Bava Kamma 114b — Ganav comme gazlan, essaim, ustensiles reconnus

Bava_Kamma 114b

Sougya : La page tranche le mot de Rabbi : le ganav est comme le gazlan de Rabbi Shimon, et il acquiert par le yeush. La michna de l'âne et la baraïta du hekdesh se lisent d'un bandit armé, deux sortes de gazlan ; l'enseignement de Rabbi à son fils, qui ne fait rendre la vache que pour l'honneur du père, emporte la conclusion.

Vient le ve-khen de l'essaim, kinyan rabbinique, puis la femme et le katan qui parlent d'eux-mêmes : Rav Ashi réserve cette parole à l'edut isha, et les récits de terouma et de captive restent au plan des Sages. Une baraïta posé trois tenai beit din, depuis Yehoshoua.

La michna des ustensiles et des livres exige un bruit de vol ; la Guemara le resserre jusqu'aux ballots sortis de la mahteret, distingue le ba ba-mahteret qui acquiert par son sang, et Rava ouvre le cas du maître de maison qui a coutume de vendre.

Ganav comme gazlan : qui acquiert ? Rabbi : je dis, le ganav est comme le gazlan. De quel gazlan parle-t-il ? Gazlan des Sages Pas de yeush : on sait qui a pris. Le gazlan n'acquiert pas. Si le ganav lui est assimilé : il n'acquiert pas. Gazlan de Rabbi Shimon Yeush : on ne peut lui tenir tête. Le gazlan acquiert. Si le ganav lui est assimilé : il acquiert. Michna : l'âne Mokhes et listim. Les deux biens sont à lui. Sages : le gazlan gêne. R. Shimon : le ganav gêne. Réponse : listim mezuyan. Deux sortes de gazlan. La preuve tombe. Baraïta Ganav, gazlan, anas. Hekdesh, terouma, maasser valent : ils ont acquis. Même difficulté. Même réponse : bandit armé, deux gazlan. La preuve tombe. Rav Ashi à Rabba Rabbi à son fils : même la vache, l'âne, on rend pour l'honneur. Sans l'honneur : on ne rend pas. Donc le gazlan a acquis, comme Rabbi Shimon. Le ganav aussi. Chema mina Rabbi vise le gazlan de Rabbi Shimon. Les deux acquièrent. Rachi : gazlan et ganav, l'un et l'autre ont le kinyan.
Iba'ya de Rabbi. Deux preuves tombent sur le bandit armé. Le fils de Rabbi tranche : gazlan de Rabbi Shimon, le ganav acquiert.
Messiah lefi toumo : où la parole spontanée suffit Femme et katan. Rav Ashi : seulement l'edut isha. Ravina objecte, puis deux récits. Edut isha Enfants : nous allons enterrer untel. Yevamot 121b. Rav Ashi : seule porte où cette parole est recevable. La femme se remarie. Essaim d'abeilles Les maîtres courent déjà. Elle dit : l'essaim est sorti d'ici. Ravina : c'est pourtant un messiah. Réponse : kinyan derabbanan, darkhei shalom. Terouma, Yo'hanan Enfant : on m'a immergé pour manger la terouma le soir. On m'appelait : mangeur de hallot. Rabbi l'élève à la kehouna. Terouma derabbanan, après la hourban. Mère captive Enfant : capturés chez les goyim. Je sors puiser, ramasser du bois : ma pensée reste sur ma mère. Rabbi la marie à un kohen. Shvouya : on allège, simple safek. Règle de Rav Ashi Hors l'edut isha, la parole spontanée ne tranche qu'un din des Sages.
Parole spontanée. Edut isha. Essaim, terouma et captive : din des Sages.
Ustensiles et livres : de quel bruit parle la michna ? Shem gneiva. Chaque question serre l'identification. Avant le yeush. Takkanat ha-shouk. 1. Bruit dans la ville. Peut-être a-t-il vendu, et lance lui-même le bruit. Insuffisant. 2. Des gens sont entrés. Il crie la nuit : on m'a volé. Rav Yehouda au nom de Rav. À plus forte raison : un prétexte (illa). Rejeté. 3. Rav Kahana, au nom de Rav. Mahteret percée. Les hôtes sortent, ballots sur l'épaule. Tous disent : les ustensiles d'untel ont été volés. 4. Livres aussi (R. Yo'hanan). Tel livre et tel livre (R. Yossi b. Hanina). Rav : ceux-ci sont ses ustensiles, ceux-ci ses livres. Neufs, pas d'anciens. Ba ba-mahteret Il a livré sa vie à la mort. Il acquiert par son sang. Quitte. Les hôtes, eux, ne l'ont pas fait. Rava, fin de page On ne l'a enseigné que si le maître a coutume de vendre ses ustensiles. L'autre cas s'ouvre, suite au daf suivant. L'acheteur jure le prix et le reçoit. Il rend les objets. Avant le yeush.
Shem gneiva resserre : mahteret, ballots, objets désignés. Sang du trou, puis coutume de vendre.
1
וְקַיְמָא לַן כְּגַזְלָן לְרַבִּי שִׁמְעוֹן.

Et nous tenons pour établi : comme le gazlan selon Rabbi Shimon.

📜 Rachi (1)
וְקַייְמָא לָן לְקַמָּן דְּהָא גַּנָּב כְּגַזְלָן דְּקָאָמַר רַבִּי כְּגַזְלָן דר"ש קָאָמַר דְּקָנֵי וְלֹא כְּגַזְלָן דְּרַבָּנָן דְּלָא קָנֵי:
Plus bas. Ce ganav est comme un gazlan, que dit Rabbi : il le dit du gazlan de Rabbi Shimon, qui acquiert. Le gazlan des Sages n'acquiert pas.
💡 Explication

Phrase d'ouverture, la conclusion de la page. Rabbi (Yehouda ha-Nassi) assimile le ganav au gazlan de Rabbi Shimon : il y a yeush, le voleur acquiert. Rachi écarte l'autre lecture, celle des Sages, pour qui le gazlan n'acquiert pas.

2
גּוּפָא – רַבִּי אוֹמֵר, אוֹמֵר אֲנִי: גַּנָּב – כְּגַזְלָן. אִיבַּעְיָא לְהוּ: כְּגַזְלָן דְּרַבָּנָן קָאָמַר – וְלָא קָנֵי; אוֹ דִּלְמָא כְּגַזְלָן דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן קָאָמַר, וְקָנֵי?

Le corps du sujet. Rabbi dit : je dis, le ganav est comme le gazlan.

