Bava Kamma 67b - Yéouch, korban volé, et les quatre et cinq limités au shor et au seh

Bava_Kamma 67b

Sougya : L'amoud achève la preuve d'Oula : le gazoul, aligné sur le piseah, n'a aucune takana, avant le yeouch comme après. Rava tire la même conclusion de korbano, et non le gazoul.

La Guemara relève qu'il avait lu ce verset sur le korban d'autrui, et répond par une rétractation ou par Rav Pappa. Elle reprend ensuite la michna du paiement de quatre et de cinq.

Une gezera shava avec le shor de Chabbat étendrait la peine à la haya et à l'of. Rava la ferme : shor et seh sont écrits deux fois.

La fin du verset, puis le début, sont tour à tour supposés en trop, et chaque lecture échoue. Restent libres le shor de la fin et le seh du début : le kéfel de quatre et de cinq ne vise qu'eux.

Rav limite enfin le second ganav : avant le yeouch il ne paie pas le kéfel, après le yeouch il le paie au premier. Rav Sheshet ouvre l'objection par Rabbi Akiva.

Le yeouch acquiert-il ? Deux preuves, une même conclusion Oula achève le parallèle du piseah. Rava lit korbano après le yeouch. Oula Le gazoul est aligné sur le piseah. Le piseah : aucune takana pour l'autel. Le gazoul : aucune takana non plus. Avant le yeouch et après le yeouch. Le yeouch n'acquiert pas. Même acquis par un shinouï, l'animal reste sans takana. Rava, depuis korbano Son korban, et non le gazoul. Avant le yeouch : évident. Le verset serait de trop. Donc le cas est après le yeouch, et l'animal reste exclu. Le yeouch n'acquiert pas. Sinon le voleur pourrait consacrer et offrir. Tension sur Rava Il avait lu le verset sur celui qui vole le korban de son compagnon. Issue : il se rétracte, ou l'un des deux propos est de Rav Pappa.
Oula : le gazoul suit le piseah, avant le yeouch comme après. Rava : korbano vise l'après-yeouch. Tension levée par une rétractation ou par Rav Pappa.
Shemot 21, 37 : quels mots sont en trop ? Rava : shor et seh deux fois. Chaque paire, prise seule, reste nécessaire. La fin en trop ? Sans le second shor ni le second seh : cinq bovins à sa place, quatre ovins à sa place. Hava amina : neuf pour chaque animal. Le double tahtav semblerait séparer. Un tahtav sert déjà à écarter les négidin. La fin n'est pas libre. Tossefot : par sevara, cinq bovins visent le shor, quatre ovins le seh. Le verset, lui, craint encore la lecture de neuf. Le début en trop ? S'il vole, puis cinq sous le shor, quatre sous le seh. Deux volés et abattus : ve-tevaho est au singulier. Deux volés et vendus : ou-makharo, un seul. Un abattu, l'autre vendu : le mot ou sépare. Reste en suspens : voler les deux, abattre l'un et garder l'autre, ou vendre l'un et garder. Le début n'est pas libre. Solution de Rava On retire le seh du début, et le shor de la fin. S'il vole un shor, l'abat et le vend : cinq à sa place, quatre à la place du seh. Le din est déjà dit. Ces deux mots restent. Shor et seh : oui. Toute autre bête : non. La gezera shava avec Chabbat tombe. Haya et of restent hors des quatre et cinq. Le double seh empêche une autre lecture : le shor n'écarterait que le paiement de cinq, et le reste des bêtes passerait sous le din du seh. Le second seh exclut tout à fait.
La fin du verset n'est pas libre : elle évite le paiement de neuf, et un tahtav sert aux négidin. Le début n'est pas libre : il reste le cas de deux bêtes dont une seule est abattue ou vendue. Rava ne laisse en trop que le seh du début et le shor de la fin.
Ganav après le ganav : qui reçoit le kéfel ? Michna : le second ne paie pas le double. Rav date la règle par le yeouch. Michna : le voleur d'un objet déjà volé ne paie pas le kéfel. Avant le yeouch La michna vise ce cas. Le premier ganav n'a pas acquis. Le second ne paie pas le kéfel. Après le yeouch Rav : le premier a acquis. Il est alors le propriétaire. Le second lui paie le kéfel. Rav Sheshet ouvre l'objection Rav aurait dit cela en dormant. Rabbi Akiva : quatre et cinq, parce que l'abattage ou la vente enracine le voleur dans le péché. Première branche, coupée ici : et si cette vente est avant le yeouch ?
Avant le yeouch, le second ganav ne paie pas le kéfel. Après le yeouch, il le paie au premier. Rav Sheshet ouvre l'objection par l'enracinement dans le péché.
1
אף גזול דלית ליה תקנתא; לא שנא לפני יאוש, ולא שנא אחר יאוש.

