, le ferait sortir du vol.

🖼️ Schéma
Michna 103a, citée contre le fils seul héritier La victime remit le keren, maintint le khomesh. Conséquence Le keren sort du vol par la mehila. Question Le fils seul héritier devrait se remettre le keren à lui-même. Rachi : sortir du statut de gezel (vol) suffit. L'héritage le fait, selon cette hava amina.
La michna 103a montré que le keren tombe par une mehila. D'où la question sur le fils.
4
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לָא קַשְׁיָא; הָא רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, הָא רַבִּי עֲקִיבָא.

Rabbi Yo'hanan a dit : il n'y a pas de difficulté. L'une est Rabbi Yossi ha-Gelili, l'autre est Rabbi Akiva.

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan refuse d'opposer les deux michnayot à l'intérieur d'un seul avis. La michna où la mehila du keren tient suit Rabbi Yossi ha-Gelili. La michna où le fils doit payer aux héritiers, sans se remettre le vol, suit Rabbi Akiva.

5
דְּתַנְיָא: ״וְאִם אֵין לָאִישׁ גֹּאֵל לְהָשִׁיב הָאָשָׁם״ – וְכִי יֵשׁ אָדָם בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁאֵין לוֹ גּוֹאֲלִים? אֶלָּא בְּגֶזֶל הַגֵּר הַכָּתוּב מְדַבֵּר –

Car on enseigne dans une baraita : Et si l'homme n'a pas de goel (héritier) pour lui restituer l'acham. Y a-t-il un homme en Israël qui n'ait pas de goelim ?

Le verset parle du gezel ha-ger (vol commis envers un converti).

📜 Rachi (4)
לְהָשִׁיב הָאָשָׁם זֶה קֶרֶן שֶׁל גְּזֵילָה כִּדְתַנְיָא לְקַמָּן בְּפִרְקִין (בָּבָא קַמָּא דַּף קי.):
C'est le keren (principal) du vol, comme on l'enseigne plus loin dans notre chapitre (Bava Kamma 110a).
גּוֹאֵל יוֹרֵשׁ:
Héritier.
וְכִי יֵשׁ לְךָ אָדָם בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁאֵין לוֹ גּוֹאֲלִים אִם אֵין לוֹ בֵּן אוֹ בַת אוֹ אָח יֵשׁ לוֹ קָרוֹב עַד יַעֲקֹב אָבִינוּ הַקָּרוֹב קָרוֹב יוֹרֵשׁ:
S'il n'a ni fils, ni fille, ni frère, il a un parent jusqu'à Yaakov notre père : le plus proche hérite.
אֶלָּא בְּגֶזֶל הַגֵּר וְנִשְׁבַּע לַשֶּׁקֶר דִּכְתִיב לִמְעוֹל מָעַל בָּהּ':
Et il lui a juré faussement, car il est écrit : pour commettre une fraude envers ה'.
💡 Explication

Preuve de Rabbi Yo'hanan, baraita sur Nombres 5, 8. Le verset prévoit un homme sans goel à qui rendre l'asham. Tout Juif a une parenté, jusqu'à Yaakov : le plus proche hérite. Le verset vise donc un ger, converti sans héritier juif.

Rachi fixe le vocabulaire. Acham, dans ce verset, désigne le keren du vol. Le cas suppose aussi un serment faux, celui de la fraude envers ה'.

6
הֲרֵי שֶׁגָּזַל הַגֵּר, וְנִשְׁבַּע לוֹ; וְשָׁמַע שֶׁמֵּת הַגֵּר, וְהָיָה מַעֲלֶה כַּסְפּוֹ וַאֲשָׁמוֹ לִירוּשָׁלַיִם; וּפָגַע בְּאוֹתוֹ הַגֵּר, וּזְקָפוֹ עָלָיו בְּמִלְוָה, וּמֵת – זָכָה הַלָּה בְּמַה שֶּׁבְּיָדוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֵין לוֹ תַּקָּנָה עַד שֶׁיּוֹצִיא גְּזֵילוֹ מִתַּחַת יָדוֹ.

