Bava Kamma 69a - Formule du tribunal, kerem revai, berera

Bava_Kamma 69a

Sougya : L'amoud ouvre sur deux formules du tribunal. Sors, donne-le lui tranche l'affaire : le ganav devient gazlan et ne paie plus quatre et cinq.

Tu es tenu de le lui donner le laisse ganav. La Guemara reprend ensuite Rabbi Yo'hanan : avant le yeouch, ni le voleur ni le propriétaire ne peuvent consacrer.

Une stam mishna sur le kerem revai semble dire l'inverse : les tzenuim désacralisent ce qui a déjà été cueilli, hors de leur domaine. On relit leur formule au futur, tant que le fruit est attaché.

Rabbi Yo'hanan identifie pourtant les tzenuim à Rabbi Dosa, qui parle au passé. On renverse donc la baraïta du leket : Rabbi Yehouda, ailleurs, ne tient pas la berera.

Deux formules du tribunal, après le vol Le ganav abat ou vend ensuite. Le statut se joue sur le gmar din. Sors, donne-le lui tzei ten lo Gmar din. L'affaire est tranchée. Il abat ou vend malgré l'ordre. Il est gazlan. Patour des 4 et 5. Fin de 68b. Rava. Tu es tenu de le lui donner hayav ata liten lo Pas encore un gmar din. L'affaire n'est pas tranchée. Il reste ganav. Chayav des 4 et 5. Ouverture de 69a. Question de 68b : si le tribunal a déjà dit sors, donne-le lui, l'exemption vaudrait sans l'hekdesh des propriétaires. Réponse : la baraïta vise la formule de droite. Il reste ganav.
Sors, donne-le lui : gmar din, il devient gazlan, patour des quatre et cinq. Tu es tenu de le lui donner : l'affaire reste ouverte, il est ganav, chayav. La baraïta de l'hekdesh vise cette seconde formule.
Trois marques, une raison pour chacune Michna de Maaser Sheni, avec la glose de la Guemara sur le signe. Kerem revai 4e année Mottes de terre autour des bornes. Comme la terre : on en tire un profit. Après le pidyon, l'usage est permis. Interdit sans rachat. Orla 3 premières années Harsit, tessons, tuiles pilées. Comme le tesson : profit nul, ou trop mince. Aucun usage, même par pidyon. Le signe le dit. Tombes tum'a Chaux. Blanc comme les os. On délaye dans l'eau et l'on verse autour. Pour un blanc plus net. Rabban Shimon ben Gamliel La marque vaut dans la shemitta : fruits hefker, les passants viennent dans le permis. Autres années du cycle : ils viennent voler. Gave le méchant, et qu'il meure. Les tzenuim déposent pourtant des pièces, pour désacraliser ce qui sera pris. C'est cette stam qui est opposée à Rabbi Yo'hanan.
Kerem revai : mottes, profit après le pidyon. Orla : harsit, aucun profit. Tombes : chaux blanche comme les os. Rabban Shimon ben Gamliel limite la marque à la shemitta.
De Rabbi Yo'hanan à la berera Chaque réponse ouvre la question suivante. 1. Rabbi Yo'hanan Avant le yeouch, voleur et propriétaire ne consacrent pas. 2. Stam des tzenuim Tout ce qui a été cueilli est désacralisé sur les pièces. 3. Piste écartée Même si c'est Rabban Shimon ben Gamliel, Rabbi Yo'hanan le suit. 4. Relecture Tout ce qui sera cueilli : pidyon tant que le fruit est à lui. 5. Rabbi Dosa dit le passé Rabbi Yo'hanan identifie les tzenuim à Rabbi Dosa. 6. On renverse la baraïta Sinon Rabbi Yehouda tiendrait la berera dans ce texte, alors qu'ailleurs il ne la tient pas.
Rabbi Yohanan ferme la consécration avant le yeouch. Les tzenuim semblent racheter hors de leur domaine. On lit leur formule au futur, puis on renverse la baraïta parce que Rabbi Yehouda ne tient pas la berera.
1
״חַייָּב אַתָּה לִיתֵּן לוֹ״, טָבַח וּמָכַר – מְשַׁלֵּם תַּשְׁלוּמֵי אַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה. מַאי טַעְמָא? כֵּיוָן דְּלָא פְּסִקָה מִילְּתָא, אַכַּתִּי גַּנָּב הוּא!

Tu es tenu de le lui donner : s'il abat ou vend, il paie le paiement de quatre et de cinq. Quelle est la raison ?

Puisque l'affaire n'a pas été tranchée, il est encore un ganav.

🗂️ Tossefot (1)
חַייָּב אַתָּה לִיתֵּן לוֹ כו'. מַשְׁמַע דְּחַיָּיב אַתָּה לִיתֵּן לוֹ לָא הָוֵי גְּמַר דִּין עַד שֶׁיֹּאמַר צֵא תֵּן לוֹ וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק קַמָּא דְּסַנְהֶדְרִין (ד' ו: וְשָׁם ד"ה נִגְמַר) נִגְמַר הַדִּין אִי אַתָּה רַשַּׁאי לִבְצֹועַ וּמְפָרֵשׁ הֵיכִי דָּמֵי גְּמַר דִּין פְּלוֹנִי אַתָּה זַכַּאי פְּלוֹנִי אַתָּה חַיָּיב. אע"ג דְּלָא הָוֵי גְּמַר דִּין מַמָּשׁ כֵּיוָן שֶׁקָּרוֹב הַדִּין לִגְמֹור אָסוּר לְהַטְעוֹת אֶת הַזַּכַּאי [וְעִי' תּוֹס' ב"מ יז. ד"ה חַיָּיב]:
Il en ressort que la formule Tu es tenu de le lui donner n'est pas un gmar din (jugement achevé) tant qu'on n'a pas dit : Sors, donne-le lui. Or on dit au premier chapitre de Sanhédrin (6b, et là, dibour nigmar) : le jugement achevé, tu n'as plus le droit de transiger. Et l'on explique ce qu'est un gmar din : Un tel, tu es quitte ; un tel, tu es tenu. Bien que ce ne soit pas un gmar din à proprement parler, dès que le jugement est proche d'être achevé, il est interdit d'induire en erreur celui qui a gain de cause. Voir Tossefot Bava Metzia 17a, dibour hayav.
💡 Explication

Suite immédiate de 68b. Rava y a posé l'autre formule : tzei ten lo, sors, donne-le lui. L'affaire est tranchée. S'il abat ou vend ensuite, il est gazlan, et le gazlan ne paie pas quatre et cinq. Ici la formule s'arrête à hayav ata liten lo, tu es tenu de le lui donner. Lo paska milta : l'affaire n'est pas tranchée. Il reste ganav, et l'abattage ou la vente ouvrent les quatre et cinq.