De même, le gazoul (volé) n'a aucune takana (régularisation). Que ce soit avant le yeouch (désespoir du propriétaire) ou après le yeouch, la règle est la même.

🗂️ Tossefot (1)
אף גזול דלית ליה תקנתא אע"ג דאמר לעיל (בבא קמא דף סה:) גנב טלה ונעשה איל נעשה שינוי בידו וקנאו מ"מ כמו שהוא לית ליה תקנתא:
Bien qu'on ait dit plus haut (Bava Kamma 65b) : celui qui vole un agneau et qu'il devient bélier, un shinouï (changement) s'est fait entre ses mains et il l'a acquis. Malgré tout, tel qu'il est, il n'a aucune takana.
💡 Explication

Suite d'Oula. Le piseah (boiteux) n'a aucune takana pour monter sur l'autel. Le gazoul lui est aligné : la disqualification tient avant le yeouch et après le yeouch.

Si le yeouch faisait acquérir, l'animal, une fois le propriétaire désespéré, serait au voleur. L'alignement sur le piseah refuse cette issue. Tossefot ajoute le cas de l'agneau devenu bélier : le shinouï l'a fait acquérir, et l'animal reste pourtant sans takana pour le korban.

🖼️ Schéma
Gazoul comme piseah : aucune takana Piseah aucune takana du tout Gazoul même disqualification avant et après yeouch Conclusion le yeouch n'acquiert pas Tossefot : l'agneau devenu bélier est acquis par le shinouï, et reste sans takana.
Le gazoul suit le piseah : aucune takana, que le yeouch soit déjà là ou non.
2
רבא אמר מהכא: ״קרבנו״ – ולא הגזול. אימת? אילימא לפני יאוש – פשיטא, למה לי קרא?

Rava dit, d'ici : "korbano" (son korban), et non le gazoul. Quand ?

Si tu dis : avant le yeouch, c'est évident. Pourquoi me faut-il un verset ?

