Bava Kamma 115b — Sauver le miel, hefker, et terouma en perte

Bava_Kamma 115b

Sougya : La michna achève le cas du vin versé pour sauver le miel : sans stipulation, le sauveteur n'a que son salaire ; s'il a dit qu'on lui donnerait la valeur du sien, l'autre est tenu de payer. Même din pour deux ânes emportés par un torrent, le sien à un mané, celui du prochain à deux cents.

La Guémara demande pourquoi il n'acquiert pas le miel comme hefker, puisque des cruches en train de se briser ne peuvent plus être désignées comme terouma. Rabbi Yirmeya limite le cas à un tonneau ceint d'un ékel, qui ne fait que goutter.

La suite mesure quand une perte laisse encore prélever, lekhathila ou bediavad : vin découvert, passoire de Rabbi Nehemia, demai, puis l'huile que le kohen peut allumer face au vin nouveau, que l'on ne garde pas de peur d'une takala. La page s'arrête sur la dispute des tannaïm au sujet de cette takala.

Michna : sauver le bien d'autrui Sans parole : salaire seul. Avec stipulation : l'autre paie la valeur du sien. Vin versé, miel sauvé Le tonneau de miel se fend. Il vide son vin et recueille le miel. Sans stipulation Salaire de l'ustensile et de l'acte S'il a dit Je sauverai le tien, tu me donnes la valeur du mien. L'autre est tenu de payer. Deux ânes dans le torrent Le sien : un mané (cent). Celui du prochain : deux cents. Il a laissé le sien, il a sauvé l'autre. Sans parole : salaire seul S'il a dit Je sauverai le tien, tu me donnes le mien. L'autre est tenu. Rachi : l'argument du hefker vise le miel, qui allait se perdre en entier. Pour l'âne, le maître peut encore le sauver.
Deux sauvetages, même din : salaire seul, ou paiement si stipulation.
Du hefker à l'ékel : pourquoi le salaire seul Un bien en train de se perdre ne porte plus de zekhiya. L'ékel laisse le miel au maître. Question Qu'il dise : j'acquiers depuis le hefker. Preuve : cruches qui se brisent Il ne dira pas : ceci est terouma et maaser pour mes fruits. S'il l'a dit, il n'a rien dit. Le bien va à la perte : hefker. Réponse : ékel beit ha-bad Le lien du pressoir est enroulé sur le tonneau de miel. Cela goutte peu à peu. Tout ne se répand pas. Pas de hefker. Suite de la page : degrés de perte Perte sûre : même bediavad, la désignation ne tient pas. Sauvetage difficile : lekhathila on se tait, bediavad cela tient. Perte mince, ékel : on peut désigner lekhathila.
Héfker des cruches perdues, puis ékel : le miel goutte et reste au maître.
Huile et vin : perte du kohen, takala Dix tonneaux de tevel impur. Un se brise ou se découvre : teroumat maaser des neuf autres. Huile impure Propre à allumer. La désigner fait perdre au kohen un usage réel. On ne le fait pas. Risque de takala à la boire : on la met dans un récipient répugnant. On peut encore allumer. La perte du kohen reste grande si l'on désigne le tonneau perdu. Vin impur Usage : zilouf (aspersion). Chmouel : on boit un log à un sela, on asperge un log à deux. Ici : vin nouveau, odeur faible. Le laisser vieillir : takala, on pourrait le boire. Récipient répugnant : l'odeur du zilouf est perdue. On peut le désigner. La takala elle-même : dispute de tannaïm Tonneau de vin de terouma devenu impur. La baraïta s'ouvre : Beit Chammai disent... La page coupe ici. Rachi : la takala, c'est le boire alors qu'il est impur. Vin découvert : passoire, Rabbi Nehemia, puis demai.
Huile à allumer, vin nouveau, récipient répugnant, takala des tannaïm.
1
אֵין לוֹ אֶלָּא שְׂכָרוֹ. וְאִם אָמַר: ״אַצִּיל אֶת שֶׁלְּךָ, וְאַתָּה נוֹתֵן לִי דְּמֵי שֶׁלִּי״ – חַיָּיב לִיתֵּן לוֹ.

Il n'a que son salaire. Et s'il a dit : Je sauverai le tien, et toi tu me donnes la valeur du mien, il est tenu de la lui donner.

📜 Rachi (1)
אֵין לוֹ אֶלָּא שְׂכָרוֹ שְׂכַר כְּלִי וּשְׂכַר פְּעֻולָּה:
Salaire de l'ustensile et salaire de l'acte.
💡 Explication

Suite de la michna ouverte en bas de 115a. Celui qui a vidé son vin pour recueillir le miel d'autrui n'a, sans accord, que son salaire.

Rachi précise : salaire de l'ustensile et salaire de l'acte. S'il a stipulé d'avance la valeur de son vin, le maître du miel est tenu de la lui verser.

2
שָׁטַף נַחַל חֲמוֹרוֹ וַחֲמוֹר חֲבֵירוֹ, שֶׁלּוֹ יָפֶה מָנֶה וְשֶׁל חֲבֵירוֹ מָאתַיִם, וְהִנִּיחַ זֶה אֶת שֶׁלּוֹ וְהִצִּיל אֶת שֶׁל חֲבֵירוֹ – אֵין לוֹ אֶלָּא שְׂכָרוֹ. וְאִם אָמַר לוֹ: ״אֲנִי אַצִּיל אֶת שֶׁלְּךָ, וְאַתָּה נוֹתֵן לִי אֶת שֶׁלִּי״ – חַיָּיב לִיתֵּן לוֹ.

Un torrent a emporté son âne et l'âne de son prochain. Le sien vaut un mané, celui de son prochain deux cents.

Celui-ci a laissé le sien et a sauvé celui de son prochain : il n'a que son salaire. Et s'il lui a dit : Moi, je sauverai le tien, et toi tu me donnes le mien, il est tenu de le lui donner.

💡 Explication

Second cas de la michna. Deux ânes dans le torrent : le sien vaut un mané (cent), celui du prochain deux cents. Il abandonne le sien et sauve l'autre.

Même partage que pour le miel. Sans parole, salaire seul. Avec la stipulation, le maître de l'âne sauvé doit lui donner le sien.

