Bava Kamma 69b - Berera, tzenuim, et bien hors de la reshut

Bava_Kamma 69b

Sougya : L'amoud ouvre sur la michna de Demai : au crépuscule du vendredi, l'acheteur de vin chez les Koutim désigne par la parole la terouma et les dîmes qu'il prélèvera. Rabbi Meir l'autorise, par la berera.

Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi et Rabbi Chimon l'interdisent. On a renversé la baraïta du leket pour que Rabbi Yehouda reste sans berera.

La même lecture donne à Rabbi Yo'hanan une formule au futur, donc une berera, alors que des frères qui partagent sont pour lui des acheteurs et se restituent au yovel. On revient donc à "tout ce qui a été cueilli".

Rabbi Yo'hanan suit l'anonyme du double : le vole après le ganav ne paie le kefel ni au ganav, ni au maître, et le verset de la maison exige une reshut. Abaye, Rava et Ravina disent ce qu'ils auraient lu si Rabbi Yo'hanan n'avait pas identifié les tzenuim et Rabbi Dossa.

Pourquoi on revient à kol hanilkat La berera fait tomber la formule au futur. On garde le passé des tzenuim. Michna : vin des Koutim, veille de Chabbat Rabbi Meir : il désigne pour plus tard, désacralise, boit. Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi, Rabbi Chimon : interdit. Pas de berera. On renverse la baraïta du matin et du soir Sinon Rabbi Yehouda admettrait la berera, contre cette michna. Formule au futur kol hamitlaket ce qui sera cueilli Rabbi Yo'hanan aurait la berera. Frères qui ont partagé Rav Assi au nom de Rabbi Yo'hanan Ce sont des acheteurs. Ils se restituent au yovel. Pas de berera. On garde kol hanilkat : ce qui a déjà été cueilli Les tzenuim et Rabbi Dossa parlent au passé. L'anonyme des tzenuim reste une difficulté pour Rabbi Yo'hanan.
On renverse la baraïta pour Rabbi Yehouda, sans berera. La formule au futur donnerait la berera à Rabbi Yohanan, contredite par les frères acheteurs. On garde kol hanilkat.
Le second ganav ne paie le kefel à personne Anonyme que Rabbi Yo'hanan préfère aux tzenuim, appuyé par le verset de la maison. Pas au premier ganav Volé de la maison de l'homme, et non de la maison du ganav. Le bien n'est pas à lui. Il ne peut pas le consacrer. Pas aux propriétaires Le verset aurait pu leur donner le kefel. Le bien n'est plus dans leur reshut. Celui-ci : ce n'est pas à lui. Celui-là : ce n'est pas dans sa reshut. Ni le ganav ni le maître ne consacrent le volé, tant qu'il n'y a pas yeouch. Verset : un homme sanctifie sa maison Sa maison est dans sa reshut. Tout hekdesh doit être dans sa reshut. Ce verset fait choisir cet anonyme, plutôt que l'anonyme des tzenuim. Question posée, puis tranchée : pourquoi suivre l'un et non l'autre ?
Le second ganav ne paie le kefel ni au premier ganav, ni au maître. Le verset de la maison exige une reshut. Rabbi Yohanan suit cet anonyme.
Si Rabbi Yo'hanan ne les avait pas identifiés Trois hava aminot. Une seule phrase les ferme : ils ont dit une même chose. Abaye Takana, pas le din Les tzenuim suivent Rabbi Dossa. Takana pour un ganav : à plus forte raison pour des pauvres. Rabbi Dossa : pauvres oui, ganav non. Rava Tanna : Rabbi Meir Maasser = bien du Ciel, et le rachat reste dans sa reshut. Kerem revai : gezera shava kodech - kodech. Leket : son bien. Hefker seulement en main. Ravina Tanna des tzenuim : Rabbi Dossa lui-même. Ainsi l'anonyme des tzenuim ne heurte pas Rabbi Yo'hanan. La phrase s'ouvre sur Rabbi Yo'hanan et continue plus loin. Rabbi Yo'hanan : les tzenuim et Rabbi Dossa ont dit une même chose Même raison, du din : tant qu'il n'y a pas yeouch, on peut abandonner, consacrer et désacraliser, même hors de sa main.
Abaye lirait une takana à sens unique. Rava, Rabbi Meir et la gezera shava. Ravina, Rabbi Dossa comme tanna des tzenuim. Rabbi Yohanan les identifie.
1
הַלּוֹקֵחַ יַיִן מִבֵּין הַכּוּתִים, אוֹמֵר: שְׁנֵי לֻוגִּין שֶׁאֲנִי עָתִיד לְהַפְרִישׁ – הֲרֵי הֵן תְּרוּמָה; עֲשָׂרָה מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן; תִּשְׁעָה מַעֲשֵׂר שֵׁנִי; וּמֵיחֵל וְשׁוֹתֶה מִיָּד, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.

Celui qui achète du vin chez les Koutim dit : deux log que je suis destiné à prélever, les voici terouma ; dix, maasser rishon ; neuf, maasser sheni. Il désacralise et boit aussitôt.

Paroles de Rabbi Meir.

📜 Rachi (3)
הַלּוֹקֵחַ יַיִן מִבֵּין הַכּוּתִים בְּעֶרֶב שַׁבָּת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כִּדְתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא וְקִדֵּשׁ עָלָיו הַיּוֹם וְאֵין לוֹ מַה לִשְׁתּוֹת בְּשַׁבָּת וְאֵין לוֹ פְּנַאי לְהַפְרִישׁ:
Le vendredi soir, au bein hashemashot, comme l'enseigne la Tossefta. Le jour s'est sanctifié sur lui, il n'a rien à boire pour le Chabbat, et il n'a pas le loisir de prélever.
שְׁנֵי לֻוגִּין מִמֵּאָה:
Sur cent.
מְיַחֵל מוֹצִיא מַעֲשֵׂר שֵׁנִי לְחֻולִּין עַל מָעוֹת שֶׁיֵּשׁ לוֹ בַּבַּיִת דְּמַה שֶׁיֵּשׁ לוֹ פְּנַאי לְתַקֵּן יְתַקֵּן דְּהָא בַּאֲמִירָה בְּעָלְמָא סַגִּי כִּדְאָמְרִי' לְקַמָּן:
Il fait sortir le maasser sheni vers le houl sur des pièces qu'il a à la maison. Ce qu'il a le loisir de réparer, il le répare, car une simple parole suffit, comme on le dit plus bas.
🗂️ Tossefot (1)
הַלּוֹקֵחַ יַיִן מִן הַכּוּתִים הַכֹּל מְפֹורָשׁ בְּפֶרֶק כָּל הַגֵּט (גִּיטִּין דַּף כֹּה. וְשָׁם):
Tout est expliqué au chapitre Kol ha-get (Guitin 25a, et là-bas).
💡 Explication

Michna de Demai, citée pour Rabbi Yehouda. Au bein hashemashot il ne peut plus prélever. Il désigne par la parole : 2 log de terouma sur 100, 10 de maasser rishon, 9 de maasser sheni. Le hilloul du second passe sur des pièces, et il boit.

