Bava Kamma 59b — Koufara, fruits achevés, meule et feu confié

Bava_Kamma 59b

Sougya : La page s'ouvre sur Eliezer Zeira, en deuil de Jérusalem, arrêté au marché de Nehardéa. Il se fait reconnaître par une question : celui qui coupe un koufara paie selon l'estimation dans soixante, avec la terre.

Chmouel confirme, et on le relâche. La Guemara donne la raison de Rabbi Chimon sur les fruits achevés : le verset qui fait estimer sur le champ vise ce qui a encore besoin du champ.

Rav a jugé un cas comme Rabbi Meir, sur la signature de la femme pour la vente d'un champ de ketouba, et il a enseigné que la halakha suit Rabbi Chimon. Deux michnayot suivent : la meule dressée dans le champ d'autrui, puis l'incendie remis à un sourd-muet, un insensé ou un mineur.

La discussion s'ouvre sur la braise et la flamme, entre Hizkiya et Rabbi Yo'hanan.

Eliezer Zeira : du deuil à l'estimation dans soixante Marché de Nehardéa Chaussures noires coutume de deuil Deuil de Jérusalem Rachi : messanei ukhmei Maison de l'exilarque Yohara ils y voient de la présomption On l'emprisonne atyou ve-havshou Le koufara coupé datte verte, boser Valeur actuelle : rien Dattes mûres : trop il n'a pas pris des dattes Be-shishim Avec la terre un peu du profit à venir Chmouel confirme on le relâche Les trois réponses, puis la mesure retenue Demei koufara Rien à vendre maintenant Rachi : eino kloum Eliezer pousse plus loin Demei tamrei Elles deviendront des dattes après un temps il n'a pas pris des dattes Dans soixante Champ avec ses fruits l'acheteur compte un peu le shevah ultérieur
Eliezer Zeira : chaussures de deuil, prison, puis koufara. La valeur nulle et les dattes mûres laissent place à l'estimation dans soixante. Chmouel confirme.
Rabbi Chimon : quand estime-t-on sur le champ ? Uvi'er bisde aher enseigne shamin al gav ha-sadeh Encore besoin du champ Le verset vise ce cas On estime sur le champ le dommage entre dans la valeur de l'ensemble Formule du koufara : dans soixante, avec la terre Perot gemurin fruits achevés Ils n'ont plus besoin du champ On paie tels qu'ils sont be-ineiyehou Une sea : une sea Deux sea : deux sea Rav, selon Rav Houna bar Hiyya Dan : un cas pratique, comme Rabbi Meir (signature sur le champ de ketouba). Passak hilkhata : il enseigne que la halakha suit Rabbi Chimon, pour les générations.
Le verset estime sur le champ ce qui doit encore mûrir. Rabbi Chimon paie le fruit achevé tel quel, séa pour séa. Rav enseigne cette halakha.
Michna de l'incendie : qui est tenu ? Acte Suite Feu remis à 'herech, chote ou katan Exempt : din adam Tenu : din shamayim Feu remis à un pikeah Le pikeah est tenu L'un apporte le feu, l'autre les bois ou l'inverse : le dernier acte utile Le dernier est tenu sans lui, le premier n'a rien fait Un autre vient et attise L'attiseur est tenu Le vent attise Tous sont exempts Guemara : Hizkiya, braise attisée par le 'herech, exempt ; flamme, tenu. Rabbi Yo'hanan : même la flamme, exempt. Les tenailles du 'herech ont causé.
Feu confié au heresh : exempt chez les hommes, tenu au Ciel. Le dernier apport, ou l'attiseur, est tenu. Le vent laisse tous exempts.
1
הֲוָה סָיֵיֽם מְסָאנֵי אֻוֽכָּמֵי, וְקָאֵי בְּשׁוּקָא דִּנְהַרְדְּעָא. אַשְׁכְּחוּהּ דְּבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא וַאֲמַרוּ לֵיֽהּ: מַאי שְׁנָא הָנֵי מְסָאנֵי? אֲמַר לְהוּ: דְּקָא מֵאֲבִילַנָא אַיְּרוּשָׁלַיִם. אָמְרוּ לֵיהּ: אַתְּ חֲשִׁיבַתְּ לְאִיֽתְאֲבוֹלֵי אַיְּרוּשָׁלַיִם? סָבוּר יֻוֽהֲרָא הֲוָה, אַתֵּיֽוַהּ וַחֲבָשׁוּהָ.

Il portait des chaussures noires, et il se tenait sur le marché de Nehardéa. Les gens de la maison de l'exilarque le trouvèrent et lui dirent : qu'ont donc de particulier ces chaussures ?

Il leur dit : c'est que je porte le deuil de Jérusalem. Ils lui dirent : toi, as-tu l'importance qu'il faut pour porter le deuil de Jérusalem ?

Ils pensèrent que c'était de la présomption. Ils l'amenèrent et l'emprisonnèrent.

