Bava Kamma 63b - Kefel du gardien qui prétend un vol

Bava_Kamma 63b

Sougya : L'amoud achève la phrase de Rabbi Yo'hanan : celui qui avance une ta'anat ganav (prétention de voleur) sur une aveda (objet perdu) paie le kefel (paiement double), d'après " al kol aveda ". La michna de Ha-gozel etsim sépare la prétention de perte, qui laisse le keren (principal), et la prétention de vol, qui donne le kefel après serment ; l'aveu de soi-même donne keren, homesh et acham.

Deux baraitot se partagent " im yimatze ha-ganav " et " im lo yimatze ha-ganav ". Le serment vient d'une gezera shava de shelihout yad.

Le hé de ha-ganav exclut la perte, ou étend à quatre et cinq. Le kefel du voleur sans serment vient du tanna de l'école de Hizkiya : le kal va-homer est arrêté par le dayo.

Michna : deux prétentions du gardien Ha-gozel etsim, Bava Kamma 108b. Dépôt : où est mon pikadon ? Ta'anat aved Il dit : il est perdu. Serment (amen), puis témoins : il l'a mangé. Keren seul Aveu de lui-même : Keren + homesh + acham Pas de kefel. Même si l'objet a disparu, Tossefot : toujours pas de kefel. Rachi : kefel seulement pour un vol. Ta'anat ganav Il dit : il a été volé. Serment (amen), puis témoins : c'est lui qui l'a volé. Tashloumei kefel Aveu de lui-même : Keren + homesh + acham Sans serment : pas de kefel. Tossefot : même si l'objet est encore là, le kefel tient. C'est la prétention qui décide. Deux conditions du kefel, tirées de la michna 1. La prétention doit être un vol, pas une perte. 2. Le gardien a juré faux. L'aveu avant les témoins change le tarif : keren, homesh, acham gezelot. L'asham suit l'aveu de la bouche.
Ta'anat aved : keren, ou keren homesh et asham si aveu. Ta'anat ganav avec serment : kefel. Sans serment : pas de kefel.
Deux baraitot sur Shemot 22, 6-7 Tout le monde : im lo yimatze vise le to'en. Le partage porte sur im yimatze. Baraita 1 Les deux versets : le to'en Im yimatze ha-ganav = prétention de vol. Im lo yimatze enseigne le verset d'avant. Verset en trop : exclut la ta'anat aved. Ganav / ha-ganav : quatre et cinq si abat ou vend. Rabbi Hiya bar Abba, au nom de Rabbi Yo'hanan. Voleur lui-même : école de Hizkiya. Baraita 2 Un verset chacun Im yimatze ha-ganav = le voleur lui-même. Im lo yimatze = le to'en, déjà dit. Pas de verset en trop. Chaque cas a son verset. Ganav / ha-ganav : exclut la ta'anat aved. Quatre et cinq : hekesh au voleur. On ne réfute pas un hekesh. Le serment du to'en ne casse pas. Lecture commune, Rava Im lo yimatze : pas trouvé selon ce qu'il a dit. Lui-même a volé. Il paie le double. Tossefot : ha-ganav en ribboui chez l'un, en mi'out chez l'autre. La derasha suit son raisonnement.
Une baraita met les deux versets sur le to'en. L'autre réserve im yimatze au voleur. Le hé de ha-ganav change d'emploi.
D'où viennent le serment et le kefel du voleur Serment : gezera shava de shelihout yad En bas, shomer sakhar : le serment de Hachem est écrit. En haut, shomer hinam : le maître de maison s'approche des juges. Là-bas pour le serment, ici pour le serment. Pas un jugement de paiement. Kal va-homer bloque Le to'en paie le kefel. Le voleur, à plus forte raison. Dayo : comme la source. Là-bas avec serment, ici avec serment. Tanna de Hizkiya Autre verset, Shemot 22, 3. Le voleur lui-même, sans serment. Qu'il dise shor et geneiva : tout entrerait. Suite : seulement l'autel ? Le seh. Rachi : le verset seul ne dit explicitement que les vivants, du bœuf à l'âne jusqu'au seh, vivants. La derasha étend à tout. La phrase s'arrête sur le seh. Elle continue en Bava Kamma 64a.
Le serment vient de shelihout yad. Le dayo arrête le kal va-homer. Le kefel du voleur vient du tanna de Hizkiya.
1
באבידה, משלם תשלומי כפל; שנאמר: ״על כל אבדה אשר יאמר״.

Sur une aveda (objet perdu), il paie les tashloumei kefel (paiement double), comme il est dit : "al kol aveda acher yomar" (pour toute perte au sujet de laquelle on dira).

