Sougya : L'amoud achève l'enseignement de Rabbi Yo'hanan : celui qui remet un feu à un sourd-muet, un sot ou un mineur n'est tenu que s'il remet des bois minces et une lampe, car alors son acte a causé le dommage. Rav Nahman bar Yitzhak reçoit les deux leçons, libba (attiser) et nibba (souffler).
La baraïta tranche : si l'attisement de l'homme suffit à lui seul, il est tenu ; sinon il est exempt. Abaye, Rava et Rabbi Zeira cernent ce cas ; Rav Ashi sépare Chabbat, où le travail réfléchi suffit, et les dommages, où le gerama est exempt.
La michna suivante tient celui dont le feu consume bois, pierres ou terre. Rava montre pourquoi le verset nomme épines, meule, récolte sur pied et champ.
La page se ferme sur le fléau : il ne sort qu'avec les méchants, et il atteint les justes en premier.
des bois minces (salta), une lampe (sheraga) : dans ce cas-là, c'est assurément son propre acte qui a causé le dommage.
Fin de la phrase de Rabbi Yo'hanan, ouverte à la fin de 59b. Remettre une braise, ou même une flamme, à un sourd-muet, un sot ou un mineur laisse exempt : ce sont ses pinces qui ont mené le feu. Il est tenu s'il remet des copeaux (gavza), des bois minces et une lampe : là, son acte a fait le dommage.
S'il a envoyé [le feu] par la main d'un homme responsable (pikeah), l'homme responsable est tenu, etc. Rav Nahman bar Yitzhak a dit : celui qui enseigne "libba" (il a attisé) ne se trompe pas, et celui qui enseigne "nibba" (il a soufflé) ne se trompe pas.
Retour au membre de la michna déjà énoncé en 59b : remis à un pikeah, c'est le pikeah qui est tenu, et le " etc. " reprend les cas de celui qui apporte le bois ou le feu. Puis la page fixe le verbe de la michna. Libba, attiser. Nibba, souffler : Rachi, le souffle qui sort des lèvres quand on parle.
Celui qui enseigne "libba" ne se trompe pas, car il est écrit : "dans une flamme de feu" (belabbat ech). Et celui qui enseigne "nibba" ne se trompe pas, car il est écrit : "qui crée le fruit des lèvres" (bore niv sefatayim).
Chaque leçon a un appui dans l'Écriture. Labbat, dans " une flamme de feu ", porte libba. Niv, le fruit des lèvres, porte nibba : le souffle de la bouche. Les deux textes de la michna restent reçus.
Si le vent l'a attisée, tous sont exempts. Nos maîtres ont enseigné : s'il a attisé et que le vent a attisé, s'il y a dans son attisement de quoi l'attiser, il est tenu ; sinon, il est exempt.
La michna dit que si le vent a attisé, tous sont exempts. La baraïta précise le cas mixte : l'homme et le vent attisent ensemble. S'il y a dans son attisement de quoi propager le feu, il est tenu. Sinon, il est exempt.
Tossefot fixe le décor : le vent, seul, ne suffit pas non plus. S'il suffisait, le feu partirait sans l'homme. Quand l'homme suffit et le vent non, c'est le cas " celui-ci peut, celui-là ne peut pas " (Chabbat 93a) : l'aide sans force ne compte pas, et l'homme a tout fait. Quand aucun des deux ne suffit, il est exempt : la tenue pour le feu demande qu'après son acte, un vent habituel puisse porter le dommage.
Pourquoi ? Que ce soit comme celui qui vanne, et que le vent l'aide !
L'objection vise le second membre : son attisement ne suffit pas, et pourtant le feu part grâce au vent. À Chabbat, celui qui vanne (zoreh) est tenu alors que le vent sépare la bale du grain. Rachi : il jette le grain en l'air avec la pelle (rahat, pela), et le vent achève. Pourquoi l'attisement aidé du vent serait-il exempt ?
Abaye a dit : de quoi s'agit-il ici ? Par exemple, il a attisé d'un côté, et le vent a attisé de l'autre côté.
Rava a dit : par exemple, il a attisé par un vent habituel, et le vent l'a attisée par un vent qui n'est pas habituel. Rabbi Zeira a dit : par exemple, il l'a échauffée d'une chaleur (tsamra tsamorei).
Trois lectures du cas exempt, quand l'attisement seul ne suffit pas. Abaye : deux côtés du foyer. Rachi : son côté n'a servi à rien. Rava : il a attisé sous un vent habituel, trop faible ; un vent inhabituel a fini le travail. Il n'avait pas à le prévoir. Tossefot ajoute la barre : attisement plus vent habituel, s'ils suffisent ensemble, il est tenu.
