Bava Kamma 58b - Estimer le dégât dans soixante, et le palmier coupé

Bava_Kamma 58b

Sougya : La page ferme la question de Rabbi Yirmeya : la bête descendue au jardin a abîmé les fruits en mettant bas. Teikou.

Elle ouvre ensuite l'estimation du paiement de ce qu'elle a endommagé. Rav Matna lit uvi'er bisdé aher (Shemot 22, 4) : le domaine public est exclu, et le dégât s'estime sur un champ plus large, une part dans soixante.

Rabbi Yosse bar Hanina, Rabbi Yannai et Hizkiya divergent sur l'échelle ; Rav Pappa et Rav Houna bar Manoah divergent sur la baraïta qui écarte le kav et le beit kor. Un homme coupe un palmier : le resh galouta prend le tiers de cent zouz, Rav Nahman estime dans soixante.

Rava réserve ce rapport à la bête, et Abaye montre que les baraïtot du corps et du bien utilisent la même formule.

Uvi'er bisdé aher : deux halakhot Shemot 22, 4. Rav Matna, puis le va-et-vient de la Guemara. uvi'er bisdé aher et il a brouté dans un autre champ Exclure le domaine public aher : le champ d'un autre homme. La bête qui broute dans le reshut harabbim ne fait pas payer. S'il n'y avait que cela, écrire bisdé haveiro, ou sédé aher. Le libellé réel dit autre chose. Estimer sur un autre champ bisdé aher : dans un champ autre. On estime le dégât sur le fond d'un champ plus large. La plate-bande mangée, seule, ne fixe pas le prix. Samin al gav sade aher. Objection Si tout le verset vise l'estimation, d'où tient-on l'exclusion du domaine public ? Réponse : chema mina tartei À côté du paiement, meitav sadehou yeshalem bisdé aher enseigne l'estimation. À côté de uvi'er, l'acte de brouter enseigne aussi le lieu du dégât.
Le verset uvi'er bisdé aher exclut le domaine public et enseigne l'estimation sur un champ plus large.
Une part dans soixante : quelle unité ? se'a = 6 kav. tarkav = 3 kav = demi-se'a. kor = 30 se'a. R. Yosse bar Hanina se'a dans 60 se'a La clairière se voit dans un beit se'a. Le prix de ce beit se'a se prend dans les soixante. Le beit se'a seul se vend cher : le mazik paierait trop. Rabbi Yannai tarkav dans 60 tarkav Soit 30 se'a, pas 60. 60 se'a : peu d'acheteurs. Trop pour un homme moyen, trop peu pour un homme abondant en biens. À 60 se'a, le nizak perd. Hizkiya kelah dans 60 kelahim Une tige, rapportée à soixante tiges pareilles. L'unité est ce qui a été mangé, pas un grand champ. Le trou se voit davantage. Rav Pappa : viser le mazik Kav dans 60 kav (10 se'a) : marché mauvaise, trou invisible. Le mazik paie moins. Écarte. Kor dans 60 kor : la grande terre se vend au-dessus de sa valeur, le trou est énorme. Le mazik paie plus. Écarte. Rachi : chaque se'a dans 60. Il lit beit kor comme kor. Rav Houna : viser le nizak Kav seul, en face de soi : petite parcelle, vendue cher. Le nizak reçoit trop. Écarte. Kav dans un beit kor (30 se'a) : la clairière ne se voit pas. Le nizak reçoit moins. Écarte. Retenu : dans soixante. Le libellé dit kav, puis beit kor. Il garde les deux mots tels quels.
Trois échelles d'une part dans soixante, puis les deux lectures de la baraïta du kav et du beit kor.
Le palmier : tiers, ou part dans soixante Trois palmiers en touffe. Le groupe vaut 100 zouz. Un seul est coupé. Kashba : palmier, selon Rachi. Palmier perse, selon l'Aroukh. Resh galouta Il a vu les trois. 100 / 3 33 zouz et un tiers Le coupeur appelle cela dina de-parsa'ah. Rachi : hors du din Torah. Rav Nahman Même dossier. be-shishim Le palmier se rapporte à soixante unités. Le tiers du groupe ne fait pas le paiement. Rava Soixante allège le mazik dans nizkei mamono : le dégât de sa bête. Le diras-tu pour nizkei gufo : l'homme a coupé de ses mains ? Abaye : la source de Rava Vigne détruite au semadar : valeur d'avant, valeur d'après. Soixante n'y est pas dit. La bête aussi : plant coupé, haziz mangé. Même formule, ou un tarif, ou le reste à la moisson. Le silence sur soixante est le même pour la bête, où le rapport s'applique pourtant. La page s'arrête sur cette baraïta. La suite tranchera plus loin.
Cent zouz pour trois palmiers : le resh galouta prend le tiers, Rav Nahman estime dans soixante, Rava sépare le corps et le bien.
1
ולאסתמורי בגוה? תיקו.

