Bava Kamma 79b - Ganav et gazlan, puis l'élevage du menu bétail

Bava_Kamma 79b

Sougya : L'amoud achevé la question ouverte en 79a : la location qui s'acquiert comme un fonds est une location de terre, car les biens meubles ne s'acquièrent pas par un acte. Rabbi Elazar tient pour voleur celui qu'on a vu se cacher dans les bois puis abattre ou vendre ; Rav Hisda pose le coup de bâton qui fait avancer la bête.

On sépare le ganav, qui se cache, du gazlan, dont Benayahou ben Yehoyada et les gens de Chekhem sont les figures. Rabban Yo'hanan ben Zakai explique pourquoi la Torah est plus sévère envers le ganav, Rabbi Meir mesure le travail, et Rabban Yo'hanan ben Zakai l'honneur des créatures, pour le compte de cinq et de quatre.

La michna interdit le menu bétail dans l'habitat de la terre d'Israël, les poules à Jérusalem et chez les kohanim, les porcs en tout lieu, le chien sans chaîne, et les pièges à pigeons près des maisons. La Guemara donne les permissions : bois, déserts, Syrie, gros bétail, et trente jours avant la fête.

Ganav ou gazlan : qui paie quatre et cinq ? Rabbi Elazar, Rav Hisda, Rabbi Abahou, Rabbi Yo'hanan. On l'a vu prendre une bête Il se cache Bois, coup de bâton Il craint qu'on le voie Ganav Quatre ou cinq Il agit au découvert Benayahou : la lance Chekhem : pour qu'ils ne fuient pas Gazlan Sans quatre ni cinq Pourquoi la Torah pèse plus sur le ganav Gazlan : il met l'esclave et son Maître au même rang. Il ne craint ni les hommes ni le Ciel. Ganav : il craint les hommes, et de l'œil d'en haut il ne se garde pas.
Qui se cache reste un ganav et paie quatre et cinq. Qui prend au grand jour est un gazlan. Le ganav craint les hommes plus que le Ciel.
Bœuf : cinq. Mouton : quatre. Deux mesures. Shemot 21:37. Rabbi Meir Force du travail Bœuf retiré de sa tâche Cinq Mouton sans travail Quatre Rabban Yo'hanan ben Zakai Honneur des créatures Bœuf : il marche seul Cinq Mouton porte sur l'épaule Quatre Parabole de Rabban Gamliel Invite la ville, oublie les fils du roi : châtiment plus lourd. N'invite ni la ville ni les fils du roi : châtiment moindre.
Rabbi Meir compte le travail perdu. Rabban Yohanan ben Zakai compte l'humiliation de porter le mouton. La parabole pèse l'oubli des fils du roi.
Où élever le menu bétail Michna et baraitot. Le menu broute les champs d'Israël. Terre d'Israël, habitat Interdit Bois, désert de Yehuda frontière d'Akko : permis Syrie, hors de la terre Même dans l'habitat Gros bétail Permis : portage et labour On ne décrète que si le public peut tenir Délai de trente jours Avant la fête, avant le festin du fils La fête passée : on ne garde plus Poules Jérusalem : les kodashim Kohanim : les taharot Porcs En aucun lieu Chien et pièges Chien : attaché d'une chaîne Nishouvim : à 30 ris Menu bétail : on peut en faire venir de l'étranger. Gros bétail : on ne peut pas en faire venir à chaque besoin. Le décret ne le vise pas.
Menu bétail interdit dans l'habitat du pays, permis dans les bois, les déserts, la Syrie. Gros bétail permis. Trente jours avant la fête, pas au-delà.
1
שְׂכִירוּת דְּמִטַּלְטְלִין, מִטַּלְטְלִי בְּנֵי שְׁטָרָא נִינְהוּ?! אָמַר רַב חִסְדָּא: שְׂכִירוּת דְּקַרְקַע.

Une location de biens meubles : les biens meubles relèvent-ils d'un acte ? Rav Hisda dit : une location de terre.

📜 Rachi (2)
שְׂכִירוּת דְּמִטַּלְטְלֵי שֶׁהִשְׂכִּיר לוֹ כֵּלָיו:
Location de biens meubles : il lui a loué ses ustensiles.
בְּנֵי שְׁטָרָא נִינְהוּ בִּתְמִיהַּ הָא לָא מִקְּנוּ מִטַּלְטְלִין אֶלָּא בִּמְשִׁיכָה כִּדְאָמְרִינַן בְּקִדּוּשִׁין (דַּף כו.) וּנְהִי נָמֵי דְּמִקְּנוּ בְּכַסְפָּא לְעִנְיַן קִבּוּלֵי מִי שֶׁפָּרַע מִיהוּ בִּשְׁטָר לָא מִיקְּנוּ מִידִי דִּדְבָרִים בְּעָלְמָא נִינְהוּ כִּדְאָמְרִינַן בְּהַזָּהָב (בּ"מ דַּף מט.) דְּבָרִים אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם מְחֻוסְּרֵי אֲמָנָה:
Ils relèvent d'un acte : c'est une question. Les biens meubles ne s'acquièrent que par la meshikha (traction), comme on le dit à Kiddouchin 26a. Même s'ils s'acquièrent par l'argent au regard de celui qui encaisse le mi che-para (celui qui s'est vengé), par un acte ils n'acquièrent rien : ce sont de simples paroles, comme on le dit dans Ha-Zahav (Bava Metzia 49a) : les paroles n'entrent pas dans les mehusarei amana (ceux qui manquent à leur parole).
💡 Explication

La baraita de 79a vient de dire que la sekhirout (location) s'acquiert comme la terre : argent, acte, hazaka. La Guemara demande de quel bien il s'agit. Si c'est une location de metaltelin (biens meubles), un shtar (acte) ne les acquiert pas.

Rav Hisda répond : il s'agit d'une location de karka (terre). Rachi rappelle que les meubles passent par la meshikha. L'argent n'y engage que le mi che-para. L'acte, pour eux, reste des paroles.

