Sougya : La page poursuit la baraïta de la bête qui mange. Pour le semader, Rabbi Yehochoua estime comme des raisins prêts à être vendangés ; les Sages mesurent l'écart de valeur du fonds.
Rabbi Chimon ben Yehouda réserve cet écart aux jeunes pousses, et Ravina rattache le semader aux pagim et au boser. L'écart entre Rabbi Yehochoua et Rabbi Chimon ben Yehouda porte sur le kehash gufna, l'amaigrissement de la vigne, que l'on déduit du paiement.
Abaye rapproche ce calcul du reliquat de Rabbi Yossi ha-Gelili et du meitav de Rabbi Yichmaël, puis des déductions de la sage-femme et des aliments dans la valeur des fœtus. La halakha clôt sur le palmier : l'araméen s'estime avec la terre, le perse s'estime seul.
Elle a mangé du semader. Rabbi Yehochoua dit : on les voit comme s'ils étaient des raisins prêts à être vendangés.
Et les Sages disent : on voit de combien elle valait et de combien elle vaut. Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon : dans quel cas dit-on cela ?
Lorsqu'elle a mangé des loulvei gefanim (jeunes grappes de la vigne) et des yihourei te'enim (rejets de figuiers). Mais si elle a mangé des pagim (figues vertes) ou du boser (raisin vert), on les voit comme s'ils étaient des raisins prêts à être vendangés.
Suite de la baraïta ouverte à l'amoud précédent. Trois stades. Le semader est la grappe mince, juste après la fleur. Rabbi Yehochoua fait payer la valeur de raisins prêts à la vendange. Les Sages mesurent l'écart : combien le fonds valait, combien il vaut. Rachi : cette estimation sert à alléger envers le lésant.
Rabbi Chimon ben Yehouda réserve l'écart du fonds aux loulvei gefanim et aux yihourei te'enim, pousses où la grappe n'est pas encore un fruit. Des pagim ou du boser, déjà de la taille d'une fève, s'estiment comme à la vendange. Tossefot : cette valeur de vendange reste une estimation jointe à la terre, tant que le fruit a besoin du champ. Le paiement de fruits achevés, dans la michna, vise les fruits mûrs.
En tout cas, on enseigne : et les Sages disent : on les voit de combien elle valait et de combien elle vaut. Et l'on n'enseigne pas : dans soixante !
Abaye reprend l'objection adressée à Rava. Même chez les Sages, pour le dommage de la bête, la formule est l'écart de valeur, et le mot be-shishim (rapport à une surface de soixante fois) n'est pas dit.
Mais alors, qu'as-tu à dire ? Dans soixante.
Ici aussi, dans soixante.
La réponse force la lecture. La formule des Sages, " de combien elle valait et de combien elle vaut ", s'entend be-shishim, puisque c'est ainsi que l'on estime le dommage de la bête. La même formule, dans la baraïta de celui qui éclaircit lui-même la vigne d'autrui, s'entend aussi dans soixante.
Abaye dit : Rabbi Yossi ha-Gelili et Rabbi Yichmaël ont dit une même chose.
Abaye aligne deux avis. L'un porte sur le haziz mangé par la bête, l'autre sur le verset du meitav (le meilleur du champ). Les deux estiment le dommage selon ce que le produit allait devenir.
Rabbi Yossi ha-Gelili : ce que nous avons dit.
Renvoi à la baraïta de l'amoud précédent. Pour le haziz, Rabbi Yossi ha-Gelili dit : on juge selon le meschouyar, le reliquat. On regarde ce que chaque plate-bande montera à la moisson, et il paie selon cela.
Rabbi Yichmaël, car on enseigne : " Le meilleur de son champ et le meilleur de sa vigne, il paiera " : le meilleur du champ du lésé, et le meilleur de la vigne du lésé. Paroles de Rabbi Yichmaël.
Rabbi Akiva dit : le verset n'est venu que pour faire recouvrer aux lésés sur l'idit, et à fortiori pour l'hekdech.
Le verset (Chemot 22, 4) dit meitav sadehou. Rabbi Yichmaël le rapporte au lésé : on paie selon le meilleur de son champ et de sa vigne. Rabbi Akiva le rapporte au recouvrement : la somme estimée se prend sur l'idit, la terre de première qualité du lésant. Rachi : cent estimés, cent d'idit. Un kal va-homer étend la règle à l'hekdech, le bien consacré.