📜 Rachi (2)
באבידה מוצא אבידה שטוען נגנבה הימני לאחר שמצאתיה:
Sur une perte : celui qui trouve un objet perdu et prétend : on me l'a volé après que je l'ai trouvé.
שנאמר על כל אבידה וגו' ובטוען טענת גנב מוקמינן ליה להאי קרא לקמן בשמעתין:
Comme il est dit "pour toute perte", etc. : nous établissons ce verset sur celui qui avance une ta'anat ganav (prétention de voleur), plus loin dans cette sougya.
💡 Explication

La phrase ouverte à la fin de 63a se ferme ici. Rabbi Hiya bar Abba, au nom de Rabbi Yo'hanan : le to'en ta'anat ganav sur une aveda paie le kefel. Rachi précise : c'est le trouveur, qui dit ensuite que l'objet lui a été volé.

Le verset est Shemot 22, 8. Rachi renvoie à la suite : on le fixera sur cette prétention, pas sur un autre cas de perte.

2
תנן התם: ״היכן פקדוני?״ אמר ליה: ״אבד״, ״משביעך אני״, ואמר: ״אמן״; והעדים מעידים אותו שאכלו – משלם את הקרן. הודה על פי עצמו – משלם קרן וחומש ואשם.

On a enseigné là-bas : "Où est mon pikadon (dépôt) ?" Il lui a dit : "Il est perdu." "Je t'adjure", et il a dit : "Amen." Les témoins attestent qu'il l'a mangé : il paie le keren (principal). S'il a avoué de sa propre bouche : il paie keren, homesh (cinquième) et acham (sacrifice de culpabilité).

📜 Rachi (3)
תנן התם בהגוזל עצים:
On a enseigné là-bas : dans Ha-gozel etsim (Celui qui vole du bois).
משלם את הקרן דאין כפל אלא בטענת גנב:
Il paie le principal : il n'y a de kefel que dans une ta'anat ganav.
הודה מעצמו משלם קרן וחומש ואשם דכתיב (ויקרא ה) או מכל אשר ישבע עליו לשקר וגו' וזהו אשם גזילות ואינו בא אלא על הודאת פיו דאע"פ דלא כתב בההיא פרשה הודאה כתב רחמנא באשם גזל הגר בפרשת נשא והתודו את חטאתם וגו' וחומש נמי אינו בלא אשם:
S'il avoue de lui-même, il paie keren, homesh et acham : car il est écrit (Vayikra 5) "ou de tout ce sur quoi il a juré en faux", etc. C'est l'acham gezelot (culpabilité pour un vol). Il ne vient que sur l'aveu de sa bouche. Bien que cette section n'écrive pas l'aveu, la Torah l'a écrit pour l'acham du vol d'un ger (converti), dans la paracha Nasso : "et ils avoueront leur faute", etc. Le homesh non plus ne vient pas sans acham.
🗂️ Tossefot (1)
והעדים מעידים אותו שאכלו אכלו נקט לרבותא אף על פי שאבדו מן העולם פטור מן הכפל בטענת אבד וסיפא נקט שנגנבו לרבותא דאע"פ שהוא בעין חייב כפל כיון שטוען טענת גנב:
Et les témoins attestent qu'il l'a mangé : il a choisi "il l'a mangé" pour renforcer l'enseignement. Même si l'objet a disparu du monde, il est quitte du kefel dans une ta'anat aved (prétention de perte). La fin choisit "qu'ils ont été volés" pour renforcer l'enseignement : même s'il est encore là (be-ayin), il est tenu du kefel, puisqu'il avance une ta'anat ganav.
💡 Explication

La michna, chapitre Ha-gozel etsim. Premier cas : le gardien dit aved (perdu), jure, puis les témoins disent qu'il a consommé le dépôt. Tarif : le keren seul.

L'aveu avant les témoins ouvre un autre tarif : keren, homesh et acham gezelot. Rachi rattache l'aveu à Bamidbar 5, 7, l'asham du vol du ger, et lie le cinquième à l'asham.

Tossefot : "il l'a mangé" montre que la disparition de l'objet ne crée pas le kefel. La fin de la michna montrera l'inverse : l'objet encore là ne supprime pas le kefel, dès que la prétention est un vol.

3
״היכן פקדוני?״ אמר לו: ״נגנב״, ״משביעך אני״, ואמר: ״אמן״; והעדים מעידים אותו שגנבו – משלם תשלומי כפל. הודה מעצמו – משלם קרן וחומש ואשם.

"Où est mon pikadon ?" Il lui a dit : "Il a été volé." "Je t'adjure", et il a dit : "Amen." Les témoins attestent qu'il l'a volé : il paie les tashloumei kefel. S'il a avoué de lui-même : il paie keren, homesh et acham.