2
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: רָאוּהוּ שֶׁהִטְמִין בָּחֳורָשִׁין וְטָבַח וּמָכַר – מְשַׁלֵּם תַּשְׁלוּמֵי אַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה. אַמַּאי? הָא לֹא מָשַׁךְ! אָמַר רַב חִסְדָּא: שֶׁהִכִּישָׁהּ בְּמַקֵּל.

Rabbi Elazar dit : s'ils l'ont vu se cacher dans les bois, et qu'il abat ou qu'il vend, il paie les paiements de quatre et de cinq. Pourquoi ?

Il n'a pas tiré ! Rav Hisda dit : il l'a frappée d'un bâton.

📜 Rachi (2)
שֶׁהִטְמִין בָּחֳורָשִׁין שֶׁנִּטְמַן בַּיַּעַר לִגְנֹוב בְּהֵמוֹת הָרוֹעוֹת שָׁם:
Qui s'est caché dans les bois : il s'est caché dans la forêt pour voler les bêtes qui y paissent.
גְּמ' בָּחֳורָשִׁין בַּיְּעָרוֹת כְּדִמְתַרְגְּמִינַן בַּיַּעַר חוּרְשָׁא:
Guemara, dans les bois : dans les forêts, comme on traduit dans la forêt par horcha.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהִטְמִין בָּחֳורָשִׁין פִּי' הִטְמִין עַצְמוֹ וס"ד שֶׁהָלַךְ בַּחֲשַׁאי וְטָבַח ' הַבְּהֵמָה בְּמָקוֹם שֶׁהוּא ומש"ת פָּרִיךְ וְהָא לֹא מָשַׁךְ:
Qui s'est caché dans les bois : l'explication est qu'il s'est caché lui-même. On aurait pensé qu'il est allé en secret et qu'il a abattu la bête là où elle se trouve. C'est pour cela qu'on objecte : il n'a pas tiré.
💡 Explication

Rabbi Elazar : on l'a vu dissimulé dans les horashin (bois), puis il abat ou vend. Il doit les tashloumei arbaa va-hamisha, les paiements de quatre et de cinq.

L'objection : sans meshikha, il n'est pas encore voleur, et ces paiements ne commencent qu'après le vol. Rav Hisda : hikisha be-makel, il l'a frappée d'un bâton. La bête avance. Ce mouvement tient lieu de traction. Tossefot précise l'étape qu'on avait d'abord imaginée : abattre sur place, sans déplacer.

🖼️ Schéma
Caché dans les bois : où est la meshikha ? Il se cache Bêtes au pâturage Rabbi Elazar Coup de bâton La bête avance Rav Hisda Abat ou vend Teviha, mekhira Quatre et cinq Il est déjà voleur
Se cacher, frapper au bâton, puis abattre ou vendre : les quatre et cinq sont dus.
3
אָמְרִי: וְכֵיוָן דְּרָאוּהוּ, גַּזְלָן הוּא! כֵּיוָן דְּקָא מִטַּמַּרי מִנַּייְהוּ, גַּנָּב הוּא.

On dit : des lors qu'on l'a vu, c'est un gazlan ! Dès lors qu'il se cache d'eux, c'est un ganav.

📜 Rachi (1)
וְכֵיוָן דְּרָאוּהוּ גַּזְלָן הוּא וְלֹא דּוֹמֶה לְגַנָּב בִּפְנֵי שְׁנַיִם דְּהָתָם אע"ג דְּחָזוּ לֵיהּ שְׁאָר אִינָשֵׁי לָא מִיסְתְּפֵי מִינַּייְהוּ דְּמֵימַר אָמַר לָא מִינַּייְהוּ שָׁקֵילְנָא מִידִי אֲבָל חוֹרְשִׁין מִרְעֶה לְכָל הִיא וְלָא יָדַע דְּמַאן נִיהוּ הַךְ בְּהֵמָה וְכֵיוָן דְּלָא מִיסְתְּפֵי מִכּוּלֵּי עָלְמָא גַּזְלָן הוּא:
Dès lors qu'on l'a vu, c'est un gazlan : ce cas ne ressemble pas au ganav devant deux témoins. Là-bas, même si d'autres gens le voient, il ne les craint pas, car il se dit : je ne leur prends rien. Mais les bois sont un pâturage pour tous, et il ne sait à qui est cette bête. Dès lors qu'il ne craint personne, c'est un gazlan.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן דְּרָאוּהוּ גַּזְלָן הוּא כְּלוֹמַר שֶׁעוֹשֶׂה בְּמָקוֹם גָּלוּי וְלָא דָּמֵי לְגוֹנֵב בַּבַּיִת אוֹ בֶּחָצֵר:
Dès lors qu'on l'a vu, c'est un gazlan : il agit dans un lieu découvert, et cela ne ressemble pas à celui qui vole dans une maison ou dans une cour.
💡 Explication

Les quatre et cinq visent le ganav, qui prend en cachette. Le gazlan, qui prend au grand jour, doit le principal. Ici on l'a vu : l'objection en fait un gazlan.

La réponse : il se cache d'eux. Il reste un ganav. Rachi distingue le voleur vu par deux témoins, qui ne craint pas ces témoins-là, et l'homme des bois, qui ne craint personne parce que le pâturage est à tout le monde.

4
וְאֶלָּא גַּזְלָן הֵיכִי דָּמֵי? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: כְּגוֹן בְּנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּגְזֹל אֶת הַחֲנִית מִיַּד הַמִּצְרִי, וְיַהַרְגֵהוּ בַּחֲנִיתוֹ״.

Mais alors, un gazlan, à quoi ressemble-t-il ? Rabbi Abahou dit : comme Benayahou ben Yehoyada, car il est dit : Il arracha la lance de la main de l'Égyptien, et il le tua de sa lance.

💡 Explication

Si se cacher suffit à faire un ganav, quel geste reste celui du gazlan ? Rabbi Abahou prend Benayahou ben Yehoyada (II Samuel 23:21) : il arrache la lance de la main de l'Égyptien, face à lui, et le tue de cette lance.