Rabbi Meir s'appuie sur la berera : plus tard, les parts prélevées sont celles qu'il a déjà nommées. Rachi : une déclaration suffit pour ce qu'il peut encore réparer.

🖼️ Schéma
100 log : ce qu'il désigne pour plus tard 2 log terouma 1/50 10 log maasser rishon 1/10 9 log maasser sheni 1/10 du reste 79 log il boit après hilloul Le maasser sheni est désacralisé sur des pièces qu'il a à la maison. Rabbi Meir : la berera dira plus tard quelle part était la dîme. Les trois autres : sans berera, il risque de boire la part réservée.
Sur 100 log : 2 de terouma, 10 de maasser rishon, 9 de maasser sheni, puis hilloul et boisson.
2
רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹסְרִין.

Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi et Rabbi Chimon l'interdisent.

📜 Rachi (1)
אוֹסְרִין דְּלֵית לְהוּ בְּרֵירָה לוֹמַר מִן הַחֻולִּין הוּא שׁוֹתֶה וּתְרוּמָה וּמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן נוֹתָרִין בְּנוֹד:
Ils n'ont pas la berera, pour dire que c'est du houl qu'il boit, et que la terouma et le maasser rishon restent dans l'outre.
💡 Explication

Les trois refusent la berera. Rachi : on ne peut pas dire qu'il boit le houl pendant que la terouma et le maasser restent dans l'outre. La part réservée n'est pas encore fixée.

3
אָמְרִי: סוֹף סוֹף, אַמַּאי קָא אָפְכַתְּ לַהּ לְמַתְנִיתִין – מִשּׁוּם דְּקַשְׁיָא דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה; הַשְׁתָּא נָמֵי – קַשְׁיָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַדְּרַבִּי יוֹחָנָן,

On dit : en fin de compte, pourquoi renverses-tu la michna ? Parce que Rabbi Yehouda contredit Rabbi Yehouda.

Maintenant aussi, Rabbi Yo'hanan contredit Rabbi Yo'hanan.

💡 Explication

Le renversement vise la baraïta du leket, appelée ici michna. On l'a retournée pour que Rabbi Yehouda reste sans berera. La Guemara répond que Rabbi Yo'hanan se contredit à son tour, par la formule au futur qu'on lui prête.

4
דְּאָמְרַתְּ לְרַבִּי יוֹחָנָן לָא תֵּימָא ״כָּל הַנִּלְקָט״, אֶלָּא אֵימָא ״כָּל הַמִּתְלַקֵּט״ – אַלְמָא אִית לֵיהּ בְּרֵירָה; וְהָא רַבִּי יוֹחָנָן לֵית לֵיהּ בְּרֵירָה,

Puisque tu dis, pour Rabbi Yo'hanan : ne dis pas "tout ce qui a été cueilli", dis plutôt "tout ce qui sera cueilli". Il en ressort qu'il a la berera.

Or Rabbi Yo'hanan n'a pas la berera.

💡 Explication

Kol hanilkat parle au passé : le fruit est déjà cueilli, donc déjà sorti de la main. Kol hamitlaket parle au futur : le hilloul précède la cueillette, pendant que le fruit est encore dans la vigne. Cette seconde formule repose sur la berera.

5
דְּאָמַר רַב אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָאַחִין שֶׁחָלְקוּ – לָקוֹחוֹת הֵן, וּמַחֲזִירִין זֶה לָזֶה בַּיּוֹבֵל!

Car Rav Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : des frères qui ont partagé sont des acheteurs, et ils se restituent l'un à l'autre au yovel.

📜 Rachi (1)
לָקוֹחוֹת הֵן וְלָא אָמְרִינַן הֻובְרַר הַדָּבָר שֶׁזֶּה חֵלֶק הַמַּגִּיעַ לְכָל אֶחָד וִירֻושָּׁה לָא קָאָמַר רַחֲמָנָא דְּתֶיהְדַּר אֶלָּא אָמְרִינַן חֶלְקוֹ שֶׁל זֶה הָיָה רָאוּי לָזֶה וְהֶחֱלִיפוּ וַהֲרֵי הוּא כְּמִקָּח וְחוֹזְרִין וּמַחֲלִיפִין בַּיּוֹבֵל:
On ne dit pas que la chose s'est clarifiée, à savoir que telle est la part qui revient à chacun. Un héritage, le Rahmana n'a pas dit qu'il revienne. On dit : la part de celui-ci était faite pour celui-là, ils ont échangé, et c'est comme un achat. Ils reviennent et échangent au yovel.
💡 Explication

Preuve que Rabbi Yo'hanan refuse la berera. Au partage, chaque lot n'est pas clarifié comme l'héritage de chacun des la mort du père. Les frères sont des lokhim (acheteurs). Au yovel, la vente de terre revient, l'héritage non.

🖼️ Schéma
Frères qui partagent : acheteurs, pas héritiers clarifiés Si berera Chaque part était déjà son héritage. L'héritage ne revient pas. Rabbi Yo'hanan Ils ont échangé. C'est un achat. Pas de berera. Yovel Ils se rendent les parts. Puis ils rééchangent. Rachi : le Rahmana n'a parlé de retour qu'à propos d'un achat, pas d'un héritage. Donc la part n'était pas clarifiée dès la mort du père.
Sans berera, le partage est un échange. Les parts reviennent au yovel, puis ils rééchangent.
6
אֶלָּא לְעוֹלָם ״כָּל הַנִּלְקָט״,

Reste donc, en tout cas, "tout ce qui a été cueilli".

