Sougya : L'amoud répond au " d'où ? " d'Abaye, à la fin de 73b.
Abaye lit la fin de la baraita, puis le début, sur deux paires : la seconde inverse l'ordre de l'œil et de la dent, et prononce la hazama dans le même témoignage. La Guemara serre le cas.
Si les derniers nient toute blessure, s'ils reculent la date, ou si le maître n'a pas encore comparu, les zomemim devraient la valeur de l'esclave entier. On pose donc une blessure reconnue, une date avancée, et un jugement déjà rendu.
Rav Aha, fils de Rav Ika, refuse de tirer la règle de Rava du début : les intermédiaires n'y sont pas contredits, deux cents comprenant une mine. Rav Ashi répond : Rava déduit de la fin, lue elle aussi en trois paires.
Les premiers, déjà contredits, paient encore. La contradiction (hakhchacha) est le début de la hazama.
Abaye maintient la fin sur deux paires : un esclave accueille tout témoignage qui le fait sortir. Rabbi Zeira ouvre une attaque que 74b achève.
Du fait que la fin porte sur l'inversion et la hazama, le début aussi porte sur l'inversion et la hazama.
Réponse au " d'où ? " d'Abaye, laissé en suspens à la fin de 73b. Il aligne le début de la baraita sur la fin : deux paires, mifakh ve-hazama, inversion de l'ordre et hazama dans le même témoignage.
Rachi note la gêne. Le début, avec " puisque le maître dit ainsi ", appelait trois paires : une première, pire pour le maître, puis celle de la baraita. Abaye la fait pourtant suivre la fin, parce que la fin, elle, ne tient qu'en deux paires.
Car on enseigne dans la fin : " Nous témoignons au sujet d'un tel qu'il a fait tomber la dent de son esclave et qu'il a crevé son œil ", puisque l'esclave dit ainsi ; et ils ont été trouvés zomemim : ils paient la valeur de l'œil au maître.
Texte de la seifa. Ordre dit : d'abord la dent, qui affranchit l'esclave kenaani, puis l'œil, payé ensuite au prix d'un homme libre. Rachi : l'esclave y gagne la liberté et la valeur de l'œil.
Rendus zomemim, ces témoins paient cette valeur de l'œil au maître. Au début de la baraita, le paiement allait à l'esclave. Ici il change de destinataire.
Quel est le cas ? Si les derniers ne leur reconnaissent aucune blessure, c'est la valeur de l'esclave entier qu'ils doivent payer au maître !
Première branche écartée. Si la paire de la hazama dit seulement " vous étiez avec nous ", sans admettre la blessure, le complot visait à retirer l'esclave au maître. Au titre de ka'acher zamam, ils devraient la valeur de l'esclave entier.
La baraita ne parle que de la valeur de l'œil. Cette branche tombe.
Plutôt, c'est évident : tous reconnaissent la blessure,
Les deux paires admettent que le maître a frappé. Le débat porte sur l'ordre, et sur la hazama.
et qu'ils les ont inversés, et qu'ils les ont rendus zomemim.
Le segment hébreu porte une leçon entre parenthèses, vedeka afkhinan, et entre crochets la leçon retenue, ve-dafkhinu. Rachi commente la leçon retenue : les derniers inversent et rendent zomemim.
L'inversion sert le maître : il échappe à la valeur de l'œil et ne garde que la dent. L'esclave sort quand même. Rachi bloque ici la lecture de Rava en trois paires. Si une paire antérieure avait déjà dit l'ordre inverse, le gmar din ne se ferait pas sur la bouche de ceux qui parlent de l'œil. Sans jugement achevé sur leur bouche, la hazama ne les atteint pas. La fin se lit donc, d'abord, en deux paires.
Et quel est le cas ? Si ces derniers reculent la date, ils doivent encore payer la valeur de l'esclave au maître.
Me'aharei ahorei : les derniers placent le fait plus tard que la date dite par les premiers. Au moment où les premiers voulaient obliger le maître, le coup n'avait pas encore eu lieu. Il n'était pas bar hiyuva, un homme déjà passible.
Leur complot visait alors l'esclave entier. La baraita, qui ne parle que de l'œil, écarte cette date reculée. Rachi étend la question au début et à la fin, puisque Abaye pose les deux sur le même modèle.
Car lorsqu'ils rendent l'homme tenu, l'homme n'est pas encore passible ! Plutôt, ces derniers avancent la date.
Makdemi kadomei : les derniers placent le coup avant la venue des premiers témoins. Au moment du témoignage, le maître était déjà dans le fait. Reste à savoir s'il avait déjà comparu.
Et s'il n'a pas comparu en jugement, ils doivent encore lui payer la valeur de l'esclave entier, car l'homme n'est pas encore tenu !
Sans comparution, le maître n'est pas encore bar hiyuva. Rachi : la liberté pour dent ou œil est un kenas. Celui qui avoue une amende en est exempt. Le maître pouvait encore avouer et sortir quitte. Les témoins qui voulaient le rendre tenu visaient donc l'esclave entier.
Tossefot sépare ce motif de l'aveu. Même pour Chmouel, qui rend tenu celui qui a avoué dès lors que des témoins viennent ensuite, tant qu'il n'a pas comparu on ne le compte pas passible pour une amende. Il renvoie à Bava Kamma 33a, sougya du bœuf houhlat.
Plutôt, il a comparu en jugement.
Cas retenu par Rachi pour la lecture d'Abaye. Un premier tribunal, sur d'autres témoins, a déjà fait sortir l'esclave. Le maître s'est enfui en le gardant. L'aveu d'une amende ne le délie plus.