Voici : il a volé un ger, et il lui a juré ; il a appris que le ger était mort, et il montait son argent et son acham à Jérusalem ; il a rencontré ce ger, celui-ci la lui a constitutee en prêt, et il est mort : l'autre a acquis ce qu'il a en main. Paroles de Rabbi Yossi ha-Gelili.

Rabbi Akiva dit : il n'a pas de takana (issue) tant qu'il n'a pas fait sortir son vol de sous sa main.

📜 Rachi (2)
וְהָיָה מַעֲלֶה כַּסְפּוֹ וַאֲשָׁמוֹ לִירוּשָׁלַיִם לַכֹּהֲנִים כְּדִכְתִיב הָאָשָׁם הַמּוּשָׁב לַה' לַכֹּהֵן וְאָמְרִינַן לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין אָשָׁם זֶה קֶרֶן:
Aux cohanim, comme il est écrit : l'acham restitué sera pour ה', pour le cohen. Et nous disons plus loin dans notre passage : cet acham, c'est le keren (principal).
וּזְקָפוֹ עָלָיו גֵּר בְּמִלְוֶה נְפַק לֵיהּ מִתּוֹרַת גְּזֵילָה וּלְכִי מָייֵת גֵּר הֲוָה לֵיהּ הַאי מֻוחְזָק וְזָכָה מִן הַהֶפְקֵר:
Le ger, en prêt. Elle est sortie du régime du vol. Et quand le ger meurt, celui-ci la détient, et il acquiert sur le hefker (bien sans maître).
💡 Explication

La baraita construit le cas. Vol, serment faux, fausse nouvelle de la mort, route vers Jérusalem pour l'argent et l'acham destinés aux cohanim. Le ger est vivant. Il fait une zekifa : il transforme la somme en prêt. Puis il meurt sans héritier.

Rabbi Yossi ha-Gelili : le voleur garde ce qu'il a en main. Rachi : la zekifa a fait sortir la somme du vol ; à la mort, ce qui reste en main s'acquiert sur le hefker. Rabbi Akiva : tant que l'objet volé n'est pas sorti de sa main, il n'a pas d'issue.

7
לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי – לָא שְׁנָא לְנַפְשֵׁיהּ לָא שְׁנָא לַאֲחֵרִים, מָצֵי מָחֵיל; וּלְרַבִּי עֲקִיבָא – לָא שְׁנָא לַאֲחֵרִים וְלָא שְׁנָא לְנַפְשֵׁיהּ, לָא מָצֵי מָחֵיל.

Selon Rabbi Yossi ha-Gelili : qu'il s'agisse de lui-même ou d'autrui, il peut remettre. Selon Rabbi Akiva : qu'il s'agisse d'autrui ou de lui-même, il ne peut pas remettre.

📜 Rachi (3)
לָא שְׁנָא לְנַפְשֵׁיהּ כְּגוֹן הָכָא דְּמַחֵיל לֵיהּ הַאי גַּבְרָא גֶּזֶל הַגֵּר לְנַפְשֵׁיהּ וה"ה גּוֹזֵל אֶת אָבִיו וְנִשְׁבַּע לוֹ וָמֵת אָבִיו דְּמַחֵיל לְנַפְשֵׁיהּ:
Comme ici, où cet homme qui a volé le ger se remet la dette à lui-même. Il en va de même de celui qui vole son père, lui jure, et dont le père meurt : il remet à lui-même.
ול"ש לַאֲחֵרִים נִגְזָל לְגוֹזֵל מָצֵי מָחֵיל וּמַתְנִי' דְּקָתָנֵי מָחַל לוֹ עַל הַקֶּרֶן רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי הִיא וְאַשְׁמְעִינַן לַאֲחֵרִים וה"ה לְנַפְשֵׁיהּ הֵיכָא דִּנְפַק מִידִי גְּזֵילָה כְּגוֹן יוֹרֵשׁ אוֹ גֶּזֶל הַגֵּר וקס"ד הַאי זְקָפוֹ לָאו דַּוְקָא כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
La victime peut remettre au voleur. La michna qui enseigne : il lui a remis le keren, est de Rabbi Yossi ha-Gelili. Elle nous apprend le cas d'autrui, et il en va de même pour lui-même là où l'on est sorti du régime du vol, par exemple un héritier, ou le vol du ger. Et nous tenons pour l'instant que cette zekifa n'est pas à prendre à la lettre, comme la suite l'explique.
לְר' עֲקִיבָא לָא שְׁנָא כו' וּמַתְנִי' דְּקָתָנֵי מְשַׁלֵּם קֶרֶן וָחֹומֶשׁ לְבָנָיו אוֹ לְאֶחָיו ר' עֲקִיבָא הִיא וּלְאַשְׁמוֹעִינַן לְנַפְשֵׁיהּ דְּלָא מָצֵי מָחֵיל וה"ה לַאֲחֵרִים דַּאֲפִילּוּ מָחֵיל לֵיהּ נִגְזָל גּוּפֵיהּ לָאו מְחִילָה הִיא:
Et la michna qui enseigne qu'il paie keren et khomesh à ses fils ou à ses frères est de Rabbi Akiva. Pour nous apprendre que, pour lui-même, il ne peut pas remettre ; et il en va de même pour autrui : même si la victime elle-même le lui remet, la remise ne tient pas.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan aligne chaque tanna sur les deux cas. Chez Rabbi Yossi ha-Gelili, la mehila vaut pour soi-même, le voleur héritier ou le voleur du ger, et pour autrui, la victime qui remet le keren. Chez Rabbi Akiva, elle ne vaut dans aucun des deux.