Et ne dis pas comme Rav Idi bar Avin. Car Rav Idi bar Avin a dit : par exemple, elle a mangé une plate-bande parmi les plate-bandes, et nous ne savons pas si elle était maigre ou si elle était grasse.
Il dit : lève-toi, paie la grasse, avec le meilleur qu'il y a maintenant. Car nous ne disons pas ainsi.
Lecture écartée. Rav Idi bar Avin plaçait le meitav dans un doute : une plate-bande parmi d'autres, maigre ou grasse, inconnue. Le verset ferait payer la grasse, le meilleur présent maintenant. La Guemara refuse cette lecture pour Rabbi Yichmaël.
Rachi rappelle la difficulté du premier chapitre et la règle hamotsi me-haveiro alav ha-reaya : la charge de la preuve est sur le demandeur. Sans preuve, on paie le maigre. Le meitav de Rabbi Yichmaël vise donc la valeur future de la plate-bande mangée.
Quelle est la raison ? Celui qui retire un bien à son prochain, la preuve lui incombe.
Plutôt : avec le meilleur qui est devant lui. Et qu'est-ce ?
Selon la manière dont il montera.
Deux temps. D'abord la raison du refus de Rav Idi : hamotsi me-haveiro alav ha-reaya. Ensuite la lecture retenue : meitav de-lekameih, le meilleur à venir. Rachi : ke-heikh de-salik, tel que le produit montera aux jours de la moisson. C'est le même calcul que le meschouyar de Rabbi Yossi ha-Gelili.
Tossefot : Abaye lit aussi une divergence sur le reliquat, en plus de la divergence lésé / lésant connue à Guitin. La formule de Rabbi Akiva, " le verset n'est venu que ", écarte une sévérité supplémentaire, celle du reliquat porté jusqu'à la moisson.
Le maître a dit : Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon : dans quel cas dit-on cela ? Lorsqu'elle a mangé des loulvei gefanim et des yihourei te'enim.
Donc le semader : on les voit comme s'ils étaient des raisins prêts à être vendangés. Dis la fin : ce sont des pagim ou du boser que l'on voit comme s'ils étaient des raisins prêts à être vendangés.
Donc le semader : on les voit de combien elle vaut et de combien elle valait !
Les deux bouts de la phrase de Rabbi Chimon ben Yehouda tirent le semader dans deux sens. Le début limite l'écart du fonds au loulav et au rejet : le semader irait donc avec la vendange. La fin réserve la vendange aux pagim et au boser : le semader resterait dans l'écart du fonds.
Ravina dit : lie et enseigne. Dans quel cas dit-on cela ?
Lorsqu'elle a mangé des loulvei gefanim et des yihourei te'enim. Mais si elle a mangé du semader, des pagim ou du boser, on les voit comme s'ils étaient des raisins prêts à être vendangés.
Kerokh ve-teni : on rattache le semader au second membre, avec les pagim et le boser. L'écart de valeur du fonds reste réservé aux pousses. Rachi : le semader est ajouté à ce second groupe.
S'il en est ainsi, Rabbi Chimon ben Yehouda, c'est Rabbi Yehochoua !
Une fois le semader placé avec les pagim, Rabbi Chimon ben Yehouda dit sur le semader la même chose que Rabbi Yehochoua. Pourquoi deux avis ? Tossefot explique le choix de Ravina : le semader se groupe avec les pagim, parce qu'il compte déjà comme eux, et il ne se groupe pas avec les loulavim.
Il y a entre eux l'amaigrissement de la vigne. Et ils ne sont pas précisés.
La nafka mina est le kehash gufna. Les grappes, jusqu'à la vendange, pompent la sève. Mangées tôt, elles n'amaigrissent plus la vigne. Un avis déduit cet amaigrissement du paiement ; l'autre ne le déduit pas. La Guemara ne dit pas encore lequel des deux tient la déduction.
Tossefot écarte un repérage trop vite. On ne peut pas dire que le tanna cité ensuite vient seulement pour alourdir le paiement, car il commente la parole des Sages, et l'ajout peut ne viser qu'eux.
