Bava Kamma 115a — Ganav reconnu et takanat ha-shuk

Bava_Kamma 115a

Sougya : La page achève le cas du baal ha-bayit qui n'a pas coutume de vendre ses ustensiles : on n'a pas à nommer chaque livre, et Rav Ashi répond par le bruit de vol déjà sorti dans la ville. Le corps du daf est le ganav qui a vendu, puis qui a été reconnu.

Rav, au nom de Rabbi Hiyya, met le din avec le premier ; Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yannai, avec le second. Rav Yossef répartit avant et après le yeush ; Abaye objecte par les matnot kehuna ; Rav Zevid discute l'ordre du yeush et du shinui reshut ; Rav Pappa lit le différend comme la takanat ha-shuk, l'ordonnance du marché.

La halakha accorde cette ordonnance dans les cas disputés, sauf le paiement d'une dette ou d'un compte à crédit. Deux affaires tranchent la suite : le manteau d'Avimi, selon Rav Cohen, et le sefer passé de Naresh à Mehoza, selon Rava.

La michna du vin versé pour sauver le miel s'ouvre en bas de page.

Ganav reconnu : trois lectures du même différend Rav, au nom de Rabbi Hiyya : din avec le premier. Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yannai : din avec le second. Rav Yossef Avant le yeush (renoncement) : din avec le second l'acheteur rend l'objet Après le yeush : din avec le premier on se tourne vers le ganav Les deux tiennent l'enseignement de Rav Hisda. Abaye : les matnot kehuna ressemblent à l'avant-yeush, et Rav y diverge. Réponse : Rav ajoute le boucher, il ne l'exclut pas l'acheteur. Rav Zevid Sans yeush, tous tiennent Rav Hisda : din au second. Cas disputé : yeush chez l'acheteur, pas chez le ganav. Un maître yeush, puis shinui reshut : il acquiert. shinui, puis yeush : il n'acquiert pas. L'autre maître aucune différence. Acquisition complète : même contre argent, il ne rend pas l'objet. Rav Pappa Le manteau, tous le rendent au maître, gratuitement. Le différend porte sur la takanat ha-shuk. Rav : l'acheteur prend ses zouz chez le ganav. Rabbi Yo'hanan : il les prend chez le baal ha-bayit. Le din avec le premier est ici le din de l'acheteur. Les deux tiennent Rav Hisda. Premier = ganav. Second = acheteur. La suite de la page détaille où la takana s'applique.
Trois lectures : Rav Yossef (yeush), Rav Zevid (ordre yeush et shinui reshut), Rav Pappa (takanat ha-shuk).
Takanat ha-shuk : qui est remboursé ? Le ganav est reconnu. L'ordonnance rend à l'acheteur de bonne foi l'argent qu'il a versé. Cas Issue Ganav mefursam (voleur notoire) Rava, aucun Amora ne conteste Pas de takana Paie une dette, ou un hikef compte ouvert chez l'épicier Pas de takana Gage : valeur 200 pour un prêt de 100 le gage dépasse la dette Takana Gage à valeur égale Ameimar : non. Mar Zoutra : oui Halakha : takana comme Mar Zoutra Vente au prix du marché shove be-shove, valeur pour valeur Takana Vente : valeur 100, prix 200 Rav Chechet : non. Rava : oui, même 200 Halakha : takana comme Rava Halakha générale : takana dans tous ces cas Sauf dette et hikef. Tossefot : le ganav notoire de Rava reste dehors.
Portée de la takanat ha-shuk : notoire, dette, gage, vente. Halakha, sauf dette et hikef.
Le sefer : Naresh, Papounya, Mehoza Abaye rembourse 80. Rava rembourse les 120 versés par le dernier acheteur. Naresh ganav, vend 80 80 Papounya revend 120 120 Mehoza détient le sefer Abaye Le maître verse 80 à Mehoza et reprend son sefer. Mehoza reprend 40 chez Papounya. Mehoza retrouve 120. Le maître n'a déboursé que 80. Naresh garde les 80. Rava Le maître verse 120 à Mehoza et reprend son sefer. Puis il reprend 40 à Papounya, et 80 à Naresh. Acheteur d'un acheteur : la takana couvre son prix à lui. Kal va-homer depuis l'acheteur du ganav. Le ganav est reconnu à la fin. La question est le montant que le maître verse pour ravoir le sefer, et chez qui il se refait ensuite.
Sefer volé : Abaye fait verser 80, Rava fait verser 120 puis reprendre 40 et 80.
1
לָא צָרִיךְ לְאַהְדּוֹרֵי עֲלֵיהּ כֻּולֵּי הַאי.

On n'a pas à mener sur lui l'enquête à ce point.

📜 Rachi (1)
לֹא צָרִיךְ לְאַהְדּוֹרֵי כֻּולֵּי הַאי דְּנֵימָא סֵפֶר פְּלוֹנִי וּפְלוֹנִי:
Point besoin d'en venir à dire : tel livre et tel livre.
💡 Explication

Fin de la phrase de Rava (114b). Si le baal ha-bayit n'a pas coutume de vendre ses ustensiles, on se dispense du détail exigé plus haut : que l'on nomme tel livre et tel livre. Rachi borne ainsi le le-ahdorei, l'enquête supplémentaire.

2
וְדִלְמָא אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ זוּזֵי, וְזַבֵּין! אָמַר רַב אַשִּׁי: הֲרֵי יָצָא לוֹ שֵׁם גְּנֵיבָה בָּעִיר.

Et peut-être avait-il besoin de zouz, et il a vendu ! Rav Ashi dit : un bruit de vol est déjà sorti à son sujet dans la ville.

💡 Explication

Objection : même un homme qui ne vend pas d'habitude a pu vendre faute d'argent. Les objets trouvés chez l'acheteur seraient alors une vente, et le détail des livres redeviendrait nécessaire.

Rav Ashi : le shem geneiva (bruit public du vol) court déjà dans la ville. On rattache les objets à ce vol.

3
אִיתְּמַר: גָּנַב וּמָכַר, וְאַחַר כָּךְ הֻוכַּר הַגַּנָּב – רַב מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי חִייָּא אָמַר: הַדִּין עִם הָרִאשׁוֹן. רַבִּי יוֹחָנָן מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יַנַּאי אָמַר: הַדִּין עִם הַשֵּׁנִי.

