Bava Kamma 59a — Semader, reliquat, et estimation du palmier

Bava_Kamma 59a

Sougya : La page poursuit la baraïta de la bête qui mange. Pour le semader, Rabbi Yehochoua estime comme des raisins prêts à être vendangés ; les Sages mesurent l'écart de valeur du fonds.

Rabbi Chimon ben Yehouda réserve cet écart aux jeunes pousses, et Ravina rattache le semader aux pagim et au boser. L'écart entre Rabbi Yehochoua et Rabbi Chimon ben Yehouda porte sur le kehash gufna, l'amaigrissement de la vigne, que l'on déduit du paiement.

Abaye rapproche ce calcul du reliquat de Rabbi Yossi ha-Gelili et du meitav de Rabbi Yichmaël, puis des déductions de la sage-femme et des aliments dans la valeur des fœtus. La halakha clôt sur le palmier : l'araméen s'estime avec la terre, le perse s'estime seul.

Stade du fruit et mode d'estimation Stade Comme raisins à vendanger Écart de valeur du fonds Loulav / rejet loulvei gefanim yihourei te'enim hors de ce cas Cas du bedavarim amourim formule des Sages Semader juste après la fleur raisins encore minces Rabbi Yehochoua même si le reliquat se gâte Les Sages combien le fonds valait Pagim / boser déjà comme un fruit Rabbi Chimon ben Yehouda, au nom de Rabbi Chimon on les voit comme des raisins prêts à être vendangés Ravina : kerokh ve-teni Le semader rejoint les pagim et le boser : raisins à vendanger.
Loulav : écart du fonds. Semader : Rabbi Yehochoua contre les Sages. Pagim et boser : comme à la vendange. Ravina y joint le semader.
Meitav : de quoi paie-t-on ? Abaye : Rabbi Yossi ha-Gelili et Rabbi Yichmaël disent une même chose Rabbi Yichmaël Meitav du lésé le meilleur du champ et de la vigne du lésé Meitav de-lekameih tel que le produit montera aux jours de la moisson = meschouyar Rabbi Yossi ha-Gelili sur le haziz Rav Idi bar Avin Lecture écartée une plate-bande parmi les plate-bandes maigre ou grasse : on ne sait pas Hamotsi me-haveiro la preuve incombe au demandeur Il paie le maigre Rabbi Akiva Le verset vient pour le recouvrement sur l'idit terre de première qualité des biens du lésant Kal va-homer pour l'hekdech la somme estimée Le doute de Rav Idi tombe : sans preuve, on ne fait pas payer la plate-bande grasse. Le meitav de Rabbi Yichmaël vise la valeur future du produit mangé.
Rabbi Yichmaël : valeur future du produit, comme le reliquat de Rabbi Yossi ha-Gelili. Rav Idi, écarté : sans preuve, on paie le maigre. Rabbi Akiva : recouvrement sur l'idit.
Palmier coupé : deux versions, puis la halakha Version retenue d'abord Rav Papa et Rav Houna fils de Rav Yehochoua ont jugé comme Rav Nahman : be-shishim Lichna aharina Ils ont estimé le palmier joint à une ktina de-ar'a mince bande de terre Dekla aramaa palmier araméen halakha : Rav Papa et Rav Houna estimation avec la terre Dekla parsa palmier perse, très précieux halakha : le rech galouta estimé en lui-même
Rav Papa et Rav Houna : dans soixante, ou joints à une bande de terre. Halakha : palmier araméen avec la terre ; palmier perse, estimé seul, selon l'exilarque.
1
אכלה סמדר – רבי יהושע אומר: רואין אותן כאילו הן ענבים עומדות ליבצר, וחכמים אומרים: רואין כמה היתה יפה וכמה היא יפה. רבי שמעון בן יהודה אומר משום רבי שמעון: במה דברים אמורים – בזמן שאכלה לולבי גפנים ויחורי תאנים, אבל אכלה פגים או בוסר – רואין אותן כאילו ענבים עומדות ליבצר.

Elle a mangé du semader. Rabbi Yehochoua dit : on les voit comme s'ils étaient des raisins prêts à être vendangés.

Et les Sages disent : on voit de combien elle valait et de combien elle vaut. Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon : dans quel cas dit-on cela ?

Lorsqu'elle a mangé des loulvei gefanim (jeunes grappes de la vigne) et des yihourei te'enim (rejets de figuiers). Mais si elle a mangé des pagim (figues vertes) ou du boser (raisin vert), on les voit comme s'ils étaient des raisins prêts à être vendangés.