5
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: כְּגוֹן בַּעֲלֵי שְׁכֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיָּשִׂימוּ לוֹ בַעֲלֵי שְׁכֶם מְאָרְבִים עַל רָאשֵׁי הֶהָרִים, וְיִגְזְלוּ [אֶת] כָּל אֲשֶׁר יַעֲבֹר עֲלֵיהֶם בַּדָּרֶךְ״.

Rabbi Yo'hanan dit : comme les gens de Chekhem, car il est dit : Les gens de Chekhem placèrent contre lui des embuscades sur les sommets des montagnes, et ils pillèrent tout ce qui passait près d'eux sur le chemin.

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan prend une autre figure : les gens de Chekhem (Juges 9:25). Ils placent des embuscades et pillent ceux qui passent. Le verset dit vayigzelu, ils pillèrent : le verbe du gazlan.

6
וְרַבִּי אָבָהוּ – מַאי טַעְמָא לָא אָמַר מֵהַאי? אֲמַר לָךְ: כֵּיוָן דְּמִטַּמְּרִי אִיטַּמּוֹרֵי, לָא גְּזָלַנִי נִינְהוּ. וְרַבִּי יוֹחָנָן – הָא דְּקָא מְטַמְּרִי, דְּלָא נִיחְזִינְהוּ אִינָשֵׁי וְנִיעְרְקוּ מִנַּיְיהוּ.

Et Rabbi Abahou, pourquoi ne le dit-il pas à partir de ce verset-là ? Il te dirait : puisqu'ils se cachent en se cachant, ils ne sont pas des gazlanim.

Et Rabbi Yo'hanan : s'ils se cachent, c'est pour que les gens ne les voient pas et ne fuient pas devant eux.

🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי יוֹחָנָן הָא דְּמִטַּמְּרִי כו' לָמֶ"ד בְּהַכּוֹנֵס (לְעֵיל בָּבָא קַמָּא דַּף נז. וְשָׁם) דַּלֵּר' יוֹחָנָן לִסְטִים מְזֻוייָּן כֵּיוָן דְּמִטַּמַּר מֵאִינָשֵׁי גַּנָּב הוּא אִצְטְרִיךְ לְהַאי טַעְמָא דְּלָמֶ"ד דְּגַזְלָן הוּא לְר' יוֹחָנָן לֹא צָרִיךְ לְהַאי טַעְמָא כְּלָל:
Et Rabbi Yo'hanan, ce qu'ils se cachent, etc. : selon l'avis, dans Ha-Kones (ci-dessus, Bava Kamma 57a, et là), pour Rabbi Yo'hanan un bandit armé, dès lors qu'il se cache des gens, est un ganav. Ce motif est alors nécessaire. Selon l'avis pour lequel il est, pour Rabbi Yo'hanan, un gazlan, ce motif n'est pas nécessaire du tout.
💡 Explication

Rabbi Abahou refuse l'exemple de Chekhem : une embuscade, c'est se cacher, donc des ganavim. Rabbi Yo'hanan répond : ils se cachent pour que les voyageurs ne les voient pas à l'avance et ne s'enfuient pas. La cachette sert le pillage, elle ne le change pas en vol dissimulé.

Tossefot relie cela à Bava Kamma 57a. Si, pour Rabbi Yo'hanan, le listim mezuyan (bandit armé) qui se cache est un ganav, il faut ici ce motif. Si, pour lui, cet homme reste un gazlan, le motif de la fuite des passants n'a pas à être ajouté.

🖼️ Schéma
L'embuscade de Chekhem : ganav ou gazlan ? Rabbi Abahou Ils se cachent Donc des ganavim Figure du gazlan : Benayahou Rabbi Yo'hanan Ils se cachent pour autre chose Que les passants ne fuient pas Ils restent des gazlanim
Rabbi Abahou lit l'embuscade comme un vol caché. Rabbi Yo'hanan y voit un pillage qui se dissimule pour retenir les passants.
7
שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי: מִפְּנֵי מָה הֶחְמִירָה תּוֹרָה בְּגַנָּב יוֹתֵר מִגַּזְלָן? אָמַר לָהֶן: זֶה – הִשְׁוָה כְּבוֹד עֶבֶד לִכְבוֹד קוֹנוֹ, וְזֶה – לֹא הִשְׁוָה כְּבוֹד עֶבֶד לִכְבוֹד קוֹנוֹ.

Ses élèves demandèrent à Rabban Yo'hanan ben Zakai : pourquoi la Torah a-t-elle été plus sévère envers le ganav qu'envers le gazlan ? Il leur dit : celui-ci a mis à égalité l'honneur de l'esclave et l'honneur de son Maître, et celui-là n'a pas mis à égalité l'honneur de l'esclave et l'honneur de son Maître.

📜 Rachi (2)
הֶחְמִירָה תּוֹרָה לְשַׁלֵּם כֶּפֶל אַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה:
La Torah a été plus sévère : pour payer le double, quatre et cinq.
הִשְׁוָה כְּבוֹד עֶבֶד לֹא יָרֵא מִבְּנֵי אָדָם כְּדֶרֶךְ שֶׁלֹּא יָרֵא מהקב"ה אֲבָל גַּנָּב לֹא הִשְׁוָה עֶבֶד לְקוֹנוֹ אֶלָּא כִּיבֵּד הָעֶבֶד יוֹתֵר מִקּוֹנוֹ שֶׁהוּא יָרֵא מִבְּנֵי אָדָם וּמֵעֵין שֶׁל מַעְלָה לֹא נִזְהַר:
Il a mis à égalité l'honneur de l'esclave : il ne craint pas les hommes, de la même manière qu'il ne craint pas le Saint, béni soit-Il. Mais le ganav n'a pas mis l'esclave au rang de son Maître : il a honoré l'esclave plus que son Maître, car il craint les hommes, et de l'œil d'en haut il ne s'est pas garde.
🗂️ Tossefot (1)
מִפְּנֵי מָה הֶחְמִירָה תּוֹרָה כו' בְּטוֹעֵן טַעֲנַת גַּנָּב וְטַעֲנַת גַּזְלָן לֹא שַׁיָּיךְ הַאי טַעְמָא כְּלָל:
Pourquoi la Torah a-t-elle été plus sévère, etc. : chez celui qui avance une prétention de ganav et une prétention de gazlan, ce motif ne s'applique pas du tout.
💡 Explication

La sévérité, dit Rachi, ce sont le kefel (double), les quatre et les cinq, qui pèsent sur le ganav. Le premier ze (celui-ci) est le gazlan : il met au même rang l'esclave et son Maître, il ne craint ni les hommes ni le Ciel. Le second est le ganav : il craint les hommes plus que le Ciel.