Rabbi Zeira : tsamra tsamorei, une simple chaleur de souffle. Rachi : souffle qui réchauffe les mains, hors de tout attisement. Tossefot : souffle chaud et vent froid se gênent, on ne prévoit pas qu'ils s'additionnent.
Rav Ashi a dit : lorsque nous disons " celui qui vanne, et que le vent l'aide ", ces paroles valent pour Chabbat, car la Torah a interdit un travail réfléchi (melakhet mahshevet) ; mais ici, c'est un simple gerama (cause indirecte), et le gerama en matière de dommages est exempt.
Rav Ashi ne limite pas le cas : il coupe le rapprochement. À Chabbat, melakhet mahshevet : Rachi, sa pensée aboutit, et le vent qui aide lui convient. Pour le feu, le verset tient le mav'ir, celui qui allume. Si le vent achève, il reste un gerama, et le gerama en dommages est exempt.
Tossefot porte la distinction jusqu'à Bava Batra 26a. La rakta, brisures de lin emportées quand on bat le lin : Mar bar Rav Ashi compare au vannage aidé du vent. Là-bas l'enjeu est d'écarter la nuisance, comptée comme girei dileih, même pour Rabbi Yossi ; le paiement, lui, tombe. L'étincelle sous le marteau reste un dommage du feu : il veut qu'elle parte, et après sa force un vent habituel achève. Seconde glose : deux attiseurs, chacun insuffisant, seraient tous deux exempts. Tossefot marque la difficulté.
Michna. Celui qui envoie l'incendie, et qu'il consume des bois, ou des pierres, ou de la terre, est tenu, car il est dit : "Si un feu sort et trouve des épines, et qu'une meule, ou la récolte sur pied, ou le champ, soit consumé, celui qui allume l'incendie paiera certainement."
Michna nouvelle. Le feu envoyé consume du bois, des pierres ou de la terre : il est tenu. Le verset (Shemot 22:5) nomme épines, meule, récolte sur pied et champ. Rachi sur " terre " : le feu a léché le labour (nir) et l'a gâté. La suite de la page déplie chaque mot.
Guemara. Rava a dit : pourquoi le Miséricordieux m'a-t-il écrit " épines ", " meule ", " récolte sur pied " et " champ " ?
Rava ouvre le compte des mots. Si l'un d'eux ne faisait qu'accompagner les autres, il serait de trop. Chaque terme doit retenir un cas que les autres laisseraient échapper.
Ils sont nécessaires. Car si le Miséricordieux avait écrit " épines ", j'aurais dit : ce sont les épines pour lesquelles le Miséricordieux rend tenu, parce que le feu est fréquent auprès d'elles, et qu'il est fréquent qu'on soit négligent ; mais une meule, auprès de laquelle le feu n'est pas fréquent, et où il n'est pas fréquent qu'on soit négligent, je dirais que non.
Et si le Miséricordieux avait écrit " meule ", j'aurais dit : c'est la meule pour laquelle le Miséricordieux rend tenu, parce que la perte est grande ; mais les épines, dont la perte est mince, je dirais que non.
Les deux premiers mots se retiennent l'un l'autre. Kotzim, les épines : le feu y est courant, et la négligence aussi. Rachi : on ne s'en garde pas, elles sont faites pour brûler ; on peut dire qu'il a été négligent (peshia). Sans le mot " meule ", une meule, que l'on tient loin du feu, passerait pour un cas de contrainte.
Inversement, la seule meule viserait la perte grande. Les épines, perte mince, sortiraient du verset. Les deux mots sont donc écrits.
" Récolte sur pied ", pourquoi me le faut-il ? De même que la récolte sur pied est à découvert, de même tout ce qui est à découvert.
Kama, la récolte encore debout, est visible. Le verset en fait la mesure : on est tenu pour tout bien à découvert (galui). Le bien caché (tamun) dans la meule ou la maison sort de cette mesure. C'est la lecture des Sages. Rabbi Yehouda, au segment suivant, lit le mot autrement.
Et selon Rabbi Yehouda, qui rend tenu pour les dommages d'une chose cachée par le feu, " récolte sur pied ", pourquoi me le faut-il ? Pour inclure tous les êtres qui ont une stature (ba'alei koma).
Et les Sages, d'où tiennent-ils d'inclure tous les êtres qui ont une stature ? Ils le tirent de " ou la récolte sur pied ".