📜 Rachi (1)
מְסָאנֵי אֻוכְּמֵי מִנְהַג אֲבֵלִים:
Coutume des endeuillés.
🗂️ Tossefot (1)
הֲוָה סָיֵיֽם מְסָאנֵי אֻוֽכָּמֵי מַשְׁמַע שֶׁלֹּא הָיוּ רְגִילִין בְּמִנְעָלִים שְׁחוֹרִין וְכֵן מַשְׁמַע בְּסֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת אֵלּוּ (תַּעֲנִית כב. וְשָׁם) דְּקָאָמַר אַדְּהָכִי אֲתָא הָהוּא גַּבְרָא דְּסָיֵיֽם מְסָאנֵי אֻוֽכָּמֵי וְלָא רְמֵי חוּטֵי כְּדֵי שֶׁלֹּא יַכִּירוּ בּוֹ שֶׁהוּא יְהוּדִי וְתֵיֽמַהּ דִּבְפ"ק דְּבֵיצָה (דַּף טו.) תְּנַן אֵין מְשַׁלְּחִין מִנְעָל לָבָן ביו"ט מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ בֵּיצַת הַגִּיר לְהַשְׁחִירוֹ מַשְׁמַע שֶׁלֹּא הָיוּ נוֹעֲלִים אֶלָּא שָׁחוֹר וְאוֹמֵר ר"ת דְּהַמִּנְעָל וַדַּאי הָיָה שָׁחוֹר אֲבָל הָרְצוּעוֹת הָיוּ לְבָנוֹת וּמְסָאנֵי אֻוֽכְּמֵי דְּהָכָא וּדְמַסֶּכֶת תַּעֲנִית הַיְיֽנוּ הַמִּנְעָל וְהָרְצוּעוֹת הַכֹּל הָיָה שָׁחוֹר וְהַיְיֽנוּ דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק בֶּן סוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין דַּף עֵד: וְשָׁם) בִּשְׁעַת הַשְּׁמָד אֲפִי' לְשַׁנּוֹיֵי עַרְקְתָא דִּמְסָאנֵי אָסוּר שֶׁהָרְצוּעוֹת הָיוּ מְשֻׁוֽנּוֹת מִשֶּׁל נָכְרִים וַאֲבֵיֽלוּת דֶּאֱלִיעֶזֶר הָיָה כְּזֶה שֶׁהָיָה לְבוּשׁ שְׁחֹוֽרִים וּמִתְכַּסֶּה שְׁחוֹרִים וְהָיָה רוֹצֶה שֶׁאֲפִי' הָרְצוּעוֹת יִהְיוּ שְׁחוֹרִים שֶׁלֹּא יְהֵא עָלָיו כְּלָל צַד לַבְנוּנִית מִפְּנֵי חִיֽבָּתָהּ שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם:
Il en ressort qu'ils n'avaient pas coutume de chaussures noires. Il en ressort de même dans l'ordre de Ces jeûnes (Ta'anit 22a, et là-bas), où l'on dit : sur ces entrefaites vint cet homme qui portait des chaussures noires et ne mettait pas de cordons, afin qu'on ne reconnaisse pas en lui un Juif. Difficulté : dans le premier chapitre de Beitsa (15a), nous avons appris : on n'envoie pas une chaussure blanche le jour de fête, parce qu'elle a besoin du blanc de chaux (beitzat ha-gir) pour la noircir. Il en ressort qu'on ne chaussait que du noir. Rabbeinou Tam dit : la chaussure était certes noire, mais les lanières étaient blanches. Les chaussures noires d'ici et du traité Ta'anit, c'est la chaussure et les lanières : tout était noir. Et c'est ce que nous disons dans le chapitre Ben sorer (Sanhédrin 74b, et là-bas) : au temps de la persécution, même changer la lanière de la chaussure est interdit, car les lanières différaient de celles des non-Juifs. Le deuil d'Eliezer était de cette sorte : il était vêtu de noir et enveloppé de noir, et il voulait que même les lanières soient noires, afin qu'il n'y ait sur lui aucun côté de blancheur, par attachement à Jérusalem.
💡 Explication

Suite du nom Eliezer Zeira, à la fin de l'amoud précédent. Les messanei ukhmei, chaussures noires, sont la coutume du deuil, dit Rachi. La maison du rech galouta y voit du yohara, de la présomption : porter en public le deuil de Jérusalem suppose un homme de poids. On l'enferme.

Tossefot règle une tension. Ailleurs, la chaussure courante est noire, et les retsouot, les lanières, sont blanches : c'est le signe qui fait reconnaître un Juif, d'où l'interdit, en temps de chemad, de changer même la lanière. Le noir complet d'Eliezer, chaussure et lanières, est le deuil : plus aucune blancheur, par attachement à Jérusalem.

2
אֲמַר לְהוּ: גַּבְרָא רַבָּה אֲנָא. אָמְרוּ לֵיהּ: מְנָא יָדְעִינַן? אֲמַר לְהוּ: אוֹ אַתּוּן בְּעוֹ מִיֽנַּאי מִיֽלְּתָא, אוֹ אֲנָא אִיֽבְעֵי מִיֽנַּיְיֽכוּ מִיֽלְּתָא. אָמְרוּ לֵיהּ: בָּעֵי אַתְּ.

Il leur dit : je suis un grand homme. Ils lui dirent : d'où le savons-nous ?

Il leur dit : ou bien vous me demandez une chose, ou bien je vous demande une chose. Ils lui dirent : demande, toi.

💡 Explication

Gavra raba : il se dit un homme de Torah, à la mesure d'un deuil public. L'épreuve est une milta, un point à trancher, dans un sens ou dans l'autre. Eux choisissent qu'il pose la question.

3
אֲמַר לְהוּ: הַאי מַאן דְּקַץ כֻּוֽפְרָא, מַאי מְשַׁלֵּם? אָמְרוּ לֵיהּ: מְשַׁלֵּם דְּמֵי כֻּוֽפְרָא. וְהָא הָווּ תַּמְרֵי! אָמְרוּ לֵיהּ: מְשַׁלֵּם דְּמֵי תַּמְרֵי. אֲמַר לְהוּ: וְהָא לָאו תַּמְרֵי שְׁקַל מִיֽנֵּיֽהּ!

Il leur dit : celui qui coupe un koufara, que paie-t-il ? Ils lui dirent : il paie la valeur du koufara.

Mais elles deviendront des dattes ! Ils lui dirent : il paie la valeur des dattes.

Il leur dit : mais il ne lui a pas pris des dattes !

📜 Rachi (3)
כֻּוֽפְרָא בַּתְּמָרִים כְּבֹוֽסֶר בַּעֲנָבִים:
Parmi les dattes, c'est comme le boser parmi les raisins.
דְּמֵי כֻּוֽפְרָא אֵינוֹ כְּלוּם לִיֽמָּכֵר עַכְשָׁיֽו:
Cela ne vaut rien à vendre maintenant.
וְהָא הָווּ תַּמְרֵי לְאַחַר זְמַן:
Après un temps.
💡 Explication

Le koufara est la datte encore verte : Rachi le met au rang du boser, le raisin vert. Première réponse : on paie ce qui est coupé, et Rachi précise que cela ne se vend pas encore. Deuxième réponse, poussée par Eliezer : elles seraient devenues des tamrei, des dattes. Il ferme les deux : le coupeur n'a pas pris des dattes mûres. La mesure juste reste à dire.