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לְעוֹלָם כָּל הַנִּלְקָט אָמְרוּ צְנוּעִין וְרַבִּי דּוֹסָא וּדְקָא קַשְׁיָא סְתַם מִשְׁנָה דִּצְנוּעִין לְרַבִּי יוֹחָנָן:
Ce sont les tzenuim et Rabbi Dossa qui l'ont dit. Et la michna anonyme des tzenuim fait difficulté à Rabbi Yo'hanan.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לְעוֹלָם כָּל הַנִּלְקָט הִקְשָׁה רַבֵּינוּ טוֹבִיָּה תִּקְשֶׁה דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַדְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּלֵית לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן בְּרֵירָה וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן . הֲלָכָה כִּסְתָם מִשְׁנָה וּסְתַם מַתְנִיתִין בְּהַלּוֹקֵחַ כר"מ דְּאִית לֵיהּ בְּרֵירָה ואע"ג דְּבִסְתָמָא דִּצְנוּעִים לֵית לֵיהּ בְּרֵירָה מ"מ תִּקְשֶׁה מַאי אֻולְמֵיהּ דְּהַאי סְתָמָא מֵהַאי סְתָמָא וְשֶׁמָּא רַבִּי יוֹחָנָן הֵיכָא שֶׁמַּתְנֶה בְּפֵירוּשׁ לָא קָאָמַר ר' יוֹחָנָן דְּאֵין בְּרֵירָה וּבְרֵישׁ כָּל הַגֵּט (שָׁם) דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אַף אַחֲרוֹן אֵינוֹ פּוֹסֵל מִשּׁוּם דְּאֵין בְּרֵירָה שָׁאנֵי הָתָם דִּכְתִיב וְכָתַב לָהּ דְּמַשְׁמַע שֶׁיִּהְיֶה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה מְבֹורָר בִּשְׁעַת כְּתִיבָה כְּמוֹ שֶׁמְּפֹורָשׁ בְּרֵישׁ כָּל הַגֵּט:
Rabbeinou Tovia objecte : il y a contradiction de Rabbi Yo'hanan avec Rabbi Yo'hanan. Rabbi Yo'hanan n'a pas la berera, et Rabbi Yo'hanan a dit que la halakha suit la michna anonyme. Or la michna anonyme de celui qui achète suit Rabbi Meir, qui a la berera. Même si, dans l'anonyme des tzenuim, il n'a pas la berera, la difficulté demeure : quelle force a cet anonyme de plus que l'autre anonyme ? Peut-être, là où l'on stipule en termes clairs, Rabbi Yo'hanan ne dit pas qu'il n'y a pas de berera. Et au début de Kol ha-get, là-bas, où Rabbi Yo'hanan dit que même le dernier n'invalide pas, parce qu'il n'y a pas de berera : là c'est autre, car il est écrit "ve-katav lah", ce qui implique qu'il faut que ce soit clarifié au moment de l'écriture, comme c'est expliqué au début de Kol ha-get.
💡 Explication

On abandonne la formule au futur. Les tzenuim et Rabbi Dossa ont parlé au passé. L'anonyme des tzenuim reste alors en face de Rabbi Yo'hanan, qui ne le suit pas.

Tossefot, par Rabbeinou Tovia : Rabbi Yo'hanan suit en général la michna anonyme, et l'anonyme du vin suit Rabbi Meir, qui a la berera. Deux anonymes se font face. Réponse esquissée : là où la stipulation est explicite, il n'écarte pas la berera. À Guitin, "ve-katav lah" exige que le get soit déjà clarifié à l'écriture.

7
וְרַבִּי יוֹחָנָן סְתָמָא אַחֲרִינָא אַשְׁכַּח – דִּתְנַן: אֵין הַגּוֹנֵב אַחַר הַגַּנָּב מְשַׁלֵּם תַּשְׁלוּמֵי כֶפֶל. אַמַּאי? בִּשְׁלָמָא לְגַנָּב רִאשׁוֹן לָא מְשַׁלֵּם – ״וְגָנַב מִבֵּית הָאִישׁ״, וְלֹא מִבֵּית הַגַּנָּב; אֶלָּא לַבְּעָלִים – נִשְׁלַם!

Et Rabbi Yo'hanan a trouvé un autre anonyme. Car nous avons appris : celui qui vole après le ganav ne paie pas le paiement du double.

Pourquoi ? Soit, au premier ganav il ne paie pas : "et il a été volé de la maison de l'homme", et non de la maison du ganav.

Mais aux propriétaires, qu'il paie !

📜 Rachi (1)
ר' יוֹחָנָן סְתָמָא אַחֲרִינָא אַשְׁכַּח וְאִי קַשְׁיָא וְהָא לָא סַגִּיא דְּלָא מִתְהַפְכָא מַתְנֵי' מִשּׁוּם בְּרֵירָה לָא תֵּיפוֹךְ דְּאִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּרֵירָה וְטַעֲמָא דְּלוֹקֵחַ יַיִן קָתָנֵי הָתָם מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִבָּקַע הַנּוֹד וְלֹא מִשּׁוּם בְּרֵירָה:
Et si l'on objecte : on ne peut pourtant pas éviter de renverser la michna à cause de la berera. Ne la renverse pas, car Rabbi Yehouda a la berera. Et la raison de celui qui achète du vin, enseignée là-bas, est de crainte que l'outre ne se fende, et non à cause de la berera.
💡 Explication

Autre stam : michna 62b, le second voleur ne paie pas le kefel. Au premier ganav, le verset parle de la maison de l'homme, pas de la maison du ganav. La question porte sur les propriétaires : le bien serait encore à eux.

Rachi écarte une issue trop facile. On pourrait ne pas renverser la baraïta, et lire l'interdit du vin comme le risque que l'outre se fende avant le prélèvement. La Guemara, elle, tient le renversement, et cherche à Rabbi Yo'hanan un autre anonyme.

8
אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינָּה: זֶה לְפִי שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ, וְזֶה לְפִי שֶׁאֵינוֹ בִּרְשׁוּתוֹ.

On en conclut donc : celui-ci, parce que ce n'est pas à lui ; celui-là, parce que ce n'est pas dans sa reshut.

💡 Explication

Le volé n'est sous la main pleine de personne. Le ganav : le bien n'est pas à lui. Le maître : le bien n'est plus dans sa reshut. Ni l'un ni l'autre ne le consacrent. D'où le refus du hilloul après la cueillette par un passant.

