Sougya : La baraita de 79b continue : le boucher achète et abat, ou fait attendre, sans garder l'aguna (la dernière, restée seule) trente jours. Les élèves de Rabban Gamliel demandaient en réalité s'il est permis de faire attendre : oui, attachée aux pieds du lit, sans la laisser pâtre avec le troupeau.
Un hassid, soigné par le lait chaud d'une chèvre attachée à son lit, est traité de bandit armé par ses collègues ; à sa mort il ne retient que cette faute. La maison de Rabbi Yishmael, en Haute Galilée, fut ruinée pour un chemin à travers le champ d'autrui et pour un jugement d'argent à juge unique.
Le berger qui fait techouva, le converti qui hérite de chiens et de porcs, et celui qui a voué une maison ou une femme en terre d'Israël, ne sont pas forcés d'agir tout de suite. On n'élève pas non plus le petit gibier ; Rabbi Yishmael permet les bêtes qui nettoient la maison.
Rav rend Babylone semblable à la terre d'Israël pour le menu bétail. Rav Houna s'appuie sur Hova, qui garde les bêtes ; la parole de Rav Adda bar Ahava s'accomplit.
L'amoud s'ouvre ensuite sur le repas de la semaine du fils, ou du salut du fils.
Et le boucher achète et abat, achète et fait attendre, à condition qu'il ne fasse pas attendre l'aguna qui est parmi elles trente jours.
Suite de la baraita de 79b. Là, avant la regel (fête de pèlerinage) et avant le festin du fils, on peut faire attendre trente jours, sans garder l'aharona, la dernière, une fois la fête passée. Ici, le tabah (boucher) rassemble des bêtes pour le yom ha-shouk (jour du marché) : il achète et abat, ou il achète et fait attendre.
L'aguna est la bête retardée, restée en arrière. Rachi le lit sur Routh 1, 13. Pour Rachi, la limite utile est le marché : on ne prolonge pas après lui pour finir les trente jours. Le Ri relève trois difficultés, dont la Tossefta qui porte plus de trente jours, et le silence du tanna sur le marché. Chez lui, l'aguna est celle qui reste seule après les autres : même seule, le délai tient en trente jours. Nos textes lisent : trente jours.
Ses élèves demandèrent à Rabban Gamliel : qu'en est-il d'élever ? Il leur dit : c'est permis.
Or nous avons appris : on n'élève pas !
La baraita rapporte la question des élèves : legadel, élever du menu bétail. Rabban Gamliel répond : permis. La Guemara coupe la citation et objecte par la michna : on n'élève pas de menu bétail en terre d'Israël.
Voici donc ce qu'ils lui demandaient : qu'en est-il de faire attendre ? Il leur dit : c'est permis, à condition qu'elle ne sorte pas et ne paisse avec le troupeau ; on l'attache aux pieds du lit.
La Guemara rétablit la question. Ils demandaient lishhot (faire attendre), le délai. Legadel (élever à demeure) est le mot de la michna, celui de l'objection. Rabban Gamliel permet, à deux conditions : elle ne sort pas paître dans le troupeau ; on la tient attachée aux pieds du lit.
Rachi lit ici un mahloket : les Sages contestent Rabban Gamliel. Tossefot rattache la question au délai d'avant la fête, déjà vu en 79b. L'attache est l'orha de-milta, l'usage : à Houlin 54b, une corde de neuf tefahim est la mesure pour lier le menu bétail au lit. Seconde lecture de Tossefot : même attachée, élever reste interdit ; seul le délai est ouvert, et dans la maison.
Les Sages ont enseigné : il y eut un fait, un certain hassid gémissait de son cœur. On interrogea les médecins, et ils dirent : il n'a pas de remède, jusqu'à ce qu'il tête du lait chaud de matin en matin.
On lui apporta une chèvre, on la lui attacha aux pieds du lit, et il tétait d'elle de matin en matin.
Le récit met en scène la condition de Rabban Gamliel. Le hassid a une douleur de cœur : Rachi, goneah, il crie et ne reprend pas souffle. Le remède des médecins est du halav roteh, du lait chaud, chaque matin. La chèvre est attachée aux pieds du lit.
