Sougya : L'amoud achève la mahloket des Rabbins et de Rabbi Yossi sur le tokh kedei dibbour, le délai d'une parole. Les Rabbins le séparent du témoignage déjà dit.
Rabbi Yossi, pour le délai court, en fait une seule parole. La Guemara lève la tension avec la michna de la temoura en distinguant deux mesures : la salutation de l'élève au maître, et celle du maître à l'élève.
Rava ouvre ensuite une autre sougya. Des témoins contredits, puis rendus zomemim, restent passibles : la hakhchacha est le début de la hazama, elle ne l'a pas achevée.
Il le prouve par la baraita de l'œil et de la dent de l'esclave, en trois paires. Abaye refuse la preuve : la seconde paire inverse l'ordre et prononce la hazama ensemble.
L'amoud s'arrête sur son " d'où ? ".
ne vaut pas une parole. Et Rabbi Yossi tient : dans le délai d'une parole (tokh kedei dibbour), cela vaut une parole.
La phrase commence à la fin de 73a. Les Rabbins et Rabbi Yossi divergent sur le tokh kedei dibbour, le délai d'une courte parole, entre le témoignage du vol et celui de la teviha (abattage ou vente).
Rachi : pour les Rabbins, ce sont deux edout. Le psoul de la hazama part de la seconde parole. Le vol reste. Pour Rabbi Yossi, les deux paroles n'en font qu'une : ils étaient déjà passoulim dès cette heure, et le vol tombe avec l'abattage.
Et Rabbi Yossi pense-t-il que dans le délai d'une parole, cela vaut une parole ? Or nous avons appris : " Voici, celle-ci est temoura d'une ola, temoura d'un chelamim " : celle-ci est temoura d'une ola, paroles de Rabbi Meir.
Objection depuis la michna de Temoura (25b). Deux formules de suite sur la même bête : temoura d'une ola (holocauste), puis temoura d'un chelamim (sacrifice de paix). Rabbi Meir ne retient que la première, par tafos lachon richon.
Rachi fixe le texte sans le vav : " temoura d'un chelamim ", non " et temoura ". Tossefot rapporte le débat d'Abaye et de Rava à Zevahim et à Temoura. Abaye : Rabbi Meir ne sépare les deux formules que parce que l'homme aurait pu dire les deux saintetés d'un seul souffle. Rava : la règle reste " si les deux peuvent prendre effet, elles prennent effet ; sinon, la première ".
Rabbi Yossi dit : s'il a visé cela dès le début, puisqu'il est impossible de prononcer deux noms à la fois, ses paroles tiennent. Et s'il a dit " temoura d'une ola ", s'est ravisé et a dit " temoura d'un chelamim ", celle-ci est temoura d'une ola.
Rabbi Yossi distingue deux cas. S'il a visé les deux kedouchot dès le début, l'impossibilité de dire deux noms ensemble fait tenir les deux paroles. Rachi : la bête paît jusqu'au moum (défaut), on la vend, et l'on apporte une ola et un chelamim, chacun pour la moitié du prix.
S'il s'est ravisé (nimlakh) après avoir dit l'ola, seule l'ola reste. C'est de là que la Guemara va tirer une difficulté.
Et nous avons examiné cela : s'il s'est ravisé, c'est évident !
La seconde branche de Rabbi Yossi semble trop claire pour être enseignée. Une temoura d'ola déjà dite ne s'efface pas parce qu'il ajoute ensuite un chelamim.
Et Rav Papa a dit : nous parlons de celui qui s'est ravisé dans le délai d'une parole.
Rav Papa resserre le cas. Le ravisement a lieu dans le tokh kedei dibbour. Rabbi Yossi, dans cette michna, laisse ce délai hors de la parole déjà dite. Cela heurte l'explication des témoins, où Rabbi Yossi tient l'inverse.
Tossefot : même dans cette lecture, dire " aujourd'hui l'un, demain l'autre " reste des devarim che-balev, des paroles du cœur, sans effet. Le délai ne sert ici qu'à expliquer une parole déjà engagée.
On dit : il y a deux " dans le délai d'une parole ". L'un, le temps de la salutation de l'élève au maître ; l'autre, le temps de la salutation du maître à l'élève.
Là où Rabbi Yossi ne l'a pas, c'est le temps de la salutation de l'élève au maître : " Paix sur toi, mon maître et mon enseignant ", qui est long. Le temps de la salutation du maître à l'élève : " Paix sur toi ", il l'a.
Réponse qui débloque les deux endroits. Il y a deux tokh kedei dibbour. Le long : le temps de dire " Paix sur toi, mon maître et mon enseignant ". Le court : " Paix sur toi ".
Rabbi Yossi refuse le long délai et tient le court. La michna de la temoura parle du long : un ravisement dans ce temps reste une seconde parole. Les témoins du vol, dans l'explication de 73a, visent le court : Rabbi Yossi en fait une seule edout.
Tossefot tranche la halakha avec le long délai, comme Rech Lakich et Rav Aha, sauf quatre actes qu'on ne retire pas : megadef, avoda zara, kiddouchin, guett. Rabbeinou Tam : on doit répondre à une salutation, les Sages n'en ont donc pas fait une interruption.
Rava a dit : des témoins qui ont été contredits, puis finalement rendus zomemim, sont mis à mort. Car la contradiction (hakhchacha) est le début de la hazama, seulement elle n'a pas été achevée.
