Sougya : La page poursuit la discussion ouverte en 56b : le gardien d'une aveida (objet perdu) est-il un shomer hinam (gardien gratuit), comme le tient Rabba, ou un shomer sakhar (gardien salarié), comme le tient Rav Yossef. Rav Yossef objecte d'une baraïta : vol ou perte après la restitution, puis la clause ' toujours, jusqu'au domaine du propriétaire '.
Rabba répond par la négligence d'une restitution à midi, et ne concède que pour les animaux habitués à sortir. Rabba objecte à son tour du verset hashev teshivem : un jardin ou une ruine suffisent ; Rav Yossef y lit seulement qu'on n'exige pas la daat baalim (connaissance des propriétaires).
Abaye reprend avec le kefel (double) de celui qui allègue un vol : Rav Yossef place le cas dans le brigand armé, qu'il range parmi les ganavim parce qu'il se cache.
S'il l'a ramenée à un endroit où le propriétaire la verra, il n'est pas tenu de s'en occuper. Si elle a été volée ou perdue, il en porte la responsabilité.
C'est la baraïta que Rav Yossef oppose à Rabba, à la fin de 56b. Deux membres se suivent. Ramenée là où le propriétaire la verra, le trouveur n'a plus à s'en occuper (litapel bah). Volée ou perdue, il en répond.
Rachi fixe le vocabulaire du débat. Le shomer hinam est exempt de geneiva (vol) et d'aveida (perte). Le shomer sakhar en est responsable. Toute la page demande dans lequel de ces deux statuts entre le gardien d'une aveida.
Que signifie ' volée ou perdue ' ? N'est-ce pas : volée de sa maison, ou perdue de sa maison ?
Rav Yossef lit les deux verbes sur la maison du trouveur, avant toute restitution. S'il répond du vol et de la perte survenus chez lui, son statut est celui du shomer sakhar.
Non : de l'endroit où il l'a ramenée.
Rabba déplace le vol et la perte. Ils surviennent au lieu de la restitution, après qu'il a déposé l'objet. Laisser l'objet là est une peshia. Un shomer hinam lui-même répond de sa négligence. La baraïta ne prouve donc pas le statut de salarié.
Mais on enseigne : il n'est pas tenu de s'en occuper !
Rav Yossef reprend le premier membre. Si le trouveur n'a plus à s'en occuper, cesser de s'en occuper n'est pas une peshia. Un vol survenu après cette restitution ne devrait plus le rendre responsable.
Il lui dit : de quoi s'agit-il ici ? Par exemple, il l'a ramenée à midi.
Rabba restreint le second membre. Le cas où il reste responsable est une restitution faite à midi (tsohorayim). À cette heure le propriétaire n'est pas là pour voir l'objet. La déposer alors ne termine pas la garde.
Et elle enseigne deux choses, et voici ce qu'elle enseigne : s'il l'a ramenée le matin à un endroit où il la verra, et qu'il est habituel qu'il entre, qu'il sorte et qu'il la voie, il n'est pas tenu de s'en occuper. S'il l'a ramenée à midi à un endroit où il la verra, alors qu'il n'est pas habituel qu'il entre et qu'il sorte, de sorte qu'il ne la voit pas, et qu'elle a été volée ou perdue, il en porte la responsabilité.
La baraïta se lit en deux halakhot. Le matin, le propriétaire entre et sort : il verra l'objet, et le trouveur a fini. À midi, il ne passe pas : déposer l'objet là est une peshia, et le vol ou la perte qui suit reste à la charge du trouveur.
Rachi situe les deux heures. Shaharite : il est à la maison. Tsohorayim : il est au travail, dans le champ.
Il lui objecta : il en est toujours responsable, jusqu'à ce qu'il la rende dans son domaine. Que signifie ' toujours ' ?
N'est-ce pas : même de sa maison ? Déduis-en qu'il est comme un gardien salarié.
Nouvelle objection, tirée de la suite. Leolam, ' toujours ', étend la responsabilité jusqu'à la remise dans le domaine du propriétaire. Rachi : le mot vise aussi le cas où l'objet a été volé de la maison du trouveur. D'où le statut de shomer sakhar.
Tossefot rattache cette phrase à la seifa de la même baraïta, dans la Tossefta de Bava Metzia, chapitre 2. La déduction porte bien sur geneiva et aveida, puisque c'est la suite du texte qui en parlait.
Il lui dit : je te concède pour les animaux. Puisqu'ils ont pris le chemin du dehors, ils exigent une garde supplémentaire.
Rabba cède sur un seul terrain : les ba'alei 'hayim. Dès qu'ils ont pris nigrei baraita, les pas du dehors (Rachi : pesiot), le vol et la perte sont déjà une peshia. Il faut une netiruta yeterata, une garde supplémentaire, et un shomer hinam lui-même en répond. Les meubles restent au statut du gratuit.
Rachi écarte une autre raison : le salaire de la mitsva. Ici la responsabilité vient de la peshia propre à ces bêtes. Tossefot limite la concession au vol causé par cette habitude de sortir, et explique pourquoi cette réponse n'avait pas été donnée sur le début de la baraïta, qui dit explicitement ' volée '.
Rabba objecta à Rav Yossef : ' Ramène ' (hashev) : je n'en apprends que dans sa maison. Pour son jardin et pour sa ruine, d'où l'apprend-on ?