On leur a posé la question : parle-t-il du gazlan des Sages, et il n'acquiert pas ? Ou bien parle-t-il du gazlan de Rabbi Shimon, et il acquiert ?

🗂️ Tossefot (1)
דְּתַקָּנָה בְּעָלְמָא תִּקְּנוּ לֵיהּ. מִשּׁוּם דַּרְכֵי שָׁלוֹם כְּמוֹ יוֹנֵי שׁוֹבָךְ וְתֵימַהּ דְּאַמַּאי לָא קָנֵי לְהוּ מִדְּאוֹרַיְיתָּא בְּהַגְבָּהַת הַכַּוֶּורֶת:
C'est une simple takana qu'on lui a instituée, à cause des voies de la paix (darkhei shalom), comme les pigeons du colombier. Difficulté : pourquoi ne les acquiert-il pas selon la Torah en soulevant la ruche ?
💡 Explication

Goufa : on reprend la phrase elle-même. L'iba'ya a deux branches. Gazlan des Sages : pas de yeush, le ganav n'acquiert pas. Gazlan de Rabbi Shimon : yeush, il acquiert.

La glose de Tossefot portée ici vise les abeilles, plus loin sur la page : kinyan de darkhei shalom, comme les pigeons, et la question de la hagbaha de la ruche.

3
תָּא שְׁמַע: נָטְלוּ מוֹכְסִין חֲמוֹרוֹ וְכוּ׳.

Viens et entends : des percepteurs ont pris son âne, etc.

💡 Explication

Première preuve, la michna de 114a. Mokhsin (percepteurs) : gazlan. Listim (bandits) : ganav. Les objets qu'ils donnent à la place sont à lui. La michna présume donc le yeush des deux côtés.

4
מַנִּי? אִי רַבָּנָן, קַשְׁיָא גַּזְלָן! אִי רַבִּי שִׁמְעוֹן, קַשְׁיָא גַּנָּב!

Selon qui ? Si ce sont les Sages, le gazlan fait difficulté.

Si c'est Rabbi Shimon, le ganav fait difficulté.

💡 Explication

Les Sages ne donnent pas le yeush au gazlan : l'âne du mokhes gêne. Rabbi Shimon ne le donne pas au ganav : le vêtement des listim gêne. Aucun des deux ne couvre la michna entière.

5
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא רַבִּי – כְּגַזְלָן דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן קָאָמַר, וּקְנֵי; הָא מַנִּי – רַבִּי הִיא, מִשּׁוּם הָכִי קָנֵי.

Cela se tient, si tu dis que Rabbi parle du gazlan de Rabbi Shimon, et qu'il acquiert : cette michna, selon qui est-elle ? C'est Rabbi.

C'est pour cela qu'il acquiert.

💡 Explication

Lecture qui fait tenir la michna. Rabbi assimile le ganav au gazlan de Rabbi Shimon. Les deux acquièrent. La michna est la sienne.

6
אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ כְּגַזְלָן דְּרַבָּנַן קָאָמַר, וְלָא קָנֵי; הָא מַנִּי? לָא רַבִּי וְלָא רַבִּי שִׁמְעוֹן וְלָא רַבָּנַן!

Mais si tu dis qu'il parle du gazlan des Sages, et qu'il n'acquiert pas : cette michna, selon qui est-elle ? Ni Rabbi, ni Rabbi Shimon, ni les Sages.

💡 Explication

L'autre branche de l'iba'ya laisse la michna sans auteur. Rabbi refuserait le kinyan au ganav. Rabbi Shimon le refuse au ganav. Les Sages le refusent au gazlan. Or la michna l'accorde aux deux.

7
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן? בְּלִסְטִים מְזֻוייָּן, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא. אִי הָכִי, הַיְינוּ גַּזְלָן! תְּרֵי גַּוְונֵי גַּזְלָן.

Ici, de quoi s'agit-il ? D'un bandit armé, et c'est Rabbi Shimon.

S'il en est ainsi, c'est le cas du gazlan ! Deux sortes de gazlan.

💡 Explication

Réponse, là même que sur 114a. Le listim de la michna est un listim mezuyan (bandit armé) : il prend par la force, c'est un gazlan, et la michna suit Rabbi Shimon. Objection : le mokhes est déjà ce gazlan. Réponse : deux sortes de gazlan. La preuve ne tranche pas l'iba'ya.

8
תָּא שְׁמַע: הַגַּנָּב וְהַגַּזְלָן וְהָאַנָּס – הֶקְדֵּשָׁן הֶקְדֵּשׁ, וּתְרוּמָתָן תְּרוּמָה, וּמְעֻשְּׂרוֹתָן מַעֲשֵׂר.

Viens et entends : le ganav, le gazlan et l'anas : leur hekdesh est hekdesh, leur terouma est terouma, et leurs maasserot sont maasser.

💡 Explication

Seconde preuve, la baraïta déjà vue. Leur consécration, leur prélèvement et leurs dîmes valent : ils sont propriétaires. L'anas est le hamsan, celui qui force et qui paie, enseigne à côté du gazlan.

9
מַנִּי? אִי רַבָּנָן – קַשְׁיָא גַּזְלָן, אִי רַבִּי שִׁמְעוֹן – קַשְׁיָא גַּנָּב!

Selon qui ? Si ce sont les Sages, le gazlan fait difficulté.

Si c'est Rabbi Shimon, le ganav fait difficulté.

💡 Explication

Même partage que pour l'âne. La baraïta valide l'acte du gazlan et celui du ganav. Chaque tanna en refuse un des deux.

10
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא גַּנָּב כְּגַזְלָן דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן קָאָמַר, מִשּׁוּם הָכִי קָנֵי; אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ גַּנָּב כְּגַזְלָן דְּרַבָּנַן, הָא מַנִּי?

Cela se tient, si tu dis qu'il parle du ganav comme du gazlan de Rabbi Shimon : c'est pour cela qu'il acquiert. Mais si tu dis que le ganav est comme le gazlan des Sages, celle-ci, selon qui est-elle ?

💡 Explication

Même beshelama. La lecture Rabbi Shimon fait tenir la baraïta. La lecture des Sages la laisse sans auteur.

11
בְּלִסְטִים מְזֻוייָּן, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא. אִי הָכִי, הַיְינוּ גַּזְלָן! תְּרֵי גַּוְונֵי גַּזְלָן.

D'un bandit armé, et c'est Rabbi Shimon. S'il en est ainsi, c'est le cas du gazlan !

Deux sortes de gazlan.

