Bava Kamma 81b - Les conditions de Yehochoua : eau, pêche, chemin, vignes, met mitsva

Bava_Kamma 81b

Sougya : L'amoud achève la liste des conditions posées par Yehochoua au partage du pays. On ne prend pas de branche du côté où le soleil mûrit le fruit.

La ville puise à une source neuve sans payer. On pêche dans la mer de Tveria avec rets et nasses, sans tendre un kela qui arrête les bateaux.

On se retire derrière une clôture, même dans le safran, et l'on peut y prendre un caillou le Chabbat. On s'écarte sur les côtés des chemins, même hors du pays.

Dans les vignes, la Torah fait longer les limites ; Yehochoua permet de couper le passage. Un met mitsva acquiert son lieu, sauf s'il gît en travers de la route.

Le décompte donne onze clauses : les sentiers privés sont de Chelomo, et le compte de Yehochoua revient à dix. Le fumier de Rabbi Yehouda, l'essaim, le vin et le lin de Rabbi Yichmael restent des opinions individuelles.

Les clauses lues sur cet amoud La baraita en compte dix. Le décompte de la Guemara en trouve onze. Côté au soleil On ne prend pas la branche Source neuve La ville puise, sans payer Mer de Tveria Rets oui, kela non Derrière la clôture Même le safran, même Chabbat Côtés du chemin Même hors du pays Vignes On coupe le passage Met mitsva Il acquiert son lieu, sauf en travers de la route Sentiers privés Chelomo. On les retire du compte de Yehochoua Onze moins une clause de Chelomo : dix Fumier, essaim, vin et lin : opinions de Rabbi Yehouda et de Rabbi Yichmael. La baraita anonyme des dix conditions ne les reprend pas. D'une opinion individuelle, la Guemara ne parle pas.
Les clauses de l'amoud. Les sentiers sont de Chelomo. Fumier, essaim, vin et lin restent des opinions individuelles.
Où déplace-t-on le met mitsva Mort sans personne pour l'enterrement. On choisit le champ le moins travaillé. Étendu sur l'istratia, 16 coudées On le sort de la route, à droite ou à gauche Friche et labouré Vers la friche sade bor Labouré et semé Vers le labouré nir, non ensemencé Les deux pareils Là où il veut friche, nir ou semence Rav Beivai : le mort est couché en travers du chemin Les gens de pureté passent et font ohel. Puisqu'on doit le bouger, on choisit le côté. Dans le champ, le met mitsva acquiert son lieu. On l'y enterre.
Sur la route, on déplace le met mitsva vers le champ le moins travaillé. Dans le champ, il acquiert son lieu.
Trois tenaim de Rabbi Yichmael Condition du tribunal. On agit malgré le propriétaire, puis on paie la perte. Essaim Abeilles sur une branche Il coupe la branche Il paie la branche Une à une, elles se perdent Vin et miel La cuve de miel se fend Il répand son vin Il prend le prix du vin sur le miel sauvé Bois et lin L'âne du lin est mort Il décharge le bois Il charge le lin Il prend le prix du bois Tossefot, Rabbeinou Its'hak Le maître du miel répand le vin malgré le porteur. Le porteur reçoit la valeur du vin. Même raison que l'essaim. Opinion individuelle : hors des dix conditions anonymes.
Essaim, vin contre miel, bois contre lin : on agit malgré le propriétaire, puis on paie la perte.
1
וְלֹא מִמְּקוֹם שֶׁהוּא רוֹאֶה אֶת הַחַמָּה; שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמִמֶּגֶד תְּבוּאַת שֶׁמֶשׁ״.

et non d'un endroit qui voit le soleil, ainsi qu'il est dit : "et des choses précieuses des produits du soleil".

📜 Rachi (1)
וְלֹא מִמָּקוֹם הָרוֹאֶה אֶת הַחַמָּה סְבִיבוֹת צְדָדִין מִבַּחוּץ מִפְּנֵי שֶׁהוּא עִיקַּר הָאִילָן שֶׁהַחַמָּה מְבַשֶּׁלֶת שָׁם אֶת הַפְּרִי וּמַמְתִּיקוֹ:
Et non d'un endroit qui voit le soleil : les pourtours, les côtés extérieurs, parce que c'est le principal de l'arbre, là où le soleil fait mûrir le fruit et le sucrer.
💡 Explication

Suite de 81a. On peut prendre une jeune pousse, à l'ombre. Le côté qui voit le soleil est réservé : c'est là que le fruit mûrit. Le verset de Devarim 33, 14, u-mi-meged tevuat shemesh, nomme ce produit du soleil.

🖼️ Schéma
Où peut-on prendre une branche Côté qui voit le soleil Le fruit y mûrit et se sucre On n'y prend pas Côté à l'ombre Branche neuve, sans fruit La prise reste ouverte
Côté au soleil : on ne prend pas. Côté à l'ombre : la prise reste ouverte.
2
וּמֵעֵין הַיּוֹצֵא תְּחִילָּה – בְּנֵי הָעִיר מִסְתַּפְּקִין מִמֶּנּוּ. אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: וְנוֹתֵן לוֹ דָּמִים. וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ.

Et une source qui jaillit pour la première fois : les gens de la ville y puisent leur besoin. Rabba bar Rav Houna dit : et il lui en donne le prix.

Et la halakha ne suit pas son avis.

💡 Explication

Maayan ha-yotse te'hila : une source qui apparaît pour la première fois, sur un fonds privé. Les bnei ha-ir y prennent l'eau dont ils ont besoin. Rabba bar Rav Houna exige un paiement au propriétaire. La halakha laisse l'eau sans prix.