Tossefot écarte ce motif du toen ta anat ganav, le dépositaire qui prétend qu'on lui a volé le dépôt. Là-bas, la différence entre prétention de vol et prétention de rapine suit une autre règle. Le motif de l'honneur ne s'y transporte pas.

8
כִּבְיָכֹול עָשָׂה עַיִן שֶׁל מַטָּה כְּאִילּוּ אֵינָהּ רוֹאָה, וְאֹוזֶן שֶׁל מַטָּה כְּאִילּוּ אֵינָהּ שׁוֹמַעַת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הוֹי הַמַּעֲמִיקִים מֵה׳ לַסְתִּר עֵצָה, וְהָיָה בְמַחְשָׁךְ מַעֲשֵׂיהֶם וְגוֹ׳״; וּכְתִיב: ״וַיֹּאמְרוּ לֹא יִרְאֶה יָּהּ וְלֹא יָבִין אֱ-לֹהֵי יַעֲקֹב״; וּכְתִיב: ״כִּי [אָמְרוּ] עָזַב ה׳ אֶת הָאָרֶץ, וְאֵין ה׳ רָאָה״.

Pour ainsi dire, il a rendu l'œil d'en bas comme s'il ne voyait pas, et l'oreille d'en bas comme si elle n'entendait pas. Car il est dit : Malheur à ceux qui s'enfoncent loin de Hachem pour cacher un dessein, et leurs actes sont dans l'obscurité, etc.

Et il est écrit : Ils ont dit : Yah ne verra pas, et le D.ieu de Yaakov ne comprendra pas. Et il est écrit : Car ils ont dit : Hachem a quitté le pays, et Hachem ne voit pas.

📜 Rachi (1)
לַסְּתִיר עֵצָה כְּמוֹ לְהַסְתִּיר יוֹעֵץ בַּמִּסְתָּרִים לִגְנֹוב לְהָרַע:
Pour cacher un dessein : au sens de pour cacher. Il tient conseil en secret pour voler, pour faire le mal.
💡 Explication

Kivyakhol (pour ainsi dire) : le ganav traite le regard et l'oreille tournés vers ici comme s'ils ne voyaient ni n'entendaient. Les trois versets disent la même chose dans la bouche de ces gens : Hachem ne verrait pas.

Isaie 29:15, Psaumes 94:7, Ezechiel 9:9. Rachi lit le premier : un conseil tenu en cachette pour voler et nuire. Le mot ye du psaume est un nom bref ; on le rend par Yah, et le nom du D.ieu de Yaakov reste sous la forme D.ieu.

9
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי מֵאִיר: מָשְׁלוּ מָשָׁל מִשּׁוּם רַבָּן גַּמְלִיאֵל, לְמָה הַדָּבָר דוֹמֶה? לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם שֶׁהָיוּ בְּעִיר וְעָשׂוּ מִשְׁתֶּה, אֶחָד זִימֵּן אֶת בְּנֵי הָעִיר וְלֹא זִימֵּן אֶת בְּנֵי הַמֶּלֶךְ, וְאֶחָד לֹא זִימֵּן אֶת בְּנֵי הָעִיר וְלֹא זִימֵּן אֶת בְּנֵי הַמֶּלֶךְ. אֵיזֶה מֵהֶן עָונְשׁוֹ מְרֻובֶּה? הֱוֵי אוֹמֵר: זֶה שֶׁזִּימֵּן אֶת בְּנֵי הָעִיר וְלֹא זִימֵּן אֶת בְּנֵי הַמֶּלֶךְ.

On enseigne : Rabbi Meir a dit : on a proposé une parabole au nom de Rabban Gamliel. À quoi la chose ressemble-t-elle ?

À deux hommes qui étaient dans une ville et ont fait un festin. L'un a invité les gens de la ville et n'a pas invité les fils du roi.

L'autre n'a pas invité les gens de la ville et n'a pas invité les fils du roi. Lequel des deux a le châtiment le plus grand ?

Tu diras : celui qui a invité les gens de la ville et n'a pas invité les fils du roi.

💡 Explication

La parabole, au nom de Rabban Gamliel, reprend la réponse de Rabban Yo'hanan ben Zakai. Les gens de la ville figurent les hommes. Les fils du roi figurent le Maître. Inviter la ville et omettre les fils du roi, c'est le ganav : il compte avec les hommes, et non avec le Ciel. N'inviter personne, c'est le gazlan. Le châtiment le plus lourd tombe sur le premier.

🖼️ Schéma
Deux festins, un seul oubli qui pèse Invite la ville Oublie les fils du roi Honore les hommes, pas le Maître Châtiment plus grand N'invite personne Ni la ville, ni les fils du roi Ne honore ni les uns ni l'autre Châtiment moindre
Oublier les fils du roi après avoir invité la ville pèse plus que de n'inviter personne.
10
אָמַר רַבִּי מֵאִיר: בֹּא וּרְאֵה כַּמָּה גָּדוֹל כֹּחַ שֶׁל מְלָאכָה: שׁוֹר, שֶׁבִּיטְּלוֹ מִמְּלַאכְתּוֹ – חֲמִשָּׁה; שֶׂה, שֶׁלֹּא בִּיטְּלוֹ מִמְּלַאכְתּוֹ – אַרְבָּעָה.