et de veiller sur elle ? Teikou.

📜 Rachi (1)
ולאסטמורי בגוה להשמר ולהזהר בה:
De se garder et de faire attention à elle.
💡 Explication

Fin de la question de Rabbi Yirmeya, ouverte en 58a. La bête est descendue d'elle-même dans le jardin et a abîmé les fruits avec les eaux de la mise bas.

Chez l'avis qui tient pour responsable un cas tehila bi-peshia ve-sofo be-ones (début par négligence, fin par accident), il paie : il devait déjà l'empêcher d'entrer. Le teikou s'ouvre chez l'avis qui exempte ce schéma. Ici, tout est peut-être négligence : il voyait qu'elle était proche de mettre bas, il devait la garder et veiller sur elle. La question reste sans décision.

🖼️ Schéma
Mei leida : où le teikou se pose Tehila bi-peshia, hayav Début : il l'a laissée entrer. Fin : les eaux de la mise bas. Pour cet avis, il est tenu. Il paie. Le teikou est ailleurs. Avis patur : le teikou Ou bien : tout est peshia. Il voyait l'approche de la mise bas. Il devait veiller sur elle. Teikou. Sans décision.
Le teikou ne se pose que chez l'avis qui exempte un début par négligence et une fin par accident.
2
כיצד משלמת מה שהזיקה וכו׳. מנא הני מילי?

Comment paie-t-elle ce qu'elle a endommagé, et la suite. D'où ces paroles ?

💡 Explication

Citation de la michna. Quand la bête paie ce qu'elle a endommagé, on estime un beit se'a dans ce champ : combien il valait, combien il vaut. Mena hani milei : d'où la Torah tire cette manière d'estimer.

3
אמר רב מתנה, דאמר קרא: ״ובער בשדה אחר״ – מלמד ששמין על גב שדה אחר.

Rav Matna dit : le verset dit uvi'er bisdé aher (et il a brouté dans un autre champ). Cela enseigne que l'on estime sur le fond d'un autre champ.

💡 Explication

Rav Matna lit uvi'er bisdé aher (Shemot 22, 4). On estime la clairière sur le fond d'un champ plus large, et pas la plate-bande toute seule. C'est le samin al gav sade aher de la suite du daf.

4
האי ״ובער בשדה אחר״ מבעי ליה לאפוקי רשות הרבים!

Ce verset, uvi'er bisdé aher, est nécessaire pour exclure le domaine public !

💡 Explication

Première lecture, avant celle de Rav Matna. Aher désigne le champ d'un autre. Le verset de la dent (shen : la bête qui mange) ne s'applique que là. Dans le reshut harabbim, ce dégât ne se paie pas.

5
אם כן, לכתוב רחמנא ״ובער בשדה חבירו״, אי נמי ״שדה אחר״! מאי ״בשדה אחר״? ששמין על גב שדה אחר.

S'il en est ainsi, que le Miséricordieux écrive uvi'er bisdé haveiro (et il a brouté dans le champ de son prochain), ou bien sédé aher (un champ autre). Que vient faire bisdé aher (dans un champ autre) ?

C'est que l'on estime sur le fond d'un autre champ.

💡 Explication

Deux autres libellés diraient le champ d'autrui. Bisdé haveiro : dans le champ de son prochain. Sédé aher : un champ autre, objet du verbe. Le verset dit bisdé aher, dans un champ autre. De ce tour, on apprend l'estimation sur un champ plus large.

6
ואימא כוליה להכי הוא דאתא; לאפוקי רשות הרבים מנלן?