💡 Explication

Second cas, même serment, autre prétention. Il a dit nignav (volé). Les témoins disent que c'est lui le voleur : kefel. L'aveu de lui-même ramène au tarif de l'asham, sans kefel.

4
קתני מיהא בטוען טענת גנב דמשלם תשלומי כפל – אבל בטוען טענת אבד לא משלם תשלומי כפל. ואפילו טוען טענת גנב – בשבועה הוא דמשלם תשלומי כפל, אבל שלא בשבועה אינו משלם תשלומי כפל.

On enseigne en tout cas que celui qui avance une ta'anat ganav paie les tashloumei kefel, mais que celui qui avance une ta'anat aved ne paie pas les tashloumei kefel. Et même celui qui avance une ta'anat ganav : c'est avec serment qu'il paie les tashloumei kefel, mais sans serment il ne paie pas les tashloumei kefel.

📜 Rachi (2)
טענת אבדה אבד הימנו:
Prétention de perte : elle a été perdue de chez lui.
בשבועה לאחר שנשבע לשקר כדקתני משביעך אני:
Avec serment : après qu'il a juré en faux, comme l'enseigne "je t'adjure".
💡 Explication

La Guemara tire deux règles de la michna. Le kefel suit la ta'anat ganav, pas la ta'anat aved. Et cette prétention ne suffit pas : il faut le serment faux, le "amen" après "je t'adjure".

5
מנהני מילי? דתנו רבנן: ״אם ימצא הגנב״ – בטוען טענת גנב הכתוב מדבר.

D'où ces paroles ? Comme l'ont enseigné nos maîtres : "im yimatze ha-ganav" (si le voleur est trouvé) : le verset parle de celui qui avance une ta'anat ganav.

📜 Rachi (1)
בטוען טענת גנב בבעל הבית שטוען טענת גנב בפקדון זה כדכתיב וגונב מבית האיש וגו' הכתוב מדבר וקאמר דאם ימצא שהוא גנב שישלם שנים:
De celui qui avance une ta'anat ganav : le verset parle du maître de maison qui avance une ta'anat ganav sur ce dépôt, comme il est écrit "et il est volé de la maison de l'homme", etc. Et il dit que, s'il est trouvé que lui est le voleur, il paiera le double.
🗂️ Tossefot (1)
הוי אומר בטוען טענת גנב דבר הכתוב דבא זה ולימד על זה:
Il faut dire que le verset parle de celui qui avance une ta'anat ganav : car celui-ci vient et enseigne sur celui-là.
💡 Explication

Source : Shemot 22, 6, "si le voleur est trouvé, il paiera le double". La baraita le lit sur le gardien qui prétend un vol, pas d'abord sur un voleur étranger.

Tossefot nomme le procédé : ba zeh ve-limed al zeh. Le verset suivant, "si le voleur n'est pas trouvé", vient enseigner celui-ci. Rachi : le maître de maison est convaincu d'être lui-même le voleur.

6
אתה אומר בטוען טענת גנב – או אינו אלא בגנב עצמו? כשהוא אומר: ״אם לא ימצא הגנב״ – בטוען טענת גנב הכתוב מדבר.

Tu dis : de celui qui avance une ta'anat ganav. Ou bien ne vise-t-il que le voleur lui-même ?

Quand il dit : "im lo yimatze ha-ganav" (si le voleur n'est pas trouvé), le verset parle de celui qui avance une ta'anat ganav.

📜 Rachi (2)
או אינו אלא בגנב עצמו שבעל הבית אמת טען ונמצא הגנב שגנבו:
Ou bien ne vise-t-il que le voleur lui-même : le maître de maison a dit vrai, et l'on a trouvé le voleur qui le lui a volé.
כשהוא אומר אם לא ימצא הגנב ולקמיה מוקמינן לה בטוען טענת גנב שנמצא הוא בעצמו גנב הוי אומר דהאי קרא דלעיל נמי כשנמצא בעל הבית שקרן קאמר ולקמיה פרכינן תרי קראי למה לי:
Quand il dit "si le voleur n'est pas trouvé" : plus loin nous l'établissons sur celui qui avance une ta'anat ganav, lorsqu'on trouve que lui-même est le voleur. Il faut donc dire que le verset d'en haut parle aussi du cas où l'on trouve le maître de maison menteur. Et plus loin nous objectons : pourquoi deux versets ?
💡 Explication

L'autre lecture possible : le verset viserait le voleur réel, trouvé après une prétention vraie du gardien. La baraita écarte cette lecture par le verset suivant.

Rachi : "s'il n'est pas trouvé" sera fixé sur le gardien qui est lui-même le voleur. Dès lors le verset d'avant, "s'il est trouvé", parle du même homme, quand on découvre son mensonge. Reste la question, plus bas : à quoi sert le doublet.