On a énoncé : un ganav a volé et a vendu, et ensuite le ganav a été reconnu. Rav, au nom de Rabbi Hiyya, dit : le din est avec le premier.

Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yannai, dit : le din est avec le second.

📜 Rachi (2)
הַדִּין עִם הָרִאשׁוֹן דִּינוֹ שֶׁל בע"ה וּתְבִיעָתוֹ עַל הַגַּנָּב הִיא וְאֵין הַלּוֹקֵחַ בַּעַל דִּינוֹ וְאִם בָּא לִגְבּוֹתוֹ הֵימֶנּוּ יִתֵּן דָּמִים ואע"ג שֶׁהֻוכַּר הַגַּנָּב לָא אָמְרִינַן יַחֲזִיר לוֹקֵחַ הַכֵּלִים בְּחִנָּם וְיִפְרַע מִן הַגַּנָּב:
Le din du baal ha-bayit et sa réclamation portent sur le ganav. L'acheteur n'est pas son adversaire. S'il vient recouvrer l'objet de lui, il donne de l'argent. Bien que le ganav ait été reconnu, on ne dit pas que l'acheteur rende les ustensiles gratuitement et se fasse payer par le ganav.
הַדִּין עִם הַשֵּׁנִי דִּינוֹ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת עִם הַלּוֹקֵחַ הוּא וְיוֹצִיא הֵימֶנּוּ כֵּלָיו בְּחִנָּם:
Le din du baal ha-bayit est avec l'acheteur, et il retire de lui ses ustensiles gratuitement.
💡 Explication

Nouveau cas. Le voleur est identifié après la vente. Premier : le ganav. Second : l'acheteur.

Rav : le propriétaire n'a pour adversaire que le ganav. S'il veut l'objet chez l'acheteur, il paie. Rabbi Yo'hanan : il reprend ses ustensiles chez l'acheteur sans payer.

4
אָמַר רַב יוֹסֵף: לָא פְלִיגִי; כָּאן לִפְנֵי יֵאוּשׁ – הַדִּין עִם הַשֵּׁנִי, כָּאן לְאַחַר יֵאוּשׁ – הַדִּין עִם הָרִאשׁוֹן.

Rav Yossef dit : ils ne divergent pas. Ici, avant le yeush : le din est avec le second.

Là, après le yeush : le din est avec le premier.

📜 Rachi (1)
לִפְנֵי יֵאוּשׁ לְקָחוֹ מִן הַגַּנָּב לִפְנֵי יֵאוּשׁ:
Avant le yeush : il l'a acheté au ganav avant le yeush.
💡 Explication

Rav Yossef répartit les deux formules. Yeush : le propriétaire a renoncé à retrouver son bien. Avant le yeush, l'acheteur n'a pas acquis : le din va vers lui. Après le yeush, le din ne va plus que vers le ganav.

5
וְתַרְוַייְהוּ אִית לְהוּ דְּרַב חִסְדָּא.

Et tous deux tiennent l'enseignement de Rav Hisda.

📜 Rachi (1)
דְּרַב חִסְדָּא גָּזַל וְלֹא נִתְייָאֲשׁוּ הַבְּעָלִים וּבָא אַחֵר וַאֲכָלוֹ רָצָה מִזֶּה גּוֹבֶה כו' בְּרֵישׁ פִּירְקִין וְהַאי נָמֵי אע"ג דְּיָהֵיב דָּמֵי לְגַנָּב לְגַבֵּי הַאי מִיהָא גַּזְלָן הוּא וּמִיהוּ הֵיכָא דְּלָא הֻוכַּר הַגַּנָּב עֲבוּד לֵיהּ רַבָּנָן תַּקָּנַת הַשּׁוּק לִיטֹּול מַה שֶׁנָּתַן אֲבָל הֵיכָא דְּהֻוכַּר הַגַּנָּב עָלָיו לְהַחֲזִיר אַחֲרָיו:
Rav Hisda : on a volé, les propriétaires n'ont pas renoncé, un autre est venu et l'a consommé. S'il veut, il recouvre de celui-ci, etc., au début de notre chapitre. Celui-ci aussi, bien qu'il ait donné de l'argent au ganav, est pourtant un gazlan à son égard. Toutefois, quand le ganav n'a pas été reconnu, les Rabbins ont institué pour lui la takanat ha-shuk, pour qu'il prenne ce qu'il a donné. Quand le ganav a été reconnu, il doit restituer et se retourner contre lui.
💡 Explication

Rav Hisda (début du chapitre, 111b) : avant yeush, le propriétaire recouvre au choix, du voleur ou de celui qui détient le bien. L'acheteur qui a payé le ganav reste un gazlan vis-à-vis du maître.

Rachi réserve la takanat ha-shuk au ganav encore inconnu : l'acheteur récupère alors ce qu'il a versé. Une fois le ganav reconnu, l'acheteur rend l'objet et va se faire payer par lui.

6
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְלָא פְּלִיגִי? הָא מַתְּנוֹת כְּהֻונָּה כְּלִפְנֵי יֵאוּשׁ דָּמֵי, וּפְלִיגִי! דִּתְנַן, אָמַר לוֹ: ״מְכֹור לִי מֵעֶיהָ שֶׁל פָּרָה״, וְהָיוּ בָּהֶן מַתָּנוֹת – נוֹתְנָן לַכֹּהֵן, וְאֵינוֹ מְנַכֶּה לוֹ מִן הַדָּמִים. לָקַח הֵימֶנּוּ בְּמִשְׁקָל – נוֹתְנוֹ לַכֹּהֵן, וּמְנַכֶּה לוֹ מִן הַדָּמִים.

Abaye lui dit : et ils ne divergent pas ? Or les matnot kehuna sont comme un avant-yeush, et ils divergent !

Car nous avons appris : il lui a dit : Vends-moi les entrailles d'une vache. Et il y avait en elles des dons.

Il les donne au kohen, et il ne lui déduit rien du prix. S'il a acheté de lui au poids, il le donne au kohen, et il lui déduit du prix.