3
גְּמ׳ וְאַמַּאי? לֵימָא לֵיהּ: מֵהֶפְקֵירָא קָא זָכֵינָא! מִי לָא תַּנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָיָה טָעוּן כַּדֵּי יַיִן וְכַדֵּי שֶׁמֶן, וְרָאָה שֶׁהֵן מִשְׁתַּבְּרוֹת, לֹא יֹאמַר: ״הֲרֵי זֶה תְּרוּמָה וּמַעֲשֵׂר עַל פֵּירוֹת שֶׁיֵּשׁ לִי בְּתוֹךְ בֵּיתִי״, וְאִם אָמַר – לֹא אָמַר כְּלוּם?

Guémara. Et pourquoi ?

Qu'il lui dise : j'acquiers depuis le hefker (bien sans maître) ! N'a-t-on pas enseigné : celui qui était chargé de cruches de vin et de cruches d'huile, et qui a vu qu'elles se brisent, ne dira pas : Ceci est terouma (prélèvement) et maaser (dîme) pour les fruits que j'ai dans ma maison ; et s'il l'a dit, il n'a rien dit ?

📜 Rachi (3)
גְּמ' וְלֵימָא לֵיהּ מֵהֶפְקֵירָא זָכֵינָא דְּבַשׁ שֶׁלְּךָ הָיָה הוֹלֵךְ כֻּולּוֹ לְאִיבּוּד וַהֲרֵינִי כְּמַצִּיל מִן הַהֶפְקֵר וְאַמַּאי אֵין לוֹ אֶלָּא שְׂכָרוֹ כּוּלֵּיהּ דְּבַשׁ לִישְׁקֹול וְגַבֵּי חֲמוֹר לֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי דְּיָכוֹל לְהַצִּילָהּ הוּא:
Ton miel allait entièrement à la perte, et me voici comme celui qui sauve depuis le hefker. Pourquoi n'a-t-il que son salaire ? Qu'il prenne tout le miel. Pour l'âne, on ne peut pas dire ainsi, car lui, il peut la sauver.
מִשְׁתַּבְּרוֹת וְהַכֹּל נִשְׁפַּךְ בְּיַחַד:
Et tout se répand ensemble.
לֹא אָמַר כְּלוּם אַלְמָא כֵּיוָן דִּלְאִיבּוּד אָזַל לֵית בְּהוּ זְכִיָּיה וְהֶפְקֵירָא הוּא:
On le voit : puisqu'elles vont à la perte, il n'y a pas en elles de droit d'acquisition, et c'est du hefker.
🗂️ Tossefot (1)
הֲרֵי שֶׁהָיָה טָעוּן כַּדֵּי יַיִן וְכַדֵּי שֶׁמֶן לֹא יֹאמַר הֲרֵי הֵן כו'. וא"ת אֲפִי' אֵין מִשְׁתַּבֵּר נָמֵי לֹא יֹאמַר דְּאָסוּר לִתְרֹום אֶלָּא מִן הַמֻּוקָּף וי"ל דִּנְקַט מִשְׁתַּבְּרוֹת מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמִיתְנֵי סֵיפָא וְאִם אָמַר לֹא אָמַר כְּלוּם א"נ בְּשַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים אַיְירֵי שֶׁמֻּותָּר לִתְרֹום שֶׁלֹּא מִן הַמֻּוקָּף כִּדְאָמַר בְּהָאִשָּׁה רַבָּה (יְבָמוֹת דַּף צג:):
Et si tu dis : même lorsqu'elles ne se brisent pas, qu'il ne le dise pas non plus, car il est interdit de prélever la terouma sinon depuis le moukaf (ce qui est contigu) ! On peut répondre : il a pris le cas où elles se brisent parce qu'il veut enseigner la fin, et s'il l'a dit, il n'a rien dit. Autre réponse : il s'agit des chabbatot et des yamim tovim, où il est permis de prélever sans être moukaf, comme on le dit dans Ha-isha rabba (Yevamot 93b).
💡 Explication

La Guémara demande pourquoi le sauveteur s'arrête à son salaire. Le miel allait se perdre : il pourrait le réclamer comme acquis du hefker.

La baraïta des cruches qui se brisent le montre. On ne peut plus les désigner comme terouma et maaser, même bediavad (après coup). Un bien en route vers la perte n'est plus sous sa main.

Rachi réserve cet argument au miel. Pour l'âne, le maître peut encore le sauver. Tossefot : le cas des cruches brisées est choisi pour la fin de la baraïta, ou bien il s'agit d'un chabbat, où le prélèvement sans moukaf est permis.

4
כִּדְאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: כְּשֶׁעֵקֶל בֵּית הַבַּד כָּרוּךְ עָלֶיהָ; הָכִי נָמֵי, כְּשֶׁעֵקֶל בֵּית הַבַּד כָּרוּךְ עָלֶיהָ.

Comme l'a dit Rabbi Yirmeya : lorsque l'ékel (lien) de beit ha-bad (la maison du pressoir) est enroulé sur elle. Ici de même, lorsque l'ékel de beit ha-bad est enroulé sur elle.

📜 Rachi (2)
כִּדְאָמַר ר' יִרְמְיָה לְקַמָּן:
Plus bas.
בְּעֵקֶל דְּדֻובְשָׁא כָּרוּךְ עָלֶיהָ חָבִית שֶׁל דְּבַשׁ קְשׁוּרָה בְּעֵקֶל וְלֹא יִשָּׁפֵךְ הַכֹּל אֶלָּא מְנַטֵּף מְעַט מְעַט וְלֵיכָּא הֶפְקֵר:
Du miel, enroulé sur elle. Le tonneau de miel est lié par un ékel, tout ne se répand pas, cela ne goutte que peu à peu, et il n'y a pas de hefker.
💡 Explication

Réponse. La michna parlé d'un tonneau de miel ceint d'un ékel, le lien du pressoir. Le miel ne fait que goutter.

Il reste au maître. Le sauveteur n'a pas acquis un hefker. D'où le salaire seul, sauf stipulation.

🖼️ Schéma
Ékel sur le tonneau : goutte, pas flot ékel miel tonneau Peu de gouttes. Le miel reste au maître. Pas de hefker. Le sauveteur à son salaire, sauf stipulation.
L'ékel retient le tonneau : quelques gouttes, le miel n'est pas hefker.
5
וְאִם אָמַר – לֹא אָמַר כְּלוּם? וְהָתַנְיָא: מִי שֶׁבָּא בַּדֶּרֶךְ וּמָעוֹת בְּיָדוֹ וְאַנָּס כְּנֶגְדּוֹ, לֹא יֹאמַר: ״הֲרֵי פֵּירוֹת שֶׁיֵּשׁ לִי בְּתוֹךְ בֵּיתִי מְחֻולָּלִים עַל מָעוֹת הַלָּלוּ״, וְאִם אָמַר – דְּבָרָיו קַיָּימִין!