4
אָמְרוּ לֵיהּ: אֵימָא לָן אַתְּ. אֲמַר לְהוּ: בְּשִׁשִּׁים. אָמְרוּ לֵיהּ: מַאן אָמַר כַּוְּוֽתִיךְ? אֲמַר לְהוּ: הָא שְׁמוּאֵל חַי וּבֵית דִּינוֹ קַיָּיֽם. שִׁדְרוֹ קַמֵּיֽהּ דִּשְׁמוּאֵל, אֲמַר לְהוּ: שַׁפִּיר קָאָמַר לְכוּ בְּשִׁשִּׁים, וְשֶׁבְּקוֹהוֹ.

Ils lui dirent : dis-nous, toi. Il leur dit : dans soixante.

Ils lui dirent : qui dit comme toi ? Il leur dit : voici que Chmouel est vivant, et son tribunal existe.

Ils envoyèrent devant Chmouel. Il leur dit : il vous a bien parlé, dans soixante.

Et ils le relâchèrent.

📜 Rachi (1)
בְּשִׁשִּׁים עִם הַקַּרְקַע דְּהַכֹּל בִּכְלָל שֶׁהַקּוֹנֶה קַרְקַע בְּפֵיֽרוֹתֶיהָ נוֹתֵן עֵינָיו קְצָת בְּשֶׁבַח שֶׁל אַחַר זְמַן:
Avec la terre, car le tout y est compris : celui qui achète une terre avec ses fruits porte un peu le regard sur l'amélioration d'un temps ultérieur.
💡 Explication

Be-shishim : on estime le dommage avec la terre, dans un ensemble de soixante. Rachi : l'acheteur d'un fonds avec ses fruits compte déjà un peu le chevah à venir. La valeur actuelle, nulle, et la valeur des dattes mûres, trop pleine, laissent place à cette part. Chmouel confirme. La maison de l'exilarque le relâche : l'homme est bien un gavra raba.

5
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אָכְלָה פֵּיֽרוֹת גְּמוּרִים כּוּ׳. מַאי טַעְמָא? הָא דַּאֲמַר רַחֲמָנָא ״וּבִעֵר בִּשְׂדֵה אַחֵר״ – מְלַמֵּד שֶׁשָּׁמִין עַל גַּב הַשָּׂדֶה, הָנֵי מִיֽלֵּי מִיֽדֵּי דִּצְרִיךְ לְשָׂדֶה; הָנֵי, כֵּיֽוָן דְּלָא צְרִיכִי לְשָׂדֶה – בְּעֵינַיְיֽהוּ בָּעֵי שֶׁלּוּמֵי.

Rabbi Chimon dit : si elle a mangé des fruits achevés, etc. Quelle est la raison ?

Ce que le Miséricordieux a dit : "et il a brouté dans le champ d'un autre", enseigne que l'on estime sur le champ. Ces paroles visent une chose qui a besoin du champ.

Ceux-ci, puisqu'ils n'ont pas besoin du champ, il doit les payer tels qu'ils sont.

💡 Explication

Retour à la michna. Rabbi Chimon : des perot gemurin, fruits achevés, se paient comme tels. Le verset uvi'er bisde aher (Exode 22, 4) enseigne shamin al gav ha-sadeh, l'estimation sur le champ. Cette estimation vaut pour un produit qui doit encore le champ pour finir. Le fruit achevé se paie be-ineiyehou, dans son état, mesure pour mesure.

6
אָמַר רַב הוּנָא בַּר חִיָּיֽא אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא: דָּן רַב כְּרַבִּי מֵאִיר, וּפְסַק הִלְכְתָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.

Rav Houna bar Hiyya a dit, au nom de Rabbi Yirmeya bar Abba : Rav a jugé comme Rabbi Meir, et il a tranché la halakha comme Rabbi Chimon.

📜 Rachi (2)
דָּן רַב מַעֲשֶׂה עֶבֶד:
Il a traité un cas pratique.
פָּסַק הִלְכְתָא כְּלוֹמַר לִיֽמֵּד לַתַּלְמִידִים שֶׁהֲלָכָה כְּר"ש הֲלָכָה פְּסוּקָה לְדוֹרוֹת:
C'est-à-dire qu'il a enseigné aux élèves que la halakha suit Rabbi Chimon, halakha tranchée pour les générations.
💡 Explication

Deux gestes distincts de Rav. Dan : un maassé, un jugement rendu. Passak hilkhata : Rachi, un enseignement aux élèves, halakha fixée pour les générations. L'un suit Rabbi Meir, l'autre Rabbi Chimon. La suite donne les deux dossiers.

7
דָּן רַב כְּרַבִּי מֵאִיר – דְּתַנְיָא: כָּתַב לָרִאשׁוֹן וְלֹא חָתְמָה לוֹ, לַשֵּׁנִי וְחָתְמָה לוֹ – אָבְדָה כְּתֻוֽבָּתָהּ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, יְכוֹלָה הִיא שֶׁתֹּאמַר: נַחַת רוּחַ עָשִׂיתִי לְבַעְלִי, אַתֶּם מַה לָכֶם עָלַי.

Rav a jugé comme Rabbi Meir, car on enseigne : s'il a écrit pour le premier et qu'elle n'a pas signé pour lui, pour le second et qu'elle a signé pour lui, elle a perdu sa ketouba, paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : elle peut dire : j'ai fait plaisir à mon mari ; vous, que me voulez-vous ?