Rachi note l'hypothèse du moment : la zekifa de la baraita n'est pas indispensable à la lecture. La suite dira pourquoi la baraita la mentionne quand même.

8
וּלְרַבִּי יוֹסֵי – הוּא הַדִּין דַּאֲפִילּוּ לֹא זְקָפוֹ בְּמִלְוָה, וְהַאי דְּקָתָנֵי ״זְקָפוֹ עָלָיו בְּמִלְוָה״ – לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי עֲקִיבָא, דַּאֲפִילּוּ זְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוָה, אֵין לוֹ תַּקָּנָה עַד שֶׁיּוֹצִיא גְּזֵילָה מִתַּחַת יָדוֹ.

Et selon Rabbi Yossi : il en va de même même s'il ne la lui a pas constitutee en prêt. Et si l'on enseigne : il la lui a constitutee en prêt, c'est pour te faire connaître la force de Rabbi Akiva, car même s'il les lui a constitués en prêt, il n'a pas d'issue tant qu'il n'a pas fait sortir le vol de sous sa main.

📜 Rachi (1)
ה"ה אַפֵּי' לֹא זְקָפָן הִלְכָּךְ יוֹרֵשׁ אֶת אָבִיו נָמֵי אע"ג דְּלָא זְקָפוֹ עָלָיו בְּמִלְוָה וְלֹא יָצָא מִתּוֹרַת גְּזֵילָה בְּחַיֵּי אָבִיו כֵּיוָן דְּמֵת אָבִיו וְנָפְלוּ נְכָסִים לְפָנָיו מֵחֵיל לְנַפְשֵׁיהּ וּלְקַמָּן (בָּבָא קַמָּא קט ע"ב) פָּרִיךְ א"כ גֶּזֶל הַגֵּר דְּנָפֵיק לְכֹהֲנִים הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ:
Par conséquent, celui qui hérite de son père aussi : même s'il ne les lui a pas constitués en prêt, et que le bien n'est pas sorti du régime du vol du vivant du père, dès lors que le père est mort et que les biens lui sont échus, il remet à lui-même. Et plus loin (Bava Kamma 109b) on objecte : s'il en est ainsi, le vol du ger qui sort vers les cohanim, comment le trouve-t-on ?
💡 Explication

Chez Rabbi Yossi, la mort du ger suffirait, sans zekifa. La baraita parle quand même du prêt pour montrer le koah (la portée) de Rabbi Akiva : même un prêt, qui ressemble à une sortie du vol, laisse le voleur sans issue tant que l'objet reste sous sa main.

Rachi applique la même mesure au fils. Sans prêt du vivant du père, l'héritage lui ouvrirait la mehila. Il annonce l'objection de 109b : si la mehila à soi-même est si large, où trouve-t-on encore un vol de ger qui arrive aux cohanim ?