Et s'il a dit, il n'a rien dit ? Mais on a enseigné : celui qui vient en chemin, de l'argent en main, et un anas (oppresseur) en face de lui, ne dira pas : Les fruits que j'ai dans ma maison sont rachetés (méhoullalim) sur ces pièces ; et s'il l'a dit, ses paroles tiennent !

📜 Rachi (1)
הֲרֵי פֵּירוֹת שֶׁל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי שֶׁיֵּשׁ לִי בְּתוֹךְ בֵּיתִי מְחֻולָּלִין כו':
De maaser cheni (seconde dîme) que j'ai dans ma maison, rachetés, etc.
💡 Explication

Objection sur le bediavad de la première baraïta. Devant un anas, on ne transfère pas lekhathila (d'emblée) la sainteté du maaser cheni sur les pièces qu'il risque de prendre.

S'il l'a dit quand même, ses paroles tiennent. Le rachat a pris. La Guémara demande pourquoi, là, le bediavad vaut, alors que pour les cruches brisées il ne vaut rien.

6
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן – בְּשֶׁיָּכוֹל לְהַצִּיל. אִי בְּשֶׁיָּכוֹל לְהַצִּיל, לְכַתְּחִלָּה אַמַּאי לֹא יֹאמַר? בְּשֶׁיָּכוֹל לְהַצִּיל עַל יְדֵי הַדְּחָק.

Ici, de quoi s'agit-il ? D'un cas où il peut sauver.

Si c'est un cas où il peut sauver, pourquoi, lekhathila, ne dirait-il pas ? Lorsqu'il peut sauver al yedei ha-dahak (au prix d'un effort).

💡 Explication

L'argent devant l'anas peut encore être sauvé. Le rachat bediavad prend, parce que la perte n'est pas sûre.

Lékhathila, on se tait : le sauvetage n'est possible qu'al yedei ha-dahak, au prix d'un effort. On ne fait pas reposer la sainteté sur des pièces qui peuvent encore être prises.

7
וְכֹל הֵיכָא דְּאִיכָּא הֶפְסֵידָא, לְכַתְּחִלָּה לֹא יֹאמַר? וְהָתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָיוּ לוֹ עֶשֶׂר חָבִיּוֹת שֶׁל טֶבֶל טָמֵא, וְרָאָה אַחַת מֵהֶן שֶׁנִּשְׁבְּרָה אוֹ שֶׁנִּתְגַּלְּתָה, אוֹמֵר: ״הֲרֵי הִיא תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר עַל תֵּשַׁע חַבְרוֹתֶיהָ״. וּבְשֶׁמֶן לֹא יַעֲשֶׂה כֵּן, מִפְּנֵי הֶפְסֵד כֹּהֵן!

Et partout où il y a une perte, lekhathila il ne dira pas ? Mais on a enseigné : celui qui avait dix tonneaux de tevel (non prélevé) impur, et qui a vu l'un d'eux se briser, ou être découvert, dit : Ceci est teroumat maaser (prélèvement de la dîme) pour ses neuf compagnes.

Et pour l'huile, il ne fera pas ainsi, à cause de la perte du kohen !

📜 Rachi (6)
וְכָל הֵיכָא דְּאִיכָּא קְצָת הֶפְסֵד וְלֵיכָּא אִיבּוּד לְגַמְרֵי כִּי הָכָא דְּמֻוקַּמְתָּ לָהּ בְּשֶׁיָּכוֹל לְהַצִּיל ע"י הַדְּחָק וְשֶׁמָּא יַצִּיל:
Un peu de perte, et non une perte totale, comme ici, où tu l'établis dans le cas où il peut sauver au prix d'un effort, et peut-être sauvera-t-il.
לְכַתְּחִלָּה לֹא יֹאמַר בִּתְמִיהַּ:
C'est une question, sur le ton de l'étonnement.
הֲרֵי שֶׁהָיוּ לוֹ לְלֵוִי:
À un Levi.
עֶשֶׂר חָבִיּוֹת שֶׁל טֶבֶל הַטָּבוּל לִתְרוּמַת מַעֲשֵׂר וְהוּא טָמֵא דִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר דִּידֵיהּ לָא חַזְיָא לְכֹהֵן לִשְׁתִיָּה אֶלָּא לְזַלֵּף וּלְקַמֵּיהּ מוּקֵי לָהּ בְּיַיִן חָדָשׁ דְּלָא חֲזִי כֻּולֵּי הַאי לְזַלֵּף דְּלָא אַלִּים רֵיחָא וּפְסֵידָא פֻּורְתָּא הוּא דְּאִיכָּא כְּמוֹ זֶה שֶׁיָּכוֹל לְהַצִּיל עַל יְדֵי הַדְּחָק:
Assujetti à la teroumat maaser, et il est impur. Sa teroumat maaser n'est pas propre au kohen pour la boisson, seulement pour le zilouf (aspersion). Et plus loin on l'établit dans du vin nouveau, qui n'est pas tellement propre au zilouf, car l'odeur n'est pas forte. Il n'y a qu'une perte mince, comme celui qui peut sauver au prix d'un effort.
ה"ג אוֹמֵר הֲרֵי הִיא תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר עַל תֵּשַׁע חַבְרוֹתֶיהָ:
La version à lire : il dit, ceci est teroumat maaser pour ses neuf compagnes.
שֶׁמֶן דִּתְרוּמָה טְמֵאָה חֲזִי לְהַדְלִיק וְכִי מַפְסִיד לָהּ לְכֹהֵן אִיכָּא פְּסֵידָא טוּבָא:
Elle est propre à allumer. Et lorsqu'on la fait perdre au kohen, il y a une grande perte.
🗂️ Tossefot (1)
וְכָל הֵיכָא דְּאִיכָּא פְּסֵידָא לְכַתְּחִלָּה לָא ל"ג לֵיהּ כִּדְפֵי' הַקְּוַנְט' דְּהָא בַּבָּרַיְיתָא דְּמַייְתֵי נָמֵי אָסוּר לְכַתְּחִלָּה הֵיכָא דְּאִיכָּא הֶפְסֵד כֹּהֵן דְּקָתָנֵי וּבְשֶׁמֶן לֹא יַעֲשֶׂה וא"כ לְעֵיל נָמֵי דְּאִיכָּא הֶפְסֵד כֹּהֵן שַׁפִּיר אָסוּר לְכַתְּחִלָּה אֶלָּא אַמַּאי דְּקָאָמַר לְעֵיל דְּאַפֵּי' דִּיעֲבַד לֹא אָמַר כְּלוּם פָּרִיךְ:
On ne lit pas ainsi, comme l'a expliqué le Kontres (Rachi). Car dans la baraïta que l'on cite, c'est aussi interdit lekhathila là où il y a une perte pour le kohen, puisqu'on enseigne : et pour l'huile, il ne fera pas. Dès lors, plus haut aussi, là où il y a une perte pour le kohen, l'interdit lekhathila se tient. La question porte plutôt sur ce qu'on a dit plus haut : même bediavad, il n'a rien dit.
💡 Explication

Nouvelle objection. Dix tonneaux de tevel impur, chez un Levi. L'un se brise ou se découvre : il peut, lekhathila, le désigner comme teroumat maaser des neuf autres.