7
תניא אידך: ״אם ימצא הגנב״ – בגנב עצמו הכתוב מדבר. אתה אומר בגנב עצמו, או אינו אלא בטוען טענת גנב? כשהוא אומר: ״אם לא ימצא הגנב״ – הרי טוען טענת גנב אמור, הא מה אני מקיים: ״אם ימצא הגנב״? בגנב עצמו הכתוב מדבר.

On enseigne dans une autre baraita : "im yimatze ha-ganav" : le verset parle du voleur lui-même. Tu dis : du voleur lui-même.

Ou bien ne vise-t-il que celui qui avance une ta'anat ganav ? Quand il dit : "im lo yimatze ha-ganav", voilà que celui qui avance une ta'anat ganav est déjà dit.

Comment alors maintiens-je "im yimatze ha-ganav" ? Le verset parle du voleur lui-même.

📜 Rachi (3)
בגנב עצמו מגיד הכתוב שגנב משלם כפל:
Du voleur lui-même : le verset indique qu'un voleur paie le kefel.
או אינו אלא בטוען טענת גנב קאמר דאם נמצא הוא גנב משלם כפל:
Ou bien ne parle-t-il que de celui qui avance une ta'anat ganav : s'il est trouvé que lui est le voleur, il paie le kefel.
ה"ג כשהוא אומר אם לא ימצא הגנב הרי טוען טענת גנב אמור הא מה אני מקיים כו':
Voici la leçon (hachi garsinan) : quand il dit "si le voleur n'est pas trouvé", voilà que celui qui avance une ta'anat ganav est déjà dit ; comment alors maintiens-je, etc.
💡 Explication

Seconde baraita, lecture inversée. "S'il n'est pas trouvé" à déjà pris le to'en. "S'il est trouvé" resterait sans emploi s'il disait la même chose. Il vise donc le voleur lui-même.

Rachi fixe la leçon du texte : la formule "voilà que le to'en est déjà dit" appartient à cette seconde baraita.

8
דכולי עלמא מיהת, ״אם לא ימצא הגנב״ – בטוען טענת גנב כתיב. מאי משמע? אמר רבא: ״אם לא ימצא״ כמה שאמר, אלא שהוא עצמו גנבו – ישלם שנים.

Tout le monde convient en tout cas que "im lo yimatze ha-ganav" est écrit au sujet de celui qui avance une ta'anat ganav. Comment l'entend-on ?

Rava a dit : "s'il ne se trouve pas" selon ce qu'il a dit, mais que lui-même l'a volé : il paiera le double.

📜 Rachi (2)
אם לא ימצא כמו שאמר שטוען נגנבה כדכתיב וגונב מבית האיש:
S'il ne se trouve pas comme il a dit : il prétend que cela a été volé, comme il est écrit "et il est volé de la maison de l'homme".
אלא הוא עצמו גנבו ונקרב בעל הבית כלומר והוא כבר נשבע בדבר שלא שלח ידו מה כתיב אחריו על כל דבר פשע וגו' ישלם שנים:
Mais lui-même l'a volé : "et le maître de la maison s'approchera", c'est-à-dire qu'il a déjà juré à ce sujet qu'il n'a pas porté la main. Qu'est-il écrit ensuite ? "Pour toute affaire de délit", etc. : il paiera le double.
💡 Explication

Point commun des deux baraitot : im lo yimatze vise le to'en. Rava relit les mots. "S'il ne se trouve pas" : la version du gardien est fausse. "Lui-même l'a volé" : il est le ganav. "Il paiera deux."

Rachi accroche cela à la suite du verset. Le maître de maison s'est déjà approché et a juré qu'il n'y a pas eu de shelihout yad (main mise sur le dépôt). Après ce serment, "al kol devar pesha" : le double.

🖼️ Schéma
Rava lit im lo yimatze Im lo yimatze Si ce n'est pas trouvé comme il a dit. Il prétendait : volé de la maison de l'homme. Hu atsmo C'est lui qui l'a volé. Il s'est déjà approché et a juré. Rachi : pas de shelihout yad. Yeshalem shnayim Il paie le double. Suite du verset : al kol devar pesha. Shemot 22, 8. Le mot ganav du verset ne désigne plus un autre voleur. Il désigne le gardien, quand sa prétention est fausse.
Rava coupe le verset : prétention fausse, c'est lui le voleur, il paie le double.
9
ומנלן דבשבועה?

Et d'où tenons-nous que c'est avec serment ?