Rabbi Meir dit : viens et vois combien est grande la force du travail. Le bœuf, qu'on a retiré de son travail : cinq.

Le mouton, qu'on n'a pas retiré de son travail : quatre.

💡 Explication

Shemot 21:37 : cinq bovins pour le bœuf, quatre ovins pour le mouton. Rabbi Meir lit l'écart dans le koah shel melakha (force du travail). Le bœuf laboure. Le voleur l'en retire. Le mouton ne faisait pas ce travail. Le compte reste à quatre.

11
אָמַר רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, בֹּא וּרְאֵה כַּמָּה גָּדוֹל כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת: שׁוֹר, שֶׁהָלַךְ בְּרַגְלָיו – חֲמִשָּׁה; שֶׂה, שֶׁהִרְכִּיבוֹ עַל כְּתֵיפוֹ – אַרְבָּעָה.

Rabban Yo'hanan ben Zakai dit : viens et vois combien est grand l'honneur des créatures. Le bœuf, qui a marché sur ses pieds : cinq.

Le mouton, qu'il a fait monter sur son épaule : quatre.

📜 Rachi (1)
שֶׂה שֶׁהִרְכִּיבוֹ הַגַּנָּב עַל כְּתֵיפוֹ וְזִלְזֵל אֶת עַצְמוֹ בּוֹ לְפִיכָךְ הֵיקֵל הקב"ה עָלָיו בְּתַשְׁלוּמִין:
Le mouton, qu'il a fait monter : le ganav, sur son épaule, et il s'est avili par lui. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, a allégé pour lui dans les paiements.
💡 Explication

Rabban Yo'hanan ben Zakai lit le même écart dans le kevod ha-beriyot (honneur des créatures). Le bœuf suit sur ses pattes. Le mouton, le voleur le porte sur l'épaule et s'abaisse. Rachi : parce qu'il s'est avili, le compte est allégé, et reste à quatre.

12
מַתְנִי׳ אֵין מְגַדְּלִין בְּהֵמָה דַּקָּה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל; אֲבָל מְגַדְּלִין בְּסוּרְיָא, וּבַמִּדְבָּרוֹת שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל.

Michna. On n'élève pas de menu bétail en terre d'Israël.