Rachi lit la question sur une perte mince, du même ordre que le sauvetage difficile. L'huile impure, elle, sert à allumer : la désigner ferait une vraie perte au kohen, donc on s'abstient.

Tossefot retirent les mots lekhathila de la question. La clause de l'huile montre déjà l'interdit d'emblée quand le kohen perd. La difficulté vise le bediavad de la première baraïta, là où il a parlé et où cela ne vaut rien.

8
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: כְּשֶׁעֵקֶל בֵּית הַבַּד כָּרוּךְ עָלֶיהָ. בִּשְׁלָמָא שֶׁנִּשְׁבְּרָה – חַזְיָא, אֶלָּא נִתְגַּלְּתָה – לְמַאי חַזְיָא?

Rabbi Yirmeya a dit : lorsque l'ékel de beit ha-bad est enroulé sur elle. Soit pour celle qui s'est brisée, elle est propre.

Mais celle qui a été découverte, à quoi est-elle propre ?

📜 Rachi (2)
כְּשֶׁעֵקֶל בֵּית הַבַּד כָּרוּךְ עָלֶיהָ דְּלָא חֲשִׁיב פְּסֵידָא כֻּולֵּי הַאי כְּגוֹן זֶה שֶׁאֵין יָכוֹל לְהַצִּיל אֶלָּא ע"י הַדְּחָק:
Car cela ne compte pas pour une si grande perte, comme celui qui ne peut sauver qu'au prix d'un effort.
לְמַאי חַזְיָא וַאפ"ה קָתָנֵי אוֹמֵר הֲרֵי הוּא תְּרוּמָה אַלְמָא לְהֶפְסֵד מוּעָט לֹא חָשְׁשׁוּ:
Et malgré cela on enseigne : il dit, ceci est terouma. On le voit : pour une perte mince, ils ne s'en sont pas souciés.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא נִתְגַּלְּתָה לְמַאי חַזְיָא אֲבָל מִשֶּׁמֶן לָא פָּרֵיךְ דְּקָתָנֵי בְּשֶׁמֶן לֹא יַעֲשֶׂה אֲבָל הַתְּרוּמָה חַלָּה וְכִי נִתְגַּלְּתָה לְמַאי חַזְיָא דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּחַזְיָא לְהַדְלָקָה ומ"מ אִיכָּא הֶפְסֵד כֹּהֵן כֵּיוָן שֶׁאֵין יָכוֹל לְהַדְלִיק בּוֹ כִּי נִתְגַּלְּתָה אֶלָּא בְּטֹורַח כִּי צָרִיךְ שֶׁלֹּא יִגַּע בַּשֶּׁמֶן כְּלָל וְלֹא בִּכְלִי בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ שֶׁמֶן:
Mais de l'huile, on n'objecte pas, car on enseigne : pour l'huile il ne fera pas, mais la terouma prend effet. Et lorsqu'elle a été découverte, à quoi est-elle propre ? On peut dire qu'elle est propre à l'allumage. Malgré tout il y a une perte pour le kohen, puisqu'il ne peut allumer avec, une fois qu'elle est découverte, qu'avec peine : il faut qu'il ne touche pas du tout l'huile, ni le récipient à l'endroit où il y a de l'huile.
💡 Explication

Rabbi Yirmeya ramène les dix tonneaux au même ékel : la perte reste mince, comme un sauvetage au prix d'un effort. Pour le tonneau brisé, le reste est encore utilisable.

Le tonneau découvert pose problème : le liquide exposé au serpent n'a plus d'usage. Tossefot : on n'objecte pas depuis l'huile, dont la terouma prend quand même ; l'allumage reste possible, mais pénible, d'où la perte du kohen.

9
וְכִי תֵּימָא חַזְיָא לְזִילּוּף, וְהָתַנְיָא: מַיִם שֶׁנִּתְגַּלּוּ – הֲרֵי זֶה לֹא יִשְׁפְּכֵם בִּרְשׁוּת הָרַבִּים; וְלֹא יְגַבֵּל בָּהֶן אֶת הַטִּיט; וְלֹא יְרַבֵּץ בָּהֶן אֶת הַבַּיִת; וְלֹא יַשְׁקֶה מֵהֶם אֶת בְּהֶמְתּוֹ, וְלֹא בֶּהֱמַת חֲבֵירוֹ!

Et si tu dis : elle est propre au zilouf. Mais on a enseigné : de l'eau qui a été découverte, voici qu'on ne la répandra pas dans le reshout ha-rabim (domaine public) ; on ne pétrira pas avec elle le mortier ; on n'en rabattra pas la poussière de la maison ; on n'en abreuvera pas sa bête, ni la bête de son prochain !