Tossefot réserve le gmar din à la formule qui ordonne de donner, et à la formule de Sanhédrin : un tel tu es quitte, un tel tu es tenu. Dès que le jugement est proche de se clore, transiger en trompant celui qui a gain de cause est interdit.

🖼️ Schéma
La formule suffit-elle à faire un gazlan ? Sors, donne-le lui Affaire tranchée gazlan patour des 4 et 5 Tu es tenu de le lui donner Affaire non tranchée encore ganav chayav des 4 et 5
Sors, donne-le lui fait un gazlan, patour des quatre et cinq. Tu es tenu de le lui donner laisse un ganav, chayav.
2
לָא צְרִיכָא, דְּאָמְרִי לֵיהּ: ״חַייָּב אַתָּה לִיתֵּן לוֹ״.

Le cas requis est celui-ci : ils lui disent : Tu es tenu de le lui donner.

💡 Explication

La tzerikha ferme la question de 68b. Si le tribunal avait dit sors, donne-le lui, le ganav serait déjà gazlan, et l'exemption de la baraïta tiendrait sans la consécration des propriétaires. La baraïta vise donc la formule tu es tenu de le lui donner : il reste ganav, et c'est l'hekdesh qui le dispense.

3
גּוּפָא, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: גָּזַל וְלֹא נִתְייָאֲשׁוּ הַבְּעָלִים – שְׁנֵיהֶם אֵינָן יְכוֹלִים לְהַקְדִּישׁ. זֶה לְפִי שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ, וְזֶה לְפִי שֶׁאֵינוֹ בִּרְשׁוּתוֹ. וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כִּסְתָם מִשְׁנָה;

Revenons au corps du propos. Rabbi Yo'hanan a dit : il y a eu gezel (rapine), et les propriétaires n'ont pas désespéré : aucun des deux ne peut consacrer.

Celui-ci, parce que l'objet ne lui appartient pas ; celui-là, parce qu'il n'est pas dans son domaine. Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ?

Or Rabbi Yo'hanan a dit : la halakha suit la stam mishna (michna anonyme).

💡 Explication

Gufa : on reprend l'enseignement de Rabbi Yo'hanan déjà cité en 68b. Avant le yeouch, la consécration est fermée des deux côtés. Le voleur : l'objet ne lui appartient pas. Le propriétaire : l'objet est hors de sa reshut.

L'attaque part de sa propre règle : la halakha suit la stam mishna. La michna de Maaser Sheni, citée aussitôt, donne au propriétaire un acte sur un fruit déjà sorti de sa main.

4
וּתְנַן: כֶּרֶם רְבָעִי הָיוּ מְצַייְּנִין אוֹתוֹ בִּקְזוּזוֹת אֲדָמָה – סִימָנָא כִּי אֲדָמָה, מָה אֲדָמָה – אִיכָּא הֲנָאָה מִינָּהּ, אַף הַאי נָמֵי כִּי מִפַּרְקָא – שָׁרִי לְאִיתְהֲנוֹיֵי מִינָּהּ.

Et nous avons appris : une vigne de quatrième année (kerem revai), on la signalait par des mottes de terre. Signe à l'image de la terre : de même que de la terre on tire un profit, de même de celle-ci, une fois rachetée, il est permis d'en tirer profit.

📜 Rachi (3)
בִּקְזוּזוֹת מוט"ש נוֹתֵן פִּיסַּת רְגָבִים סְבִיבוֹת הַגְּבוּלִים לְהוֹדִיעַ שֶׁהוּא כֶּרֶם רְבָעִי וְאָסוּר בְּלֹא פִּדְיוֹן:
Mottes, en laaz. On dépose un paquet de mottes autour des bornes, pour faire savoir que c'est un kerem revai, interdit sans pidyon (rachat).
דְּאִיכָּא הֲנָאָה מִינֵּיהּ לְאַחַר זְמַן בַּחֲרִישָׁה וּזְרִיעָה וּקְצִירָה:
Il y a un profit à en tirer : plus tard, par le labour, le semis et la moisson.
אַף הַאי נָמֵי אִיכָּא הֲנָאָה מִינֵּיהּ בְּפִדְיוֹן:
Celui-ci aussi, il y a un profit à en tirer : par le pidyon.
🗂️ Tossefot (1)
כֶּרֶם רְבָעִי כו' ק"ק דְּלָא נְקַט עָרְלָה תְּחִלָּה:
Légère difficulté : il n'a pas cité l'orla en premier.
💡 Explication

La michna décrit la marque. La Guemara en donne la raison, insérée dans la citation. Le kerem revai est signalé par des mottes, parce qu'il ressemble à la terre : on en jouira. Rachi : le profit de la terre vient du labour, du semis et de la moisson ; celui du revai, du pidyon. Sans rachat, le fruit reste interdit.

Tossefot note seulement que l'orla précède le revai dans les années de la vigne, et que la michna ouvre par le revai. La glose pose la question et la laisse ouverte.

5
וְשֶׁל עָרְלָה בְּחַרְסִית – סִימָנָא כְּחַרְסִית, מָה חַרְסִית שֶׁאֵין הֲנָאָה מִינַּהּ, אַף הַאי דְּלֵית (בֵּיהּ) הֲנָאָה מִינֵּיהּ.

Et celle de l'orla, avec de la harsit (tessons). Signe à l'image de la harsit : de même que de la harsit on ne tire aucun profit, de même de celle-ci on ne tire aucun profit.

