Sougya : L'amoud ouvre sur deux formules du tribunal. Sors, donne-le lui tranche l'affaire : le ganav devient gazlan et ne paie plus quatre et cinq.
Tu es tenu de le lui donner le laisse ganav. La Guemara reprend ensuite Rabbi Yo'hanan : avant le yeouch, ni le voleur ni le propriétaire ne peuvent consacrer.
Une stam mishna sur le kerem revai semble dire l'inverse : les tzenuim désacralisent ce qui a déjà été cueilli, hors de leur domaine. On relit leur formule au futur, tant que le fruit est attaché.
Rabbi Yo'hanan identifie pourtant les tzenuim à Rabbi Dosa, qui parle au passé. On renverse donc la baraïta du leket : Rabbi Yehouda, ailleurs, ne tient pas la berera.
Tu es tenu de le lui donner : s'il abat ou vend, il paie le paiement de quatre et de cinq. Quelle est la raison ?
Puisque l'affaire n'a pas été tranchée, il est encore un ganav.
Suite immédiate de 68b. Rava y a posé l'autre formule : tzei ten lo, sors, donne-le lui. L'affaire est tranchée. S'il abat ou vend ensuite, il est gazlan, et le gazlan ne paie pas quatre et cinq. Ici la formule s'arrête à hayav ata liten lo, tu es tenu de le lui donner. Lo paska milta : l'affaire n'est pas tranchée. Il reste ganav, et l'abattage ou la vente ouvrent les quatre et cinq.
Tossefot réserve le gmar din à la formule qui ordonne de donner, et à la formule de Sanhédrin : un tel tu es quitte, un tel tu es tenu. Dès que le jugement est proche de se clore, transiger en trompant celui qui a gain de cause est interdit.
Le cas requis est celui-ci : ils lui disent : Tu es tenu de le lui donner.
La tzerikha ferme la question de 68b. Si le tribunal avait dit sors, donne-le lui, le ganav serait déjà gazlan, et l'exemption de la baraïta tiendrait sans la consécration des propriétaires. La baraïta vise donc la formule tu es tenu de le lui donner : il reste ganav, et c'est l'hekdesh qui le dispense.
Revenons au corps du propos. Rabbi Yo'hanan a dit : il y a eu gezel (rapine), et les propriétaires n'ont pas désespéré : aucun des deux ne peut consacrer.
Celui-ci, parce que l'objet ne lui appartient pas ; celui-là, parce qu'il n'est pas dans son domaine. Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ?
Or Rabbi Yo'hanan a dit : la halakha suit la stam mishna (michna anonyme).
Gufa : on reprend l'enseignement de Rabbi Yo'hanan déjà cité en 68b. Avant le yeouch, la consécration est fermée des deux côtés. Le voleur : l'objet ne lui appartient pas. Le propriétaire : l'objet est hors de sa reshut.
L'attaque part de sa propre règle : la halakha suit la stam mishna. La michna de Maaser Sheni, citée aussitôt, donne au propriétaire un acte sur un fruit déjà sorti de sa main.
Et nous avons appris : une vigne de quatrième année (kerem revai), on la signalait par des mottes de terre. Signe à l'image de la terre : de même que de la terre on tire un profit, de même de celle-ci, une fois rachetée, il est permis d'en tirer profit.
La michna décrit la marque. La Guemara en donne la raison, insérée dans la citation. Le kerem revai est signalé par des mottes, parce qu'il ressemble à la terre : on en jouira. Rachi : le profit de la terre vient du labour, du semis et de la moisson ; celui du revai, du pidyon. Sans rachat, le fruit reste interdit.
Tossefot note seulement que l'orla précède le revai dans les années de la vigne, et que la michna ouvre par le revai. La glose pose la question et la laisse ouverte.
Et celle de l'orla, avec de la harsit (tessons). Signe à l'image de la harsit : de même que de la harsit on ne tire aucun profit, de même de celle-ci on ne tire aucun profit.
L'orla reçoit un autre signe : la harsit. Le signe dit l'interdit. Aucun usage, là où le revai s'ouvre par le pidyon. La première glose de Rachi sur ce segment répète le profit par le pidyon : elle vise le revai. La seconde définit la harsit : tuiles pilées, en laaz tibels.