L'Écrit enseigne : ' tu les ramèneras ' (teshivem), en tout lieu.
Rabba passe à l'attaque, à partir du double verbe de Devarim 22, 1 : hashev teshivem. Hashev enseigne la maison. Teshivem ajoute le jardin et la horva (ruine). Rachi : hashev désigne une restitution réussie, et le jardin des propriétaires suffit au trouveur.
Que signifie ' à son jardin et à sa ruine ' ? Si l'on dit : à son jardin qui est gardé et à sa ruine qui est gardée, c'est sa maison !
C'est donc évident : à son jardin qui n'est pas garde et à sa ruine qui n'est pas gardée. Déduis-en qu'il est comme un gardien gratuit.
Un jardin gardé aurait le même statut que la maison : le verset n'aurait rien ajouté. Le jardin et la ruine visés sont donc non gardés. Le trouveur y achève pourtant sa mitsva. Ce niveau de garde est celui du shomer hinam.
Tossefot glose ' non gardé ' par une perte due à un ruah metsuya, un vent habituel : la shemira (garde) est terminée. La fin de la glose pose déjà la logique du kefel : qui s'est obligé à payer la valeur ne paie pas le double en plus, même si l'objet est retrouvé chez lui.
Il lui dit : en réalité, à son jardin qui est gardé et à sa ruine qui est gardée. Et ce qui te fait difficulté, à savoir que c'est sa maison, voici ce que cela nous apprend : nous n'exigeons pas la connaissance des propriétaires, conformément à Rabbi Elazar.
Rav Yossef maintient un jardin et une ruine gardés. L'enseignement nouveau n'est pas le lieu. C'est qu'il n'y faut pas la daat baalim : le propriétaire n'a pas besoin de savoir que l'objet lui est revenu. La règle est celle de Rabbi Elazar, citée au segment suivant.
Car Rabbi Elazar a dit : tous ont besoin de la connaissance des propriétaires, sauf la restitution d'un objet perdu, puisque la Torah y a multiplié de nombreuses restitutions.
La règle de Rabbi Elazar : ganav, gazlan et chacun des quatre shomrim ne sortent de leur responsabilité qu'en informant le propriétaire. L'hashavat aveida est l'exception. La Torah y a multiplié les hashavot, par le double verbe hashev teshivem : la restitution vaut même sans que le propriétaire le sache.
Abaye dit à Rav Yossef : et toi, ne tiens-tu pas que le gardien d'un objet perdu est comme un gardien gratuit ? Or Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui allègue la prétention d'un voleur au sujet d'un objet perdu paie le double.
Et si tu penses qu'il est un gardien salarié, pourquoi paie-t-il le double ? Il doit payer le principal !
Abaye tient le même statut que Rabba, et le prouve par le kefel. Rabbi Yo'hanan : sur une aveida, la ta'anat ganav - ' un voleur me l'a prise ' - aboutit au double si l'objet est retrouvé chez lui. Le verset de Chemoth 22, 6, lu au chapitre Merouba, applique le double à celui qui se prétend victime d'un vol et qui est lui-même le voleur.
Ce double suppose que la prétention l'aurait exempté. Un shomer sakhar, dès qu'il dit que l'objet a été volé, doit déjà le keren. La prétention ne lui achetait aucune exemption. Le kefel enseigné par Rabbi Yo'hanan place donc le gardien d'aveida du côté du shomer hinam.
Il lui dit : de quoi s'agit-il ici ? Par exemple, il allègue la prétention d'un brigand armé.
Rav Yossef maintient le shomer sakhar. Le cas de Rabbi Yo'hanan est une prétention de listim mezuyan, brigand armé. Rachi : il s'exemptait par un ones. Même un salarié est exempt d'un ones. La prétention, si elle était vraie, l'aurait donc libéré, et le kefel a sa place quand elle est fausse.
Tossefot demande pourquoi passer par le brigand armé, qu'il faudra ensuite déclarer ganav. Un vol sous contrainte - galerie sous terre, trouble de l'esprit, sommeil forcé - exempte déjà le salarié, et le kefel s'y trouve. La fin de la glose rapporte l'avis du Ri : le verset oblige le salarié pour tout vol, même proche de l'ones, alors qu'il l'exempte pour la shevuya, identifiée au brigand armé. Tossefot note que cette distinction est forcée.
Il lui dit : un brigand armé est un ravisseur !
Abaye sépare les statuts. Le listim mezuyan est un gazlan : il prend de force, au grand jour. Le kefel est écrit pour la prétention de ganav, celui qui vole ' de la maison de l'homme '. Ranger le brigand armé dans l'ones ne suffit pas : Rabbi Yo'hanan a parlé d'un vol, et d'un double de voleur.
Il lui dit : moi, je dis : un brigand armé, puisqu'il se cache des gens, est un voleur.
Rav Yossef reclasse le brigand armé. Mitmar me-inshei : il se cache des gens. Ce trait est celui du ganav, et le kefel le suit. Rachi tient les deux bouts : la prétention, quand elle est fausse, produit le double ; quand elle est vraie, le shomer sakhar reste exempt, parce qu'il est anus.
Il lui objecta :
Abaye ouvre une nouvelle objection. Le mot aiteiveh annonce une baraïta ; son texte commence sur 57b. L'attaque vise la réponse de Rav Yossef sur le brigand armé.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).