📜 Rachi (2)
אַף הַאי נָמֵי אִיכָּא הֲנָאָה מִינֵּיהּ בְּפִדְיוֹן:
Celui-ci aussi, il y a un profit à en tirer : par le pidyon.
חַרְסִית כַּתּוּתֵי רְעָפִים טיבל"ש בְּלַעַ"ז:
Harsit : tuiles pilées. En laaz, tibels.
🗂️ Tossefot (2)
חַרְסִית פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס כַּתּוּתֵי רְעָפִים וְקָשֶׁה דִּבְפֶרֶק כִּסּוּי הַדָּם (חֻולִּין דַּף פח. וְשָׁם ד"ה חַרְסִית) חֲשִׁיב חַרְסִית וּלְבֵינָה כְּתוּשָׁה:
Harsit. Le Kontres (Rachi) explique : tuiles pilées. Difficulté : au chapitre Kisui ha-dam (Houlin 88a, et là, dibour harsit), il compte à part la harsit et la brique pilée.
מָה חַרְסִית דְּלֵית בֵּיהּ הֲנָאָה תֵּימַהּ לר"י דִּבְסוֹף כִּסּוּי הַדָּם (שָׁם:) אוֹמֵר דְּאֵין מְכַסִּים אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁזּוֹרְעִים בּוֹ וּמַצְמִיחַ וּמַשְׁמַע הָתָם דִּמְכַסִּין בְּחַרְסִית וְתֵירֵץ ר"ת דְּחַרְסִית זוֹרְעִים בּוֹ וּמַצְמִיחַ אֲבָל אֵין מוֹצִיאָה . כְּדֵי נְפִילָה לְכָךְ קָרֵי דְּלֵית בֵּיהּ הֲנָאָה וַאֲפִילּוּ מוֹצִיאָה יוֹתֵר מִכְּדֵי נְפִילָה הוֹאִיל וּפֵירוֹתֶיהָ מוּעָטִים חֲשִׁיב לֵית בָּהּ הֲנָאָה:
De même que la harsit, dont on ne tire aucun profit. Le Ri s'étonne : à la fin de Kisui ha-dam (là-même), on dit qu'on ne couvre qu'avec une chose où l'on sème et qui pousse, et il en ressort là-bas qu'on couvre avec de la harsit. Rabbeinou Tam répond : on sème dans la harsit et elle pousse, mais elle ne rend pas la mesure de la semence jetée ; c'est pourquoi on l'appelle chose dont on ne tire aucun profit. Et même si elle rend plus que la semence jetée, dès lors que ses fruits sont peu nombreux, on la tient pour dépourvue de profit.
💡 Explication

L'orla reçoit un autre signe : la harsit. Le signe dit l'interdit. Aucun usage, là où le revai s'ouvre par le pidyon. La première glose de Rachi sur ce segment répète le profit par le pidyon : elle vise le revai. La seconde définit la harsit : tuiles pilées, en laaz tibels.

Tossefot serre le mot. À Houlin 88a, Rachi sépare harsit et brique pilée. Le Ri objecte ensuite le chapitre Kisui ha-dam : on couvre le sang avec une matière qui pousse, et l'on couvre avec de la harsit. Rabbeinou Tam : elle pousse, mais le rendement n'atteint pas la semence, ou reste trop maigre. D'où la formule : aucun profit.

6
וְשֶׁל קְבָרוֹת בְּסִיד – סִימָנָא דְּחִיוָּר כַּעֲצָמוֹת. וּמְמַחֶה וְשׁוֹפֵךְ כִּי הֵיכִי דְּנִיחַווַּר טְפֵי.

Et celle des tombes, avec de la chaux. Signe blanc, comme les os.

Et l'on délaye et l'on verse, afin que le blanc soit plus fort.

📜 Rachi (1)
וּמְמַחֶה וְשׁוֹפֵךְ מְמַחֶה אֶת הַסִּיד בְּמַיִם וְשׁוֹפֵךְ סְבִיבוֹת הַקֶּבֶר:
Il délaye la chaux dans l'eau et la verse autour de la tombe.
💡 Explication

Troisième marque, hors de la vigne : les tombes. La chaux est blanche comme les os. On la délaye dans l'eau avant de la verser, pour un blanc plus net. Le passant est averti de la tum'a.

7
אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים – בִּשְׁבִיעִית, דְּהֶפְקֵר נִינְהוּ;

Rabban Shimon ben Gamliel a dit : dans quel cas cela est-il dit ? Dans la shemitta (année de jachère), car ce sont des biens hefker (abandonnés).

📜 Rachi (2)
בד"א דְּעָבְדִינַן לְהוּ הֶיכֵּירָא לָעוֹבְרִים וְשָׁבִים:
Dans quel cas : lorsqu'on leur fait une marque pour les passants.
בַּשְּׁבִיעִית שֶׁהוּא הֶפְקֵר וּבְהֶיתֵּר הֵן בָּאִין לֶאֱכֹול:
Dans la shemitta, qui est hefker, et c'est dans le permis qu'ils viennent manger.
💡 Explication

Rabban Shimon ben Gamliel limite l'obligation de marquer. Bame devarim amurim porte sur la marque destinée aux passants. En shemitta, les fruits sont hefker. Les passants viennent manger dans le permis : il faut les avertir que ce cep est revai ou orla.

8
אֲבָל בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ – הַלְעִיטֵהוּ לָרָשָׁע וְיָמוּת.

Mais dans les autres années du cycle (shenei shavua) : gave le méchant, et qu'il meure.

📜 Rachi (1)
אֲבָל בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ שֶׁהֵן בָּאִים לִגְזוֹל יַנִּיחֵם וְיֹאכְלוּ דָּבָר הָאָסוּר וְהַלְעִיטֵהוּ לָרָשָׁע וְיָמוּת:
Mais dans les autres années du cycle : puisqu'ils viennent voler, laisse-les, et ils mangeront une chose interdite. Gave le méchant, et qu'il meure.
💡 Explication

Hors shemitta, prendre les raisins est un vol. On ne marque pas pour protéger le voleur de l'interdit qu'il va manger. Le proverbe hal'itehu la-rasha ve-yamot dit cela : on le laisse à la suite de son acte.

9
וְהַצְּנוּעִין מַנִּיחִין אֶת הַמָּעוֹת, וְאוֹמְרִים: ״כָּל הַנִּלְקָט מִזֶּה, מְחֻולָּל עַל הַמָּעוֹת הַלָּלוּ״!

Et les tzenuim (les scrupuleux) déposent les pièces, et disent : Tout ce qui est cueilli de ceci est désacralisé sur ces pièces !

