Bava Kamma 117b — Rav Kahana relevé, le bien d'autrui, et le champ emporté

Bava_Kamma 117b

Sougya : La page achève le récit de Rav Kahana. Un serpent ferme la grotte.

Il n'ouvre que lorsque Rabbi Yo'hanan se dit disciple devant le maître. Rabbi Yo'hanan demande rahamim, le relève, et lui soumet tous ses doutes : la Torah qu'il croyait d'Eretz Israël est celle de Babel.

Suivent des faits. Montrer la soie de Rabbi Abba oblige au titre du dina de-garmei.

Remettre un dépôt aux voleurs, une bourse de pidyon chevuyim, ou jeter l'âne qui coule le bac : Rabba et Rava exemptent, Abaye objecte qu'on se sauve avec le bien d'autrui. Rabba en tire la règle du rodèph qui brise des kelim.

La michna nouvelle : un fleuve emporte le champ volé. Rabbi Elazar fait remplacer le champ, les Sages disent : voici le tien devant toi.

Le débat est entre ribboui u-miout et kelal u-frat. La page s'arrête sur la question de la vache, ouverte par Rav Pappa.

La grotte de Rav Kahana Le serpent n'ouvre qu'à la troisième formule. 1. Rav chez talmid Que le maître entre auprès du disciple. Il n'ouvre pas Rabbi Yo'hanan se place au-dessus. 2. Haver chez haver Que le collègue entre auprès du collègue. Il n'ouvre pas Ils seraient de pair. 3. Talmid chez rav Que le disciple entre auprès du maître. Il ouvre Rav Kahana est le maître. Rachi : le serpent fait roue, queue dans la bouche, nul n'entre. Il demande rahamim Miséricorde, pour le relever. Premier relevé, puis réveil complet. Tous les sefeikot Rav Kahana les tranche. Dilkhon amari, dilehon hi.
Trois formules au serpent. Seule la troisième ouvre : le disciple entre chez le maître.
Se sauver avec le bien d'autrui Abaye objecte. L'exemption a une raison propre à chaque fait. Coupe d'argent Dépôt. Les voleurs montent. Il la leur donne. Rabba exempt. Abaye : il se sauve avec autrui. Rav Ashi : on regarde Amid : venus pour lui. Sinon : venus pour la coupe. Tossefot : le shomer a reçu le dépôt pour cela. Pidyon chevuyim Bourse de rachat des captifs. Il la donne aux voleurs. Rava exempt. Abaye : même objection. Pas de plus grand rachat L'argent sert à le dégager. Tossefot : même s'il est amid, il n'avait rien d'autre à donner. Âne sur le bac Il le fait monter avant les gens. L'âne va couler le bac. Un homme le jette au fleuve. Rabba exempt. Rodeph dès le début Rachi : le maître de l'âne poursuit des vies. On peut détruire son bien. Principe d'Abaye, et la suite de Rabba Se sauver soi-même avec le mamon d'autrui est interdit : le nirdaf qui brise le bien d'un tiers paie. Le rodeph qui brise paie rien : il est hayav be-nafsho, passible de sa vie. Le sauveteur qui brise en poursuivant le rodeph est exempt hors du din, sinon personne ne sauve son prochain.
Coupe, bourse de captifs, âne sur le bac. Abaye objecte. Chaque exemption a sa raison.
Champ volé, fleuve qui l'emporte Même verset, Vayikra 5. Deux middot, deux dinim. Rabbi Elazar Ribboui u-miout Vekhihesh be-amito : ribboui Be-fikadon : miout Kol acher yishava : ribboui Il a tout inclus Même la karka, pour le serment et pour la restitution. Seul miout : les shetarot. Il doit un autre champ Le corps du shetar n'est qu'un papier. Les Sages Kelal u-frat u-khelal Vekhihesh : kelal Be-fikadon : prat O mi-kol : kelal de nouveau Comme le prat seulement Meuble, et le corps est un bien. Sortent : terres, esclaves, shetarot. Voici le tien devant toi La karka volée n'entre pas dans le verset du remboursement. Question qui reste : la vache emportée La vache est meuble, et son corps est un bien. Les deux avis divergent encore. Rav Pappa ouvre un autre cas : il a volé un champ, et il y avait... La phrase s'arrête sur cet amud.
Rabbi Elazar inclut la terre. Les Sages la laissent hors du verset : voici le tien devant toi.
1
הָדְרָא לֵיהּ עַכְנָא. אֲמַר לֵיהּ: ״עַכְנָא, עַכְנָא, פְּתַח פֻּומָּיךְ וְיִכָּנֵס הָרַב אֵצֶל תַּלְמִיד״, וְלֹא פָּתַח. ״יִכָּנֵס חָבֵר אֵצֶל חָבֵר״, וְלֹא פָּתַח. ״יִכָּנֵס תַּלְמִיד אֵצֶל הָרַב״, פָּתַח לֵיהּ. בְּעָא רַחֲמֵי וְאוֹקְמֵיהּ.

Un serpent l'encerclait. Il lui dit : "Serpent, serpent, ouvre ta bouche, et que le maître entre auprès du disciple." Il n'ouvrit pas.

"Que le collègue entre auprès du collègue." Il n'ouvrit pas. "Que le disciple entre auprès du maître." Il lui ouvrit.

Il demanda rahamim, et il le releva.

📜 Rachi (2)
הָדְרָא לֵיהּ עַכְנָא נָחָשׁ גָּדוֹל עָשָׂה עַצְמוֹ כְּגַלְגַּל וּמַקִּיף אֶת פִּי הַמְּעָרָה וְנוֹתֵן זְנָבוֹ לְתוֹךְ פִּיו וְאֵין אָדָם יָכוֹל לִיכָּנֵס:
Un grand serpent se fit comme une roue, entoura l'ouverture de la grotte, mit sa queue dans sa bouche, et personne ne pouvait entrer.
פְּתַח פִּיךָ הַרְחִיבִי פִּתְחֵיךְ לְהָסִיר זְנָבֵיךְ מִפִּיךָ וַעֲשֵׂה פֶּתַח לִיכָּנֵס:
Élargis ton ouverture, retire ta queue de ta bouche, et fais une ouverture pour entrer.
💡 Explication

Suite du récit. Rav Kahana est dans la grotte. Un akhna, un serpent, en ferme l'entrée : Rachi, il se roule, queue dans la bouche.

Rabbi Yo'hanan parle trois fois. Rav etzel talmid : le maître entre chez le disciple. Haver etzel haver : le collègue chez le collègue. Le serpent reste fermé. Talmid etzel ha-rav : le disciple entre chez le maître. Là, il ouvre. Rabbi Yo'hanan se tient comme l'élève, et Rav Kahana comme le maître.