3
וּמְחַכִּין בְּיַמָּהּ שֶׁל טְבֶרְיָא, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִפְרֹוס קֶלַע וְיַעֲמִיד אֶת הַסְּפִינָה – אֲבָל צָד הוּא בִּרְשָׁתוֹת וּבְמִכְמָרוֹת. תָּנוּ רַבָּנַן: בָּרִאשׁוֹנָה הִתְנוּ שְׁבָטִים זֶה עִם זֶה שֶׁלֹּא יִפְרֹוס קְלִיעָה וְיַעֲמִיד אֶת הַסְּפִינָה, אֲבָל צָד הוּא בִּרְשָׁתוֹת וּבְמִכְמָרוֹת.

Et l'on pêche dans la mer de Tveria, à condition de ne pas tendre un kela et d'immobiliser le bateau. Mais on pêche avec des rets et des nasses.

Les Sages ont enseigné : au commencement, les tribus ont stipulé entre elles de ne pas tendre une kelia et d'immobiliser le bateau, mais on pêche avec des rets et des nasses.

💡 Explication

La mer de Tveria est ouverte à la pêche. Le kela, ou kelia, est un rideau tendu dans l'eau : il barre le passage des bateaux. Les reshetot (rets) et les mikhmorot (nasses) restent permis. La baraita fait remonter la clause à un accord des shevatim entre eux.

🖼️ Schéma
Pêcher dans la mer de Tveria Kela, kelia Rideau dans l'eau Il arrête le bateau Rets La pêche reste ouverte Les tribus l'ont stipulé Nasses Mikhmorot Même régime que les rets
Kela interdit, parce qu'il arrête le bateau. Rets et nasses restent ouverts.
4
תָּנוּ רַבָּנַן: יַמָּהּ שֶׁל טְבֶרְיָא – בְּחֶלְקוֹ שֶׁל נַפְתָּלִי הָיְתָה. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁנָּטַל מְלֹא חֶבֶל חֵרֶם בִּדְרוֹמָהּ, לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר ״יָם וְדָרוֹם יְרֻשָּׁה״.

Les Sages ont enseigné : la mer de Tveria était dans la part de Naftali. Bien plus : il a pris, au sud, la pleine longueur d'une corde de herem, pour accomplir ce qui est dit : "la mer et le sud, il en héritera".

📜 Rachi (1)
מָלֵא חֶבֶל חֵרֶם מָלֵא חֶבֶל שֶׁל מְצוּדָה הָיָה לוֹ בִּדְרוֹמָהּ מִן הַיַּבָּשָׁה לִמְשֹׁוךְ רִשְׁתּוֹ חֵרֶם כְּמוֹ מְצוֹדִים וַחֲרָמִים (קֹהֶלֶת ז):
Pleine corde de herem : il avait au sud, prise sur la terre sèche, la longueur d'une corde de piège, pour tirer son filet. Herem, comme dans pièges et filets (Kohelet 7).
💡 Explication

La mer tombe dans le helek de Naftali. En plus de l'eau, il reçoit au sud une bande de terre sèche, longue comme la corde d'un herem, le filet, pour l'étaler et le tirer. Le verset de Devarim 33, 23, yam ve-darom yirasha, porte cette bande : la mer, et le sud.

5
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: תְּלוּשִׁין שֶׁבֶּהָרִים – בְּחֶזְקַת כָּל הַשְּׁבָטִים הֵן עוֹמְדִים, וּמְחֻובָּרִים – בְּחֶזְקַת אוֹתוֹ הַשֵּׁבֶט.

On enseigne : Rabbi Chimon ben Elazar dit : les biens détachés qui sont dans les montagnes sont en la possession de toutes les tribus, et les biens attachés, en la possession de cette tribu.

📜 Rachi (1)
בְּחֶזְקַת כָּל הַשְּׁבָטִים כָּל מִי שֶׁיִּרְצֶה יִטֹּול דְּהָא כְּמִטַּלְטְלֵי וּשְׁאָר הַשָּׁלָל וְהַמַּלְקוֹחַ הָיוּ:
En la possession de toutes les tribus : quiconque veut en prend, car c'est comme des biens meubles, et le reste du butin et de la prise l'était.
💡 Explication

À la conquête, un objet taloush (détaché) trouvé dans les montagnes est un butin commun : chaque tribu peut le prendre. Un bien mehoubar (attaché au sol), l'arbre sur sa terre, suit la tribu à qui ce sol échera.

6
וְאֵין לְךָ כָּל שֵׁבֶט וְשֵׁבֶט מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁאֵין לוֹ בָּהָר וּבַשְּׁפֵלָה וּבַנֶּגֶב וּבָעֵמֶק, שֶׁנֶּאֱמַר: ״פְּנוּ וּסְעוּ לָכֶם וּבֹאוּ הַר הָאֱמֹורִי וְאֶל כָּל שְׁכֵנָיו; בַּעֲרָבָה, בָּהָר, בַּשְּׁפֵלָה וּבַנֶּגֶב וּבְחוֹף הַיָּם וְגוֹ׳. וְכֵן אַתָּה מוֹצֵא בַּכְּנַעֲנִים וּבַפְּרִיזִּים וּבָאֱמוֹרִייִּם שֶׁלִּפְנֵיהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאֶל כָּל שְׁכֵנָיו״ – אַלְמָא שְׁכֵנָיו הָכִי הָווּ.

Et tu n'as aucune tribu d'Israël qui n'ait de la montagne, de la Shefela, du Neguev et de la vallée, ainsi qu'il est dit : "Tournez-vous, partez, et venez à la montagne de l'Emori et vers tous ses voisins, dans la Arava, dans la montagne, dans la Shefela, dans le Neguev et sur le rivage de la mer, etc." Et de même tu trouves chez les Kenaanim, les Perizim et les Emorim qui étaient avant eux, ainsi qu'il est dit : "et vers tous ses voisins". Il en ressort que ses voisins étaient ainsi.