9
וּמַאי חָזֵי(ת) דְּאָזֵיל בָּתַר הַהִיא סְתָמָא? לֶיעְבֵּיד כִּי הַאי סְתָמָא דִּצְנוּעִין!

Et qu'as-tu vu pour suivre cet anonyme-là ? Qu'il fasse selon cet anonyme des tzenuim !

💡 Explication

Deux michnayot anonymes se contredisent. Rien, dans leur forme, ne dit laquelle suivre. La question demande le critère du choix de Rabbi Yo'hanan.

10
מִשּׁוּם דִּמְסַיַּיע לֵיהּ קְרָא: ״וְאִישׁ כִּי יַקְדִּשׁ אֶת בֵּיתוֹ קֹדֶשׁ לַה׳״ – מַה בֵּיתוֹ בִּרְשׁוּתוֹ, אַף כָּל בִּרְשׁוּתוֹ.

Parce qu'un verset le soutient : "Et si un homme sanctifie sa maison, sainteté pour Hachem." De même que sa maison est dans sa reshut, de même tout est dans sa reshut.

📜 Rachi (1)
מַה בֵּיתוֹ בִּרְשׁוּתוֹ הָכִי גָּרְסִינַן הָכָא:
C'est ainsi que l'on lit ici.
💡 Explication

Vayikra 27, 14. La maison que l'on consacre est dans la reshut de son maître. Tout hekdesh suit ce modèle. Le volé, sorti de la main, échappe à la consécration. Ce verset fait pencher l'anonyme du kefel. Rachi fixe la leçon : "de même que sa maison est dans sa reshut".

11
אָמַר אַבַּיֵּי: אִי לָאו דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן צְנוּעִין, וְרַבִּי דּוֹסָא אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד, הֲוָה אֲמִינָא: צְנוּעִין אִית לְהוּ דְּרַבִּי דּוֹסָא, וְרַבִּי דּוֹסָא לֵית לֵיהּ דִּצְנוּעִין.

Abaye a dit : si Rabbi Yo'hanan n'avait pas dit que les tzenuim et Rabbi Dossa ont dit une même chose, j'aurais dit : les tzenuim tiennent l'avis de Rabbi Dossa, et Rabbi Dossa ne tient pas l'avis des tzenuim.

🗂️ Tossefot (1)
הֵ"א צְנוּעִים אִית לְהוּ דָּר' דּוֹסָא וְלֹא מִן הַדִּין דְּגָזַל וְלֹא נִתְייָאֲשׁוּ הַבְּעָלִים שְׁנֵיהֶן אֵין יְכוֹלִין לְהַקְדִּישׁ וּלְחַלֵּל וּלְהַפְקִיר אֶלָּא מֵחֲמַת תַּקָּנָה הוּא דְּאוֹקֵמִי רַבָּנָן בִּרְשׁוּתֵיהּ לְחַלֵּל וּלְהַפְקִיר שֶׁלֹּא יִכָּשְׁלוּ עֲנִיִּים וְגַנָּב וְרַבִּי דּוֹסָא לֵית לֵיהּ דִּצְנוּעִין דְּבַעֲנִיִּים עֲבוּד רַבָּנָן תַּקָּנָה וְלֹא בְּגַנָּב אֲבָל הַשְׁתָּא דְּקָאָמַר ר' יוֹחָנָן צְנוּעִין וְר' דּוֹסָא אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד א"כ סוֹבֵר הוּא דְּלָא מֵחֲמַת תַּקָּנָה אֶלָּא מִן הַדִּין וְלָא בָּעֵי לְמֵימַר דִּלְעִנְיַן בְּרֵירָה דַּוְקָא קָאָמְרִי דָּבָר אֶחָד דְּתַרְוַיְיהוּ לֵית לְהוּ בְּרֵירָה שֶׁהֲרֵי דָּבָר אֶחָד מַשְׁמַע מַמָּשׁ דָּבָר אֶחָד וְקָשֶׁה דִּבְפֶרֶק הָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין דַּף קכד:) אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן ר' יִשְׁמָעֵאל וְרַבִּי דּוֹסָא בֶּן הַרְכִּינָס אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד דְּלָאו מַמָּשׁ דָּבָר אֶחָד דִּבְמַגָּע דַּוְקָא אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד אֲבָל בְּמַשָּׂא פְּלִיגִי דְּהָתָם תְּנַן שְׁנֵי חֲצָאֵי זֵיתִים מְטַמְּאִים בְּמַשָּׂא וְלֹא בְּמַגָּע דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וּבְהַהִיא דְּרַבִּי דּוֹסָא תְּנַן בְּמַסֶּכֶת אֹהָלוֹת בְּפֶרֶק ג' (מִשְׁנָה א) כָּל הַמְטַמְּאִין בְּאֹהֶל שֶׁנֶּחְלְקוּ וְהִכְנִיסָן לְבֵית רַבִּי דּוֹסָא בֶּן הַרְכִּינָס מְטַהֵר וַחֲכָמִים מְטַמְּאִין כֵּיצַד הַנּוֹגֵעַ בִּשְׁנֵי חֲצָאֵי זֵיתִים מִן הַנְּבֵילָה אוֹ נוֹשְׂאָן כו' מַשְׁמַע דָּר' דּוֹסָא בֶּן הַרְכִּינָס מְטַהֵר בְּמַגָּע וּבְמַשָּׂא וְיֵשׁ לוֹמַר כֵּיוָן דִּבְמַגָּע אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד אֵין חוֹשֵׁשׁ אע"ג דְּלָא שָׁווּ בְּמַשָּׂא וְעוֹד אוֹמֵר רִ"י דִּלְגַמְרֵי מָצֵית לְמֵימַר דְּסָבַר רַבִּי דּוֹסָא כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְהָא דִּלְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל מִצְטָרְפִים הַיְינוּ בִּמְרֻודָּד וְר' דּוֹסָא אַיְּירִי בִּמְפֻוזָּר לְגַמְרֵי דִּלְגַבֵּי מַשָּׂא בָּעֵי נוֹשֵׂא וְהוּא דְּנִישָּׂא שֶׁיְּהֵא מְחֻובָּר יַחַד כִּדְקָאָמַר עֻולָּא בְּהַהִיא שְׁמַעְתָּא וְאוֹקֵי עֻולָּא כְּרַבִּי דּוֹסָא וְלָא כְּרַבָּנָן דִּבְלָאו הָכִי פְּלִיגִי בָּהּ תַּנָּאֵי בִּדְעֻולָּא וּמַה שֶׁיָּכוֹל לְתָרֵץ אַלִּיבֵּיהּ מְתָרֵץ אִי נָמֵי עֻולָּא מוֹקֵי פְּלֻוגְתַּייְהוּ בִּמְרֻודָּד וְאָתֵי כְּרַבָּנָן וְלֵית לֵיהּ דְּאָמְרוּ דָּבָר אֶחָד:
Hava amina : les tzenuim tiennent l'avis de Rabbi Dossa. Cela ne vient pas du din du vol, là où les propriétaires ne se sont pas désespérés : les deux ne peuvent ni consacrer, ni désacraliser, ni déclarer hefker. Cela vient d'une takana : les Sages l'ont établi dans sa reshut, pour désacraliser et déclarer hefker, afin que les pauvres et le ganav ne trébuchent pas. Et Rabbi Dossa ne tient pas l'avis des tzenuim : pour les pauvres les Sages ont fait une takana, et non pour le ganav. Mais maintenant que Rabbi Yo'hanan dit que les tzenuim et Rabbi Dossa ont dit une même chose, il tient donc que cela vient du din. La takana n'est pas sa raison. Et il ne veut pas dire qu'ils ont dit une même chose seulement pour la berera, les deux étant sans berera, car "une même chose" signifie au sens propre une même chose. Difficulté : au chapitre Ha-or ve-ha-rotev (Houlin 124b), Rabbi Yo'hanan a dit que Rabbi Yishmael et Rabbi Dossa ben Harkinas ont dit une même chose, et ce n'est pas au sens propre une même chose. Pour le maga seulement ils ont dit une même chose, mais pour le massa ils divergent. Car là-bas nous avons appris : deux moitiés d'olive rendent impur par le port et non par le contact, paroles de Rabbi Yishmael. Et dans celle de Rabbi Dossa nous avons appris dans le traité Ohalot, chapitre 3 (michna 1) : tout ce qui rend impur dans la tente, qui a été divisé et qu'on a introduit dans la maison, Rabbi Dossa ben Harkinas déclare pur, et les Sages déclarent impur. Comment ? Celui qui touche deux moitiés d'olive de la nevela, ou qui les porte, etc. Il en ressort que Rabbi Dossa ben Harkinas déclare pur pour le contact et pour le port. On peut dire : puisqu'ils ont dit une même chose pour le contact, on ne s'en soucie pas, même s'ils ne s'accordent pas pour le port. De plus, le Ri dit qu'on peut entièrement dire que Rabbi Dossa tient comme Rabbi Yishmael. Et ce que, selon Rabbi Yishmael, les parts se joignent, c'est dans le cas merudad. Rabbi Dossa parle d'un cas entièrement dispersé : pour le port, il faut celui qui porte, et que la chose soit portée, qu'elle soit jointe ensemble, comme le dit Oula dans cette discussion. Et Oula l'établit selon Rabbi Dossa et non selon les Sages, car de toute façon des tannaim divergent sur l'avis d'Oula, et ce qu'il peut résoudre selon son avis, il le résout. Autre lecture : Oula établit leur divergence dans le cas merudad, cela vient selon les Sages, et il ne tient pas qu'ils ont dit une même chose.
💡 Explication