Be'a rahamei ve-okmeih : il demande miséricorde, et il le fait se relever.

2
אֲמַר לֵיהּ: ״אִי הֲוָה יָדַעְנָא דְּדַרְכֵּיהּ דְּמָר הָכִי, לָא חָלְשָׁא דַּעְתִּי; הַשְׁתָּא לֵיתֵי מָר בַּהֲדַן״. אֲמַר לֵיהּ: ״אִי מָצֵית לְמִיבְעֵי רַחֲמֵי דְּתוּ לָא שָׁכֵיבְנָא – אַזָּיֵלְנָא, וְאִי לָא – לָא אַזָּיֵלְנָא, הוֹאִיל וַחֲלֵיף שַׁעְתָּא, חֲלֵיף״.

Il lui dit : "Si j'avais su que la manière du maître était telle, mon esprit ne se serait pas affaibli. Maintenant, que le maître vienne avec nous." Il lui dit : "Si tu peux demander rahamim pour que je ne meure plus, j'irai.

Sinon, je n'irai pas. Puisque l'heure est passée, elle est passée."

📜 Rachi (2)
אִי מָצֵית לְמִבְעֵי רַחֲמֵי דְּתוּ לָא שָׁכֵיבְנָא אִי אָקְשִׁינָא לָךְ אָזְלִינָא בַּהֲדָךְ וְאֶעֱמֹוד אֶצְלְךָ בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ:
Si tu peux demander rahamim pour que je ne meure plus : si je t'oppose des difficultés, j'irai avec toi et je me tiendrai auprès de toi dans la maison d'étude.
וְאִי לָא הוֹאִיל וַחֲלֵיף שַׁעְתָּא וְאִתְרְחִישׁ נִיסָּא חֲלֵיף וְלֹא אֵלֵךְ עוֹד עִמְּךָ שֶׁמָּא תִּכְעֹוס עָלַי וְאָמוּת עוֹד פַּעַם אַחֶרֶת אֶלָּא אֵלֵךְ לְבֵיתִי חַי וְלֹא אֶעֱמֹוד עוֹד אֶצְלְךָ פֶּן אָמוּת פַּעַם אַחֶרֶת וְאִית דִּמְפָרֵשׁ הוֹאִיל וַחֲלֵיף שַׁעְתָּא וְקִבַּלְתִּי צַעַר מִיתָה לֹא אֲקַבֵּל עוֹד פַּעַם אַחֶרֶת לֵילֵךְ מִכָּאן וּבִפְסָחִים (דַּף מט.) מוּכָח שֶׁהָלַךְ לְבֵיתוֹ דְּאָמַר רַב כָּהֲנָא אִי לָאו דְּנָסֵיבְנָא כָּהֵנְתָּא לָאו אֲנָא גְּלַאי אָמְרִי לֵיהּ וְהָא לִמְקוֹם תּוֹרָה גְּלֵית א"ל לָאו אֲנָא גְּלַאי כִּדְגָלוּ שְׁאָר אִינָשֵׁי שֶׁהֲרֵי לֹא בַּעֲבוּר מְקוֹם תּוֹרָה גִּלִּיתִי אֶלָּא מֵאֵימַת מַלְכוּת בָּרַחְתִּי אַלְמָא בָּתַר הָכִי חַי הֲוָה וְעוֹד אָמְרִי' בִּבְרָכוֹת יְרוּשַׁלְמִי דְּפָגַע בֵּיהּ הָהוּא גַּבְרָא אֲמַר לֵיהּ מַאי עָבֵיד בִּשְׁמַיָּא כְּלוֹמַר שֶׁלִּיעֵג עָלָיו שֶׁהָיָה מֵת וְחָיָה א"ל גְּזַר דִּינֵיהּ דְּהַהוּא גַּבְרָא מְחַתֵּם וּמֵת הַהוּא גַבְרָא פָּגַע בֵּיהּ אַחַרְיַנָא אֲמַר לֵיהּ הָכִי נָמֵי וּמִית אָתֵי לְקַמֵּיהּ דְּר' יוֹחָנָן אֲמַר לֵיהּ בַּר אִינִישׁ דְּאִמֵּיהּ מִבִּסְרָא לֵיהּ וְאִנְתְּתֵיהּ דְּאָבוּהָ מְיַקְּרָא כו':
Et sinon, puisque l'heure est passée : un nés s'est produit, elle est passée, et je n'irai plus avec toi, de crainte que tu t'irrites contre moi et que je meure encore une fois. J'irai plutôt chez moi vivant, et je ne me tiendrai plus auprès de toi, de crainte de mourir une autre fois. Certains expliquent : puisque l'heure est passée et que j'ai reçu la souffrance de la mort, je n'accepterai pas une autre fois de partir d'ici. Dans Pesahim (49a) il est prouvé qu'il est rentré chez lui. Rav Kahana a dit : si je n'avais pas épouse une fille de cohen, je ne me serais pas exilé. On lui a dit : or tu t'es exilé vers un lieu de Torah. Il leur a dit : je ne me suis pas exilé comme se sont exilés les autres gens. Mon départ vient de la crainte du pouvoir, et le motif n'était pas un lieu de Torah. Il en ressort qu'après cela il était vivant. On dit encore, dans le Talmud de Jérusalem, Berakhot : un homme le rencontra et lui dit : "Que fait-on dans le ciel ?", c'est-à-dire qu'il se moquait de lui, lui qui était mort et revenu à la vie. Il lui dit : l'arrêt de cet homme est scellé. Et cet homme mourut. Un autre le rencontra, lui dit de même, et mourut. Il vint devant Rabbi Yo'hanan. Celui-ci lui dit : un homme dont la mère le méprise, et dont la femme de son père l'honore, etc.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan parle le premier. I hava yad'ana : s'il avait connu la manière de Rav Kahana, son esprit ne se serait pas affaibli. Il l'invite : leiti mar behadan, viens avec nous.

Rav Kahana pose une condition. I matzit le-miv'ei rahamei : si tu peux obtenir qu'il ne meure plus, il ira. Sinon, non. Ho'il ve-halif sha'ata, halif : l'heure fixée est passée, elle est passée.

Rachi, première lecture : un miracle a eu lieu, il rentre vivant, et il ne se tient plus auprès de lui, de crainte d'une autre colère. Autre lecture : il a déjà subi la souffrance de la mort, il n'accepte pas de repartir d'ici. Pesahim 49a montré qu'il a vécu ensuite : il parle de son exil, fuite devant le pouvoir, et du mariage avec une fille de cohen. Le Yerushalmi Berakhot rapporte ceux qui le raillent d'être mort et revenu.

