Sougya : La baraita ouverte en 80b énumère les conditions que Yehochoua a posées au partage du pays. Cet amud donne la liste : pâturage dans les bois, ramassage du bois et des herbes, coupe des pousses, source neuve, pêche au lac de Tverya, soulagement derrière une clôture, sentiers à travers les champs, écart sur le bord du chemin, passage dans les vignes, et la place du met mitsva.
La Guemara commence à borner chaque droit. Rav Papa limite le pâturage selon la taille du bétail et du bois.
Le ramassage du bois ne vaut que pour certains épineux, attachés et encore verts, sans déraciner. Le fenugrec fait difficulté face à la mishna de Kilayim : Rav Yirmeya répond par l'usage de la plante, graine ou tige, puis par la destination, homme ou bête.
Rabbi Tanhum et Rabbi Berayes, au nom d'un ancien, fixent d'où l'on peut couper une pousse.
Que l'on fasse paître dans les bois ; que l'on ramasse du bois dans leurs champs ; que l'on ramasse des herbes en tout lieu, sauf le fenugrec ; que l'on coupe des pousses en tout lieu, sauf les grofiot d'olivier ; et une source qui sort au commencement, les gens de la ville s'y approvisionnent ; et que l'on pêche à l'hameçon dans le lac de Tverya, à condition de ne pas tendre un kela et de ne pas arrêter le bateau.
Suite de la baraita des assara tena'im, les conditions de Yehochoua. Six droits s'ouvrent ici. On fait paître dans les horashim (les bois). On ramasse du bois dans les champs, et des herbes partout, sauf le fenugrec (tiltan). On coupe des pousses pour planter ou greffer, sauf les grofiot d'olivier.
Une source neuve : les gens de la ville y prennent leur eau ; Rachi y joint, à plus forte raison, les sources anciennes. Au lac de Tverya, la pêche à l'hameçon (haka) est ouverte. Le kela, clôture de roseaux fichée dans l'eau, reste interdit : il arrête les bateaux.
Deux lectures du mot grofiot. Rachi : les souches qu'on laisse, pleines de deux poings, quand on coupe l'olivier pour le brûler ; elles repoussent, on n'y prend pas de pousse. Le Arukh : les branches propres à l'olivier, comme la zemora l'est à la vigne.
Et l'on se soulage derrière la clôture, même dans un champ plein de karkom ; et l'on marche dans les sentiers de la rechout, jusqu'à ce que descende la seconde revia ; et l'on s'écarte vers les côtés des chemins à cause des yetidot des chemins ; et celui qui s'égare entre les vignes fraie en montant, fraie en descendant ; et un met mitsva acquiert sa place.
Cinq stipulations ferment la liste de la baraita. Nifnin : se soulager derrière une clôture, même dans un champ de karkom (safran). Rachi réserve le poids du din au caillou pris sur la clôture pour s'essuyer, malgré la brèche.
Les shvilei ha-reshut sont les traverses de champs après la rentrée de la récolte, jusqu'à la seconde revia (17 Marheshvan) : dès lors les semis lèvent. Les yetidot sont la boue d'hiver durcie en bosses et en creux : on peut alors marcher sur le bord du champ voisin, en toute saison. L'égaré dans les vignes mafsig, il coupe les sarments qui barrent le passage.
Le met mitsva, mort sans personne pour l'enterrer, acquiert le lieu de sa chute. Le maître du champ ne refuse pas la fosse.
Que l'on fasse paître dans les bois. Rav Papa a dit : nous ne l'avons dit que pour le menu dans le gros, mais le menu dans le menu et le gros dans le gros, non.
Et à plus forte raison le gros dans le menu, non.
Rav Papa borne le pâturage. Daka be-gasa : menu bétail (brebis, chèvres) dans un bois de grands arbres. Les bêtes ne détruisent pas les troncs : le droit tient.
Menu bétail dans un bois menu, gros bétail dans un bois gros : le pâturage abîme le bois, le droit tombe. Kal va-homer : gros bétail dans un bois menu, à plus forte raison exclu.
Et l'on ramasse du bois de leurs champs. Nous ne l'avons dit que pour les hizmei et les higi, mais pour les autres bois, non.
Et même pour les hizmei et les higi, nous ne l'avons dit que pour les attachés, mais pour les détachés, non.
Première borne du ramassage. Le droit vise les hizmei et les higi, épines et broussailles, dont le maître du champ ne se soucie pas. Les autres bois restent à lui.
Deuxième borne : seulement ce qui est encore mehubar, attaché au sol. Le bois déjà talush, détaché par le propriétaire, est à lui : il a peiné dessus, son daat y est.
Et même pour les attachés, nous ne l'avons dit que pour les humides, mais pour les secs, non. Et à condition qu'il ne déracine pas.