Abaye aurait lu un sens unique. Les tzenuim, qui couvrent le ganav du kerem revai, accepteraient Rabbi Dossa pour les pauvres. Rabbi Dossa n'aurait pas étendu la takana au ganav.

Tossefot : sans la phrase de Rabbi Yo'hanan, le hilloul et le hefker seraient une takana, le din laissant les deux, maître et ganav, sans pouvoir tant qu'il n'y a pas yeouch. "Une même chose" veut dire le même din, pas seulement l'absence de berera. La difficulté de Houlin 124b : ailleurs "une même chose" ne couvre que le maga, pas le massa. Réponses : l'accord sur le contact suffit ; ou bien Rabbi Dossa rejoint Rabbi Yishmael, le merudad d'un côté, le dispersé de l'autre, selon le principe d'Oula.

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צְנוּעִין אִית לְהוּ דְּרַבִּי דּוֹסָא – וּמַה בְּגַנָּב עֲבַדוּ רַבָּנַן תַּקַּנְתָּא, עֲנִיִּים צְרִיכָא לְמֵימַר? רַבִּי דּוֹסָא לֵית לֵיהּ דִּצְנוּעִין – עֲנִיִּים הוּא דַּעֲבַדוּ לְהוּ רַבָּנַן תַּקַּנְתָּא, אֲבָל גַּנָּב לָא עֲבַדוּ לַיהּ רַבָּנָן תַּקַּנְתָּא.

Les tzenuim tiennent l'avis de Rabbi Dossa : si pour un ganav les Sages ont fait une takana, pour des pauvres faut-il le dire ? Rabbi Dossa ne tient pas l'avis des tzenuim : c'est pour des pauvres que les Sages ont fait une takana, mais pour un ganav les Sages ne lui ont pas fait de takana.

💡 Explication

Sens unique. Une takana pour le ganav, afin qu'il ne mange pas le revai sans hilloul, entraîne la takana pour les pauvres du leket. L'inverse ne suit pas : Rabbi Dossa limite l'ordonnance aux pauvres.