📜 Rachi (4)
כְּלִפְנֵי יֵאוּשׁ דָּמֵי דְּכֹהֵן לָא מִיַּיאַשׁ מִינַּייְהוּ:
Comme un avant-yeush : car le kohen n'y renonce pas.
וּפְלִיגִי כְּלוֹמַר וְאָמַר רַב הַדִּין עִם הָרִאשׁוֹן:
Et ils divergent : c'est-à-dire que Rav a dit : le din est avec le premier.
מַתָּנוֹת קֵיבָה:
Les dons : la keiva (caillette).
נוֹתֵן הַלּוֹקֵחַ קֵיבָה לַכֹּהֵן דְּמִסְּתָמָא מַתָּנוֹת לָא זָבִין לֵיהּ:
L'acheteur donne la keiva au kohen, car en principe il ne lui a pas vendu les dons.
🗂️ Tossefot (1)
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי הֲרֵי מַתְּנוֹת כְּהֻונָּה כְּלִפְנֵי יֵאוּשׁ דָּמֵי וּפְלִיגִי דְּמַשְׁמַע לֵיהּ לְאַבַּיֵּי דְּהַדִּין עִם הַטַּבָּח דַּוְקָא וה"נ הַדִּין עִם הָרִאשׁוֹן מִכָּאן קָשֶׁה עַל פֵּי' הַקּוּנְטְרֵס דְּפֶרֶק הַזְּרוֹעַ (חֻולִּין דַּף קלד.) וְאֵין לְהַאֲרִיךְ בָּזֶה:
Abaye comprend que le din est avec le boucher exclusivement, et de même que le din est avec le premier. De là une difficulté sur l'explication du Kontres au chapitre Ha-Zeroa (Houlin 134a). Inutile d'allonger.
💡 Explication

Abaye refuse la conciliation. Les matnot kehuna restent au kohen : il ne fait pas yeush. Le cas ressemble donc à un vol avant yeush. Pourtant Rav et Rabbi Yo'hanan y divergent, d'après la suite.

Michna de Houlin : vente des entrailles en bloc. Les dons qui s'y trouvent, Rachi les identifie à la keiva, ne sont pas compris dans la vente. L'acheteur les donne au kohen sans baisser le prix. Achat au poids : il donne, et déduit ce poids du prix.

Tossefot : Abaye lit le din du boucher comme exclusif, à la manière du din avec le premier. Ils signalent une tension avec Rachi (le Kontres) sur Houlin 134a, et s'arrêtent.

🖼️ Schéma
Matnot kehuna : qui a pesé les entrailles L'acheteur pèse lui-même Il donne la keiva au kohen. Il déduit le prix au boucher, ou le réclame. Cas de la michna au poids. L'acheteur est le second. Le boucher pèse pour lui Rav : le din du kohen est avec le boucher. Le boucher est comme le premier ganav. Abaye : Rav quitte Rav Hisda. Relecture : même un din avec le boucher. Les dons peuvent être traités comme un gezel.
Qui a pesé : l'acheteur donne au kohen, ou le din reste chez le boucher.
7
וְאָמַר רַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁשָּׁקַל לְעַצְמוֹ, אֲבָל שָׁקַל לוֹ הַטַּבָּח – הַדִּין עִם הַטַּבָּח.

Et Rav dit : on ne l'a enseigné que là où il a pesé pour lui-même. Mais si le boucher a pesé pour lui, le din est avec le boucher.

📜 Rachi (3)
לֹא שָׁנוּ לָקַח הֵימֶנּוּ בְּמִשְׁקָל נוֹתְנָן לַכֹּהֵן דְּמַשְׁמַע דְּהַלּוֹקֵחַ ע"כ נוֹתְנָן לְכֹהֵן וְהוּא יִתְבַּע דָּמִים מִן הַמּוֹכֵר:
On ne l'a enseigné : il a acheté de lui au poids, il les donne au kohen. Cela implique que l'acheteur est contraint de les donner au kohen, et que c'est lui qui réclamera l'argent au vendeur.
אֶלָּא שֶׁשָּׁקַל הוּא לְעַצְמוֹ:
Seulement là où il a pesé : lui, pour lui-même.
הַדִּין עִם הַטַּבָּח דִּינוֹ שֶׁל כֹּהֵן וְעִרְעוּרוֹ עַל הַטַּבָּח הוּא רַב לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר הַדִּין עִם הָרִאשׁוֹן דְּטַבָּח כְּגַנָּב רִאשׁוֹן וְלוֹקֵחַ הָוֵי שֵׁנִי וְקָאָמַר הַדִּין עִם הַטַּבָּח אַלְמָא רַב לֵית לֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא:
Le din est avec le boucher : le din du kohen et sa contestation portent sur le boucher. Rav reste dans sa logique, lui qui dit que le din est avec le premier. Le boucher est comme le premier ganav, l'acheteur est le second, et il dit : le din est avec le boucher. On voit que Rav ne tient pas l'enseignement de Rav Hisda.
💡 Explication

Rav restreint la clause du poids. Si l'acheteur a pesé, c'est lui qui doit remettre les dons au kohen, puis se faire rendre l'argent par le vendeur. Si le boucher a pesé, le kohen n'agit que contre le boucher.

Rachi en tire la lecture d'Abaye : le boucher joue le rôle du premier ganav, l'acheteur celui du second. Rav n'ouvrirait donc le recours, avant yeush, que contre le premier, à l'encontre de Rav Hisda.

8
אֵימָא: אַף דִּין עִם הַטַּבָּח. מַהוּ דְתֵימָא: אֵין מַתְּנוֹת כְּהֻונָּה נִגְזָלוֹת, קָא מַשְׁמָע לַן.

Dis : même un din avec le boucher. Que pourrait-on dire ?

Les matnot kehuna ne sont pas saisies par un gezel. Il nous l'apprend.