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מַתְקִיף לַהּ רַב שֵׁשֶׁת: אִי הָכִי, לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי – לַשְׁמְעִינַן לְנַפְשֵׁיהּ, וְכָל שֶׁכֵּן לַאֲחֵרִים! לְרַבִּי עֲקִיבָא – לַשְׁמְעִינַן לַאֲחֵרִים דְּלָא מָצֵי מָחֵיל, וְכָל שֶׁכֵּן לְנַפְשֵׁיהּ דְּלָא מָצֵי מָחֵיל!

Rav Sheshet objecte : s'il en est ainsi, selon Rabbi Yossi ha-Gelili, qu'on nous enseigne le cas de lui-même, et à plus forte raison celui d'autrui ! Selon Rabbi Akiva, qu'on nous enseigne le cas d'autrui, où il ne peut pas remettre, et à plus forte raison celui de lui-même, où il ne peut pas remettre !

💡 Explication

Rav Sheshet reproche à Rabbi Yo'hanan l'ordre des enseignements. Si Rabbi Yossi ha-Gelili permet les deux remises, la michna devrait enseigner la remise à soi-même : on en déduirait, à plus forte raison, la remise à autrui. Elle enseigne seulement autrui.

Si Rabbi Akiva interdit les deux, la michna devrait enseigner le refus à autrui : on en déduirait, à plus forte raison, le refus à soi-même. Elle enseigne seulement le fils, qui est le cas de soi-même. Chaque texte enseignerait le cas que l'autre rend déjà connu.

🖼️ Schéma
Objection de Rav Sheshet : le kal va-homer manque R. Yossi ha-Gelili, si tout se remet Qu'on enseigne la remise à soi-même. À plus forte raison, à autrui. La michna 103a n'enseigne que le cas d'autrui. Rabbi Akiva, si rien ne se remet Qu'on enseigne le refus à autrui. À plus forte raison, à soi-même. La michna du fils n'enseigne que le cas de soi-même. Chaque michna enseignerait le cas le plus faible. Rav Sheshet abandonne ce découpage.
Si un tanna traite les deux cas de la même façon, la michna devrait enseigner le plus fort.
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אֶלָּא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: הָא וְהָא רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי; כִּי קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּמָצֵי מָחֵיל – לַאֲחֵרִים, אֲבָל לְנַפְשֵׁיהּ – לָא מָצֵי מָחֵיל. אֶלָּא אַמַּאי זָכָה הַלָּה בְּמַה שֶּׁבְּיָדוֹ? מִשּׁוּם דִּזְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוָה.

Mais Rav Sheshet a dit : l'une et l'autre sont Rabbi Yossi ha-Gelili. Quand Rabbi Yossi ha-Gelili dit qu'il peut remettre, c'est pour autrui ; mais pour lui-même, il ne peut pas remettre.

Mais alors, pourquoi l'autre a-t-il acquis ce qu'il a en main ? Parce qu'il les lui a constitués en prêt.

