Sougya : La page ferme la question de Rabbi Yirmeya : la bête descendue au jardin a abîmé les fruits en mettant bas. Teikou.
Elle ouvre ensuite l'estimation du paiement de ce qu'elle a endommagé. Rav Matna lit uvi'er bisdé aher (Shemot 22, 4) : le domaine public est exclu, et le dégât s'estime sur un champ plus large, une part dans soixante.
Rabbi Yosse bar Hanina, Rabbi Yannai et Hizkiya divergent sur l'échelle ; Rav Pappa et Rav Houna bar Manoah divergent sur la baraïta qui écarte le kav et le beit kor. Un homme coupe un palmier : le resh galouta prend le tiers de cent zouz, Rav Nahman estime dans soixante.
Rava réserve ce rapport à la bête, et Abaye montre que les baraïtot du corps et du bien utilisent la même formule.
et de veiller sur elle ? Teikou.
Fin de la question de Rabbi Yirmeya, ouverte en 58a. La bête est descendue d'elle-même dans le jardin et a abîmé les fruits avec les eaux de la mise bas.
Chez l'avis qui tient pour responsable un cas tehila bi-peshia ve-sofo be-ones (début par négligence, fin par accident), il paie : il devait déjà l'empêcher d'entrer. Le teikou s'ouvre chez l'avis qui exempte ce schéma. Ici, tout est peut-être négligence : il voyait qu'elle était proche de mettre bas, il devait la garder et veiller sur elle. La question reste sans décision.
Comment paie-t-elle ce qu'elle a endommagé, et la suite. D'où ces paroles ?
Citation de la michna. Quand la bête paie ce qu'elle a endommagé, on estime un beit se'a dans ce champ : combien il valait, combien il vaut. Mena hani milei : d'où la Torah tire cette manière d'estimer.
Rav Matna dit : le verset dit uvi'er bisdé aher (et il a brouté dans un autre champ). Cela enseigne que l'on estime sur le fond d'un autre champ.
Rav Matna lit uvi'er bisdé aher (Shemot 22, 4). On estime la clairière sur le fond d'un champ plus large, et pas la plate-bande toute seule. C'est le samin al gav sade aher de la suite du daf.
Ce verset, uvi'er bisdé aher, est nécessaire pour exclure le domaine public !
Première lecture, avant celle de Rav Matna. Aher désigne le champ d'un autre. Le verset de la dent (shen : la bête qui mange) ne s'applique que là. Dans le reshut harabbim, ce dégât ne se paie pas.
S'il en est ainsi, que le Miséricordieux écrive uvi'er bisdé haveiro (et il a brouté dans le champ de son prochain), ou bien sédé aher (un champ autre). Que vient faire bisdé aher (dans un champ autre) ?
C'est que l'on estime sur le fond d'un autre champ.
Deux autres libellés diraient le champ d'autrui. Bisdé haveiro : dans le champ de son prochain. Sédé aher : un champ autre, objet du verbe. Le verset dit bisdé aher, dans un champ autre. De ce tour, on apprend l'estimation sur un champ plus large.
Et je dirais : c'est tout entier pour cela qu'il est venu. L'exclusion du domaine public, d'où nous vient-elle ?
Si bisdé aher ne vise que l'estimation, la première halakha perd sa source. Il faut encore un verset pour écarter le reshut harabbim.
S'il en est ainsi, que le Miséricordieux l'écrive auprès des paiements : meitav sadehou ve-meitav karmo yeshalem bisdé aher (le meilleur de son champ et le meilleur de sa vigne, il paiera, dans un autre champ). Pourquoi ai-je besoin que le Miséricordieux l'écrive auprès de uvi'er ?
Apprends-en deux choses.
La place des mots décide. Colle à yeshalem, bisdé aher ne parlerait que de l'estimation. Colle à uvi'er, l'acte de brouter, il parle aussi du lieu. Chema mina tartei : le dégât a eu lieu dans le champ d'autrui, et on l'estime sur un champ plus large.
Comment estime-t-on ? Rabbi Yosse bar Hanina dit : une se'a dans soixante se'a.
Rabbi Yannai dit : un tarkav dans soixante tarkav. Hizkiya dit : une tige dans soixante tiges.
Trois shiourim pour le même principe : une part dans soixante. Rabbi Yosse bar Hanina prend la se'a. Rachi explique le détour : le beit se'a seul se vend cher, le mazik paierait trop ; soixante se'a donnent le juste prix de cette se'a. La plate-bande, elle, doit rester visible : dans soixante se'a, sa clairière disparaît.
Rabbi Yannai descend au tarkav, un demi-se'a. Soixante tarkav font trente se'a. Soixante se'a entières trouvent peu d'acheteurs, et le nizak serait lésé. Hizkiya descend à la tige (kelah) : ce qui a été mangé, rapporté à soixante mesures pareilles.
On objecte : elle a mangé un kav ou deux kav. On ne dit pas qu'elle paiera leur prix.
On la voit comme si elle était une petite plate-bande, et on l'évalue. Quoi, n'est-ce pas par elle-même ?
La baraïta refuse le prix de marché du kav mangé. On traite la surface comme une petite arouga et on l'estime. La Guemara propose : estimée seule, sans la rapporter à soixante. Cette lecture gêne les trois avis, qui ont tous un multiple.
Non : dans soixante.
Be-shishim : la petite plate-bande s'estime dans soixante, pas seule. Chacun garde son unité : se'a, tarkav ou tige.