📜 Rachi (1)
וְכֵן אַתָּה מוֹצֵא בִּכְנַעֲנִי אע"פ שֶׁכָּתוּב כָּאן הַר הָאֱמוֹרִי אַף כְּנַעֲנִי וּפְרִיזִּי כָּךְ הָיוּ לָהֶם וְיִשְׂרָאֵל שֶׁיָּרְשׁוּ הָיָה לָהֶם לְכָל אֶחָד הַר וּשְׁפֵלָה וְנֶגֶב וְעֵמֶק אֶרֶץ שָׂדוֹת וּבְקָעוֹת שֶׁקּוֹרִין כנפיינ"ה לָכֵן נִקְרֵאת נֶגֶב שֶׁכָּל שָׁעָה הִיא נְגוּבָה שֶׁאֵין שָׁם צֵל אִילָנוֹת וְחֵמָה זוֹרַחַת וּמְנַגַּבְתָּהּ:
Et de même tu trouves chez le Kenaani : bien qu'il soit écrit ici la montagne de l'Emori, le Kenaani et le Perizi avaient aussi cela. Israël, qui a hérité, chacun avait montagne, Shefela, Neguev et emek. Emek : une terre de champs et de vallées, qu'on appelle campagne. On l'appelle Neguev parce qu'elle est toujours sèche, neguva : il n'y a pas là l'ombre des arbres, le soleil y brille et la sèche.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין לְךָ כָּל שֵׁבֶט וְשֵׁבֶט מִיִּשְׂרָאֵל גָּרְסִינַן וּבְפֶ' יֵשׁ נוֹחֲלִין (ב"ב דַּף קכב. וְשָׁם) גַּבֵּי חֲלֻוקַּת הָעוֹלָם הַבָּא גָּרְסִינַן אֵין לָךְ כָּל אֶחָד וְאֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל כֵּן נִרְאֶה לְר"ת:
On lit : tu n'as pas une seule tribu d'Israël. Dans le chapitre Yech Nohalin (Bava Batra 122a, et là-bas), au sujet du partage du monde à venir, on lit : tu n'as pas un seul d'Israël. Ainsi il paraît à Rabbeinou Tam.
💡 Explication

Chaque shevet reçoit les quatre sortes de terre : har, shefela, neguev, emek. Devarim 1, 7 décrit déjà ainsi le pays des Emorim et de leurs voisins. L'héritage reprend la même répartition.

Rachi glose emek : champs et vallées, la campagne. Neguev : terre toujours sèche, sans ombre d'arbres. Tossefot fixe la leçon : ici, chaque tribu. À Bava Batra 122a, pour le monde à venir, la leçon est chaque Israël.

🖼️ Schéma
Chaque tribu a les quatre terrains Har Montagne Shefela Plaine basse Neguev Terre sèche Emek Vallée, champs
Montagne, Shefela, Neguev, vallée : chaque tribu en a une part.
7
וְנִפְנִין לַאֲחוֹרֵי הַגָּדֵר, וַאֲפִילּוּ בְּשָׂדֶה שֶׁהִיא מְלֵאָה כַּרְכֹּום. אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִיטּוֹל הֵימֶנּוּ צְרוֹר. אָמַר רַב חִסְדָּא: וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת. מָר זוּטְרָא חֲסִידָא שָׁקֵיל וּמַהְדַּר, וַאֲמַר לֵיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ (לְמָחָר): זִיל שִׁירְקֵיהּ.

Et l'on se retire derrière la clôture, même dans un champ plein de karkom. Rav Aha bar Yaakov dit : cela n'était nécessaire que pour en prendre un caillou.

Rav Hisda dit : et même le Chabbat. Mar Zoutra le hassid prenait et remettait en place, et il disait à son serviteur (le lendemain) : va, enduis-le.

📜 Rachi (2)
אֲמַר לֵיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ בְּחוֹל:
Il dit à son serviteur : en jour de semaine.
שִׁרְקֵיהּ טְחֵיהוּ בְּטִיט וְחַבְּרֵהוּ יָפֶה:
Enduis-le : enduis-le de boue et relie-le bien.
💡 Explication

On peut se retirer derrière la clôture, même si le champ est plein de karkom (safran), culture fragile. Le besoin lui-même allait de soi. Rav Aha bar Yaakov dit que la clause vise le tseror : prendre une pierre du mur pour se nettoyer.

Rav Hisda étend cela au Chabbat. Mar Zoutra le hassid retire la pierre et la remet. Le lendemain, jour de semaine, le serviteur l'enduit de boue pour la sceller.

🖼️ Schéma
Le caillou, même le Chabbat Derrière la clôture Même le safran On prend un caillou Rav Aha bar Yaakov Même le Chabbat Rav Hisda Mar Zoutra Il remet la pierre Enduit le lendemain
Le caillou est permis, même le Chabbat. Mar Zoutra le remet, et on l'enduit le lendemain.
8
וּמְהַלְּכִין בִּשְׁבִילֵי הָרְשׁוּת, עַד שֶׁתֵּרֵד רְבִיעָה שְׁנִיָּה. אָמַר רַב פָּפָּא: וְהַאי דִּידַן – אֲפִילּוּ טַל קָשֵׁי לֵהּ.

Et l'on marche dans les sentiers du domaine privé jusqu'à ce que descende la seconde revia. Rav Papa dit : et pour notre sol, même la rosée lui est pénible.