Des jours après, ses collègues entrèrent pour le visiter. Dès qu'ils virent cette chèvre attachée aux pieds du lit, ils revinrent en arrière et dirent : un bandit armé est dans la maison de celui-ci, et nous entrerions chez lui ?
Les collègues voient la chèvre liée, et ils reculent. Le listim mezouyan (bandit armé) est le menu bétail : Rachi, il paît le champ d'autrui et dépouille le public. L'attache au lit ne leur suffit pas pour entrer.
Ils s'assirent et examinèrent, et ils ne trouvèrent en lui que cette faute, celle de cette chèvre. Et lui aussi, à l'heure de sa mort, dit : je sais qu'il n'y a en moi de faute que la faute de cette chèvre, car j'ai transgressé les paroles de mes collègues.
L'examen des collègues ne retient qu'un avon : la chèvre. Le hassid, à sa mort, dit la même chose. La faute nommée est d'avoir passé les paroles de ses collègues, les Sages qui interdisent. Le remède et l'attache au lit sont dans le récit ; la parole qu'il retient est la leur.
Rabbi Yishmael dit : la maison de mon père était parmi les propriétaires de la Haute Galilée. Et pourquoi furent-ils ruinés ?
Parce qu'ils faisaient paître dans les bois, et qu'ils jugeaient les affaires d'argent à un seul juge. Et bien qu'ils eussent des bois proches de leurs maisons, il y avait un petit champ, et ils faisaient passer un chemin par-dessus.
Deux causes pour la ruine de la maison paternelle, en Galil ha-elyon. D'abord, faire paître le menu bétail dans les hurshin (bois). Ensuite, juger les dinei mamonot (affaires d'argent) be-yahid, à juge unique : ces affaires se jugent à trois.
Rachi serre le premier point. Les bois eux-mêmes sont permis : la baraita précédente, et la takanat Yehoshoua en 81a, le maître du bois ne s'y oppose pas. Le vol est le petit champ d'autrui qui se trouve entre la maison et le bois : le troupeau y passe.
Les Sages ont enseigné : un berger qui a fait techouva, on ne l'oblige pas à vendre tout de suite ; il vend peu à peu. De même, un converti à qui sont échus des chiens et des porcs dans son héritage, on ne l'oblige pas à vendre tout de suite ; il vend peu à peu.
La techouva du berger est de cesser d'élever. Le tribunal ne lui impose pas la vente de tout le troupeau dans l'heure : al yad al yad, peu à peu. Même règle pour le ger qui reçoit en héritage des chiens et des porcs. Rachi : la michna interdit de les élever. La vente suit le même rythme.
De même, celui qui a voué d'acheter une maison et de prendre une femme en terre d'Israël, on ne l'oblige pas à acquérir tout de suite, jusqu'à ce qu'il trouve celle qui lui convient.
Troisième cas du même rythme. Un neder : acheter une maison, prendre une femme, en terre d'Israël. On n'exige pas le premier acquéreur venu. Il attend ha-hogenet lo, celle qui lui convient. Le féminin du texte vise la femme ; la maison est dans le même vœu, et le délai est le même.
Et il y eut un fait : une femme, dont le fils lui causait de la peine. Elle se leva d'un bond et jura : Quiconque viendra, je ne le renverrai pas.
Et des hommes qui ne sont pas convenables se précipitèrent vers elle. Quand la chose vint devant les Sages, ils dirent : celle-ci n'avait en vue que celui qui est convenable pour elle.
Le serment est large : kol mi she-yavo, quiconque viendra, elle ne le renvoie pas. Des hommes einam mehuganim (qui ne conviennent pas) se présentent. Les Sages lisent le kavana (l'intention) : elle visait le hagoun, l'homme convenable pour elle. Le fils qui lui pèse est le motif du serment ; les Sages bornent les mots à cette intention.
De même qu'ils ont dit : on n'élève pas de menu bétail, ainsi ils ont dit : on n'élève pas de petit gibier. Rabbi Yishmael dit : on élève des chiens kefarim, des chats, des singes et des houldot senaïm, parce qu'ils sont faits pour nettoyer la maison.
La baraita aligne la haya daka (petit gibier) sur la behema daka. Rachi : gazelles et renards. Rabbi Yishmael excepte des bêtes de maison : chiens kefarim (de village), chats, singes (kofim), houldot senaïm. Rachi : ces dernières grandissent dans le sneh (buisson). La raison commune : lenaker et ha-bayit, nettoyer la maison des souris.