📜 Rachi (2)
לֹא חָתְמָה לוֹ שָׂדֶה הַמְיֻוֽחֶדֶת לִכְתֻוֽבָּה:
Un champ réservé à la ketouba.
אָבְדָה כְּתֻוֽבָּתָהּ וְלָא מָצֵית לוֹמַר נַחַת רוּחַ עָשִׂיתִי לְבַעְלִי דא"כ הֲוָה לָהּ לְמֶעְבַּד לְרִאשׁוֹן אֶלָּא וַדַּאי גָּמְרָה וּמַקְנְיָא:
Et elle ne peut pas dire : j'ai fait plaisir à mon mari. Car s'il en était ainsi, elle l'aurait fait pour le premier. C'est donc qu'elle a achevé et transféré.
🗂️ Tossefot (1)
כָּתַב לָרִאשׁוֹן וְלֹא חָתְמָה לוֹ כּוּ' בְּסוֹף מִי שֶׁהָיָה נָשׂוּי (כְּתֻוֽבּוֹת דַּף צה. וְשָׁם.) מְפָרֵשׁ רַב אַשִּׁי דַּאֲפִילּוּ ר"מ לָא קָאָמַר אֶלָּא בִּשְׁנֵי לָקוֹחוֹת דְּאִם אִיתָא דְּנַחַת רוּחַ עָבְדָה מִקַּמָּא אִבְּעִי לָהּ לְמִעְבַּד אֲבָל בְּלוֹקֵחַ אֶחָד אֲפִיֽלּוּ ר"מ מוֹדֶה וא"ת דִּבְפֶ' הַנִּיֽזָּקִין (גִּיֽטִּין נח. וְשָׁם) גַּבֵּי לָקַח מִן הָאִישׁ וְחָזַר וְלָקַח מִן הָאִשָּׁה מִקָּחוֹ בָּטֵל אָמַר רַב לֹא שָׁנוּ אֶלָּא דא"ל לֵךְ חֲזֵק וּקְנִי אֲבָל בִּשְׁטָר קָנָה וְאַלֶּקַח מִן הָאִישׁ וְחָזַר וְלָקַח מֵהָאִשָּׁה קָאֵי כִּדְמוֹכַח בַּסֻּוֽגְיָא ואור"י שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק בֵּין כְּתֻבָּה בִּשְׁטָר עַצְמוֹ שֶׁל בַּעַל לְכָתְבָהּ שְׁטָר בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְעוֹד אוֹמֵר רִ"י דַּאֲפִילּוּ בִּשְׁטָר שֶׁל בַּעַל אַיְּיֽרִי הָתָם אֶלָּא שֶׁכְּתָבָהּ שֶׁהִיא עַצְמָהּ מָכְרָה לַלָּקוֹחוֹת אֲבָל חָתְמָה לוֹ דְּהָכָא הַיְיֽנוּ שֶׁמָּחֲלָה שִׁעְבּוּד כְּתֻוֽבָּתָהּ שֶׁיֵּשׁ לָהּ עַל שָׂדֶה זוֹ וְכֵן מַשְׁמַע לְשׁוֹן חָתְמָה כְּלוֹמַר שֶׁנִּתְרַצֵּית בַּמִּקָּח וְלֹא מַחְתָּה בּוֹ וה"ר אֶלְעָזָר משנ"ץ פֵּי' דְּטַעֲמָא דְּרַב הָתָם דְּבִשְׁטָר קוֹנֶה מִשּׁוּם דִּס"ל אַחְרָיוּת טָעוּת סוֹפֵר הוּא וְהָוֵי כְּאִיֽלּוּ קִבֵּל עֲלֵיֽהּ אַחְרָיוּת אֲבָל אִם פֵּיֽרֵשׁ בְּלֹא אַחְרָיוּת לֹא קָנָה אֲפִי' בִּשְׁטָר וּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר עַד שֶׁתִּכְתֹּוֽב לוֹ אַחְרָיוּת מִשּׁוּם דְּקָסָבַר אַחְרָיוּת לָאו טָעוּת סוֹפֵר הוּא דִּפְלִיגִי בְּהָכִי בפ"ק דְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף יד.) דִּשְׁמוּאֵל קָאָמַר בְּהֶדְיָא דְּשִׁעְבּוּד צָרִיךְ לִיֽמָּלֵךְ וְרַב נָמֵי אָמַר הָתָם נִמְצָא שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ רַב אָמַר יֵשׁ לוֹ מָעוֹת וְיֵשׁ לוֹ שֶׁבַח וּמַשְׁמַע דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דַּאֲפִי' לֹא פֵּיֽרֵשׁ לוֹ אֶת הַשֶּׁבַח קָאָמַר רַב דְּיֵשׁ לוֹ שֶׁבַח וְהַיְיֽנוּ מִשּׁוּם דְּאִית לֵיֽהּ דְּאַחְרָיוּת טָעוּת סוֹפֵר הוּא:
À la fin de Mi che-haya nassoui (Ketoubot 95a, et là-bas), Rav Achi explique que même Rabbi Meir ne dit cela que pour deux acquéreurs : car si elle avait agi pour faire plaisir, elle aurait dû le faire dès le premier. Pour un seul acquéreur, même Rabbi Meir en convient. Et si tu dis : dans le chapitre Ha-Nizakin (Guitin 58a, et là-bas), au sujet de celui qui a acheté de l'homme puis est revenu acheter de la femme, son acquisition est annulée. Rav a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il lui a dit : va, prends possession et acquiers. Par un acte, il acquiert. Et cela porte sur le cas : il a acheté de l'homme puis est revenu acheter de la femme, comme la sougya le montre. Le Ri dit qu'il y a lieu de distinguer selon qu'elle a écrit dans l'acte même du mari, ou qu'elle a écrit un acte à part. Le Ri dit encore : même l'acte du mari est visé là-bas, sauf qu'elle a écrit qu'elle-même avait vendu aux acquéreurs. Ici, "elle a signé pour lui" veut dire qu'elle a remis le gage de sa ketouba sur ce champ. Le mot "elle a signé" le laisse entendre : elle a consenti à la vente et elle n'a pas protesté. Rabbi Elazar de Sens explique que la raison de Rav là-bas, selon laquelle par un acte il acquiert, est qu'il tient l'aharyout (la garantie) pour une erreur de scribe : c'est comme s'il avait accepté la garantie sur lui. S'il a précisé "sans garantie", il n'acquiert pas, même par un acte. Chmouel, qui dit : jusqu'à ce qu'elle lui écrive la garantie, tient que la garantie n'est pas une erreur de scribe. Ils divergent sur ce point dans le premier chapitre de Bava Metzia (14a). Chmouel dit explicitement que le chi'boud doit être stipulé de façon expresse (tzarikh limalekh). Rav a dit aussi là-bas : s'il se trouve que le bien n'est pas à lui, Rav dit : il a les deniers et il a la plus-value. Il en ressort que la chose est claire pour lui : même s'il ne lui a pas stipulé la plus-value, Rav dit qu'il a la plus-value. Cela, parce qu'il tient que la garantie est une erreur de scribe.
💡 Explication

Le cas pratique. Un champ est meyouhad le-khetouva, réservé au gage de la ketouba. Le mari l'écrit en vente à un premier acquéreur : la femme ne signe pas. Il l'écrit à un second : elle signe. Rabbi Meir : elle a perdu sa ketouba sur ce champ. Rachi : un simple nahat roua'h, faire plaisir au mari, aurait valu dès le premier. Signer seulement pour le second montre qu'elle a achevé le transfert. Rabbi Yehouda la laisse dire : j'ai fait plaisir à mon mari ; les acquéreurs n'ont pas de demande contre elle.

