Sougya : La page reprend la question laissée en 116b. Rav Nahman a obligé un homme qui avait montré des tas de blé.
Rav Yosef demande à Rav Houna bar Hiyya si ce jugement est un din, une règle que l'on apprend pour d'autres cas, où un knas, une amende dont on n'apprend pas. La Guemara cherche la source de cette limite dans la baraïta de celui qui rend impur, de celui qui verse le vin en libation et du madmea, puis elle tranche par Rabbi Avin et Rabbi Yirmeya.
Ensuite, Rava, Rabba et Rav Ashi jugent celui qui montre le bien d'autrui à des goyim. Le daf s'achève sur Rav Kahana : la paille, la montée en terre d'Israël, et la session devant Rabbi Yo'hanan, jusqu'à la grotte.
Est-ce un din (une règle), est-ce un knas (une amende) ? Il lui dit : si c'est un din, nous en apprenons ; si c'est un knas, nous n'en apprenons pas.
Fin de 116b. Rav Nahman a obligé l'homme qui avait montré les tas de blé de la maison du Roch Galouta. Il a renvoyé à la michna. Rav Yosef demande à Rav Houna bar Hiyya quelle différence cela lui fait.
Din : le paiement est une règle, on l'apprend pour d'autres grami. Knas : Rachi, Rav Nahman n'a amendé que cet homme, parce qu'il était ragil, habitué à dénoncer. L'âmende ne sort pas de ce cas.
Et d'où dis-tu que d'un knas nous n'apprenons pas ? Car il est enseigné : au commencement, ils disaient : celui qui rend impur et celui qui verse en libation ; ils revinrent pour dire : même le madmea (celui qui mêle).
Source invoquée : une baraïta dont la liste a grandi. D'abord le metame et le menassekh. Ensuite seulement le madmea.
Rachi : le bien est encore là, le dommage ne se voit pas. C'est un hezek she-eino nikar. Ils paient tout de même. Si l'on apprenait un knas d'un autre knas, le troisième cas aurait été dans la liste dès le début.
Ils sont revenus : oui ; ils ne sont pas revenus : non. Quelle est la raison ?
N'est-ce pas parce que c'est un knas, et que d'un knas nous n'apprenons pas ?
Formule d'inférence. Le mot hazrou, ils sont revenus, oblige le madmea. Sans ce retour, Rachi, on ne l'aurait pas appris du menassekh.
Tossefot, avant que la Guemara ne parle de perte faible : le décret des deux premiers peut venir d'un maasse, un fait survenu alors. On aurait statué sur eux au moment du fait, sans encore viser le madmea.
Non. Au commencement, ils tenaient : d'une perte importante ils se sont souciés, d'une perte faible ils ne se sont pas souciés.
Et à la fin, ils tenaient : d'une perte faible aussi ils se sont souciés.
La Guemara écarte le motif du knas. La liste a grandi parce que le souci a grandi.
Hefsed meroubé, perte importante : une terouma rendue impure ne se mange plus. Hefsed muat, perte faible : le mélange du madméa se vend encore aux cohanim, au prix de la terouma, donc moins cher.
Est-ce ainsi ?! Or le père de Rabbi Avin a enseigné : au commencement, ils disaient : celui qui rend impur et le madméa ; ils revinrent pour dire : même celui qui verse en libation.
Ils sont revenus : oui ; ils ne sont pas revenus : non !
Autre version de la même baraïta, enseignée par le père de Rabbi Avin. L'ordre est inversé : le menassékh est ajouté en dernier.
Rachi : sa perte est la plus lourde. On ne peut donc pas dire que les sages ont d'abord visé la grosse perte et négligé la petite. La lecture de la perte importante ne tient plus.
Quelle est la raison ? N'est-ce pas parce que nous n'apprenons pas d'un knas ?
La question revient, sur cette seconde liste. Le menassékh cause une perte plus lourde que les deux premiers. S'il manque au début, la raison proposée est de nouveau : on n'apprend pas un knas d'un autre knas.
Non. Au commencement, ils tenaient comme Rabbi Avin, et à la fin, ils tenaient comme Rabbi Yirmeya.