Sur les chiens kefarim, Rachi donne deux leçons : petits et nains, ou grands chiens de chasse qui ne causent pas de dégât.
Que sont les houldot senaïm ? Rav Yehouda dit : shartza hartza.
Et il en est qui disent : harza, dont les cuisses sont minces, et qui paît parmi les vardanei. Et qu'est-ce que shartza ?
C'est que ses cuisses sont basses.
La Guemara identifie l'animal. Rav Yehouda : shartza hartza. D'autres : harza (zayin). Cuisses minces, elle paît parmi les vardanei. Rachi : le buisson, et les cuisses basses sont des cuisses courtes. Shartza vient de sheretz, ramper.
Tossefot, avec Rabbeinou Tam. Hartza (tsadi) : les intervalles, hartzin, se voient entre des cuisses minces et hautes. D'où le doute d'Ohalot, selon Rabbi Yossi au nom de Beit Shammaï : kazayit (olive) par le massa (port), règle de la neveila ; adasha (lentille) par le maga (contact), règle du sheretz. La houlda du verset, elle, a les cuisses basses, les pattes courtes, et elle rampe : sheretz, sans doute.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : nous nous sommes rendus, à Babylone, comme la terre d'Israël, pour le menu bétail. Rav Adda bar Ahava dit à Rav Houna : et les tiennes, qu'en est-il ?
L'interdit d'élever le menu bétail est celui de la terre d'Israël. Rav l'étend à Bavel : assinu atzmenu, nous nous sommes rendus semblables. Rachi date cela de l'exil de Yekhonya : beaucoup de disciples, un yishuv kavoua (résidence fixe). Rav Adda bar Ahava presse Rav Houna : didakh mai, et les tiennes ? Il a du menu bétail.
Il lui dit : les nôtres, Hova les garde. Il lui dit : que Hova enterre ses fils !
Toutes les années de Rav Adda bar Ahava, aucune descendance ne survécut à Rav Houna de la part de Hova. Il en est qui disent : Rav Houna a dit au nom de Rav : nous nous sommes rendus, à Babylone, comme la terre d'Israël, pour le menu bétail, depuis que Rav est venu à Babylone.
Hova est le nom de la femme de Rav Houna. Elle garde les bêtes. Rav Adda écarte cet appui. Rachi : tu t'appuies sur elle, et garder dépasse ce qu'elle peut. Pendant toutes les années de Rav Adda, aucun enfant de Hova ne survécut à Rav Houna.
Rabbeinou Hananel lit d'abord une question d'étonnement : elle élève le menu bétail, et ses fils ? La parole a pourtant pris effet, comme une erreur qui sort de devant le dirigeant (Kohelet 10, 5). À Nazir 57b, la même phrase vise la hakafat ha-roch (le tour de la tête) : là, c'est une malédiction, Hova coupant les cheveux des enfants.
Seconde version du dire de Rav : Rav Houna au nom de Rav, depuis l'arrivée de Rav à Babylone. Rachi : installation autour de sa yechiva ; autre formulation : Rav a vu une majorité d'Israël et a appris à s'en garder. Rabbeinou Tam : la venue de Rav est le moment où il enseigne une règle déjà vraie depuis l'exil de Yekhonya, comme pour les guittin et le lishmah. Sinon la michna, antérieure à Rav, ne pourrait pas être opposée à ce dire.
Rav, Chemouel et Rav Assi se trouvèrent à la maison de la semaine du fils, et d'autres disent : à la maison du salut du fils. Rav n'entrait pas devant Chemouel.
Nouveau récit, coupé en bas d'amoud. Trois maîtres arrivent à un repas. Shavoua ha-ben : Rachi, la brit mila, au bout de sept jours. Yeshoua ha-ben : Rachi et l'Aroukh, le festin du pidyon ha-ben, car le Targoum rend le rachat par purkan. Tossefot : le mot yeshoua reste en écart. Rabbeinou Tam : repas de naissance, l'enfant sorti du ventre, Yeshaya 66, ve-himlita zakhar.
Rav n'entre pas devant Chemouel. Rachi renvoie la raison plus loin. La suite est sur 80b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).