Tossefot resserre, avec Rav Achi : Rabbi Meir ne parle que de deux acquéreurs. Avec un seul, il rejoint Rabbi Yehouda. Puis il écarte un heurt avec Guitin 58a, où Rav fait acquérir par acte celui qui achète du mari puis de la femme. Le Ri sépare les actes : écrire qu'elle vend elle-même, et ici hatma, consentir en remettant le chi'boud de la ketouba. Rabbi Elazar de Sens ramène l'avis de Rav à aharyout ta'out sofer : la garantie omise est tenue pour écrite. Chmouel exige qu'elle soit écrite, car pour lui la garantie n'est pas une erreur de scribe, comme à Bava Metzia 14a.

🖼️ Schéma
Champ réservé à la ketouba : deux acquéreurs Le mari écrit vente du champ affecté à la ketouba Premier Elle ne signe pas Second Elle signe Rabbi Meir Elle a perdu sa ketouba Rabbi Meir, lu par Rachi Un nahat roua'h aurait signé dès le premier. Elle a donc achevé et transféré. Rav Achi : deux acquéreurs seulement Rabbi Yehouda Nahat roua'h : plaisir au mari j'ai fait plaisir à mon mari Vous, que me voulez-vous ? le gage reste à elle
Deux acquéreurs : elle refuse au premier et signe au second. Rabbi Meir y voit un vrai transfert.
8
וּפְסַק הִלְכְתָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן – כִּי הָא דִּתְנַן, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אָכְלָה פֵּיֽרוֹת גְּמוּרֵין – מְשַׁלֶּמֶת פֵּיֽרוֹת גְּמוּרֵין; אִם סְאָה – סְאָה, אִם סָאתַיִם – סָאתַיִם.

Et il a tranché la halakha comme Rabbi Chimon, comme ceci que nous avons appris : Rabbi Chimon dit : si elle a mangé des fruits achevés, elle paie des fruits achevés ; si une séa, une séa ; si deux séa, deux séa.

🗂️ Tossefot (1)
וּפְסַק הֲלָכָה כר"ש דְּאָמַר אָכְלָה פֵּיֽרוֹת גְּמוּרֵין כּוּ' פֵּי' רַ"ח דְּמֵהָכָא פְּשִׁיטָא לָן בְּפֶרֶק נַעֲרָה בִּכְתֻוֽבּוֹת (דַּף נא. וְשָׁם.) דְּכָל הָעוֹמֵד לִגְזֹוֽז כְּגָזוּז דָּמֵי לְעִנְיַן בַּעַל חוֹב דְּלָא טָרֵיֽף לְהוּ אע"ג דִּפְלֻוֽגְתָּא לְעִנְיַן שְׁבוּעָה בְּפֶרֶק שְׁבוּעַת הַדַּיָּיֽנִין (שְׁבוּעוֹת דַּף מג. וְשָׁם) בַּעֲנָבִים הָעוֹמְדִים לִיֽבָּצֵר אִי כִּבְצוּרוֹת דָּמְיָיֽן אִי לֹא:
Rabbeinou Hananel explique que, de là, il nous est clair, dans le chapitre Naara de Ketoubot (51a, et là-bas), que tout ce qui est destiné à être coupé est considéré comme déjà coupé, pour un créancier : il ne les saisit pas. Et cela, bien qu'il y ait une discussion, pour le serment, dans le chapitre Chevouot ha-dayanim (Chevouot 43a, et là-bas), au sujet des raisins destinés à être vendangés : sont-ils considérés comme déjà vendangés, ou non.
💡 Explication

Le second geste de Rav : la halakha suit la michna de Rabbi Chimon. Fruit achevé mangé, fruit achevé payé. Séa pour séa, seataïm pour deux séa. La quantité prise fixe le paiement.

Tossefot, par Rabbeinou Hananel : de là sort, pour Ketoubot, kol ha-omed ligzoz ke-gazuz dami. Ce qui est prêt à être coupé compte comme déjà coupé. Un baal hov, un créancier, ne saisit pas ces fruits avec la terre. À Chevouot, une discussion reste ouverte pour le serment : des raisins prêts à la vendange comptent-ils comme déjà vendangés.

9
מַתְנִי׳ הַמַּגְדִּישׁ בְּתוֹךְ שְׂדֵה חֲבֵיֽרוֹ שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת, וַאֲכָלָתַן בְּהֶמְתּוֹ שֶׁל בַּעַל הַשָּׂדֶה – פָּטוּר. וְאִם הֻוֽזְּקָה בָּהֶן – בַּעַל הַגָּדִישׁ חַיָּיֽב. וְאִם הַגָּדִישׁ בִּרְשׁוּת – בַּעַל הַשָּׂדֶה חַיָּיֽב.

Michna. Celui qui dresse une meule dans le champ de son prochain sans autorisation, et la bête du maître du champ les a mangées : le maître du champ est exempt.

Si elle en a été blessée : le maître de la meule est tenu. S'il a dressé la meule avec autorisation : le maître du champ est tenu.

🗂️ Tossefot (1)
הַמַּגְדִּישׁ בְּתוֹךְ שְׂדֵה חֲבֵיֽרוֹ וְכוּ' אִצְטְרִיךְ לְמִיֽתַּנְיָיֽא אוֹ לְמִסְּתָמָא דְּלָא כְּרַבִּי אוֹ לְאַשְׁמוֹעִינַן דַּאֲפִילּוּ רַבִּי מוֹדֶה בְּהָא כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Il était nécessaire de l'enseigner, soit comme une michna anonyme qui ne suit pas Rabbi, soit pour nous apprendre que même Rabbi en convient ici, comme la Guemara l'explique.
💡 Explication

Trois membres. Chelo bi-reshout : la bête du maître du champ mange la meule, il est exempt ; la bête est blessée par la meule, le baal ha-gadich est tenu. Bi-reshout : le maître du champ est tenu pour la meule.

Tossefot pose déjà la question de la Guemara. Rabbi exige que le maître de maison accepte explicitement de garder. La michna peut donc être anonyme contre lui, ou bien lui aussi en convient dans le cas que Rav Papa va dire.