📜 Rachi (5)
סמדר ענבים דקין בהתחלתן לאחר שפרחו מיד:
Semader : des raisins minces, à leur début, aussitôt après qu'ils ont fleuri.
וכמה היא יפה הקרקע לימכר כשהיא סמדר ולהקל באו:
Et de combien elle vaut : la terre, pour être vendue alors qu'elle porte du semader, et pour alléger envers lui.
בד"א בנישומין אגב קרקע:
Dans quel cas : dans l'estimation jointe à la terre.
בזמן שאכלה לולבי גפנים האשכולות נראה בחניטת הגפנים וניכר ועדיין לא פרח להיות הענבים גמורים והוא לולב וכן יחור בתאנים:
Lorsqu'elle a mangé des loulvei gefanim : les grappes paraissent à la nouaison de la vigne et se reconnaissent, et elles n'ont pas encore fleuri au point que les raisins soient achevés ; c'est cela le loulav. De même le rejet dans les figues.
אבל אכלה פגים בתאנה או בוסר בענבים שהן כפול הלבן והוו כפירות גמורים רואין אותן כו':
Mais si elle a mangé des pagim : dans la figue, ou du boser dans les raisins, qui sont comme une fève blanche et qui comptent déjà comme des fruits achevés : on les voit comme...
🗂️ Tossefot (1)
אכלה סמדר ר' יהושע אומר רואין אותן כאילו הן ענבים עומדות ליבצר ואפילו אם נתקלקל המשויירת משלם כענבים העומדות ליבצר ודוקא בסמדר דענבים פעמים שאלו מתקלקלים ואלו ניצולים לפיכך אין נידונין במשוייר אבל תבואה רגילה להתקלקל כולה יחד ובחזיז מודה ר' יהושע או כרבי יוסי הגלילי או כרבנן ובתבואה גדולה כמו סמדר בענבים יסבור כמשוייר שבו אי נמי בתבואה לא קנסו כל כך כמו בענבים ולא יהא נידון כמשוייר שבו לרבי יהושע ונראה דאע"ג דאמר ר' יהושע רואין אותן כאילו עומדות ליבצר מ"מ שמין אותן אגב קרקע דהא ר"ש נמי קאמר הכי בפגים או בוסר וע"כ אגב קרקע שמין אותן כיון דצריכי לשדה ובפירות גמורים דוקא קאמר רבי שמעון דמשלם פירות גמורים במשנתנו:
Même si le reliquat s'est gâté, il paie comme des raisins prêts à être vendangés. Et c'est précisément pour le semader des raisins : parfois ceux-ci se gâtent et ceux-là sont sauvés ; c'est pourquoi on ne les juge pas selon le reliquat. Mais le grain a coutume de se gâter tout ensemble. Et pour le haziz (fourrage vert), Rabbi Yehochoua convient, soit comme Rabbi Yossi ha-Gelili, soit comme les Sages. Et pour un grain déjà développé, comme le semader dans les raisins, il tiendrait selon le reliquat qui s'y trouve. Ou bien : pour le grain on n'a pas sanctionné autant que pour les raisins, et selon Rabbi Yehochoua il ne serait pas jugé selon le reliquat qui s'y trouve. Et il apparaît que, bien que Rabbi Yehochoua dise qu'on les voit comme s'ils étaient prêts à être vendangés, on les estime néanmoins joints à la terre. Car Rabbi Chimon dit aussi ainsi pour les pagim ou le boser, et nécessairement on les estime joints à la terre, puisqu'ils ont besoin du champ. Et c'est pour des fruits achevés seulement que Rabbi Chimon dit, dans notre michna, qu'il paie des fruits achevés.
💡 Explication

Suite de la baraïta ouverte à l'amoud précédent. Trois stades. Le semader est la grappe mince, juste après la fleur. Rabbi Yehochoua fait payer la valeur de raisins prêts à la vendange. Les Sages mesurent l'écart : combien le fonds valait, combien il vaut. Rachi : cette estimation sert à alléger envers le lésant.

Rabbi Chimon ben Yehouda réserve l'écart du fonds aux loulvei gefanim et aux yihourei te'enim, pousses où la grappe n'est pas encore un fruit. Des pagim ou du boser, déjà de la taille d'une fève, s'estiment comme à la vendange. Tossefot : cette valeur de vendange reste une estimation jointe à la terre, tant que le fruit a besoin du champ. Le paiement de fruits achevés, dans la michna, vise les fruits mûrs.

