Sougya : La page ouvre sur la fin de l'objection de Rav à Rabbi. L'ouvrier envoyé chercher du chou et des dourmaskanin pour un malade reçoit tout son salaire, même si le malade est mort ou guéri.
Rabbi distingue : là-bas le mandat est fait, ici le sauvetage ne l'est pas. Trois baraïtot règlent ensuite la vie commune.
Une caravane rançonnée dans le désert partage selon les biens, et selon les personnes si elle paie un guide. Les âniers peuvent se promettre un âne de remplacement, hors négligence.
Un bateau allège en mer jette selon le poids, et le marin qui, en nissan, gagne le chenal de tichri, est négligent. Quand l'un sauve le butin, Rami bar Hama, Rava et Rav Ashi ne lui en laissent pas la propriété dans le même cas.
La michna nouvelle : le voleur d'un champ que des massikin prennent ensuite. Fléau du pays, il dit : voici le tien devant toi.
À cause de lui, il doit un autre champ, et la Guemara lit ce second cas de celui qui a montré le bien.
pour apporter du chou et des dourmaskanin à un malade. Il est allé, et il l'a trouvé mort, ou bien guéri : il lui donne son salaire en entier !
Fin de l'objection de Rav, ouverte en bas de 116a : ha-sokher et ha-po'el, celui qui engage l'ouvrier. L'ouvrier est envoyé chercher du kerouv (chou) et des dourmaskanin pour un malade. À l'arrivée, le malade est mort ou guéri. On lui paie pourtant le salaire convenu, en entier.
Rachi : pruneaux, langue de son maître. Autre langue : une herbe de marmite. Tossefot : le salaire entier dépasse le prix habituel. Le cas exclut le meshatte ani bakh (je me jouais de toi), parce que l'ouvrier perd un autre travail équivalent.
Il lui dit : Est-ce comparable ? Là-bas, l'envoyé a fait la mission de l'envoyé.
Ici, l'envoyé n'a pas fait la mission de l'envoyé.
Rabbi répond à Rav. Les deux cas ne se comparent pas. Chez le malade, le sheliah a fait sa shelihout : il a apporté ce qu'on lui a demandé. La mort ou la guérison du malade vient après.
Chez l'âne, il est descendu et n'a pas sauvé. La mission n'est pas faite. Le salaire de la peine reste. La valeur de l'âne, elle, supposait le sauvetage.
Les Sages ont enseigné : une caravane cheminait dans le désert, et une troupe s'est dressée contre elle pour la piller : on calcule selon les biens, et on ne calcule pas selon les personnes.
Nouvelle baraïta. Une shayara (caravane) dans le désert. Un gayis (troupe) vient pour torfah, la piller. Rachi : ils transigent pour de l'argent.
La rançon se partage lefi mamon, selon les biens de chacun. Pas lefi nefachot, selon le nombre de personnes. Le gayis en veut aux sacs, pas aux têtes.
Et s'ils ont engagé un guide qui marche devant eux : on calcule aussi selon les personnes. Et ils ne changeront pas la coutume des âniers.
Deuxième dépense : un tayar, le guide qui montre la route. Là on compte af lefi nefachot, aussi selon les personnes. Rachi : se tromper de chemin dans le désert met les vies en danger. Le guide protège les gens, pas seulement les ballots.
Ve-lo yishnou mi-minhag ha-hammarin : on ne change pas la coutume des âniers. Si leur usage fixe le guide selon les biens, ou selon les personnes, cet usage l'emporte sur la règle de la baraïta.
Les âniers ont le droit de stipuler que tout homme dont l'âne se perd, on lui fournira un autre âne. En kousia : on ne lui en fournit pas.
Hors kousia : on lui en fournit. Et s'il a dit : Donnez-moi, et moi je garderai : on ne l'écoute pas.
Les hammarin peuvent convenir d'une caisse commune : l'âne perdu est remplacé. Be-kousia, Rachi : bi-peshia, par négligence, pas de remplacement. She-lo be-kousia : on lui en fournit un.
S'il dit : donnez-moi l'argent, je garderai quand même, on refuse. Rachi : le pacte veut qu'il ait un âne, pour qu'il risque sa vie la nuit avec les autres, contre bêtes et brigands.
Tossefot : reshaïn veut dire le droit de prélever, une fois la condition déjà faite, sur le modèle des gens de la ville (Bava Batra 8b).