📜 Rachi (1)
כָּל הַנִּלְקָט כו' אַלְמָא אע"ג דְּלֵיתֵיהּ בִּרְשׁוּתֵיהּ מִפְּרִיק וְתוֹפֵס פִּדְיוֹנוֹ:
Tout ce qui est cueilli, etc. Il en ressort que, bien que le fruit ne soit pas dans son domaine, il le rachète, et le pidyon prend effet.
🗂️ Tossefot (2)
וְהַצְּנוּעִין מַנִּיחִין אֶת הַמָּעוֹת כו' אִי שְׁבִיעִית נוֹהֵג בְּכֶרֶם רְבָעִי כִּדְמַשְׁמַע [דְּאַמִּילְּתֵיהּ] דת"ק [קָאֵי] צָרִיךְ לוֹמַר דִּצְנוּעִין אַשְּׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ קָייְמִי דְּאִי אַשְּׁבִיעִית כֵּיוָן שֶׁהָיוּ זוֹכִים מִן הַהֶפְקֵר לֹא הָיוּ יְכוֹלִים לְחַלֵּל:
Si la shemitta s'applique au kerem revai, comme il ressort que la chose porte sur la parole du premier tanna, il faut dire que les tzenuim visent les autres années du cycle. Car si c'était la shemitta, dès lors qu'ils acquérraient par le hefker, ils ne pourraient pas désacraliser.
כָּל הַנִּלְקָט מִזֶּה יְהֵא מְחֻולָּל תֵּימַהּ מָתַי הָיוּ אוֹמְרִים דִּלְמַה שֶׁמְּלַקְּטִים אַחַר אֲמִירָה לֹא הָיָה מוֹעִיל וְאִם כֵּן וְכִי בְּכָל שָׁעָה הָיוּ אוֹמְרִים כֵּן בְּלִי הֶפְסֵק וכ"ת שֶׁבְּכָל עֶרֶב הָיוּ אוֹמְרִים כֵּן כְּמוֹ גַּבֵּי עֲנִיִּים בְּסָמוּךְ מ"מ לֹא הָיְתָה תַּקָּנָה לְמַה שֶׁאָכְלוּ קֹודֶם אֲמִירָה ואור"י דְּכָל הַנִּלְקָט לָאו דַּוְקָא מַמָּשׁ אַחַר לְקִיטָה אֶלָּא מַנִּיחַ מָעוֹת בְּעוֹד שֶׁלֹּא נִלְקַט וְאוֹמֵר כֶּרֶם רְבָעִי זֶה לִכְשֶׁיִּהְיֶה נִלְקָט יִהְיֶה מְחֻולָּל אַחַר הַלְּקִיטָה וְהָא דְּקָאָמַר ר' דּוֹסָא לְעִיתּוֹתַי עָרֶב אֲפִילּוּ מִן הַשַּׁחֲרִית הָיָה יָכוֹל לַעֲשׂוֹת כֵּן כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁתִּי אֶלָּא עֵצָה טוֹבָה קמ"ל שֶׁלֹּא יִתְפַּקְּרוּ עֲנִיִּים לְלַקֵּט הַרְבֵּה כֵּיוָן שֶׁהִפְקִיר אִי נָמֵי לְעִיתּוֹתַי עָרֶב דַּוְקָא אֲבָל שַׁחֲרִית גָּזְרִינַן שֶׁמָּא לֹא יַפְרִישׁ דִּלְאַחַר לְקִיטָה יָחוּל הַהֶפְקֵר וא"ת וְכֵיוָן שֶׁיֵּשׁ חִילּוּל בִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע כִּדְמַשְׁמַע בְּסָמוּךְ לָמָּה הָיוּ הַצְּנוּעִים דּוֹחֲקִים לָמָּה לֹא הָיוּ מְחַלְּלִים כָּל הַכֶּרֶם בְּבַת אַחַת וְי"ל דְּשֶׁמָּא הָיוּ רוֹצִים לְהוֹלִיךְ שְׁאָר הַפֵּירוֹת לִירוּשָׁלַיִם לְפִיכָךְ לֹא הָיוּ רוֹצִים לְחַלֵּל הַכֹּל בְּבַת אַחַת אִי נָמֵי לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה מוֹעִיל חִילּוּל לְמַה שֶׁיִּגְדַּל אַחֲרֵי כֵן וא"ת כִּי קָאָמַר כָּל הַמִּתְלַקֵּט הָא לֹא הָיָה מוֹעִיל לְמַה שֶׁגָּדַל אַחַר כָּךְ וְי"ל דְּמ"מ מַה שֶּׁהָיוּ יְכוֹלִין לְתַקֵּן הָיוּ מְתַקְּנִים וְעוֹד דְּשֶׁמָּא הָיָה בָּטֵל בְּרֹוב ואע"ג דְּדָבָר שֶׁיֵּשׁ לוֹ מַתִּירִין אֲפִילּוּ בְּאֶלֶף לֹא בָּטֵיל מִכָּל מָקוֹם מִדְּאוֹרַיְיתָּא בְּטִיל:
Tout ce qui est cueilli de ceci sera désacralisé. Étonnement : quand le disaient-ils ? Car ce que l'on cueille après la déclaration n'aurait pas été couvert. Faudrait-il donc qu'ils le disent à chaque instant, sans interruption ? Et si tu dis qu'ils le disaient chaque soir, comme pour les pauvres plus loin : il n'y aurait quand même pas de réparation pour ce qu'ils ont mangé avant la déclaration. Le Ri dit : tout ce qui est cueilli ne vise pas, au sens strict, l'après-cueillette. Il dépose les pièces tant que le fruit n'est pas encore cueilli, et il dit : ce kerem revai, lorsqu'il sera cueilli, sera désacralisé après la cueillette. Et ce que dit Rabbi Dosa, vers le soir : même dès le matin il aurait pu le faire, comme je l'ai expliqué. Il nous enseigne un bon conseil, afin que les pauvres, une fois l'abandon prononcé, ne se mettent pas à cueillir beaucoup sans retenue. Autre lecture : vers le soir seulement. Le matin, on décrète, de crainte qu'il n'énonce pas la formule, car l'abandon prend effet après la cueillette. Et si tu dis : puisqu'il y a un hilloul sur ce qui est attaché au sol, comme il ressort plus loin, pourquoi les tzenuim se donnaient-ils cette peine ? Pourquoi ne désacralisaient-ils pas toute la vigne d'un coup ? On peut dire : peut-être voulaient-ils porter le reste des fruits à Jérusalem ; c'est pourquoi ils ne voulaient pas tout désacraliser d'un coup. Autre lecture : parce que le hilloul n'aurait pas d'effet pour ce qui pousse ensuite. Et si tu dis : lorsqu'il dit tout ce qui sera cueilli, cela non plus n'a pas d'effet pour ce qui pousse ensuite. On peut dire : quoi qu'il en soit, ce qu'ils pouvaient réparer, ils le réparaient. Et encore : peut-être cela s'annulait-il dans la majorité. Et bien qu'une chose qui a un moyen de permission (davar she-yech lo matirin) ne s'annule pas même dans mille, par la Torah elle s'annule.
💡 Explication

Les tzenuim déposent des pièces et désacralisent ce qui a été cueilli. Rachi en tire la conséquence qui gêne Rabbi Yo'hanan : le fruit n'est plus dans sa reshut, et le pidyon prend pourtant effet. C'est une stam. Sa règle, la halakha suit la stam mishna, devrait l'obliger.