🖼️ Schéma
De la pousse au fruit : ce que la bête à mangé Loulav grappe visible avant la fleur idem : rejet de figue Semader aussitôt après la fleur raisins encore minces pas un fruit achevé Boser / pagim taille d'une fève blanche déjà un fruit figue verte ou raisin vert Vendange raisins prêts à être cueillis Pousse : écart du fonds. Semader : mahloket. Pagim et boser : comme à la vendange. Tossefot : même la valeur de vendange s'estime jointe à la terre, tant que le fruit a besoin du champ.
Loulav, semader, boser : trois stades, deux modes d'estimation.
2
קתני מיהת, וחכמים אומרים: רואין אותן כמה היתה יפה, וכמה היא יפה – ולא קתני בששים!

En tout cas, on enseigne : et les Sages disent : on les voit de combien elle valait et de combien elle vaut. Et l'on n'enseigne pas : dans soixante !

💡 Explication

Abaye reprend l'objection adressée à Rava. Même chez les Sages, pour le dommage de la bête, la formule est l'écart de valeur, et le mot be-shishim (rapport à une surface de soixante fois) n'est pas dit.

3
אלא מאי אית לך למימר – בששים; הכא נמי בששים.

Mais alors, qu'as-tu à dire ? Dans soixante.

Ici aussi, dans soixante.

💡 Explication

La réponse force la lecture. La formule des Sages, " de combien elle valait et de combien elle vaut ", s'entend be-shishim, puisque c'est ainsi que l'on estime le dommage de la bête. La même formule, dans la baraïta de celui qui éclaircit lui-même la vigne d'autrui, s'entend aussi dans soixante.

4
אמר אביי: רבי יוסי הגלילי ורבי ישמעאל אמרו דבר אחד.

Abaye dit : Rabbi Yossi ha-Gelili et Rabbi Yichmaël ont dit une même chose.

💡 Explication

Abaye aligne deux avis. L'un porte sur le haziz mangé par la bête, l'autre sur le verset du meitav (le meilleur du champ). Les deux estiment le dommage selon ce que le produit allait devenir.

5
רבי יוסי הגלילי – הא דאמרן.

Rabbi Yossi ha-Gelili : ce que nous avons dit.

💡 Explication

Renvoi à la baraïta de l'amoud précédent. Pour le haziz, Rabbi Yossi ha-Gelili dit : on juge selon le meschouyar, le reliquat. On regarde ce que chaque plate-bande montera à la moisson, et il paie selon cela.

6
רבי ישמעאל – דתניא: ״מיטב שדהו ומיטב כרמו ישלם״ – מיטב שדהו של ניזק, ומיטב כרמו של ניזק; דברי רבי ישמעאל. רבי עקיבא אומר: לא בא הכתוב אלא לגבות לניזקין מן העידית, וקל וחומר להקדש.

Rabbi Yichmaël, car on enseigne : " Le meilleur de son champ et le meilleur de sa vigne, il paiera " : le meilleur du champ du lésé, et le meilleur de la vigne du lésé. Paroles de Rabbi Yichmaël.

Rabbi Akiva dit : le verset n'est venu que pour faire recouvrer aux lésés sur l'idit, et à fortiori pour l'hekdech.

📜 Rachi (1)
לנזקין מן העידית אותה שומא ששמו ב"ד מאה או מאתים יגבה קרקע במאה או במאתים מן העידית שבנכסיו:
Aux lésés, sur l'idit : cette estimation qu'a faite le tribunal, cent ou deux cents, il en recouvrera une terre de cent ou de deux cents sur l'idit de ses biens.
💡 Explication

Le verset (Chemot 22, 4) dit meitav sadehou. Rabbi Yichmaël le rapporte au lésé : on paie selon le meilleur de son champ et de sa vigne. Rabbi Akiva le rapporte au recouvrement : la somme estimée se prend sur l'idit, la terre de première qualité du lésant. Rachi : cent estimés, cent d'idit. Un kal va-homer étend la règle à l'hekdech, le bien consacré.

7
ולא תימא כרב אידי בר אבין – דאמר רב אידי בר אבין: כגון שאכלה ערוגה בין הערוגות, ולא ידעינן אי כחושה הואי אי שמינה הואי, דאמר: קום שלים שמינה במיטב דאיכא השתא; דהכי לא אמרינן.

Et ne dis pas comme Rav Idi bar Avin. Car Rav Idi bar Avin a dit : par exemple, elle a mangé une plate-bande parmi les plate-bandes, et nous ne savons pas si elle était maigre ou si elle était grasse.

Il dit : lève-toi, paie la grasse, avec le meilleur qu'il y a maintenant. Car nous ne disons pas ainsi.