📜 Rachi (1)
הָא וְהָא ר' יוֹסֵי הָא דְּאָמַר בִּזְקָפוֹ בְּמִלְוֶה דְּכֵיוָן דְּאַפְּקָהּ גֵּר גּוּפֵיהּ דַּהֲוָה נִגְזָל מִתּוֹרַת גְּזֵילָה דְּהָוֵי כְּמוֹחֵל לַאֲחֵרִים הָוֵי מְחִילָה וּלְכִי מָיֵית קַנְייֵהּ הַאי הִלְכָּךְ מָחַל לוֹ עַל הַקֶּרֶן דְּמַתְנִי' ר' יוֹסֵי הִיא דְּאִי לְרַבִּי עֲקִיבָא בָּעֵי הֲשָׁבָה מִשֶּׁלּוֹ כִּדְקָתָנֵי אֵין לוֹ תַּקָּנָה עַד שֶׁיּוֹצִיא גְּזֵילָה וְסֵיפָא נָמֵי רַבִּי יוֹסֵי הִיא דְּמוֹדֵי רַבִּי יוֹסֵי לְנַפְשֵׁיהּ דְּלָא מָצֵי מָחֵיל כֵּיוָן דְּלָא אַפַּקְיָה נִגְזָל מִתּוֹרַת גְּזֵילָה:
Ce qui est dit quand il a constitué en prêt : dès lors que le ger lui-même, qui était la victime, l'a fait sortir du régime du vol, c'est comme celui qui remet à autrui, et la remise tient. Et quand il meurt, celui-ci acquiert. Par conséquent, il lui a remis le keren, dans la michna, est de Rabbi Yossi. Car selon Rabbi Akiva il faudrait une restitution de son bien, comme on enseigne : il n'a pas d'issue tant qu'il n'a pas fait sortir le vol. Et la fin aussi est de Rabbi Yossi, car Rabbi Yossi convient que, pour lui-même, il ne peut pas remettre, dès lors que la victime ne l'a pas fait sortir du régime du vol.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת הָא וְהָא ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי. וא"ת וְאַמַּאי לָא מוּקֵי מַתְנֵי' כְּר' עֲקִיבָא וּמוֹדֶה דְּלַאֲחֵרִים מָצֵי מָחֵיל וּלְנַפְשֵׁיהּ לָא מָצֵי מָחֵיל וּבִזְקָפוֹ עָלָיו בְּמִלְוֶה הוּא דִּפְלִיג עָלָיו רַבִּי עֲקִיבָא אַרַבִּי יוֹסֵי דְּלָא חֲשִׁיב לֵיהּ זְקִיפָה כְּמוֹ מְחִילָה דְּאַחַרְיָנֵי וְי"ל דְּרַב שֵׁשֶׁת סָבַר כֵּיוָן דִּמְחִילָה דְּאַחַרְיָנֵי מוֹעֶלֶת זְקָפוֹ נָמֵי מוֹעִיל לכ"ע וְכֵיוָן דְּאָמַר ר' עֲקִיבָא דִּזְקָפוֹ בְּמִלְוֶה אֵינוֹ מוֹעִיל א"כ וַדַּאי ס"ל דִּמְחִילַת אֲחֵרִים נָמֵי אֵינוֹ מוֹעִיל הִלְכָּךְ לָא מִתּוֹקְמָא מַתְנֵי' כְּר' עֲקִיבָא דְּקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין מָחַל לוֹ אֶת הַקֶּרֶן מַשְׁמַע דִּמְחִילַת אַחֲרֵינִי מוֹעֶלֶת וְרָבָא דְּמוֹקֵי לָהּ כְּרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר דִּזְקָפוֹ בְּמִלְוֶה אֵינוֹ מוֹעִיל כְּלוּם לכ"ע אִי לָא מָצֵי מֵחֵיל לְנַפְשֵׁיהּ הִלְכָּךְ רַבִּי יוֹסֵי דְּקָאָמַר זָכָה הַלָּה בְּמַה שֶּׁבְּיָדוֹ ע"כ מִשּׁוּם דְּסָבַר דְּמָצֵי מֵחֵיל לְנַפְשֵׁיהּ הִלְכָּךְ מַתְנֵי' לָא מִיתּוֹקְמָא כְּוָותֵיהּ אֶלָּא כְּרַבִּי עֲקִיבָא וּמוֹדֶה רַבִּי עֲקִיבָא דִּלְאַחֲרֵינִי מָצֵי מָחֵיל וְהַשְׁתָּא הָא דִּנְקַט זְקָפוֹ בְּמִלְוָה לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּאַפֵּי' זְקָפוֹ בְּמִלְוֶה לָא מָצֵי מָחֵיל לְנַפְשֵׁיהּ כֵּיוָן דְּלֵיכָּא מְחִילָה דְּאַחֲרֵינִי:
Sheshet : l'une et l'autre selon Rabbi Yossi ha-Gelili. Et si tu demandes : pourquoi ne pas établir la michna selon Rabbi Akiva, qui conviendrait que pour autrui on peut remettre et que pour soi-même on ne peut pas remettre, le désaccord avec Rabbi Yossi portant sur la zekifa en prêt : Rabbi Akiva ne compterait pas la zekifa comme une mehila d'autrui ? On répond : Rav Sheshet estime que, la mehila d'autrui étant efficace, la zekifa l'est aussi selon tous. Dès lors que Rabbi Akiva dit que la zekifa en prêt reste sans effet, il tient à coup sur que la mehila d'autrui reste elle aussi sans effet. La michna ne s'établit donc pas selon Rabbi Akiva : elle enseigne qu'il lui a remis le keren, ce qui signifie que la mehila d'autrui est efficace. Rava, qui l'établit selon Rabbi Akiva, estime que la zekifa en prêt n'a aucun effet selon tous, la où l'on ne peut pas remettre à soi-même. Dès lors, Rabbi Yossi, qui dit que l'autre a acquis ce qu'il a en main, le dit parce qu'il estime que l'on peut remettre à soi-même. La michna s'établit donc selon Rabbi Akiva, et Rabbi Akiva convient que pour autrui on peut remettre. Et maintenant, la mention de la zekifa en prêt fait connaître la force de Rabbi Akiva : même après la zekifa en prêt, il ne peut pas remettre à lui-même, puisqu'il n'y a pas de mehila d'autrui.
💡 Explication