Première glose de Tossefot : si la shemitta vaut pour le revai, les tzenuim visent les autres années. En shemitta le passant acquiert par le hefker, et le propriétaire ne peut plus désacraliser. Seconde glose, le Ri : la formule au passé ne se dit pas après chaque cueillette. Il dépose les pièces d'avance, et le hilloul est calé sur la cueillette à venir. Le reste de la glose explique le soir de Rabbi Dosa, le refus de désacraliser toute la vigne d'un coup, et l'annulation dans la majorité face à un davar she-yech lo matirin.

10
וְכִי תֵּימָא: מַאן תְּנָא צְנוּעִין – רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, וְרַבִּי יוֹחָנָן כִּסְתָם יְחִידָאָה לָא אָמַר;

Et si tu dis : quel est le tanna des tzenuim ? Rabban Shimon ben Gamliel.

Et Rabbi Yo'hanan n'a pas dit sa règle là où la stam est l'avis d'un seul.

📜 Rachi (1)
וְכִי תֵּימָא צְנוּעִין לָאו סְתָמָא הִיא אֶלָּא רַשְׁבָּ"ג מְסַיֵּים וְאָזֵיל לֵיהּ לְמִילְּתֵיהּ:
Et si tu dis, les tzenuim : ce n'est pas une stam. Rabban Shimon ben Gamliel poursuit et continue sa parole.
💡 Explication

Piste pour sauver Rabbi Yo'hanan. Les tzenuim seraient la suite de Rabban Shimon ben Gamliel, donc un avis seul derrière une apparence de stam. Sa règle, la halakha suit la stam mishna, ne viserait pas une stam ye'hida. Rachi le dit ainsi : il continue sa propre parole.

11
וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל מָקוֹם שֶׁשָּׁנָה רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל בְּמִשְׁנָתֵנוּ – הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ, חוּץ מֵעָרֵב וְצַיְדָן וּרְאָיָה אַחֲרוֹנָה!

Or Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : partout où Rabban Shimon ben Gamliel a enseigné dans notre Mishna, la halakha est comme lui, sauf l'arev (le garant), Sidon, et la reaya ahrona (la preuve dernière) !

📜 Rachi (3)
עֵרֶב בְּגֵט פָּשׁוּט:
Le garant : dans Get pashut.
צַיְּדָן בְּמִי שֶׁאֲחָזוֹ קוֹרְדְּיָקוֹס:
Sidon : dans Mi she-ahazo kordiakos.
וּרְאָיָה בְּפֶרֶק שֵׁנִי דְּסַנְהֶדְרִין:
Et la preuve : au deuxième chapitre de Sanhédrin.
💡 Explication

La piste tombe. Rabbi Yo'hanan lui-même suit Rabban Shimon ben Gamliel partout dans la Mishna, hors trois dossiers. Rachi les situe : l'arev dans Get pashut, Sidon dans Mi she-ahazo kordiakos, la reaya ahrona au deuxième chapitre de Sanhédrin. Le kerem revai n'est pas de ces trois. Même lus comme sa suite, les tzenuim restent la halakha selon lui.

12
אָמְרִי: לָא תֵּימָא ״כָּל הַנִּלְקָט מִזֶּה״, אֶלָּא אֵימָא ״כָּל הַמִּתְלַקֵּט מִזֶּה״.

On dit : ne formule pas : Tout ce qui a été cueilli de ceci. Formule : Tout ce qui sera cueilli de ceci.

📜 Rachi (1)
הַמִּתְלַקֵּט שֶׁעֲתִידִין לִלְקֹוט:
Qui sera cueilli : qu'ils doivent cueillir dans l'avenir.
🗂️ Tossefot (1)
אֵימָא כָּל הַמִּתְלַקֵּט מַשְׁמַע דְּחָל פִּדְיוֹן בִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע שֶׁהֲרֵי קֹודֶם לְקִיטָה הָיָה מִתְחַלֵּל שֶׁהֲרֵי אַחַר שֶׁנִּלְקַט שֶׁבָּא לִרְשׁוּת אֲחֵרִים אֵין לַבְּעָלִים כֹּחַ בָּהֶן לְחַלֵּל וְתֵימַהּ דְּבַתּוֹסֶפְתָּא מַשְׁמַע דְּאֵין חִילּוּל בִּמְחֻובָּר דְּתַנְיָא בְּסוֹף מַעֲשֵׂר שֵׁנִי כֶּרֶם רְבָעִי ב"ש אוֹמְרִים אֵין פּוֹדִין אוֹתָם עֲנָבִים אֶלָּא יַיִן וב"ה אוֹמְרִים עֲנָבִים וְיַיִן וְהַכֹּל מוֹדִים שֶׁאֵין פּוֹדִין בִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע וְנִרְאֶה דְּטַעֲמָא דְּיָלְפִינַן קֹדֶשׁ קֹדֶשׁ מִמַּעֲשֵׂר וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם לָא הָוֵי טַעְמָא אֶלָּא מִשּׁוּם דִּמְחֻובָּר אֵין דָּמָיו יְדוּעִין וּלְכָךְ אֵין פּוֹדִין אֲפִילּוּ עַל פִּי שְׁלֹשָׁה וְהַייְנוּ נָמֵי טַעְמָא דב"ש:
Dis : tout ce qui sera cueilli. Il en ressort que le pidyon prend effet sur ce qui est attaché au sol. Car la désacralisation se faisait avant la cueillette : une fois cueilli, dès lors que le fruit est entré dans le domaine d'autrui, les propriétaires n'ont plus de pouvoir sur lui pour le désacraliser. Étonnement : dans la Tossefta, il ressort qu'il n'y a pas de hilloul sur l'attaché. Car on enseigne à la fin de Maaser Sheni : kerem revai, Beit Shammai disent qu'on ne les rachète pas en raisins, seulement en vin, et Beit Hillel disent : raisins et vin. Et tous conviennent qu'on ne rachète pas ce qui est attaché au sol. Et il paraît que la raison est qu'on apprend kodech-kodech depuis le maaser. On peut dire : là, la raison tient seulement à ceci : attaché, sa valeur n'est pas connue, et c'est pourquoi on ne rachète pas, même selon trois estimateurs. Et telle est aussi la raison de Beit Shammai.
💡 Explication

Réponse retenue. On lit mitlaket, ce qui sera cueilli, à la place de nilkat, ce qui a été cueilli. Rachi : le participe vise l'avenir. Le hilloul est posé pendant que le fruit est encore au propriétaire, attaché au sol. Après la cueillette, il est dans une autre reshut, et le propriétaire n'a plus ce pouvoir. Rabbi Yo'hanan reste intact : personne ne consacre, ni ne rachète, un bien déjà sorti de la main de son maître.