Rabbi Yehouda tient aussi le tamun brûlé par le feu (la discussion est en 61b). Le mot kama ne lui sert donc plus à exclure le caché. Il l'emploie pour les ba'alei koma : Rachi, les animaux et les arbres, tout ce qui a une hauteur, au-delà des récoltes.
Les Sages, qui ont déjà employé kama pour le découvert, tirent les ba'alei koma du mot ou devant " la récolte ". Tossefot signale le Talmud de Jérusalem : " ou la récolte " inclut les arbres et ce qui est attaché au sol (mehubar), face à la meule qui est détachée.
Et Rabbi Yehouda : le " ou " lui est nécessaire pour diviser. Et les Sages, d'où tiennent-ils de diviser ?
Ils le tirent de " ou le champ ".
Halak, diviser : le " ou " sépare les postes. On est tenu pour les épines seules, ou pour la meule seule, sans exiger que le feu ait tout consumé ensemble. Rabbi Yehouda prend ce partage sur le premier " ou ", celui de " ou la récolte ". Les Sages, qui ont déjà donné ce " ou " aux ba'alei koma, prennent le partage sur le second : " ou le champ ".
Et Rabbi Yehouda : du fait que le Miséricordieux a écrit " ou la récolte sur pied ", il a écrit " ou le champ ".
Rabbi Yehouda n'apprend rien de plus de " ou le champ ". Le second " ou " suit le premier, déjà employé pour diviser. La tournure du verset se répète, sans derasha supplémentaire.
" Champ ", pourquoi me le faut-il ? Pour inclure : [le feu] a léché son labour et roussi ses pierres.
Que le Miséricordieux écrive " champ ", et que ces [autres mots] ne soient pas nécessaires ! C'est nécessaire.
Car si le Miséricordieux avait écrit " champ ", j'aurais dit : ce qui est dans le champ, oui ; une autre chose, non. Cela nous l'apprend.
Sadeh inclut un dommage qui n'emporte pas l'objet : le feu lèche le labour (nir, terre labourée non semée) et roussit les pierres. Rachi réserve " roussir " aux pierres, et " lécher " au reste.
Objection : le seul mot " champ " aurait suffi, par un fortiori, puisque même le sol abîmé est tenu. Réponse : sans les autres mots, " champ " se lirait " ce qui est dans le champ ". Rachi : la récolte, et le sol sortirait. Une fois kama écrit pour la récolte, sadeh reste pour le corps du sol. Et la limite " seulement ce qui est dans le champ " tombe.
Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonathan : un fléau ne vient au monde que lorsqu'il y a des méchants dans le monde, et il ne commence que par les justes, en premier, car il est dit : "Si un feu sort et trouve des épines". Quand le feu sort-il ?
Lorsqu'il s'y trouve des épines. Et il ne commence que par les justes, en premier, car il est dit : "et une meule a été consumée".
On n'a pas dit : "et il a consumé une meule", mais : "et une meule a été consumée", car la meule a déjà été consumée.
Aggada sur le même verset. Rabbi Chmouel bar Nahmani au nom de Rabbi Yonathan. Les épines sont les méchants : le feu, le fléau, ne sort que lorsqu'ils sont là. La meule est le juste. Le verbe est ve-neekhal, " a été consumée ", et non " il a consumé " : la meule l'est déjà, avant les épines. Le fléau commence par les justes.
Rav Yossef a enseigné : que signifie ce qui est écrit : "Et vous, personne ne sortira de l'ouverture de sa maison jusqu'au matin" ? Dès que permission est donnée au destructeur, il ne distingue pas entre justes et méchants.
Et bien plus : il commence par les justes, en premier, car il est dit : "Et je retrancherai de toi le juste et le méchant".
Baraïta rapportée par Rav Yossef, sur la plaie des premiers-nés (Shemot 12:22). On reste à l'intérieur jusqu'au matin : une fois la permission donnée au destructeur (mashhit), il ne trie pas. Le verset d'Yehezkel met le juste avant le méchant : il commence par les justes.
Rav Yossef pleura : même à ce point, eux aussi sont comptés pour rien ? Abaye lui dit : c'est un bien pour eux, car il est écrit : "Car à cause du mal, le juste est retiré".
Rav Yossef pleure sur la place des justes : Rachi, sont-ils tenus pour du vent, eux qui passent avant le fléau ? Abaye retourne le fait en faveur : tivouta, un bien. Le verset (Yeshaya 57:1) retire le juste à cause du mal à venir. Rachi : ils ne voient pas le mal qui doit arriver.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav :
L'enseignement de Rav, transmis par Rav Yehouda, s'ouvre sur ces mots. La suite est sur l'amoud suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).