C'est évident ! Non, c'est nécessaire dans le cas où il a un autre âne.
Tu aurais dit : voilà qu'il garde pour cet âne. Cela nous apprend : la garde d'un seul diffère de la garde de deux.
La Guemara : refuser l'argent semble peshita. L'enseignement vise l'homme qui a déjà hamra aharina, un autre âne. Hava amina : il gardera de toute façon pour celui qui lui reste, donc on peut lui donner l'argent.
Sha'ani netiruta de-had mi-netiruta de-bei tre : garder un âne n'est pas garder deux. Rachi rapporte sa revendication : un seul, je garde bien, deux, je ne peux pas. On lui répond par un kal va-homer : avec le second âne, tu risques ta vie plus, pas moins. On lui donne l'âne, pas la somme.
Les Sages ont enseigné : un bateau allait sur la mer. Une lame s'est dressée contre lui pour le faire couler, et ils ont allégé sa charge : on calcule selon le chargement, et on ne calcule pas selon la valeur.
Et ils ne changeront pas la coutume des marins.
Baraïta parallèle, sur mer. Un nahshol (une lame) veut couler la sefina. On allège : on jette du chargement.
Le compte se fait lefi masa, selon le poids, Rachi : selon le fardeau. Cent litrin d'or jetés par l'un, cent litrin de fer à jeter par l'autre. La valeur en argent ne compte pas : c'est le poids qui fait couler. La coutume des sappanim (marins) n'est pas écartée.
Et les marins ont le droit de stipuler que tout homme dont le bateau est perdu, on lui fournira un autre bateau. S'il l'a perdu en kousia : on ne lui en fournit pas.
Hors kousia : on lui en fournit. Et s'il a pris le large vers un lieu où les bateaux ne vont pas : on ne lui en fournit pas.
Même pacte que chez les âniers, pour la sefina. Perte be-kousia : pas de bateau. Hors kousia : on en fournit un.
Clause de plus : presh, il a fait route vers un lieu où les bateaux ne vont pas. La aussi, pas de remplacement. La Guemara va dire dans quel cas cette clause était à enseigner.
C'est évident ! Non, c'est nécessaire.
En nissan, ils s'éloignent d'une longueur de corde, et en tichri, de deux longueurs de corde. Et lui, aux jours de nissan, va vers l'endroit de tichri.
Tu aurais dit : il tient sa route accoutumée et il avance. Cela nous apprend.
Le cas peshita serait le marin qui part vers une route que nul bateau ne prend. L'enseignement vise un écart de saison. Ishla : une longueur de corde.
Rachi lit un fleuve. En nissan, hautes eaux, une corde du bord suffit. En tichri, basses eaux, le bateau racle : on s'éloigne de deux cordes, vers le fond.
Celui-ci, en nissan, gagne la place de tichri, le milieu. Hava amina : duvsheh nakit ve-azil, il suit sa route habituelle. La baraïta enseigne que le bateau coule par sa faute. On ne lui en fournit pas un autre.
Les Sages ont enseigné : une caravane cheminait dans le désert, une troupe s'est dressée et l'a pillée. L'un d'eux s'est levé et a sauvé : il a sauvé pour le milieu.
Et s'il a dit : Moi, je sauverai pour moi-même : il a sauvé pour lui-même.
Autre baraïta. Le gayis a déjà pillé. L'un des voyageurs sauve le butin.
Sans mot, hitsil la-emtsa : il a sauvé pour le milieu. Rachi : chacun reconnaît son bien et le reprend. S'il a dit ani atsil le-atsmi, je sauve pour moi, hitsil le-atsmo : le sauvé lui appartient.
De quel cas s'agit-il ? S'ils peuvent sauver, même la fin serait aussi pour le milieu !
Et s'ils ne peuvent pas sauver, même le début serait aussi pour lui-même !
La baraïta semble se contredire. S'ils yekholim le-hatsil, peuvent sauver, il n'y a pas de yeoush. Rachi : même le mot pour moi-même fait de lui un gazlan. La fin devrait elle aussi aller au milieu.
S'ils ne peuvent pas, le yeoush est déjà là. Même le début, sans ce mot, devrait lui laisser le bien. Les trois réponses qui suivent donnent chacune un cas où le mot change vraiment la suite.
Rami bar Hama dit : ici, nous traitons d'associés. Et dans un cas comme celui-ci, un associé partage sans l'accord de son compagnon.