🖼️ Schéma
Takana : le sens unique d'Abaye Tzenuim suivent Rabbi Dossa Takana pour un ganav, afin qu'il ne mange pas le revai. Pauvres : à plus forte raison. Rabbi Dossa ne les suit pas Takana pour les pauvres qui ont pris hors du leket. Pas de takana pour le ganav. Cette lecture suppose une ordonnance. Rabbi Yo'hanan la ferme : les deux ont dit une même chose, donc le même din.
Les tzenuim étendent la takana du ganav aux pauvres. Rabbi Dossa s'arrête aux pauvres.
13
אָמַר רָבָא, אִי לָאו דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: צְנוּעִין וְרַבִּי דּוֹסָא אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד, הֲוָה אֲמִינָא: מַאן תְּנָא צְנוּעִין – רַבִּי מֵאִיר הִיא;

Rava a dit : si Rabbi Yo'hanan n'avait pas dit que les tzenuim et Rabbi Dossa ont dit une même chose, j'aurais dit : quel est le tanna des tzenuim ? C'est Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
מַאן תְּנָא צְנוּעִין רַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר בְּקִדּוּשִׁין מַעֲשֵׂר מָמוֹן גָּבוֹהַּ הוּא דְּכָל הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ לְמַעֲשֵׂר לָאו דִּידֵיהּ הוּא אֶלָּא דְּגָבוֹהַּ הוּא וּלְעִנְיַן פְּדִיָּיה אוֹקְמֵיהּ בִּרְשׁוּתוֹ דְּמִחַייַּב לֵיהּ חוּמְשָׁא וְאִי לָאו דִּידֵיהּ הוּא לֹא הֲוָה יָהֵיב חֹומֶשׁ שֶׁאֵין מוֹסִיף חֹומֶשׁ אֶלָּא בְּעָלִים דִּכְתִיב מִמַּעַשְׂרוֹ:
Il dit dans Kidouchin que le maasser est un mamon gavoha : partout où se trouve le maasser, il n'est pas à lui, il est au Ciel. Pour le rachat, Il l'a établi dans sa reshut, puisqu'Il lui impose le cinquième. S'il n'était pas à lui, il ne donnerait pas le cinquième, car seul le propriétaire ajoute le cinquième, comme il est écrit "de son maasser".
💡 Explication

Rava aurait donné aux tzenuim le tanna Rabbi Meir. Chez lui, le maasser est mamon gavoha, bien du Ciel, et le rachat reste pourtant dans la reshut de celui qui prélève, puisque lui seul ajoute le cinquième.

14
לָאו אָמַר רַבִּי מֵאִיר: מַעֲשֵׂר מָמוֹן גָּבוֹהַּ הוּא, וַאֲפִילּוּ הָכִי לְעִנְיַן פְּדִיָּיה אוֹקְמֵיהּ רַחֲמָנָא בִּרְשׁוּתֵיהּ? דִּכְתִיב: ״וְאִם גָּאֹל יִגְאַל אִישׁ מִמַּעַשְׂרוֹ, חַמְשָׁתוֹ יָסַף עָלָיו״ –

Rabbi Meir ne dit-il pas : le maasser est un mamon gavoha, et même ainsi, pour le rachat, le Rahmana l'a établi dans sa reshut ? Car il est écrit : "Et si un homme rachète de son maasser, il y ajoutera son cinquième."

💡 Explication

Vayikra 27, 31. Le maasser est au Ciel, et le verset l'appelle pourtant "son maasser" au moment du pidyon. L'ajout du cinquième marque que le Rahmana le traite, pour le rachat, comme étant dans sa reshut.

15
קַרְייֵהּ רַחֲמָנָא ״מַעַשְׂרוֹ״, וּמוֹסִיף חֹומֶשׁ.

Le Rahmana l'a appelé "son maasser", et il ajoute le cinquième.

🗂️ Tossefot (1)
קַרְייֵהּ רַחֲמָנָא מַעַשְׂרוֹ וּמוֹסִיף חֹומֶשׁ תֵּימַהּ לר"י דִּבְלֹא חֹומֶשׁ יָכוֹל לְדַקְדֵּק דְּאוֹקְמֵיהּ רַחֲמָנָא בִּרְשׁוּתֵיהּ מִכֵּיוָן שֶׁיָּכוֹל לִפְדּוֹתוֹ וְאֵין שׁוּם אָדָם יָכוֹל לְעַכֵּב עָלָיו אֲבָל אַחֵר אֵין יָכוֹל לִפְדּוֹת בע"כ וְי"ל דְּהָא מַה שֶׁהוּא יָכוֹל לִפְדּוֹתוֹ וְלֹא אַחֵר הַייְנוּ לְפִי שֶׁהוּא בְּיָדוֹ אֲבָל כְּשֶׁהוּא בְּיַד אֲחֵרִים כְּמוֹ כֶּרֶם רְבָעִי דִּלְעֵיל אָז לֹא יוּכַל לִפְדּוֹתוֹ אֲבָל הַשְׁתָּא דְּאַשְׁכְּחַן שֶׁיִּהְיֶה חָשׁוּב כ"כ שֶׁלּוֹ שֶׁמּוֹסִיף חֹומֶשׁ וְאַחֵר אֲפִילּוּ כְּשֶׁפּוֹדֶה מִדַּעְתּוֹ אֵין מוֹסִיף חֹומֶשׁ ש"מ דִּלְגַמְרֵי אוֹקְמֵיהּ רַחֲמָנָא בִּרְשׁוּתֵיהּ וַאֲפִילּוּ. הוּא בִּרְשׁוּת אֲחֵרִים:
Le Ri s'étonne : même sans le cinquième, on peut serrer le raisonnement, à savoir que le Rahmana l'a établi dans sa reshut, puisqu'il peut le racheter et que personne ne peut l'en empêcher, alors qu'un autre ne peut pas le racheter contre son gré. On peut répondre : ce qu'il peut le racheter, et non un autre, tient à ce que le maasser est dans sa main. Quand il est dans la main d'autrui, comme le kerem revai plus haut, alors il ne pourrait pas le racheter. Mais maintenant que l'on trouve qu'il compte à ce point comme sien, au point qu'il ajoute le cinquième, et qu'un autre, même quand il rachète de son plein gré, n'ajoute pas le cinquième, on apprend que le Rahmana l'a entièrement établi dans sa reshut, même lorsqu'il est dans la reshut d'autrui.
💡 Explication

Deux marques ensemble : le nom "son maasser", et le homesh. Tossefot : le seul droit de racheter, que nul ne peut bloquer, montrerait déjà une reshut, mais ce droit tiendrait seulement à ce que le maasser est dans sa main. Le cinquième va plus loin. Un autre, même volontaire, ne l'ajoute pas. Le verset le tient donc pour maître du rachat même quand le bien est chez autrui.

16
כֶּרֶם רְבָעִי נָמֵי – גָּמַר ״קֹדֶשׁ״ ״קֹדֶשׁ״ מִמַּעֲשֵׂר, כְּתִיב הָכָא: ״קֹדֶשׁ הִלּוּלִים״, וּכְתִיב גַּבֵּי מַעֲשֵׂר: ״וְכָל מַעְשַׂר הָאָרֶץ מִזֶּרַע הָאָרֶץ מִפְּרִי הָעֵץ לַה׳ הוּא קֹדֶשׁ״;

Le kerem revai aussi, on l'apprend par "kodech", "kodech", depuis le maasser. Il est écrit ici : "kodech hilulim".