📜 Rachi (2)
לֹא יִשְׁפְּכֵם שֶׁלֹּא יַעֲבֹור עֲלֵיהֶם אָדָם יָחֵף וְיִכָּנֵס אֶרֶס שֶׁל נָחָשׁ בְּרַגְלוֹ ע"י מַכַּת צְרוֹר וְיָמוּת:
Afin qu'un homme nu-pieds ne passe pas dessus, que le venin du serpent n'entre pas dans son pied par le coup d'un caillou, et qu'il en meure.
(וְלֹא יְגַבֵּל בָּהֶן אֶת הַטִּיט) וְלֹא יַשְׁקֶה בָּהֶן לִבְהֶמְתּוֹ מִשּׁוּם סַכָּנַת נְפָשׁוֹת שֶׁמָּא יִשְׁחָטֶנָּה אַחֲרֵי כֵן:
À cause du danger pour la vie, de peur qu'on l'abatte ensuite.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא יַשְׁקֶה מֵהֶן לַבְּהֵמָה פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁמָּא יִשְׁחָטֶנָּה וְאִיכָּא סַכָּנַת נְפָשׁוֹת. וְאֵין נִרְאֶה דְּאַפֵּי' לִבְהֵמָה טְמֵאָה לֹא יַשְׁקֶה מִשּׁוּם בַּל תַּשְׁחִית כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶרֶק ב' דע"ז (דַּף ל: וְשָׁם) דְּמוֹקֵי הָתָם הָא דְּתַנְיָא שֶׁמֻּותָּר לְהַשְׁקוֹת לִבְהֶמְתּוֹ בְּשֻׁונָּרָא שֶׁאֵין קָשֶׁה לָהּ וּפָרִיךְ א"ה דַּחֲבֵירוֹ נָמֵי וּמְשַׁנֵּי כָּחֵישׁ דִּידֵיהּ נָמֵי כָּחֵשׁ הָדַר בָּרֵיא מִדְּפָרִיךְ דִּידֵיהּ נָמֵי כְּחִישׁ מַשְׁמַע דְּאָסוּר מִשּׁוּם בַּל תַּשְׁחִית וְעוֹד מִדְּלָא מוּקֵי לָהּ בְּכָל בְּהֵמָה טְמֵאָה שֶׁאֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא יִשְׁחָטֶנָּה מַשְׁמַע דְּבִשְׁאָר בְּהֵמוֹת טְמֵאוֹת דְּקָשֶׁה לָהּ אָסוּר מִשּׁוּם בַּל תַּשְׁחִית וּמִיהוּ י"ל דְּבִשְׁאָר בְּהֵמוֹת טְמֵאוֹת לָא בָּעֵי לְאוֹקוּמֵי מִשּׁוּם דְּאַטּוּ בְּשׁוּפְטָנֵי עָסְקִינַן שֶׁמַּשְׁקִין לִבְהֵמָה דָּבָר שֶׁמֵּתָה עַל יָדָן:
Explication du Kontres : de peur qu'on l'abatte, et il y a danger pour la vie. Et cela ne paraît pas, car même à une bête impure on n'abreuve pas, à cause de bal tach'hit (interdiction de détruire), comme il ressort du chapitre 2 de Avoda Zara (30b, et là). Là-bas, on établit ce qu'enseigne la baraïta, qu'il est permis d'abreuver sa bête, dans le cas d'un chat, à qui cela ne nuit pas. On objecte : s'il en est ainsi, celle de son prochain aussi. On répond : elle maigrit. La sienne aussi maigrit. Elle redevient saine. Du fait qu'on objecte que la sienne aussi maigrit, il ressort que l'interdit vient de bal tach'hit. En outre, du fait qu'on ne l'établit pas pour toute bête impure, pour laquelle on n'a pas à craindre qu'on l'abatte, il ressort que pour les autres bêtes impures, à qui cela nuit, c'est interdit à cause de bal tach'hit. Toutefois on peut répondre : on n'a pas voulu l'établir pour les autres bêtes impures, car est-ce de sots que nous traitons, qui abreuvent une bête d'une chose dont elle meurt ?
💡 Explication

Piste écartée : le vin découvert servirait au zilouf. La baraïta de l'eau découverte l'interdit même pour des usages secondaires : la répandre, pétrir, arroser, abreuver.

Rachi : le venin blesse le passant, et la bête abattue ensuite met la vie en danger. Tossefot lisent plutôt bal tach'hit, d'après Avoda Zara 30b, avec une réserve sur les bêtes impures.

10
דְּעָבַר לָהּ בִּמְסַנֶּנֶת, כְּרַבִּי נְחֶמְיָה – דְּתַנְיָא: מְסַנֶּנֶת, יֵשׁ בָּהּ מִשּׁוּם גִּילּוּי. אָמַר רַבִּי נְחֶמְיָה: אֵימָתַי – בִּזְמַן שֶׁהַתַּחְתּוֹנָה מְגֻולֶּה, אֲבָל בִּזְמַן שֶׁהַתַּחְתּוֹנָה מְכֻוסָּה – אַף עַל פִּי שֶׁהָעֶלְיוֹנָה מְגֻולָּה, אֵין בָּהּ מִשּׁוּם גִּילּוּי; לְפִי שֶׁאֶרֶס שֶׁל נָחָשׁ דּוֹמֶה לִסְפוֹג, וְצָף וְעוֹמֵד בִּמְקוֹמוֹ.

C'est qu'il l'a passée dans une mésanenet (passoire), selon Rabbi Nehemia. Car on a enseigné : une passoire, il y a en elle un statut de guilouy (liquide découvert).

Rabbi Nehemia a dit : quand ? Lorsque l'inférieure est découverte.

Mais lorsque l'inférieure est couverte, même si la supérieure est découverte, il n'y a pas en elle de statut de guilouy, parce que le venin du serpent ressemble à une éponge : il flotte et reste en place.

📜 Rachi (2)
מְסַנֶּנֶת כְּלִי ע"ג כְּלִי וְנוֹתְנִין הַשְּׁמָרִים בְּתוֹךְ הָעֶלְיוֹן וְהוּא כִּכְבָרָה וְהַיַּיִן מִסְתַּנֵּן מֵאֵלָיו:
Un récipient sur un récipient. On met la lie dans le supérieur, il est comme un tamis, et le vin se filtre de lui-même.
יֵשׁ בָּהּ מִשּׁוּם גִּילּוּי צָרִיךְ לְכַסּוֹת הָעֶלְיוֹן כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׁתֶּה בּוֹ נָחָשׁ וְאַף עַל פִּי שֶׁהַיַּיִן מִסְתַּנֵּן וְהוֹלֵךְ חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יַעֲבֹור הָאֶרֶס עִם הַיַּיִן לְתוֹךְ הַכְּלִי וכ"ש כְּשֶׁהַתַּחְתּוֹן מְגֻולֶּה:
Il faut couvrir le supérieur afin qu'un serpent n'y boive pas. Même si le vin se filtre et s'en va, on craint que le venin passe avec le vin dans le récipient. À plus forte raison lorsque l'inférieur est découvert.
🗂️ Tossefot (1)
אֵימָתַי בִּזְמַן שֶׁהַתַּחְתּוֹנָה מְגֻולָּה וא"ת א"כ פְּשִׁיטָא דְּיֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם גִּילּוּי דְּהָוֵי כִּשְׁאָר מְגֻולִּין וְי"ל דְּס"ד שֶׁהַנָּחָשׁ יָרֵא לָבֹא מִפְּנֵי הַקּוֹל שֶׁהוּא שׁוֹמֵעַ שֶׁנּוֹפֵל הַיַּיִן מִמִּסְנֶנֶת לַתַּחְתּוֹנָה כִּדְאָמְרִינַן בפ"ב דע"ז (דַּף ל:) טִיף טִיף אֵין בּוֹ מִשּׁוּם גִּילּוּי קמ"ל דכה"ג שֶׁרוֹאֶה הַיַּיִן שֶׁנִּשְׁפַּךְ בְּבַת אַחַת לַכְּלִי הַתַּחְתּוֹן אֵין מִתְייָרֵא לִהְיוֹת סָבוּר שֶׁהוּא קוֹל בְּנֵי אָדָם אֶלָּא סָבוּר שֶׁכָּךְ מְסַנְּנִין אֶת הַיַּיִן:
Et si tu dis : alors c'est évident qu'il y a en elles un statut de guilouy, car c'est comme les autres liquides découverts ! On peut répondre : on aurait pensé que le serpent craint de venir à cause du bruit qu'il entend, le vin qui tombe de la passoire vers l'inférieure, comme on dit au chapitre 2 de Avoda Zara (30b) : goutte à goutte, il n'y a pas de statut de guilouy. Cela nous apprend que dans un cas pareil, où il voit le vin qui se déverse d'un coup dans le récipient inférieur, il ne craint pas en pensant que c'est un bruit d'hommes ; il pense qu'on filtre ainsi le vin.
💡 Explication