Tossefot serre le mot. À Houlin 88a, Rachi sépare harsit et brique pilée. Le Ri objecte ensuite le chapitre Kisui ha-dam : on couvre le sang avec une matière qui pousse, et l'on couvre avec de la harsit. Rabbeinou Tam : elle pousse, mais le rendement n'atteint pas la semence, ou reste trop maigre. D'où la formule : aucun profit.
Et celle des tombes, avec de la chaux. Signe blanc, comme les os.
Et l'on délaye et l'on verse, afin que le blanc soit plus fort.
Troisième marque, hors de la vigne : les tombes. La chaux est blanche comme les os. On la délaye dans l'eau avant de la verser, pour un blanc plus net. Le passant est averti de la tum'a.
Rabban Shimon ben Gamliel a dit : dans quel cas cela est-il dit ? Dans la shemitta (année de jachère), car ce sont des biens hefker (abandonnés).
Rabban Shimon ben Gamliel limite l'obligation de marquer. Bame devarim amurim porte sur la marque destinée aux passants. En shemitta, les fruits sont hefker. Les passants viennent manger dans le permis : il faut les avertir que ce cep est revai ou orla.
Mais dans les autres années du cycle (shenei shavua) : gave le méchant, et qu'il meure.
Hors shemitta, prendre les raisins est un vol. On ne marque pas pour protéger le voleur de l'interdit qu'il va manger. Le proverbe hal'itehu la-rasha ve-yamot dit cela : on le laisse à la suite de son acte.
Et les tzenuim (les scrupuleux) déposent les pièces, et disent : Tout ce qui est cueilli de ceci est désacralisé sur ces pièces !
Les tzenuim déposent des pièces et désacralisent ce qui a été cueilli. Rachi en tire la conséquence qui gêne Rabbi Yo'hanan : le fruit n'est plus dans sa reshut, et le pidyon prend pourtant effet. C'est une stam. Sa règle, la halakha suit la stam mishna, devrait l'obliger.
Première glose de Tossefot : si la shemitta vaut pour le revai, les tzenuim visent les autres années. En shemitta le passant acquiert par le hefker, et le propriétaire ne peut plus désacraliser. Seconde glose, le Ri : la formule au passé ne se dit pas après chaque cueillette. Il dépose les pièces d'avance, et le hilloul est calé sur la cueillette à venir. Le reste de la glose explique le soir de Rabbi Dosa, le refus de désacraliser toute la vigne d'un coup, et l'annulation dans la majorité face à un davar she-yech lo matirin.
Et si tu dis : quel est le tanna des tzenuim ? Rabban Shimon ben Gamliel.
Et Rabbi Yo'hanan n'a pas dit sa règle là où la stam est l'avis d'un seul.
Piste pour sauver Rabbi Yo'hanan. Les tzenuim seraient la suite de Rabban Shimon ben Gamliel, donc un avis seul derrière une apparence de stam. Sa règle, la halakha suit la stam mishna, ne viserait pas une stam ye'hida. Rachi le dit ainsi : il continue sa propre parole.
Or Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : partout où Rabban Shimon ben Gamliel a enseigné dans notre Mishna, la halakha est comme lui, sauf l'arev (le garant), Sidon, et la reaya ahrona (la preuve dernière) !
La piste tombe. Rabbi Yo'hanan lui-même suit Rabban Shimon ben Gamliel partout dans la Mishna, hors trois dossiers. Rachi les situe : l'arev dans Get pashut, Sidon dans Mi she-ahazo kordiakos, la reaya ahrona au deuxième chapitre de Sanhédrin. Le kerem revai n'est pas de ces trois. Même lus comme sa suite, les tzenuim restent la halakha selon lui.
On dit : ne formule pas : Tout ce qui a été cueilli de ceci. Formule : Tout ce qui sera cueilli de ceci.
Réponse retenue. On lit mitlaket, ce qui sera cueilli, à la place de nilkat, ce qui a été cueilli. Rachi : le participe vise l'avenir. Le hilloul est posé pendant que le fruit est encore au propriétaire, attaché au sol. Après la cueillette, il est dans une autre reshut, et le propriétaire n'a plus ce pouvoir. Rabbi Yo'hanan reste intact : personne ne consacre, ni ne rachète, un bien déjà sorti de la main de son maître.