💡 Explication

Même issue que pour la michna. Le ganav nommé dans la baraïta est un bandit armé, donc un gazlan, selon Rabbi Shimon. Deux mots, deux figures de gazlan. L'iba'ya reste ouverte.

12
אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְרַבָּה: תָּא שְׁמַע, דְּמַתְנֵי רַבִּי לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרֵיהּ: לֹא דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אַחְרָיוּת מַמָּשׁ; אֶלָּא אֲפִילּוּ פָּרָה וְחוֹרֵשׁ בָּהּ, חֲמוֹר וּמְחַמֵּר אַחֲרָיו – חַיָּיבִין לְהַחֲזִיר, מִפְּנֵי כְּבוֹד אֲבִיהֶן.

Rav Ashi dit à Rabba : viens et entends. Rabbi enseignait à Rabbi Shimon son fils : pas seulement une chose qui a une aharyout réelle ; même une vache avec laquelle il laboure, un âne qu'il conduit par derrière, ils sont tenus de les rendre, à cause de l'honneur de leur père.

💡 Explication

Preuve tirée de Rabbi lui-même, sur la michna de 111b. Aharyout : la terre, qui répond d'une créance. Rabbi étend l'obligation des héritiers à la vache et à l'âne, meubles reconnaissables, mipnei kevod avihem.

Rabbi Shimon ici est le fils de Rabbi, l'élève à qui il répète la michna.

13
טַעְמָא מִפְּנֵי כְּבוֹד אֲבִיהֶן, הָא לָאו כְּבוֹד אֲבִיהֶן – לֹא; שְׁמַע מִינָּה: רַבִּי – גַּזְלָן דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן קָאָמַר! שְׁמַע מִינָּה.

La raison, c'est l'honneur de leur père. Sans l'honneur de leur père, non.

Apprends-en : Rabbi parle du gazlan de Rabbi Shimon. Apprends-en.

📜 Rachi (1)
הָא לָאו מִפְּנֵי כְּבוֹד אֲבִיהֶם לֹא אַלְמָא גַּזְלָן לְרַבִּי קָנֵי כר"ש וְקָאָמַר גַּנָּב כְּגַזְלָן אַלְמָא תַּרְוַיְיהוּ קָנֵי:
Sans l'honneur de leur père, non. Il en ressort que, pour Rabbi, le gazlan acquiert, comme Rabbi Shimon. Et il dit que le ganav est comme le gazlan. Il en ressort que les deux acquièrent.
💡 Explication

Diyouk. S'il fallait l'honneur du père pour obliger les fils à rendre, c'est que le père avait acquis. Rabbi tient donc le yeush du gazlan, comme Rabbi Shimon. Son mot, ganav comme gazlan, étend le kinyan au ganav. La Guemara scelle : chema mina.

🖼️ Schéma
Honneur du père : le kinyan est déjà fait Les héritiers rendent vache et âne, pas seulement la terre. Raison : kevod av. Sans cette raison ils ne rendraient pas. Le père avait donc acquis. Gazlan de R. Shimon. Mot de Rabbi Ganav = ce gazlan. Les deux acquièrent. Chema mina. Rabbi Shimon ici est le fils de Rabbi, celui à qui il répète la michna. Le tanna du yeush, plus haut, porte le même nom.
On rend pour l'honneur. Sans cela, on ne rendrait pas : le gazlan a acquis, et le ganav avec lui.
14
וְכֵן נְחִיל שֶׁל דְּבוֹרִים. מַאי ״וְכֵן״?

Et de même un essaim d'abeilles. Que signifie ce ve-khen ?

📜 Rachi (1)
מַאי וְכֵן פְּשִׁיטָא דְּקָנֵי בְּיֵאוּשׁ דמ"ש נְחִיל מִכְּסוּת:
Que signifie ve-khen ? Il est évident qu'il acquiert par le yeush. En quoi un essaim diffère-t-il d'un vêtement ?
💡 Explication

Retour à la michna. Ve-khen ajoute l'essaim au cas du sauvetage. Rachi : le yeush devrait suffire ici comme pour un vêtement. Le mot demande donc une précision.

15
הָכִי קָאָמַר: אֲפִילּוּ נְחִיל שֶׁל דְּבוֹרִים, דְּקִנְיָן דְּרַבָּנָן הוּא. סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הַאי, כֵּיוָן דְּרַבָּנַן בְּעָלְמָא הוּא דְּקָנֵי לֵיהּ – אֲפִילּוּ סְתָמָא נָמֵי מִייָּאַשׁ; קָא מַשְׁמָע לַן: אִם נִתְייָאֲשׁוּ הַבְּעָלִים – אִין, אִי לָא – לֹא.

Voici ce qu'il dit : même un essaim d'abeilles, dont le kinyan est rabbinique. Tu aurais pensé : celui-ci, puisque ce sont seulement les Sages qui le lui font acquérir, même sans précision il renonce aussi.

Cela nous apprend : s'ils ont renoncé, oui ; sinon, non.

📜 Rachi (1)
קִנְיָן דְּרַבָּנָן הוּא דְּאֵין כָּאן גָּזֵל אֶלָּא מִפְּנֵי דַּרְכֵי שָׁלוֹם דְּהָא דְּהֶפְקֵר נִינְהוּ וְתַנְיָא (חֻולִּין דַּף קַמָּא:) יוֹנֵי שׁוֹבָךְ וְיוֹנֵי עֲלִייָּה אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם גָּזֵל אֶלָּא מִפְּנֵי דַּרְכֵי שָׁלוֹם:
Le kinyan est rabbinique : il n'y a pas ici de vol, hormis à cause des voies de la paix (darkhei shalom), car elles sont hefker. Et on a enseigné (Houlin 141b) : les pigeons du colombier et les pigeons du grenier, il n'y a pas en eux de vol, hormis à cause des voies de la paix.
💡 Explication

Par la Torah, abeilles et pigeons sont hefker. Les Sages ont posé un kinyan miderabbanan, darkhei shalom. Hava amina : propriété faible, le stam (yeush non entendu) suffirait. Ka mashma lan : il faut un yeush des propriétaires, comme pour le reste de la seifa.

🖼️ Schéma
Essaim : pourquoi la michna dit ve-khen Kinyan derabbanan Par la Torah, les abeilles sont hefker. Pas de gezel, hormis darkhei shalom. Comme les pigeons du colombier et du grenier. Houlin 141b. Quel yeush ? Hava amina : kinyan faible, même le stam suffit. Ka mashma lan : yeush connu, oui. Sans yeush entendu : non. Le ve-khen enseigne la rigueur, pas un allègement. Même l'essaim demande le yeush des propriétaires.
Essaim : kinyan des Sages. Le stam ne suffit pas. Yeush entendu, oui.
16
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה: נֶאֱמֶנֶת אִשָּׁה וְקָטָן כּוּ׳.

Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : une femme et un mineur sont crus, etc.

💡 Explication

Suite de la michna. Ils sont crus pour dire : c'est d'ici qu'est sorti cet essaim. La Guemara va demander comment, puisqu'ils sont pasulim pour l'edout.

17
אִשָּׁה וְקָטָן בְּנֵי עֵדוּת נִינְהוּ? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן – כְּגוֹן שֶׁהָיוּ בְּעָלִים מְרַדְּפִין אַחֲרֵיהֶם, וְאִשָּׁה וְקָטָן מַסִּיחִין לְפִי תֻּומָּם, וְאוֹמֵר: מִכָּאן יָצָא נְחִיל זֶה.

Une femme et un mineur sont-ils aptes au témoignage ? Rav Yehouda dit au nom de Shmouel : ici, de quoi s'agit-il ?

Par exemple, les propriétaires couraient après eux, et la femme et le mineur parlent de leur propre mouvement, et disent : c'est d'ici qu'est sorti cet essaim.

📜 Rachi (1)
מְרַדְּפִין אַחֲרֵיהֶם קֹודֶם דִּיבּוּר הַקָּטָן דְּרַגְלַיִם לַדָּבָר דְּשֶׁלּוֹ הֵם:
Ils couraient après eux, avant la parole du mineur : il y a des indices (raglayim la-davar) que ce sont les leurs.
💡 Explication

Femme et katan ne témoignent pas au din. Shmouel lit un autre cadre. Les maîtres poursuivent déjà : raglayim la-davar. La parole est un messiah lefi toumo, dite sans intention de déposer.

18
אָמַר רַב אַשִּׁי: אֵין מֵסִיחַ לְפִי תֻּומּוֹ כָּשֵׁר – אֶלָּא לְעֵדוּת אִשָּׁה בִּלְבָד.

Rav Ashi dit : un messiah lefi toumo n'est recevable que pour le témoignage d'une femme, seulement.

📜 Rachi (1)
לְעֵדוּת אִשָּׁה שָׁמַע מִן הַתִּינוֹקוֹת שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים הֲרֵי אָנוּ הוֹלְכִין לִסְפּוֹד וְלִקְבֹּור אִישׁ פְּלוֹנִי בְּפֶ' בָּתְרָא דִיבָמוֹת (דַּף קכא:):
Pour le témoignage d'une femme : il a entendu des enfants qui disaient : nous allons faire l'oraison et enterrer untel. Au dernier chapitre de Yevamot (121b).
💡 Explication

Rav Ashi resserre. La parole spontanée ne vaut que pour l'edut isha : permettre à une femme de se remarier. Rachi renvoie au cas de Yevamot : des enfants disent qu'ils vont enterrer untel.

19
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: וְלֹא? וַהֲרֵי נְחִיל שֶׁל דְּבוֹרִים – מֵסִיחַ לְפִי תֻּומּוֹ הוּא! שָׁאנֵי נְחִיל שֶׁל דְּבוֹרִים, דְּקִנְיָן דְּרַבָּנָן הוּא.

Ravina dit à Rav Ashi : et non ? Or l'essaim d'abeilles, c'est un messiah lefi toumo !

Un essaim d'abeilles est différent : son kinyan est rabbinique.

💡 Explication

Ravina prend la michna elle-même comme contre-exemple : on s'y fie à une parole spontanée, hors l'edut isha. Rav Ashi répond par le plan du din. L'essaim n'est acquis que miderabbanan. Les Sages ont pu s'appuyer là sur ce messiah.

20
וּדְאוֹרָיְיתָא לֹא? וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁהָיָה מֵסִיחַ לְפִי תֻּומּוֹ, וְאוֹמֵר: ״זְכוּרַנִי כְּשֶׁאֲנִי תִּינוֹק, וּמֻורְכָּבַנִי עַל כְּתֵיפוֹ שֶׁל אַבָּא, וְהוֹצִיאוּנִי מִבֵּית הַסֵּפֶר, וְהִפְשִׁיטוּנִי אֶת כֻּתָּנְתִּי, וְהִטְבִּילוּנִי לֶאֱכֹול בִּתְרוּמָה לָעֶרֶב״.

Et selon la Torah, non ? Or Rav Yehouda dit au nom de Shmouel : un fait.

Un homme parlait de son propre mouvement et disait : je me souviens, quand j'étais enfant, et qu'on me portait sur l'épaule de mon père ; on m'a sorti de l'école, on m'a retiré ma tunique, et on m'a immergé pour manger de la terouma le soir.

📜 Rachi (1)
וְהִטְבִּילוּנִי לְפִי שֶׁדַּרְכּוֹ שֶׁל תִּינוֹק לְטַפֵּחַ בִּשְׁרָצִים וּבְטֻומְאוֹת:
Et on m'a immergé : car la manière d'un enfant est de toucher des reptiles et des impuretés.
💡 Explication

Nouvelle objection : un cas qui touche la Torah. Le récit spontané raconte la tevila qui rend apte à la terouma le soir même. Rachi : l'enfant touche des sheratsim, il est souvent tame, d'où l'immersion.

21
וְרַבִּי חֲנִינָא מְסַיֵּים בַּהּ הָכִי: ״וַחֲבֵירִי בְּדֵילִין מִמֶּנִּי, וְהָיוּ קוֹרִין אוֹתִי: יוֹחָנָן אוֹכֵל חַלּוֹת״. וְהֶעֱלָהוּ רַבִּי לִכְהֻונָּה עַל פִּיו!

Et Rabbi Hanina conclut ainsi : et mes compagnons se tenaient à l'écart de moi, et ils m'appelaient : Yo'hanan, mangeur de hallot. Et Rabbi l'a élève à la prêtrise sur sa parole.

📜 Rachi (1)
בְּדֵילִין מִמֶּנִּי מִפְּנֵי תְּרוּמָתִי:
Ils se tenaient à l'écart de moi : à cause de ma terouma.
💡 Explication

Hallot : la pâte prélevée pour le kohen, statut de terouma. Les autres s'écartent à cause de cette sainteté. Rabbi le reconnaît kohen, al piv, sur ce seul récit. Manger la terouma est interdit à qui n'est pas kohen.

22
בִּתְרוּמָה דְּרַבָּנָן.