📜 Rachi (2)
וְהָא קַרְקַע דִּידַן:
Et celle-ci : notre terre.
אֲפִילּוּ טַל יָרַד עָלֶיהָ בַּלַּיְלָה קָשֶׁה לָהּ דְּרִיסַת הָרֶגֶל מִמָּחֳרָתוֹ:
Même la rosée : si elle est tombée sur elle la nuit, le piétinement du lendemain lui est pénible.
💡 Explication

Les shevilei ha-reshout sont des sentiers qui traversent un champ privé. On y passe l'été, jusqu'à la revia chenia, la seconde pluie, quand la semence lève.

En Babylonie, Rav Papa serre le délai : une rosée de la nuit suffit. Le piétinement du lendemain abîme déjà la terre humide.

9
וּמְסַלְּקִין לְצִידֵּי הַדְּרָכִים, מִפְּנֵי יְתֵידוֹת הַדְּרָכִים. שְׁמוּאֵל וְרַב יְהוּדָה הֲווֹ שָׁקְלִי וְאָזְלִי בְּאוֹרְחָא, הֲוָה מִסְתַּלַּק שְׁמוּאֵל לְצִידֵּי הַדְּרָכִים. אֲמַר לֵיהּ רַב יְהוּדָה: תְּנָאִין שֶׁהִתְנָה יְהוֹשֻׁעַ, אֲפִילּוּ בְּבָבֶל?! אֲמַר לֵיהּ: שֶׁאֲנִי אוֹמֵר, אֲפִילּוּ בְּחוּצָה לָאָרֶץ.

Et l'on s'écarte sur les côtés des chemins, à cause des yetedot des chemins. Chmouel et Rav Yehouda allaient sur la route.

Chmouel s'écartait sur les côtés des chemins. Rav Yehouda lui dit : les conditions que Yehochoua a stipulées, même en Babylonie ?

Il lui dit : je dis, même hors du pays.

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ בְּחוּצָה לָאָרֶץ וכ"ש בְּבָבֶל שֶׁמְּצֻוייָּן שָׁם שַׁייָּרוֹת וְעוֹבְרִין וְשָׁבִים וְהֻוצְרַךְ לְהַתְנוֹת:
Même hors du pays : et à plus forte raison en Babylonie, où les caravanes sont nombreuses, où l'on va et vient, et où il a fallu stipuler.
💡 Explication

Les yetedot ha-derakhim sont les aspérités du chemin. On peut poser le pied sur le bord privé pour les éviter. Chmouel le fait en Babylonie. Rav Yehouda demande si le tenai de Yehochoua y vaut.

Chmouel répond : la clause vaut même hors d'Erets Israël. Rachi : en Babylonie, les caravanes rendent la clause encore plus nécessaire.

10
רַבִּי וְרַבִּי חִייָּא הֲווֹ שָׁקְלִי וְאָזְלִי בְּאוֹרְחָא, אִסְתַּלַּקוּ לְצִידֵּי הַדְּרָכִים. הֲוָה קָא מְפַסַּיע וְאָזֵיל רַבִּי יְהוּדָה בֶּן (קַנּוּסָא) [נְקוּסָא] קַמַּיְיהוּ, אֲמַר לֵיהּ רַבִּי לְרַבִּי חִייָּא: מִי הוּא זֶה שֶׁמַּרְאֶה גְּדֻולָּה בְּפָנֵינוּ?

Rabbi et Rabbi Hiya allaient sur la route. Ils s'écartèrent sur les côtés des chemins.

Rabbi Yehouda ben Nekousa marchait à grandes enjambées devant eux. Rabbi dit à Rabbi Hiya : qui est celui qui montre sa grandeur devant nous ?

📜 Rachi (2)
מְפַסֵּעַ וְאָזֵיל מִיָּתֵד לְיָתֵד פְּסִיעוֹת גַּסּוֹת וְלֹא הָיָה רוֹצֶה לְהִסְתַּלֵּק אֶל מֶצֶר הַשָּׂדֶה:
Il marche à grandes enjambées : de yeted en yeted, à larges pas, et il ne voulait pas s'écarter vers la limite du champ.
גְּדֻולָּתוֹ שֶׁהוּא מַרְאֶה לָנוּ שֶׁהוּא יְרֵא שָׁמַיִם מְאֹד וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ לַתְּנַאי שֶׁהִתְנָה יְהוֹשֻׁעַ וּמֶחֱזֵי כְּיֻוהֲרָא:
Sa grandeur : il nous montre qu'il craint beaucoup le Ciel, qu'il ne tient pas compte de la condition stipulée par Yehochoua, et cela a l'air de la yohara (ostentation).
💡 Explication

Rabbi et Rabbi Hiya usent de la clause : ils sortent sur le côté. Rabbi Yehouda ben Nekousa, devant eux, reste sur la route et enjambe les yetedot.

Rabbi y voit une gedoula affichée : se montrer plus craintif que le tenai de Yehochoua. Rachi nomme cela yohara.

11
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חַייָּא: שֶׁמָּא רַבִּי יְהוּדָה בֶּן (קְנוּסָא) [נְקוּסָא] תַּלְמִידֵי הוּא, וְכָל מַעֲשָׂיו לְשֵׁם שָׁמַיִם. כִּי מָטוּ לְגַבֵּיהּ, חַזְייֵהּ. אֲמַר לֵיהּ: אִי לָאו יְהוּדָה בֶּן (קְנוּסָא) [נְקֻוסָּא] אַתְּ, גְּזַרְתִּינְהוּ לְשָׁקָךְ בְּגִיזְרָא דְפַרְזְלָא.

Rabbi Hiya lui dit : c'est peut-être Rabbi Yehouda ben Nekousa, mon élève, et tous ses actes sont lechem chamayim. Quand ils arrivèrent auprès de lui, il le vit.