Tossefot confronte la Tossefta de la fin de Maaser Sheni : tous conviennent qu'on ne rachète pas le revai attaché. Beit Shammai limite encore aux vins, Beit Hillel admet raisins et vin. La réponse : l'interdit de la Tossefta tient à la valeur inconnue de l'attaché, même devant trois estimateurs. Même raison pour Beit Shammai. La dérivation kodech-kodech depuis le maaser est écartée comme motif de cette halakha.
Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ? Or Rabbi Yo'hanan a dit : les tzenuim et Rabbi Dosa ont dit une seule chose.
Et Rabbi Dosa dit : ce qui a été cueilli !
La relecture au futur se heurte à un autre enseignement de Rabbi Yo'hanan : les tzenuim et Rabbi Dosa disent la même chose, et Rabbi Dosa parle au passé, nilkat. Rachi situe le dossier : le leket. Deux épis appartiennent au pauvre, trois non. Les pauvres ne connaissent pas tous cette mesure. Le propriétaire déclare donc hefker ce qu'ils emportent.
Car on enseigne : Rabbi Yehouda dit : le matin, le propriétaire se tient et dit : Tout ce que les pauvres cueilleront aujourd'hui sera hefker.
Premier membre de la baraïta. Rabbi Yehouda : dès le matin, formule au futur. Tout ce que les pauvres cueilleront dans la journée est d'avance hefker. Le propriétaire ne sait pas encore s'ils s'arrêteront à deux épis.
Rabbi Dosa dit : vers le soir, il dit : Tout ce que les pauvres ont cueilli sera hefker !
Second membre. Rabbi Dosa parle le soir, au passé : tout ce que les pauvres ont cueilli est hefker. La quantité est déjà connue. C'est ce passé que Rabbi Yo'hanan aligne sur les tzenuim, et qui empêche de lire leur formule au futur.
Tossefot explique la portée de la formule pour le maaser. Leket, shikheha et pea en sont exempts. L'excédent, le troisième épi, ne l'est pas. Le propriétaire le rend hefker pour que le pauvre le mange sans dîme. La glose exige qu'il n'ait pas fait yeouch : un yeouch conscient, du type des dattes tombées par le vent, aurait déjà fait acquérir les pauvres par le droit du vol, selon l'avis que le yeouch acquiert.
Le yeouch envers un gazlan ne joue pas le rôle du hefker. Chacun a l'interdiction de s'en saisir, parce que le gazlan a besoin de l'objet pour se libérer ; s'il s'en est saisi, il doit au moins la valeur. Le verset du lévite exempte le hefker parce que le lévite y a une part, comme dans le leket. Ici cette part manque. Dernier point : un yeouch ordinaire ne vise que les pauvres. L'exemption demande un hefker ouvert aux riches, comme la shemitta.
Renverse Rabbi Yehouda en Rabbi Dosa, et Rabbi Dosa en Rabbi Yehouda. Pourquoi renverses-tu la baraïta ?
Renverse plutôt la parole de Rabbi Yo'hanan, et dis : Les tzenuim et Rabbi Yehouda ont dit une seule chose !
Solution proposée : on échange les deux noms dans la baraïta. Rabbi Dosa devient l'auteur de la formule du matin, au futur, et rejoint les tzenuim relus en mitlaket. La Guemara demande pourquoi toucher à la baraïta plutôt qu'à la phrase de Rabbi Yo'hanan. On dirait alors : les tzenuim et Rabbi Yehouda ont dit une seule chose, et la baraïta resterait en place.
On dit : on ne peut faire autrement que de renverser la baraïta. Car dans cette baraïta on enseigne que Rabbi Yehouda tient la berera (désignation rétroactive), et nous tenons de Rabbi Yehouda, ailleurs, qu'il ne tient pas la berera.
Comme nous l'avons appris :
La baraïta doit bouger. Dans le texte reçu, Rabbi Yehouda parle le matin, au futur. Au moment de la formule, il ignore si les pauvres dépasseront leur droit. Quand ils cueillent, on dit qu'il est désormais éclairé que cet épi était hefker. C'est la berera. Rachi le formule ainsi : le matin, peut-être ne prendront-ils pas plus que leur droit.
Ailleurs, Rabbi Yehouda refuse la berera. On ne peut donc lui laisser la formule du matin. L'échange des noms est exigé par cette cohérence. La michna qui le prouve s'ouvre sur le mot detnan et se lit sur 69b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).