C'est une terouma rabbinique.

📜 Rachi (1)
בִּתְרוּמָה דְּרַבָּנָן בַּזְּמַן הַזֶּה דְּרַבִּי לְאַחַר חֻורְבָּן הָיָה וְאִיכָּא מ"ד לֹא קִידְּשָׁה לֶעָתִיד לָבֹא:
Une terouma rabbinique : de nos jours. Rabbi vivait après la destruction. Et il y a un avis : elle n'a pas été sanctifiée pour l'avenir.
💡 Explication

Réponse de Rav Ashi. Après la hourban, Rabbi ne tranche ici qu'une terouma derabbanan. Rachi vise l'avis lo kidsha le-atid lavo : la sainteté de la terre n'a pas été fixée pour l'avenir, et le prélèvement de ce temps est rabbinique.

23
וְאַכַּתִּי, דְּאוֹרָייְתָא לָא? וְהָא כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר רַב חָנָא קַרְטִיגָנָא, וְאָמְרִי לַהּ רַב אַחָא קַרְטִיגָנָא מִשְׁתַּעֵי: מַעֲשֶׂה בָּא לִפְנֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, וְאָמְרִי לַהּ מַעֲשֶׂה בָּא לִפְנֵי רַבִּי, בְּתִינוֹק אֶחָד שֶׁהָיָה מֵסִיחַ לְפִי תֻּומּוֹ, וְאָמַר: ״אֲנִי וְאִמִּי נִשְׁבִּינוּ לְבֵין הַגּוֹיִם, יָצָאתִי לִשְׁאֹוב מַיִם – דַּעְתִּי עַל אִמִּי, לִלְקֹוט עֵצִים – דַּעְתִּי עַל אִמִּי״.

Et encore : selon la Torah, non ? Or, quand Rav Dimi est venu, il a dit : Rav Hana de Kartigna, et certains disent Rav Aha de Kartigna, racontait : un fait est venu devant Rabbi Yehochoua ben Levi, et certains disent : devant Rabbi, au sujet d'un enfant qui parlait de son propre mouvement et disait : ma mère et moi avons été capturés parmi les goyim.

Je sortais puiser de l'eau, ma pensée était sur ma mère ; ramasser du bois, ma pensée était sur ma mère.

💡 Explication

Second récit, rapporté d'Erets Israël. Kartigna : Carthage. L'enfant captif avec sa mère. À chaque sortie, puiser ou ramasser, sa daat reste sur elle : il l'a gardée en vue.

24
וְהִשִּׂיאָהּ רַבִּי עַל פִּיו לַכְּהֻונָּה!

Et Rabbi l'a mariée à la prêtrise sur sa parole.

📜 Rachi (1)
וְהִשִּׂיאָהּ רַבִּי לִכְהֻונָּה ואע"ג דְּאִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא הִיא מִשּׁוּם זוֹנָה:
Et Rabbi l'a mariée à la prêtrise : et bien que l'interdit soit de la Torah, au titre de zona (femme interdite au kohen).
💡 Explication

Sur la parole de l'enfant, Rabbi permet à la mère d'épouser un kohen. Rachi nommé l'interdit de zona, qui est de la Torah. La parole spontanée semblerait donc trancher un din deoraita.

25
בִּשְׁבוּיָה הֵקֵילּוּ.

Pour une captive, ils ont allégé.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁבוּיָה הֵקֵילּוּ דִּסְפֵיקָא בְּעָלְמָא הִיא:
Pour une captive, ils ont allégé : c'est un simple doute.
💡 Explication

Réponse. On a allégé pour la shvouya. Rachi : safeka be-alma, un simple doute. L'interdit qui pèse sur elle face à un kohen est celui qu'ont posé les Sages, sur le doute de ce qui a pu lui arriver en captivité. La parole de l'enfant lève ce doute-là.

26
אֲבָל לֹא יָקֹוץ אֶת סוֹכוֹ [וְכוּ׳]. תַּנְיָא, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר: תְּנַאי בֵּית דִּין הוּא, שֶׁיְּהֵא יוֹרֵד לְתוֹךְ שָׂדֶה שֶׁל חֲבֵירוֹ וְקוֹצֵץ סוֹכוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, לְהַצִּיל אֶת נְחִילוֹ. וְנוֹטֵל דְּמֵי סוֹכוֹ מִתּוֹךְ נְחִילוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ.

Mais il ne coupera pas sa branche, etc. On a enseigné : Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : c'est un tenai beit din qu'il descende dans le champ de son prochain et qu'il coupe la branche de son prochain, pour sauver son essaim, et qu'il prenne la valeur de sa branche sur l'essaim de son prochain.

💡 Explication

La michna interdit de couper le soukh, même contre paiement. La baraïta de Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, pose un tenai beit din : on coupe pour sauver l'essaim, et la valeur de la branche se prend sur l'essaim.

27
וּתְנַאי בֵּית דִּין הוּא, שֶׁיְּהֵא שׁוֹפֵךְ יֵינוֹ וּמַצִּיל אֶת דֻּובְשָׁנוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, וְנוֹטֵל דְּמֵי יֵינוֹ מִתּוֹךְ דֻּובְשָׁנוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ. וּתְנַאי בֵּית דִּין הוּא, שֶׁיְּהֵא מְפָרֵק אֶת עֵצָיו וְטוֹעֵן פִּשְׁתָּנוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, וְנוֹטֵל דְּמֵי עֵצָיו מִתּוֹךְ פִּשְׁתָּנוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ. שֶׁעַל מְנָת כֵּן הִנְחִיל יְהוֹשֻׁעַ לְיִשְׂרָאֵל אֶת הָאָרֶץ.

Et c'est un tenai beit din qu'il verse son vin et sauve le miel de son prochain, et qu'il prenne la valeur de son vin sur le miel de son prochain. Et c'est un tenai beit din qu'il décharge son bois et charge le lin de son prochain, et qu'il prenne la valeur de son bois sur le lin de son prochain.

Car c'est à cette condition que Yehoshoua a fait hériter la terre à Israël.