Et je dirais : c'est tout entier pour cela qu'il est venu. L'exclusion du domaine public, d'où nous vient-elle ?

💡 Explication

Si bisdé aher ne vise que l'estimation, la première halakha perd sa source. Il faut encore un verset pour écarter le reshut harabbim.

7
אם כן, לכתביה רחמנא גבי תשלומין – ״מיטב שדהו ומיטב כרמו ישלם בשדה אחר״! למה לי דכתביה רחמנא גבי ״ובער״? שמע מינה תרתי.

S'il en est ainsi, que le Miséricordieux l'écrive auprès des paiements : meitav sadehou ve-meitav karmo yeshalem bisdé aher (le meilleur de son champ et le meilleur de sa vigne, il paiera, dans un autre champ). Pourquoi ai-je besoin que le Miséricordieux l'écrive auprès de uvi'er ?

Apprends-en deux choses.

💡 Explication

La place des mots décide. Colle à yeshalem, bisdé aher ne parlerait que de l'estimation. Colle à uvi'er, l'acte de brouter, il parle aussi du lieu. Chema mina tartei : le dégât a eu lieu dans le champ d'autrui, et on l'estime sur un champ plus large.

8
היכי שיימינן? אמר רבי יוסי בר חנינא: סאה בששים סאין. רבי ינאי אמר: תרקב בששים תרקבים. חזקיה אמר: קלח בששים קלחים.

Comment estime-t-on ? Rabbi Yosse bar Hanina dit : une se'a dans soixante se'a.

Rabbi Yannai dit : un tarkav dans soixante tarkav. Hizkiya dit : une tige dans soixante tiges.

📜 Rachi (4)
היכי שיימינן לבית סאה דמתני':
Pour le beit se'a de la michna.
סאה בס' סאין האי בית סאה דקתני במתני' דבשביל ערוגה אחת שמין בית סאה לאו בית סאה באנפי נפשה שיימינן דמכחישין ליה למזיק לפי שבית סאה נמכרת ביוקר לפי שמועט הוא ואינו מצוי לימכר ועני שאין ידו משגת לדמי קרקע גדולה קונה אותו ביותר מדמיו וקרחת ערוגה של קב או קביים חשיב לו לפי דמיו אלא שמין ששים סאים כמה שוין ורואין כמה דמים מגיעין לבית סאה וחוזרין ושמין כמה נפחתו דמיו בשביל קרחת ערוגה זו. וא"ת למה הוזכר בית סאה שאם היה שמין מתחלה הערוגה בששים סאין כמה היו יפין וכמה הן יפין לא היה משלם כלום שאין קרחת ערוגה קטנה ניכרת בששים סאין אבל בבית סאה ניכרת:
Ce beit se'a que la michna enseigne, à savoir que pour une seule plate-bande on estime un beit se'a : on n'estime pas le beit se'a à part. On affaiblirait le mazik, car un beit se'a se vend cher : il est petit, et on le trouve rarement à vendre. Un pauvre, dont les moyens n'atteignent pas le prix d'une grande terre, l'achète au-dessus de sa valeur. La clairière d'une plate-bande d'un kav ou de deux kav lui serait alors comptée à ce prix. On estime plutôt soixante se'a, combien elles valent. On voit combien d'argent revient à un beit se'a. Puis on estime de combien sa valeur a baissé à cause de cette clairière de plate-bande. Et si tu dis : pourquoi mentionner le beit se'a ? Si l'on estimait dès le départ la plate-bande dans soixante se'a, combien elles valaient et combien elles valent, il ne paierait rien : la clairière d'une petite plate-bande ne se remarque pas dans soixante se'a. Dans un beit se'a, elle se remarque.
תרקב בששים תרקבין שלשים סאין שמין ולא ששים דא"כ מפסדת ליה לניזק שאין קונין מצויין לששים סאין לפי שמרובין הן לאדם בינוני ומועטין הן למשופע בנכסים:
On estime trente se'a, et non soixante. Sinon on ferait perdre au nizak : les acheteurs ne se trouvent pas pour soixante se'a, car elles sont trop nombreuses pour un homme moyen, et trop peu nombreuses pour celui qui abonde en biens.
קלח בס' קלחים מה שאכלה בס' שיעורין כמותו:
Ce qu'elle a mangé, dans soixante mesures semblables à celle-là.
💡 Explication

Trois shiourim pour le même principe : une part dans soixante. Rabbi Yosse bar Hanina prend la se'a. Rachi explique le détour : le beit se'a seul se vend cher, le mazik paierait trop ; soixante se'a donnent le juste prix de cette se'a. La plate-bande, elle, doit rester visible : dans soixante se'a, sa clairière disparaît.