Réponse. Le vin a été filtré. Selon Rabbi Nehemia, si le récipient du bas est couvert, le guilouy ne s'applique pas : le venin flotte comme une éponge et reste au-dessus de la passoire.

Rachi : on couvre quand même le haut, et si le bas est ouvert, le venin passe à plus forte raison. Tossefot : le serpent ne prend pas le bruit d'un versement d'un coup pour une voix d'hommes.

🖼️ Schéma
Passoire : Rabbi Nehemia Récipient supérieur découvert, lie et vin mésanenet (passoire) Récipient inférieur couvert : pas de guilouy Venin : comme une éponge Il flotte et reste en place. Sans brassage (tarak) : il ne passe pas. Si on brasse en versant : assour. Parade : un linge sur la bouche du tonneau, et l'on verse doucement. Inférieur découvert : guilouy, kal va-homer.
Passoire : bas couvert, venin qui flotte. Le brassage fait passer le venin.
11
לָאו אִיתְּמַר עֲלַהּ, אָמַר רַבִּי סִימוֹן אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא טְרָקוֹ, אֲבָל טְרָקוֹ – אָסוּר?

N'a-t-on pas déclaré à son sujet : Rabbi Simon a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : on n'a enseigné cela que lorsqu'on ne l'a pas brassé ; mais si on l'a brassé, c'est interdit ?

📜 Rachi (2)
שֶׁלֹּא טְרָקוֹ בְּשֶׁלֹּא עֵירְבוּ אָדָם וּכְגוֹן הַךְ מְסַנֶּנֶת שֶׁאֵין אִישׁ נוֹגֵעַ בָּהּ:
Lorsqu'un homme ne l'a pas mélangé, comme cette passoire que personne ne touche.
אֲבָל טְרָקוֹ אָסוּר וְהָכָא בְּהַךְ חָבִית כִּי מְעָרֶה וּשְׁדֵי לֵיהּ מֵחָבִית לְמִסְנֶנֶת מִטְּרִיק וּמִתְבַּלְבֵּל הָאֶרֶס עִם הַיַּיִן וְיוֹצֵא דֶּרֶךְ הַמְסַנֶּנֶת לַכְּלִי:
Et ici, pour ce tonneau, lorsqu'il verse et jette du tonneau vers la passoire, il brasse, le venin se mêle au vin et sort par la passoire vers le récipient.
💡 Explication

Objection. Rabbi Yehochoua ben Levi limite Rabbi Nehemia au cas où l'on n'a pas brassé (tarak). Le brassage mêle le venin au vin, et la passoire ne le retient plus.

Rachi : verser le tonneau dans la passoire brasse déjà. Le vin découvert resterait donc interdit, et la réponse précédente tomberait.

12
הָתָם נָמֵי, אֶפְשָׁר דְּמַנַּח מִידֵּי אַפֻּומָּא דְחָבִיתָא, (דְּשָׁפֵי) [וְשָׁפֵי] לֵיהּ.

Là-bas aussi, il est possible qu'il pose quelque chose sur la bouche du tonneau, et qu'il le verse.

📜 Rachi (1)
דְּמַנַּח מִידֵּי בֶּגֶד אוֹ שׁוּלֵי כְּבָרָה עַל פִּי חָבִית וְשָׁפֵי לֵיהּ וּמְסַנְּנוֹ בְּנַחַת שֶׁפִּי לְשׁוֹן שׁוֹפֵךְ כְּמוֹ הַשּׁוֹפֶה יַיִן (לְתַמְרֵי) [לַחֲבֵירוֹ] בָּבָא מְצִיעָא (דַּף ס. ע"ש) רודיי"ר:
Un tissu, ou le fond d'un tamis, sur la bouche du tonneau, et qu'il le verse, et qu'il le filtre doucement. Chafi a le sens de verser, comme ha-chofé yayin le-havéiro dans Bava Metsia (60a, vois là) ; le laaz est rodier.
💡 Explication

Parade. On pose un linge, ou le fond d'un tamis, sur l'ouverture, et l'on verse doucement. Le venin ne se mêle pas, la passoire suffit.

Rachi lit chafi comme verser, d'après Bava Metsia 60a.

13
וְרַבִּי נְחֶמְיָה – (מְטַמֵּא אַטְמָא) מִי תָּרְמִינַן?

Et Rabbi Nehemia, de l'impur sur l'impur, en prélève-t-on ?

📜 Rachi (2)
וְרַבִּי נְחֶמְיָה וְאִי הַהִיא דָּי' חָבִיּוֹת רַבִּי נְחֶמְיָה הִיא:
Et si cette baraïta des dix tonneaux est de Rabbi Nehemia.
מִי תָּרְמִינַן מִן הַטָּמֵא עַל הַטָּמֵא:
De l'impur sur l'impur.
💡 Explication

Nouvelle difficulté. La baraïta des dix tonneaux vient d'être lue selon Rabbi Nehemia, à cause de la passoire. Or elle prélève de l'impur sur de l'impur.

La question : Rabbi Nehemia autorise-t-il ce prélèvement ?