Second rejet du motif du knas. Le changement de liste vient d'un changement d'avis : d'abord Rabbi Avin, ensuite Rabbi Yirmeya. Les deux avis sont expliqués aussitôt.
Au commencement, ils tenaient comme Rabbi Avin. Car Rabbi Avin a dit : il a lancé une flèche du début de quatre (coudées) jusqu'au bout de quatre, et elle a déchiré des soieries dans son trajet : il est exempt.
Car l'akira (le soulèvement) est requise pour la hanaha (la pose), et il se rend passible de mort.
Chabbat, domaine public : porter sur quatre coudées. L'akira ouvre l'acte, la hanaha le ferme. La déchirure a lieu entre les deux.
Rachi : on ne fait pas naître l'argent à l'akira et la mort seulement à la pose. Tout vient ke-ehad, en un seul. Quand la mort et l'argent arrivent ensemble, il est exempt pour l'argent. Même compte pour le vin versé en avoda zara : le soulever fait partie de la libation. Au début, le menassékh ne paie pas, et il reste hors de la liste.
Et à la fin, ils tenaient comme Rabbi Yirmeya. Car Rabbi Yirmeya a dit : dès l'instant du soulèvement, il l'a acquis, une dette d'argent lui incombe envers lui ; il ne se rend passible de mort qu'à l'instant de la libation.
Rabbi Yirmeya sépare les heures. À la hagbaha, le soulèvement, il acquiert le vin : la dette d'argent est déjà là. La mort n'arrive qu'au nissoukh, la libation.
Les deux obligations ne viennent pas ensemble. Il paie. C'est pour cela qu'à la fin on ajoute le menassékh à la liste de ceux qui doivent réparer.
Rav Houna bar Yehouda arriva à Bei Aviyonéi. Il vint devant Rava.
Il lui dit : un fait t'est-il venu en main ? Il lui dit : un Juif que des goyim (non-Juifs) ont contraint, et qui a montré le bien de son compagnon, est venu devant moi, et je l'ai déclaré obligé.
Nouveau récit, sur celui qui montre le bien d'autrui. Bei Aviyonéi est un nom de lieu, Rachi. Rav Houna bar Yehouda a tenu pour obligé le Juif contraint qui avait seulement montré.
Rava va infirmer ce jugement, par une baraïta.
Il lui dit : renvoie l'affaire à son maître. Car il est enseigné : un Juif que des goyim ont contraint et qui a montré le bien de son compagnon, est exempt ; et s'il a pris et donné de sa main, il est obligé.
Ahadar ovada le-mareh : Rava fait revenir le jugement. L'argent pris au Juif contraint retourne à celui qui l'a versé.
La baraïta coupe en deux. Montrer sous la contrainte : exempt. Natal ve-natan be-yad, il a pris et remis de sa main : obligé. Rachi, sur la formule voisine nassa ve-natan : il s'est sauvé avec le bien d'autrui.
Rabba dit : s'il a montré de lui-même, c'est comme s'il avait porté et donné de sa main.
Rabba, distinct de Rava. Montrer me-atsmo, de son propre mouvement, sans oness (contrainte), est assimilé à celui qui porte et remet de sa main. Il est obligé.
Un homme, des goyim l'ont contraint, et il montra le vin de Rav Mari, fils de Rav Pinhas, fils de Rav Hisda. Ils lui dirent : Charge, et apporte avec nous.
Il chargea et apporta avec eux. Il vint devant Rav Ashi.
Il l'exempta.
Cas jugé par Rav Ashi. L'homme a d'abord montré le vin, sous la contrainte. Ensuite ils lui ordonnent de le porter. Rachi : jusqu'à la maison du roi.
Il a pourtant porté de ses mains. Rav Ashi l'exempte. Les rabbins vont lui opposer la baraïta.
Les rabbins dirent à Rav Ashi : et pourtant il est enseigné : s'il a porté et donné de sa main, il est obligé ! Il leur dit : ces paroles valent là où, au commencement, il ne l'a pas fait se tenir dessus ; mais là où, au commencement, il l'a fait se tenir dessus, il l'a brûlé.