🗂️ Tossefot (1)
רבא אמר מהכא קרבנו ולא הגזול רבא גרסינן ולא רבה מדקאמר חד מינייהו רב פפא אמר ולא היו טועים אלא בין רב פפא לרבא שהיה רבו ופעמים כשהיה אומר רב פפא דברים בסתם היו סבורים שדברי רבא הן אבל בין דברי רב פפא לדברי רבה לא היו יכולין לטעות ולעיל (בבא קמא דף סו:) גרס אמר ליה רבא משכבו ולא הגזול כו' אע"ג דרבה הוה בר פלוגתיה דרב יוסף ולרבה הקשה אביי צריך לומר דרבה עצמו לא השיב לו כלום אלא רבא השיב לו מדפריך הכא והא רבא הוא דאמר דגזל קרבן דחבריה וקאמר דחד מינייהו רב פפא אמרה וכן משמע דבכל הספרים גרס לעיל אמר ליה רבא ואי רבה השיבו הל"ל אמר ליה ולא היה צריך להזכיר רבה כיון דמקשה לרבה וכן משמע בהניזקין (גיטין דף נה: ושם) דרבא אית ליה דיאוש כדי לא קני דבעי רבא כי אוקמוה רבנן ברשותיה משעת גניבה או משעת הקדש למאי נ"מ כו' ואי יאוש קני לכל הפחות משעת יאוש כבר הוא ברשותיה ובפרק בתרא (דף קיא: ושם) קאמר רבא לעולם רשות יורש לאו כרשות לוקח דמי משמע התם דאית ליה דיאוש לא קני והתם רבא דהוא בר פלוגתיה דרמי בר חמא והא דאמר רבא בפרק אלו מציאות (ב"מ דף כו:) גבי מציאה נטלה לפני יאוש על מנת לגזלה עובר בכולן ואע"ג דאהדריה בתר יאוש מתנה בעלמא הוא דיהיב ליה אע"ג דיאוש לא קני מ"מ כיון דהואיל יאוש למוכרה או להקדישה חשיב גזלן:
D'ici : korbano, et non le gazoul. On lit Rava, et non Rabba, puisqu'il est dit : l'un d'eux, Rav Pappa l'a dit. On ne se trompait qu'entre Rav Pappa et Rava, qui était son maître. Parfois, quand Rav Pappa disait des choses en setam (sans nommer l'auteur), on pensait que c'étaient les paroles de Rava. Entre les paroles de Rav Pappa et celles de Rabba, on ne pouvait pas se tromper. Plus haut (Bava Kamma 66b), la version est : Rava lui a dit, mishkavo (sa couche) et non le gazoul, etc. Bien que Rabba fût le contradicteur de Rav Yossef, et qu'Abaye ait objecté à Rabba, il faut dire que Rabba lui-même ne lui a rien répondu, et que c'est Rava qui lui a répondu. On le voit de l'objection d'ici : c'est Rava qui a dit qu'il a volé le korban de son compagnon, et l'on dit que l'un d'eux, c'est Rav Pappa qui l'a dit. Il en ressort aussi que, dans tous les livres, plus haut, on lit : Rava lui a dit. Si Rabba lui avait répondu, il aurait fallu dire : il lui a dit, et il n'y aurait pas eu à nommer Rabba, puisque l'objection s'adresse à Rabba. Il en ressort de même dans Ha-nizakin (Gittin 55b, et là-bas) que Rava tient que le yeouch seul n'acquiert pas. Car Rava demande : quand les Sages l'ont établi dans son reshut (domaine), est-ce dès l'heure du vol ou dès l'heure de l'hekdesh (consécration) ? Quelle est la nafka mina (conséquence pratique), etc. Si le yeouch acquiert, au moins dès l'heure du yeouch il est déjà dans son reshut. Au dernier chapitre (Bava Kamma 111b, et là-bas), Rava dit : en tout état de cause, le reshut de l'héritier ne ressemble pas au reshut de l'acheteur. Il en ressort là-bas qu'il tient que le yeouch n'acquiert pas. Et là-bas, c'est le Rava qui est le contradicteur de Rami bar Hama. Et ce que Rava dit au chapitre Elou Metziot (Bava Metzia 26b) au sujet d'une metzia (objet trouvé) : s'il l'a prise avant le yeouch afin de la voler, il transgresse tous les interdits. Et bien qu'il l'ait rendue après le yeouch, c'est un simple cadeau qu'il lui donne. Bien que le yeouch n'acquière pas, puisque le yeouch permet de là vendre ou de là consacrer, il compte comme gazlan.
💡 Explication

Rava reprend la baraïta de Vayikra 1, 3 : korbano, son korban, et non le gazoul. Avant le yeouch, l'animal n'est pas à lui. L'exclure du korban est évident, et le verset n'aurait rien à enseigner.

Tossefot fixe la leçon Rava, parce que la suite parle de Rav Pappa, son élève : on confond leurs propos en setam, on ne confond pas Rav Pappa et Rabba. La réponse faite plus haut à Abaye est donc de Rava. Ils rassemblent ensuite les lieux où Rava tient que le yeouch seul n'acquiert pas, à Gittin 55b et en Bava Kamma 111b. À Bava Metzia 26b, rendre l'objet après le yeouch est un cadeau : le yeouch n'a pas acquis, et il suffit pourtant à vendre ou à consacrer pour que l'homme compte comme gazlan.

3
אלא לאו לאחר יאוש – ושמע מינה יאוש לא קני? שמע מינה.

Sinon, c'est après le yeouch. Et l'on en apprendrait que le yeouch n'acquiert pas ?