📜 Rachi (1)
אֵינָן נִגְזָלוֹת דְּאַלִּימָא קְנִייָּה דִּידְהוּ דְּמִכֹּחַ גָּבוֹהַּ קָאָתוּ לֵיהּ וְכָל הֵיכָא דְּאִיתַנְהוּ אֵימָא דְּכֹהֵן נִינְהוּ וַאֲפִילּוּ שָׁקַל לוֹ הַטַּבָּח יִגְבֶּה הַכֹּהֵן נָמֵי מִן הַלּוֹקֵחַ קמ"ל:
Elles ne sont pas saisies : leur acquisition est forte, car elles lui viennent par la force d'En Haut. Partout où elles se trouvent, je dirais qu'elles sont au kohen. Même si le boucher a pesé pour lui, le kohen recouvrerait aussi de l'acheteur. Il nous l'apprend.
💡 Explication

La Guemara relit Rav. Af din : le kohen peut aussi agir contre le boucher, sans perdre son recours contre l'acheteur. La crainte écartée : les dons, venus d'En Haut, resteraient au kohen là où ils sont, et la vente du boucher ne ferait pas de lui un voleur.

Rav enseigne qu'on peut les traiter comme un gezel, et donc réclamer au boucher. Cette lecture retire à Abaye sa preuve que Rav refuse Rav Hisda.

9
וּלְאַבַּיֵּי דְּאָמַר פְּלִיגִי, בְּמַאי פְּלִיגִי? בִּדְרַב חִסְדָּא.

Et pour Abaye, qui dit qu'ils divergent, sur quoi divergent-ils ? Sur l'enseignement de Rav Hisda.

📜 Rachi (1)
פְּלִיגִי בְּלִפְנֵי יֵאוּשׁ וּבִדְרַב חִסְדָּא דְּרַב לֵית לֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא:
Ils divergent dans l'avant-yeush, et sur Rav Hisda : car Rav ne tient pas l'enseignement de Rav Hisda.
💡 Explication

Si l'on garde la lecture d'Abaye, le différend subsiste, et son objet est Rav Hisda. Rav : avant yeush, on ne recouvre que du premier. Rabbi Yo'hanan : on recouvre aussi du second.

10
רַב זְבִיד אָמַר: כְּגוֹן שֶׁנִּתְייָאֲשׁוּ הַבְּעָלִים בְּיַד לוֹקֵחַ, וְלֹא נִתְיָיאֲשׁוּ בְּיַד גַּנָּב.

Rav Zevid dit : par exemple, les propriétaires ont renoncé alors que l'objet était dans la main de l'acheteur, et ils n'ont pas renoncé alors qu'il était dans la main du ganav.

📜 Rachi (1)
רַב זְבִיד אָמַר הֵיכָא דְּלָא אִייַּאוּשׁ בְּעָלִים דכ"ע אִית לְהוּ דְּרַב חִסְדָּא וְהַדִּין עִם הַשֵּׁנִי וְהָכָא כְּגוֹן שֶׁנִּתְיָיאֲשׁוּ כו':
Là où les propriétaires n'ont pas renoncé, tous tiennent l'enseignement de Rav Hisda, et le din est avec le second. Et ici, c'est un cas où ils ont renoncé, etc.
💡 Explication

Deuxième lecture. Sans yeush, plus de différend : tous suivent Rav Hisda, le din va au second. Le débat ne porte que sur un yeush tardif, survenu chez l'acheteur, après que le ganav a déjà vendu.

11
וּבְהָא פְּלִיגִי – מַר סָבַר: יֵאוּשׁ וְאַחַר כָּךְ שִׁינּוּי רְשׁוּת – קְנֵי, שִׁינּוּי רְשׁוּת וְאַחַר כָּךְ יֵאוּשׁ – לָא קָנֵי; וּמַר סָבַר: לָא שְׁנָא.

Et c'est là qu'ils divergent. Un maître tient : yeush, puis shinui reshut, il acquiert ; shinui reshut, puis yeush, il n'acquiert pas.

Et un maître tient : aucune différence.

📜 Rachi (1)
לָא שְׁנָא דְּקָנֵי לְגַמְרֵי וַאֲפִילּוּ בִּדְמֵי לָא מַהְדַּר לוֹ:
Aucune différence : il acquiert complètement, et même contre argent il ne le lui rend pas.
💡 Explication

Shinui reshut : l'objet change de domaine, ici du ganav à l'acheteur. Un avis n'accorde l'acquisition que si le yeush précède ce changement. L'ordre inverse, celui du cas, laisse l'acheteur sans acquisition.

L'autre avis ne distingue pas l'ordre. Dès qu'il y a yeush, l'acheteur acquiert pour de bon. Rachi : il ne restitue pas l'objet, même contre argent.

🖼️ Schéma
Ordre : yeush et shinui reshut Cas de Rav Zevid : le yeush n'a lieu que dans la main de l'acheteur. 1. Yeush chez le ganav 2. Puis vente acquiert 1. Vente (shinui reshut) 2. Puis yeush un avis : n'acquiert pas L'autre avis : aucune différence. L'acheteur acquiert complètement. Même contre argent, il ne rend pas l'objet. Rachi : lo shena. Le cas de la page est la seconde suite : vente d'abord, yeush ensuite.
Yeush puis vente : acquisition. Vente puis yeush : un avis refuse, l'autre acquiert quand même.
12
רַב פָּפָּא אָמַר: בִּגְלִימָא – דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּהָדַר לְמָרֵיהּ, וְהָכָא בְּעָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק קָמִיפַּלְגִי –

Rav Pappa dit : pour le manteau, tous s'accordent à dire qu'il revient à son maître. Et ici, ils divergent sur le point : a-t-on institué pour lui la takanat ha-shuk.