Les rabbins citent nassa ve-natan be-yad. Rav Ashi limite la baraïta : elle vise celui qui n'avait pas, d'abord, mené les goyim sur le bien.
Ici il les a déjà placés sur le vin, sous la contrainte. À cette heure le vin est kalyéh, brûlé : le dommage est fait. Porter ensuite, c'est porter ce qui est déjà à eux. Rachi : il est exempt dès cette heure-là.
Rabbi Abahou objecta à Rav Ashi : un anas (oppresseur) lui a dit : Tends-moi cette botte de chaume, ou cette grappe de raisins, et il la lui a tendue : il est obligé ! Ici, de quoi s'agit-il ?
Par exemple, ils se tiennent sur les deux rives d'un fleuve.
L'objection : l'anas est déjà là, il désigne la botte ou la grappe, et tendre la main oblige tout de même. Cela ressemble au cas où les goyim sont déjà sur le bien.
Rav Ashi : ils sont sur les deux rives. Rachi, pekia veut dire un lien. Sans le geste, l'anas ne saisit pas l'objet. Le Juif a cause la perte.
C'est précis aussi, car il enseigne : Tends, et il n'enseigne pas : Donne. Apprends-le de là.
Dayka nami : le mot de la baraïta colle à la réponse. Hoshit, tends, suppose une distance. Ten, donne, supposerait l'anas à côté de l'objet. La baraïta a choisi le premier mot.
Un filet : deux personnes se disputaient à son sujet. Celui-ci dit : il est à moi, et celui-là dit : il est à moi.
L'un d'eux alla et le livra au parhagana du roi. Abayé dit : il peut dire : moi, quand je l'ai livré, c'est le mien que j'ai livré.
Rava lui dit : et cela est-il en son pouvoir ?! Rava dit donc : on le frappe de shamta (mise au ban) jusqu'à ce qu'il le ramène et qu'il se présente au jugement.
Shuta, Rachi : un filet de pêche ou de chasse. La propriété est contestée. L'un le remet au parhagana, un officier du roi.
Abayé : il peut prétendre avoir livré son propre bien. Rava : vekhol keminéh, il n'a pas le pouvoir de trancher ainsi un bien disputé. On le met en shamta jusqu'au retour de l'objet et au din.
Un homme voulait montrer la paille de son compagnon. Il vint devant Rav.
Il lui dit : Ne montre pas, et ne montre pas ! Il lui dit : Je montrerai, et je montrerai !
Rav Kahana siégeait devant Rav. Il lui arracha la nuque.
L'homme veut dénoncer la tevna, la paille, du compagnon. Rav le lui interdit deux fois. Il répond deux fois qu'il le fera.
Rav Kahana, assis devant Rav, lui rompt le cou. Rachi : lukéh, la nuque, il a brisé la vertèbre. Rav va dire ce qu'il pense de ce geste.
Rav lut à son propos : Tes fils ont défailli, ils gisent en tête de toutes les rues, comme un teo dans le filet. De même que ce teo, dès qu'il est tombé dans le filet, on n'a pas pitié de lui ; de même le bien d'un Juif, dès qu'il est tombé dans la main de goyim, on n'a pas pitié de lui.
Rav applique le verset (Yechaya 51, 20) à Rav Kahana. Le teo, Rachi, est le bœuf sauvage. Une fois dans le mikhmar, le filet, on ne l'épargne pas.
Ainsi le bien d'un Juif, une fois chez les goyim. Rachi en tire : tu as bien fait de le tuer. Tossefot : l'homme est bien un moser, car dès qu'il a montré, ils prendront.
Rav lui dit : Kahana, jusqu'à présent il y avait des Perses, qui ne sont pas rigoureux sur l'effusion de sang ; et maintenant il y a des Grecs, qui sont rigoureux sur l'effusion de sang, et ils disent : Mardin, mardin. Lève-toi, monte en terre d'Israël, et accepte sur toi de ne pas objecter à Rabbi Yo'hanan pendant sept ans.