3
תַּייָּרֶיהָ אוֹקְמֵיהּ. שַׁיְילֵיהּ כֹּל סְפֵיקָא דַּהֲוָה לֵיהּ, וּפַשְׁטִינְהוּ נִיהֲלֵיהּ. הַייְנוּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״דִּילְכוֹן אָמְרִי; דִּילְהוֹן הִיא״.

Il le réveilla, il le fit se tenir. Il lui demanda tous les doutes qu'il avait, et celui-ci les lui résolut.

C'est ce que disait Rabbi Yo'hanan : "Ce que je disais être à vous, c'est à eux."

📜 Rachi (3)
תַּייָּרֶיהָ הֱקִיצוֹ מִשְּׁנָתוֹ:
Il le réveilla de son sommeil.
א"ל דִּילְכוֹן אָמְרִי שֶׁלָּכֶם הָיִיתִי אוֹמֵר תּוֹרָה שֶׁל בְּנֵי א"י הִיא:
Ce que je disais être à vous : je disais que la Torah est celle des gens d'Eretz Israël.
דִּילְהוֹן הִיא שֶׁל בְּנֵי בָּבֶל:
C'est à eux : aux gens de Babel.
🗂️ Tossefot (1)
דִּילְכוֹן אָמְרִי דִּילְהוֹן הִיא פֵּי' הַקּוּנְטְרֵס הַתּוֹרָה הִיא שֶׁל בְּנֵי בָּבֶל וְקָשֶׁה בְּפֶרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מד. וְשָׁם ד"ה וְהָא) גַּבֵּי הָא דְּקָאָמַר עֲרָבָה יְסוֹד נְבִיאִים הִיא וְשֶׁכְּחֹום וְחָזְרוּ וְיִסְּדוּם וּפָרִיךְ מִי א"ר יוֹחָנָן הָכִי והא"ר יוֹחָנָן דִּילְכוֹן אָמְרִי דִּילְהוֹן הוּא וּפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אַלְמָא לֹא שֶׁכְּחַוָּה בַּגּוֹלָה וּמַאי פִּירְכָא הִיא וְכִי מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ בַּעֲלֵי תּוֹרָה אֵין יָכוֹל לִהְיוֹת שֶׁשָּׁכְחוּ תּוֹרַת עֲרָבָה וְעוֹד בְּכַמָּה דֻּוכְתִּין אָמַר שֶׁכְּחֹום וְחָזְרוּ וְיִסְּדוּם וְלָא פָּרִיךְ עֲלָהּ הָכִי ואור"ת כפר"ח שֶׁלְּתַלְמִידָיו מִבָּבֶל שֶׁהָיוּ בְּפָנָיו הָיָה מְדַבֵּר וה"ק דִּילְכוֹן אָמְרִי רַב כָּהֲנָא שֶׁהָיָה שֶׁלָּכֶם אָמַר שֶׁעֲרָבָה דִּילְהוֹן הוּא כְּלוֹמַר מִנְהָג שֶׁל נְבִיאִים וּפָרִיךְ אַמַּאי דְּקָאָמַר הָתָם לְעֵיל תִּסְתַּיֵּים דְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר יְסוֹד נְבִיאִים הִיא וְהָאָמַר ר' יוֹחָנָן דִּילְכוֹן אָמְרִי דִּילְהוֹן הוּא וּלְשׁוֹן דִּילְהוֹן מַשְׁמַע לֵיהּ מִנְהַג נְבִיאִים וְלֹא יְסוֹד נְבִיאִים וְכֵן צ"ל בְּהַמְגָרֵשׁ (גִּיטִּין פד: וְשָׁם ד"ה ר"י) גַּבֵּי הַהִיא דְּא"ר יוֹחָנָן דִּילְכוֹן אָמַר הוֹאִיל וּקְנָאַתּוּ לְהִתְגָּרֵשׁ בּוֹ שֶׁלְּתַלְמִידָיו מִבָּבֶל הָיָה אוֹמֵר כֵּן עַל רַב כָּהֲנָא וּבַקְּוַנְט' פִּי' שָׁם דִּלְחִזְקִיָּה רַבּוֹ שֶׁהָיָה חוֹלֵק שָׂם עָלָיו הָיָה אוֹמֵר כֵּן וְאֵין נִרְאֶה [לוֹמַר] שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁלָּמַד רַב כָּהֲנָא לִפְנֵי ר' יוֹחָנָן הָיָה רַבִּי יוֹחָנָן רֹאשׁ יְשִׁיבָה בְּעוֹד שֶׁרַבּוֹ חִזְקִיָּה הָיָה בַּחַיִּים: [וְעַיֵּין תּוֹסְפוֹת מְנָחוֹת כג: ד"ה כִּי]:
Ce que je disais être à vous, c'est à eux. Explication du Kontres : la Torah est celle des gens de Babel. Difficulté dans le chapitre Loulav va-arava (Souka 44a, et là, dibour hamatchil ve-ha), à propos de ce qu'il dit : la arava est un fondement des prophètes, ils l'ont oubliée, ils sont revenus et l'ont rétablie. On objecte : Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ? Or Rabbi Yo'hanan a dit : ce que je disais être à vous, c'est à eux. Le Kontres explique : il en ressort qu'ils ne l'ont pas oubliée en exil. Quelle objection est-ce là ? Parce qu'ils étaient maîtres de Torah, cela rendrait-il impossible qu'ils aient oublié la loi de la arava ? De plus, en plusieurs endroits, il dit : ils l'ont oubliée, ils sont revenus et l'ont rétablie, et l'on n'objecte pas de cette façon. Rabbenou Tam explique comme le peroush de Rabbenou Hananel : il parlait à ses disciples de Babel qui étaient devant lui. Voici le sens : de vous, je dis, Rav Kahana, qui était des vôtres, a dit que la arava est à eux, c'est-à-dire une coutume des prophètes. L'objection porte sur ce qui est dit là-bas plus haut, pour établir que Rabbi Yo'hanan dit que c'est un fondement des prophètes. Or Rabbi Yo'hanan a dit : de vous, je dis, c'est à eux. La langue dilehon signifie pour lui une coutume des prophètes, et non un fondement des prophètes. Il faut dire de même dans Ha-megaresh (Gittin 84b, et là, dibour hamatchil Rabbi Yo'hanan), à propos de ce que Rabbi Yo'hanan a dit : de vous, il a dit, puisqu'il l'a acquise afin de la renvoyer par cela. Il disait cela à ses disciples de Babel, au sujet de Rav Kahana. Dans le Kontres, on explique là-bas qu'il disait cela à Hizkiya, son maître, qui était en désaccord avec lui à cet endroit. Il ne paraît pas [de dire] qu'à l'heure où Rav Kahana étudiait devant Rabbi Yo'hanan, Rabbi Yo'hanan était chef de yechiva, tandis que son maître Hizkiya était encore en vie. [Voir Tossefot Menahot 23b, dibour hamatchil ki.]
💡 Explication

Tayereih okmeih : il le réveille de son sommeil, Rachi, et le fait se tenir debout. Rabbi Yo'hanan lui soumet chaque sefeika, chaque doute. Rav Kahana les tranche.

