Bava Kamma 117a — Din ou knas, le délateur, et Rav Kahana

Bava_Kamma 117a

Sougya : La page reprend la question laissée en 116b. Rav Nahman a obligé un homme qui avait montré des tas de blé.

Rav Yosef demande à Rav Houna bar Hiyya si ce jugement est un din, une règle que l'on apprend pour d'autres cas, où un knas, une amende dont on n'apprend pas. La Guemara cherche la source de cette limite dans la baraïta de celui qui rend impur, de celui qui verse le vin en libation et du madmea, puis elle tranche par Rabbi Avin et Rabbi Yirmeya.

Ensuite, Rava, Rabba et Rav Ashi jugent celui qui montre le bien d'autrui à des goyim. Le daf s'achève sur Rav Kahana : la paille, la montée en terre d'Israël, et la session devant Rabbi Yo'hanan, jusqu'à la grotte.

Din ou knas : en apprend-on le jugement de Rav Nahman ? Suite de 116b. Un homme a montré les tas de blé de la maison du Roch Galouta. Rav Nahman le déclare tenu Il dit que c'est la michna : si c'est à cause du voleur, il doit un champ. Si c'est un din Règle de droit, comme la michna. On apprend de cet acte pour les autres grami, les dommages du même ordre. On en apprend. Si c'est un knas Amende de Rav Nahman. Rachi : cet homme était ragil, il avait coutume de dénoncer. L'âmende reste sur ce cas. On n'en apprend pas. La suite demande d'où l'on tient qu'un knas ne s'apprend pas d'un cas à l'autre. Réponse : l'histoire de la baraïta, metame, menassekh, madmea.
Din : on apprend le cas pour d'autres grami. Knas : l'amende reste sur l'habitué.
Deux listes, deux raisons Hezek she-eino nikar : le dommage ne se voit pas, et pourtant ils paient. Première baraïta Début : metame et menassekh Retour : on ajoute le madmea Lecture écartée : le madmea manquait parce qu'on n'apprend pas d'un knas. Lecture retenue D'abord la perte importante. Ensuite la perte faible aussi. Terouma impure : plus mangeable. Père de Rabbi Avin Début : metame et madmea Retour : on ajoute le menassekh La taille de la perte n'explique pas cet ordre : la libation est la perte la plus lourde. Question rouverte Pourquoi ne pas apprendre le menassekh des deux premiers ? Réponse : Avin, puis Yirmeya. Rabbi Avin, au début Flèche : akira et hanaha, un seul acte de Chabbat. Mort et argent viennent ensemble. On ne paie pas. Le menassekh reste hors de la liste. Soulever le vin sert la libation. Rabbi Yirmeya, à la fin Dès le soulèvement : il acquiert, la dette d'argent est née. La mort : seulement à la libation. Deux temps. Il paie. On ajoute le menassekh. D'où le retour de la baraïta. Metame : il rend impures les taharot du compagnon. Menassekh : il verse son vin en libation. Madmea : il mêle du houlin a de la terouma. Le mélange se vend aux cohanim, moins cher.
Deux versions de la baraïta. Perte importante, puis Rabbi Avin et Rabbi Yirmeya.
Montrer le bien d'autrui Contrainte, main, fleuve. Puis le filet contesté. Cas Issue Qui le dit Contraint, il montre seulement Exempt Baraïta, Rava Il prend et donne de sa main Obligé Il se sauve avec le bien d'autrui Il montre de lui-même, sans contrainte Comme la main Rabba Il a déjà montré, puis il porte le vin Exempt Déjà brûlé Rav Ashi Vin de Rav Mari Il tend la botte ou la grappe Obligé Deux rives d'un fleuve Objection d'Abahou Mot : tends, pas donné Filet contesté, livré à l'officier du roi. Abayé : il dit avoir livré le sien. Rava : shamta, jusqu'à ce qu'il le ramène et plaide.
Montrer, porter, tendre. Exempt ou obligé, selon le geste et la contrainte.
1
אִי דִּינָא אִי קְנָסָא? אֲמַר לֵיהּ: אִי דִּינָא – גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ, אִי קְנָסָא – לָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ.

Est-ce un din (une règle), est-ce un knas (une amende) ? Il lui dit : si c'est un din, nous en apprenons ; si c'est un knas, nous n'en apprenons pas.

📜 Rachi (3)
אִי דִּינָא הוּא שֶׁמָּסוּר יְשַׁלֵּם:
Si c'est un din : c'est que le moser (le délateur) paie.
גָּמְרִינַן מֵהַאי מַעֲשֶׂה דְּרַב נַחְמָן לִשְׁאָר גְּרָמֵי דִּנְזָקִין דְּעָלְמָא:
Nous en apprenons : de cet acte de Rav Nahman, pour les autres grami (dommages de ce genre) du monde.
וְאִי קְנָסָא הוּא דְּקַנְסֵיהּ רַב נַחְמָן מִשּׁוּם דְּרָגִיל הָיָה בְּכָךְ לָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ:
Et si c'est un knas : c'est que Rav Nahman l'a frappé d'une amende parce qu'il avait coutume d'agir ainsi. Nous n'en apprenons pas.
💡 Explication

Fin de 116b. Rav Nahman a obligé l'homme qui avait montré les tas de blé de la maison du Roch Galouta. Il a renvoyé à la michna. Rav Yosef demande à Rav Houna bar Hiyya quelle différence cela lui fait.

Din : le paiement est une règle, on l'apprend pour d'autres grami. Knas : Rachi, Rav Nahman n'a amendé que cet homme, parce qu'il était ragil, habitué à dénoncer. L'âmende ne sort pas de ce cas.

2
וּמְנָא תֵּימְרָא דְּמִקְּנָסָא לָא גָּמְרִינַן? דְּתַנְיָא, בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ אוֹמְרִים: הַמְטַמֵּא וְהַמְנַסֵּךְ; חָזְרוּ לוֹמַר: אַף הַמְדַמֵּעַ.

Et d'où dis-tu que d'un knas nous n'apprenons pas ? Car il est enseigné : au commencement, ils disaient : celui qui rend impur et celui qui verse en libation ; ils revinrent pour dire : même le madmea (celui qui mêle).