📜 Rachi (1)
וממאי דהאי ונקרב בעל הבית לשבועה קאמר:
Et d'où : que ce "et le maître de la maison s'approchera" parle du serment.
💡 Explication

La michna exige le serment pour le kefel. Rachi pointe le mot du verset : "le maître de maison s'approchera". Faut-il y lire un serment ?

10
דתניא: ״ונקרב בעל הבית אל הא-להים״ – לשבועה. אתה אומר לשבועה, או אינו אלא לדין? נאמר שליחות יד למטה, ונאמר שליחות יד למעלה; מה להלן לשבועה, אף כאן לשבועה.

Comme on l'enseigne : "Et le maître de la maison s'approchera des juges" : pour le serment. Tu dis : pour le serment.

Ou bien ne s'agit-il que du jugement ? On a dit shelihout yad (envoi de la main) en bas, et on a dit shelihout yad en haut.

De même que là-bas c'est pour le serment, de même ici c'est pour le serment.

📜 Rachi (4)
לשבועה שכיון שטוען וגונב מבית האיש ישבע שנגנבה ויפטר:
Pour le serment : dès lors qu'il prétend "et il est volé de la maison de l'homme", il jure que cela a été volé, et il est quitte.
או אינו אלא לדין לפרעון דשומר חנם שטוען נגנבה ישלם דהאי קרא בשומר חנם כתיב כדאמרי' בהשואל (ב"מ דף צד:):
Ou bien ne s'agit-il que du jugement : pour le paiement. Un shomer hinam (gardien gratuit) qui prétend que cela a été volé devrait payer. Car ce verset est écrit au sujet du shomer hinam, comme nous le disons dans Ha-shoel (Bava Metsia 94b).
שליחות יד למטה בשומר שכר שבועת ה' תהיה בין שניהם אם לא שלח וגו':
Shelihout yad en bas : chez le shomer sakhar (gardien payé), "le serment de Hachem sera entre eux deux, s'il n'a pas porté la main", etc.
שליחות יד למעלה ונקרב בעל הבית אל הא-להים אם לא שלח ידו:
Shelihout yad en haut : "et le maître de la maison s'approchera des juges, s'il n'a pas porté la main".
💡 Explication

La baraita hésite. "S'approcher des juges" pourrait être un din de paiement : le shomer hinam qui dit "volé" paierait. Rachi rappelle que Shemot 22, 6-7 est le verset du gardien gratuit.

La gezera shava de shelihout yad tranche. En bas, Shemot 22, 10, le shomer sakhar : le serment est écrit en clair. En haut, même expression : c'est aussi un serment. Le gardien jure, et ce serment faux ouvre le kefel.

🖼️ Schéma
Shelihout yad en haut et en bas En haut : Shemot 22, 7 Shomer hinam Le maître de maison s'approche des juges, s'il n'a pas porté la main. Serment, ou paiement ? En bas : Shemot 22, 10 Shomer sakhar Le serment de Hachem entre eux deux, s'il n'a pas porté la main. Le serment est écrit. Même expression, shelihout yad. Là-bas serment : ici serment. Rachi : le verset du haut est celui du shomer hinam, Bava Metsia 94b.
Shelihout yad en bas est un serment écrit. Le même mot, en haut, est donc un serment.
11
בשלמא למאן דאמר חד בגנב וחד בטוען טענת גנב – היינו דכתיבי תרי קראי; אלא למאן דאמר תרוייהו בטוען טענת גנב, תרי קראי למה לי?

Cela se comprend selon celui qui dit : l'un au sujet du voleur, et l'un au sujet de celui qui avance une ta'anat ganav. Voilà pourquoi deux versets sont écrits.

Mais selon celui qui dit que les deux visent celui qui avance une ta'anat ganav, pourquoi ai-je besoin de deux versets ?

💡 Explication

La seconde baraita justifie le doublet : un verset pour le voleur, un pour le to'en. La première met les deux versets sur le to'en. L'un des deux semble alors de trop.

12
אמרי: חד למעוטי טענת אבד.

On dit : l'un sert à exclure la ta'anat aved.

📜 Rachi (1)
למעוטי טענת אבד אם טען נאבדה הימנו ועדים מעידים שגנבו פטור מכפל אפילו נשבע:
Pour exclure la prétention de perte : s'il a prétendu qu'elle a été perdue de chez lui, et que des témoins attestent qu'il l'a volée, il est quitte du kefel, même s'il a juré.
💡 Explication

Réponse pour la première baraita. Le second verset n'est pas un doublon : il exclut la prétention de perte. Rachi : serment compris, les témoins qui le convainquent de vol ne lui font pas payer le kefel, s'il avait dit "perdu".

13
ולמאן דאמר חד בגנב וחד בטוען טענת גנב, דלא מייתר, למעוטי טענת אבד מנא ליה? מ״גנב–הגנב״.