De là la formule de Rabbi Yo'hanan : dilkhon amari, dilehon hi. Rachi : je disais que la Torah est à vous, gens d'Eretz Israël. Elle est à eux, gens de Babel.

Tossefot refuse d'en faire, à Souka 44a, la preuve qu'on n'oublie rien en exil. Rabbenou Tam, comme Rabbenou Hananel : Rabbi Yo'hanan parle à ses élèves de Babel. Dilkhon désigne Rav Kahana, des leurs. Dilehon veut dire une coutume des prophètes, pour la arava, et le mot ne porte pas un fondement des prophètes. Même lecture à Gittin 84b, contre le Kontres qui vise Hizkiya, le maître.

4
הָהוּא דְּאַחְוִי אַמְּטַכְסָא דְּרַבִּי אַבָּא. יְתֵיב רַבִּי אֲבָהוּ וְרַבִּי חֲנִינָא בַּר פַּפִּי וְרַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא, וְיָתֵיב רַבִּי אִילְעָא גַּבַּיְיהוּ.

Un homme montra la metakhsa de Rabbi Abba. Rabbi Abbahou, Rabbi Hanina bar Papi et Rabbi Yitzhak Nafha étaient assis, et Rabbi Ila était assis auprès d'eux.

📜 Rachi (1)
מְטַכְסָא תַּכְשִׁיט מֶשִׁי:
Un ornement de soie.
💡 Explication

Nouveau fait, dans la suite de celui qui ahoui, qui montre le bien d'autrui. Il montre la metakhsa de Rabbi Abba. Rachi : un ornement de soie.

Trois juges siègent : Rabbi Abbahou, Rabbi Hanina bar Papi, Rabbi Yitzhak Nafha. Rabbi Ila est assis auprès d'eux. C'est lui qui rapportera l'enseignement de Rav.

5
סְבוּר לְחַיּוֹבֵיהּ מֵהָא דִּתְנַן: דָּן אֶת הַדִּין – זִיכָּה אֶת הַחַיָּיב וְחִייֵּב אֶת הַזַּכַּאי, טִימֵּא אֶת הַטָּהוֹר וְטִיהֵר אֶת הַטָּמֵא – מַה שֶׁעָשָׂה עָשׂוּי, וִישַׁלֵּם מִבֵּיתוֹ.

Ils pensaient le rendre redevable à partir de ce que nous avons appris : celui qui juge le jugement, acquitte le coupable et déclare coupable l'innocent, déclare impur le pur et déclare pur l'impur : ce qu'il a fait est fait, et il paie de sa maison.

📜 Rachi (1)
וִישַׁלֵּם מִבֵּיתוֹ דְּאַדִּבּוּרָא בְּעָלְמָא חַיָּיב:
Et il paie de sa maison : car pour une simple parole, il est redevable.
💡 Explication

Le siège veut obliger celui qui a montré, par la michna du juge qui se trompe (Bekhorot 28b). Dan et ha-din : il a jugé. Il inverse le coupable et l'innocent, le pur et l'impur. Ma she-assa assui : le jugement reste. Vi-yeshalem mi-beito : il paie de son bien.

Rachi en tire le point utile ici : dibbura be-alma, une parole seule, suffit à obliger. Montrer la soie serait alors déjà une cause de paiement.

6
אֲמַר לְהוּ רַבִּי אִילְעָא, הָכִי אָמַר רַב: וְהוּא שֶׁנָּשָׂא וְנָתַן בַּיָּד. אָמְרִי לֵיהּ: זִיל לְגַבֵּי דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְיָקִים וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן פְּדָת, דְּדַיָּינֵי דִּינָא דְגָרְמִי.

Rabbi Ila leur dit : Ainsi a dit Rav : et c'est lorsqu'il a pris et donné de la main. Ils lui dirent : Va auprès de Rabbi Chimon ben Elyakim et de Rabbi Elazar ben Pedat, qui jugent le dina de-garmei.

📜 Rachi (1)
שֶׁנָּשָׂא וְנָתַן בַּיָּד וּבְכֻולָּם מְפָרֵשׁ שֶׁנָּשָׂא וְנָתַן בַּיָּד בְּאֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת בְּסַנְהֶדְרִין:
Qui a pris et donné de la main. Et dans tous ces cas, on explique : il a pris et donné de la main, au premier chapitre de Dinei mamonot, dans Sanhédrin.
💡 Explication

Rabbi Ila rapporte Rav. Ve-hou she-nasa ve-natan be-yad : la michna du juge oblige seulement s'il a lui-même pris le bien et l'a remis de sa main. Rachi renvoie à Sanhédrin, Dinei mamonot, où chaque cas est lu ainsi.

Montrer la soie reste une parole, sans remise de la main. Les juges envoient Rabbi Abba vers Rabbi Chimon ben Elyakim et Rabbi Elazar ben Pedat, qui tiennent le dina de-garmei, la responsabilité pour un dommage que l'on cause sans saisir soi-même le bien.

7
אָזַל לְגַבַּיְיהוּ, חַיְּיבֵיהּ מִמַּתְנִיתִין – אִם מֵחֲמַת הַגַּזְלָן, חַיָּיב לְהַעֲמִיד לוֹ שָׂדֶה אַחֵר; וְאוֹקֵימְנָא דְּאַחְוִי אֲחָוַויי.

Il alla auprès d'eux. On le rendit redevable à partir de notre michna : si c'est à cause du voleur, il est tenu de lui fournir un autre champ.

Et nous l'avons établi du cas où il a montré.

💡 Explication

Rabbi Abba va devant ces deux juges. Hayyeveih mi-matnitin : ils obligent à partir de la michna déjà étudiée. Im me-hamat ha-gazlan : si la saisie vient à cause du voleur, il doit dresser un autre champ.

Ve-okimna de-ahoui ahouyei : la Guemara a déjà fixé cette michna sur celui qui montre le champ, sans l'avoir pris lui-même. Montrer la soie entre dans le même din.