📜 Rachi (1)
הַמְטַמֵּא טַהֲרוֹתָיו שֶׁל חֲבֵירוֹ אוֹ מְנַסֵּךְ יֵינוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ לַעַ"ז דאע"ג דְּקַמֵּיהּ מַנַּח וְאֵין הֶזֵּיקוֹ נִיכָּר מְשַׁלֵּם:
Celui qui rend impur : les taharot (aliments purs) de son compagnon. Ou celui qui verse en libation le vin de son compagnon pour une avoda zara. Même si le bien est posé devant lui et que le dommage ne se voit pas, il paie.
💡 Explication

Source invoquée : une baraïta dont la liste a grandi. D'abord le metame et le menassekh. Ensuite seulement le madmea.

Rachi : le bien est encore là, le dommage ne se voit pas. C'est un hezek she-eino nikar. Ils paient tout de même. Si l'on apprenait un knas d'un autre knas, le troisième cas aurait été dans la liste dès le début.

3
חָזְרוּ – אִין, לֹא חָזְרוּ – לֹא; מַאי טַעְמָא? לָאו מִשּׁוּם דִּקְנָסָא הוּא, וּקְנָסָא לָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ?

Ils sont revenus : oui ; ils ne sont pas revenus : non. Quelle est la raison ?

N'est-ce pas parce que c'est un knas, et que d'un knas nous n'apprenons pas ?

📜 Rachi (1)
לֹא חָזְרוּ לֹא הָיִינוּ גָּמְרִי' מְדַמֵּעַ מִמְּנַסֵּךְ:
Ils ne sont pas revenus : nous n'aurions pas appris le madmea à partir de celui qui verse en libation.
🗂️ Tossefot (1)
לָאו מִשּׁוּם דִּקְנָס הוּא וְהָא דְּמֵעִיקָּרָא לֹא גָּזְרוּ עַל זֶה כְּמוֹ עַל זֶה לְמַאי דְּלָא מַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ הַשְׁתָּא טַעְמָא דְּהֶפְסֵד מוּעָט אִיכָּא לְמֵימַר דְּמַעֲשֶׂה אֵירַע בִּמְטַמֵּא וּבִמְנַסֵּךְ לְכָךְ גָּזְרוּ עֲלֵיהֶם בִּשְׁעַת מַעֲשֶׂה:
N'est-ce pas parce que c'est un knas : et quant au fait qu'au commencement ils n'ont pas décrété sur celui-ci comme sur celui-là, tant que la raison de la perte faible n'est pas encore venue à l'esprit, on peut dire qu'un fait est survenu chez celui qui rend impur et chez celui qui verse en libation, et c'est pour cela qu'ils ont décrété sur eux au moment du fait.
💡 Explication

Formule d'inférence. Le mot hazrou, ils sont revenus, oblige le madmea. Sans ce retour, Rachi, on ne l'aurait pas appris du menassekh.

Tossefot, avant que la Guemara ne parle de perte faible : le décret des deux premiers peut venir d'un maasse, un fait survenu alors. On aurait statué sur eux au moment du fait, sans encore viser le madmea.

4
לֹא; מֵעִיקָּרָא סָבְרִי: לְהֶפְסֵד מְרֻובֶּה חָשְׁשׁוּ, לְהֶפְסֵד מוּעָט לֹא חָשְׁשׁוּ; וּלְבַסּוֹף סָבְרִי: לְהֶפְסֵד מוּעָט נָמֵי חָשְׁשׁוּ.

Non. Au commencement, ils tenaient : d'une perte importante ils se sont souciés, d'une perte faible ils ne se sont pas souciés.

Et à la fin, ils tenaient : d'une perte faible aussi ils se sont souciés.

📜 Rachi (1)
לְהֶפְסֵד מְרֻובֶּה מְטַמֵּא תְּרוּמָה הֶפְסֵד מְרֻובֶּה הוּא דְּתוּ לָא חַזְיָא לַאֲכִילָה מְדַמֵּעַ הֶפְסֵד מוּעָט הוּא דְּהָא מִזְדַּבַּן לַכֹּהֲנִים בִּדְמֵי תְּרוּמָה:
Pour une perte importante : celui qui rend une terouma impure, c'est une perte importante, car ensuite elle n'est plus propre à être mangée. Le madméa est une perte faible, car cela se vend aux cohanim au prix de la terouma.
💡 Explication

La Guemara écarte le motif du knas. La liste a grandi parce que le souci a grandi.

Hefsed meroubé, perte importante : une terouma rendue impure ne se mange plus. Hefsed muat, perte faible : le mélange du madméa se vend encore aux cohanim, au prix de la terouma, donc moins cher.

🖼️ Schéma
Perte importante, perte faible Perte importante Terouma rendue impure Elle ne se mange plus Dès le début de la liste Perte faible Madméa : houlin mêlé Vendu aux cohanim Ajouté seulement ensuite
Rachi : la terouma impure est perdue pour la table. Le madméa garde un prix, celui des cohanim.
5
אֵינִי?! וְהָא תָּנֵי אֲבוּהּ דְּרַבִּי אָבִין, בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ אוֹמְרִים: הַמְטַמֵּא וְהַמְדַמֵּעַ; חָזְרוּ לוֹמַר: אַף הַמְנַסֵּךְ. חָזְרוּ – אִין, לֹא חָזְרוּ – לֹא!

Est-ce ainsi ?! Or le père de Rabbi Avin a enseigné : au commencement, ils disaient : celui qui rend impur et le madméa ; ils revinrent pour dire : même celui qui verse en libation.

Ils sont revenus : oui ; ils ne sont pas revenus : non !