📜 Rachi (2)
רַב פָּפָּא אָמַר לְעוֹלָם בִּדְלִפְנֵי יֵאוּשׁ פְּלִיגִי וְתַרְוַייְהוּ אִית לְהוּ דְּרַב חִסְדָּא וּבִגְלִימָא דִּגְנֵיבָה כ"ע לָא פְלִיגִי דְּהָדְרָא לְמָרָהּ מִיָּד בְּחִנָּם וְאֵין הַלּוֹקֵחַ יָכוֹל לְעַכְּבָהּ עַל מְעוֹתָיו וְכִדְרַב חִסְדָּא וְהַדִּין עִם הָרִאשׁוֹן דְּאָמַר רַב לֹא בְּדִין הַבַּעַל הַבַּיִת קָאָמַר אֶלָּא בְּדִינוֹ שֶׁל לוֹקֵחַ קָאָמַר:
En réalité ils divergent sur l'avant-yeush, et tous deux tiennent l'enseignement de Rav Hisda. Pour le manteau volé, tous s'accordent : il revient à son maître aussitôt, gratuitement, et l'acheteur ne peut le retenir à cause de ses pièces, conformément à Rav Hisda. Et le din avec le premier que dit Rav : il parle du din de l'acheteur.
תַּקָּנַת הַשּׁוּק עַל שֶׁקְּנָאוֹ לוֹקֵחַ בַּשּׁוּק בְּפַרְהֶסְיָא וְלֹא הֵבִין בּוֹ שֶׁנִּגְנַב עָשׂוּ לוֹ תַּקָּנָה שֶׁיְּשַׁלֵּם לוֹ בַּעַל הַבַּיִת מְעוֹתָיו:
Takanat ha-shuk : comme l'acheteur l'a acquis au marché, en public, et qu'il n'y a pas discerné le vol, on a institué pour lui que le baal ha-bayit lui verse son argent.
💡 Explication

Troisième lecture. Le manteau lui-même revient au maître, sans que l'acheteur puisse le bloquer pour ses pièces. Les deux avis tiennent donc Rav Hisda.

Le différend se déplace. Takanat ha-shuk : ordonnance en faveur de l'acheteur public, de bonne foi. Rachi : la formule de Rav, din avec le premier, désigne la réclamation de l'acheteur, qui va chercher ses zouz chez le ganav.

13
רַב מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי חִייָּא אָמַר הַדִּין עִם הָרִאשׁוֹן – דִּינָא דְּלוֹקֵחַ דְּלִישְׁקוֹל זוּזֵי מִגַּנָּב, וְלֹא עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק. וְרַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם דְּרַבִּי יַנַּאי אָמַר הַדִּין עִם הַשֵּׁנִי – דִּינָא דְּלוֹקֵחַ דְּלִישְׁקוֹל מִבַּעַל הַבַּיִת, וְעָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק.

Rav, au nom de Rabbi Hiyya, a dit : le din est avec le premier. C'est le din de l'acheteur, qui prend les zouz chez le ganav, et ils n'ont pas institué pour lui la takanat ha-shuk.

Et Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yannai, a dit : le din est avec le second. C'est le din de l'acheteur, qui prend chez le baal ha-bayit, et ils ont institué pour lui la takanat ha-shuk.

📜 Rachi (1)
וְרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר עָשׂוּ תַּקָּנָה וּנְהִי דְּאִית לָן דְּרַב חִסְדָּא וְלָא מָצֵי לוֹקֵחַ לְמֵימַר לְבַעַל הַבַּיִת לָאו בַּעַל דְּבָרִים דִּידִי אַתְּ מִיהוּ לְאַחַר שֶׁיְּשַׁלֵּם הַגְּנֵיבָה יִתְבַּע מְעוֹתָיו מִבַּעַל הַבַּיִת וְאִי קַשְׁיָא מ"מ דְּמֵי שְׁקִיל מַה לִי מִשּׁוּם תַּקָּנָה מַה לִי מִשּׁוּם טַעֲנַת לָאו בַּעַל דְּבָרִים דִּידִי אַתְּ נָפְקָא מִינַּהּ הֵיכָא דְּגָזַל וּבָא אַחֵר וְאָכַל בְּלֹא דָּמִים דְּאָמְרִינַן כִּדְרַב חִסְדָּא וְאִם הַשֵּׁנִי נוֹחַ לוֹ מִן הָרִאשׁוֹן גּוֹבֶה הֵימֶנּוּ:
Et Rabbi Yo'hanan tient qu'ils ont institué l'ordonnance. Certes nous tenons Rav Hisda, et l'acheteur ne peut pas dire au baal ha-bayit qu'il n'est pas son adversaire. Toutefois, après avoir restitué l'objet volé, il réclame son argent au baal ha-bayit. Et si l'on objecte : de toute façon il reçoit de l'argent, qu'importe que ce soit à cause de l'ordonnance ou à cause de l'argument selon lequel l'autre n'est pas son adversaire. Conséquence pratique : là où l'on a volé, et un autre est venu et a consommé sans argent. On dit comme Rav Hisda, et si le second lui est plus commode que le premier, il recouvre de lui.
💡 Explication

La suite le développe. Dans les deux avis, l'acheteur rend le manteau. Rav : il se rembourse sur le ganav, sans takana. Rabbi Yo'hanan : le baal ha-bayit lui rend son prix, par la takana.

Rachi répond à l'objection que, dans les deux explications, l'acheteur finit payé. La nafka mina : un second a consommé le bien sans avoir versé d'argent. Rav Hisda permet alors de recouvrer de celui qui est le plus accessible. L'argument lav baal devarim didi at (tu n'es pas mon adversaire) ne produit pas ce choix. La takana, elle, ne rembourse que celui qui a payé.

14
וְסָבַר רַב לֹא עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק? וְהָא רַב הוּנָא תַּלְמִידֵיהּ דְּרַב הֲוָה, וְחָנָן בִּישָׁא גְּנַב גְּלִימָא וְזַבְּנַהּ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא, אֲמַר לֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא: זִיל שָׁרִי עֲבִיטָךְ!

Et Rav tient-il qu'ils n'ont pas institué pour lui la takanat ha-shuk ? Or Rav Houna était l'élève de Rav.

Hanan Bisha vola un manteau et le vendit. L'affaire vint devant Rav Houna.

Il dit à cet homme : va, délie ton gage !

📜 Rachi (1)
שָׁרִי עֲבִיטָךְ הַתֵּר מַשְׁכּוֹנְךָ כְּלוֹמַר פָּדָה מַשְׁכּוֹנְךָ שֶׁבְּיָדוֹ:
Délie ton gage : libère ton gage, c'est-à-dire rachète le gage qui est dans sa main.
💡 Explication

Objection contre la lecture qui prête à Rav le refus de la takana. Rav Houna, son élève, face à Hanan Bisha (Hanan le mauvais), ordonne au propriétaire de racheter le manteau chez l'acheteur. C'est la takanat ha-shuk : il paie pour ravoir son bien.