Nouvelle sougya. Rava : des témoins de peine capitale d'abord houkhachou (contredits sur le fait), puis houzmou (rendus zomemim par " vous étiez avec nous "), sont mis à mort.
La hakhchacha est le début de la hazama, sans l'achever. Le témoignage déjà tombé par la contradiction peut encore recevoir la hazama. Rachi pose une condition : le gmar din a été prononcé sur leur bouche avant la contradiction. Sans gmar din, les zomemim ne sont pas mis à mort.
Rava a dit : d'où le dis-je ? Car on enseigne : " Je témoigne au sujet d'un tel qu'il a crevé l'œil de son esclave et fait tomber sa dent ", puisque le maître dit ainsi ; et ils ont été trouvés zomemim : ils paient la valeur de l'œil à l'esclave.
Preuve de Rava, une baraita (Tossefta, Makkot 1:3). L'ordre dit par les témoins : d'abord l'œil, qui affranchit l'esclave kenaani, puis la dent. Rachi : une fois libre, la dent se paie, et le maître ne doit que la valeur de la dent.
La baraita ajoute qu'ils conviennent au maître, et que, rendus zomemim, ils paient à l'esclave la valeur de l'œil. Les segments suivants montrent pourquoi cette lecture simple ne tient pas.
Quel est le cas ? Si tu dis : comme on l'enseigne, qu'il n'y a pas d'autre paire, ils paient la valeur de l'œil à l'esclave ?!
Après l'avoir fait sortir à la liberté, c'est la valeur de son œil qu'ils cherchent à payer ?
Première difficulté, s'il n'y a que cette paire et celle qui la rend zomemim. Leur témoignage affranchit l'esclave par l'œil, puis ne crée qu'une dette de dent. Leur faire payer la valeur de l'œil à l'esclave, après cet affranchissement, ne correspond pas à ce qu'ils ont cherché à faire.
Et encore : c'est la valeur de l'esclave tout entier qu'ils doivent payer au maître ! Et encore : " puisque le maître dit ainsi ", cela convient-il au maître ?
Deuxième difficulté : le complot visait à retirer son esclave au maître. Au titre de ka'acher zamam (" comme il a projeté "), ils devraient la valeur de l'esclave entier au maître.
Troisième : la baraita dit que le maître est d'accord avec ce témoignage. Perdre son esclave ne lui convient pas. Il faut donc un autre cas.
Plutôt, n'est-ce pas un cas où deux sont venus et ont dit : " il a fait tomber sa dent, il a crevé son œil ", le maître devant lui donner la valeur de son œil ; et deux intermédiaires sont venus et ont dit : " son œil, puis sa dent ", si bien qu'il ne doit lui donner que la valeur de sa dent, les premiers contredisant les intermédiaires.
Lecture de Rava : trois temps, dont le premier manque dans la baraita. Les premiers disent dent puis œil : la dent affranchit, l'œil se paie ensuite au prix d'un homme libre. Les intermédiaires disent œil puis dent : l'œil affranchit, et il ne reste que la valeur de la dent.
Les premiers contredisent les intermédiaires. C'est déjà une hakhchacha. La hazama viendra après, et elle fera encore payer. C'est la preuve que la contradiction est le début de la hazama.
Et c'est cela, " puisque le maître dit ainsi " : ce qu'ils disent lui convient.
Le membre de la baraita s'éclaire. Le maître préfère les intermédiaires : ils ramènent sa dette de la valeur de l'œil à la valeur de la dent. Leur témoignage lui convient.
Et l'on enseigne : " et ils ont été trouvés zomemim ", les intermédiaires, " ils paient la valeur de l'œil à l'esclave ".
La suite de la baraita vise les intermédiaires, pas une paire isolée. Une paire ultérieure les a rendus zomemim. Ils paient à l'esclave la valeur de l'œil : c'est le paiement que leur témoignage lui retirait, au profit de la seule dent.
Apprends-en : la contradiction est le début de la hazama !
Conclusion de Rava. Les intermédiaires étaient déjà contredits, leur edout était tombée, et la hazama les atteint encore. Rachi : si la hakhchacha mettait fin à tout, le din de la hazama n'aurait plus de place après l'annulation du témoignage.
Abaye a dit : non,
Abaye refuse d'en tirer la règle de Rava. Rachi lit son " non " ainsi : il n'y a pas de première paire qui aurait déjà contredit. La seconde paire fait les deux à la fois, afkhinu ve-azminhu : elle inverse l'ordre des faits et elle dit " vous étiez avec nous ".
De toute façon l'esclave sort libre, et les zomemim paient l'œil qu'ils voulaient lui retirer. Le maître, lui, s'y retrouve : sortie par l'œil, et paiement d'une dent. La difficulté du prix de l'esclave entier reste pour plus loin : on posera le cas où il a déjà comparu en jugement.
Tossefot : le Ri tient d'abord que tout ce développement suit une lecture provisoire, la déduction prise sur le début de la baraita. Selon la conclusion, Abaye n'a pas dit cela. Le Kountress, lui, laisse Abaye sur deux paires, comme la fin.
qu'ils les ont inversés et qu'ils les ont rendus zomemim.
Suite immédiate du " non " d'Abaye. Afkhinu : la seconde paire renverse l'ordre, dent et œil. Azminhu : dans le même témoignage, elle les rend zomemim. Il n'y a pas eu une contradiction d'abord, puis une hazama ensuite. La baraita ne prouve donc pas la règle de Rava.
D'où ?
Abaye ouvre la preuve de sa lecture. Le mot reste suspendu : la suite est à l'amoud suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).