Les Sages ont enseigné : on n'estime pas un kav, parce que cela l'améliore, ni un beit kor, parce que cela le diminue.
Baraïta courte. Mashbiah : on améliore la position de quelqu'un. Pogem : on la diminue. Le pronom reste ouvert. Rav Pappa et Rav Houna ne le lisent pas sur la même personne, et pas sur la même échelle.
Que dit-il ? Rav Pappa dit : voici ce qu'il dit.
On n'estime pas un kav dans soixante kav, parce que cela améliore le mazik. Et on n'estime pas un kor dans soixante kor, parce que cela diminue le mazik.
Rav Pappa complète la baraïta des deux côtés, et les deux côtés visent le mazik. Un kav dans soixante kav : la parcelle se vend mal, le trou ne se voit pas, il paie moins. Un kor dans soixante kor : qui cherche une très grande terre paie au-dessus du prix, et le trou d'un kor est énorme, il paie plus. Rachi conclut : chaque se'a s'estime dans soixante.
Rav Houna bar Manoah l'attaque : ce ni un beit kor ?! Il fallait dire : ni un kor !
Le libellé casse le parallélisme de Rav Pappa. Le premier membre dit kav, pas beit kav. Le second dit beit kor, pas kor. Rav Houna refuse de réécrire le second sur le modèle du premier.
Mais Rav Houna bar Manoah dit au nom de Rav Aha, fils de Rav Ika : voici ce que l'on enseigne. On n'estime pas un kav par lui-même, parce que cela améliore le nizak.
Et on n'estime pas un kav dans un beit kor, parce que cela diminue le nizak. On estime dans soixante.
Ici les deux bouts visent le nizak. Le kav seul se vend cher : il recevrait trop. Le kav perdu dans un beit kor (trente se'a, dit Rachi) ne laisse pas voir sa clairière : il recevrait trop peu. Le milieu retenu est be-shishim.
Les mots restent ceux de la baraïta : kav d'un côté, beit kor de l'autre. Le second n'est plus un kor rapporté à soixante kor. C'est un kav estimé à l'intérieur d'un beit kor.
Un homme coupa un kashba de son prochain. Il vint devant le resh galouta.
Celui-ci lui dit : moi, je l'ai vu. Trois talata se tenaient en une touffe, et ils valaient cent zouz.
Va, donne-lui trente-trois et un tiers. Il dit : auprès du resh galouta, qui juge selon le droit perse, qu'ai-je à faire ?
Il vint devant Rav Nahman. Celui-ci lui dit : dans soixante.
Trois palmiers groupés, cent zouz pour le groupe. Le resh galouta prend le tiers : trente-trois zouz et un tiers. Le coupeur qualifie ce jugement de dina de-parsa'ah. Rachi : un droit autre que le din Torah. Rav Nahman répond par le rapport du daf : be-shishim.
Tossefot tiennent deux lectures de kashba. Rachi : un palmier, et les talei de HaHovel le confirment. Avoda Zara 14b identifie le hatsav au kashba : peut-être une espèce parmi d'autres. L'Aroukh : le palmier perse. Dès lors, dina de-parsa'ah ne peut plus vouloir dire le droit spécial du palmier perse, celui où, plus loin, la halakha suit le resh galouta.
Rava lui dit : s'ils l'ont dit pour les dommages de son bien, le diront-ils pour les dommages de sa personne ?
Rava parle à Rav Nahman. Le rapport de soixante allège le mazik. Il a été dit pour les nizkei mamono : le dégât que fait sa bête. Rava demande s'il passe aux nizkei gufo : l'homme a coupé le palmier de ses mains.
Abaye dit à Rava : pour les dommages de sa personne, quelle est ton opinion ? Car on enseigne : celui qui détruit la vigne de son prochain au stade du semadar, on regarde combien elle valait auparavant et combien elle vaut ensuite.
Et dans soixante, on ne l'enseigne pas ?
Abaye cherche la source de Rava. La baraïta parle d'un homme qui détruit la vigne d'autrui au semadar, quand le grain de raisin commence à paraître. On compare la valeur d'avant et la valeur d'après. Le rapport de soixante n'y figure pas. Rachi glose le verbe : il a détruit la vigne et l'a anéantie.
Et pour sa bête aussi, est-ce que l'on n'enseigne pas de cette manière ?! Car on enseigne : elle a tranché un jeune plant.
Rabbi Yosse dit : ceux qui décrètent les décrets à Jérusalem disent : un plant d'un an, deux pièces d'argent ; de deux ans, quatre pièces d'argent. Elle a mangé du haziz.
Rabbi Yosse le Galiléen dit : on le juge selon ce qui en reste. Et les Sages disent : on regarde combien elle valait, et combien elle vaut.
Abaye répond à sa propre piste. La même manière de parler, sans dire soixante, existe pour la bête. Rachi le marque sur le verbe : katma est au féminin, c'est la bête qui a tranché le plant.
Deux régimes, dans cette baraïta. Les gozrei gezerot de Jérusalem, Admon et Hanan ben Avshalom, fixent une amende : deux pièces d'argent la première année, quatre la seconde. Pour le haziz, fourrage vert, Rabbi Yosse le Galiléen attend la moisson et paie selon le reste. Les Sages comparent la valeur du champ avec son fourrage, avant et après. La formule du semadar et celle de la bête se recouvrent : avant et après, sans le mot soixante.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).