14
וְהָתַנְיָא: תּוֹרְמִין מִן הַטָּמֵא עַל הַטָּמֵא, וּמִן הַטָּהוֹר עַל הַטָּהוֹר, וּמִן הַטָּהוֹר עַל הַטָּמֵא; אֲבָל לֹא מִן הַטָּמֵא עַל הַטָּהוֹר. רַבִּי נְחֶמְיָה אוֹמֵר: אַף מִן הַטָּמֵא עַל הַטָּמֵא לֹא הִתִּירוּ לִתְרֹום, אֶלָּא בְּשֶׁל דְּמַאי! הָכָא נָמֵי בְּשֶׁל דְּמַאי.

Mais on a enseigné : on prélève de l'impur sur l'impur, du pur sur le pur, et du pur sur l'impur ; mais pas de l'impur sur le pur. Rabbi Nehemia dit : même de l'impur sur l'impur, ils n'ont permis de prélever que dans le demai (produit douteux quant à la dîme).

Ici aussi, c'est du demai.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא בְּשֶׁל דְּמַאי הֵקֵילּוּ מִשּׁוּם דְּרֹוב עַמֵּי הָאָרֶץ מְעַשְּׂרִין הֵן וּכְבָר נִתְעַשֵּׁר:
Ils ont allégé, parce que la plupart des amei ha-arets (gens du peuple) prélèvent la dîme, et c'est déjà prélevé.
💡 Explication

La baraïta générale permet de prélever de l'impur sur l'impur, du pur sur le pur, du pur sur l'impur, et interdit de l'impur sur le pur.

Rabbi Nehemia resserre : de l'impur sur l'impur, seulement pour le demai. Rachi : la plupart des amei ha-arets ont déjà prélevé, d'où l'allégeance. La baraïta des dix tonneaux parle donc de demai.

15
אָמַר מַר: וּבְשֶׁמֶן לֹא יַעֲשֶׂה כֵּן, מִפְּנֵי הֶפְסֵד כֹּהֵן. מַאי שְׁנָא שֶׁמֶן – דְּרָאוּי לְהַדְלִיק? יַיִן נָמֵי רָאוּי לְזִילּוּף! וְכִי תֵּימָא זִילּוּף לָאו מִילְּתָא הִיא, וְהָאָמַר שְׁמוּאֵל מִשּׁוּם רַבִּי חִיָּיא: שׁוֹתִין מִלֹּוג בְּסֶלַע, וּמְזַלְּפִין מְלוֹג בִּשְׁתַּיִם!

Le maître a dit : et pour l'huile, il ne fera pas ainsi, à cause de la perte du kohen. Qu'est-ce qui distingue l'huile, qu'elle soit propre à allumer ?

Le vin aussi est propre au zilouf ! Et si tu dis : le zilouf ne compte pas, or Chmouel n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Hiya : on boit d'un log pour un sela, et on asperge d'un log pour deux !

📜 Rachi (1)
שׁוֹתִין מִלֹּוג בְּסֶלַע וּמְזַלְּפִין מִלֹּוג בִּשְׁתַּיִם לִשְׁתִיָּה אִם יִמְצָא יַיִן בְּזוֹל לֹוג בְּסֶלַע יִקַּח אֲבָל לְזַלֵּף יִקַּח אַפֵּי' בְּיֹוקֶר הַלֹּוג בִּשְׁתַּיִם סְלָעִים דַּהֲנָאָה יַתִּירָא הִיא:
Pour la boisson, s'il trouve du vin à bon marché, un log pour un sela, il achètera. Mais pour asperger, il achètera même cher, le log pour deux sela, car c'est un agrément de plus.
💡 Explication

Retour à la clause de l'huile. On ne désigne pas le tonneau d'huile perdu, parce que l'huile impure de terouma sert à allumer : le kohen perd un usage.

Le vin impur sert au zilouf. Chmouel, au nom de Rabbi Hiya : on paie un log de boisson un sela, et un log d'aspersion deux. L'aspersion a un prix. Pourquoi le vin, lui, peut-il être désigné ?

16
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן – בַּחֹדֶשׁ. וְהָא רָאוּי לְיָשְׁנוֹ! אָתֵי בֵּיהּ לִידֵי תַּקָּלָה.

Ici, de quoi s'agit-il ? De vin hadach (nouveau).

Mais il est propre à vieillir ! On en viendrait à une takala (faute : le consommer alors qu'il est interdit).