Il lui dit : si tu n'étais pas Yehouda ben Nekousa, je t'aurais tranché les jambes avec des cisailles de fer.

📜 Rachi (1)
בְּגִיזְרָא דְּפַרְזְלָא כְּלוֹמַר נִדּוּי:
Avec des cisailles de fer : c'est-à-dire le nidouy (mise au ban).
💡 Explication

Rabbi Hiya le reconnaît comme son élève, dont les actes sont lechem chamayim. Rabbi, une fois qu'il le voit, limite la menace à un autre que lui.

Trancher les jambes au gizra de-parzela, les cisailles de fer, est une image. Rachi : il s'agit du nidouy.

12
הַתּוֹעֶה בֵּין הַכְּרָמִים, מְפַסֵּיג וְיוֹרֵד מְפַסֵּיג וְעוֹלֶה. תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹאֶה חֲבֵירוֹ תּוֹעֶה בֵּין הַכְּרָמִים, מְפַסֵּיג וְעוֹלֶה מְפַסֵּיג וְיוֹרֵד, עַד שֶׁמַּעֲלֵהוּ לָעִיר אוֹ לַדֶּרֶךְ. וְכֵן הוּא שֶׁתּוֹעֶה בֵּין הַכְּרָמִים, מְפַסֵּיג וְעוֹלֶה מְפַסֵּיג וְיוֹרֵד עַד שֶׁיַּעֲלֶה לָעִיר אוֹ לַדֶּרֶךְ.

Celui qui s'égare parmi les vignes ébranche en descendant, ébranche en montant. Les Sages ont enseigné : celui qui voit son prochain s'égarer parmi les vignes ébranche en montant, ébranche en descendant, jusqu'à le faire monter à la ville ou au chemin.

Et de même, celui qui s'égare parmi les vignes ébranche en montant, ébranche en descendant, jusqu'à monter à la ville ou au chemin.

💡 Explication

Mafsig : on coupe les sarments pour se frayer un passage. La clause vaut pour qui guide un égaré, et pour l'égaré lui-même, jusqu'à la ville ou au chemin.

13
מַאי ״וְכֵן״? מַהוּ דְתֵימָא, חֲבֵירוֹ הוּא דְּיָדַע לְהֵיכָא מְסַלֵּק – דְּנִיפְסוֹג; אֲבָל הוּא, דְּלָא יֵדַע לְהֵיכָא קָא סָלֵיק – לָא נִיפְסוֹג, נֶהְדָּרֶיהָ (נֶהְדַּר) [מַהְדַּר] בֵּי מִיצְרֵי; קָא מַשְׁמָע לַן.

Que vient faire "et de même" ? On aurait pu dire : c'est son prochain, qui sait vers où il s'écarte, qui ébranche ; lui, qui ne sait pas vers où il monte, n'ébranche pas, il contourne le long des limites.

Cela nous l'apprend.

📜 Rachi (1)
מַאי וְכֵן פְּשִׁיטָא מַאי שְׁנָא אִיהוּ מֵחַבְרֵיהּ:
Que vient faire et de même : c'est évident, quelle différence entre lui et son prochain ?
💡 Explication

Le ve-khen semble inutile : l'égaré aurait le même droit que celui qui le guide. La Guemara donne le hava amina. Le guide sait où il coupe, donc il peut ébrancher. L'égaré, qui ne sait pas où il débouche, devrait longer les metsarim, les limites, sans couper.

Ka mashma lan : la baraita lui donne quand même le droit de couper.

14
הָא דְּאוֹרָייְתָא הוּא, דְּתַנְיָא: הֲשָׁבַת גּוּפוֹ מִנַּיִין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וַהֲשֵׁבֹותוֹ״!

Cela relève de la Torah ! Car on enseigne : le retour de sa personne, d'où ?

Le verset l'enseigne : "et tu le lui rendras".

📜 Rachi (1)
וַהֲשֵׁבֹותוֹ אֶת גּוּפוֹ מַשְׁמַע שֶׁאִם טָעָה חֲבֵירְךָ אַתָּה צָרִיךְ לְהַעֲלוֹתוֹ לַדֶּרֶךְ:
Et tu le lui rendras : sa personne est visée. Si ton prochain s'est égaré, tu dois le ramener au chemin.
💡 Explication

Objection : pourquoi Yehochoua aurait-il stipulé un droit déjà de-oraita ? La mitsva de hachavat aveda couvre aussi le retour de la personne égarée. Devarim 22, 2, ve-hashevoto, se lit : tu le ramèneras, lui.

15
דְּאוֹרָייְתָא הוּא דְּקָאֵי בֵּי מִיצְרֵי, אֲתָא הוּא תַּקֵּין דִּמְפַסֵּיג וְעוֹלֶה מְפַסֵּיג וְיוֹרֵד.

De la Torah, il reste le long des limites. Lui est venu et a institué qu'on ébranche en montant et qu'on ébranche en descendant.

📜 Rachi (1)
דְּאוֹרָייְתָא בֵּי מִצְרִי יַקִּיף סְבִיבוֹת מִצְרֵי הַכְּרָמִים וְלֹא יַעֲבֹור בְּתוֹכָם וְיַפְסִידֵם:
De la Torah, le long des limites : il contourne les limites des vignes, il ne passe pas dedans et ne les abîme pas.
💡 Explication

La Torah oblige à ramener l'égaré en longeant les metsarim, sans abîmer les ceps. Yehochoua ajoute le passage direct : mafsig ve-oleh, mafsig ve-yored.