10
גְּמָ׳ לֵימָא תְּנַן דְּלָא כְּרַבִּי? דְּאִי כְּרַבִּי, הָאָמַר: עַד שֶׁיְּקַבֵּל עָלָיו בַּעַל הַבַּיִת לִשְׁמֹוֽר! אָמַר רַב פָּפָּא: הָכָא – בְּנָטַר בֵּי דָרֵי עָסְקִינַן, דְּכֵיוָן דְּאָמַר לֵיהּ: ״עַיֵּיֽל וְגָדוּשׁ״ – ״עַיֵּיֽל וְאִנָּטֵר לָךְ״ הוּא.

Guemara. Dirons-nous que nous avons appris ceci autrement que selon Rabbi ?

Car si c'était selon Rabbi, ne dit-il pas : jusqu'à ce que le maître de maison accepte sur lui de garder ! Rav Papa a dit : ici, nous traitons d'un gardien des aires.

Dès lors qu'il lui a dit : entre et entasse, c'est : entre, et je garderai pour toi.

📜 Rachi (1)
נְטַר בֵּי דָרֵי שׁוֹמֵר הַגְּרָנוֹת שֶׁמִּנְהָגָן הָיָה לַעֲשׂוֹת כָּל בְּנֵי הַבִּקְעָה בְּגֹוֽרֶן אֶחָד זֶה גְּדִישׁוֹ וְזֶה גְּדִישׁוֹ וּמְמַנִּין שׁוֹמֵר וּבְהַהִיא אֲפִי' רַבִּי מוֹדֶה:
Le gardien des aires. Leur coutume : tous les gens de la vallée font une seule aire, celui-ci sa meule et celui-là sa meule, et ils nomment un gardien. Dans ce cas, même Rabbi en convient.
💡 Explication

Rabbi : un maître de maison qui laisse entrer un bien n'est gardien que s'il a accepté la shemira. La michna tient le maître du champ dès l'autorisation, sans dire cette acceptation. Rav Papa place le cas chez le nater bei dari, le gardien des aires. Rachi : une aire commune à toute la vallée, chacun sa meule, un gardien nommé. "Entre et entasse" porte déjà "entre, et je garde pour toi". Même Rabbi en convient.

🖼️ Schéma
Meule dans le champ d'autrui Chelo bi-reshout sans autorisation La bête du champ mange la meule Le maître du champ est exempt La bête est blessée par la meule Le maître de la meule est tenu Bi-reshout avec autorisation Le maître du champ est tenu Rav Papa : nater bei dari gardien des aires Eil ve-gdosh, entre et entasse, vaut : entre, et je garde pour toi. Même Rabbi, qui exige une acceptation de garde, en convient pour ce gardien.
Sans autorisation, le champ est exempt si sa bête mange, et le maître de la meule est tenu si elle se blesse. Avec autorisation, le gardien des aires a déjà accepté de garder.
11
מַתְנִי׳ הַשּׁוֹלֵחַ אֶת הַבְּעֵרָה בְּיַד חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן – פָּטוּר בְּדִינֵי אָדָם, וְחַיָּיֽב בְּדִינֵי שָׁמַיִם. שָׁלַח בְּיַד פִּקֵּחַ – הַפִּקֵּחַ חַיָּיֽב.

Michna. Celui qui envoie l'incendie par la main d'un sourd-muet, d'un insensé ou d'un mineur est exempt selon les lois des hommes, et tenu selon les lois du Ciel.

S'il l'a envoyé par la main d'un homme responsable, l'homme responsable est tenu.

💡 Explication

'Herech, choté ve-katan : sourd-muet, insensé, mineur. Leur remettre le feu laisse l'envoyeur patour be-dinei adam, exempt au tribunal des hommes, et hayav be-dinei shamayim, tenu au regard du Ciel. Remis à un pikeah, homme apte, c'est le pikeah qui est tenu.

12
אֶחָד הֵבִיא אֶת הָאוּר וְאֶחָד הֵבִיא אֶת הָעֵצִים – הַמֵּבִיא אֶת הָעֵצִים חַיָּיֽב. אֶחָד הֵבִיא אֶת הָעֵצִים וְאֶחָד הֵבִיא אֶת הָאוּר – הַמֵּבִיא אֶת הָאוּר חַיָּיֽב.

L'un a apporté le feu et l'autre a apporté les bois : celui qui apporte les bois est tenu. L'un a apporté les bois et l'autre a apporté le feu : celui qui apporte le feu est tenu.

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' הַמֵּבִיא אֶת הָעֵצִים חַיָּיֽב דְּאִי לָאו אַחֲרוֹן קַמָּא לָא עָבִיד מִידִי:
Car sans le dernier, le premier n'a rien fait.
💡 Explication

Le dernier apport utile fixe le tenu. Rachi : sans le dernier, le premier lo avid midi, n'a rien fait qui brûle. Feu posé seul, ou bois posés seuls : le dommage attend l'autre geste.

13
בָּא אַחֵר וְלִיֽבָּה – הַמְלַבֶּה חַיָּיֽב. לִיֽבְּתָה הָרוּחַ – כֻּוֽלָּן פְּטוּרִין.

Un autre est venu et a attisé : celui qui attise est tenu. Le vent l'a attisée : tous sont exempts.