Mais on en élève en Syrie, et dans les déserts de la terre d'Israël.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' אֵין מְגַדְּלִין בְּהֵמָה דַּקָּה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מִשּׁוּם יִשּׁוּב א"י שֶׁמַּבְעִיר אֶת הַשָּׂדוֹת וְכָל שְׂדוֹת א"י סְתָמָן דְּיִשְׂרָאֵל:
On n'élève pas de menu bétail en terre d'Israël : à cause du peuplement de la terre d'Israël, car il consume les champs, et tous les champs de la terre d'Israël sont, par présomption, à un Israël.
אֲבָל מְגַדְּלִין בְּסוּרְיָא אֲרַם צוֹבָה דְּדָוִד כִּיבְּשָׁהּ וְקָסָבַר דְּלָא שְׁמֵיהּ כִּיבּוּשׁ וְהָוְיָא כְּחוּצָה לָאָרֶץ וּבְחוּצָה לָאָרֶץ מֻותָּר לְגַדֵּל דְּלָא חָייְשִׁינַן לְיִשּׁוּב וְאִם יַפְסִידוּ שָׂדוֹת אֲחֵרִים יְשַׁלְּמֶנָּה:
Mais on en élève en Syrie : Aram Tsoba, que David a conquise. Il estime que cela ne porte pas le nom de conquête, et qu'elle est comme l'étranger. Hors de la terre il est permis d'élever, car on ne se préoccupe pas du peuplement ; et s'ils endommagent les champs d'autrui, il payera.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין מְגַדְּלִין בְּהֵמָה דַּקָּה אַפֵּי' בַּבַּיִת קָאָמַר דְּלִרְעוֹת אַפֵּי' בְּהֵמָה גַּסָּה אָסוּר כִּדְאָמְרִינַן בְּזֶה בּוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין דַּף כֹּה:) רוֹעֶה שֶׁאָמְרוּ אֶחָד רוֹעֵה בְּהֵמָה גַּסָּה וְאֶחָד רוֹעֶה בְּהֵמָה דַּקָּה וא"ת וְהָא דְּמַסִּיק הָתָם דְּרָבָא מְגַדְּלִין אִיתְּמַר דִּמְגַדְּלֵי בְּהֵמָה דַּקָּה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל פְּסוּלִין בְּחוּצָה לָאָרֶץ כְּשֵׁרִים מְגַדְּלֵי בְּהֵמָה גַּסָּה אַפֵּי' בא"י כְּשֵׁרִים מַאי קָמַשְׁמַע לַן דְּהָא דִּבְחוּ"ל כְּשֵׁרִים מַתְנִי' הִיא דְּאַפֵּי' בְּסוּרְיָא שָׁרִי כ"ש בְּחוּ"ל וְיֵשׁ לוֹמַר דְּוַדַּאי לָא אִצְטְרִיךְ אֶלָּא אַיְּידֵי דְּאָמַר דבא"י פְּסוּלִין קָמְסַייֵּם דִּבְחוּ"ל כְּשֵׁרִים וּמְגַדְּלֵי בְּהֵמָה גַּסָּה דְּאַפֵּי' בא"י כְּשֵׁרִים אִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאִי מִמַּתְנִיתִין הֲוָה אָמֵינָא דְּאַפֵּי' גַּסָּה אָסוּר וְהָא דִּנְקַט דַּקָּה לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאַפֵּי' דַּקָּה שָׁרִי בְּסוּרְיָא וְנִרְאֶה דְּהָא דְּאָמְרִינַן בפ"ק דב"מ (דַּף ה:) דְּרוֹעֶה בְּהֵמוֹת שֶׁל אֲחֵרִים כָּשֵׁר דְּאֵין אָדָם חוֹטֵא וְלֹא לוֹ הַיְינוּ דַּוְקָא גַּסָּה שֶׁמֻּותָּר לְגַדֵּל אֲבָל דַּקָּה בא"י אוֹ בְּבָבֶל לְרַב אֵין נִרְאֶה לְחַלֵּק בֵּין מִגְדָּל שֶׁלּוֹ לְשֶׁל אֲחֵרִים דְּהָא אַפֵּי' קְשׁוּרָה בְּכַרְעֵי הַמִּטָּה אָסוּר וְלֹא כְּדִבְרֵי הַמְפָרֵשׁ לְקַמָּן דְּסָבַר רַב הוּנָא שֶׁמֻּותָּר לִמְסֹור לְאִשְׁתּוֹ כְּמוֹ שֶׁמֻּותָּר לְרוֹעֶה וּלְכָךְ הָיְתָה מְנַטֶּרֶת לְהוּ חוֹבָה דְּהָא כֵּיוָן דְּבָבֶל כא"י לִבְהֵמָה דַּקָּה אֵין לוֹ לְחַלֵּק בֵּין עַל יְדֵי עַצְמוֹ בֵּין ע"י אֲחֵרִים וְהָנְהוּ עִיזֵּי דְּאָכְלִי חֻושְׁלֵי בִּנְהַרְדְּעָא בְּחֶזְקַת הַבָּתִּים (ב"ב דַּף לוֹ.) וְקָאָמַר שָׁאנֵי עִיזֵּי דִּמְסִירִי לְרוֹעֶה אַף עַל גַּב דִּנְהַרְדְּעָא הִיא בָּבֶל שֶׁמָּא לֹא הָיוּ כָּל כָּךְ נִזְהָרִים עַל דִּבְרֵי רַב שֶׁאָמַר בָּבֶל כא"י לִבְהֵמָה דַּקָּה שֶׁגַּם רַב הוּנָא לֹא הֶחְמִיר וְכֵן מַשְׁמַע דְּאַפֵּי' ע"י אֲחֵרִים אָסוּר מִדְּלָא מָסַר הַהוּא חָסִיד בְּהֵמָה לְרוֹעֶה וְכֵן בַּעֲלֵי בָּתִּים שֶׁבַּגָּלִיל מִסְּתָמָא לֹא הָיוּ מַרְעִין בְּעַצְמָן אֶת צֹאנָן וְרוֹעֶה שֶׁעָשָׂה תְּשׁוּבָה מִי לָא עָסְקִינַן שֶׁמּוֹצֵא אֲחֵרִים שֶׁיִּרְעוּ לוֹ וְאַפֵּי' הָכִי קָאָמַר יִמְכֹּור עַל יַד
On n'élève pas de menu bétail : il parle même de la maison. Pour faire paître, même le gros bétail est interdit, comme on le dit dans Zeh Borer (Sanhédrin 25b) : le berger dont on a parlé, c'est aussi bien le berger de gros bétail que le berger de menu bétail. Et si tu dis : ce qu'on conclut là, c'est élever qu'on a enseigné. Ceux qui élèvent du menu bétail en terre d'Israël sont passoul (inaptes), hors de la terre ils sont kacher ; ceux qui élèvent du gros bétail, même en terre d'Israël, sont kacher. Qu'est-ce que cela nous apprend ? Que hors de la terre ils soient kacher, c'est déjà la michna : même en Syrie c'est permis, à plus forte raison hors de la terre. On répondra : certes, cet enseignement n'était pas requis ; mais puisqu'il a dit qu'en terre d'Israël ils sont passoul, il achève en disant qu'hors de la terre ils sont kacher. Et ceux qui élèvent du gros bétail, même en terre d'Israël, sont kacher : cela avait besoin d'être enseigné. Car, à partir de la michna, on aurait dit que même le gros est interdit. Et si elle a pris le menu, c'est pour enseigner que même le menu est permis en Syrie. Il paraît que ce qu'on dit au premier chapitre de Bava Metzia (5b), que le berger des bêtes d'autrui est kacher, car un homme ne commet pas de faute pour un bien qui n'est pas à lui, vise seulement le gros bétail, qu'il est permis d'élever. Mais pour le menu, en terre d'Israël, ou à Bavel selon Rav, on ne distingue pas entre celui qui élève le sien et celui qui élève celui d'autrui : même attachée aux pieds du lit, elle est interdite. On s'écarte ici des paroles du commentateur plus loin, qui estime que Rav Houna pense qu'il est permis de la remettre à sa femme comme il est permis de la remettre à un berger, et que c'est pour cela que Hova la gardait. Or, puisque Bavel est comme la terre d'Israël pour le menu bétail, on ne sépare pas le faire soi-même et le faire par d'autres. Et ces chèvres qui mangeaient les déchets de récolte à Nehardea, dans Hazakat ha-Batim (Bava Batra 36a) : il dit que les chèvres sont différentes, car elles sont remises à un berger, bien que Nehardea soit en Bavel. Peut-être n'étaient-ils pas si attentifs à la parole de Rav, qui a dit que Bavel est comme la terre d'Israël pour le menu bétail, puisque Rav Houna non plus n'a pas été rigoureux. Il ressort de même que même par d'autres c'est interdit, du fait que ce hassid n'a pas remis de bête à un berger. De même les chefs de maison de Galilée, selon toute apparence, ne faisaient pas paître eux-mêmes leur troupeau. Et le berger qui a fait techouva : le cas inclut aussi celui qui trouve d'autres gens pour faire paître à sa place. Même alors, il dit : qu'il vende peu à peu.
💡 Explication

Nouvelle michna. Behema daka : moutons et chèvres. On ne les élève pas dans l'habitat de la terre d'Israël. Rachi : elles broutent les champs, et les champs de la terre sont présumés appartenir à un Israël. En Surya (Syrie, Aram Tsoba) et dans les déserts du pays, on peut. Pour Rachi, ce tanna ne compte pas la conquête de David comme un kiboush : la Syrie reste comme l'étranger, où le dommage se paie sans décret d'élevage.