📜 Rachi (1)
ולא תימא דהאי מיטב של ניזק דקאמר ר' ישמעאל וקשיא לן בפ"ק אכלה כחושה משלם שמינה ותרצה רב אידי כגון שאכלה כו' דהמוציא מחבירו עליו הראיה וכחושה הוא דמשלם אלא מאי מיטב דניזק דקאמר ר' ישמעאל לאו בספיקא מיירי וה"ק אותה ערוגה שאכלה ישלם כפי מה שהיתה ראויה להטיב ולהשביח לקמיה:
Et ne dis pas : ce meilleur du lésé que dit Rabbi Yichmaël. Et cela nous était difficile dans le premier chapitre : elle a mangé du maigre, et il paierait du gras ? Rav Idi l'a résolu : par exemple, elle a mangé, etc. Car celui qui retire un bien à son prochain, la preuve lui incombe, et c'est du maigre qu'il paie. Mais alors, qu'est-ce que le meilleur du lésé que dit Rabbi Yichmaël ? Il ne parle pas d'un doute. Et voici ce qu'il dit : cette plate-bande qu'elle a mangée, il la paie selon ce qu'elle était apte à bonifier et à faire fructifier pour la suite.
💡 Explication

Lecture écartée. Rav Idi bar Avin plaçait le meitav dans un doute : une plate-bande parmi d'autres, maigre ou grasse, inconnue. Le verset ferait payer la grasse, le meilleur présent maintenant. La Guemara refuse cette lecture pour Rabbi Yichmaël.

Rachi rappelle la difficulté du premier chapitre et la règle hamotsi me-haveiro alav ha-reaya : la charge de la preuve est sur le demandeur. Sans preuve, on paie le maigre. Le meitav de Rabbi Yichmaël vise donc la valeur future de la plate-bande mangée.

8
מאי טעמא? המוציא מחבירו עליו הראיה. אלא במיטב דלקמיה, ומאי ניהו – כי היאך דסליק.

Quelle est la raison ? Celui qui retire un bien à son prochain, la preuve lui incombe.

Plutôt : avec le meilleur qui est devant lui. Et qu'est-ce ?

Selon la manière dont il montera.

📜 Rachi (1)
כי היאך דסליק בימות הקציר:
Selon la manière dont il montera : aux jours de la moisson.
🗂️ Tossefot (1)
ומאי ניהו כי היאך דסליק הכא משמע דסבר אביי דפליגי דנידון במשוייר שבו והקשה ר"ת דבריש הניזקין (גיטין דף מח: ושם) ס"ל לאביי דפליגי אי שיימינן בדניזק או בדמזיק וי"ל אע"ג דמשמע דפליגי אי בדמזיק אי בדניזק דהא תניא פ"ק (דף ו:) בהדיא מיטב שדהו של ניזק ומיטב כרמו של ניזק דברי ר' ישמעאל ר"ע אומר כו' מ"מ משמע ליה לאביי דבמשוייר נמי פליגי מדקאמר ר"ע לא בא הכתוב דמשמע שרוצה לומר לא בא הכתוב להחמיר על המזיק כמו שאמרת אלא דוקא לגבות לנזקין מן העידית לבד ואי בעידית לחודיה פליגי א"כ לא היה ר' ישמעאל מחמיר על המזיק טפי מר"ע אלא אדרבה היה ר"ע מחמיר טפי דאין חייב לקנות מעידית דניזק אם אין לו כדפרישית בפ"ק (דף ו: ושם ד"ה כגון):
Ici, il ressort qu'Abaye tient qu'ils divergent sur le point de savoir si l'on juge selon le reliquat qui s'y trouve. Rabbeinou Tam a objecté : au début de Ha-Nizakin (Guitin 48b, et là-bas), Abaye tient qu'ils divergent sur le point de savoir si l'on estime selon le lésé ou selon le lésant. On peut répondre : bien qu'il ressorte qu'ils divergent, selon le lésant ou selon le lésé, car une baraïta est enseignée explicitement au premier chapitre (6b) : le meilleur de son champ, celui du lésé, et le meilleur de sa vigne, celui du lésé, paroles de Rabbi Yichmaël ; Rabbi Akiva dit, etc. Néanmoins, il ressort pour Abaye qu'ils divergent aussi sur le reliquat. Puisque Rabbi Akiva dit " le verset n'est venu que ", ce qui implique : le verset n'est pas venu pour être plus sévère envers le lésant comme tu l'as dit, mais seulement pour faire recouvrer aux lésés sur l'idit. Et s'ils ne divergeaient que sur l'idit, Rabbi Yichmaël ne serait pas plus sévère envers le lésant que Rabbi Akiva ; au contraire, Rabbi Akiva serait plus sévère, car on n'est pas tenu d'acheter de l'idit du lésé si l'on n'en a pas, comme je l'ai expliqué au premier chapitre (6b, et là-bas, dibour ha-mathil kegon).
💡 Explication

Deux temps. D'abord la raison du refus de Rav Idi : hamotsi me-haveiro alav ha-reaya. Ensuite la lecture retenue : meitav de-lekameih, le meilleur à venir. Rachi : ke-heikh de-salik, tel que le produit montera aux jours de la moisson. C'est le même calcul que le meschouyar de Rabbi Yossi ha-Gelili.