S'il a dit : il a partagé. S'il n'a pas dit : il n'a pas partagé.
Première réponse. Shutafin : des associés, propriétaires ensemble du bien pillé. Rachi : le cas vaut qu'ils puissent sauver ou non. Le lieu est un lieu de iboud mamon, perte des biens. Là, un associé holek she-lo le-daat havero : il partage sans l'accord de l'autre.
Amar, palig : le mot je sauve pour moi est le partage. Il garde ce qu'il a tiré, comme sa part. Lo amar, lo palig : sans le mot, pas de partage. Rachi : risquer sa vie pour toute l'affaire est la voie d'un associé. Le sauvetage reste commun.
Rava dit : ici, nous traitons d'ouvriers, et c'est selon Rav. Car Rav a dit : un ouvrier peut se rétracter, même au milieu du jour.
Deuxième réponse. Des poalin, des ouvriers engagés pour garder. Rachi précise : salarié des propriétaires du bateau, et ils ne peuvent pas sauver.
Rava s'appuie sur Rav : le po'el peut lahzor bo, se rétracter, même ba-hatsi ha-yom, au milieu du jour. Le mot je sauve pour moi est cette rétractation.
Et tant qu'il ne s'est pas rétracté, il est comme sous la main du maître de maison. Et lorsqu'il se rétracte, c'est pour une autre raison, car il est écrit : Car à Moi les enfants d'Israël sont serviteurs, et non serviteurs de serviteurs.
Tant que l'ouvrier ne s'est pas rétracté, ce qu'il sauve est au baal ha-bayit : il agit ki-reshuteh, sous sa main.
La rétractation a un autre fondement. Le verset (Vayikra 25, 55) : les enfants d'Israël sont serviteurs, avadim, et la derasha ajoute : non serviteurs de serviteurs. Le verset est dit au nom de Hachem. Un ouvrier juif peut donc quitter au milieu du jour.
Rachi : une fois rétracté, zakhi me-hefkera, il acquiert sur le hefker. Les propriétaires, qui ne peuvent pas sauver, ont déjà renoncé. Le bien sauvé est à lui.
Rav Ashi dit : dans le cas où l'on peut sauver par la gêne. S'il a révélé son intention : pour lui-même.
S'il n'a pas révélé son intention : pour le milieu.
Troisième réponse. Rachi : un inish de-alma, un homme quelconque, ni associé ni salarié. Les autres yekholin le-hatsil al yedei ha-dahak : ils peuvent sauver, mais seulement dans la gêne, au prix d'un effort forcé.
Gali daatei, il révèle qu'il sauve pour lui, et ils ne protestent pas : le bien est à lui. Leur silence, devant la gêne, vaut yeoush. Sans ce mot, l'état reste : la-emtsa, chacun reprend le sien.
Michna. Celui qui vole un champ à son compagnon, et des massikin le lui prennent : si c'est un fléau du pays, il lui dit : Voici le tien devant toi.
Si c'est à cause du voleur, il est tenu de lui fournir un autre champ.
Michna nouvelle. Un gazlan a pris le champ. Ensuite des massikin le prennent au voleur. Rachi : des anassim, des gens de violence.
Makat médina : le fléau frappe la province. Rachi : ils prennent les champs des autres et celui-ci. Le voleur dit harei shelkha lefanekha, voici le tien devant toi. Il ne doit pas un autre champ.
Im mahamat ha-gazlan : la prise vient de lui. Il doit le-haamid lo sade aher, fournir un autre champ. Rachi renvoie à la Guemara pour le cas précis.
Guemara. Rav Nahman bar Yitzhak dit : celui qui enseigne massikin ne se trompe pas, et celui qui enseigne matzikin ne se trompe pas.
Celui qui enseigne matzikin ne se trompe pas, car il est écrit : dans le siège et dans la détresse.
Deux leçons du mot de la michna. Massikin et matzikin sont toutes deux justes. Lo mishtabesh : celui qui enseigne l'une ou l'autre ne se trompe pas.
Matzikin s'appuie sur le verset (Devarim 28, 55) : ba-matsor uva-matsok, dans le siège et dans la détresse. De matsok vient matzikin : des gens qui mettent autrui dans la détresse.
Et celui qui enseigne massikin ne se trompe pas, car il est écrit : le tzelatzal en prendra possession. Et nous traduisons : le sakaa en prendra possession.