Rabbi Yannai descend au tarkav, un demi-se'a. Soixante tarkav font trente se'a. Soixante se'a entières trouvent peu d'acheteurs, et le nizak serait lésé. Hizkiya descend à la tige (kelah) : ce qui a été mangé, rapporté à soixante mesures pareilles.

🖼️ Schéma
Trois échelles pour le même trou Yosse bar Hanina 1 se'a dans 60 se'a Champ large. Le mazik paie moins. Rabbi Yannai 1 tarkav dans 60 tarkav 30 se'a au total. Milieu, pour le nizak. Hizkiya 1 tige dans 60 tiges Plus petite unité. Le trou se voit mieux.
Plus l'unité est petite, plus la clairière se voit et plus le paiement monte.
9
מיתיבי: אכלה קב או קביים – אין אומרים תשלם דמיהן, אלא רואין אותה כאילו היא ערוגה קטנה, ומשערים אותה. מאי, לאו בפני עצמה?

On objecte : elle a mangé un kav ou deux kav. On ne dit pas qu'elle paiera leur prix.

On la voit comme si elle était une petite plate-bande, et on l'évalue. Quoi, n'est-ce pas par elle-même ?

📜 Rachi (2)
משלם דמיהן כמו שנמכרין קב או קביים בשוק:
Comme un kav ou deux kav se vendent au marché.
מאי לאו בפני עצמו וקשיא לכולהו:
Quoi, n'est-ce pas par lui-même ? Et c'est une difficulté pour tous.
💡 Explication

La baraïta refuse le prix de marché du kav mangé. On traite la surface comme une petite arouga et on l'estime. La Guemara propose : estimée seule, sans la rapporter à soixante. Cette lecture gêne les trois avis, qui ont tous un multiple.

10
לא, בששים.

Non : dans soixante.

📜 Rachi (1)
לא בששים ולכל חד כדאית ליה:
Et pour chacun selon son avis.
💡 Explication

Be-shishim : la petite plate-bande s'estime dans soixante, pas seule. Chacun garde son unité : se'a, tarkav ou tige.

11
תנו רבנן: אין שמין קב – מפני שמשביחו, ולא בית כור – מפני שפוגמו.

Les Sages ont enseigné : on n'estime pas un kav, parce que cela l'améliore, ni un beit kor, parce que cela le diminue.

💡 Explication

Baraïta courte. Mashbiah : on améliore la position de quelqu'un. Pogem : on la diminue. Le pronom reste ouvert. Rav Pappa et Rav Houna ne le lisent pas sur la même personne, et pas sur la même échelle.

12
מאי קאמר? אמר רב פפא, הכי קאמר: אין שמין קב בששים קבים – מפני שמשביח מזיק, ולא כור בששים כורין – מפני שפוגם מזיק.

Que dit-il ? Rav Pappa dit : voici ce qu'il dit.

On n'estime pas un kav dans soixante kav, parce que cela améliore le mazik. Et on n'estime pas un kor dans soixante kor, parce que cela diminue le mazik.

📜 Rachi (3)
אין שמין קב בששים קבים אם אכלה קב אין שמים בששים קבים:
Si elle a mangé un kav, on n'estime pas dans soixante kav.
מפני שמשביח מזיק דששים קבים אין להם מכר מפני שמרובין הן לעני ומועטין לבינוני וכל שכן לעשיר ועוד שאין קרחת קב ניכרת בששים קבים:
Car soixante kav n'ont pas de marché : ils sont trop nombreux pour un pauvre, et trop peu pour un homme moyen, à plus forte raison pour un riche. De plus, la clairière d'un kav ne se remarque pas dans soixante kav.
ולא כור בששים כורין אכלה כור תבואה אין שמין אותה בששים כורין. מפני שפוגם מזיק. לפי שאדם המשופע בנכסים ותאב לקנות קרקע גדולה קונה אותה כשהוא מוצאה בהרבה יותר מדמיו ועוד קרחת כור גדולה היא מאד אלא כל סאה שמין בששים:
Elle a mangé un kor de grain : on n'estime pas cela dans soixante kor. Parce que cela diminue le mazik. Un homme qui abonde en biens et qui désire acheter une grande terre l'achète, quand il la trouve, bien au-dessus de sa valeur. De plus, la clairière d'un kor est très grande. Chaque se'a, on l'estime dans soixante.
💡 Explication