Apprends-en.

💡 Explication

Le verset ne vise donc pas l'avant-yeouch. Il vise l'après-yeouch, et l'animal reste exclu du korban. Conclusion que la Guemara retient : le yeouch n'acquiert pas. S'il acquérait, le voleur pourrait consacrer ce qui est devenu sien.

4
והא רבא הוא דאמר דגזל קרבן דחבריה! איבעית אימא: הדר ביה, ואיבעית אימא: חד מינייהו רב פפא אמרה.

Or c'est Rava qui a dit qu'il a volé le korban de son compagnon ! Si tu veux, dis : il s'est rétracté.

Et si tu veux, dis : l'un d'eux, c'est Rav Pappa qui l'a dit.

💡 Explication

Tension. Rava vient de prouver par korbano que le yeouch n'acquiert pas. Or il avait lui-même lu ce verset sur celui qui vole le korban de son compagnon, un animal déjà consacré. Cette lecture ne dit rien du yeouch sur un animal de hullin.

Deux issues, au choix. Il s'est rétracté de l'un des deux propos. Ou bien l'un des deux est de Rav Pappa.

5
ומדת תשלומי ארבעה וחמשה וכו׳.

Et la mida (mesure) du paiement de quatre et de cinq, etc.

💡 Explication

La Guemara revient à la michna. Le וכו renvoie à sa suite : le paiement de quatre et de cinq ne joue que pour le shor (bœuf) et le seh (agneau). Le segment suivant demande d'où vient cette limite.

6
ואמאי? נילף ״שור״–״שור״ משבת – מה להלן חיה ועוף כיוצא בהן, אף כאן חיה ועוף כיוצא בהן!

Et pourquoi ? Apprenons "shor" de "shor" depuis Chabbat.

De même que là-bas la haya (bête sauvage) et l'of (oiseau) sont semblables à eux, ici aussi la haya et l'of sont semblables à eux !

💡 Explication

Question sur la limite de la michna. Une gezera shava (analogie verbale) relie le shor du vol au shor de Chabbat. Là-bas, l'interdit du travail dépasse le bœuf : la haya et l'of y entrent avec lui. Ici, le paiement de quatre et de cinq les prendrait de la même façon.

7
אמר רבא, אמר קרא: ״שור ושה״ ״שור ושה״ שני פעמים – שור ושה אין, מידי אחרינא לא.

Rava dit : le verset dit "shor ou seh", "shor ou seh", deux fois. Le shor et le seh, oui.

Toute autre chose, non.

🗂️ Tossefot (1)
שור ושה שני פעמים. וא"ת ושה דכתיב ב' פעמים למה לי הא בשבת לא כתיב שה וי"ל דאי לא כתיב שה שני פעמים הוה אמינא שבא שור למעוטי שאר מילי מדין שור דלא הוו בתשלומין ה' ולוקמיה אדין שה להכי כתיב שה למעוטי לגמרי:
Deux fois. Et si tu dis : le seh écrit deux fois, pourquoi m'en faut-il, puisque dans Chabbat le seh n'est pas écrit ? Il y a lieu de répondre. Si le seh n'était pas écrit deux fois, j'aurais dit que le shor vient exclure les autres choses du din du shor, de sorte qu'elles ne sont pas dans le paiement de cinq, et on les établirait dans le din du seh. C'est pourquoi le seh est écrit : pour exclure tout à fait.
💡 Explication

Rava ferme la gezera shava par la répétition. Shemot 21, 37 écrit shor ou seh au début et à la fin. La répétition limite : ces deux bêtes entrent dans les quatre et cinq, toute autre bête en sort.

Tossefot explique le second seh, absent du verset de Chabbat. Sans lui, le shor n'écarterait que le paiement de cinq. Le reste des bêtes passerait sous le din du seh, donc sous le paiement de quatre. Le second seh exclut les deux peines.

8
אמרי: הי מייתר? אילימא ״שור ושה״ דסיפא מייתר, דניכתוב רחמנא: ״כי יגנב שור או שה וטבחו ומכרו, חמשה בקר ישלם תחתיו וארבע צאן תחתיו״; אי כתב רחמנא הכי, הוה אמינא בעי שלומי תשעה לכל אחד ואחד!