L'esclave revient réclamer la valeur de l'œil. La paire de la baraita, puis la paire qui inverse et rend zomemim, ne portent plus sur la liberté, déjà acquise. Elles portent sur la somme. Début : elles voulaient retirer l'œil à l'esclave, elles le lui paient. Fin : elles voulaient le mettre à la charge du maître, elles le paient au maître.
Rav Aha, fils de Rav Ika, dit à Rav Ashi : la déduction de Rava, d'où vient-elle ? Si tu dis : du début, le début, les intermédiaires y sont-ils contredits ?
Rav Aha, fils de Rav Ika, cherche le point d'appui de Rava. Le début, en trois paires, ne lui donne pas le cas qu'il vise. Les intermédiaires disent la somme petite, la dent. Si on ne les rendait pas zomemim, on trancherait selon eux.
Rachi marque l'écart avec deux qui disent " il a tué " et deux qui disent " il n'a pas tué ". Là, la contradiction annule l'edout, et l'on peut soutenir qu'une hazama ultérieure n'a plus de prise. Le début de la baraita ne force pas cette règle.
Puisque, s'ils ne sont pas rendus zomemim, le témoignage tient selon eux, car nous tranchons le droit selon eux : deux cents comprennent une mine ;
Yech bi-khlal matayim mane : la somme petite est comprise dans la grande. Dent et œil sont admis des deux côtés. Le surplus, la valeur de l'œil plutôt que celle de la dent, est la seule part en débat. On suit les intermédiaires pour le tout de ce qu'ils disent.
c'est pourquoi ce sont les premiers qui sont contredits ; les intermédiaires ne sont contredits en rien !
La hakhchacha frappe les premiers, qui demandaient l'œil. Les intermédiaires, ceux que la baraita rend ensuite zomemim dans la lecture de Rava, restent hors de la contradiction. Leur hazama ne prouve donc pas qu'un témoin déjà contredit reste passible.
Il lui dit : Rava pense que, du fait que le début porte sur trois paires, la fin aussi porte sur trois ; et il déduit de la fin.
Rav Ashi déplace la déduction. Rava étend à la fin le nombre de paires du début, puis il prend sa preuve dans la fin, pas dans le début que Rav Aha vient de bloquer.
Rachi explique pourquoi, dans la fin, la paire supplémentaire ne peut pas venir avant les témoins de la baraita. Le gmar din de la valeur de l'œil doit se faire sur leur bouche. Ils sont donc les premiers. La paire suivante les contredit. Une troisième les rend zomemim.
Par exemple, deux sont venus et ont dit : " il a fait tomber sa dent et crevé son œil ", et nous avons tranché le droit sur leur bouche ;
Première paire de la fin, dans la lecture de Rava. Dent puis œil. Le tribunal achève le jugement sur leur bouche : liberté, et valeur de l'œil. Cet achèvement est la condition de la hazama.
et deux autres sont venus et ont dit : " il a crevé son œil et fait tomber sa dent ", si bien qu'ils contredisent ces premiers ; et les premiers ont été trouvés zomemim : ils paient la valeur de l'œil au maître.
Deuxième paire : œil puis dent. Elle contredit les premiers. Le surplus tombe. Puis une troisième paire rend les premiers zomemim. Ils paient au maître la valeur de l'œil, alors qu'ils étaient déjà contredits.
Tossefot : dans la fin, ces zomemim doivent être les premiers, sinon il n'y a pas de gmar din sur leur bouche. Dans le début, on tranche selon les intermédiaires même venus ensuite, parce que leur somme est comprise dans la première.
Et si tu penses que la contradiction n'est pas le début de la hazama, pourquoi paient-ils ? Ils ont été contredits dès le départ !
Plutôt, apprends-en : la contradiction est le début de la hazama.
Conclusion de Rava, prise sur la fin. Une hakhchacha antérieure n'a pas fermé la hazama. Les premiers, déjà contredits, paient encore comme zomemim. Hakhchacha tehilat hazama : la contradiction est le début de la hazama.
Et Abaye te dira : soit, le début ne se passe pas de trois paires, puisqu'on enseigne " le maître dit ainsi " ;
Abaye accorde le début. " Puisque le maître dit ainsi " suppose une paire antérieure, plus lourde pour le maître, celle qui mettait l'œil après la dent. Avec la paire de la hazama, cela fait trois. Rav Ashi ne peut pas transporter ce nombre vers la fin par un simple parallèle.
mais la fin, pourquoi me faut-il trois paires ? " Puisque l'esclave dit ainsi " ?!
La formule " puisque l'esclave dit ainsi " ne prouve pas une paire antérieure. Rachi laisse donc la fin sur deux paires, afkhinu va-azminhu, et le début sur trois, sans inversion. De la fin ainsi lue, la règle de Rava ne sort pas.
Un esclave dit n'importe quoi, car cela lui convient de sortir à la liberté.
Kol dehu : toute formule qui le fait sortir convient à l'esclave. Œil puis dent, ou dent puis œil, les deux l'affranchissent. On n'a donc pas besoin d'inventer un témoignage pire, puis une troisième paire.
Tossefot s'arrête sur le mot. Le témoignage de la fin ne lui donne pas " n'importe quoi " : il vient l'aider de bout en bout, liberté et valeur de l'œil. La glose, dans la source, pose l'étonnement sans le développer.
Rabbi Zeira l'attaque : je dirai : il a crevé son œil.
Rabbi Zeira ouvre une attaque sur le fond même de la baraita, le paiement du second organe. La phrase s'achève au début de 74b : sortie par l'œil, sortie par la dent, et, pour les deux ensemble, sortie par l'œil et la dent.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).