📜 Rachi (2)
הַמְדַמֵּעַ עֵרֵב חֻולִּין בִּתְרוּמָה דְּהִפְחִית דְּמֵי הַחֻולִּין דְּלָא חֲזוּ מֵהַשְׁתָּא אֶלָּא לְהִמָּכֵר לַכֹּהֲנִים:
Le madméa : il a mêlé du houlin a de la terouma. Il a diminué la valeur du houlin, qui dès lors n'est propre qu'à être vendu aux cohanim.
אַף הַמְנַסֵּךְ [כו'] לֹא חָזְרוּ לָא גָּמְרִינַן מְנַסֵּךְ אע"ג דְּהֶפְסֵידוֹ מְרֻובֶּה מִמְּדַמֵּעַ וּמְטַמֵּא דְּהֶפְסֵידָן מוּעָט לְגַבֵּי מְנַסֵּךְ:
Même celui qui verse en libation, etc. : s'ils n'étaient pas revenus, nous n'apprendrions pas celui qui verse, bien que sa perte soit importante, à partir du madméa et de celui qui rend impur, dont la perte est faible au regard de celui qui verse.
💡 Explication

Autre version de la même baraïta, enseignée par le père de Rabbi Avin. L'ordre est inversé : le menassékh est ajouté en dernier.

Rachi : sa perte est la plus lourde. On ne peut donc pas dire que les sages ont d'abord visé la grosse perte et négligé la petite. La lecture de la perte importante ne tient plus.

6
מַאי טַעְמָא? לָאו מִשּׁוּם דְּלָא גָּמְרִינַן מִקְּנָסָא?

Quelle est la raison ? N'est-ce pas parce que nous n'apprenons pas d'un knas ?

💡 Explication

La question revient, sur cette seconde liste. Le menassékh cause une perte plus lourde que les deux premiers. S'il manque au début, la raison proposée est de nouveau : on n'apprend pas un knas d'un autre knas.

7
לֹא; מֵעִיקָּרָא סָבְרִי כְּרַבִּי אָבִין, וּלְבַסּוֹף סָבְרִי כְּרַבִּי יִרְמְיָה.

Non. Au commencement, ils tenaient comme Rabbi Avin, et à la fin, ils tenaient comme Rabbi Yirmeya.

💡 Explication

Second rejet du motif du knas. Le changement de liste vient d'un changement d'avis : d'abord Rabbi Avin, ensuite Rabbi Yirmeya. Les deux avis sont expliqués aussitôt.

8
מֵעִיקָּרָא סָבְרִי כְּרַבִּי אָבִין – דְּאָמַר רַבִּי אָבִין: זָרַק חֵץ מִתְּחִילַּת אַרְבַּע לְסוֹף אַרְבַּע, וְקָרַע שִׁירָאִין בַּהֲלִיכָתוֹ – פָּטוּר; שֶׁהֲרֵי עֲקִירָה צֹורֶךְ הַנָּחָה הִיא, וּמִתְחַיֵּיב בְּנַפְשׁוֹ.

Au commencement, ils tenaient comme Rabbi Avin. Car Rabbi Avin a dit : il a lancé une flèche du début de quatre (coudées) jusqu'au bout de quatre, et elle a déchiré des soieries dans son trajet : il est exempt.

Car l'akira (le soulèvement) est requise pour la hanaha (la pose), et il se rend passible de mort.

📜 Rachi (2)
זָרַק חֵץ בְּשַׁבָּת:
Il a lancé une flèche : un Chabbat.
עֲקִירָה צֹורֶךְ הַנָּחָה דְּכֵיוָן דְּבֵין עֲקִירָה לַהֲנָחָה קֶרַע נִמְצָא מַעֲשֵׂה שַׁבָּת וּמַעֲשֵׂה עֲקִירָה בָּאִין כְּאֶחָד וְלָא אָמְרִינַן מִשְּׁעַת עֲקִירָה חַיָּיב מָמוֹן וּמִתְחַייֵּב בְּנַפְשׁוֹ לָא הָוֵי עַד שְׁעַת הַנָּחַת חֵץ וְהָכָא נָמֵי הַגְבָּהַת יַיִן צֹורֶךְ נִיסּוּךְ הוּא וְתַשְׁלוּמִין וְחִיּוּב מִיתָה דע"ז בָּאִין כְּאֶחָד:
Le soulèvement est requis pour la pose : puisque, entre le soulèvement et la pose, il a déchiré, il se trouve que l'acte de Chabbat et l'acte de soulèvement viennent en un seul. Et nous ne disons pas : dès l'instant du soulèvement il est tenu pour l'argent, et il ne se rend passible de mort qu'à l'instant où la flèche se pose. Ici aussi, soulever le vin est requis pour la libation, et le paiement et l'obligation de mort pour l'avoda zara viennent en un seul.
💡 Explication

Chabbat, domaine public : porter sur quatre coudées. L'akira ouvre l'acte, la hanaha le ferme. La déchirure a lieu entre les deux.

Rachi : on ne fait pas naître l'argent à l'akira et la mort seulement à la pose. Tout vient ke-ehad, en un seul. Quand la mort et l'argent arrivent ensemble, il est exempt pour l'argent. Même compte pour le vin versé en avoda zara : le soulever fait partie de la libation. Au début, le menassékh ne paie pas, et il reste hors de la liste.

🖼️ Schéma
Rabbi Avin : la flèche, un seul acte Akira Lancement Début des 4 coudées Chabbat En trajet Elle déchire des soieries Hanaha La flèche se pose Fin des 4 coudées L'akira est requise pour la hanaha. Déchirure et acte de Chabbat viennent ensemble. Mort et argent en un seul : il est exempt pour l'argent. Même compte pour le vin : le soulever sert la libation. Rachi : on ne sépare pas la dette d'argent de l'heure où la flèche se pose.
Entre le lancement et la pose, la soie est déchirée. Mort et argent sont un seul acte.
9
וּלְבַסּוֹף סָבְרִי כְּרַבִּי יִרְמְיָה – דְּאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: מִשְּׁעַת הַגְבָּהָה קַנְיֵיהּ, אִיחַייַּב לֵיהּ מָמוֹן; מִתְחַייֵּב בְּנַפְשׁוֹ לָא הָוֵי עַד שְׁעַת נִיסּוּךְ.

Et à la fin, ils tenaient comme Rabbi Yirmeya. Car Rabbi Yirmeya a dit : dès l'instant du soulèvement, il l'a acquis, une dette d'argent lui incombe envers lui ; il ne se rend passible de mort qu'à l'instant de la libation.

💡 Explication

Rabbi Yirmeya sépare les heures. À la hagbaha, le soulèvement, il acquiert le vin : la dette d'argent est déjà là. La mort n'arrive qu'au nissoukh, la libation.