📜 Rachi (2)
שֶׁיְּהֵא שׁוֹפֵךְ יֵינוֹ בְּמָתְנֵי' הוּא זֶה בָּא בְּחָבִיתוֹ שֶׁל יַיִן וְזֶה בָּא בְּכַדּוֹ שֶׁל דְּבַשׁ נִסְדְּקָה חָבִית שֶׁל דְּבַשׁ:
Qu'il verse son vin : c'est dans la michna. Celui-ci vient avec son tonneau de vin, celui-là avec sa cruche de miel, le tonneau de miel s'est fendu.
וְטוֹעֵן פִּשְׁתָּנוֹ אִם מֵת חֲמוֹר חֲבֵירוֹ הַטָּעוּן פִּשְׁתָּן בַּדֶּרֶךְ וַחֲמוֹרוֹ שֶׁל זֶה טָעוּן עֵצִים:
Et il charge son lin : si l'âne de son prochain, chargé de lin, est mort en chemin, et que son âne à lui est chargé de bois.
💡 Explication

Deux autres conditions, même structure. On perd le bien moindre, vin ou bois, pour sauver le miel ou le lin, puis on se paie sur ce qui a été sauvé. Fondement : Yehoshoua a partagé le pays al menat ken, à cette condition.

Rachi rattache le vin à la michna de la cruche fendue, et le lin à l'âne mort en chemin.

🖼️ Schéma
Trois tenai beit din, condition de Yehoshoua Branche Il coupe le soukh pour sauver l'essaim. La valeur de la branche se prend sur l'essaim. Vin et miel La cruche de miel se fend. Il verse son vin. Il reprend la valeur du vin sur le miel sauvé. Bois et lin L'âne au lin est mort. Il décharge son bois, charge le lin. Valeur du bois, sur le lin. On sacrifie le moindre. On se paie sur ce qui a été sauvé. Condition du partage du pays.
Branche, vin, bois. On sauve le plus précieux. Le prix se prend sur l'objet sauvé.
28
מַתְנִי׳ הַמַּכִּיר כֵּלָיו וּסְפָרָיו בְּיַד אַחֵר, וְיָצָא לוֹ שֵׁם גְּנֵיבָה בָּעִיר – יִשָּׁבַע לוֹ לוֹקֵחַ כַּמָּה נָתַן, וְיִטֹּול. וְאִם לָאו – לָאו כָּל הֵימֶנּוּ, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: מְכָרָן לְאַחֵר, וּלְקָחָן זֶה הֵימֶנּוּ.

Michna. Celui qui reconnaît ses ustensiles et ses livres dans la main d'un autre, et qu'un bruit de vol est sorti à son sujet dans la ville : l'acheteur lui jure combien il a donné, et il prend.

Sinon, il n'est pas en son pouvoir, car je dis : il les a vendus à un autre, et celui-ci les a pris de lui.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' שֵׁם גְּנֵיבָה שֶׁיָּצָא קוֹל שֶׁנִּגְנְבוּ כֵּלָיו:
Un bruit de vol : un bruit est sorti, que ses ustensiles ont été volés.
נִשְׁבָּע לוֹקֵחַ כַּמָּה נָתַן וְיִטּוֹל וְיַחֲזִיר לוֹ כֵּלָיו וְלִפְנֵי יֵאוּשׁ קָמַיְירֵי:
L'acheteur jure combien il a donné, et il prend : et il lui rend ses ustensiles. Nous parlons d'avant le yeush.
🗂️ Tossefot (1)
הַמַּכִּיר כֵּלָיו וּסְפָרָיו בְּיַד אַחֵר כו' לִפְנֵי יֵאוּשׁ אַיְירֵי כִּדְפֵירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס דְּאִי לְאַחַר יֵאוּשׁ דְּאִיכָּא יֵאוּשׁ וְשִׁינּוּי רְשׁוּת לֹא הָיָה מִתְחַייֵּב לְהַחֲזִיר וְנִרְאֶה דְּבִסְפָרִים הָוֵי לְעוֹלָם לִפְנֵי יֵאוּשׁ שֶׁאֵין רְגִילוּת לְהִתְיָיאֵשׁ מִסְפָּרַיִם וְלָא מִיבַּעְיָא מִגַּנָּבִים עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דְּלָא מִיַּיאַשׁ אַפֵּי' מִכֵּלִים כֵּיוָן דְּדַייָּנֵי בְּגֵיוּתָא כִּדְאָמַר לְעֵיל אֶלָּא אֲפִי' בְּגַנָּב יִשְׂרָאֵל אֵין רְגִילוּת לְהִתְייָאֵשׁ מִסְפָּרַיִם דְּסוֹף יָבֹאוּ לְיַד יִשְׂרָאֵל דְּאֵין גַּנָּבִים מוֹכְרִין אוֹתָן רַק לְיִשְׂרָאֵל וּלְסוֹף חוֹזְרִין לַבְּעָלִים וּבְכֵלִים נָמֵי מַיְירֵי לִפְנֵי יֵאוּשׁ וַאֲפִילּוּ לְרַבָּנָן נָמֵי דְּאָמְרִי סְתָם גְּנֵיבָה יֵאוּשׁ בְּעָלִים הוּא מַייְרֵי כְּגוֹן שֶׁהַבְּעָלִים רוֹדְפִין אַחֲרָיו וְיָדוּעַ שֶׁלֹּא נִתְייָאֲשׁוּ מֵהֶן מֵעוֹלָם מ"מ נוֹטֵל מַה שֶׁנָּתַן מִפְּנֵי תַּקָּנַת הַשּׁוּק כִּדְאָמַר בַּגְּמָרָא וא"ת בְּלֹא תַּקָּנָה יִטֹּול מַה שֶׁנָּתַן דְּמָצֵי אָמַר לְהַצִּיל נִתְכַּוַּונְתִּי וּלְהָשִׁיב אֲבֵידָה וְי"ל דְּמַיְירֵי שֶׁהָיָה יָכוֹל לִתְבֹּועַ מִבְּנֵי אָדָם שֶׁלָּנוּ בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ אֲפִילּוּ לֹא הָיָה זֶה קוֹנֶה אוֹתָם ועי"ל דְּלָא שַׁייָּךְ לְמֵימַר הָכִי כְּלָל שֶׁהֲרֵי הַלּוֹקֵחַ טוֹעֵן שֶׁקָּנָה מֵאָדָם אַחֵר נֶאֱמָן וְלֹא מֵאוֹתָם שֶׁלָּנוּ בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ כִּדְקָתָנֵי סֵיפָא שֶׁאֲנִי אוֹמֵר מְכָרָן לְאַחֵר וְלִקְחָן זֶה מִמֶּנּוּ וְהָא דְּלָא קָאָמַר שֶׁאֲנִי אוֹמֵר שֶׁהוּא מְכָרָן לוֹ מִשּׁוּם שֶׁאֵין הַלּוֹקֵחַ טוֹעֵן שֶׁזֶּה מְכָרָן וּמַה שֶׁמֻּקָּשׁ' אַמַּאי נֶאֱמָן לוֹמַר לְקוּחִין הֵן בְּיָדִי וַהֲלֹא סְפָרִים עֲשׂוּיִין לְהַשְׁאִיל וּלְהַשְׂכִּיר מְפֹורָשׁ בְּסוֹף הַמְקַבֵּל (בּ"מ דַּף קטז. וְשָׁם):
On parle d'avant le yeush, comme l'explique Rachi. S'il s'agissait d'après le yeush, il y aurait yeush et shinouy reshut (changement de domaine) : il ne serait pas tenu de rendre. Il semble que, pour les livres, on soit toujours avant le yeush : on n'a pas coutume d'y renoncer. Et il n'est même pas question des ganavim goyim : on ne renonce même pas aux ustensiles, puisqu'ils jugent par la force (be-giyouta), comme on l'a dit plus haut. Même pour un ganav d'Israël, on n'a pas coutume de renoncer aux livres : à la fin ils viennent dans une main d'Israël, car les voleurs ne les vendent qu'à un Israélite, et à la fin ils reviennent aux propriétaires. Pour les ustensiles aussi, on parle d'avant le yeush. Même selon les Sages, qui disent qu'une gneiva sans précision est un yeush des propriétaires, on parle d'un cas où les propriétaires le poursuivent, et l'on sait qu'ils n'y ont jamais renoncé. Malgré cela, il prend ce qu'il a donné, à cause de la takkanat ha-shouk (institution du marché), comme le dit la Guemara. Et si tu dis : même sans institution, il prendrait ce qu'il a donné, car il peut dire : j'avais l'intention de sauver et de rendre une aveida (objet perdu). Réponse : on parle d'un cas où il pouvait les réclamer aux gens qui ont logé dans sa maison, même si celui-ci ne les achetait pas. Autre réponse : il n'y a pas lieu de dire cela du tout, car l'acheteur affirme avoir acheté d'un autre homme, il est cru, et non de ceux qui ont logé dans sa maison, comme l'enseigne la fin : je dis qu'il les a vendus à un autre, et que celui-ci les a pris de lui. Et si l'on ne dit pas : je dis que c'est lui qui les lui a vendus, c'est que l'acheteur ne prétend pas que celui-ci les a vendus. Et la question : pourquoi est-il cru pour dire qu'ils sont achetés dans sa main, alors que les livres sont faits pour être prêtés et loués, est expliquée à la fin du chapitre Ha-mekabel (Bava Metzia 116a, et là-bas).
💡 Explication