On dit : lequel est en trop ? Si tu dis que "shor ou seh" de la fin est en trop, que le Rahmana écrive : "s'il vole un shor ou un seh, l'égorge et le vend, cinq bovins il paiera à sa place et quatre ovins à sa place".

Si le Rahmana avait écrit ainsi, j'aurais dit qu'il doit payer neuf pour chacun d'eux !

🗂️ Tossefot (1)
חמשה בקר ישלם תחתיו ומסברא הוה ידענא דחמשה בקר קיימא אשור וארבע צאן קיימי אשה:
Cinq bovins il paiera à sa place. Et par sevara (raisonnement), j'aurais su que cinq bovins portent sur le shor, et quatre ovins portent sur le seh.
💡 Explication

Première tentative pour trouver le trop. On retire shor ou seh de la fin, et l'on écrit seulement "cinq bovins à sa place, quatre ovins à sa place". La lecture qui reste est : neuf bêtes, cinq plus quatre, pour chaque animal volé, shor ou seh.

Tossefot rappelle la sevara inverse : l'espèce du paiement indique déjà son animal. Cinq bovins visent le shor, quatre ovins le seh. La Guemara, elle, maintient que cette formulation ouvrirait la lecture de neuf. La suite montre pourquoi le double tahtav ne suffit pas à la fermer.

9
וכי תימא הא כתיב ״תחתיו״ ״תחתיו״ – חד ״תחתיו״ מייתר;

Et si tu dis : voici qu'il est écrit "tahtav", "tahtav", un "tahtav" est en trop.

📜 Rachi (1)
ה"ג וכ"ת הא כתיב תחתיו תחתיו חד תחתיו מייתר כו' וכ"ת הא כתיב תרי זימני תחתיו דמישתמעי חד אשור וחד אשה דאי תרוייהו אחד קיימי הכי איבעי ליה למיכתב ה' בקר וד' צאן ישלם תחתיו לאו מילתא היא דאיכא למימר חד תחתיו אייתר לדרשה אחרינא ואכתי תשעה משתמעי בין אשור בין אשה:
Ainsi est la version : et si tu dis, voici qu'il est écrit tahtav, tahtav, un tahtav est en trop, etc. Et si tu dis : voici qu'il est écrit deux fois tahtav, qui se comprennent, l'un sur le shor et l'un sur le seh. Car si les deux portaient sur un seul, il aurait fallu écrire : cinq bovins et quatre ovins, il paiera à sa place. Cela ne tient pas. Car on peut dire qu'un tahtav est en trop pour une autre derasha, et malgré tout neuf se comprennent, tant pour le shor que pour le seh.
💡 Explication

Reprise possible : le verset imaginé écrirait deux fois tahtav (à sa place). L'un viserait le shor, l'autre le seh, et l'on n'aurait plus neuf pour chacun. Rachi note la leçon, puis la ferme. Un des deux tahtav peut sortir pour une autre derasha. Le compte de neuf reste alors lisible sur le shor comme sur le seh.

10
ההוא מיבעי ליה לדרשה אחרינא – דתניא: יכול גנב שור שוה מנה, ישלם תחתיו [חמשה] נגידין? תלמוד לומר: ״תחתיו״ ״תחתיו״.

Celui-là lui est nécessaire pour une autre derasha. Car on enseigne : on pourrait penser que celui qui vole un shor valant une maneh paie à sa place cinq négidin ?

Le verset dit : "tahtav", "tahtav".

📜 Rachi (1)
נגידים גויעים כדמתרגמינן ויגוע ואיתנגיד (בראשית נ) כלומר כחושין וקרובין למות:
Négidim : qui agonisent, comme on traduit "vayigva" par "ve-itnagid" (Bereshit 50), c'est-à-dire des bêtes maigres et proches de la mort.
💡 Explication

Le second tahtav a déjà un emploi. La baraïta : un shor volé vaut une maneh. On aurait pu payer avec cinq négidin, bêtes maigres, proches de la mort. Rachi relie le mot au targum de vayigva, "il agonisa".