Les deux obligations ne viennent pas ensemble. Il paie. C'est pour cela qu'à la fin on ajoute le menassékh à la liste de ceux qui doivent réparer.

🖼️ Schéma
Rabbi Yirmeya : deux heures Soulèvement Il acquiert le vin. La dette d'argent est née. Pas encore la mort. Libation Alors seulement il est passible de mort. Avoda zara. Les deux dettes ne viennent pas ensemble. Il paie. On ajoute le menassékh à la liste.
L'argent naît au soulèvement. La mort naît à la libation. Il paie.
10
רַב הוּנָא בַּר יְהוּדָה אִיקְּלַע לְבֵי אֶבְיוֹנֵי. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא, אֲמַר לֵיהּ: כְּלוּם מַעֲשֶׂה בָּא לְיָדְךָ? אֲמַר לֵיהּ: יִשְׂרָאֵל שֶׁאֲנָסוּהוּ גּוֹיִם וְהֶרְאָה מָמוֹן חֲבֵירוֹ בָּא לְיָדִי, וְחִיַּיבְתִּיו.

Rav Houna bar Yehouda arriva à Bei Aviyonéi. Il vint devant Rava.

Il lui dit : un fait t'est-il venu en main ? Il lui dit : un Juif que des goyim (non-Juifs) ont contraint, et qui a montré le bien de son compagnon, est venu devant moi, et je l'ai déclaré obligé.

📜 Rachi (1)
לְבֵי אֶבְיוֹנֵי מָקוֹם:
À Bei Aviyonéi : un lieu.
💡 Explication

Nouveau récit, sur celui qui montre le bien d'autrui. Bei Aviyonéi est un nom de lieu, Rachi. Rav Houna bar Yehouda a tenu pour obligé le Juif contraint qui avait seulement montré.

Rava va infirmer ce jugement, par une baraïta.

11
אֲמַר לֵיהּ: אַהְדַּר עֻובְדָּא לְמָרֵיהּ, דְּתַנְיָא: יִשְׂרָאֵל שֶׁאֲנָסוּהוּ גּוֹיִם וְהֶרְאָה מָמוֹן חֲבֵירוֹ – פָּטוּר, וְאִם נָטַל וְנָתַן בַּיָּד – חַיָּיב!

Il lui dit : renvoie l'affaire à son maître. Car il est enseigné : un Juif que des goyim ont contraint et qui a montré le bien de son compagnon, est exempt ; et s'il a pris et donné de sa main, il est obligé.

📜 Rachi (1)
נָשָׂא וְנָתַן בַּיָּד חַיָּיב דְּהִצִּיל עַצְמוֹ בְּמָמוֹן חֲבֵרוֹ:
Il a porté et donné de sa main, il est obligé : car il s'est sauvé lui-même par le bien de son compagnon.
💡 Explication

Ahadar ovada le-mareh : Rava fait revenir le jugement. L'argent pris au Juif contraint retourne à celui qui l'a versé.

La baraïta coupe en deux. Montrer sous la contrainte : exempt. Natal ve-natan be-yad, il a pris et remis de sa main : obligé. Rachi, sur la formule voisine nassa ve-natan : il s'est sauvé avec le bien d'autrui.

12
אָמַר רַבָּה: אִם הֶרְאָה מֵעַצְמוֹ, כְּנָשָׂא וְנָתַן בַּיָּד דָּמֵי.

Rabba dit : s'il a montré de lui-même, c'est comme s'il avait porté et donné de sa main.

📜 Rachi (1)
מֵעַצְמוֹ בְּלֹא אֹונֶס:
De lui-même : sans contrainte.
💡 Explication

Rabba, distinct de Rava. Montrer me-atsmo, de son propre mouvement, sans oness (contrainte), est assimilé à celui qui porte et remet de sa main. Il est obligé.

13
הָהוּא גַּבְרָא דַּאֲנָסוּהוּ גּוֹיִם, וְאַחְוִי אַחַמְרָא דְּרַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב פִּנְחָס בְּרֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא. אָמְרוּ לֵיהּ: ״דָּרֵי וְאַמְטִי בַּהֲדַן״, דָּרָא וְאַמְטִי בַּהֲדַיְיהוּ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי, פַּטְּרִינֵיהּ.

Un homme, des goyim l'ont contraint, et il montra le vin de Rav Mari, fils de Rav Pinhas, fils de Rav Hisda. Ils lui dirent : Charge, et apporte avec nous.

Il chargea et apporta avec eux. Il vint devant Rav Ashi.

Il l'exempta.

📜 Rachi (1)
דָּרֵי וְאַמְטִי שֶׁאִי וְהוֹלֵךְ עִמָּנוּ לְבֵית הַמֶּלֶךְ:
Charge, et apporte : porte, et va avec nous à la maison du roi.
💡 Explication

Cas jugé par Rav Ashi. L'homme a d'abord montré le vin, sous la contrainte. Ensuite ils lui ordonnent de le porter. Rachi : jusqu'à la maison du roi.

Il a pourtant porté de ses mains. Rav Ashi l'exempte. Les rabbins vont lui opposer la baraïta.

14
אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לְרַב אָשֵׁי, וְהָתַנְיָא: אִם נָשָׂא וְנָתַן בַּיָּד – חַיָּיב! אֲמַר לְהוּ: הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּלָא אוֹקְמֵיהּ עִילָּוֵיהּ מֵעִיקָּרָא, אֲבָל הֵיכָא דְּאוֹקְמֵיהּ עִילָּוֵיהּ מֵעִיקָּרָא – מִיקְּלֵי קַלְיֵיהּ.

Les rabbins dirent à Rav Ashi : et pourtant il est enseigné : s'il a porté et donné de sa main, il est obligé ! Il leur dit : ces paroles valent là où, au commencement, il ne l'a pas fait se tenir dessus ; mais là où, au commencement, il l'a fait se tenir dessus, il l'a brûlé.