Tossefot : Abaye lit aussi une divergence sur le reliquat, en plus de la divergence lésé / lésant connue à Guitin. La formule de Rabbi Akiva, " le verset n'est venu que ", écarte une sévérité supplémentaire, celle du reliquat porté jusqu'à la moisson.

9
אמר מר, רבי שמעון בן יהודה אומר משום רבי שמעון: במה דברים אמורים – שאכלה לולבי גפנים ויחורי תאנים. הא סמדר – רואין אותן כאילו ענבים עומדות ליבצר. אימא סיפא: אכלה פגים או בוסר הוא דרואין אותן כאילו ענבים עומדות ליבצר, הא סמדר – רואין אותן כמה היא יפה וכמה היתה יפה!

Le maître a dit : Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon : dans quel cas dit-on cela ? Lorsqu'elle a mangé des loulvei gefanim et des yihourei te'enim.

Donc le semader : on les voit comme s'ils étaient des raisins prêts à être vendangés. Dis la fin : ce sont des pagim ou du boser que l'on voit comme s'ils étaient des raisins prêts à être vendangés.

Donc le semader : on les voit de combien elle vaut et de combien elle valait !

💡 Explication

Les deux bouts de la phrase de Rabbi Chimon ben Yehouda tirent le semader dans deux sens. Le début limite l'écart du fonds au loulav et au rejet : le semader irait donc avec la vendange. La fin réserve la vendange aux pagim et au boser : le semader resterait dans l'écart du fonds.

🖼️ Schéma
Deux inférences sur le semader, puis Ravina Depuis le début L'écart du fonds : loulav et rejet Donc le semader : comme raisins à vendanger Depuis la fin Vendange : pagim ou boser Donc le semader : écart de valeur du fonds Ravina lie les membres Écart du fonds : loulav et rejet seulement. Semader, pagim ou boser : comme des raisins prêts à être vendangés.
Le début et la fin de Rabbi Chimon ben Yehouda ne placent pas le semader au même endroit.
10
אמר רבינא, כרוך ותני: במה דברים אמורים – בזמן שאכלה לולבי גפנים ויחורי תאנים, אבל אכלה סמדר פגין או בוסר – רואין אותן כאילו ענבים עומדות ליבצר.

Ravina dit : lie et enseigne. Dans quel cas dit-on cela ?

Lorsqu'elle a mangé des loulvei gefanim et des yihourei te'enim. Mais si elle a mangé du semader, des pagim ou du boser, on les voit comme s'ils étaient des raisins prêts à être vendangés.

📜 Rachi (1)
כרוך ותני הוסיף סמדר עמהם במשנה:
Lie et enseigne : il a ajouté le semader avec eux dans la michna.
💡 Explication

Kerokh ve-teni : on rattache le semader au second membre, avec les pagim et le boser. L'écart de valeur du fonds reste réservé aux pousses. Rachi : le semader est ajouté à ce second groupe.

11
אי הכי, רבי שמעון בן יהודה היינו רבי יהושע!

S'il en est ainsi, Rabbi Chimon ben Yehouda, c'est Rabbi Yehochoua !

🗂️ Tossefot (1)
ר' שמעון בר יהודה היינו רבי יהושע תימה אמאי לא קאמר כרוך ותני בד"א בזמן שאכלה לולבי גפנים וסמדר וי"ל משום דאין שייך לכלול סמדר בהדי לולבים דלא הוה ליה להזכיר לולבים אלא הכי ה"ל למימר בד"א בזמן שאכלה סמדר אבל בהדי פגים ובוסר שייך לכוללו שפיר דטעמא משום דחשיב כפגין:
Étonnement : pourquoi ne dit-il pas : lie et enseigne, dans quel cas, lorsqu'elle a mangé des loulvei gefanim et du semader ? On peut répondre : parce qu'il ne convient pas d'englober le semader avec les loulavim. Il n'aurait pas eu à mentionner les loulavim ; voici ce qu'il aurait dû dire : dans quel cas, lorsqu'elle a mangé du semader. Mais avec les pagim et le boser, il convient bien de l'englober, car la raison est qu'on le compte comme des pagim.
💡 Explication

Une fois le semader placé avec les pagim, Rabbi Chimon ben Yehouda dit sur le semader la même chose que Rabbi Yehochoua. Pourquoi deux avis ? Tossefot explique le choix de Ravina : le semader se groupe avec les pagim, parce qu'il compte déjà comme eux, et il ne se groupe pas avec les loulavim.