Nouvelle michna. Shem gneiva : un bruit de vol dans la ville. L'acheteur jure son prix, le reçoit, et rend les objets. Sans bruit, le demandeur n'impose pas sa parole : il a pu vendre, et le détenteur actuel a acheté de cet acheteur-là.

Rachi : lifnei yeush. Tossefot : après yeush et shinouy reshut, plus d'obligation de rendre. Pour les livres, le yeush n'est pas la coutume. Le prix versé reste du, par takkanat ha-shouk.

29
גְּמָ׳ וְכִי יָצָא לוֹ שֵׁם גְּנֵיבָה בָּעִיר – מַאי הָוֵי? לֵיחוּשׁ דִּילְמָא זַבְנִינְהוּ, וְהוּא נִיהוּ קָא מַפֵּיק שְׁמָא!

Guemara. Et si un bruit de vol est sorti à son sujet dans la ville, qu'est-ce que cela fait ?

Craignons : peut-être les a-t-il vendus, et c'est lui qui fait sortir le bruit.

💡 Explication

Le bruit, seul, ne prouve pas le vol. Le vendeur qui regrette peut le lancer lui-même, mappik chema, pour racheter à moindre frais ce qu'il a vendu.

30
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כְּגוֹן שֶׁבָּאוּ בְּנֵי אָדָם בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ, וְעָמַד וְהִפְגִּין בַּלַּיְלָה, וְאָמַר: נִגְנְבוּ כֵּלַיי. כָּל שֶׁכֵּן עִילָּא מָצָא!

Rav Yehouda dit au nom de Rav : par exemple, des gens sont entrés dans sa maison, il s'est levé et a crié la nuit, et il a dit : mes ustensiles ont été volés. À plus forte raison, il a trouvé un prétexte.

📜 Rachi (2)
גְּמ' הַפַּגִּין צָעַק:
Il a crié : il a poussé un cri.
עִילָּא מָצָא פִּירְכָא הִיא כְּלוֹמַר עִילָּא מָצָא כְּשֶׁמָּכַר כֵּלָיו וְנִתְחָרֵט וְיָדַע שֶׁמְּכָרָן לוֹקֵחַ לְאַחֵר עָמַד וְהִפְגִּין וְצָעַק בַּלַּיְלָה לְהַאֲמִין דְּבָרָיו כְּשֶׁיְּעַרְעֵר:
Il a trouvé un prétexte : c'est une objection. Il a trouvé un prétexte. Quand il a vendu ses ustensiles et qu'il a regretté, et qu'il a su que l'acheteur les a vendus à un autre, il s'est levé et a crié la nuit, pour faire croire ses paroles quand il contestera.
💡 Explication

Première lecture de Rav : des hôtes sont passés, et il a hifgin, crié, la nuit. La Guemara renverse. Le cri est justement l'illa, le prétexte d'un vendeur qui se repent. Rachi : il sait déjà que l'acheteur a revendu, et il crie pour être cru le jour où il réclamera.

31
רַב כָּהֲנָא מְסַיֵּים בַּהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: כְּגוֹן שֶׁהָיְתָה מַחְתֶּרֶת חֲתוּרָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ, וּבְנֵי אָדָם שֶׁלָּנוּ בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ – יָצְאוּ, וְאַנְבּוּרְקְרָאוֹת שֶׁל כֵּלִים עַל כִּתְפֵיהֶם, וְהַכֹּל אוֹמְרִים: ״נִגְנְבוּ כֵּלָיו שֶׁל פְּלוֹנִי״.

Rav Kahana conclut au nom de Rav : par exemple, une trouée avait été percée dans sa maison, et des gens qui avaient logé dans sa maison sont sortis, des ballots d'ustensiles sur leurs épaules, et tous disent : les ustensiles d'untel ont été volés.