🖼️ Schéma
S'égarer dans les vignes : Torah et Yehochoua De la Torah On longe les limites On n'abîme pas les ceps Tenai de Yehochoua On ébranche, on monte, on descend Jusqu'à la ville ou au chemin
Torah : longer les limites. Yehochoua : couper les sarments et traverser.
16
וּמֵת מִצְוָה קָנָה מְקוֹמוֹ. וּרְמִינְהִי: הַמּוֹצֵא מֵת מוּטָל בְּאִיסְרַטְיָא, מְפַנֵּהוּ לִימִין אִיסְרַטְיָא אוֹ לִשְׂמֹאל אִיסְרַטְיָא. שְׂדֵה בוּר וּשְׂדֵה נִיר – מְפַנֵּהוּ לִשְׂדֵה בּוֹר.

Et un met mitsva acquiert son lieu. On objecte : celui qui trouve un mort étendu sur l'istratia le déplace à droite de l'istratia ou à gauche de l'istratia.

Champ en friche et champ labouré : il le déplace vers le champ en friche.

📜 Rachi (4)
אִיסְרַטְיָא רה"ר ט"ז אַמָּה:
Istratia : domaine public de seize coudées.
שְׂדֵה בּוּר מִכָּאן לָאִיסְרַטְיָא וּשְׂדֵה נִיר מִכָּאן מְפַנֵּהוּ לִשְׂדֵה בּוֹר:
Un champ en friche d'un côté de l'istratia et un champ labouré de l'autre : il le déplace vers le champ en friche.
נִיר חָרוּשׁ וְלֹא זָרוּעַ:
Nir : labouré et non ensemencé.
מְפַנֵּהוּ אַלְמָא לֹא קָנָה מְקוֹמוֹ דְּאִי קָנָה מְקוֹמוֹ מָצֵי בַּעַל הַשָּׂדֶה שֶׁל יָמִין וְשֶׁל שְׂמֹאל לְעִכּוּבֵיהּ:
Il le déplace : il en ressort qu'il n'a pas acquis son lieu. S'il avait acquis son lieu, les propriétaires des champs de droite et de gauche pourraient l'en empêcher.
💡 Explication

Dernière clause : le met mitsva, mort sans entourage pour l'enterrer, acquiert son lieu : on l'enterre là où il gît.

Une baraita semble dire l'inverse. Sur l'istratia, route publique de seize coudées, on le sort à droite ou à gauche. Entre un sade bor (friche) et un sade nir (labouré, non semé), on choisit la friche. S'il avait acquis le lieu, le propriétaire du champ latéral pourrait refuser.

17
שְׂדֵה נִיר וּשְׂדֵה זֶרַע – מְפַנֵּהוּ לִשְׂדֵה נִיר. הָיוּ שְׁתֵּיהֶן בּוֹרוֹת; שְׁתֵּיהֶן נְיָרוֹת; שְׁתֵּיהֶן זְרוּעוֹת – מְפַנֵּהוּ לְמָקוֹם שֶׁיִּרְצֶה!

Champ labouré et champ ensemencé : il le déplace vers le champ labouré. Si les deux étaient en friche, les deux labourés, les deux ensemencés : il le déplace à l'endroit qu'il veut.

💡 Explication

L'ordre de préférence : friche, puis nir (labouré), puis champ ensemencé. À degré égal des deux côtés, on choisit le côté que l'on veut. Le mort ne reste donc pas à l'endroit où on l'a trouvé.

18
אָמַר רַב בֵּיבָי: בְּמֻוטָּל עַל הַמֵּיצַר; מִתּוֹךְ שֶׁנִּיתַּן לְפַנּוֹתוֹ, מְפַנֵּהוּ לְכָל מָקוֹם שֶׁיִּרְצֶה.

Rav Beivai dit : quand il est étendu sur le metser. Du moment qu'il est permis de le déplacer, on le déplace à tout endroit que l'on veut.

📜 Rachi (1)
עַל הַמֵּיצַר מוּטָל בְּרֹוחַב הַדֶּרֶךְ וְעוֹבְרִין וּמַאֲהִילִין עָלָיו עוֹשֵׂי טְהָרוֹת וּמְטַמְּאוֹת:
Sur le metser : il est étendu dans la largeur du chemin. Ceux qui s'occupent de taharot passent, font ohel au-dessus de lui, et contractent la toumah.
💡 Explication

Rav Beivai limite la baraita qui déplace le mort : il gît sur le metser, en travers de la route. Le laisser là rend impurs ceux qui passent : ils font ohel au-dessus du corps.

Dès lors qu'on doit le sortir de la route, on choisit le champ le moins travaillé. Dans un champ, la clause de Yehochoua tient : il acquiert son lieu.

19
אָמְרִי: עֲשָׂרָה?! הָנֵי חַד סְרֵי הָוְייָן! מְהַלְּכִין בִּשְׁבִילֵי הָרְשׁוּת – שְׁלֹמֹה אָמְרָה.

On dit : dix ? Ceux-là font onze.

Marcher dans les sentiers du domaine privé, c'est Chelomo qui l'a dit.

💡 Explication

La baraita a ouvert sur dix conditions. En les comptant, la Guemara en trouve onze. On retire les sentiers du domaine privé : cette clause est de Chelomo. Le compte revient à dix.

🖼️ Schéma
Comment le compte revient à dix Baraita : dix Yehochoua Décompte : onze Clauses énumérées On en retire une Les sentiers : Chelomo
Onze clauses énumérées. On retire les sentiers, qui sont de Chelomo. Il reste dix.
20
כִּדְתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁכָּלוּ פֵּירוֹתָיו מִן הַשָּׂדֶה, וְאֵינוֹ מַנִּיחַ בְּנֵי אָדָם לִיכָּנֵס בְּתוֹךְ שָׂדֵהוּ – מָה הַבְּרִיּוֹת אוֹמְרוֹת עָלָיו? מָה הֲנָאָה יֵשׁ לִפְלוֹנִי, וּמָה הַבְּרִיּוֹת מַזִּיקוֹת לוֹ? עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״מִהְיוֹת טוֹב אַל תִּקָּרֵי רָע״. וּמִי כְּתִיב: ״מִהְיוֹת טוֹב אַל תִּקָּרֵי רָע״? אִין, כְּתִיב כִּי הַאי גַוְונָא: ״אַל תִּמְנַע טוֹב מִבְּעָלָיו, בִּהְיוֹת לְאֵל יָדְךָ לַעֲשׂוֹת״.