🖼️ Schéma
De là parole au dina de-garmei Hava amina Michna du juge qui erre. Ce qu'il a fait est fait. Il paie de sa maison. Rachi : une parole seule suffit à obliger. Rav, par Rabbi Ila Seulement s'il a pris et donné de la main. La soie montrée : aucune remise de la main. Dina de-garmei R. Chimon b. Elyakim et R. Elazar b. Pedat. Michna : à cause du voleur, il doit un autre champ. Cas établi : il a montré. La soie de Rabbi Abba a été montrée. Le tribunal qui tient le garmei oblige celui qui montre, comme le champ désigné aux anashim.
La parole seule ne suffit pas selon Rav. Ceux qui jugent le garmei obligent, par la michna de celui qui montre.
8
הָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה מִפְּקִיד לֵיהּ כָּסָא דְכַסְפָּא. סַלִּיקוּ גַּנָּבֵי עִילָּוֵיהּ, שְׁקָלָהּ יָהֲבָה לְהוּ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּה, פַּטְרֵיהּ. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: הַאי מַצִּיל עַצְמוֹ בְּמָמוֹן חֲבֵירוֹ הוּא! אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: חָזֵינַן; אִי אִינִישׁ אֲמִיד הוּא – אַדַּעְתָּא דִּידֵיהּ אָתוּ, וְאִי לָא – אַדַּעְתָּא דְּכַסְפָּא אָתוּ.

Un homme, chez qui l'on avait déposé une coupe d'argent. Des voleurs montèrent contre lui.

Il la prit et la leur donna. Il vint devant Rabba.

Il l'exempta. Abaye lui dit : Celui-ci se sauve lui-même avec le bien de son prochain !

Rav Ashi dit plutôt : Nous regardons. S'il est un homme amid, c'est pour lui qu'ils sont venus.

Sinon, c'est pour la coupe d'argent qu'ils sont venus.

📜 Rachi (1)
אֲמִיד עָשִׁיר:
Aisé : riche.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִי לָאו אַדַּעְתָּא דְּכַסְפָּא אָתוּ ואע"ג דְּאָמַר לְעֵיל נָשָׂא וְנָתַן בַּיָּד חַייָּב אור"י דְּשָׁאנֵי שׁוֹמֵר שֶׁלְּדַעַת כֵּן הִפְקִידוּהוּ שֶׁיַּצִּיל עַצְמוֹ בּוֹ אִם יָבוֹאוּ עָלָיו אַדַּעְתָּא דְּכָסָא דְּכַסְפָּא:
Et sinon, c'est pour la coupe d'argent qu'ils sont venus. Bien que l'on ait dit plus haut que celui qui a pris et donné de la main est redevable, Rabbenou Yitzhak dit : un shomer est différent. C'est dans cette intention qu'on le lui a déposé : qu'il se sauve lui-même avec, s'ils viennent contre lui en visant la coupe d'argent.
💡 Explication

Second fait. Une kasa de-khaspa, une coupe d'argent, est en dépôt. Les ganavei montent contre le dépositaire. Il la leur remet. Rabba l'exempte. Abaye : matzil atsmo be-mamon havero, il se sauve avec le bien d'autrui.

Rav Ashi lit l'exemption de Rabba selon la situation. Amid, Rachi : riche. S'il est riche, a-da'ata didelh atu : les voleurs venaient pour lui, pour son bien. S'il ne l'est pas, a-da'ata de-khaspa atu : ils venaient pour la coupe.

Tossefot répond à la difficulté : remettre de la main devrait obliger, comme le nasa ve-natan be-yad d'en haut. Rabbenou Yitzhak : le shomer a reçu le dépôt pour pouvoir s'en servir si l'on vient contre lui à cause de cette coupe.

9
הָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה מִפְּקִיד גַּבֵּיהּ אַרְנְקָא דְּפִדְיוֹן שְׁבוּיִים. סַלִּיקוּ גַּנָּבֵי עִילָּוֵיהּ, שְׁקָלָהּ יָהֲבָה נִיהֲלַיְיהוּ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא, פַּטְרֵיהּ. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְהָא מַצִּיל עַצְמוֹ בְּמָמוֹן חֲבֵירוֹ הוּא! אֲמַר לֵיהּ: אֵין לְךָ פִּדְיוֹן שְׁבוּיִים גָּדוֹל מִזֶּה.

Un homme, chez qui l'on avait déposé une bourse de pidyon chevuyim. Des voleurs montèrent contre lui.

Il la prit et la leur donna. Il vint devant Rava.

Il l'exempta. Abaye lui dit : Celui-ci se sauve pourtant lui-même avec le bien de son prochain !

Il lui dit : Tu n'as pas de rachat de captifs plus grand que celui-ci.

🗂️ Tossefot (1)
אֵין לְךָ פִּדְיוֹן שְׁבוּיִים גָּדוֹל מִזֶּה אע"ג דְּמַשְׁמַע דְּהָוֵי אֲמִיד מִדְּלָא מְפַלֵּיג כְּדִמְפַלֵּיג לְעֵיל מ"מ הוֹאִיל וְלֹא הָיָה לוֹ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה מַה לִיתֵּן לָהֶם חֲשִׁיב פִּדְיוֹן שְׁבוּיִים:
Tu n'as pas de rachat de captifs plus grand que celui-ci. Bien qu'il ressorte qu'il était amid, puisque l'on ne distingue pas comme on a distingué plus haut, toutefois, puisqu'il n'avait pas à cette heure de quoi leur donner, cela compte comme rachat des captifs.
💡 Explication

Troisième fait. Le dépôt est une arnaka de-pidyon shevuyim, une bourse recueillie pour le rachat des captifs. Il la donne aux voleurs. Ici le juge est Rava. Il exempte.

Abaye répète l'objection. Rava répond : ein lekha pidyon shevuyim gadol mi-ze. Dégager cet homme des voleurs est déjà l'usage de cet argent.

Tossefot : l'absence de distinction, contrairement à la coupe, donne à entendre qu'il était amid. L'exemption tient quand même : sur l'heure, il n'avait rien d'autre à leur remettre. Le don compte comme pidyon shevuyim.

10
הָהוּא גַּבְרָא דְּאַקְדֵּים וְאַסֵּיק חֲמָרָא לְמַבָּרָא, קַמֵּי דִּסְלִיקוּ אִינָשֵׁי בְּמַבָּרָא. בָּעֵי לְאִטְּבוֹעֵי, אֲתָא הַהוּא גַבְרָא, מְלַח לֵיהּ לַחֲמָרָא דְּהָהוּא גַּבְרָא וְשַׁדְיֵיהּ לְנַהֲרָא, וְטָבַע. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּה, פַּטְרֵיהּ. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְהָא מַצִּיל עַצְמוֹ בְּמָמוֹן חֲבֵירוֹ הוּא! אֲמַר לֵיהּ: הַאי – מֵעִיקָּרָא רוֹדֵף הֲוָה.

Un homme prit les devants et fit monter un âne sur le bac, avant que les gens ne montent sur le bac. Il allait le faire couler.