📜 Rachi (1)
אַנְבַּרְקְרָאוֹת חֲבִילוֹת:
Anborkeraot : des ballots.
🗂️ Tossefot (1)
דְּקָאָמְרִי הַלָּלוּ כֵּלָיו שֶׁל פְּלוֹנִי כְּלוֹמַר כְּשֶׁיָּצָא הַקּוֹל אוֹמְרִים אֵלּוּ כֵּלָיו וּסְפָרָיו שֶׁל פְּלוֹנִי שֶׁבְּנֵי אָדָם הַלָּלוּ נוֹשְׂאִין וְהֵן מַכִּירִין שֶׁהֵם חֲדָשִׁים:
Quand ils disent : voici les ustensiles d'untel. C'est-à-dire : quand le bruit sort, on dit : voici les ustensiles et les livres d'untel, que ces gens portent, et on les reconnaît pour neufs.
💡 Explication

Lecture retenue, Rav Kahana au nom de Rav. Trois signes ensemble : une mahteret percée, les hôtes qui sortent avec des anborkeraot (ballots, Rachi : havilot) sur l'épaule, et le public qui dit le vol.

Tossefot lit le bruit ainsi : on désigne ces objets-ci, portés par ces gens, et on les reconnaît neufs.

32
וְדִלְמָא כֵּלִים הָווּ, סְפָרִים לָא הָווּ! אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כְּגוֹן דְּקָאָמְרִי נָמֵי סְפָרִים.

Et peut-être y avait-il des ustensiles, et il n'y avait pas de livres. Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : par exemple, ils disent aussi : des livres.

💡 Explication

Le bruit parle d'ustensiles. Les sefarim réclamés peuvent en être absents. Il faut que le public dise aussi les livres.

33
וּלְיָחוּשׁ דִּלְמָא זוּטְרֵי, וְקָא טְעִין רַבְרְבֵי! אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא, דְּקָאָמְרִי: סֵפֶר פְּלוֹנִי וּפְלוֹנִי.

Et craignons : peut-être étaient-ils petits, et lui réclame des grands. Rabbi Yossi bar Hanina dit : ils disent : tel livre et tel livre.

💡 Explication

Zoutrei contre rabrabei : des petits volumes volés, et une réclamation de grands. Rabbi Yossi bar Hanina exige des titres : tel livre, tel livre.

34
וְדִלְמָא הָווּ עַתִּיקֵי, וְקָא טְעִין חַדְתֵי! אָמַר רַב, כְּגוֹן דְּאָמְרִי: ״הַלָּלוּ כֵּלָיו שֶׁל פְּלוֹנִי, הַלָּלוּ סְפָרָיו שֶׁל פְּלוֹנִי״.

Et peut-être étaient-ils anciens, et lui réclame des neufs. Rav dit : par exemple, ils disent : voici les ustensiles d'untel, voici les livres d'untel.

💡 Explication

Atikei contre hadtei : l'ancien a perdu de la valeur, le neuf réclamé est un autre objet. Rav fait désigner les pièces elles-mêmes : halalou, ceux-ci.

35
וּמִי אָמַר רַב הָכִי? וְהָאָמַר רַב: בָּא בַּמַּחְתֶּרֶת, וְנָטַל כֵּלִים וְיָצָא – פָּטוּר. מַאי טַעְמָא? בִּדְמֵי קְנָנְהוּ!

Et Rav a-t-il dit cela ? Or Rav dit : celui qui est venu par une trouée, a pris des ustensiles et est sorti, est quitte.

Quelle est la raison ? Il les a acquis par son sang.

📜 Rachi (1)
בִּדְמֵי קְנָנְהוּ דְּהַבָּא בַּמַּחְתֶּרֶת בַּר מִיתָה הוּא כְּדִכְתִיב אִם בַּמַּחְתֶּרֶת יִמָּצֵא הַגַּנָּב וְגוֹ' וְכֵיוָן דְּאִי הֲוָה בִּידֵיהּ פָּטוּר כִּי מְכָרָן לְאַחֵר אַמַּאי מַהְדַּר לְהוּ לוֹקֵחַ:
Il les a acquis par son sang : celui qui vient par une trouée est passible de mort, comme il est écrit : si le ganav est trouvé dans la trouée, etc. Et puisqu'il serait quitte s'ils étaient encore dans sa main, une fois qu'il les a vendus à un autre, pourquoi l'acheteur les rendrait-il ?
💡 Explication

Objection interne à Rav. Le ba ba-mahteret est bar mitta : le maître de maison peut le frapper. Be-damav kaninhu : il acquiert les objets du fait de cette peine, et il est quitte du paiement. S'il est quitte, l'acheteur qui tient de lui devrait l'être aussi. Rachi pose cette suite.

36
הָנֵי מִילֵּי דִּקְנָנְהוּ – בְּבָא בְּמַחְתֶּרֶת, דְּמֵעִיקָּרָא מְסַר נַפְשֵׁיהּ לִקְטָלָא; אֲבָל הָנֵי, כֵּיוָן דְּלָא מְסַרוּ נַפְשַׁיְיהוּ לִקְטָלָא – לֹא.

Ces paroles, qu'il les a acquis, valent pour celui qui vient par une trouée : dès le départ il a livré sa vie à la mort. Mais ceux-ci, puisqu'ils n'ont pas livré leur vie à la mort, non.

💡 Explication

Limite. Le kinyan be-damav suppose qu'il ait, des l'entrée, masar nafshei le-kitla. Les hôtes n'ont pas percé la maison dans ces conditions. Ils n'acquièrent pas. L'acheteur jure et rend.

🖼️ Schéma
Qui acquiert par son sang ? Ba ba-mahteret Dès l'entrée, il s'expose à la mort. S'il est trouvé dans la trouée. Kim lei be-deraba minei. Il acquiert. Il est quitte. Les hôtes de la maison Ils ont logé. Ils sortent chargés. Ils n'ont pas livré leur vie. Pas de kinyan par le sang. L'acheteur rend, contre le prix juré.
Le trou livre à la mort, et acquiert. Les hôtes n'ont pas livré leur vie.
37
אָמַר רָבָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בַּעַל הַבַּיִת הֶעָשׂוּי לִמְכּוֹר כֵּלָיו, אֲבָל בַּעַל הַבַּיִת שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לִמְכּוֹר כֵּלָיו –

Rava dit : on ne l'a enseigné que pour un maître de maison qui a coutume de vendre ses ustensiles ; mais un maître de maison qui n'a pas coutume de vendre ses ustensiles,

💡 Explication

Rava ouvre une dernière limite, et la page s'arrête sur elle. Tout ce resserrement du bruit vise le baal ha-bayit assouy limkor kelav, celui dont on vend les ustensiles : la vente reste pensable. La phrase continue au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).