Comme on l'enseigne : voici que ses fruits ont été entièrement retirés du champ, et il ne laisse pas les gens entrer dans son champ. Que disent de lui les gens ?

Quel avantage untel a-t-il, et quel dommage les gens lui causent-ils ? De lui l'Écrit dit : "en cessant d'être bon, ne te fais pas appeler méchant".

Et est-il écrit : "en cessant d'être bon, ne te fais pas appeler méchant" ? Oui, il est écrit en ce sens : "ne retiens pas le bien à celui à qui il est dû, quand il est au pouvoir de ta main de le faire".

💡 Explication

La clause de Chelomo vise le champ déjà vidé de ses fruits. En refuser le passage ne protège plus rien : les gens demandent quel profit il y a, et quel dommage ils causent.

La formule mi-heyot tov al tikarei ra n'est pas un verset. La Guemara la rattache à Mishlei 3, 27 : ne retiens pas le bien dû à autrui, quand ta main peut le faire.

21
וְתוּ לֵיכָּא? וְהָא אִיכָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה – דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בִּשְׁעַת הוֹצָאַת זְבָלִים, אָדָם מוֹצִיא זִבְלוֹ לִרְשׁוּת הָרַבִּים, וְצוֹבְרוֹ כָּל שְׁלֹשִׁים; כְּדֵי שֶׁיְּהֵא נִישּׁוֹף בְּרַגְלֵי אָדָם וּבְרַגְלֵי בְּהֵמָה. שֶׁעַל מְנָת כֵּן הִנְחִיל יְהוֹשֻׁעַ לְיִשְׂרָאֵל אֶת הָאָרֶץ!

Et il n'y en a pas davantage ? Or il y a celle de Rabbi Yehouda.

Car on enseigne : Rabbi Yehouda dit : au temps où l'on sort les fumiers, un homme sort son fumier vers le domaine public et l'entasse trente jours durant, afin qu'il soit foulé par les pieds des hommes et par les pieds du bétail. Car c'est à cette condition que Yehochoua a transmis la terre en héritage à Israël.

📜 Rachi (1)
כָּל שְׁלשִׁים יוֹם שְׁלשִׁים יוֹם רַשַּׁאי לְהַנִּיחוֹ שָׁם:
Trente jours entiers : il a le droit de l'y laisser trente jours.
💡 Explication

Nouvelle clause, rapportée par Rabbi Yehouda. À la saison où l'on sort le fumier, on peut l'entasser trente jours dans le reshout ha-rabim. Le piétinement des hommes et des bêtes le nishof, le foule, et cela l'améliore.

Il présente cela comme un tenai de Yehochoua au moment où il a fait hériter le pays. La suite dira pourquoi la baraita des dix ne le compte pas.

22
וְהָא אִיכָּא דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה – דְּתַנְיָא, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר: תְּנַאי בֵּית דִּין הוּא שֶׁיְּהֵא זֶה יוֹרֵד לְתוֹךְ שְׂדֵה חֲבֵירוֹ וְקוֹצֵץ שׂוֹכוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ לְהַצִּיל נְחִיל שֶׁלּוֹ, וְנוֹתֵן לוֹ דְּמֵי שׂוֹכוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ;

Or il y a celle de Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka. Car on enseigne : Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : c'est un tenai beit din que celui-ci descende dans le champ de son prochain, coupe la branche de son prochain pour sauver son essaim, et lui donne la valeur de la branche de son prochain.

📜 Rachi (2)
דָּר' יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל ר' יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה בְּפֶרֶק הַגּוֹזֵל בָּתְרָא:
De Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka : dans le chapitre Ha-Gozel Batra.
נְחִיל שֶׁל דְּבוֹרִים שֶׁהָלְכוּ לִשְׂדֵה חֲבֵירוֹ וְנִתְייַשְּׁבוּ עַל שׂוֹכָתָהּ שֶׁל אִילָן וְאִם יִטֹּול אֶחָד אֶחָד הֵן פּוֹרְחוֹת וְאוֹבְדוֹת מֵאַחַר שֶׁנָּתְנוּ עֵינֵיהֶן בְּאוֹתָהּ שׂוֹכָה לְפִיכָךְ קוֹצְצָהּ וְנוֹתֵן לוֹ דָּמִים:
Essaim : d'abeilles parties dans le champ de son prochain et posées sur une branche de l'arbre. S'il les prend une à une, elles s'envolent et sont perdues, puisqu'elles ont jeté les yeux sur cette branche. C'est pourquoi il la coupe et lui donne le prix.
💡 Explication

Second ajout, un tenai beit din : condition qui joue sans clause écrite. L'essaim s'est posé sur la soukha, la branche, du voisin. Les prendre une à une les perd : elles ont jeté les yeux sur cette branche.

On coupe donc la branche malgré le propriétaire, puis on lui paie sa valeur. Rachi renvoie le développement au chapitre Ha-Gozel Batra.