15
שָׁאנֵי חָנָן בִּישָׁא, כֵּיוָן דְּלֵיכָּא לְאִישְׁתַּלּוֹמֵי מִינֵּיהּ – כְּלֹא הֻוכַּר דָּמֵי.

Hanan Bisha est différent. Puisqu'on ne peut pas se faire payer par lui, c'est comme s'il n'avait pas été reconnu.

💡 Explication

Réponse : Hanan est insolvable. L'acheteur ne tirera rien de lui. On traite le cas comme celui du ganav non reconnu, où la takana s'applique. Le précédent ne prouve donc pas que Rav l'applique quand le ganav peut payer.

16
אָמַר רָבָא: אִם גַּנָּב מְפֻורְסָם הוּא, לֹא עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק. וְהָא חָנָן בִּישָׁא, דִּמְפֻורְסָם הֲוָה, וְעָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק! נְהִי דִּמְפֻורְסָם לְבִישׁוּתָא, לִגְנִיבוּתָא לֹא מְפֻורְסָם.

Rava dit : si c'est un ganav notoire, ils n'ont pas institué pour lui la takanat ha-shuk. Or Hanan Bisha était notoire, et ils ont institué pour lui la takanat ha-shuk !

Soit : il était notoire pour la méchanceté, pour les vols il n'était pas notoire.

💡 Explication

Rava : l'acheteur d'un voleur mefursam (connu comme tel) aurait dû se méfier. La takana ne le couvre pas. Hanan était fameux pour sa méchanceté, pas pour le vol. L'acheteur n'était pas averti.

17
אִיתְּמַר: גָּנַב וּפָרַע בְּחוֹבוֹ, גָּנַב וּפָרַע בְּהִיקִּיפוּ – לֹא עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק, דְּאָמְרִי: לָא אַדַּעְתָּא דְּהָנְהוּ יְהַבְתְּ לֵיהּ מִידֵּי.

On a énoncé : il a volé et a payé sa dette ; il a volé et a payé son hikef. Ils n'ont pas institué pour lui la takanat ha-shuk.

Car on lui dit : tu ne lui as rien donné en vue de ces objets.

📜 Rachi (3)
חוֹב מַלְוֶה:
Dette : un prêt.
הֶקֵּף לַחֶנְוָנִי:
Hikef : chez l'épicier.
לָאו אַדַּעְתָּא דְּהַאי גְּנֵיבָה יְהַבְתָּה לֵיהּ זוּזֵי דְּמִקַּמֵּי הָכָא אוֹזַפְתְּ לֵיהּ:
Pas en vue de cela : cet objet volé. Tu lui as donné les zouz que tu lui avais prêtés auparavant.
💡 Explication

Deux paiements en nature avec l'objet volé, sans achat nouveau. Hov : une dette de prêt. Hikef : le compte ouvert chez le commerçant. Le créancier n'a pas versé d'argent en visant cet objet. La takana, faite pour qui a payé un bien au marché, ne s'ouvre pas.

18
מַשְׁכַּנְתָּא; שָׁוֵי מָאתָן בְּמֵאָה – עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק. שָׁוֶה בְּשָׁוֶה – אָמֵימָר אָמַר: לֹא עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק, מַר זוּטְרָא אָמַר: עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק.

Un gage. Valeur de deux cents pour cent : ils ont institué pour lui la takanat ha-shuk.

Valeur pour valeur : Ameimar dit : ils n'ont pas institué la takanat ha-shuk. Mar Zoutra dit : ils ont institué la takanat ha-shuk.

📜 Rachi (1)
מַשְׁכַּנְתָּא שָׁוֶה בְּשָׁוֶה אֵין דֶּרֶךְ לַעֲשׂוֹת כֵּן לְהַלְווֹת עַל הַמַּשְׁכּוֹן כָּל שָׁוְיוֹ הִלְכָּךְ לָאו אַדַּעְתָּא דְּהַאי מַשְׁכַּנְתָּא אוֹזְפֵיהּ אֶלָּא הִימּוּנִי הִימָּנֵיה:
Gage à valeur égale : on n'a pas coutume de prêter sur le gage toute sa valeur. Il ne lui a donc pas prêté en vue de ce gage. Il lui a fait confiance.
💡 Explication

Le ganav remet un gage volé. S'il vaut 200 pour un prêt de 100, l'écart montre que le prêt vise ce gage : takana, le créancier sera remboursé en rendant l'objet.

Gage à valeur égale : Ameimar refuse la takana. Rachi : on ne couvre pas d'habitude toute la valeur, donc le prêt reposait sur la confiance, pas sur l'objet. Mar Zoutra applique quand même la takana.

19
וְהִלְכְתָא: עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק.

Et la halakha : ils ont institué pour lui la takanat ha-shuk.

🗂️ Tossefot (1)
וְהִלְכְתָא בְּכֻולְּהוּ עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק נ"ל דְּלָא קָאֵי אֶלָּא אַהָנֵי דִּפְלִיגִי בְּהוּ אָמוֹרָאֵי אָמֵימָר וּמַר זוּטְרָא [רָבָא וְרַב שֵׁשֶׁת] דְּאָתוּ לִפְסֹוק כמ"ד עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק אֲבָל אַמִּילְּתָא דְּרָבָא דְּגַנָּב מְפֻורְסָם דְּלָא פְּלִיג עָלֶיהָ שׁוּם אָמוֹרָא לָא קָאֵי:
Il me semble que cela ne vise que les cas où les Amoraïm divergent, Ameimar et Mar Zoutra, Rava et Rav Chechet, et que l'on vient trancher comme celui qui dit : ils ont institué la takanat ha-shuk. La parôle de Rava sur le ganav notoire, qu'aucun Amora ne conteste, n'est pas visée.
💡 Explication

Tranche le gage à valeur égale : halakha comme Mar Zoutra, la takana s'applique.

Tossefot lisent la formule avec le mot be-khulhu, dans tous les cas, qui vient deux segments plus loin. Elle ne couvre que les disputes nommées : Ameimar et Mar Zoutra, Rava et Rav Chechet. Le ganav notoire de Rava, sans contestation, reste exclu.