"À sa place", répété, exige un paiement à la mesure de l'animal volé. Ce tahtav n'est donc plus libre pour séparer cinq et quatre. Les mots de la fin du verset restent nécessaires.

🖼️ Schéma
Tahtav, tahtav : la qualité du paiement Shor volé valeur : une maneh bête de choix Hava amina cinq négidin maigres, près de la mort Tahtav à sa place même qualité Le second tahtav est pris par cette derasha. Il ne sépare plus cinq et quatre.
Un shor d'une maneh ne se paie pas en négidin. Le double tahtav exige la même qualité.
11
אלא ״שור ושה״ דרישא מייתר – דנכתוב רחמנא: ״כי יגנב איש וטבחו ומכרו, חמשה בקר ישלם תחת השור, וארבע צאן תחת השה״.

Sinon, "shor ou seh" du début est en trop. Que le Rahmana écrive : "si un homme vole, l'égorge et le vend, cinq bovins il paiera à la place du shor, et quatre ovins à la place du seh".

💡 Explication

Seconde tentative. On retire shor ou seh du début. Le verset dirait seulement : s'il vole, puis cinq bovins à la place du shor et quatre ovins à la place du seh. Les segments suivants montrent pourquoi ce début ne peut pas tomber.

12
אי כתב רחמנא הכי, הוה אמינא: עד דגניב תרי וטבח להו! ״וטבחו״ כתיב – לחד.

Si le Rahmana avait écrit ainsi, j'aurais dit : jusqu'à ce qu'il en vole deux et les égorge ! "Ve-tevaho" (et il l'égorge) est écrit : pour un seul.

📜 Rachi (1)
ה"א עד דגנב תרתי וטבח לחד ומזבין לחד להכי אצטריך שור או שה דרישא למימר דאע"ג דחד הוא דגנב מחייב:
J'aurais dit : jusqu'à ce qu'il vole deux, égorge l'un et vende l'un. C'est pourquoi il faut "shor ou seh" du début, pour dire que même s'il n'a volé qu'un seul, il est chayav (tenu).
💡 Explication

Sans le début, on lirait une condition double : voler deux bêtes et les abattre toutes les deux, pour entrer dans les quatre et cinq. Le verset écrit ve-tevaho au singulier : l'abattage d'un seul suffit.

Rachi, sur sa leçon, déplace la hava amina : voler deux, abattre l'un et vendre l'autre. Le "shor ou seh" du début enseigne la responsabilité dès qu'un seul animal a été volé.

13
ואימא: עד דגניב תרוייהו ומזבין להו! ״ומכרו״ כתיב – לחד.

Et dis : jusqu'à ce qu'il vole les deux et les vende ! "Ou-makharo" (ou il le vend) est écrit : pour un seul.

💡 Explication

Même reprise du côté de la vente. On exigerait les deux bêtes, vendues toutes les deux. Ou-makharo est au singulier : la vente d'un seul suffit.

14
ואימא: הוה אמינא עד דגניב תרי, וטבח חד ומזבין חד! ״או מכרו״ כתיב.

Et dis : j'aurais dit, jusqu'à ce qu'il en vole deux, égorge l'un et vende l'un ! "Ou makharo" (ou il le vend) est écrit.

📜 Rachi (2)
ואימא עד דגנב תרתי כדכתיב בסיפא תחת השור תחת השה ולהכי אצטריך שור או שה דרישא:
Et dis : jusqu'à ce qu'il vole deux. Comme il est écrit à la fin : à la place du shor, à la place du seh. C'est pourquoi il faut "shor ou seh" du début.
או מכרו כתיב דמשמע או טביחה או מכירה דהא כתיב או לחלק:
"Ou makharo" est écrit. Cela signifie : ou la shehita (abattage), ou la mekhira (vente), puisque "ou" est écrit pour séparer.
💡 Explication

Nouvelle hava amina : voler les deux, abattre l'un et vendre l'autre. Le singulier, pris à part, ne ferme pas cette lecture, puisque chaque verbe ne porte que sur une bête.