12
איכא בינייהו כחש גופנא; ולא מסיימי.

Il y a entre eux l'amaigrissement de la vigne. Et ils ne sont pas précisés.

📜 Rachi (1)
כחש גופנא לנכות מן התשלומין מה שיכחישו הענבים בגפנים אם יעמדו שם עד הבציר שתמיד יונקים לחלוח הגפן:
Amaigrissement de la vigne : déduire du paiement ce dont les raisins amaigriraient les vignes s'ils restaient là jusqu'à la vendange, car ils sucent sans cesse l'humidité de la vigne.
🗂️ Tossefot (1)
איכא בינייהו כחש גופנא ולא מסיימי וא"ת לימא תנא בתרא לטפויי ולהחמיר בתשלומין קאתי כדאמר בריש המוכר פירות (ב"ב דף צג:) וי"ל דשאני הכא דדלמא לא בא לטפויי כי אם על חכמים דאמילתייהו דרבנן קאי:
Et si tu dis : disons que le tanna ultérieur vient pour ajouter et pour être plus sévère dans le paiement, comme on le dit au début de Ha-Mokher perot (Bava Batra 93b) ? On peut répondre : ici, c'est différent, car peut-être il ne vient ajouter que par rapport aux Sages, puisqu'il se rattache à leur parole.
💡 Explication

La nafka mina est le kehash gufna. Les grappes, jusqu'à la vendange, pompent la sève. Mangées tôt, elles n'amaigrissent plus la vigne. Un avis déduit cet amaigrissement du paiement ; l'autre ne le déduit pas. La Guemara ne dit pas encore lequel des deux tient la déduction.

Tossefot écarte un repérage trop vite. On ne peut pas dire que le tanna cité ensuite vient seulement pour alourdir le paiement, car il commente la parole des Sages, et l'ajout peut ne viser qu'eux.

13
אביי אמר: מסיימי ומסיימי! מאן תנא דחייש לכחש גופנא – רבי שמעון בן יהודה היא, דתניא, רבי שמעון בן יהודה אומר משום רבי שמעון בן מנסיא: אונס אינו משלם את הצער, מפני שסופה להצטער תחת בעלה. אמרו לו: אינו דומה נבעלת ברצון לנבעלת באונס.

Abaye dit : ils sont précisés, et ils sont précisés ! Quel est le tanna qui tient compte de l'amaigrissement de la vigne ?

C'est Rabbi Chimon ben Yehouda. Car on enseigne : Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon ben Menassia : l'ones ne paie pas la douleur, parce qu'elle finira par souffrir sous son mari.

Ils lui ont dit : celle qui a un rapport de son gré ne ressemble pas à celle qui a un rapport par contrainte.