Tossefot sépare deux interdits. Legadel (élever), même à la maison. Lir ot (faire paître), même le gros bétail, et le berger est alors passoul pour le témoignage, Sanhédrin 25b. Élever le menu d'autrui ne rend pas kacher en terre d'Israël ni à Bavel selon Rav : la bête attachée au lit est déjà interdite. Le commentaire qui permet de remettre les bêtes à sa femme, comme à un berger, est écarté.

13
אֵין מְגַדְּלִין תַּרְנְגוֹלִין בִּירוּשָׁלַיִם, מִפְּנֵי הַקֳּדָשִׁים; וְלֹא כֹּהֲנִים בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, מִפְּנֵי הַטְּהָרוֹת.

On n'élève pas de poules à Jérusalem, à cause des offrandes. Ni les kohanim en terre d'Israël, à cause des puretés.

📜 Rachi (4)
אֵין מְגַדְּלִין תַּרְנְגוֹלִין בִּירוּשָׁלַיִם אַפֵּי' יִשְׂרָאֵל:
On n'élève pas de poules à Jérusalem : même un Israël.
מִפְּנֵי הַקֳּדָשִׁים שֶׁיִּשְׂרָאֵל אוֹכְלִים שָׁם בְּשַׂר שְׁלָמִים וְתוֹדָה וּמַעְשַׂר בְּהֵמָה וְדֶרֶךְ תַּרְנְגוֹלִים לְנַקֵּר בָּאַשְׁפָּה שֶׁמָּא יָבִיאוּ עֶצֶם כָּעֲדָשָׁה מִן הַשֶּׁרֶץ וִיטַמְּאוּ אֶת הַקֳּדָשִׁים:
À cause des offrandes : car les Israélites y mangent de la viande de shelamim, de toda et de dîme animale, et les poules ont coutume de fouiller le tas d'ordures. On craint qu'elles apportent un os de la taille d'une lentille provenant d'un sherets, et qu'elles rendent les offrandes impures.
וְלֹא יִגְדְּלוּ כֹּהֲנִים תַּרְנְגוֹלִין בְּכָל א"י:
Et que les kohanim n'élèvent pas de poules : dans toute la terre d'Israël.
מִפְּנֵי הַטְּהָרוֹת שֶׁהַכֹּהֲנִים אוֹכְלִין תְּרוּמָה הֵן צְרִיכִין לְהִזָּהֵר בְּטָהֳרָתָן:
À cause des puretés : car les kohanim mangent de la terouma, ils doivent se garder dans leur pureté.
💡 Explication

Les tarnegolim (poules) grattent les ordures. À Jérusalem, un os de sherets gros comme une lentille peut toucher les kodashim : shelamim, toda, maaser behema. L'interdit vise aussi un Israël, dit Rachi.

Les kohanim, dans toute la terre d'Israël : à cause des taharot. Ils mangent la terouma et doivent la garder pure.

14
אֵין מְגַדְּלִין חֲזִירִין – בְּכָל מָקוֹם. לֹא יְגַדֵּל אָדָם אֶת הַכֶּלֶב, אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה קָשׁוּר בְּשַׁלְשֶׁלֶת. אֵין פּוֹרְסִין נִישּׁוּבִים לְיוֹנִים, אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה רָחוֹק מִן הַיִּשּׁוּב שְׁלֹשִׁים רִיס.

On n'élève pas de porcs, en aucun lieu. Qu'un homme n'élève pas le chien, à moins qu'il ne soit attaché par une chaîne.

On ne tend pas de nishouvim pour les pigeons, à moins que ce ne soit éloigné de l'habitat de trente ris.

📜 Rachi (4)
חֲזִירִין טַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Des porcs : le motif est expliqué dans la Guemara.
אֶת הַכֶּלֶב מִפְּנֵי שֶׁנּוֹשֵׁךְ וּמְנַבֵּחַ וּמַפֶּלֶת אִשָּׁה מִיִּרְאָתוֹ:
Le chien : parce qu'il mord, qu'il aboie, et qu'une femme avorte par la peur qu'il cause.
נִישּׁוּבִים פַּחִים שֶׁלֹּא יִלְכְּדוּ בָּהֶן יוֹנֵי בְּנֵי הַיִּשּׁוּב:
Nishouvim : des pièges, pour qu'on n'y prenne pas les pigeons des gens de l'habitat.
שְׁלֹשִׁים רִיס אַרְבַּע מִילִין:
Trente ris : quatre mil.
💡 Explication

Trois règles encore. Les hazirim (porcs) : en aucun lieu. Rachi renvoie le motif à la Guemara, plus loin. Le kelev : seulement kashour be-shalshelet, attaché d'une chaîne, à cause de la morsure, de l'aboiement, et de la femme qui avorte de peur.

Les nishouvim sont des pièges à pigeons. À moins de trente ris de l'habitat, on y prendrait les pigeons des habitants. Rachi compte trente ris pour quatre mil.

15
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מְגַדְּלִין בְּהֵמָה דַּקָּה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, אֲבָל מְגַדְּלִין בָּחֳורָשִׁין שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. בְּסוּרְיָא – אֲפִילּוּ בְּיִשּׁוּב, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּחוּצָה לָאָרֶץ.

Guemara. Les Sages ont enseigné : on n'élève pas de menu bétail en terre d'Israël, mais on en élève dans les bois de la terre d'Israël.

En Syrie, même dans l'habitat. Et il n'est pas besoin de le dire hors de la terre.

📜 Rachi (1)
גְּמ' בָּחֳורָשִׁין בַּיְּעָרוֹת כְּדִמְתַרְגְּמִינַן בַּיַּעַר חוּרְשָׁא:
Guemara, dans les bois : dans les forêts, comme on traduit dans la forêt par horcha.
💡 Explication

La baraita précise la michna. L'interdit vise l'habitat. Les horashin du pays, les bois, restent permis. En Syrie, l'habitat lui-même est permis. Hors de la terre, à plus forte raison, le texte n'a pas besoin de le redire.