Massikin s'appuie sur Devarim 28, 42 : yirash ha-tzelatzal. Le targoum dit sakaa. De là, massikin : ceux qui consomment le bien d'autrui.
Rachi : le tzelatzal est une sauterelle, un pillard des récoltes. Tossefot rapportent Rabbeinou Tam : yerousha et ahsanata visent des hommes, et la michna aussi. Le sakaa serait l'ennemi, qui couvre la terre comme l'ombre, le tsel du mot tzelatzal.
La fin de la glose répond : la yerousha se dit aussi des bêtes, comme la kaat et le kippod en Yechayahou 34. La lecture de Rachi, la sauterelle, peut donc tenir.
Si c'est à cause du voleur, il est tenu. De quel cas s'agit-il ?
Si tu dis qu'ils ont pris de force son champ à lui, et qu'ils n'ont pas pris de force tous les champs : du début, tu l'apprends déjà. Si c'est un fléau du pays, etc.
Dans le cas contraire, il n'est pas quitte !
La seifa, im mahamat ha-gazlan hayav, semble déjà dans la reisha. S'ils n'ont pris de force que son champ, et pas tous les champs du pays, la reisha a déjà dit : fléau du pays, il est quitte. Hors ce fléau, il est tenu.
Tossefot : la Guemara s'étonne d'une répétition, alors que le texte en a ailleurs. Réponse : on pouvait écrire simplement et sinon, il est tenu. La formule plus longue, fournir un autre champ, montre une milta be-apei nafsha, une règle distincte. C'est cette règle que le segment suivant identifie.
Non, c'est nécessaire : il a montré. Autre version : de quoi s'agit-il ici ?
Par exemple, des non-Juifs l'ont contraint, (et ils ont dit) [et il a montré] qu'on lui montre son champ, et il a montré celui-là en même temps qu'eux.
La seifa manquait pour ahoui ahouyei : il a montré le champ, il ne l'a pas saisi lui-même. Rachi : il a entendu, de la maison du roi, qu'on cherche des champs. Il désigne celui d'untel.
Lishna aharina : des non-Juifs le contraignent à montrer son champ. Le texte porte deux leçons entre parenthèses et crochets, (et ils ont dit) [et il a montré]. Il désigne aussi le champ du compagnon, avec les siens.
Tossefot : la tenue est un dina de-garmei, un dommage causé par son geste, sans qu'il ait pris le bien. Plus loin, Rabbi Chimon ben Elyakim et Rabbi Elazar ben Pedat l'obligent à partir de cette michna. Le Rachba demande pourquoi Bava Kamma 100a ne cite pas cette michna pour Rabbi Meir. Rabbi Yitzhak : la michna ne dit pas en clair ahoui. On ne l'y lit que par le surplus du texte, le yitura.
Un homme a montré les tas de blé de la maison du Reish Galouta. Il vint devant Rav Nahman.
Rav Nahman l'obligea à payer. Rav Yossef était assis derrière Rav Houna bar Hiya, et Rav Houna bar Hiya était assis devant Rav Nahman.
Rav Houna bar Hiya dit à Rav Nahman : Est-ce le din, ou une amende ?
Fait. Un homme ahoui, a montré, les akaria de-hitei, les tas de blé, de la maison du Reish Galouta, l'exilarque. Rav Nahman le fait payer.
L'ordre des sièges : Rav Yossef derrière Rav Houna bar Hiya, et Rav Houna devant Rav Nahman. Rav Houna demande : dina o kenasa ? Le din est la règle du droit. Le kenas est une amende, que tout tribunal ne prélève pas de la même façon.
Il lui dit : C'est notre michna. Car nous avons appris : si c'est à cause du voleur, il est tenu de lui fournir un champ.
Et nous l'avons établi du cas où il a montré. Après qu'il fut sorti, Rav Yossef dit à Rav Houna bar Hiya : Quelle différence en tires-tu ?
Rav Nahman répond par la michna, im mahamat ha-gazlan, établie par la Guemara sur ahoui ahouyei, celui qui a montré. Montrer les tas de blé est le même geste que montrer le champ. Il paie au titre du din.
Batar de-nafak : après la sortie de Rav Nahman, Rav Yossef demande à Rav Houna mai nafka lakh minah, quelle différence pratique tu tirais de la question din ou kenas. La page s'arrête sur cette question.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).