📜 Rachi (2)
ה"מ דְּאִם נָשָׂא וְנָתַן בַּיָּד חַיָּיב:
Ces paroles-ci : dans le cas où il a porté et donné de sa main, il est obligé.
הֵיכָא דְּלָא אוֹקְמִינְהוּ הָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים עַל הַמָּמוֹן מֵעִיקָּרָא ע"י הָאֹונֶס אֶלָּא הָלַךְ וְנָטַל וּנְתָנוֹ לָהֶם אֲבָל הָכָא דְּאוֹקְמִינְהוּ עַל הַיַּיִן קַלְיֵיהּ וְאַהַהִיא שַׁעְתָּא פָּטוּר כִּי אַמְטִי תּוּ דִּידְהוּ אַמְטִי:
Là où il ne les a pas fait se tenir : les ovdei kokhavim (non-Juifs), sur le bien, au commencement, par la contrainte. Il est allé, il a pris, et il le leur a donné. Mais ici, où il les a fait se tenir sur le vin, il l'a brûlé, et à cette heure-là il est exempt. Quand il a apporté ensuite, c'est le leur qu'il a apporté.
💡 Explication

Les rabbins citent nassa ve-natan be-yad. Rav Ashi limite la baraïta : elle vise celui qui n'avait pas, d'abord, mené les goyim sur le bien.

Ici il les a déjà placés sur le vin, sous la contrainte. À cette heure le vin est kalyéh, brûlé : le dommage est fait. Porter ensuite, c'est porter ce qui est déjà à eux. Rachi : il est exempt dès cette heure-là.

15
אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי אֲבָהוּ לְרַב אָשֵׁי: אָמַר לוֹ אַנָּס ״הוֹשֵׁיט לִי פְּקִיעַ עָמִיר זֶה, אוֹ אֶשְׁכּוֹל עֲנָבִים זֶה״, וְהוֹשִׁיט לוֹ – חַייָּב! הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן – כְּגוֹן דְּקָאֵי בִּתְרֵי עֶבְרֵי נַהֲרָא.

Rabbi Abahou objecta à Rav Ashi : un anas (oppresseur) lui a dit : Tends-moi cette botte de chaume, ou cette grappe de raisins, et il la lui a tendue : il est obligé ! Ici, de quoi s'agit-il ?

Par exemple, ils se tiennent sur les deux rives d'un fleuve.

📜 Rachi (3)
פְּקִיעַ קֶשֶׁר:
Pekia : un lien, une botte nouée.
חַיָּיב ואע"ג דְּקָאֵי עַכּוּ"ם ע"ג הַמָּמוֹן הוֹאִיל וְנָשָׂא וְנָתַן בַּיָּד חַיָּיב:
Il est obligé : même si le non-Juif se tient sur le bien, dès lors qu'il a porté et donné de sa main, il est obligé.
בִּתְרֵי עִיבְרִי נַהֲרָא עַכּוּ"ם מִצַּד זֶה וְהֶעָמִיר מִצַּד זֶה דְּאִי לָא יַהְבֵּיהּ נִהֲלֵיהּ לָא מָצֵי אַנָּס לְמִשְׁקְלֵיהּ:
Sur les deux rives du fleuve : le non-Juif de ce côté, la gerbe de l'autre côté. S'il ne la lui avait pas donnée, l'anas n'aurait pas pu la prendre.
💡 Explication

L'objection : l'anas est déjà là, il désigne la botte ou la grappe, et tendre la main oblige tout de même. Cela ressemble au cas où les goyim sont déjà sur le bien.

Rav Ashi : ils sont sur les deux rives. Rachi, pekia veut dire un lien. Sans le geste, l'anas ne saisit pas l'objet. Le Juif a cause la perte.

🖼️ Schéma
Les deux rives : sans le geste, l'anas ne prend pas Cette rive La gerbe, ou la grappe Le Juif la tend Fleuve Hoshit : il tend par-dessus l'eau Le mot Donne n'est pas la L'autre rive L'anas ne peut pas prendre seul Rachi : s'il ne la lui avait pas donnée, l'anas ne pouvait pas la saisir. D'où l'obligation, même si l'oppresseur était déjà dans l'affaire.
L'anas est de l'autre côté du fleuve. Tendre la gerbe la lui rend accessible.
16
דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי ״הוֹשִׁיט״ וְלָא תָּנֵי ״תֵּן״, שְׁמַע מִינָּה.

C'est précis aussi, car il enseigne : Tends, et il n'enseigne pas : Donne. Apprends-le de là.

💡 Explication

Dayka nami : le mot de la baraïta colle à la réponse. Hoshit, tends, suppose une distance. Ten, donne, supposerait l'anas à côté de l'objet. La baraïta a choisi le premier mot.

17
הָהוּא שׁוּתָא דַּהֲווֹ מִנְּצוּ עֲלַהּ בֵּי תְרֵי. הַאי אָמַר: דִּידִי הוּא, וְהַאי אָמַר: דִּידִי הוּא. אֲזַל חַד מִנַּייְהוּ וּמַסְרַהּ לְפַרְהַגְ[ב]נָא דְּמַלְכָּא. אָמַר אַבַּיֵּי, יָכוֹל לוֹמַר: אֲנָא כִּי מָסְרִי – דִּידִי מָסְרִי. אֲמַר לֵיהּ רָבָא: וְכָל כְּמִינֵּיהּ?! אֶלָּא אָמַר רָבָא: מְשַׁמְּתִינַן לֵיהּ עַד דְּמַיְיתֵי לֵיהּ וְקָאֵי בְּדִינָא.

Un filet : deux personnes se disputaient à son sujet. Celui-ci dit : il est à moi, et celui-là dit : il est à moi.

L'un d'eux alla et le livra au parhagana du roi. Abayé dit : il peut dire : moi, quand je l'ai livré, c'est le mien que j'ai livré.

Rava lui dit : et cela est-il en son pouvoir ?! Rava dit donc : on le frappe de shamta (mise au ban) jusqu'à ce qu'il le ramène et qu'il se présente au jugement.

📜 Rachi (1)
שׁוּתָא מִכְמֹורֶת לְדָגִים אוֹ לְחַיּוֹת:
Shuta : un filet, pour les poissons ou pour les bêtes.
💡 Explication

Shuta, Rachi : un filet de pêche ou de chasse. La propriété est contestée. L'un le remet au parhagana, un officier du roi.