Leur cri, mardin, est le cri de meurtre. Rav envoie Kahana en terre d'Israël, chez Rabbi Yo'hanan, avec un engagement : sept ans sans kushia, sans objection.
Tossefot, difficulté du Ri : à Gittin 16b-17a, une affaire plus tardive parle encore des Perses à Babylone, comparés aux Romains. Réponse : les officiers alternaient, Perses ou Grecs.
Il partit. Il trouva Rech Lakich assis, qui achevait la session du jour pour les rabbins.
Il leur dit : Rech Lakich, où est-il ? Ils lui dirent : Pourquoi ?
Il leur dit : telle objection et telle objection, telle résolution et telle résolution. Ils le rapportèrent à Rech Lakich.
Rech Lakich alla le dire à Rabbi Yo'hanan : Un lion est monté de Babylone. Que le maître examine la session de demain.
Rachi : messayem metivta de-yoma, Rech Lakich reprend le cours du jour et le met au net pour les élèves, après qu'ils l'ont entendu de Rabbi Yo'hanan.
Kahana apporte des objections et des réponses. Rech Lakich prévient Rabbi Yo'hanan : un lion est monté de Babylone, il faut préparer la session de demain.
Le lendemain, on le fit asseoir au premier rang, devant Rabbi Yo'hanan. Il énonça un enseignement, et il n'objecta pas ; un enseignement, et il n'objecta pas.
On le fit descendre en arrière de sept rangs, jusqu'à l'asseoir au dernier rang. Rabbi Yo'hanan dit à Rabbi Chimon ben Lakich : Le lion dont tu as parlé est devenu un renard.
Kahana tient l'engagement pris devant Rav : il n'objecte pas. On le fait reculer, dara kamma puis sept rangs, jusqu'au dara batra, le dernier. Rachi compte sept rangées, l'une devant l'autre.
Rabbi Yo'hanan à Rabbi Chimon ben Lakich : le lion est devenu un renard. Le silence a été lu comme un manque.
Il dit : que la volonté soit que ces sept rangs tiennent lieu des sept années que Rav m'a dites. Il se leva sur ses pieds.
Il lui dit : Que le maître reprenne depuis le début. Il énonça un enseignement, et il objecta.
On le plaça au premier rang. Il énonça un enseignement, et il objecta.
Yehé raava : Kahana prend les sept rangs de recul comme hilouf, l'échange des sept années promises à Rav. Il se lève, et demande que le cours reprenne be-reisha, au début.
Dès la première objection, on le ramène au premier rang. Il objecte encore.
Rabbi Yo'hanan siégeait sur sept coussins. On lui ôta un coussin de dessous.
Il énonça un enseignement, et il lui objecta, jusqu'à ce qu'on lui ôte tous les coussins de dessous, jusqu'à ce qu'il siège sur la terre. Rabbi Yo'hanan était un vieil homme, et ses sourcils retombaient.
Il leur dit : Relevez-moi les yeux, et je le verrai. Ils les lui relevèrent avec une tige à fard d'argent.
Sept bistarkei. Rachi donne le laaz : tapis. À chaque enseignement que Kahana attaque, on retire un coussin, jusqu'à la terre.
Rabbi Yo'hanan est vieux, les sourcils couvrent les yeux. On les relève avec une makhlata d'argent, une tige à fard, pour qu'il voie Kahana.
Il vit que sa lèvre était fendue. Il pensa qu'il riait de lui.
Son esprit faiblit, et son âme se reposa. Le lendemain, Rabbi Yo'hanan dit aux rabbins : Avez-vous vu comment le Babylonien a agi ?
Ils lui dirent : sa manière est telle. Il entra vers la grotte.
Il vit qu'il y avait
La lèvre fendue, Rachi, vient d'un coup. Rabbi Yo'hanan y lit un rire, ahukhei ka-mehayeikh. Son esprit faiblit. L'âme de Rav Kahana se repose : il meurt.
Le lendemain, les élèves disent que cette lèvre est sa manière, darkheh hakhi. Rabbi Yo'hanan va à la grotte. La phrase s'arrête sur haza de-hava, il vit qu'il y avait. La suite est sur 117b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).