Rav Sheshet met les deux michnayot chez Rabbi Yossi ha-Gelili, et coupe les cas. La mehila vaut pour autrui. Elle ne vaut pas pour soi-même. Le voleur du ger ne garde le bien que parce que le ger a fait une zekifa : la victime elle-même a fait sortir la somme du vol, ce qui équivaut à une mehila d'autrui. À sa mort, le détenteur acquiert sur le hefker.

Tossefot explique pourquoi Rav Sheshet ne lit pas la michna chez Rabbi Akiva avec le même découpage. Pour lui, une mehila d'autrui efficace entraîne une zekifa efficace selon tous. Rabbi Akiva, qui refuse la zekifa, refuserait aussi la mehila d'autrui, or la michna du keren remis suppose cette mehila. Rava, au segment suivant, part de l'inverse : sans mehila à soi-même, la zekifa ne fait rien.

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רָבָא אָמַר: הָא וְהָא רַבִּי עֲקִיבָא; כִּי אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא דְּלָא מָצֵי מָחֵיל – לְנַפְשֵׁיהּ, אֲבָל לַאֲחֵרִים – מָצֵי מָחֵיל.

Rava a dit : l'une et l'autre sont Rabbi Akiva. Quand Rabbi Akiva dit qu'il ne peut pas remettre, c'est pour lui-même ; mais pour autrui, il peut remettre.

📜 Rachi (1)
רָבָא אָמַר הָא וְהָא רַבִּי עֲקִיבָא דִּלְרַבִּי יוֹסֵי לְנַפְשֵׁיהּ נָמֵי מָצֵי מָחֵיל דִּזְקָפוֹ לָאו דַּוְקָא וְכִי אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא דְּלָא מָצֵי מָחֵיל לְנַפְשֵׁיהּ הוּא דְּקָאָמַר דאע"ג דְּגֵר זְקָפוֹ כֵּיוָן דְּלָא מֵחֵיל מְחִילָה גְּמוּרָה לָא נָפְקָא לֵיהּ מִתּוֹרַת גְּזֵילָה אֲבָל נִגְזָל לַגַּזְלָן מוֹדֶה ר' עֲקִיבָא דְּמַחֵיל:
Car selon Rabbi Yossi, il peut remettre même pour lui-même, la zekifa n'étant pas à prendre à la lettre. Et quand Rabbi Akiva dit qu'il ne peut pas remettre, c'est de lui-même qu'il parle : même si le ger la lui a constitutee, dès lors qu'il n'a pas fait une mehila complète, elle n'est pas sortie du régime du vol. Mais de la victime au voleur, Rabbi Akiva convient qu'il remet.
💡 Explication

Rava met les deux michnayot chez Rabbi Akiva, avec le découpage inverse dans l'attribution. Rabbi Akiva refuse la mehila à soi-même, même après une zekifa : sans mehila complète de la victime, la somme reste un vol. Il admet la mehila à autrui, la victime remettant le keren au voleur.

Chez Rabbi Yossi, selon cette lecture, la mehila à soi-même existe, et la zekifa de la baraita n'est pas le point décisif. C'est pour cela que Rava ne peut pas lui attribuer la michna du fils, qui doit payer aux héritiers.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).