La Guemara répond par ou. Rachi : le mot sépare. Une seule des deux voies, shehita ou mekhira, fait entrer dans la peine. Sa première glose rattache l'idée de deux bêtes à la fin du verset, "à la place du shor, à la place du seh", et renvoie au début pour la fermer.

15
ואכתי הוה אמינא עד דגניב תרוייהו וטבח חד ומשייר חד, או מזבין חד ומשייר חד!

Et encore, j'aurais dit : jusqu'à ce qu'il vole les deux, égorge l'un et laisse l'un, ou vende l'un et laisse l'un !

💡 Explication

Dernière hava amina sur le début. Voler les deux, puis n'agir que sur l'un : l'abattre et laisser l'autre, ou le vendre et laisser l'autre. Le singulier et le mot "ou" ne retirent pas cette lecture. Le "shor ou seh" du début reste donc nécessaire. Il n'est pas le trop cherché par Rava.

16
אלא: ״שור״ דסיפא ו״שה״ דרישא מייתר, דניכתוב רחמנא: ״כי יגנב איש שור וטבחו ומכרו, חמשה בקר ישלם תחתיו, וארבע צאן תחת השה״; ״שור״ דסיפא ו״שה״ דרישא למה לי? שמע מינה: שור ושה אין, מידי אחרינא לא.

Sinon : le "shor" de la fin et le "seh" du début sont en trop. Que le Rahmana écrive : "si un homme vole un shor, l'égorge et le vend, cinq bovins il paiera à sa place, et quatre ovins à la place du seh".

Le "shor" de la fin et le "seh" du début, pourquoi m'en faut-il ? Apprends-en : le shor et le seh, oui.

Toute autre chose, non.

💡 Explication

Lecture retenue par Rava. On ne retire pas une paire entière. On retire le seh du début et le shor de la fin. Le verset qui reste dit déjà le din : vol d'un shor, abattage et vente, cinq bovins à sa place, et quatre ovins à la place du seh.

Ces deux mots, désormais libres, limitent la peine. Shor et seh entrent dans les quatre et cinq. Toute autre bête en sort. La gezera shava avec Chabbat ne passe pas.

🖼️ Schéma
Lecture retenue : deux mots suffisent à exclure Début gardé s'il vole un shor Fin gardée quatre ovins à la place du seh Seh du début mot libre Shor de la fin mot libre Enseignement shor et seh seuls
Le seh du début et le shor de la fin restent libres. Ils limitent la peine à ces deux bêtes.
17
אין הגונב אחר הגנב משלם תשלומי כפל. אמר רב: לא שנו אלא לפני יאוש, אבל לאחר יאוש – קנאו גנב ראשון, וגנב שני משלם תשלומי כפל לגנב ראשון.

Celui qui vole après le ganav (voleur) ne paie pas le paiement du kéfel (double). Rav dit : on n'a enseigné cela qu'avant le yeouch.

Mais après le yeouch, le premier ganav l'a acquis, et le second ganav paie le paiement du kéfel au premier ganav.

🗂️ Tossefot (1)
אין הגונב כו' בגמרא (דף סט:) דריש לה מוגונב מבית האיש ולא מבית הגנב ולמאן דמוקי חד בגנב וחד בטוען טענת גנב א"ש אבל למאן דמוקי תרוייהו לטוען טענת גנב לא שייך כלל למדרש הכי וצריך לומר דלדידיה נפקא ליה למעוטי גנב אחר הגנב מקרא אחרינא:
Celui qui vole, etc. Dans la Guemara (Bava Kamma 69b) on le dérive de : volé de la maison de l'homme, et non de la maison du ganav. Pour celui qui établit l'un sur le ganav et l'un sur le toen ta'anat ganav (celui qui avance une prétention de vol), cela se tient. Pour celui qui établit les deux sur le toen ta'anat ganav, il n'y a pas lieu de dériver ainsi. Il faut dire que, pour lui, l'exclusion du ganav après le ganav sort d'un autre verset.
💡 Explication

Nouvelle michna. Le second ganav, qui vole un objet déjà volé, ne paie pas le kéfel. Rav date la règle. Avant le yeouch, le premier n'a pas acquis : le second ne lui doit pas le double. Après le yeouch, le premier a acquis. Le second le vole, lui, et lui paie le kéfel.