Et selon celui qui dit : l'un au sujet du voleur et l'un au sujet de celui qui avance une ta'anat ganav, de sorte qu'aucun verset ne reste en trop, d'où tient-il l'exclusion de la ta'anat aved ? De "ganav - ha-ganav".

🗂️ Tossefot (1)
מגנב הגנב דהגנב משמע המיוחד כמו העולה עולה ראשונה (פסחים דף נח:) הירך המיומנת שבירך (חולין דף צא.):
De ganav / ha-ganav : car ha-ganav signifie le déterminé, comme ha-ola, l'olah première (Pessahim 58b), et le gigot, le droit, qui est dans le gigot (Houlin 91a).
💡 Explication

La seconde baraita n'a plus de verset libre pour exclure la perte. Elle lit le hé de ha-ganav : l'article désigne le cas déterminé, la prétention de vol, et laisse dehors la prétention de perte.

Tossefot : le hé de détermination, comme ha-ola pour l'olah première, et ha-yarekh pour le gigot droit.

14
ולמאן דאמר תרוייהו בטוען טענת גנב, דמיעט ליה טוען טענת אבד, ״גנב–הגנב״ מאי דריש ביה?

Et selon celui qui dit que les deux visent celui qui avance une ta'anat ganav, et qui a déjà exclu par là celui qui avance une ta'anat aved, que déduit-il de "ganav - ha-ganav" ?

💡 Explication

Symétrie. Chez la première baraita, l'exclusion de la perte est déjà prise par le verset en trop. Le hé de ha-ganav reste à expliquer.

15
אמר לך: מבעי ליה לכדרבי חייא בר אבא אמר רבי יוחנן – דאמר רבי חייא בר אבא אמר רבי יוחנן: הטוען טענת גנב בפקדון – משלם תשלומי כפל. טבח ומכר – משלם תשלומי ארבעה וחמשה.

Il te dit : il en a besoin pour ce qu'a dit Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan. Car Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui avance une ta'anat ganav sur un pikadon paie les tashloumei kefel.

S'il a abattu ou vendu, il paie les tashloumei arba'a va-hamisha (paiement de quatre et de cinq).

📜 Rachi (1)
משלם תשלומי ארבעה וחמשה כגנב עצמו דנפקא ליה מגנב הגנב:
Il paie le paiement de quatre et de cinq : comme le voleur lui-même, et il le tire de ganav / ha-ganav.
🗂️ Tossefot (1)
ואידך הגנב לכדר' חייא בר אבא אע"ג דהאי דריש לריבוי והאי למיעוט אין לחוש דהכל לפי סברת הדרש:
Et l'autre, ha-ganav, pour ce de Rabbi Hiya bar Abba : bien que celui-ci l'interprète en ribboui (inclusion) et celui-là en mi'out (exclusion), il n'y a pas à s'en inquiéter, car tout suit le raisonnement de la derasha.
💡 Explication

Le hé devient un ribboui. Le to'en sur un dépôt paie le kefel. S'il abat ou vend le bœuf ou le menu bétail déposés, il paie cinq ou quatre, comme un voleur.

Rachi : ce tarif sort de ganav / ha-ganav. Tossefot accepte que le même hé soit inclusion ici et exclusion dans l'autre avis.

🖼️ Schéma
Le hé de ha-ganav, deux emplois Les deux versets = to'en Le verset en trop a déjà exclu la ta'anat aved. Ha-ganav : ribboui Abat ou vend : 4 ou 5 Un verset = voleur Pas de verset en trop. Le hé reste libre. Ha-ganav : mi'out Exclut la ta'anat aved Tossefot : ribboui d'un côté, mi'out de l'autre. Chaque derasha a sa logique.
Même hé : ribboui des quatre et cinq, ou mi'out de la prétention de perte.
16
למאן דאמר חד בגנב וחד בטוען טענת גנב, דהאי ״גנב–הגנב״ אפקיה למעוטי טענת אבד, דרבי חייא בר אבא מנא ליה?

Selon celui qui dit : l'un au sujet du voleur et l'un au sujet de celui qui avance une ta'anat ganav, et qui a employé ce "ganav - ha-ganav" pour exclure la ta'anat aved, d'où tient-il l'enseignement de Rabbi Hiya bar Abba ?

💡 Explication

L'autre avis a déjà dépensé le hé pour exclure la perte. Il lui faut une autre source pour les quatre et cinq du to'en qui abat ou vend.

17
אמר לך: הקישא הוא, ואין משיבין על הקישא.

Il te dit : c'est un hekesh (rapprochement de versets), et l'on ne réfute pas un hekesh.