Vint un homme, il poussa l'âne de cet homme, le jeta au fleuve, et il coula. Il vint devant Rabba.

Il l'exempta. Abaye lui dit : Celui-ci se sauve pourtant lui-même avec le bien de son prochain !

Il lui dit : Celui-ci était, dès le départ, un rodeph.

📜 Rachi (4)
אַסִּיק חַמְרֵיהּ לְמַבָּרָא מַכְנִיס חֲמוֹרוֹ לַסְּפִינָה מֵעֵבֶר הַנָּהָר וְהָיוּ בָּהּ אֲנָשִׁים:
Il fit monter son âne sur le bac : il fait entrer son âne dans le bateau pour traverser le fleuve, et il y avait des hommes dedans.
בְּעָא חַמְרָא לְטַבּוֹעֵי מְעַבְּרָא:
Il voulait : l'âne, faire couler le bac.
מָלַח לֵיהּ דְּחָפוֹ לַחֲמוֹר וְהִשְׁלִיכוֹ לַמַּיִם לָשׁוֹן אַחֵר מָלַח לֵיהּ כְּמוֹ הַמַּלָּחִים (יוֹנָה א) הִתְחִיל הַמֶּלַח לְהַצִּיל הַסְּפִינָה וּדְחָפוֹ וְהִשְׁלִיכוֹ:
Il le poussa : il poussa l'âne et le jeta à l'eau. Autre langue : malah, comme "les marins" (Yona 1). Le marin se mit à sauver le bateau, le poussa et le jeta.
[הַאי] בַּעַל הַחֲמוֹר רוֹדֵף הוּא לַהֲרֹוג נְפָשׁוֹת:
Celui-ci : le maître de l'âne est un rodeph, pour tuer des vies.
💡 Explication

Quatrième fait. Un homme akdim ve-assik hamra le-mavra : il devance, et fait monter son âne sur le bac, avant les gens. Ba'ei le-itba'ei : cela va couler. Rachi fixe le sujet : l'âne veut faire couler le passage. Rachi dit aussi que des hommes étaient dans le bateau.

Un autre malah l'âne, le pousse, et le jette au fleuve. L'âne coule. Rabba exempt. Deuxième langue de Rachi : malah comme les marins de Yona, celui qui sauve le bateau.

Abaye : il se sauve avec le bien d'autrui. Rabba : haï me-ikara rodeph hava. Rachi : le maître de l'âne poursuit des vies. On peut arrêter ce rodeph en détruisant son bien.

🖼️ Schéma
Le bac, avant la montée des gens 1. Il devance L'âne monte sur le mavra. 2. Ça coule Rachi : l'âne veut couler le bac. 3. On jette Malah : il pousse l'âne au fleuve. 4. Patour Le maître de l'âne est rodeph. Autre langue de Rachi : malah, comme les marins de Yona, celui qui sauve le bateau.
L'âne monte avant les gens, va couler le bac, est jeté au fleuve. Le maître est rodeph : patour.
11
רַבָּה לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר רַבָּה: רוֹדֵף שֶׁהָיָה רוֹדֵף אַחַר חֲבֵירוֹ לְהָורְגוֹ, וְשֶׁיָּבֹר אֶת הַכֵּלִים, בֵּין שֶׁל נִרְדָּף בֵּין שֶׁל כָּל אָדָם – פָּטוּר, שֶׁהֲרֵי מִתְחַיֵּיב בְּנַפְשׁוֹ.

Rabba selon son principe, car Rabba a dit : un rodeph qui poursuivait son prochain pour le tuer, et qui a brisé des kelim, qu'ils soient au poursuivi ou à tout homme, est exempt, puisqu'il est passible de sa vie.

📜 Rachi (1)
וְשִׁיבֵּר אֶת הַכֵּלִים בֵּין שֶׁל נִרְדָּף בֵּין שֶׁל כָּל אָדָם פָּטוּר מִלְּשַׁלֵּם שֶׁהֲרֵי מִתְחַיֵּיב בְּנַפְשׁוֹ הוּא בִּרְדִיפָה זוֹ וַאֲפִילּוּ אֵין הוֹרְגוֹ דִּתְנַן בְּפֶרֶק בֵּן סוֹרֵר וּמוֹרֶה וְאֵלּוּ נִיתְּנוּ לְהַצִּיל בְּנַפְשׁוֹ הָרוֹדֵף אַחַר חֲבֵירוֹ לְהָרְגוֹ וְנִמְצָא תַּשְׁלוּמִין וְחִיּוּב מִיתָה בָּאִין כְּאֶחָד:
Et il a brisé les kelim, qu'ils soient au poursuivi ou à tout homme : il est exempt de payer, car il est passible de sa vie par cette poursuite, même s'il ne le tue pas. Car nous avons appris, au chapitre Ben sorer u-moré : "Et ceux-ci ont été livrés pour qu'on les sauve au prix de leur vie : celui qui poursuit son prochain pour le tuer." Il se trouve que le paiement et l'obligation de mort viennent ensemble.
💡 Explication

Rabba le-ta'ameih : l'exemption du bac suit une règle que Rabba pose en général.

Le rodeph court après son prochain pour le tuer, et brise des kelim en chemin, ceux du nirdaf ou ceux de n'importe qui. Il est patour. Raison : mit'hayev be-nafsho, il est déjà passible de sa vie par la poursuite elle-même.

Rachi : même s'il n'a pas encore tué. La michna de Sanhédrin, Ben sorer u-moré, livre ce poursuivant pour qu'on le tue afin de sauver. Paiement et mort arrivent ensemble : on ne prélève pas l'argent.

12
וְנִרְדָּף שֶׁשִּׁיבֵּר אֶת הַכֵּלִים שֶׁל רוֹדֵף – פָּטוּר, שֶׁלֹּא יְהֵא מָמוֹנוֹ חָבִיב עָלָיו מִגּוּפוֹ. אֲבָל שֶׁל כָּל אָדָם – חַיָּיב, דְּאָסוּר לְהַצִּיל עַצְמוֹ בְּמָמוֹן חֲבֵירוֹ.

Et le poursuivi qui a brisé les kelim du rodeph est exempt, afin que son bien ne lui soit pas plus cher que son corps. Mais ceux de tout homme : il est redevable, car il est interdit de se sauver soi-même avec le bien de son prochain.

