Sougya : L'amoud achevé la question ouverte en 79a : la location qui s'acquiert comme un fonds est une location de terre, car les biens meubles ne s'acquièrent pas par un acte. Rabbi Elazar tient pour voleur celui qu'on a vu se cacher dans les bois puis abattre ou vendre ; Rav Hisda pose le coup de bâton qui fait avancer la bête.
On sépare le ganav, qui se cache, du gazlan, dont Benayahou ben Yehoyada et les gens de Chekhem sont les figures. Rabban Yo'hanan ben Zakai explique pourquoi la Torah est plus sévère envers le ganav, Rabbi Meir mesure le travail, et Rabban Yo'hanan ben Zakai l'honneur des créatures, pour le compte de cinq et de quatre.
La michna interdit le menu bétail dans l'habitat de la terre d'Israël, les poules à Jérusalem et chez les kohanim, les porcs en tout lieu, le chien sans chaîne, et les pièges à pigeons près des maisons. La Guemara donne les permissions : bois, déserts, Syrie, gros bétail, et trente jours avant la fête.
Une location de biens meubles : les biens meubles relèvent-ils d'un acte ? Rav Hisda dit : une location de terre.
La baraita de 79a vient de dire que la sekhirout (location) s'acquiert comme la terre : argent, acte, hazaka. La Guemara demande de quel bien il s'agit. Si c'est une location de metaltelin (biens meubles), un shtar (acte) ne les acquiert pas.
Rav Hisda répond : il s'agit d'une location de karka (terre). Rachi rappelle que les meubles passent par la meshikha. L'argent n'y engage que le mi che-para. L'acte, pour eux, reste des paroles.
Rabbi Elazar dit : s'ils l'ont vu se cacher dans les bois, et qu'il abat ou qu'il vend, il paie les paiements de quatre et de cinq. Pourquoi ?
Il n'a pas tiré ! Rav Hisda dit : il l'a frappée d'un bâton.
Rabbi Elazar : on l'a vu dissimulé dans les horashin (bois), puis il abat ou vend. Il doit les tashloumei arbaa va-hamisha, les paiements de quatre et de cinq.
L'objection : sans meshikha, il n'est pas encore voleur, et ces paiements ne commencent qu'après le vol. Rav Hisda : hikisha be-makel, il l'a frappée d'un bâton. La bête avance. Ce mouvement tient lieu de traction. Tossefot précise l'étape qu'on avait d'abord imaginée : abattre sur place, sans déplacer.
On dit : des lors qu'on l'a vu, c'est un gazlan ! Dès lors qu'il se cache d'eux, c'est un ganav.
Les quatre et cinq visent le ganav, qui prend en cachette. Le gazlan, qui prend au grand jour, doit le principal. Ici on l'a vu : l'objection en fait un gazlan.
La réponse : il se cache d'eux. Il reste un ganav. Rachi distingue le voleur vu par deux témoins, qui ne craint pas ces témoins-là, et l'homme des bois, qui ne craint personne parce que le pâturage est à tout le monde.
Mais alors, un gazlan, à quoi ressemble-t-il ? Rabbi Abahou dit : comme Benayahou ben Yehoyada, car il est dit : Il arracha la lance de la main de l'Égyptien, et il le tua de sa lance.
Si se cacher suffit à faire un ganav, quel geste reste celui du gazlan ? Rabbi Abahou prend Benayahou ben Yehoyada (II Samuel 23:21) : il arrache la lance de la main de l'Égyptien, face à lui, et le tue de cette lance.
Rabbi Yo'hanan dit : comme les gens de Chekhem, car il est dit : Les gens de Chekhem placèrent contre lui des embuscades sur les sommets des montagnes, et ils pillèrent tout ce qui passait près d'eux sur le chemin.
Rabbi Yo'hanan prend une autre figure : les gens de Chekhem (Juges 9:25). Ils placent des embuscades et pillent ceux qui passent. Le verset dit vayigzelu, ils pillèrent : le verbe du gazlan.
Et Rabbi Abahou, pourquoi ne le dit-il pas à partir de ce verset-là ? Il te dirait : puisqu'ils se cachent en se cachant, ils ne sont pas des gazlanim.
Et Rabbi Yo'hanan : s'ils se cachent, c'est pour que les gens ne les voient pas et ne fuient pas devant eux.
Rabbi Abahou refuse l'exemple de Chekhem : une embuscade, c'est se cacher, donc des ganavim. Rabbi Yo'hanan répond : ils se cachent pour que les voyageurs ne les voient pas à l'avance et ne s'enfuient pas. La cachette sert le pillage, elle ne le change pas en vol dissimulé.