Tossefot confronte la Tossefta de la fin de Maaser Sheni : tous conviennent qu'on ne rachète pas le revai attaché. Beit Shammai limite encore aux vins, Beit Hillel admet raisins et vin. La réponse : l'interdit de la Tossefta tient à la valeur inconnue de l'attaché, même devant trois estimateurs. Même raison pour Beit Shammai. La dérivation kodech-kodech depuis le maaser est écartée comme motif de cette halakha.

🖼️ Schéma
Nilkat ou mitlaket : où se fait le hilloul ? Fruit attaché encore au propriétaire il peut désacraliser Cueillette mitlaket : avant nilkat : après Chez autrui hors de sa reshut plus de pouvoir La relecture mitlaket place le hilloul pendant que le fruit est attaché. Nilkat le placerait après la sortie du domaine.
Mitlaket : le hilloul a lieu pendant que le fruit est attaché. Nilkat le placerait après la sortie du domaine, là où le propriétaire n'a plus de pouvoir.
13
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: צְנוּעִין וְרַבִּי דּוֹסָא אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד; וְרַבִּי דּוֹסָא ״נִלְקַט״ קָאָמַר!

Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ? Or Rabbi Yo'hanan a dit : les tzenuim et Rabbi Dosa ont dit une seule chose.

Et Rabbi Dosa dit : ce qui a été cueilli !

📜 Rachi (1)
רַבִּי דּוֹסָא לְעִנְיַן לֶקֶט קָצִיר קָמַיְירֵי דְּקַייְמָא לָן שְׁנֵי שִׁבֳּולִין לֶקֶט שָׁלֹשׁ אֵינוֹ לֶקֶט וְאֵין כָּל הָעֲנִיִּים בְּקִיאִין בַּהֲלָכָה לְפִיכָךְ צָרִיךְ בַּעַל הַבַּיִת לְהַפְקִיר:
Rabbi Dosa : il parle du leket de la moisson. Car nous tenons : deux épis sont leket, trois ne sont pas leket. Et tous les pauvres ne sont pas experts dans la halakha. C'est pourquoi le propriétaire doit déclarer l'abandon.
💡 Explication

La relecture au futur se heurte à un autre enseignement de Rabbi Yo'hanan : les tzenuim et Rabbi Dosa disent la même chose, et Rabbi Dosa parle au passé, nilkat. Rachi situe le dossier : le leket. Deux épis appartiennent au pauvre, trois non. Les pauvres ne connaissent pas tous cette mesure. Le propriétaire déclare donc hefker ce qu'ils emportent.

14
דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שַׁחֲרִית – בַּעַל הַבַּיִת עוֹמֵד וְאוֹמֵר: ״כָּל שֶׁיְּלַקְּטוּ עֲנִיִּים הַיּוֹם, יְהֵא הֶפְקֵר״.

Car on enseigne : Rabbi Yehouda dit : le matin, le propriétaire se tient et dit : Tout ce que les pauvres cueilleront aujourd'hui sera hefker.

💡 Explication

Premier membre de la baraïta. Rabbi Yehouda : dès le matin, formule au futur. Tout ce que les pauvres cueilleront dans la journée est d'avance hefker. Le propriétaire ne sait pas encore s'ils s'arrêteront à deux épis.

15
רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר, לְעִיתּוֹתַי עֶרֶב אוֹמֵר: ״כָּל שֶׁלָּקְטוּ עֲנִיִּים יְהֵא הֶפְקֵר״!

Rabbi Dosa dit : vers le soir, il dit : Tout ce que les pauvres ont cueilli sera hefker !