Troisième borne : les rameaux encore lahim, humides. Les yebeshim, secs, sont gardés comme bois de feu.
Quatrième borne : she-lo yesharesh. On prélève sans arracher la souche. Déraciner détruit la plante elle-même.
Et l'on ramasse des herbes en tout lieu, sauf un champ de fenugrec. Est-ce à dire que, pour le fenugrec, les herbes lui profitent ?
On objecte : un fenugrec qui a poussé avec des espèces d'herbes, on ne l'oblige pas à arracher !
L'exception du tiltan (fenugrec) se lit ainsi : si Yehochoua interdit d'y ramasser les herbes, c'est qu'elles profitent à la plante et que le maître les veut sur place.
La mishna de Kilayim objecte. Un fenugrec poussé avec des herbes : on n'oblige pas à les arracher. Rachi : les herbes nuisent, l'homme les retirera de lui-même, et l'on n'applique pas ici l'obligation des kilayim. Les deux textes tirent donc en sens contraire : profit d'un côté, nuisance de l'autre.
Tossefot refusent la lecture du Kuntres. Pour le Ri, il n'y a pas d'issour : l'homme n'a pas semé ces herbes, elles sont venues seules, et elles nuisent, donc pas de mekayem. Leurs deux autres gloses, sur la source et sur le kela, portent sur des clauses déjà lues plus haut.
Rav Yirmeya a dit : pas de difficulté. Ici, pour la graine ; là, pour les zirin.
Pour la graine, les herbes lui nuisent, car elles l'affaiblissent. Pour les zirin, elles lui profitent, car lorsqu'elle se tient parmi les herbes, elle grimpe.
Première réponse de Rav Yirmeya. Le fenugrec semé pour la graine : les herbes l'affaiblissent (makhish) et baissent le rendement. C'est le cas de la mishna Kilayim.
Le fenugrec semé pour les zirin, les tiges : les herbes lui profitent. La plante mirkabba, elle grimpe et s'appuie dessus, comme sur une treille. C'est le cas de Yehochoua : on ne les ramasse pas.
Tossefot demandent pourquoi, en cas de kilayim, le ramassage resterait interdit : Moed Katan rend hefker un champ qui contient des kilayim. Réponse : sous le shiur. Une se'a qui contient un rova d'une autre espèce doit être diminuée. En dessous de cette mesure, l'interdit de mélange ne joue pas, et la condition de Yehochoua reste.
Si tu veux, dis : ici, pour l'homme ; là, pour la bête. Puisque c'est pour la bête qu'il l'a semée, les herbes aussi lui sont nécessaires.
Et d'où le savons-nous ? Rav Papa a dit : s'il l'a disposé en rangées, c'est pour l'homme ; s'il ne l'a pas disposé en rangées, c'est pour la bête.
Seconde réponse, en ibayit eima. Ici, semence pour l'homme ; là, semence pour la bête. Semé pour la bête, le fenugrec est du fourrage : les herbes qui poussent avec lui servent aussi. On ne les ramasse pas. C'est l'exception de Yehochoua.
Rachi explicite l'autre face : semé pour l'homme, le ramassage des herbes est permis par la condition. Le signe est visible. Mesharei : semé en rangées, comme des planches, c'est pour l'homme. Semis sans rangées : c'est pour la bête.
Et l'on coupe une pousse en tout lieu, sauf les grofiot d'olivier. Rabbi Tanhum et Rabbi Berayes ont expliqué au nom d'un ancien : pour l'olivier, comme un œuf.
Pour les roseaux et les vignes, depuis le pekek et au-dessus. Et pour tous les autres arbres, depuis l'ovo de l'arbre, et non depuis le hod de l'arbre.
La clause des pousses reçoit sa mesure. Olivier : on laisse près du tronc la hauteur d'un œuf (ke-beitza). Au-dessus, on peut couper ; les grofiot, elles, restent.
Roseaux et vignes : on coupe depuis le pekek, le nœud, vers le haut. Autres arbres : depuis l'ovo, non depuis le hod.
Rachi donne deux lectures. Première : ovo désigne les rameaux fins, hod les branches grosses comme un arbre. Autre version, rapportée des Gueonim : on prend au milieu du tronc, la où les branches se serrent, et l'on épargne la branche haute du milieu, qui est le chef de l'arbre.
Depuis le neuf, qui ne fait pas de fruits, et non depuis le vieux, qui fait des fruits ; depuis un endroit qui ne voit pas le soleil,
Deux bornes encore, sur la même coupe. On prend le 'hadach, le rameau de l'année, qui ne porte pas encore de fruit. Le yashan, le vieux bois qui fructifie, reste à l'arbre.
On prend aussi à un endroit qui ne voit pas le soleil. La phrase s'arrête ici et continue au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).