📜 Rachi (1)
מִגּוּפוֹ שֶׁהֲרֵי נִרְדָּף זֶה רַשַּׁאי לַהֲרֹוג אֶת רוֹדְפוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת כ״ב:א׳) אִם בַּמַּחְתֶּרֶת יִמָּצֵא הַגַּנָּב הַתּוֹרָה אָמְרָה אִם בָּא לְהָרְגְּךָ הַשְׁכֵּם לְהָרְגוֹ:
Que son corps : car ce poursuivi a le droit de tuer celui qui le poursuit, ainsi qu'il est dit (Shemot 22, 1) : "Si le voleur est trouvé dans la brèche." La Torah a dit : s'il vient pour te tuer, lève-toi tôt pour le tuer.
💡 Explication

Second cas, le nirdaf. S'il brise les kelim du rodeph, il est exempt. Shelo yehe mamono haviv alav mi-gufo : le bien du rodeph ne doit pas compter plus que son corps. Rachi : le poursuivi peut tuer le poursuivant. Le verset du voleur trouvé dans la mahteret (Shemot 22, 1) est lu ainsi : s'il vient pour te tuer, devance-le et tue-le.

S'il brise les kelim de tout homme, il est hayav. Assur le-hatzil atsmo be-mamon havero : se sauver avec le bien d'un tiers reste interdit. C'est l'objection d'Abaye, ici en règle.

13
וְרוֹדֵף שֶׁהָיָה רוֹדֵף אַחַר רוֹדֵף לְהַצִּיל, וְשָׁבַר כֵּלִים, בֵּין שֶׁל נִרְדָּף בֵּין שֶׁל כָּל אָדָם – פָּטוּר. וְלֹא מִן הַדִּין, אֶלָּא שֶׁאִם אִי אַתָּה אוֹמֵר כֵּן – אֵין לְךָ אָדָם שֶׁמַּצִּיל אֶת חֲבֵירוֹ מִן הָרוֹדֵף.

Et celui qui poursuit un rodeph pour sauver, et qui brise des kelim, qu'ils soient au poursuivi ou à tout homme, est exempt. Et non selon le din.

Si tu ne dis pas ainsi, tu n'as personne qui sauve son prochain du rodeph.

📜 Rachi (1)
וְלֹא מִן הַדִּין שֶׁהֲרֵי הַמַּצִּיל עַצְמוֹ בְּמָמוֹן חֲבֵירוֹ חַייָּב כ"ש מַצִּיל אֲחֵרִים בְּמָמוֹן חֲבֵירוֹ:
Et non selon le din : car celui qui se sauve lui-même avec le bien de son prochain est redevable, à plus forte raison celui qui sauve d'autres personnes avec le bien de son prochain.
💡 Explication

Troisième cas. Un homme poursuit le rôdeph le-hatzil, pour sauver. Il brise des kelim, ceux du poursuivi ou ceux de tout homme. Il est exempt.

Vé-lo min ha-din. Rachi donne le din strict : qui se sauve avec le bien d'autrui paie, kal va-homer qui sauve autrui avec le bien d'un tiers. L'exemption vient d'ailleurs : im i ata omer ken, si tu ne poses pas cette exemption, ein lekha adam qui sauve son prochain du rôdeph.

🖼️ Schéma
Qui brise des kelim dans la poursuite Qui Kelim de qui Din Rôdeph Nirdaf, ou tout homme Patour hayav be-nafshô Nirdaf Du rôdeph Patour le bien, pas plus que le corps Nirdaf De tout autre homme Hayav interdit : bien d'autrui Sauveteur Nirdaf, ou tout homme Patour, hors du din sinon nul ne sauve
Rôdeph : patour. Nirdaf sur le bien du rôdeph : patour. Sur le bien d'un tiers : hayav. Sauveteur : patour, hors du din.
14
מַתְנֵי׳ שְׁטָפָהּ נָהָר, אוֹמֵר לוֹ: ״הֲרֵי שֶׁלְּךָ לְפָנֶיךָ״.

Michna. Un fleuve l'a emporté, il lui dit : "Voici le tien devant toi."

📜 Rachi (1)
שְׁטָפָהּ נָהָר שֶׁהָיְתָה עַל שְׂפַת הַנָּהָר וְהִגְבִּיהַּ שְׂפָתוֹ וְהַמַּיִם שׁוֹחֲקִים וְכוֹרִין תַּחַת הַשָּׂפָה וּמִתְפַּשֵּׁט בְּתוֹךְ הַשָּׂדֶה:
Un fleuve l'a emporté : le champ était au bord du fleuve. Il a haussé sa rive, les eaux rongent et creusent sous la rive, et se répandent dans le champ.
💡 Explication

Nouvelle michna, suite du voleur de champ. Shatfa nahar : un fleuve emporte le champ. Le voleur dit : harei shelkha lefanekha, voici le tien devant toi.

Rachi décrit le fait : champ en bord de fleuve. La rive monte, l'eau creuse dessous, puis s'étale dans le champ. Le voleur rend ce qui reste, sans remplacer.

15
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: הַגּוֹזֵל שָׂדֶה מֵחֲבֵירוֹ וּשְׁטָפָהּ נָהָר – חַייָּב לְהַעֲמִיד לוֹ שָׂדֶה אַחֵר, דִּבְרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים, אוֹמֵר לוֹ: ״הֲרֵי שֶׁלְּךָ לְפָנֶיךָ״.

Guemara. Les Sages ont enseigné : celui qui vole un champ à son prochain et un fleuve l'emporte est tenu de lui fournir un autre champ.

Paroles de Rabbi Elazar. Et les Sages disent : il lui dit : "Voici le tien devant toi."

💡 Explication

Baraïta. Ha-gozel sade me-havero u-shetfa nahar. Rabbi Elazar : hayav le-ha'amid lo sade aher, il doit un autre champ. Les Sages : il peut dire harei shelkha lefanekha. La michna suit les Sages.

16
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? רַבִּי אֶלְעָזָר דָּרֵשׁ רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי; ״וְכָחַשׁ בַּעֲמִיתוֹ״ – (רִיבּוּי) [רִיבָּה], ״בְּפִקָּדוֹן״ – מִיעֵט, ״כֹּל אֲשֶׁר יִשָּׁבַע עָלָיו לַשֶּׁקֶר״ – חָזַר וְרִיבָּה.

Sur quoi divergent-ils ? Rabbi Elazar a derach par ribbouyim et mioutim.

"Et il a menti à son prochain" : il a inclus. "Dans un dépôt" : il a restreint.

"Tout ce sur quoi il jurera faussement" : il est revenu et a inclus.

💡 Explication

Bé-mai ka miflegi : le débat porte sur une midda de lecture. Rabbi Elazar lit Vayikra 5 par ribboui u-miut, inclusion puis restriction.

Vekhihesh be-amito : ribboui, il élargit. Bé-fikadon : miout, il restreint au dépôt. Kol acher yishava alav la-shaker : il revient et élargit. Le texte porte une leçon entre parenthèses et crochets, (ribboui) [ribba] : le mot retenu est le verbe, il a inclus.