🗂️ Tossefot (1)
כָּל שֶׁלָּקְטוּ עֲנִיִּים הַיּוֹם יְהֵא הֶפְקֵר תַּקָּנָה עוֹשֶׂה לַעֲנִיִּים לְפָוטְרָם מִן הַמַּעֲשֵׂר כְּשֶׁמְּלַקְּטִין יוֹתֵר מִדִּינָם כְּגוֹן ג' שִׁבֳּולִים וְאוֹכְלִין בְּלֹא מַעֲשֵׂר לְפִי שֶׁלֶּקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה פְּטוּרִים מִן הַמַּעֲשֵׂר לְכָךְ אוֹמֵר בעה"ב כָּל שֶׁלִּקְּטוּ יִהְיֶה הֶפְקֵר כְּדֵי שֶׁיִּפְטֹור הַכֹּל מִמַּעֲשֵׂר דְּהֶפְקֵר פָּטוּר מִמַּעֲשֵׂר וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּבַעַל הַבַּיִת אֵין מִתְיָיאֵשׁ דְּאִם הָיָה מִתְייָאֵשׁ וַחֲשִׁיב יֵאוּשׁ מִדַּעַת כְּמוֹ תַּמְרֵי דְּזִיקָא וא"כ לָמֶ"ד יֵאוּשׁ כְּדִי קָנֵי תִּקְשֶׁה לֵיהּ מַה מוֹעִיל הֶפְקֵר לְפָוטְרוֹ מִן הַמַּעֲשֵׂר וַהֲלֹא כְּבָר זָכוּ בָּהֶן עֲנִיִּים בְּתוֹרַת גֶּזֶל עַל יְדֵי יֵאוּשׁ וּמִיהוּ זֶה אֵין לְהַקְשׁוֹת אִם בַּעַל הַבַּיִת מִתְיָיאֵשׁ לָמָּה צָרִיךְ לְהַפְקִיר כְּדֵי לְפָוטְרוֹ מִן הַמַּעֲשֵׂר וַהֲלֹא יֵאוּשׁ חָשׁוּב הוּא כְּהֶפְקֵר לְפָוטְרוֹ מִן הַמַּעֲשֵׂר כִּדְמוֹכַח בְּאֵלּוּ מְצִיאוֹת (ב"מ ד' כא:) וְעוֹד דְּלָמָּה לֹא יוֹעִיל כֹּל שֶׁלִּקְּטוּ לכ"ע דְּאַטּוּ מִי גָּרַע מִיֵּאוּשׁ דְּהָא לָא דָּמֵי יֵאוּשׁ דְּהָכָא דְּגַבֵּי גַּזְלָן לְיֵאוּשׁ דִּמְצִיאָה דְּאִי יֵאוּשׁ קָנֵי בְּכָל עִנְיָן אֲפִילּוּ אִם אֵין הַגְּזֵילָה בִּרְשׁוּת הַגַּזְלָן בִּשְׁעַת יֵאוּשׁ אִם כֵּן יֵאוּשׁ דְּהָכָא לָא הָוֵי אֶלָּא כְּלַפֵּי דִּידֵיהּ וְהָוֵי כְּמַתָּנָה בְּעָלְמָא וְאֵין לוֹ לִפְטוֹר מִן הַמַּעֲשֵׂר וַאֲפִילּוּ את"ל דְּלָא קָנֵי אא"כ הַגְּזֵילָה בִּרְשׁוּת הַגַּזְלָן אֲבָל אִם הִיא בִּרְשׁוּת הָרַבִּים בִּשְׁעַת יֵאוּשׁ כָּל הַמַּחֲזִיק בֵּהּ זְכָה בֵּהּ אִי נָמֵי לָמֶ"ד יֵאוּשׁ כְּדִי לָא קָנֵי כְּלָל וְכָל הַמַּחֲזִיק בָּהּ זָכָה בָּהּ מ"מ אֵין זֶה יֵאוּשׁ פּוֹטֵר מִן הַמַּעֲשֵׂר דִּנְהִי דְּנִגְזָל אֵין יָכוֹל לִתְבֹּועַ מִן הַמַּחֲזִיק בָּהּ אַחַר יֵאוּשׁ כִּדְאָמְרִינַן בְּהַגּוֹזֵל בָּתְרָא (לְקַמָּן בָּבָא קַמָּא ד' קיא:) דְּדַוְקָא גָּזַל וְלֹא נִתְייָאֲשׁוּ הַבְּעָלִים וּבָא אַחֵר וַאֲכָלוֹ רָצָה מִזֶּה גּוֹבֶה רָצָה מִזֶּה גּוֹבֶה אֲבָל אַחַר יֵאוּשׁ אֵין יָכוֹל לִגְבּוֹת כְּלוּם מִן הַשֵּׁנִי מ"מ כֵּיוָן שֶׁכָּל אָדָם אָסוּר לְהַחְזִיק בָּהּ מִפְּנֵי שֶׁהִיא צְרִיכָה לַגַּזְלָן לִיפָּטֵר מִן הַנִּגְזָל וְאִם כְּבָר זָכָה בָּהּ אַחֵר לְכָל הַפָּחוֹת חַייָּב לְשַׁלֵּם דָּמִים לַגַּזְלָן כִּדְאָמַר לְעֵיל דַּאֲפִילּוּ לָמֶ"ד יֵאוּשׁ לָא קָנֵי חַייָּב גַּנָּב שֵׁנִי לְשַׁלֵּם קֶרֶן לְגַנָּב רִאשׁוֹן לָא חֲשִׁיב כְּהֶפְקֵר לִפְטוֹר מִן הַמַּעֲשֵׂר דְּטַעֲמָא דְּהֶפְקֵר פָּטוּר מִן הַמַּעֲשֵׂר מִשּׁוּם דִּכְתִיב וּבָא הַלֵּוִי כִּי אֵין לוֹ חֵלֶק וְנַחֲלָה עִמָּךְ יָצָא לֶקֶט וּשְׁכָחָהּ וּפֵאָה שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֵלֶק וְנַחֲלָה עִמָּךְ וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּהֶפְקֵר וְהָכָא אֵין לוֹ חֵלֶק בָּהּ שֶׁאָסוּר לִזְכּוֹת בָּהּ וְאִם זָכָה חַיָּיב לְשַׁלֵּם לְכָל הַפָּחוֹת דָּמִים וְעוֹד דְּבִסְתָמָא אֵין מִתְייָאֵשׁ אֶלָּא לְגַבֵּי עֲנִיִּים וְאֵין מוֹעִיל לִפְטוֹר מִן הַמַּעֲשֵׂר עַד שֶׁיִּהְיֶה הֶפְקֵר לַעֲנִיִּים וְלַעֲשִׁירִים כִּשְׁמִיטָּה:
Tout ce que les pauvres ont cueilli aujourd'hui sera hefker. Il fait une takana (ordonnance) pour les pauvres, afin de les exempter du maaser (dîme) lorsqu'ils cueillent au-delà de leur droit, par exemple trois épis, et qu'ils mangent sans maaser. Car le leket, la shikheha (oubli) et la pea (coin du champ) sont exempts du maaser. C'est pourquoi le propriétaire dit : tout ce qu'ils ont cueilli sera hefker, afin que le tout soit exempt du maaser, car le hefker est exempt du maaser. Et il faut dire que le propriétaire ne désespère pas. Car s'il désespérait, et que ce soit un yeouch mi-daat (désespoir conscient), comme les dattes tombées par le vent, alors, selon l'avis que le yeouch suffit à acquérir, on lui objecterait : que fait le hefker pour exempter du maaser ? Les pauvres ont déjà acquis par le droit du vol, au moyen du yeouch. Toutefois, il ne faut pas objecter ceci : si le propriétaire désespère, pourquoi doit-il déclarer hefker pour exempter du maaser ? Le yeouch compte déjà comme un hefker pour exempter du maaser, comme il est prouvé dans Elu metsiot (Bava Metzia 21b). Et encore : pourquoi tout ce qu'ils ont cueilli ne vaudrait-il pas selon tous ? Serait-ce moindre qu'un yeouch ? Car le yeouch d'ici, vis-à-vis du gazlan, ne ressemble pas au yeouch d'une metsia (objet perdu). Si le yeouch acquiert en tout cas, même lorsque le vol n'est pas dans le domaine du gazlan au moment du yeouch, alors le yeouch d'ici ne vaut que vis-à-vis de lui, il est comme un simple don, et il n'a pas de quoi exempter du maaser. Et même si tu dis qu'il n'acquiert que lorsque le vol est dans le domaine du gazlan, tandis que si l'objet est dans le domaine public au moment du yeouch, quiconque s'en saisit l'acquiert ; ou encore, selon l'avis que le yeouch n'acquiert pas du tout, et que quiconque s'en saisit l'acquiert : de toute façon, ce yeouch n'exempte pas du maaser. Car, soit, le volé ne peut pas réclamer à celui qui s'en est saisi après le yeouch, comme nous disons dans Ha-gozel batra (plus loin, Bava Kamma 111b) : seulement s'il a volé et que les propriétaires n'ont pas désespéré, et qu'un autre est venu et a mangé, il recouvre, s'il veut, de celui-ci, et s'il veut, de celui-là ; mais après le yeouch, il ne peut rien recouvrer du second. Toutefois, puisque toute personne a l'interdiction de s'en saisir, parce que le gazlan en a besoin pour se libérer envers le volé, et que si un autre l'a déjà acquise il doit au moins payer la valeur au gazlan, comme on a dit plus haut : même selon l'avis que le yeouch n'acquiert pas, le second ganav doit payer le keren (principal) au premier ganav, cela ne compte pas comme un hefker pour exempter du maaser. Car la raison pour laquelle le hefker est exempt du maaser, c'est qu'il est écrit : et le lévite viendra, car il n'a ni part ni héritage avec toi. En sortent le leket, la shikheha et la pea, où il a part et héritage avec toi. Et telle est la raison du hefker. Or ici il n'y a pas de part : il est interdit d'acquérir, et s'il a acquis il doit au moins payer la valeur. Et encore : d'ordinaire il ne désespère que vis-à-vis des pauvres, et cela ne suffit pas à exempter du maaser tant que ce n'est pas un hefker pour les pauvres et pour les riches, comme la shemitta.
💡 Explication