📜 Rachi (1)
הקישא הוא כיון דסמיכי להדדי הני קראי איתקש גנב וטוען טענת גנב להדדי מה גנב משלם תשלומי ארבעה וחמשה אם טבח ומכר אף טוען טענת גנב משלם ארבעה וחמשה ואע"ג דאיכא למיפרך מה לגנב עצמו שכן חייב כפל בלא שבועה תאמר בטוען טענת גנב שצריך שבועה אין משיבין על ההיקש כדאמרינן להא מילתא בהגוזל עצים (לקמן בבא קמא דף קח:) ואיכא דאמרי הקישא כדמפרש התם הואיל וגנב משלם כפל וטוען טענת גנב משלם כפל מה גנב טבח ומכר משלם תשלומי ארבעה וחמשה אף טוען טענת גנב טבח ומכר משלם ארבעה וחמשה ולאו מילתא היא דהאי מה מצינו בנין אב הוא ולא הקישא אלא סמיכות המקראות קרי היקש והכי נמי שמעינן התם:
C'est un hekesh : puisque ces versets sont placés l'un à côté de l'autre, le voleur et celui qui avance une ta'anat ganav sont rapprochés. De même que le voleur paie quatre et cinq s'il a abattu ou vendu, de même celui qui avance une ta'anat ganav paie quatre et cinq. On peut objecter : le voleur lui-même est tenu du kefel sans serment ; le diras-tu de celui qui avance une ta'anat ganav, qui a besoin d'un serment ? On ne réfute pas le hekesh, comme nous le disons dans Ha-gozel etsim (plus bas, Bava Kamma 108b). Certains expliquent le hekesh comme là-bas : puisque le voleur paie le kefel et que celui qui avance une ta'anat ganav paie le kefel, de même que le voleur qui a abattu ou vendu paie quatre et cinq, de même celui qui avance une ta'anat ganav qui a abattu ou vendu paie quatre et cinq. Cette voie ne tient pas : ce mah matsina (que trouvons-nous) est un binyan av (construction mère), et l'on nomme hekesh la proximité des versets. C'est aussi ainsi que nous l'apprenons là-bas.
💡 Explication

Les deux versets étant voisins, le voleur et le to'en sont en hekesh. Le voleur qui abat ou vend paie quatre ou cinq : le to'en aussi.

La distinction possible : le voleur paie le kefel sans serment, le to'en seulement après serment. Rachi : on ne réfute pas un hekesh par cette différence. Une autre formule, du type mah matsina, serait un binyan av. Rachi la refuse : le hekesh, ici, c'est la proximité des versets.

18
בשלמא למאן דאמר חד בגנב וחד בטוען טענת גנב – שפיר, אלא למאן דאמר תרוייהו בטוען טענת גנב – גנב עצמו מנא ליה?

Cela se comprend selon celui qui dit : l'un au sujet du voleur et l'un au sujet de celui qui avance une ta'anat ganav. Mais selon celui qui dit que les deux visent celui qui avance une ta'anat ganav, d'où tient-il le voleur lui-même ?

📜 Rachi (1)
הניחא למ"ד חד בגנב וחד בטוען [טענת גנב] שפיר נפקא ליה גנב מהכא אלא למ"ד כו':
Cela va selon celui qui dit l'un au sujet du voleur et l'un au sujet de [la ta'anat ganav] : il tire le voleur d'ici. Mais selon celui qui dit, etc.
💡 Explication

Dernier trou de la première baraita. Les deux versets de Shemot 22, 6-7 sont pris par le to'en. Le kefel du voleur lui-même n'a plus de verset dans ce passage.

19
וכי תימא: ליתי בקל וחומר מטוען טענת גנב; דיו לבא מן הדין להיות כנדון, מה להלן בשבועה – אף כאן בשבועה!

Et si tu dis : qu'on l'amène par un kal va-homer (à plus forte raison) depuis celui qui avance une ta'anat ganav. Dayo (il suffit) que ce qui vient du raisonnement soit comme le cas dont on part : de même que là-bas c'est avec serment, de même ici c'est avec serment.

💡 Explication

Piste écartée. Si le to'en, qui n'a que prétendu, paie le kefel, le voleur le paierait à plus forte raison. Le dayo bloque : le dérivé ne dépasse pas la source. La source exige le serment. Le voleur sortirait donc tenu du kefel seulement après serment, ce que la halakha ne dit pas.

🖼️ Schéma
Dayo : le kal va-homer ne dépasse pas sa source Source To'en ta'anat ganav paie le kefel avec serment Kal va-homer Le voleur, alors, à plus forte raison. On voudrait le kefel. Dayo Le résultat reste comme le cas jugé. Donc : avec serment Ce raisonnement ne donne pas le kefel du voleur sans serment. La source suivante : le tanna de l'école de Hizkiya.
Le kal va-homer recopierait le serment de la source. Le dayo l'arrête là.
20
נפקא ליה מדתנא דבי חזקיה, דתנא דבי חזקיה: יאמר ״שור״ ו״גניבה״ – והכל בכלל!