Abayé : il peut prétendre avoir livré son propre bien. Rava : vekhol keminéh, il n'a pas le pouvoir de trancher ainsi un bien disputé. On le met en shamta jusqu'au retour de l'objet et au din.

🖼️ Schéma
Le filet : Abayé et Rava Deux le réclament. L'un le livré à l'officier du roi. Abayé Il peut dire : quand je l'ai livré, c'était le mien. Rava Hors de son pouvoir. Shamta, jusqu'à ce qu'il le ramène et plaide. Le litige sur la propriété empêche de trancher en livrant l'objet.
Abayé le laisse dire que le filet était sien. Rava le met au ban jusqu'au jugement.
18
הָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה בָּעֵי אַחְווֹיֵי אַתִּיבְנָא דְחַבְרֵיהּ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב, אֲמַר לֵיהּ: ״לָא תַּחְוֵי וְלָא תַּחְוֵי!״ אֲמַר לֵיהּ: ״מַחְוֵינָא וּמַחְוֵינָא!״ יָתֵיב רַב כָּהֲנָא קַמֵּיהּ דְּרַב, שַׁמְטֵיהּ לְקוֹעֵיהּ מִינֵּיהּ.

Un homme voulait montrer la paille de son compagnon. Il vint devant Rav.

Il lui dit : Ne montre pas, et ne montre pas ! Il lui dit : Je montrerai, et je montrerai !

Rav Kahana siégeait devant Rav. Il lui arracha la nuque.

📜 Rachi (1)
לְקוֹעֵיהּ לְצַוְּארֵיהּ שֶׁבֶר מַפְרַקְתּוֹ:
Sa nuque : son cou. Il lui a brisé la vertèbre.
💡 Explication

L'homme veut dénoncer la tevna, la paille, du compagnon. Rav le lui interdit deux fois. Il répond deux fois qu'il le fera.

Rav Kahana, assis devant Rav, lui rompt le cou. Rachi : lukéh, la nuque, il a brisé la vertèbre. Rav va dire ce qu'il pense de ce geste.

19
קָרֵי רַב עִילָּוֵיהּ: ״בָּנַיִךְ עֻלְּפוּ שָׁכְבוּ בְּרֹאשׁ כָּל חוּצוֹת כְּתוֹא מִכְמָר״; מַה תּוֹא זֶה, כֵּיוָן שֶׁנָּפַל בְּמִכְמַר – אֵין מְרַחֲמִין עָלָיו; אַף מָמוֹן שֶׁל יִשְׂרָאֵל, כֵּיוָן שֶׁנָּפַל בְּיַד גּוֹיִם – אֵין מְרַחֲמִין עָלָיו.

Rav lut à son propos : Tes fils ont défailli, ils gisent en tête de toutes les rues, comme un teo dans le filet. De même que ce teo, dès qu'il est tombé dans le filet, on n'a pas pitié de lui ; de même le bien d'un Juif, dès qu'il est tombé dans la main de goyim, on n'a pas pitié de lui.

📜 Rachi (2)
תּוֹא חַיָּה וְהוּא שׁוֹר הַבָּר כְּדִמְתַרְגֵּם (דְּבָרִים יד) תּוֹא וְזֶמֶר תּוּרְבָּלָא תּוֹר שׁוֹר בְּלֹא יַעַר:
Teo : une bête, et c'est le bœuf sauvage, comme le Targoum traduit (Devarim 14) teo ve-zamer : torbala. Tor : un bœuf. Bela yaar : sans forêt.
אֵין מְרַחֲמִין עָלָיו וְשַׁפִּיר עֲבַדְתְּ דִּקְטַלְתֵּיהּ:
On n'a pas pitié de lui : et tu as bien fait de le tuer.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן שֶׁנָּפַל בִּידֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים אֵין מְרַחֲמִים עָלָיו כְּלוֹמַר שַׁפִּיר מִיקְּרֵי מָסוּר שֶׁדָּבָר בָּרוּר הוּא שֶׁיִּקְּחוּ מֵאַחַר שֶׁהֶרְאָהוּ:
Dès qu'il est tombé aux mains des ovdei kokhavim, on n'a pas pitié de lui : c'est-à-dire qu'il est à bon droit appelé moser, car la chose est claire : ils prendront, dès lors qu'il le leur a montré.
💡 Explication

Rav applique le verset (Yechaya 51, 20) à Rav Kahana. Le teo, Rachi, est le bœuf sauvage. Une fois dans le mikhmar, le filet, on ne l'épargne pas.

Ainsi le bien d'un Juif, une fois chez les goyim. Rachi en tire : tu as bien fait de le tuer. Tossefot : l'homme est bien un moser, car dès qu'il a montré, ils prendront.

🖼️ Schéma
Le verset que Rav lit sur Rav Kahana Le teo Tombé dans le filet. On n'a pas pitié de lui. Le bien d'un Juif Tombé aux mains des goyim. On n'a pas pitié de lui. Rachi : tu as bien fait de le tuer. Tossefot : il porte bien le nom de moser.
Le teo dans le filet, le bien du Juif aux mains des goyim : on ne les épargne pas.
20
אֲמַר לֵיהּ רַב: ״כָּהֲנָא, עַד הָאִידָּנָא הֲווֹ פָּרְסָאֵי – דְּלָא קָפְדִי אַשְּׁפִיכוּת דָּמִים, וְהַשְׁתָּא אִיכָּא יַוְונָאֵי – דְּקָפְדוּ אַשְּׁפִיכוּת דָּמִים, וְאָמְרִי ׳מְרָדִין, מְרָדִין׳. קוּם סַק לְאַרְעָא דְיִשְׂרָאֵל, וְקַבֵּיל עֲלָךְ דְּלָא תַּקְשֵׁי לְרַבִּי יוֹחָנָן שֶׁבַע שְׁנִין״.

Rav lui dit : Kahana, jusqu'à présent il y avait des Perses, qui ne sont pas rigoureux sur l'effusion de sang ; et maintenant il y a des Grecs, qui sont rigoureux sur l'effusion de sang, et ils disent : Mardin, mardin. Lève-toi, monte en terre d'Israël, et accepte sur toi de ne pas objecter à Rabbi Yo'hanan pendant sept ans.