Rav Pappa complète la baraïta des deux côtés, et les deux côtés visent le mazik. Un kav dans soixante kav : la parcelle se vend mal, le trou ne se voit pas, il paie moins. Un kor dans soixante kor : qui cherche une très grande terre paie au-dessus du prix, et le trou d'un kor est énorme, il paie plus. Rachi conclut : chaque se'a s'estime dans soixante.

13
מתקיף לה רב הונא בר מנוח: האי ״ולא בית כור״?! ״ולא כור״ מבעי ליה!

Rav Houna bar Manoah l'attaque : ce ni un beit kor ?! Il fallait dire : ni un kor !

📜 Rachi (1)
ולא כור מבעי ליה כדקתני אין שמין קב ולא קתני בית קב:
Comme il enseigne : on n'estime pas un kav, et il n'enseigne pas : un beit kav.
💡 Explication

Le libellé casse le parallélisme de Rav Pappa. Le premier membre dit kav, pas beit kav. Le second dit beit kor, pas kor. Rav Houna refuse de réécrire le second sur le modèle du premier.

14
אלא אמר רב הונא בר מנוח משמיה דרב אחא בריה דרב איקא, הכי קתני: אין שמין קב בפני עצמו – מפני שמשביח ניזק, ולא קב בבית כור – מפני שפוגם ניזק; אלא בששים.

Mais Rav Houna bar Manoah dit au nom de Rav Aha, fils de Rav Ika : voici ce que l'on enseigne. On n'estime pas un kav par lui-même, parce que cela améliore le nizak.

Et on n'estime pas un kav dans un beit kor, parce que cela diminue le nizak. On estime dans soixante.

📜 Rachi (2)
קב בבית כור אין קרחתו נראית:
Sa clairière ne se voit pas.
כור שלשים סאה:
Trente se'a.
💡 Explication

Ici les deux bouts visent le nizak. Le kav seul se vend cher : il recevrait trop. Le kav perdu dans un beit kor (trente se'a, dit Rachi) ne laisse pas voir sa clairière : il recevrait trop peu. Le milieu retenu est be-shishim.

Les mots restent ceux de la baraïta : kav d'un côté, beit kor de l'autre. Le second n'est plus un kor rapporté à soixante kor. C'est un kav estimé à l'intérieur d'un beit kor.

🖼️ Schéma
Rav Houna bar Manoah : trois manières d'estimer un kav Kav seul Vendue cher, faute d'acheteurs pour une grande terre. Mashbiah le nizak. La baraïta l'écarte. Kav dans un beit kor Beit kor = 30 se'a. La clairière d'un kav ne s'y voit pas. Pogem le nizak. La baraïta l'écarte. Dans soixante Ni le prix de la petite parcelle, ni le grand champ. Ela be-shishim. C'est la lecture retenue.
Kav seul : le nizak gagne trop. Kav dans un beit kor : il perd. Le milieu est soixante.
15
ההוא גברא דקץ קשבא מחבריה. אתא לקמיה דריש גלותא, אמר ליה: לדידי חזי לי, ותלתא תאלתא בקינא הוו קיימי, והוו שוו מאה זוזי. זיל הב ליה תלתין ותלתא ותילתא. אמר: גבי ריש גלותא דדאין דינא דפרסאה, למה לי? אתא לקמיה דרב נחמן, אמר ליה: בששים.

Un homme coupa un kashba de son prochain. Il vint devant le resh galouta.

Celui-ci lui dit : moi, je l'ai vu. Trois talata se tenaient en une touffe, et ils valaient cent zouz.

Va, donne-lui trente-trois et un tiers. Il dit : auprès du resh galouta, qui juge selon le droit perse, qu'ai-je à faire ?