Abaye dit : ils sont précisés, et ils sont précisés ! Quel est le tanna qui tient compte de l'amaigrissement de la vigne ?
C'est Rabbi Chimon ben Yehouda. Car on enseigne : Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon ben Menassia : l'ones ne paie pas la douleur, parce qu'elle finira par souffrir sous son mari.
Ils lui ont dit : celle qui a un rapport de son gré ne ressemble pas à celle qui a un rapport par contrainte.
Abaye fixe les rôles. Celui qui déduit le kehash gufna est Rabbi Chimon ben Yehouda. Preuve, une autre baraïta au même nom : l'ones (celui qui a contraint) ne paie pas le tzaar, la douleur, parce que cette douleur arrivera sous le mari. On déduit du paiement une perte qui allait avoir lieu. Rachi : on déduit selon l'amaigrissement à venir.
Les Sages répondent que le rapport par ones et le rapport de gré ne se comparent pas : la douleur contrainte reste due. Tossefot : Abaye ne les exclut pas de tout calcul ; eux aussi tiennent compte de la suite, et ils refusent la comparaison. À Ketoubot, la même logique explique pourquoi la michna quitte le mefateh (le séducteur) du tzaar de la chute des betoulim, et pourquoi la Guemara demande alors de quelle douleur l'ones est tenu.
Abaye dit : ces tannaïm, et Rabbi Chimon ben Yehouda, ont dit une même chose. Rabbi Chimon ben Yehouda : ce que nous avons dit.
Ces tannaïm, qu'est-ce ?
Deuxième rapprochement d'Abaye. Rabbi Chimon ben Yehouda est déjà connu : il déduit la perte à venir. La Guemara cherche les tannaïm qui font le même geste dans un autre paiement.
Car on enseigne : Rabbi Yossi dit : déduction de la sage-femme. Ben Azaï dit : déduction des aliments.
Cas des dmei veladot, la valeur des fœtus versée au mari quand un coup a fait avorter. Rabbi Yossi : nakhei hayya, on déduit le salaire de la sage-femme que le mari allait payer. Ben Azaï : nakhei mezonot, on déduit le supplément d'aliments des jours de kichoui (les douleurs de l'enfantement), qui n'auront pas lieu.
Rachi sépare les comptes. Dommage et douleur de la femme se paient à elle. La déduction porte sur la part du mari.
Celui qui dit : déduction de la sage-femme, à plus forte raison déduction des aliments. Et celui qui dit : déduction des aliments, mais déduction de la sage-femme, non.
Car il lui dit : ma femme est habile, et elle n'a pas besoin de sage-femme.
Les deux déductions ne sont pas symétriques. Qui déduit la sage-femme déduit aussi les aliments : la dépense du kichoui allait avoir lieu. Qui ne dit que les aliments peut refuser la sage-femme : le mari répond que sa femme est pekikha, capable d'enfanter sans elle.
Rav Papa et Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, ont agi en pratique selon Rav Nahman, dans soixante.
Retour à l'estimation, après le récit du palmier coupé devant Rav Nahman (amoud précédent). Rav Papa et Rav Houna bera de-Rav Yehochoua ont tranché be-shishim, comme Rav Nahman : le dommage se mesure dans un ensemble de soixante fois.
Autre version : Rav Papa et Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, ont estimé un palmier joint à une mince bande de terre.
Lichna aharina. La même paire n'estime pas dans les soixante : elle estime le dekla (palmier) agav ktina de-ar'a, joint à la petite bande de terre où il se tient. On compare le fonds avec l'arbre et le fonds sans l'arbre.
Et la halakha est selon Rav Papa et Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, pour un palmier araméen. Et la halakha est selon l'exilarque, pour un palmier perse.
La halakha partage selon l'arbre. Le dekla aramaa, palmier araméen, suit Rav Papa et Rav Houna : estimation avec la terre. Le dekla parsa, palmier perse, suit le rech galouta : Rachi, on l'estime seul, parce qu'il est très précieux. Chaque pied a alors sa valeur propre, comme dans le partage par tiers du récit précédent.
Eliezer Zeira.
Le nom ouvre un récit. Eliezer Zeira, Eliezer le petit. La suite est sur l'amoud suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).