Tossefot rappelle la source du din, plus loin, daf 69b : "volé de la maison de l'homme", et non de la maison du ganav. Cette dérivation tient pour qui partage les versets entre le ganav et le toen ta'anat ganav. Pour qui met les deux versets sur le toen ta'anat ganav, l'exclusion du second ganav vient d'un autre verset.

🖼️ Schéma
Rav : le yeouch déplace le destinataire du kéfel 1er ganav détient l'objet propriétaire : le volé d'origine Avant yeouch pas de kéfel Après yeouch le 1er a acquis 2e ganav volé au premier kéfel au premier si yeouch déjà là
Avant le yeouch, pas de kéfel. Après le yeouch, le second paie le double au premier ganav.
18
אמר רב ששת: אמינא כי ניים ושכיב רב אמר להא שמעתא. דתניא, אמר רבי עקיבא: מפני מה אמרה תורה טבח ומכר משלם תשלומי ארבעה וחמשה? מפני שנשתרש בחטא. אימת? אילימא לפני יאוש,

Rav Sheshet dit : je dirais que c'est en dormant et en étant couché que Rav a dit cet enseignement. Car on enseigne : Rabbi Akiva a dit : pourquoi la Torah a-t-elle dit que celui qui abat et celui qui vend paient le paiement de quatre et de cinq ?

Parce qu'il s'est enraciné dans le péché. Quand ?

Si tu dis : avant le yeouch.

📜 Rachi (2)
שנשתרש עשה שרשין כלומר נתחזק בחטא שקנאו ומהנו מעשיו:
Il s'est enraciné : il a fait des racines, c'est-à-dire il s'est affermi dans le péché, car il l'a acquis et ses actes lui ont été profitables.
אילימא לפני יאוש מכרו:
Si tu dis : avant le yeouch. Il l'a vendu.
🗂️ Tossefot (1)
דתניא אמר רבי עקיבא כו' מכל הנהו דפריך הכא לרב ה"מ למפרך לעיל לרבה ומהנהו דפריך לעיל לרבה ה"מ למפרך לרב אלא דרבה דאיירי בגזלן פריך ליה ממילי דגזלן ולרב דמיירי בגנב ניחא ליה למיפרך ממילי דגנב אע"פ שאין סברא לחלק ועוד דכמו שהוקשו בבית המדרש נקבעו בגמרא ולתרוייהו הוה מצי למפרך מההיא דגנב והקדיש דפריך מינה לקמן רבי יוחנן לריש לקיש:
Car on enseigne : Rabbi Akiva a dit, etc. Toutes ces objections que l'on fait ici à Rav, on aurait pu les faire plus haut à Rabba, et celles que l'on a faites plus haut à Rabba, on aurait pu les faire à Rav. Mais Rabba, qui traite du gazlan, on lui objecte par des cas de gazlan, et à Rav, qui traite du ganav, il convient d'objecter par des cas de ganav, quoiqu'aucune sevara ne les distingue. De plus : tels qu'ils ont été posés dans le beit ha-midrach, ils ont été fixés dans la Guemara. Et aux deux, on aurait pu objecter par le cas de celui qui vole et consacre, dont Rabbi Yo'hanan objecte plus loin à Resh Lakish.
💡 Explication

Rav Sheshet écarte l'enseignement de Rav : il l'aurait dit en dormant. L'appui est la baraïta de Rabbi Akiva. La Torah fait payer quatre et cinq pour l'abattage et la vente parce que le voleur s'enracine dans le péché. Rachi : il a acquis l'animal, et l'acte lui a profité.

La question s'ouvre sur la date, et le segment s'arrête à la première branche. Avant le yeouch : Rachi précise que le cas visé est la vente. Tossefot explique le choix des objections : à Rabba, qui parle du gazlan, des cas de gazlan ; à Rav, qui parle du ganav, des cas de ganav. Le cas du voleur qui consacre aurait pu servir contre les deux.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).