17
רִיבָּה וּמִיעֵט וְרִיבָּה – רִיבָּה הַכֹּל; וּמַאי רַבִּי? רַבִּי כָּל מִילֵּי.

Il a inclus, restreint et inclus : il a tout inclus. Et qu'a-t-il inclus ?

Il a inclus toutes choses.

📜 Rachi (1)
רַבִּי כָּל מִילֵּי וַאֲפִילּוּ קַרְקָעוֹת לִשְׁבוּעָה וּלְהִשָּׁבוֹן:
Il a inclus toutes choses : même les terres, pour le serment et pour la restitution.
💡 Explication

Règle de la midda. Ribba u-mi'et ve-ribba, ribba ha-kol : inclusion, restriction, inclusion, on inclut tout, hors le peu que la restriction retire.

Mai rabi ? Rabi kol milei : toutes choses entrent. Rachi précise la nafka mina d'ici : même les karkaot, les terres, pour la shevoua et pour le heshbon, le remboursement. D'où l'avis de Rabbi Elazar : le champ volé et emporté se remplace.

18
וּמַאי מִיעֵט? מִיעֵט שְׁטָרוֹת.

Et qu'a-t-il restreint ? Il a restreint les shetarot.

📜 Rachi (1)
מִיעֵט שְׁטָרוֹת שֶׁאֵין גּוּפָן מָמוֹן דְּיָהֵיב לֵיהּ נְיָירָא בְּעָלְמָא:
Il a restreint les shetarot : car leur corps n'est pas un bien. Il ne lui donne qu'un simple papier.
💡 Explication

Le miout unique, chez Rabbi Elazar : les shetarot, les actes. Rachi : ein gufan mamon, leur corps n'a pas valeur d'argent. On ne remet qu'une feuille. Le champ, lui, reste inclus.

19
וְרַבָּנַן דָּרְשִׁי כְּלָלֵי וּפְרָטֵי; ״וְכִחֵשׁ״ – כְּלָל, ״בְּפִקָּדוֹן״ – פְּרָט, ״אוֹ מִכָּל״ – חָזַר וְכָלַל. כְּלָל וּפְרָט וּכְלָל – אִי אַתָּה דָן אֶלָּא כְּעֵין הַפְּרָט;

Et les Sages derashent par kelalim et peratim. "Et il a menti" : un kelal.

"Dans un dépôt" : un prat. "Ou de tout" : il est revenu et a posé un kelal.

Kelal, prat et kelal : tu ne déduis qu'à la ressemblance du prat.

💡 Explication

Les Sages lisent le même passage par kelal u-frat. Vekhihesh : kelal, un général. Bé-fikadon : prat, un cas particulier. O mi-kol : le verset généralise de nouveau.

Règle : kelal u-frat u-khelal, i ata dan ela ke-ein ha-prat. On ne retient que ce qui ressemble au cas particulier, le dépôt.

20
מָה הַפְּרָט – דָּבָר הַמִּיטַּלְטֵל וְגוּפוֹ מָמוֹן, אַף כָּל דָּבָר הַמִּיטַּלְטֵל וְגוּפוֹ מָמוֹן. יָצְאוּ קַרְקָעוֹת – שֶׁאֵין מְטַלְטְלִין; יָצְאוּ עֲבָדִים – שֶׁהֻוקְּשׁוּ לְקַרְקָעוֹת; יָצְאוּ שְׁטָרוֹת – שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁמִּטַּלְטְלִין, אֵין גּוּפָן מָמוֹן.

De même que le prat est une chose qui se déplace et dont le corps est un bien, de même toute chose qui se déplace et dont le corps est un bien. Sortent les terres, car elles ne se déplacent pas.

Sortent les esclaves, car ils ont été comparés aux terres. Sortent les shetarot : bien qu'ils se déplacent, leur corps n'est pas un bien.

💡 Explication

Le prat, le dépôt, a deux traits : davar ha-mitaltel, une chose mobilière, et gufo mamon, son corps est un bien. On n'étend le verset qu'à cela.

Trois sorties. Les karkaot : elles ne se déplacent pas. Les avadim : la Torah les compare aux terres. Les shetarot : ils circulent, mais leur corps n'est pas l'argent. La terre volée sort du verset. Les Sages laissent dire : voici le tien devant toi.

🖼️ Schéma
Comme le prat : meuble, et le corps est un bien Karkaot Elles sortent. Elles ne se déplacent pas. Chez Rabbi Elazar, elles entrent. Avadim Ils sortent. Comparés aux terres pour plusieurs dinim. Shetarot Ils sortent des deux côtés. Ils se déplacent, leur corps n'est pas un bien. Le dépôt du verset sert de modèle : on ne garde que ce qui lui ressemble.
Chez les Sages, terres, esclaves et actes sortent. Seul l'acte sort aussi chez Rabbi Elazar.
21
וְהָדְתַנְיָא: הַגּוֹזֵל אֶת הַפָּרָה וּשְׁטָפָהּ נָהָר – חַייָּב לְהַעֲמִיד לוֹ פָּרָה, דִּבְרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים, אוֹמֵר לוֹ: ״הֲרֵי שֶׁלְּךָ לְפָנֶיךָ״. הָתָם בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי?

Et ce que l'on enseigne : celui qui vole la vache et un fleuve l'emporte est tenu de lui fournir une vache. Paroles de Rabbi Elazar.

Et les Sages disent : il lui dit : "Voici le tien devant toi." Là, sur quoi divergent-ils ?

💡 Explication

Autre baraïta. Ha-gozel et ha-para u-shetfa nahar : il vole une vache, un fleuve l'emporte. Rabbi Elazar fait fournir une autre vache. Les Sages : harei shelkha lefanekha.

La question : hatam be-mai ka miflegi. Une vache est mobilière, et son corps est un bien. La midda qui faisait sortir la terre ne sépare plus les deux avis. Leur mahloket, ici, demande une autre raison.

22
אָמַר רַב פָּפָּא: הָתָם בְּמַאי עָסְקִינַן – כְּגוֹן שֶׁגָּזַל שָׂדֶה מֵחֲבֵירוֹ וְהָיְתָה

Rav Pappa dit : Là, de quoi s'agit-il ? Par exemple, il a volé un champ à son prochain, et il y avait

💡 Explication

Rav Pappa réouvre le cas. Hatam be-mai askinan : de quoi parle la baraïta de la vache. Ké-gon she-gazal sade me-havero ve-hayeta : il a volé un champ, et il y avait.

La phrase s'interrompt sur cet amud. Le champ volé reste le cadre. Ce qui s'y trouvait, et ce que le fleuve emporte, commence seulement ici.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).