Il vint devant Rav Nahman. Celui-ci lui dit : dans soixante.

📜 Rachi (4)
קשבא דקל:
Un palmier.
אמר ליה ריש גלותא אני ראיתי:
Le resh galouta : moi, j'ai vu.
ותלתא תאלתא בקינא הוו שלשה דקלים זה אצל זה:
Trois palmiers, l'un à côté de l'autre.
דינא דפרסאה שאינו דין תורה:
Qui n'est pas un din Torah.
🗂️ Tossefot (2)
קשבא פי' בקונטרס דקל וכן משמע דקאמר ותלתא תאלתא בקינא הוו קיימי ותאלי הם דקלים כדמוכח בהחובל (לקמן בבא קמא דף צב.) חזא תאלי בי גופני וקאמר גופני קנו דקלי וקשה דבפ"ק דע"ז (דף יד:) תנן דקל טב וחצב ונקלבא ומפרש בגמ' חצב קשבא ושמא יש מיני דקלים הרבה שאחד קרוי דקל סתם ואחד קרוי חצב דהיינו קשבא ובערוך פירש דקשבא הוא דקלא פרסאה:
Explication dans le kountres : un palmier. Et c'est bien ainsi que le sens se présente, puisqu'il dit : et trois talata se tenaient en une touffe. Or les talei sont des palmiers, comme on le voit dans HaHovel (plus loin, Bava Kamma 92a) : il vit des talei parmi les vignes, et l'on dit : les vignes ont acquis les palmiers. Il y a une difficulté. Au premier chapitre d'Avoda Zara (14b), la michna enseigne : un palmier de qualité, un hatsav et un niklava. Et la Guemara explique : hatsav, c'est kashba. Peut-être y a-t-il de nombreuses espèces de palmiers : l'une s'appelle palmier sans autre précision, et l'autre s'appelle hatsav, c'est-à-dire kashba. Et l'Aroukh explique que kashba est le palmier perse.
דדאין דינא דפרסאה י"מ של דקל פרסאי דאמר לקמן הלכתא כוותיה דריש גלותא בדקלא פרסאה ולפי מה שפירש בערוך דקשבא דקלא פרסאה אי אפשר לפרש כן:
Certains expliquent : il s'agit du palmier perse, car il est dit plus loin : la halakha suit le resh galouta pour le palmier perse. Et selon l'explication de l'Aroukh, pour qui kashba est le palmier perse, on ne peut pas expliquer ainsi.
💡 Explication

Trois palmiers groupés, cent zouz pour le groupe. Le resh galouta prend le tiers : trente-trois zouz et un tiers. Le coupeur qualifie ce jugement de dina de-parsa'ah. Rachi : un droit autre que le din Torah. Rav Nahman répond par le rapport du daf : be-shishim.

Tossefot tiennent deux lectures de kashba. Rachi : un palmier, et les talei de HaHovel le confirment. Avoda Zara 14b identifie le hatsav au kashba : peut-être une espèce parmi d'autres. L'Aroukh : le palmier perse. Dès lors, dina de-parsa'ah ne peut plus vouloir dire le droit spécial du palmier perse, celui où, plus loin, la halakha suit le resh galouta.

🖼️ Schéma
Cent zouz, trois palmiers Le groupe 3 palmiers 100 zouz en une touffe Resh galouta 100 / 3 33 et 1/3 part égale du groupe Rav Nahman be-shishim 1 dans 60 pas le tiers du trio
Le resh galouta divise 100 zouz par 3. Rav Nahman rapporte le palmier à soixante.
16
אמר ליה רבא: אם אמרו בנזקי ממונו, יאמרו בנזקי גופו?!

Rava lui dit : s'ils l'ont dit pour les dommages de son bien, le diront-ils pour les dommages de sa personne ?

📜 Rachi (3)
אם אמרו בס' להקל על המזיק:
Dans soixante, pour alléger le mazik.
בנזקי ממונו במה שאכלה בהמתו והזיקה:
En ce que sa bête à mangé et à cause un dommage.
יאמרו בנזקי גופו שמזיק בעצמו בידים שקצץ לדקל:
Qui cause un dommage lui-même, de ses mains, en coupant le palmier.
💡 Explication

Rava parle à Rav Nahman. Le rapport de soixante allège le mazik. Il a été dit pour les nizkei mamono : le dégât que fait sa bête. Rava demande s'il passe aux nizkei gufo : l'homme a coupé le palmier de ses mains.