Et il est écrit au sujet du maasser : "Et toute dîme de la terre, de la semence de la terre, du fruit de l'arbre, elle est à Hachem, elle est kodech."

📜 Rachi (1)
הָכָא נָמֵי בְּכֶרֶם רְבָעִי אע"ג דְּלָאו דִּידֵיהּ הוּא קֹדֶשׁ קֹדֶשׁ מִמַּעֲשֵׂר יָלֵיף אֲבָל לֶקֶט וְהֶקְדֵּשׁ בְּעָלְמָא לֹא אֲבָל הַשְׁתָּא דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן צְנוּעִין וְרַבִּי דּוֹסָא אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד ש"מ טַעְמַיְיהוּ מִשּׁוּם דְּלָא בָּעֵי בִּרְשׁוּתוֹ וַאֲפִילּוּ בְּמִילְּתָא דְּעָלְמָא דְּכָל כַּמָּה דְּלָא אִייַּאוּשׁ יָכוֹל לְהַפְקִיר וּלְהַקְדִּישׁ וּלְחַלֵּל:
Même si ce n'est pas à lui, on l'apprend par kodech, kodech, depuis le maasser. Le leket et un hekdesh ordinaire, non. Mais maintenant que Rabbi Yo'hanan a dit que les tzenuim et Rabbi Dossa ont dit une même chose, on apprend que leur raison est qu'il n'exige pas que ce soit dans sa reshut, même dans une affaire ordinaire : tant qu'il n'y a pas eu yeouch, il peut déclarer hefker, consacrer et désacraliser.
🗂️ Tossefot (1)
קֹדֶשׁ קֹדֶשׁ יָלֵיף מִמַּעֲשֵׂר תֵּימַהּ דל"ל לְמִידְרַשׁ בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת ד' לָהּ. וְשָׁם ד"ה אַחָלְיָהּ) מִדִּכְתִיב קֹדֶשׁ הִלּוּלִים אַחָלְיָהּ וַהֲדַר אַכְלֵיהּ פֵּירוּשׁ כֶּרֶם רְבָעִי טָעוּן חִילּוּל תִּיפּוֹק לֵיהּ מְקַדֵּשׁ קֹדֶשׁ דְּמַעֲשֵׂר וְי"ל דְּאִי לָאו דְּאַשְׁכְּחַן בֵּיהּ פִּדְיוֹן הֲוָה יָלְפִינַן קֹדֶשׁ קֹדֶשׁ מִשְּׁבִיעִית שֶׁאֵין לוֹ פִּדְיוֹן כְּלָל וְאֵין לְהַקְשׁוֹת כְּלָל לָמָּה לִי קֹדֶשׁ תִּיפּוֹק לֵיהּ מֵהִלּוּלִים דִּגְזֵירָה שָׁוָה דְּקֹדֶשׁ אִצְטְרִיךְ לְמֵימַר דְּיֵשׁ לוֹ חֹומֶשׁ כִּדְאָמַר בפ"ב דְּקִדּוּשִׁין (ד' נד: וְשָׁם ד"ה גָּמַר) וְרַבֵּינוּ חַיִּים תֵּירֵץ דְּאִי לָאו הִלּוּלִים מִגְּזֵירָה שָׁוָה לָא הֲוָה יָדְעִינַן שֶׁצָּרִיךְ חִילּוּל בִּשְׁבִיעִית שֶׁאֵין מַעֲשֵׂר שֵׁנִי נוֹהֵג בִּשְׁבִיעִית וְהֵבִיא רְאָיָה מִיְּרוּשַׁלְמִי דְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי פ"ה דְּקָאָמַר מַה דְּאַתְּ אֲמַרְתְּ אֵין מַעֲשֵׂר שֵׁנִי נוֹהֵג בִּשְׁבִיעִית דִּכְוָותֵיהּ אֵין נֶטַע רְבָעִי בִּשְׁבִיעִית וְכוּ' וְדִייֵּק הָתָם שֶׁגַּם שְׁלִישִׁית וְשִׁשִּׁית שֶׁאֵין בָּהֶם מַעֲשֵׂר שֵׁנִי לֹא יִהְיֶה בָּהֶן נֶטַע רְבָעִי אָמַר רַבִּי יוֹסֵי שְׁלִישִׁית וְשִׁשִּׁית יֵשׁ בָּהֶם מַעַשְׂרוֹת וּשְׁבִיעִית אֵין בָּהּ מַעֲשֵׂר כָּל עִיקָּר:
Étonnement : pourquoi aller dériver, au chapitre Keitzad mevarkhin (Berakhot 35a, et là-bas, dibour ahaleih), de ce qui est écrit "kodech hilulim", qu'on le désacralise puis qu'on le mange, c'est-à-dire que le kerem revai exige un hilloul ? Qu'on le tire de kodech, kodech, du maasser. On peut répondre : si l'on n'avait pas trouvé en lui de rachat, on aurait appris kodech, kodech, depuis la sheviit, qui n'a aucun rachat. Et il n'y a pas lieu d'objecter : pourquoi ai-je besoin de kodech, qu'on le tire de hilulim. La gezera shava de kodech est nécessaire pour dire qu'il a un cinquième, comme on le dit au chapitre 2 de Kidouchin (54b, et là-bas, dibour gamar). Rabbeinou Haim a répondu : sans hilulim, par la gezera shava on n'aurait pas su qu'un hilloul est requis la septième année, car le maasser sheni ne s'applique pas la septième année. Il en a apporté une preuve du Yerouchalmi de Maasser Sheni, chapitre 5, qui dit : ce que tu dis, que le maasser sheni ne s'applique pas la septième année, de même le neta revai ne s'applique pas la septième année, etc. Et l'on y serre le texte : la troisième et la sixième aussi, où il n'y a pas de maasser sheni, n'auraient pas de neta revai. Rabbi Yossi dit : la troisième et la sixième ont des maasserot, et la septième n'a aucune dîme du tout.
💡 Explication

Gezera shava sur le mot kodech. Vayikra 19, 24 pour le revai, "kodech hilulim". Vayikra 27, 30 pour le maasser. Le statut du rachat passe de l'un à l'autre.