Second membre. Rabbi Dosa parle le soir, au passé : tout ce que les pauvres ont cueilli est hefker. La quantité est déjà connue. C'est ce passé que Rabbi Yo'hanan aligne sur les tzenuim, et qui empêche de lire leur formule au futur.

Tossefot explique la portée de la formule pour le maaser. Leket, shikheha et pea en sont exempts. L'excédent, le troisième épi, ne l'est pas. Le propriétaire le rend hefker pour que le pauvre le mange sans dîme. La glose exige qu'il n'ait pas fait yeouch : un yeouch conscient, du type des dattes tombées par le vent, aurait déjà fait acquérir les pauvres par le droit du vol, selon l'avis que le yeouch acquiert.

Le yeouch envers un gazlan ne joue pas le rôle du hefker. Chacun a l'interdiction de s'en saisir, parce que le gazlan a besoin de l'objet pour se libérer ; s'il s'en est saisi, il doit au moins la valeur. Le verset du lévite exempte le hefker parce que le lévite y a une part, comme dans le leket. Ici cette part manque. Dernier point : un yeouch ordinaire ne vise que les pauvres. L'exemption demande un hefker ouvert aux riches, comme la shemitta.

🖼️ Schéma
Qu'est-ce qui exempte l'excédent du maaser ? Hefker Pauvres et riches, comme la shemitta. Le lévite y a une part, comme leket et pea. Exempt du maaser. Déclaration Tout ce qu'ils ont cueilli sera hefker. Takana pour le 3e épi, au-delà du leket. Il n'a pas fait yeouch. Yeouch Interdit de s'en saisir : le gazlan en a besoin. S'il a saisi, il doit au moins les damim. Pas une exemption. Un yeouch ordinaire ne vise que les pauvres. L'exemption du maaser demande un hefker ouvert aux riches aussi.
Le hefker ouvert aux pauvres et aux riches exempte du maaser. Le yeouch envers le preneur laisse l'objet nécessaire au gazlan : pas d'exemption.
16
אֵיפוֹךְ דְּרַבִּי יְהוּדָה לְרַבִּי דּוֹסָא, וְרַבִּי דּוֹסָא לְרַבִּי יְהוּדָה. אַמַּאי אַפֵּכַת מַתְנִיתָא? אַפְּכָה לְרַבִּי יוֹחָנָן, וְאֵימָא: ״צְנוּעִין וְרַבִּי יְהוּדָה אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד״!

Renverse Rabbi Yehouda en Rabbi Dosa, et Rabbi Dosa en Rabbi Yehouda. Pourquoi renverses-tu la baraïta ?

Renverse plutôt la parole de Rabbi Yo'hanan, et dis : Les tzenuim et Rabbi Yehouda ont dit une seule chose !

💡 Explication

Solution proposée : on échange les deux noms dans la baraïta. Rabbi Dosa devient l'auteur de la formule du matin, au futur, et rejoint les tzenuim relus en mitlaket. La Guemara demande pourquoi toucher à la baraïta plutôt qu'à la phrase de Rabbi Yo'hanan. On dirait alors : les tzenuim et Rabbi Yehouda ont dit une seule chose, et la baraïta resterait en place.

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אָמְרִי: לָא סַגִּיא דְּלָא מִתְהַפְכָא מַתְנִיתָא; דִּבְהָא מַתְנִיתִין קָתָנֵי דְּאִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּרֵירָה, וְשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּעָלְמָא דְּלֵית לֵיהּ בְּרֵירָה – דִּתְנַן:

On dit : on ne peut faire autrement que de renverser la baraïta. Car dans cette baraïta on enseigne que Rabbi Yehouda tient la berera (désignation rétroactive), et nous tenons de Rabbi Yehouda, ailleurs, qu'il ne tient pas la berera.

Comme nous l'avons appris :

📜 Rachi (1)
דְּאִית לֵיהּ לְר' יְהוּדָה בְּרֵירָה דְּקָאָמַר כָּל שֶׁיִּלְקֹוט וְכִי לָקִיט אָמְרִינַן הֻובְרַר שֶׁזֶּה הֶפְקֵר ואע"פ שֶׁאֵין בַּעַל הַבַּיִת יוֹדֵעַ בְּשַׁחֲרִית דְּשֶׁמָּא לֹא יִלְקְטוּ יוֹתֵר עַל דִּינָם:
Que Rabbi Yehouda tient la berera : car il dit tout ce qu'ils cueilleront, et lorsqu'ils ont cueilli nous disons : il a été éclairé que ceci est hefker. Et cela, bien que le propriétaire ne le sache pas le matin, car peut-être ne cueilleront-ils pas au-delà de leur droit.
💡 Explication

La baraïta doit bouger. Dans le texte reçu, Rabbi Yehouda parle le matin, au futur. Au moment de la formule, il ignore si les pauvres dépasseront leur droit. Quand ils cueillent, on dit qu'il est désormais éclairé que cet épi était hefker. C'est la berera. Rachi le formule ainsi : le matin, peut-être ne prendront-ils pas plus que leur droit.

Ailleurs, Rabbi Yehouda refuse la berera. On ne peut donc lui laisser la formule du matin. L'échange des noms est exigé par cette cohérence. La michna qui le prouve s'ouvre sur le mot detnan et se lit sur 69b.

🖼️ Schéma
Pourquoi la baraïta doit être renversée Texte reçu Rabbi Yehouda, le matin : tout ce qu'ils cueilleront. Le matin, il ignore s'ils dépasseront leur droit. Cela pose la berera. Ailleurs Rabbi Yehouda ne tient pas la berera. On échange donc les noms. Le matin revient à Rabbi Dosa, aligne sur les tzenuim.
La formule du matin ignore encore ce qui sera cueilli : elle pose la berera. Rabbi Yehouda la refuse ailleurs, donc les noms de la baraïta sont échangés.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).