🗂️ Tossefot (1)
אָתֵי לִידֵי תַּקָּלָה וּמַסִּיק אִי חָייְשִׁי' לְתַקָּלָה תַּנָּאֵי הִיא וְהָא דְּאָמַר בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יז: וְשָׁם) גַּבֵּי י"ח דָּבָר גִּידּוּלֵי תְּרוּמָה כִּתְרוּמָה בּוֹ בַּיּוֹם גָּזְרוּ וּמְפָרֵשׁ הָתָם טַעְמָא מִשּׁוּם תְּרוּמָה טְמֵאָה בְּיַד כֹּהֵן דִילְמָא מַשְׁהֵי לַהּ וְאָתֵי לִידֵי תַּקָּלָה וְהָתָם לֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג דְּכ"ע אִית לְהוּ י"ח דָּבָר אור"י דְּשָׁאנֵי הָתָם דִּפְעָמִים שֶׁמַּשְׁהֶה אוֹתָהּ בְּיוֹתֵר וְאֵין זוֹרְעָהּ בְּאוֹתָהּ שָׁנָה שֶׁאֵירַע שׁוּם דָּבָר שֶׁלֹּא יִזְרַע בְּעֵת הַזֶּרַע וְיַמְתִּין עַד שָׁנָה אַחֶרֶת אֲבָל הָכָא לְעוֹלָם יָכוֹל הוּא לַעֲשׂוֹת זִילּוּף אַחַר שֶׁיִּתְייַשֵּׁן מְעַט וְעוֹד יֵשׁ מְתָרֵץ דְּשָׁאנֵי הָתָם דִּבְהָהִיא גְּזֵירָה לֵיכָּא הֶפְסֵד כֹּהֵן דְּכִי הֵיכִי דְּהָוְיָא תְּרוּמָה מֵעִיקָּרָא ה"נ הָוְיָא אַחַר שֶׁזּוֹרְעָהּ וּלְכָךְ לכ"ע חָיְישִׁינַן לְתַקָּלָה אֲבָל הָכָא דְּאִיכָּא הֶפְסֵד לְגַמְרֵי שֶׁתִּשָּׁפֵךְ הַכֹּל אִיכָּא מַאן דְּלָא חָייֵשׁ לְתַקָּלָה וּלְפִי' זֶה קָשֶׁה דְּקָאָמַר בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לג: וְשָׁם) מַדְלִיקִין בְּפַת וּבְשֶׁמֶן שֶׁל תְּרוּמָה שֶׁנִּטְמְאָה וְאָמַר אַבַּיֵּי עֲלָהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יִצְחָק בַּר מָרְתָא אָמַר רַב הוּנָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא פַּת אֲבָל חִיטִּין לֹא שֶׁמָּא יָבֹא בָּהֶן לִידֵי תַּקָּלָה וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אַפֵּי' חִיטִּין וּמוֹקְמִינַן לָהּ בִּשְׁלִיקָתָא וּמְאִיסָתָא מִכְּלָל דְּרַב הוּנָא אֲפִילּוּ בִּשְׁלִיקָתָא וּמְאִיסָתָא לָא הֲוָה שָׁרֵי אַלְמָא מִשּׁוּם תַּקָּלָה מַפְסְדִי לֵיהּ לְכֹהֵן לְגַמְרֵי וי"ל דְּלָא פְּלִיגִי דְּרַב הוּנָא לָא אַיְירֵי בִּשְׁלִיקָתָא וְאִיהוּ נָמֵי שָׁרִי בְּעִנְיָן זֶה וְהַשְׁתָּא לֵיכָּא פְּסֵידָא כֵּיוָן דְּיָכוֹל לְשָׁלְקוֹ וּלְמָאֲסוֹ וּלְהַחֲזִיק בָּהֶן:
Et l'on conclut : si l'on tient compte de la takala, c'est une dispute de tannaïm. Or ce qu'on dit au premier chapitre de Chabbat (17b, et là) au sujet des dix-huit décrets : les pousses de la terouma sont comme la terouma, ce jour-là on l'a décrété. Et l'on y explique la raison : à cause d'une terouma impure entre les mains du kohen, de peur qu'il la garde et qu'on en vienne à une takala. Et là-bas, personne ne diverge, car tous tiennent les dix-huit décrets. Le Ri dit : là-bas, c'est autre, car il arrive qu'on la fasse attendre bien davantage et qu'on ne la sème pas cette année-là : quelque chose survient qui empêche de semer au temps des semailles, et l'on attend jusqu'à une autre année. Mais ici, il peut toujours faire le zilouf après que le vin a un peu vieilli. Il y a encore une autre réponse : là-bas, c'est autre, car dans ce décret il n'y a pas de perte pour le kohen. De même qu'elle était terouma au départ, de même elle l'est après qu'on l'a semée. C'est pourquoi, selon tous, on tient compte de la takala. Mais ici, où il y a une perte totale, que tout se répande, il y a un maître qui ne tient pas compte de la takala. Et selon cette explication, une difficulté : on dit au chapitre Kol cha'a (Pessahim 33b, et là) : on allume avec du pain et avec de l'huile de terouma qui s'est rendue impure. Et Abaye a dit à ce sujet, au nom de Rabbi Its'hak bar Marta, au nom de Rav Houna : on n'a enseigné cela que pour le pain ; pour le blé, non, de peur qu'on en vienne à une takala. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même le blé. Et l'on établit cela dans un blé chlikta (cuit) et maïsta (rendu répugnant). Il en ressort que Rav Houna, même cuit et rendu répugnant, ne permettait pas. Donc, à cause de la takala, on fait perdre au kohen entièrement. On peut répondre : ils ne divergent pas. Rav Houna ne parle pas du cas cuit, et lui aussi permet de cette manière. Et dès lors il n'y a pas de perte, puisqu'il peut le cuire, le rendre répugnant, et le garder.
💡 Explication

Réponse : il s'agit de vin nouveau, dont l'odeur est trop faible pour le zilouf. Le désigner ne retire donc pas au kohen un usage actuel.

Objection : qu'on le laisse vieillir. Réponse : le garder exposé à une takala, le boire en oubliant qu'il est terouma impure. Tossefot relient cette crainte aux dix-huit décrets de Chabbat 17b et au blé de Pessahim 33b.

17
שֶׁמֶן נָמֵי אָתֵי בֵּיהּ לִידֵי תַּקָּלָה! דְּמַנַּח [לֵיהּ] בִּכְלִי מָאוּס. יַיִן נָמֵי מַנַּח לֵיהּ בִּכְלִי מָאוּס! הַשְׁתָּא לְזִילּוּף קָא בָּעֵי לֵיהּ, בִּכְלִי מָאוּס קָא מַנַּח לֵיהּ?!

L'huile aussi, on en viendrait à une takala ! On la place dans un récipient répugnant.

Le vin aussi, qu'on le place dans un récipient répugnant ! Maintenant qu'il le veut pour le zilouf, le placerait-il dans un récipient répugnant ?

💡 Explication

Même objection pour l'huile : on pourrait la boire par erreur. Réponse : le kohen la tient dans un récipient répugnant, et il peut encore allumer.

Pour le vin destiné au zilouf, ce récipient gâterait l'odeur. On ne le range donc pas ainsi, et le risque de takala reste. D'où la différence avec l'huile.

🖼️ Schéma
Récipient répugnant : huile oui, vin de zilouf non Huile de terouma impure Récipient répugnant. On ne la boit pas. On peut encore allumer. La takala est écartée. Vin pour le zilouf On le veut pour son odeur. Récipient répugnant : odeur perdue. On ne le range pas ainsi. Le garder : risque de takala.
L'huile supporte le récipient répugnant. Le vin de zilouf, non.
18
וְתַקָּלָה עַצְמָהּ תַּנָּאֵי הִיא – דְּתַנְיָא: חָבִית שֶׁל יַיִן שֶׁל תְּרוּמָה, שֶׁנִּטְמֵאת – בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים:

Et la takala elle-même est une dispute de tannaïm. Car on a enseigné : un tonneau de vin de terouma qui s'est rendu impur, Beit Chammai disent :

📜 Rachi (1)
תַּקָּלָה לִשְׁתּוֹתָן וַהֲרֵי הִיא טְמֵאָה:
De les boire, alors qu'elle est impure.
💡 Explication

La crainte de la takala n'est pas unanime. Une baraïta l'ouvre : tonneau de vin de terouma devenu impur, et Beit Chammai commencent à parlér.

La page coupe la citation ici. Rachi glose la takala : boire ce vin, alors qu'il est impur.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).