🗂️ Tossefot (1)
הַשְׁתָּא יְווָנִי נִינְהוּ כו'. קָשֶׁה לר"י דבפ"ב דְּגִיטִּין (דַּף טז: וְשָׁם יז. ד"ה הָא) אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה חֲלַשׁ עַל לְגַבֵּיהּ כו' אֲמַר רַחֲמָנָא אוֹ בְּטֻולָּךְ. וְכוּ' וּפָרִיךְ לְמֵימְרָא דְּרוֹמָאֵי מְעַלֵּי מִפָּרְסָאֵי אַלְמָא מַשְׁמַע שֶׁאָז עֲדַייִן הָיוּ פַּרְסִיִּים בְּבָבֶל וְלִכְאוֹרָה מַשְׁמַע שֶׁאוֹתוֹ מַעֲשֶׂה הָיָה אַחַר מַעֲשֶׂה שֶׁבְּכָאן ואור"י שֶׁהַשָּׂרִים וְהַפְּקִידִים הָיוּ מִשְׁתַּנִּים וְהָיוּ פְּעָמִים מִפַּרְסִיִּים וּפְעָמִים מְיֻוָּונִים:
Maintenant ce sont des Grecs, etc. Difficulté pour le Ri. Au chapitre 2 de Gittin (16b, et là 17a, dibour ha : ha), on lit : Rabba bar bar Hana était malade, on entra chez lui, etc. Il dit : Rahmana (le Miséricordieux), où ta nullité, etc. Et l'on objecte : est-ce à dire que les Romains valent mieux que les Perses ? Il en ressort qu'alors les Perses étaient encore à Babylone. En apparence, cette affaire a eu lieu après l'affaire d'ici. Le Ri répond : les chefs et les officiers changeaient, tantôt des Perses, tantôt des Grecs.
💡 Explication

Leur cri, mardin, est le cri de meurtre. Rav envoie Kahana en terre d'Israël, chez Rabbi Yo'hanan, avec un engagement : sept ans sans kushia, sans objection.

Tossefot, difficulté du Ri : à Gittin 16b-17a, une affaire plus tardive parle encore des Perses à Babylone, comparés aux Romains. Réponse : les officiers alternaient, Perses ou Grecs.

21
אָזֵיל, אַשְׁכְּחֵיהּ לְרֵישׁ לָקִישׁ דְּיָתֵיב וְקָא מְסַייֵּם מְתִיבְתָּא דְיוֹמָא לְרַבָּנַן. אֲמַר לְהוּ: רֵישׁ לָקִישׁ הֵיכָא? אָמְרוּ לֵיהּ: אַמַּאי? אֲמַר לְהוּ: הַאי קֻושְׁיָא וְהַאי קֻושְׁיָא, וְהַאי פֵּירוּקָא וְהַאי פֵּירוּקָא. אֲמַרוּ לֵיהּ לְרֵישׁ לָקִישׁ. אֲזַל רֵישׁ לָקִישׁ אֲמַר לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן: ״אֲרִי עָלָה מִבָּבֶל, לְעַייֵּן מָר בִּמְתִיבְתָּא דְּלִמְחַר״.

Il partit. Il trouva Rech Lakich assis, qui achevait la session du jour pour les rabbins.

Il leur dit : Rech Lakich, où est-il ? Ils lui dirent : Pourquoi ?

Il leur dit : telle objection et telle objection, telle résolution et telle résolution. Ils le rapportèrent à Rech Lakich.

Rech Lakich alla le dire à Rabbi Yo'hanan : Un lion est monté de Babylone. Que le maître examine la session de demain.

📜 Rachi (1)
מְסַייֵּם מְתִיבְתָּא דְיוֹמָא לְרַבָּנַן הָיָה מְחַזֵּר וְשׁוֹנֶה לָהֶם מַה שֶׁדָּרַשׁ רַבִּי יוֹחָנָן אוֹתוֹ הַיּוֹם לְפִי שר"ל חָכָם גָּדוֹל הָיָה וּלְאַחַר שֶׁשָּׁמְעוּ כֻּולָּן מִפִּי הָרַב חוֹזֵר וּמְכַוְּונָהּ בְּיָדָם:
Il achevait la session du jour pour les rabbins : il leur reprenait et leur répétait ce que Rabbi Yo'hanan avait exposé ce jour-là. Car Rech Lakich était un grand sage. Après qu'ils avaient tous entendu de la bouche du maître, il revenait et le fixait dans leurs mains.
💡 Explication

Rachi : messayem metivta de-yoma, Rech Lakich reprend le cours du jour et le met au net pour les élèves, après qu'ils l'ont entendu de Rabbi Yo'hanan.

Kahana apporte des objections et des réponses. Rech Lakich prévient Rabbi Yo'hanan : un lion est monté de Babylone, il faut préparer la session de demain.

22
לִמְחַר אוֹתְבוּהּ בְּדָרָא קַמָּא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן. אֲמַר שְׁמַעְתָּתָא – וְלָא אַקְשִׁי, שְׁמַעְתָּתָא – וְלָא אַקְשִׁי; אַנְחֲתֵיהּ אֲחוֹרֵי שְׁבַע דָּרֵי, עַד דְּאוֹתְבֵיהּ בְּדָרָא בָּתְרָא. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: ״אֲרִי שֶׁאָמַרְתָּ – נַעֲשָׂה שׁוּעָל!״

Le lendemain, on le fit asseoir au premier rang, devant Rabbi Yo'hanan. Il énonça un enseignement, et il n'objecta pas ; un enseignement, et il n'objecta pas.

On le fit descendre en arrière de sept rangs, jusqu'à l'asseoir au dernier rang. Rabbi Yo'hanan dit à Rabbi Chimon ben Lakich : Le lion dont tu as parlé est devenu un renard.

📜 Rachi (1)
בְּדָרָא קַמָּא שֶׁבַע שׁוּרוֹת תַּלְמִידִים יוֹשְׁבִים לְפָנָיו זוֹ לִפְנִים מִזּוֹ:
Au premier rang : sept rangées d'élèves siègent devant lui, l'une devant l'autre.
💡 Explication

Kahana tient l'engagement pris devant Rav : il n'objecte pas. On le fait reculer, dara kamma puis sept rangs, jusqu'au dara batra, le dernier. Rachi compte sept rangées, l'une devant l'autre.