20
זְבִינָא; שָׁוֶה בְּשָׁוֶה – עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק. שָׁוֵי מֵאָה בְּמָאתַן – רַב שֵׁשֶׁת אָמַר: לֹא עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק, רָבָא אָמַר: עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק.

Une vente. Valeur pour valeur : ils ont institué la takanat ha-shuk.

Valeur de cent pour deux cents : Rav Chechet dit : ils n'ont pas institué la takanat ha-shuk. Rava dit : ils ont institué la takanat ha-shuk.

📜 Rachi (2)
רַב שֵׁשֶׁת אָמַר לֹא עָשׂוּ וַאֲפִילּוּ לִיטֹּול מֵאָה דְּכִי הֵיכִי דְּמֵאָה יְתֵירִין מַתָּנָה הִיא מֵאָה דְּשַׁוְיָה נָמֵי מַתָּנָה הָווּ:
Rav Chechet dit qu'ils n'ont pas institué : même pour prendre les cent. De même que les cent en trop sont un don, les cent de la valeur sont eux aussi un don.
וְרָבָא אָמַר עָשׂוּ תַּקָּנָה אֲפִילּוּ לִיטֹּול מָאתַיִם דְּאוֹרְחֵיהּ לִמְזַבֵּין בְּדָמִים יְקָרִים:
Et Rava dit qu'ils ont institué l'ordonnance : même pour prendre les deux cents, car on a coutume de vendre à prix fort.
💡 Explication

Vente au prix juste : takana. Objet de 100 payé 200 : Rav Chechet refuse tout remboursement. Le surprix révèle un don, et il étend ce don au prix juste. Rava rembourse les 200 : payer cher reste une manière d'acheter.

21
וְהִלְכְתָא: בְּכֻולְּהוּ עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק, לְבַר מִגָּנַב וּפָרַע בְּחוֹבוֹ, גָּנַב וּפָרַע בְּהִיקִּיפוּ.

Et la halakha : dans tous ces cas ils ont institué la takanat ha-shuk, sauf celui qui a volé et payé sa dette, et celui qui a volé et payé son hikef.

📜 Rachi (1)
בַּר מִגַּנָּב וּפָרַע בְּחוֹבוֹ וּבְהִיקִּיפוּ דְּלָא יָהֵיב זוּזֵי אַהַאי חֵפֶץ:
Sauf celui qui a volé et payé sa dette ou son hikef : car il n'a pas versé de zouz pour cet objet.
💡 Explication

Règle de la page. Takana pour le gage, y compris à valeur égale, et pour la vente, y compris à prix double. Exception maintenue : dette et compte à crédit. Rachi : là, aucun argent n'a été versé pour l'objet lui-même.

22
אֲבִימִי בַּר נָאזִי חֲמוּהּ דְּרָבִינָא הֲוָה מַסֵּיק בְּהָהוּא גַּבְרָא אַרְבְּעָה זוּזֵי. גְּנַב גְּלִימָא אֵתְיַאּ נִיהֲלֵיהּ, אוֹזְפֵיהּ אַרְבְּעָה זוּזֵי אַחֲרִינֵי. לְסוֹף הֻוכַּר הַגַּנָּב. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבִינָא,

Avimi bar Nazi, beau-père de Ravina, avait une créance de quatre zouz sur un homme. Il vola un manteau, qui arriva chez lui.

Il lui prêta quatre autres zouz. À la fin le ganav fut reconnu.

L'affaire vint devant Ravina.

💡 Explication

Récit. Avimi est déjà créancier de quatre zouz. Le débiteur vole un manteau et le lui apporte, puis Avimi lui prête quatre zouz de plus. Quand le ganav est reconnu, Ravina doit dire si le propriétaire du manteau doit quelque chose à Avimi.

23
אָמַר: קַמָּאֵי – גָּנַב וּפָרַע בְּחוֹבוֹ, וְלָא בָּעֵי לְמִיתַּב לֵיהּ וְלָא מִידֵּי; הָנָךְ אַרְבְּעָה זוּזֵי אַחֲרִינֵי – שְׁקוֹל זוּזָךְ, ו[א]הָדַר גְּלִימֵי[ה].

Il dit : les premiers, c'est voler et payer sa dette, et il n'a rien à lui donner. Ces quatre autres zouz : prends ton zouz, et rends son manteau.

💡 Explication

Ravina coupe en deux. Les quatre premiers zouz sont une dette ancienne soldée par l'objet volé : pas de takana, le maître du manteau ne verse rien pour eux. Les quatre zouz prêtés après réception du manteau suivent le gage : Avimi les reprend du maître, et rend le manteau.

🖼️ Schéma
Avimi : deux fois quatre zouz, puis le manteau 1. Dette ancienne 4 zouz déjà dus 2. Manteau volé apporté à Avimi 3. Nouveau prêt 4 autres zouz Ravina Les 4 premiers : dette. Le maître ne verse rien. Les 4 suivants : prends-les, et rends le manteau. Rav Cohen, halakha Le manteau solde les 4 premiers. Les 4 suivants : confiance, comme le premier prêt. Rabbi Abahou : comme Rav Cohen.
Quatre zouz anciens, manteau, quatre zouz nouveaux. Ravina coupe. Rav Cohen rattache tout à la confiance.
24
מַתְקֵיף לַהּ רַב כֹּהֵן: וְדִלְמָא גְּלִימָא – בְּהָנֵי זוּזֵי קַמָּאֵי יַהֲבַהּ נִיהֲלֵיהּ, ״גָּנַב וּפָרַע בְּחוֹבוֹ, גָּנַב וּפָרַע בְּהִיקִּיפוּ״; וְאַרְבָּעָה זוּזֵי בָּתְרָאֵי – הִימּוּנַי הִימָּנֵיה, כִּי הֵיכִי דְּהֵימְנֵיהּ מֵעִיקָּרָא! אִיגַּלְגַּל מִילְּתָא, מְטָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ, אֲמַר: הִלְכְתָא כְּרַב כֹּהֵן.

Rav Cohen objecte : peut-être le manteau, c'est pour ces premiers zouz qu'il le lui a donné, cas de celui qui vole et paie sa dette, qui vole et paie son hikef. Et les quatre zouz suivants : il lui a fait confiance, comme il lui avait fait confiance au départ.