📜 Rachi (2)
אביי אמר מסיימי ומסיימי ומאן תנא דחייש לכחש גופנא ר"ש דשמענא ליה בדוכתא אחריתי:
Abaye dit : ils sont précisés et ils sont précisés. Et quel est le tanna qui tient compte de l'amaigrissement de la vigne ? Rabbi Chimon : car je l'entends dans un autre endroit.
שסופה להצטער אלמא מנכין מן התשלומין כפי מה שעתידה להכחיש:
Parce qu'elle finira par souffrir : donc on déduit du paiement selon ce dont elle est destinée à s'amaigrir.
🗂️ Tossefot (2)
מאן תנא דחייש לכחש גופנא ר"ש היא אביי בא לומר דמסיימי שפיר ולא לאפוקי רבנן דפליגי עליה דר"ש באונס קאתי דאינהו נמי חיישי וטעמייהו משום דאינו דומה נבעלת באונס לנבעלת ברצון כדקאמרי:
Abaye vient dire qu'ils sont bien précisés. Et il ne vient pas écarter les Sages qui divergent d'avec Rabbi Chimon au sujet de l'ones, car eux aussi tiennent compte de cela, et leur raison est que celle qui a un rapport par contrainte ne ressemble pas à celle qui a un rapport de son gré, comme ils le disent.
אונס אינו משלם את הצער בפרק אלו נערות (כתובות דף לט. ושם) גבי הא דתנן האונס נותן את הצער בעי בגמרא צער דמאי אע"פ דדבר פשוט הוא שיש צער גדול לבתולה שנבעלה מתחילה כשמשיר בתוליה ורוב קטנות חולות מזה היינו משום דצער דהשרת בתולים פשיטא ליה דלא משלם לפי שסופה להצטער תחת בעלה דתנא דמתניתין דהתם חייש לכחש גופנא מדקתני שהאונס נותן את הצער ומפתה פטור ומדפטרינן מפתה אלמא חייש לכחש גופנא מה שסופה להצטער תחת בעלה הלכך בעי צער דמאי:
Dans le chapitre Elou naarot (Ketoubot 39a, et là-bas), au sujet de ce qu'enseigne la michna : l'ones donne la douleur, la Guemara demande : douleur de quoi ? Et cela, bien qu'il soit évident qu'il y a une grande douleur pour une vierge qui a un rapport pour la première fois, lorsqu'elle perd ses betoulim, et que la plupart des jeunes filles en sont malades. C'est que la douleur de la chute des betoulim, il est évident pour lui qu'on ne la paie pas, puisqu'elle finira par souffrir sous son mari. Car le tanna de la michna de là-bas tient compte de l'amaigrissement de la vigne, du fait qu'on enseigne que l'ones donne la douleur et que le mefateh en est quitte. Et puisque nous tenons le mefateh pour quitte, il tient donc compte de l'amaigrissement de la vigne, de ce qu'elle finira par souffrir sous son mari. C'est pourquoi il demande : douleur de quoi ?
💡 Explication

Abaye fixe les rôles. Celui qui déduit le kehash gufna est Rabbi Chimon ben Yehouda. Preuve, une autre baraïta au même nom : l'ones (celui qui a contraint) ne paie pas le tzaar, la douleur, parce que cette douleur arrivera sous le mari. On déduit du paiement une perte qui allait avoir lieu. Rachi : on déduit selon l'amaigrissement à venir.

Les Sages répondent que le rapport par ones et le rapport de gré ne se comparent pas : la douleur contrainte reste due. Tossefot : Abaye ne les exclut pas de tout calcul ; eux aussi tiennent compte de la suite, et ils refusent la comparaison. À Ketoubot, la même logique explique pourquoi la michna quitte le mefateh (le séducteur) du tzaar de la chute des betoulim, et pourquoi la Guemara demande alors de quelle douleur l'ones est tenu.

🖼️ Schéma
Même calcul : déduire ce qui allait se produire Kehash gufna Les raisins sucent la sève jusqu'à la vendange Mangés tôt, la vigne ne s'amaigrit plus On déduit cet amaigrissement Tzaar de l'ones Rabbi Chimon ben Yehouda au nom de ben Menassia Elle souffrira sous son mari on déduit cette douleur du paiement du tzaar Abaye : celui qui tient compte du kehash gufna est Rabbi Chimon ben Yehouda. Les Sages répondent : le rapport par contrainte et le rapport de gré ne se comparent pas.
Vigne et douleur : Rabbi Chimon ben Yehouda déduit ce qui allait arriver de toute façon.
14
אמר אביי: הני תנאי, ורבי שמעון בן יהודה, אמרו דבר אחד. רבי שמעון בן יהודה – הא דאמרן. הני תנאי מאי היא –

Abaye dit : ces tannaïm, et Rabbi Chimon ben Yehouda, ont dit une même chose. Rabbi Chimon ben Yehouda : ce que nous avons dit.

Ces tannaïm, qu'est-ce ?

💡 Explication

Deuxième rapprochement d'Abaye. Rabbi Chimon ben Yehouda est déjà connu : il déduit la perte à venir. La Guemara cherche les tannaïm qui font le même geste dans un autre paiement.

15
דתניא, רבי יוסי אומר: נכי חיה. בן עזאי אומר: נכי מזונות.

Car on enseigne : Rabbi Yossi dit : déduction de la sage-femme. Ben Azaï dit : déduction des aliments.