Il le tire de ce qu'enseigne le tanna de l'école de Hizkiya. Car le tanna de l'école de Hizkiya enseigne : qu'il dise "shor" (bœuf) et "geneiva" (vol), et tout serait inclus.

📜 Rachi (2)
מדתנא דבי חזקיה דדריש קרא אחרינא דמשתעי בגנב עצמו אם המצא תמצא בידו הגניבה וגו' והאי דנקט דרשה ולא נקט קרא משום דמקרא לא נפקא לן בהדיא אלא בעלי חיים כדכתיב משור ועד חמור עד שה חיים ומדרשה מרבה להו תנא דבי חזקיה לכולהו:
De ce qu'enseigne le tanna de l'école de Hizkiya : il interprète un autre verset, qui parle du voleur lui-même, "im himmatse timmatse be-yado ha-geneiva" (si le vol est bel et bien trouvé dans sa main), etc. S'il cite la derasha et non le verset, c'est que du verset nous ne tirons explicitement que les êtres vivants, comme il est écrit "du bœuf jusqu'à l'âne, jusqu'au seh, vivants". Par la derasha, le tanna de l'école de Hizkiya les étend à tous.
יאמר שור וגניבה והכל בכלל דמרבינן כל כעין הפרט דבר המטלטל וגופו ממון חמור ושה למה לי ומשני אילו כן וכו' ולקמיה מפרש מאי קאמר הא לאו כלל ופרט וכלל הוא דקדריש ליה כעין הפרט:
Qu'il dise bœuf et vol, et tout est inclus : car nous incluons tout ce qui est comme le prat, une chose mobilière dont le corps est de l'argent. À quoi servent l'âne et le seh ? Il répond : s'il en était ainsi, etc. Plus loin, il explique ce qu'il veut dire : on n'a pas ici un klal ou-frat ou-klal que l'on interprète selon le semblable du prat.
💡 Explication

Source du kefel du voleur : Shemot 22, 3, lu par le tanna de l'école de Hizkiya. Rachi : le verset, à lui seul, ne nomme que des vivants. La derasha étend le kefel au reste.

Première étape : si la Torah n'avait écrit que shor et geneiva, tout le semblable du détail entrerait. Rachi glose ce semblable : meuble, et dont le corps a une valeur d'argent. L'âne et le seh ont donc un rôle. La suite du daf le donne, et Rachi prévient : la méthode n'est pas un klal ou-frat ou-klal ordinaire.

21
אילו כך, הייתי אומר: מה הפרט מפורש – קרב לגבי מזבח, אף כל קרב לגבי מזבח. מה יש לך להביא – שה,

S'il en était ainsi, j'aurais dit : de même que le prat explicite s'approche de l'autel, de même tout ce qui s'approche de l'autel. Que te reste-t-il à faire entrer ?

Le seh (agneau).

📜 Rachi (2)
אף כל קרב ולא מתרבי מכעין הפרט אלא הקרב למזבח להכי כתב שה דלא תימא כל לאתויי קרב למזבח קאתי דמה יש לך להביא שקרב למזבח ולא נכתב בפירוש שה כשהוא אומר שה הרי שה אמור הא מה אני מקיים גניבה שאני דורש בכעין הפרט:
De même tout ce qui s'approche : et du semblable du prat on n'inclut que ce qui s'approche de l'autel. C'est pourquoi il a écrit seh, afin qu'on ne dise pas que "tout" vient inclure ce qui s'approche de l'autel. Car que te reste-t-il à faire entrer qui s'approche de l'autel et qui n'est pas écrit en clair ? Le seh. Quand il dit seh, voilà que le seh est déjà dit. Comment alors maintiens-je geneiva ? C'est que je l'interprète selon le semblable du prat.
משלם תשלומי ארבעה וחמשה כגנב עצמו דנפקא ליה מגנב הגנב:
Il paie le paiement de quatre et de cinq : comme le voleur lui-même, et il le tire de ganav / ha-ganav.
💡 Explication

Si le verset s'arrêtait à shor et geneiva, le semblable du prat serait ce qui s'approche de l'autel. Le seul animal d'autel encore absent du texte serait le seh. La phrase continue en 64a : une fois le seh écrit, il est déjà dit.

Rachi anticipe ce pas : geneiva s'interprète alors selon le semblable du détail. La seconde glose reprend la formule des quatre et cinq, déjà dite sur l'enseignement de Rabbi Yo'hanan.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).