L'affaire circula et arriva devant Rabbi Abahou. Il dit : la halakha est comme Rav Cohen.

📜 Rachi (1)
הִלְכְתָא כְּרַב כֹּהֵן דְּכֵיוָן דְּהִימָּנֵיה מֵעִיקָּרָא הַשְׁתָּא נָמֵי הִימָּנֵיה:
La halakha est comme Rav Cohen : puisqu'il lui avait fait confiance au départ, maintenant aussi il lui a fait confiance.
💡 Explication

Rav Cohen relit les faits. Le manteau solde la première dette, cas sans takana. Le second prêt est un crédit de confiance, du même genre que le premier, sans s'appuyer sur le manteau.

Rabbi Abahou fixe la halakha ainsi. Rachi : la confiance du début se poursuit. Le maître reprend le manteau, et Avimi ne lui réclame pas les quatre zouz nouveaux.

25
נַרְשָׁאָה גַּנָּב סָפְרָא, זַבְּנֵיהּ לְפַפּוּנָאָה בִּתְמָנַן זוּזֵי. אֲזַל פְּפֻונָּאָה, זַבְּנֵיהּ לְבַר מָחוֹזָאָה בִּמְאָה וְעֶשְׂרִין זוּזֵי. לְסוֹף הֻוכַּר הַגַּנָּב. אָמַר אַבַּיֵּי: לֵיזִיל מָרֵי דְּסִפְרָא וְיָהֵב לֵיהּ לְבַר מָחוֹזָא תְּמָנַן זוּזֵי וְשָׁקֵיל סִפְרֵיהּ, וְאָזֵיל בַּר מָחוֹזָאָה וְשָׁקֵיל אַרְבְּעִין מִפַּפּוּנָאָה.

Un homme de Naresh vola un sefer, le vendit à un homme de Papounya pour quatre-vingts zouz. L'homme de Papounya alla le vendre à un homme de Mehoza pour cent vingt zouz.

À la fin le ganav fut reconnu. Abaye dit : que le maître du sefer aille donner à l'homme de Mehoza quatre-vingts zouz et prenne son sefer, et que l'homme de Mehoza aille prendre quarante chez l'homme de Papounya.

📜 Rachi (1)
נַרְשָׁאָה וּפָפוּנָאָה וּבְנֵי מָחוֹזָאָה עַל שֵׁם מְקוֹמָן נִקְרְאוּ: מַתְנֵי'
L'homme de Naresh, celui de Papounya et les gens de Mehoza : on les nomme d'après leur localité. Michna.
💡 Explication

Chaîne de ventes. Naresh vole le livre et le vend 80. Papounya le revend 120 à Mehoza. Le ganav est ensuite reconnu.

Abaye : le maître ne verse à Mehoza que les 80 sortis de la main du ganav, et reprend le sefer. Mehoza récupère son écart de 40 chez Papounya. Rachi rappelle que ces noms sont des noms de lieu.

26
מַתְקִיף לַהּ רָבָא: הַשְׁתָּא לוֹקֵחַ מִגַּנָּב – עָשׂוּ בּוֹ תַּקָּנַת הַשּׁוּק, לוֹקֵחַ מִלּוֹקֵחַ מִיבַּעְיָא?

Rava objecte : maintenant, pour l'acheteur qui tient du ganav, ils ont institué la takanat ha-shuk ; pour l'acheteur qui tient d'un acheteur, faut-il encore le demander ?

💡 Explication

Kal va-homer. L'acheteur direct du ganav est déjà couvert par la takana. L'acheteur d'un acheteur, plus éloigné du vol, l'est à plus forte raison. Abaye ne rend à Mehoza que 80, le prix payé au voleur. Rava exige le prix que Mehoza a lui-même versé.

27
אֶלָּא אָמַר רָבָא: לֵיזִיל מָרֵיהּ דְּסִפְרָא וְיָהֵיב לֵיהּ לְבַר מָחוֹזָאָה מְאָה וְעֶשְׂרִין זוּזֵי וְשָׁקֵיל סִפְרֵיהּ, וְלִיזִּיל מָרִי[ה] דְּסִפְרָא וְלִישְׁקוֹל אַרְבְּעִין מִפַּפּוּנָאָה, וּתְמַנֵּן מִנַּרְשָׁאָה.

Mais Rava dit : que le maître du sefer aille donner à l'homme de Mehoza cent vingt zouz et prenne son sefer, et que le maître du sefer aille prendre quarante chez l'homme de Papounya, et quatre-vingts chez l'homme de Naresh.

💡 Explication

Rava : Mehoza, acheteur de bonne foi au second degré, reçoit du maître la totalité de ses 120. Le maître se refait ensuite. Papounya a gagné 40 sur la revente. Naresh, le ganav, a touché 80.

28
מַתְנִי׳ זֶה בָּא בְּחָבִיתוֹ שֶׁל יַיִן וְזֶה בָּא בְּכַדּוֹ שֶׁל דְּבַשׁ, נִסְדְּקָה חָבִית שֶׁל דְּבַשׁ, וְשָׁפַךְ זֶה אֶת יֵינוֹ וְהִצִּיל אֶת הַדְּבַשׁ לְתוֹכוֹ –

Michna. Celui-ci vient avec son tonneau de vin, et celui-là avec sa cruche de miel.

Le tonneau de miel s'est fendu. Celui-ci a versé son vin et a sauvé le miel dedans.

💡 Explication

Nouvelle michna, coupée à la fin de la page. Deux hommes en chemin. Le texte dit d'abord un kad (cruche) de miel, puis une havit (tonneau) de miel qui se fend. Le porteur de vin vide son tonneau, plus modeste en valeur, pour y recueillir le miel.

La suite, sur 115b, dira ce qu'il peut réclamer : son salaire seul, ou aussi son vin.

🖼️ Schéma
Michna : le vin versé, le miel sauvé Tonneau de vin Il le vide. Le vin est perdu. Miel Kad, puis havit fendue. Recueilli dans le tonneau. Suite 115b Que peut-il réclamer ? Salaire, ou aussi le vin ? Le miel vaut plus que le vin. L'un sacrifie le sien pour sauver celui de l'autre.
Le vin est versé pour recueillir le miel. Le din de la réclamation s'ouvre sur 115b.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).