📜 Rachi (2)
נכי חיה בדמי ולדות קמיירי דמנכה לו מה שהבעל עתיד ליתן בשכר המיילדת ונזק האשה שהיא נזוקה ומצטערת עכשיו יותר משיש לה חיה הרי הוא משלם לאשה נזק וצער ונמצא הכל בכלל ומדמי ולדות שהוא נותן לבעל מנכין שכר חיה:
Déduction de la sage-femme : il s'agit de la valeur des fœtus. On lui déduit ce que le mari allait donner pour le salaire de la sage-femme. Et le dommage de la femme, qui est lésée et qui souffre maintenant plus que si elle avait une sage-femme : cela, il le paie à la femme, dommage et douleur, et le tout s'y trouve compris. Et de la valeur des fœtus qu'il donne au mari, on déduit le salaire de la sage-femme.
נכי מזונות שהוא צריך להוסיף על מזונות אשתו בימי קישויה והשתא אין קישוי אלמא מנכינן מה שהוא עתיד להוציא:
Déduction des aliments : il doit ajouter aux aliments de sa femme aux jours de son kichoui, et maintenant il n'y a pas de kichoui. Donc on déduit ce qu'il allait dépenser.
💡 Explication

Cas des dmei veladot, la valeur des fœtus versée au mari quand un coup a fait avorter. Rabbi Yossi : nakhei hayya, on déduit le salaire de la sage-femme que le mari allait payer. Ben Azaï : nakhei mezonot, on déduit le supplément d'aliments des jours de kichoui (les douleurs de l'enfantement), qui n'auront pas lieu.

Rachi sépare les comptes. Dommage et douleur de la femme se paient à elle. La déduction porte sur la part du mari.

16
מאן דאמר נכי חיה, כל שכן נכי מזונות. ומאן דאמר נכי מזונות, אבל נכי חיה – לא, דאמר ליה: אתתא דידי פקיחא היא, ולא מבעיא חיה.

Celui qui dit : déduction de la sage-femme, à plus forte raison déduction des aliments. Et celui qui dit : déduction des aliments, mais déduction de la sage-femme, non.

Car il lui dit : ma femme est habile, et elle n'a pas besoin de sage-femme.

💡 Explication

Les deux déductions ne sont pas symétriques. Qui déduit la sage-femme déduit aussi les aliments : la dépense du kichoui allait avoir lieu. Qui ne dit que les aliments peut refuser la sage-femme : le mari répond que sa femme est pekikha, capable d'enfanter sans elle.

🖼️ Schéma
Dmei veladot : que déduit-on du paiement au mari ? Rabbi Yossi : nakhei hayya Salaire de la sage-femme que le mari allait payer À plus forte raison les aliments du kichoui Ben Azaï : nakhei mezonot Supplément d'aliments des jours de kichoui La sage-femme, non ma femme est pekikha Le dommage et la douleur de la femme se paient à elle, à part. La déduction se fait sur la valeur des fœtus, versée au mari.
Rabbi Yossi déduit la sage-femme, et les aliments avec. Ben Azaï s'arrête aux aliments.
17
רב פפא ורב הונא בריה דרב יהושע עבוד עובדא כוותיה דרב נחמן בששים.

Rav Papa et Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, ont agi en pratique selon Rav Nahman, dans soixante.

💡 Explication

Retour à l'estimation, après le récit du palmier coupé devant Rav Nahman (amoud précédent). Rav Papa et Rav Houna bera de-Rav Yehochoua ont tranché be-shishim, comme Rav Nahman : le dommage se mesure dans un ensemble de soixante fois.

18
לישנא אחרינא: רב פפא ורב הונא בריה דרב יהושע שמו דקלא אגב קטינא דארעא.

Autre version : Rav Papa et Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, ont estimé un palmier joint à une mince bande de terre.

💡 Explication

Lichna aharina. La même paire n'estime pas dans les soixante : elle estime le dekla (palmier) agav ktina de-ar'a, joint à la petite bande de terre où il se tient. On compare le fonds avec l'arbre et le fonds sans l'arbre.

19
והלכתא כוותיה דרב פפא ורב הונא בריה דרב יהושע בדקלא (ד)ארמאה, והלכתא כוותיה דריש גלותא בדקלא פרסאה.

Et la halakha est selon Rav Papa et Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, pour un palmier araméen. Et la halakha est selon l'exilarque, pour un palmier perse.

📜 Rachi (1)
דקלא פרסאה חשוב הוא מאד ונישום בפני עצמו:
Palmier perse : il est très important, et on l'estime en lui-même.
💡 Explication

La halakha partage selon l'arbre. Le dekla aramaa, palmier araméen, suit Rav Papa et Rav Houna : estimation avec la terre. Le dekla parsa, palmier perse, suit le rech galouta : Rachi, on l'estime seul, parce qu'il est très précieux. Chaque pied a alors sa valeur propre, comme dans le partage par tiers du récit précédent.

20
אליעזר זעירא

Eliezer Zeira.

💡 Explication

Le nom ouvre un récit. Eliezer Zeira, Eliezer le petit. La suite est sur l'amoud suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).