Tossefot relie cela à Bava Kamma 57a. Si, pour Rabbi Yo'hanan, le listim mezuyan (bandit armé) qui se cache est un ganav, il faut ici ce motif. Si, pour lui, cet homme reste un gazlan, le motif de la fuite des passants n'a pas à être ajouté.
Ses élèves demandèrent à Rabban Yo'hanan ben Zakai : pourquoi la Torah a-t-elle été plus sévère envers le ganav qu'envers le gazlan ? Il leur dit : celui-ci a mis à égalité l'honneur de l'esclave et l'honneur de son Maître, et celui-là n'a pas mis à égalité l'honneur de l'esclave et l'honneur de son Maître.
La sévérité, dit Rachi, ce sont le kefel (double), les quatre et les cinq, qui pèsent sur le ganav. Le premier ze (celui-ci) est le gazlan : il met au même rang l'esclave et son Maître, il ne craint ni les hommes ni le Ciel. Le second est le ganav : il craint les hommes plus que le Ciel.
Tossefot écarte ce motif du toen ta anat ganav, le dépositaire qui prétend qu'on lui a volé le dépôt. Là-bas, la différence entre prétention de vol et prétention de rapine suit une autre règle. Le motif de l'honneur ne s'y transporte pas.
Pour ainsi dire, il a rendu l'œil d'en bas comme s'il ne voyait pas, et l'oreille d'en bas comme si elle n'entendait pas. Car il est dit : Malheur à ceux qui s'enfoncent loin de Hachem pour cacher un dessein, et leurs actes sont dans l'obscurité, etc.
Et il est écrit : Ils ont dit : Yah ne verra pas, et le D.ieu de Yaakov ne comprendra pas. Et il est écrit : Car ils ont dit : Hachem a quitté le pays, et Hachem ne voit pas.
Kivyakhol (pour ainsi dire) : le ganav traite le regard et l'oreille tournés vers ici comme s'ils ne voyaient ni n'entendaient. Les trois versets disent la même chose dans la bouche de ces gens : Hachem ne verrait pas.
Isaie 29:15, Psaumes 94:7, Ezechiel 9:9. Rachi lit le premier : un conseil tenu en cachette pour voler et nuire. Le mot ye du psaume est un nom bref ; on le rend par Yah, et le nom du D.ieu de Yaakov reste sous la forme D.ieu.
On enseigne : Rabbi Meir a dit : on a proposé une parabole au nom de Rabban Gamliel. À quoi la chose ressemble-t-elle ?
À deux hommes qui étaient dans une ville et ont fait un festin. L'un a invité les gens de la ville et n'a pas invité les fils du roi.
L'autre n'a pas invité les gens de la ville et n'a pas invité les fils du roi. Lequel des deux a le châtiment le plus grand ?
Tu diras : celui qui a invité les gens de la ville et n'a pas invité les fils du roi.
La parabole, au nom de Rabban Gamliel, reprend la réponse de Rabban Yo'hanan ben Zakai. Les gens de la ville figurent les hommes. Les fils du roi figurent le Maître. Inviter la ville et omettre les fils du roi, c'est le ganav : il compte avec les hommes, et non avec le Ciel. N'inviter personne, c'est le gazlan. Le châtiment le plus lourd tombe sur le premier.
Rabbi Meir dit : viens et vois combien est grande la force du travail. Le bœuf, qu'on a retiré de son travail : cinq.
Le mouton, qu'on n'a pas retiré de son travail : quatre.
Shemot 21:37 : cinq bovins pour le bœuf, quatre ovins pour le mouton. Rabbi Meir lit l'écart dans le koah shel melakha (force du travail). Le bœuf laboure. Le voleur l'en retire. Le mouton ne faisait pas ce travail. Le compte reste à quatre.
Rabban Yo'hanan ben Zakai dit : viens et vois combien est grand l'honneur des créatures. Le bœuf, qui a marché sur ses pieds : cinq.
Le mouton, qu'il a fait monter sur son épaule : quatre.
Rabban Yo'hanan ben Zakai lit le même écart dans le kevod ha-beriyot (honneur des créatures). Le bœuf suit sur ses pattes. Le mouton, le voleur le porte sur l'épaule et s'abaisse. Rachi : parce qu'il s'est avili, le compte est allégé, et reste à quatre.
Michna. On n'élève pas de menu bétail en terre d'Israël.
Mais on en élève en Syrie, et dans les déserts de la terre d'Israël.
Nouvelle michna. Behema daka : moutons et chèvres. On ne les élève pas dans l'habitat de la terre d'Israël. Rachi : elles broutent les champs, et les champs de la terre sont présumés appartenir à un Israël. En Surya (Syrie, Aram Tsoba) et dans les déserts du pays, on peut. Pour Rachi, ce tanna ne compte pas la conquête de David comme un kiboush : la Syrie reste comme l'étranger, où le dommage se paie sans décret d'élevage.