Rabbi Yo'hanan à Rabbi Chimon ben Lakich : le lion est devenu un renard. Le silence a été lu comme un manque.

🖼️ Schéma
Sept rangs devant Rabbi Yo'hanan Rachi : sept rangées, l'une devant l'autre. Il se tait. On le recule. 1 face au maître il se tait 2 3 4 5 6 7 dernier rang le lion est devenu renard Il avait accepté sept ans sans objection. Au segment suivant, les sept rangs tiennent lieu de ces sept ans.
Sept rangs. Le silence le mène du premier au dernier. Le lion passe pour un renard.
23
אֲמַר: יְהֵא רַעֲוָא דְּהָנֵי שְׁבַע דָּרֵי לִהְווֹ חִילּוּף שְׁבַע שְׁנִין דַּאֲמַר לִי רַב. קָם אַכְרְעֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ: ״נֶהְדַּר מַר בְּרֵישָׁא״. אָמַר שְׁמַעְתָּתָא, וְאַקְשִׁי. אוֹקְמֵיהּ בְּדָרָא קַמָּא. אָמַר שְׁמַעְתָּתָא, וְאַקְשִׁי.

Il dit : que la volonté soit que ces sept rangs tiennent lieu des sept années que Rav m'a dites. Il se leva sur ses pieds.

Il lui dit : Que le maître reprenne depuis le début. Il énonça un enseignement, et il objecta.

On le plaça au premier rang. Il énonça un enseignement, et il objecta.

💡 Explication

Yehé raava : Kahana prend les sept rangs de recul comme hilouf, l'échange des sept années promises à Rav. Il se lève, et demande que le cours reprenne be-reisha, au début.

Dès la première objection, on le ramène au premier rang. Il objecte encore.

24
רַבִּי יוֹחָנָן הֲוָה יָתֵיב אַשְּׁבַע בִּסְתַּרְקֵי, שָׁלְפִי לֵיהּ חֲדָא בִּסְתַּרְקָא מִתּוּתֵיהּ. אֲמַר שְׁמַעְתָּתָא – וְאַקְשִׁי לֵיהּ, עַד דְּשָׁלְפִי לֵיהּ כֻּולְּהוּ בִּסְתַּרְקֵי מִתּוּתֵיהּ, עַד דְּיָתֵיב עַל אַרְעָא. רַבִּי יוֹחָנָן גַּבְרָא סָבָא הֲוָה וּמְסָרְחִי גְּבִינֵיהּ, אֲמַר לְהוּ: דַּלּוֹ לִי עֵינַי וְאֶחְזְיֵיהּ. דַּלּוֹ לֵיהּ בְּמַכְחַלְתָּא דְכַסְפָּא.

Rabbi Yo'hanan siégeait sur sept coussins. On lui ôta un coussin de dessous.

Il énonça un enseignement, et il lui objecta, jusqu'à ce qu'on lui ôte tous les coussins de dessous, jusqu'à ce qu'il siège sur la terre. Rabbi Yo'hanan était un vieil homme, et ses sourcils retombaient.

Il leur dit : Relevez-moi les yeux, et je le verrai. Ils les lui relevèrent avec une tige à fard d'argent.

📜 Rachi (2)
בִּיסְתַּרְקֵי תפי"ד בְּלַעַז:
Bistarkei : tapis, en laaz.
מַסְרְחִי גְּבִינֵיהּ גַּבּוֹת עֵינָיו גְּדוֹלִים וּמְכַסִּין עֵינָיו:
Ses sourcils retombaient : les sourcils de ses yeux sont grands, et ils couvrent ses yeux.
💡 Explication

Sept bistarkei. Rachi donne le laaz : tapis. À chaque enseignement que Kahana attaque, on retire un coussin, jusqu'à la terre.

Rabbi Yo'hanan est vieux, les sourcils couvrent les yeux. On les relève avec une makhlata d'argent, une tige à fard, pour qu'il voie Kahana.

🖼️ Schéma
Sept coussins, puis la terre Au départ Sept bistarkei sous Rabbi Yo'hanan Rachi : tapis, en laaz À chaque objection On ôte un coussin Il dit encore un enseignement Kahana objecte encore À la fin Plus de coussin Il siège à terre Sourcils relevés à la tige d'argent Chaque kushia sans réponse le fait descendre d'un degré.
Chaque objection ôte un coussin. À la fin, Rabbi Yo'hanan siège à terre.
25
חֲזָא דִּפְרִיטָה שִׂפְוָותֵיהּ, סְבַר אַחוֹכֵי קָמְחַיֵּיךְ בֵּיהּ. חָלַשׁ דַּעְתֵּיהּ, וְנָח נַפְשֵׁיהּ. לִמְחַר אֲמַר לְהוּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרַבָּנַן: חָזֵיתוּ לְבַבְלָאָה הֵיכִי עָבֵיד? אָמְרוּ לֵיהּ: דַּרְכֵּיהּ הָכִי. עַל לְגַבֵּי מְעָרְתָּא, חֲזָא דַּהֲוָה

Il vit que sa lèvre était fendue. Il pensa qu'il riait de lui.

Son esprit faiblit, et son âme se reposa. Le lendemain, Rabbi Yo'hanan dit aux rabbins : Avez-vous vu comment le Babylonien a agi ?

Ils lui dirent : sa manière est telle. Il entra vers la grotte.

Il vit qu'il y avait

📜 Rachi (1)
פְּרִיטָא שְׂפָתֶיהָ נִקְרְעָה שְׂפָתוֹ עַל יְדֵי מַכָּה:
Sa lèvre était fendue : sa lèvre a été déchirée par un coup.
💡 Explication

La lèvre fendue, Rachi, vient d'un coup. Rabbi Yo'hanan y lit un rire, ahukhei ka-mehayeikh. Son esprit faiblit. L'âme de Rav Kahana se repose : il meurt.

Le lendemain, les élèves disent que cette lèvre est sa manière, darkheh hakhi. Rabbi Yo'hanan va à la grotte. La phrase s'arrête sur haza de-hava, il vit qu'il y avait. La suite est sur 117b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).