17
אמר ליה אביי לרבא: בנזקי גופו מאי דעתיך – דתניא: המבכיר כרמו של חבירו סמדר – רואין אותו כמה היה יפה קודם לכן, וכמה הוא יפה לאחר מכאן; ואילו בששים לא קתני?

Abaye dit à Rava : pour les dommages de sa personne, quelle est ton opinion ? Car on enseigne : celui qui détruit la vigne de son prochain au stade du semadar, on regarde combien elle valait auparavant et combien elle vaut ensuite.

Et dans soixante, on ne l'enseigne pas ?

📜 Rachi (1)
המבכיר כרמו שיחת וכילה:
Il l'a détruite et il l'a anéantie.
💡 Explication

Abaye cherche la source de Rava. La baraïta parle d'un homme qui détruit la vigne d'autrui au semadar, quand le grain de raisin commence à paraître. On compare la valeur d'avant et la valeur d'après. Le rapport de soixante n'y figure pas. Rachi glose le verbe : il a détruit la vigne et l'a anéantie.

18
אטו גבי בהמתו נמי מי לא תניא כי האי גוונא?! דתניא: קטמה נטיעה – רבי יוסי אומר, גוזרי גזירות שבירושלים אומרים: נטיעה בת שנתה – שתי כסף, בת שתי שנים – ארבעה כסף. אכלה חזיז – רבי יוסי הגלילי אומר: נידון במשוייר שבו, וחכמים אומרים: רואין אותה כמה היתה יפה, וכמה היא יפה.

Et pour sa bête aussi, est-ce que l'on n'enseigne pas de cette manière ?! Car on enseigne : elle a tranché un jeune plant.

Rabbi Yosse dit : ceux qui décrètent les décrets à Jérusalem disent : un plant d'un an, deux pièces d'argent ; de deux ans, quatre pièces d'argent. Elle a mangé du haziz.

Rabbi Yosse le Galiléen dit : on le juge selon ce qui en reste. Et les Sages disent : on regarde combien elle valait, et combien elle vaut.

📜 Rachi (5)
קטמה נטיעה גרסינן בהמה שקטמה נטיעה:
Nous lisons : elle a tranché un jeune plant. Une bête qui a tranché un jeune plant.
גוזרי גזירות קונסי קנסות אדמון וחנן בן אבשלום בפרק בתרא דכתובות:
Fixateurs d'amendes : Admon et Hanan ben Avshalom, au dernier chapitre de Ketoubot.
חזיז שחת:
Du fourrage encore vert.
במשוייר שבה רואין את הנותר לפי מה שתעלה כל ערוגה וערוגה בימי הקציר ומשלם:
On regarde ce qui reste, selon ce que chaque plate-bande produira aux jours de la moisson, et il paie.
כמה היתה יפה הקרקע לימכר כשהיא עם השחת:
La terre, à la vente, lorsqu'elle porte le fourrage.
💡 Explication

Abaye répond à sa propre piste. La même manière de parler, sans dire soixante, existe pour la bête. Rachi le marque sur le verbe : katma est au féminin, c'est la bête qui a tranché le plant.

Deux régimes, dans cette baraïta. Les gozrei gezerot de Jérusalem, Admon et Hanan ben Avshalom, fixent une amende : deux pièces d'argent la première année, quatre la seconde. Pour le haziz, fourrage vert, Rabbi Yosse le Galiléen attend la moisson et paie selon le reste. Les Sages comparent la valeur du champ avec son fourrage, avant et après. La formule du semadar et celle de la bête se recouvrent : avant et après, sans le mot soixante.

🖼️ Schéma
Même formule, bête et homme Nizkei gufo Il détruit la vigne au semadar. Valeur d'avant, valeur d'après. La baraïta omet soixante. Abaye y cherche la source de Rava. Nizkei mamono, la bête Plant coupé : tarif de Jérusalem. Haziz : reste, ou avant / après. La baraïta omet soixante aussi. Pourtant le rapport de soixante vaut pour la bête.
L'homme et la bête ont des baraïtot qui comparent avant et après sans dire soixante.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).