Tossefot sépare deux interdits. Legadel (élever), même à la maison. Lir ot (faire paître), même le gros bétail, et le berger est alors passoul pour le témoignage, Sanhédrin 25b. Élever le menu d'autrui ne rend pas kacher en terre d'Israël ni à Bavel selon Rav : la bête attachée au lit est déjà interdite. Le commentaire qui permet de remettre les bêtes à sa femme, comme à un berger, est écarté.
On n'élève pas de poules à Jérusalem, à cause des offrandes. Ni les kohanim en terre d'Israël, à cause des puretés.
Les tarnegolim (poules) grattent les ordures. À Jérusalem, un os de sherets gros comme une lentille peut toucher les kodashim : shelamim, toda, maaser behema. L'interdit vise aussi un Israël, dit Rachi.
Les kohanim, dans toute la terre d'Israël : à cause des taharot. Ils mangent la terouma et doivent la garder pure.
On n'élève pas de porcs, en aucun lieu. Qu'un homme n'élève pas le chien, à moins qu'il ne soit attaché par une chaîne.
On ne tend pas de nishouvim pour les pigeons, à moins que ce ne soit éloigné de l'habitat de trente ris.
Trois règles encore. Les hazirim (porcs) : en aucun lieu. Rachi renvoie le motif à la Guemara, plus loin. Le kelev : seulement kashour be-shalshelet, attaché d'une chaîne, à cause de la morsure, de l'aboiement, et de la femme qui avorte de peur.
Les nishouvim sont des pièges à pigeons. À moins de trente ris de l'habitat, on y prendrait les pigeons des habitants. Rachi compte trente ris pour quatre mil.
Guemara. Les Sages ont enseigné : on n'élève pas de menu bétail en terre d'Israël, mais on en élève dans les bois de la terre d'Israël.
En Syrie, même dans l'habitat. Et il n'est pas besoin de le dire hors de la terre.
La baraita précise la michna. L'interdit vise l'habitat. Les horashin du pays, les bois, restent permis. En Syrie, l'habitat lui-même est permis. Hors de la terre, à plus forte raison, le texte n'a pas besoin de le redire.
On enseigne une autre : on n'élève pas de menu bétail en terre d'Israël, mais on en élève dans le désert qui est en Judée, et dans le désert qui est à la frontière d'Akko. Et bien qu'ils aient dit qu'on n'élève pas de menu bétail, on élève pourtant du gros bétail, car on ne décrète un décret sur le public que si la majorité du public peut s'y tenir.
Deuxième baraita. Les déserts permis sont nommés : le désert de Yehuda, et le désert de la frontière d Akko. La behema gasa (bœufs et bêtes de trait) reste permise. Règle : on ne pose une gezerat ha-tsibbour que si la majorité du public peut s'y tenir. Rachi : le gros bétail sert dans l'habitat au portage et au labour. Le public ne pourrait pas s'en passer.
Le menu bétail, on peut l'amener de l'étranger. Le gros bétail, on ne peut pas l'amener de l'étranger.
Suite du motif. Le menu bétail, s'il manque, on le fait venir de houts la-arets. Le gros bétail sert sans cesse. On ne peut pas en faire venir de l'étranger à chaque besoin. Le décret ne le frappe donc pas.
Et bien qu'ils aient dit qu'on n'élève pas de menu bétail, il le garde pourtant trente jours avant la fête de pèlerinage, et trente jours avant le festin de son fils. À condition qu'il ne garde pas la dernière trente jours.
Exception de durée. Avant le regel (fête de pèlerinage) et avant le festin de mariage de son fils, on peut garder le menu bétail trente jours : il en faut pour les repas. La dernière achetée ne reste pas trente jours pleins si cela dépasse la fête. Rachi : on n'abat pas d'abord les plus anciennes pour garder les récentes jusqu'au bout des trente jours d'achat.
Car il te serait venu à l'esprit de dire que si la fête est passée pour lui, et que depuis qu'il l'a achetée jusqu'à maintenant les trente jours ne sont pas encore complètes pour lui. Nous ne dirons pas : trente jours, il lui est permis de garder.
Plutôt, dès que la fête est passée pour lui, il ne doit pas garder.
La dernière phrase de la baraita ferme une hava amina. On aurait compté trente jours depuis l'achat, même une fois la fête passée. Le texte enseigne le contraire : keivan de-nafak lei regel, dès que la fête est sortie, il ne garde plus. Le délai ne se complète pas après elle.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).