🗂️ Tossefot (1)
לִבְּתָה הָרוּחַ כֻּוֽלָּן פְּטוּרִין פר"י דִּבְרוּחַ מְצוּיָה אַיְּיֽרִי כִּדְמַשְׁמַע בַּגְּמ' דִּסְתָם לִיֽבּוּי דְּרוּחַ מַיְיֽרֵי בְּרוּחַ מְצוּיָה מִדְּפָרִיךְ עֲלָהּ דְּבָרַיְיֽתָא וְלֶיֽהֱוֵי כְּזוֹרֶה וְרוּחַ מְסַיַּיֽעְתּוֹ וְאִי בְּרוּחַ שֶׁאֵין מְצוּיָה הָא לָא הֲוָה לֵיהּ לְאַסּוּקֵי אַדַּעְתֵּיֽהּ וא"ת כֵּיוָן דְּמִתְלַבֶּה בְּרוּחַ מְצוּיָה יִתְחַיֵּיֽב הָאַחֲרוֹן שֶׁל הַנָּחַת עֵצִים [וְאוֹר] דִּבְכָל דֻּוכְתֵי אַשְׁכְּחַן שֶׁמִּתְחַיֵּיֽב לְעִנְיַן אֵשׁ בְּשֶׁיָּכוֹל לְהַזִּיק בְּרוּחַ מְצוּיָה כְּגוֹן אַבְנוֹ וְסַכִּינוֹ וּמַשָּׂאוֹ שֶׁהִנִּיחָן בְּרֹאשׁ גַּגּוֹ וְנָפְלוּ בְּרוּחַ מְצוּיָה וְהִזִּיקוּ וְכוֹפֵף קָמַת חֲבֵיֽרוֹ בִּפְנֵי הַדְּלֵיֽקָה דְּמָטְיָא לֵיֽהּ בְּרוּחַ מְצוּיָה וְאֵין לְחַלֵּק מִשּׁוּם דִּבְהָנְהוּ אֵין מְחֻוֽסָּר אֶלָּא הוֹלָכַת הָאֵשׁ בְּעָלְמָא ע"י רוּחַ מְצוּיָה אֲבָל כָּאן מְחֻוֽסָּר לִיֽבּוּי וְאֵין שֵׁם אֵשׁ עָלָיו וְלָא קָרֵינָא בֵיֽהּ הַמַּבְעִיר אֶת הַבְעָרָה דְּהָא בפ"ק (דַּף ט:) אָמַר גַּחֶלֶת כַּמָּה דְּשָׁבֵיֽק לֵיהּ מֵעָמְיָא עָמְיָא וְאָזְלָא אע"פ שֶׁמִּתְנַדְנֶדֶת בְּטִלְטוּלוֹ מֵעָמְיָא עָמְיָא וְאָזְלָא הָא אִם דַּרְכָּהּ לְהִתְלַבּוֹת ע"י נִדְנוּדוֹ שֶׁל חָרָשׁ הַמְטַלְטְלָהּ הָיָה הַמּוֹסֵר לוֹ חַיָּיֽב הָכָא נָמֵי יִהְיֶה הָאַחֲרוֹן חַיָּיֽב אע"פ שֶׁמְּחֻוֽסָּר לִיֽבּוּי וי"ל דִּלְבִתּוֹ הָרוּחַ דְּמַתְנִי' קָאֵי אַבָּא אַחֵר וְלִיֽבָּה דְּהַשְׁתָּא הָוֵי לִיֽבָּה וְלִיֽבְּתָה הָרוּחַ כְּבָרַיְיֽתָא דְּגָמַ' וְכֵן מַשְׁמַע לִיֽשָּׁנָא דְּכֻוֽלָּן וּבְאֵין בְּלִיֽבּוּיוֹ כְּדֵי לְלַבּוֹת וְלֹא בָּרוּחַ בִּפְנֵי עַצְמוֹ כְּדֵי לְלַבּוֹת כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ בגמ' וּבְחִנָּם דָּחַק לְפָרֵשׁ דְּלִיֽבָּתוֹ הָרוּחַ הַיְיֽנוּ לִיֽבָּה וְלִיֽבָּתוֹ הָרוּחַ אֶלָּא נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּלִיֽבָּתוֹ הָרוּחַ הַיְיֽנוּ שֶׁלִּיֽבְּתָה הָרוּחַ בִּפְנֵי עַצְמָהּ בְּרוּחַ שֶׁאֵין מְצוּיָה וְלִיֽבָּה וְלִיֽבָּתוֹ הָרוּחַ בַּגְּמָ' בֵּין מְצוּיָה בֵּין אֵין מְצוּיָה וּכְגוֹן שֶׁקֹּוֽדֶם לִיֽבּוּי כְּבָר בָּא הָרוּחַ שְׁלִיבָתוֹ לְבַסּוֹף אֵיזֶה רוּחַ שֶׁיִּהְיֶה דְּמֵאַחַר שֶׁבָּא כְּבָר כָּךְ לִי שֶׁאֵינוֹ מְצוּיָה כִּמְצוּיָה וְכֵן מַשְׁמַע מִתּוֹךְ תֵּיֽרוּצוֹ שֶׁל רָבָא שֶׁתֵּיֽרֵץ כְּגוֹן שֶׁלִּיֽבָּה בְּרוּחַ מְצוּיָה וְלִיֽבַּתּוּ הָרוּחַ בְּרוּחַ שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה מִכְּלָל דְּמֵעִיֽקָּרָא ס"ד שֶׁמֵּעִיֽקָּרָא בָּא הָרוּחַ שֶׁלִּבְסוֹף לִיֽבָּה וְכֵן מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דְּמַתְנִיתִין אַיְּיֽרִי בְּרוּחַ שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה דְּגָרְסִינַן הָתָם לִיֽבָּתוֹ הָרוּחַ כֻּוֽלָּן פְּטוּרִין תַּמָּן אָמְרִינַן בְּרוּחַ שֶׁל אֲנוּסִים אֲבָל בְּרוּחַ שֶׁהָעוֹלָם מִתְנַהֵג בּוֹ חַיָּיֽב ר' יוֹחָנָן וְר"ל תַּרְוַיְיֽהוּ אָמְרִי אֲפִי' בְּרוּחַ שֶׁהָעוֹלָם מִתְנַהֵג בּוֹ שֶׁפְּעָמִים הוּא בָּא וּפְעָמִים אֵין בָּא:
Le Ri explique que l'on parle d'un vent habituel (ruah metsouya), comme la Guemara le laisse entendre : un attisement par le vent, dit sans précision, parle d'un vent habituel. Car on objecte contre la baraïta : que ce soit comme celui qui vanne et que le vent l'aide. S'il s'agissait d'un vent inhabituel, il n'aurait pas eu à se le mettre en tête. Et si tu dis : puisqu'elle s'attise par un vent habituel, le dernier qui a déposé les bois [et le feu] devrait être tenu. Partout, on est tenu pour le feu dès qu'il peut endommager par un vent habituel. Ainsi sa pierre, son couteau et son fardeau, posés au bord de son toit, tombés par un vent habituel et ayant endommagé ; et celui qui couche la moisson de son prochain devant l'incendie, lorsque le feu l'atteint par un vent habituel. On écarte la distinction suivante : dans ces cas, il ne manquerait que le simple transport du feu par un vent habituel, tandis qu'ici manquerait l'attisement, la chose ne porterait pas le nom de feu, et on n'y lirait pas "celui qui allume l'incendie". Car au premier chapitre (9b) on dit : une braise, tant qu'on la laisse, s'éteint peu à peu ; même si elle oscille quand on la transporte, elle s'éteint peu à peu. Donc, si sa manière était de s'attiser par l'oscillation du sourd-muet qui la transporte, celui qui la lui a remise serait tenu. Ici aussi, le dernier serait tenu, même s'il manque l'attisement. On peut répondre : "le vent l'a attisée", dans la michna, porte sur "un autre est venu et a attisé". Dès lors, c'est : il a attisé, et le vent l'a attisée, comme la baraïta de la Guemara. Le mot "tous" le laisse entendre. Son attisement ne suffit pas à attiser, et le vent seul ne suffit pas à attiser, comme je l'expliquerai dans la Guemara. Cette lecture force le texte sans nécessité, en faisant de "le vent l'a attisée" le cas "il a attisé et le vent l'a attisée". La lecture qui convient : "le vent l'a attisée" désigne le vent seul, par un vent inhabituel. "Il a attisé et le vent l'a attisée", dans la Guemara, vaut pour un vent habituel comme pour un vent inhabituel, et dans le cas où, avant l'attisement, le vent qui l'a attisée à la fin était déjà venu, quel que soit ce vent : dès lors qu'il est déjà venu, un vent inhabituel revient au même qu'un vent habituel. Cela ressort de la réponse de Rava, qui a répondu par l'exemple : il a attisé par un vent habituel, et le vent l'a attisée par un vent inhabituel. On en tire que, au départ, on tenait que le vent qui a attisé à la fin était venu dès le début. Cela ressort aussi du Yerouchalmi : la michna parle d'un vent inhabituel. On lit là-bas : le vent l'a attisée, tous sont exempts. Là-bas, on dit : par un vent d'onessim (un vent de contrainte). Par un vent selon lequel le monde va, il est tenu. Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich disent tous deux : même par un vent selon lequel le monde va, car parfois il vient, et parfois il ne vient pas.
💡 Explication