16
תַּנְיָא אִידָךְ: אֵין מְגַדְּלִין בְּהֵמָה דַּקָּה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל; אֲבָל מְגַדְּלִין בַּמִּדְבָּר שֶׁבִּיהוּדָה, וּבַמִּדְבָּר שֶׁבְּסֵפֶר עַכּוֹ. וְאַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ אֵין מְגַדְּלִין בְּהֵמָה דַּקָּה, אֲבָל מְגַדְּלִין בְּהֵמָה גַּסָּה; לְפִי שֶׁאֵין גּוֹזְרִין גְּזֵרָה עַל הַצִּבּוּר אֶלָּא אִם כֵּן רֹוב צִבּוּר יְכוֹלִין לַעֲמֹוד בָּהּ.

On enseigne une autre : on n'élève pas de menu bétail en terre d'Israël, mais on en élève dans le désert qui est en Judée, et dans le désert qui est à la frontière d'Akko. Et bien qu'ils aient dit qu'on n'élève pas de menu bétail, on élève pourtant du gros bétail, car on ne décrète un décret sur le public que si la majorité du public peut s'y tenir.

📜 Rachi (1)
בְּהֵמָה גַּסָּה צְרִיכָה בְּיִשּׁוּב לְמַשּׂאוֹי וְלַחֲרִישָׁה:
Gros bétail : il est nécessaire dans l'habitat, pour le portage et pour le labour.
💡 Explication

Deuxième baraita. Les déserts permis sont nommés : le désert de Yehuda, et le désert de la frontière d Akko. La behema gasa (bœufs et bêtes de trait) reste permise. Règle : on ne pose une gezerat ha-tsibbour que si la majorité du public peut s'y tenir. Rachi : le gros bétail sert dans l'habitat au portage et au labour. Le public ne pourrait pas s'en passer.

17
בְּהֵמָה דַּקָּה אֶפְשָׁר לְהָבִיא מֵחוּצָה לָאָרֶץ, בְּהֵמָה גַּסָּה אִי אֶפְשָׁר לְהָבִיא מֵחוּצָה לָאָרֶץ.

Le menu bétail, on peut l'amener de l'étranger. Le gros bétail, on ne peut pas l'amener de l'étranger.

💡 Explication

Suite du motif. Le menu bétail, s'il manque, on le fait venir de houts la-arets. Le gros bétail sert sans cesse. On ne peut pas en faire venir de l'étranger à chaque besoin. Le décret ne le frappe donc pas.

18
וְאַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ אֵין מְגַדְּלִין בְּהֵמָה דַּקָּה – אֲבָל מְשַׁהָהּ הוּא קֹודֶם לָרֶגֶל שְׁלֹשִׁים יוֹם, וְקֹודֶם מִשְׁתֵּה בְּנוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם. וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְשַׁהֶה אֶת הָאַחֲרוֹנָה שְׁלֹשִׁים יוֹם.

Et bien qu'ils aient dit qu'on n'élève pas de menu bétail, il le garde pourtant trente jours avant la fête de pèlerinage, et trente jours avant le festin de son fils. À condition qu'il ne garde pas la dernière trente jours.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא יִשְׁהֶה הָאַחֲרוֹנָה שֶׁבָּהֶן שְׁלֹשִׁים יוֹם לָקַח בְּהֵמוֹת קֹודֶם לָרֶגֶל שְׁלֹשִׁים יוֹם וְסָמוּךְ לָרֶגֶל לֹא יֹאמַר הֲרֵינִי שׁוֹחֵט אֶת הַמֻּוקְדָּמוֹת וּמֵאַחַר אֶת הָאַחֲרוֹנוֹת אַף לְאַחַר הָרֶגֶל עַד מְלֵאוֹת שְׁלֹשִׁים יוֹם לְמִקָּחָן:
Qu'il ne garde pas la dernière d'entre elles trente jours : il a acheté des bêtes trente jours avant la fête. Près de la fête, qu'il ne dise pas : j'abats les premières, et je retarde les dernières, même après la fête, jusqu'à ce que trente jours soient complètes depuis leur achat.
💡 Explication

Exception de durée. Avant le regel (fête de pèlerinage) et avant le festin de mariage de son fils, on peut garder le menu bétail trente jours : il en faut pour les repas. La dernière achetée ne reste pas trente jours pleins si cela dépasse la fête. Rachi : on n'abat pas d'abord les plus anciennes pour garder les récentes jusqu'au bout des trente jours d'achat.

19
דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא דְּאִי נְפַק לֵיהּ רֶגֶל, וּמִכִּי זַבְנַהּ עַד הַשְׁתָּא אַכַּתִּי לָא מְלוֹ לֵיהּ תְּלָתִין יוֹמִין; לָא נֵימָא תְּלָתִין מִשְׁרָא שְׁרֵי לֵיהּ לְשַׁהוֹיֵי, אֶלָּא כֵּיוָן דִּנְפַק לֵיהּ רֶגֶל – לָא מִבְּעֵי לֵיהּ לְשַׁהוֹיֵי.

Car il te serait venu à l'esprit de dire que si la fête est passée pour lui, et que depuis qu'il l'a achetée jusqu'à maintenant les trente jours ne sont pas encore complètes pour lui. Nous ne dirons pas : trente jours, il lui est permis de garder.

Plutôt, dès que la fête est passée pour lui, il ne doit pas garder.

💡 Explication

La dernière phrase de la baraita ferme une hava amina. On aurait compté trente jours depuis l'achat, même une fois la fête passée. Le texte enseigne le contraire : keivan de-nafak lei regel, dès que la fête est sortie, il ne garde plus. Le délai ne se complète pas après elle.

🖼️ Schéma
Trente jours : la fête coupe le délai Achat Dans les 30 jours -> Fête, ou festin On peut encore garder -> Fête passée On ne garde plus On ne complète pas les trente jours après la fête, même si l'achat est récent.
L'achat dans les trente jours est permis jusqu'à la fête. Après la fête, on ne prolonge pas.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).