Rachi limite d'abord la conséquence au kerem revai. Le leket et un hekdesh ordinaire restent hors de ce verset. La phrase de Rabbi Yo'hanan élargit : tant qu'il n'y a pas yeouch, hefker, hekdesh et hilloul restent possibles.

Tossefot : Berakhot apprend le hilloul de "hilulim" lui-même. Réponse : sans un rachat déjà connu, le kodech aurait été appris de la sheviit, qui ne se rachète pas. Le mot kodech sert au cinquième. Rabbeinou Haim : sans hilulim, la gezera shava ne dirait pas le hilloul d'une année sans maasser sheni. Le Yerouchalmi aligne neta revai et maasser sheni pour la sheviit. Rabbi Yossi distingue : les années 3 et 6 ont d'autres dîmes ; la septième n'en a aucune.

🖼️ Schéma
Gezera shava kodech - kodech Maasser sheni Bien dû Ciel. Pour le rachat, il est dans sa reshut. Il ajoute le cinquième. Kerem revai kodech hilulim appris du maasser. Pour le hilloul, même hors de son bien. Leket C'est son bien. Hefker seulement tant qu'il est dans sa reshut. Rava : les tzenuim du revai n'engagent pas Rabbi Dossa pour le leket. Rabbi Yo'hanan refuse cette coupure : les deux ont dit une même chose.
Le maasser donne au kerem revai son hilloul par kodech-kodech. Le leket, bien dû maître, ne s'abandonne que dans sa reshut.
17
מַה ״קֹדֶשׁ״ דִּכְתִיב גַּבֵּי מַעֲשֵׂר – אַף עַל גַּב דְּמָמוֹן גָּבוֹהַּ הוּא, לְעִנְיַן פְּדִיָּיה אוֹקְמֵיהּ רַחֲמָנָא בִּרְשׁוּתֵיהּ; אַף הַאי ״קֹדֶשׁ״ נָמֵי דִּכְתִיב גַּבֵּי כֶּרֶם רְבָעִי – אַף עַל גַּב דְּלָאו מָמוֹן דִּידֵיהּ הוּא, לְעִנְיַן אַחוֹלֵי אוֹקְמֵיהּ רַחֲמָנָא בִּרְשׁוּתֵיהּ;

De même que le "kodech" écrit au sujet du maasser : bien que ce soit un mamon gavoha, pour le rachat le Rahmana l'a établi dans sa reshut. De même ce "kodech" écrit au sujet du kerem revai : bien que ce ne soit pas son bien, pour le hilloul le Rahmana l'a établi dans sa reshut.

💡 Explication

Le transfert est précis. Côté maasser : bien dû Ciel, et pidyon dans sa reshut. Côté kerem revai : le fruit n'est pas son bien, et le hilloul est pourtant dans sa reshut.

18
דְּהָא כִּי אִיתֵיהּ בִּרְשׁוּתֵיהּ נָמֵי – הָא לָאו דִּידֵיהּ הוּא, וְהָא מָצֵי מָחֵיל; מִשּׁוּם הָכִי מָצֵי מַחֵיל.

Car même lorsqu'il est dans sa reshut, il n'est pas à lui, et il peut le désacraliser. C'est pour cela qu'il peut le désacraliser.

💡 Explication

Le hilloul du revai a déjà lieu sur un fruit qui n'est pas à lui, même quand il est encore dans sa main. La sortie de la main, chez le ganav, ne change donc pas la donne dans cette hava amina de Rava. Le segment suivant oppose le leket, qui est son bien.

19
אֲבָל גַּבֵּי לֶקֶט – כֵּיוָן דְּמָמוֹנָא דִּידֵיהּ, כִּי אִיתֵיהּ בִּרְשׁוּתֵיהּ הוּא דְּמָצֵי מַפְקַר לֵיהּ, כִּי לֵיתֵיהּ בִּרְשׁוּתֵיהּ לָא מָצֵי מַפְקַר לֵיהּ.

Mais pour le leket : puisqu'il est son bien, c'est lorsqu'il est dans sa reshut qu'il peut le déclarer hefker ; lorsqu'il n'est plus dans sa reshut, il ne peut pas le déclarer hefker.

🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל לֶקֶט דְּמָמוֹן דִּידֵיהּ הוּא לֹא הֲוָה צְרִיךְ לְמֵימַר אֶלָּא דְּגַבֵּי לֶקֶט לֵיכָּא קְרָא אֶלָּא לְרַוְוחָא דְּמִילְּתֵיהּ נַקְטֵיהּ דְּאַפֵּי' אִיכָּא קְרָא לָא דָּמֵי אַהֲדָדֵי:
Il n'avait à dire que ceci : pour le leket, il n'y a pas de verset. Il a parlé de son bien seulement pour élargir : même s'il y avait un verset, les cas ne se ressemblent pas.
💡 Explication

Le leket pris en trop reste le bien du maître. Le hefker demande alors que les gerbes soient encore dans sa reshut. Les tzenuim du revai n'entraîneraient pas Rabbi Dossa.

Tossefot : il aurait suffi de dire qu'aucun verset ne parle du leket. Ajouter "c'est son bien" élargit : même un verset ne rendrait pas les deux cas semblables.

20
אָמַר רָבִינָא: אִי לָאו דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן צְנוּעִין וְרַבִּי דּוֹסָא אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד, הֲוָה אֲמִינָא: מַאן תְּנָא צְנוּעִין – רַבִּי דּוֹסָא הִיא, כִּי הֵיכִי דְּלָא תִּקְשֵׁי סְתַם מִשְׁנָה לְרַבִּי יוֹחָנָן. וְרַבִּי יוֹחָנָן –

Ravina a dit : si Rabbi Yo'hanan n'avait pas dit que les tzenuim et Rabbi Dossa ont dit une même chose, j'aurais dit : quel est le tanna des tzenuim ? C'est Rabbi Dossa, afin qu'une michna anonyme ne fasse pas difficulté à Rabbi Yo'hanan.

Et Rabbi Yo'hanan...

💡 Explication

Ravina aurait fait de Rabbi Dossa le tanna des tzenuim. L'anonyme serait alors un avis nommé, et il ne pèserait plus sur Rabbi Yo'hanan comme michna anonyme. La phrase s'interrompt sur le nom de Rabbi Yo'hanan : la suite est à l'amoud suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).