Liba : attiser. L'homme qui attise est tenu. Libata ha-ruah : le vent attise, koulan petourin, tous sont exempts.

Tossefot discute quel vent. Le Ri lit un ruah metsouya, vent habituel, parce que la Guemara compare ensuite à zore ve-ruah messayeto, celui qui vanne et que le vent aide. Un vent inhabituel, on n'avait pas à le prévoir. L'objection : pour le feu, un vent habituel suffit ailleurs à rendre tenu, pierre, couteau ou fardeau tombés du toit, moisson couchée devant l'incendie. La braise de 9b montre aussi qu'un attisement qui suit le cours normal peut rendre tenu celui qui a remis.

Une première réponse rattache la michna au cas "il a attisé et le vent a attisé" : ni l'homme ni le vent ne suffit seul, d'où le mot "tous". Tossefot marque que cette lecture force le texte. Lecture qui convient : la michna est le vent seul, et un vent inhabituel. Le cas mixte de la Guemara couvre les deux vents, dès que le vent était déjà là avant l'attisement. Le Yerouchalmi lit la michna comme un vent d'onessim : exempt. Un vent selon lequel le monde va : tenu. Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich exemptent même ce vent-là, parce qu'il vient par moments.

14
גְּמָ׳ אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשְּׁמֵיֽהּ דְּחִזְקִיָּה: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁמָּסַר לוֹ גַּחֶלֶת וְלִיֽבָּהּ, אֲבָל מָסַר לוֹ שַׁלְהֶבֶת – חַיָּיֽב, מַאי טַעְמָא? מַעֲשָׂיו קָא גָרְמוּ לוֹ.

Guemara. Rech Lakich a dit au nom de Hizkiya : on n'a enseigné cela que s'il lui a remis une braise et qu'il l'a attisée.

Mais s'il lui a remis une flamme, il est tenu. Quelle est la raison ?

Ses actes à lui ont causé le dommage.

💡 Explication

Lo chanou vise l'exemption de la michna : feu confié au sourd-muet, à l'insensé ou au mineur. Hizkiya, rapporté par Rech Lakich, la limite à la gahelet, la braise, que le 'herech attise lui-même. Une chalhevet, une flamme déjà vive, rend l'envoyeur tenu : maassav ka garou, ses actes sont la cause.

15
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִיֽלּוּ מָסַר לוֹ שַׁלְהֶבֶת – פָּטוּר, מַאי טַעְמָא? צְבָתָא דְחֵרֵשׁ גָּרְמָה לוֹ. וְלָא מִחַיַּיֽב עַד שֶׁיִּמְסֹוֽר לוֹ גְּוָוֽזָא,

Et Rabbi Yo'hanan a dit : même s'il lui a remis une flamme, il est exempt. Quelle est la raison ?

Les tenailles du sourd-muet l'ont causé. Et il n'est tenu que lorsqu'il lui remet des brindilles,

📜 Rachi (2)
גמ' צְבָתָא צְבָת טנליי"ש:
Une tenaille. En la'az : tenaille.
גַּווָּזָא קַיָּצִים:
Des brindilles coupées.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan étend l'exemption à la flamme. La cause est tsavta de-'herech : Rachi, la tenaille par laquelle le sourd-muet tient le feu. Son geste s'interpose. La tenue commence quand on lui remet un guvza, Rachi : des kitzim, des brindilles. La phrase continue à l'amoud suivant.

🖼️ Schéma
Braise ou flamme remise au 'herech Rech Lakich au nom de Hizkiya Braise, et le 'herech attise Exempt Flamme remise telle quelle Tenu Raison : maasav ka garou ses propres actes ont causé Rabbi Yo'hanan Même une flamme Exempt Raison : tsavta de-'herech les tenailles du sourd-muet Tenu dès qu'il remet un guvza brindilles ; la phrase continue ensuite La michna exempte, en din adam, celui qui confie le feu. Hizkiya et Rabbi Yo'hanan placent la limite autrement.
Hizkiya : la flamme rend tenu. Rabbi Yo'hanan : les tenailles du 'herech exemptent, jusqu'aux brindilles.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).