23
וּתְנַאי בֵּית דִּין הוּא שֶׁיְּהֵא זֶה שׁוֹפֵךְ יֵינוֹ וּמַצִּיל דֻּובְשָׁנוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, וְנוֹטֵל דְּמֵי יֵינוֹ מִתּוֹךְ דֻּובְשָׁנוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ; וּתְנַאי בֵּית דִּין הוּא שֶׁיְּהֵא זֶה מְפָרֵק אֶת עֵצָיו וְטוֹעֵן פִּשְׁתָּנוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, וְנוֹטֵל דְּמֵי עֵצָיו מִתּוֹךְ פִּשְׁתָּנוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ; שֶׁעַל מְנָת כֵּן הִנְחִיל יְהוֹשֻׁעַ לְיִשְׂרָאֵל אֶת הָאָרֶץ!

Et c'est un tenai beit din que celui-ci répande son vin et sauve le miel de son prochain, et prenne la valeur de son vin sur le miel de son prochain. Et c'est un tenai beit din que celui-ci décharge son bois et charge le lin de son prochain, et prenne la valeur de son bois sur le lin de son prochain.

Car c'est à cette condition que Yehochoua a transmis la terre en héritage à Israël.

📜 Rachi (1)
וּמַצִּיל דֻּובְשָׁנוֹ זֶה בָּא בְּכַדּוֹ שֶׁל יַיִן וְזֶה בָּא בְּכַדּוֹ שֶׁל דְּבַשׁ וְנִסְדְּקָה חָבִית שֶׁל דְּבַשׁ וְכֵן זֶה בָּא בַּחֲבִילַת פִּשְׁתָּן עַל חֲמוֹרוֹ וְזֶה בָּא בַּחֲבִילַת עֵצִים וּמֵת חֲמוֹרוֹ שֶׁל בַּעַל פִּשְׁתָּן יְפָרֵק זֶה אֶת עֵצָיו וְטוֹעֲנוֹ:
Et il sauve son miel : celui-ci vient avec sa cruche de vin, celui-là avec sa cruche de miel, et le tonneau de miel s'est fendu. De même, celui-ci vient avec un ballot de lin sur son âne, celui-là avec un ballot de bois, et l'âne du maître du lin est mort : celui-ci décharge son bois et charge le lin.
🗂️ Tossefot (1)
וְנוֹטֵל דְּמֵי יֵינוֹ מִתּוֹךְ דֻּובְשָׁנוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ ע"כ מַייְרֵי כְּשֶׁעֵקֶל בֵּית הַבַּד כָּרוּךְ עָלֶיהָ דאל"כ לֵימָא לֵיהּ מֵהֶפְקֵירָא קָזָכֵינָא כִּדְאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בָּבָא קַמָּא דַּף קטו:) וא"ת וְאַמַּאי נוֹטֵל דְּמֵי יֵינוֹ הָא אָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (שָׁם) דְּאֵין לוֹ אֶלָּא שְׂכָרוֹ וּמָצֵי' לְמֵימַר דְּהַךְ דָּר' יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה פְּלִיג כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ בִּיחִידָאָה לָא קָאָמַר וְכֵן מַשְׁמַע בַּתּוֹסֶפְתָּא. דְּבָתַר הַךְ דְּלָא יָקוֹץ קָתָנֵי הַךְ אֲבָל אֵין נִרְאֶה דְּלָמָּה יִטֹּול דְּמֵי יֵינוֹ הֲלֹא יָכוֹל לוֹמַר אֲנִי הָיִיתִי דּוֹחֵק וּמַצִּיל כֵּיוָן דְּאוֹקְמָה כְּשֶׁעֵקֶל בֵּית הַבַּד כָּרוּךְ עָלֶיהָ שֶׁיָּכוֹל לְהַצִּיל ע"י הַדְּחָק וְנִרְאֶה לר"י דְּהַהִיא דִּלְקַמָּן שֶׁבַּעַל הַיַּיִן שָׁפַךְ אֶת יֵינוֹ מִדַּעְתּוֹ שֶׁיָּכוֹל לוֹמַר בַּעַל הַדְּבַשׁ לָמָּה שָׁפַכְתָּ אֲנִי הָיִיתִי דּוֹחֵק וּמַצִּיל אֲבָל הָכָא מַיְירֵי שֶׁבָּא בַּעַל הַדְּבַשׁ לִשְׁפֹּוךְ אֶת הַיַּיִן שֶׁתְּנַאי ב"ד הוּא שֶׁאֵין בַּעַל הַיַּיִן יָכוֹל לְעַכֵּב אֶלָּא שׁוֹפֵךְ יֵינוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ בע"כ שֶׁל חֲבֵירוֹ אֶלָּא שֶׁנּוֹתֵן לוֹ דְּמֵי יֵינוֹ מִתּוֹךְ דֻּובְשָׁנוֹ וְהַשְׁתָּא הָוֵי כְּעֵין הַהִיא דִּנְחִיל שֶׁל דְּבוֹרִים שֶׁקָּצְצוּ בע"כ לְהַצִּיל נְחִילוֹ וּכְעֵין זֶה נָמֵי הַהִיא דְּפִשְׁתָּן וְהַאי דִּמְשַׁנֵּי כִּיחִידָאָה לָא קָאָמַר מִשּׁוּם דְּמִסְּתָמָא כִּי הֵיכִי דִּפְלִיגִי בְּהַהִיא דִּנְחִיל כְּדִתְנַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בָּבָא קַמָּא דַּף קיד.) פְּלִיגִי נָמֵי בְּאַחֲרֵינִי דְּחַד טַעְמָא הוּא:
Et il prend la valeur de son vin dans le miel de son prochain. Cela traite forcément du cas où la corde du pressoir, l'ekel beit ha-bad, est enroulée sur la cuve. Sinon, il pourrait lui dire : je l'acquiers à titre de hefker (bien abandonné), comme on le dit plus loin dans le dernier chapitre (Bava Kamma 115b). Si l'on objecte : pourquoi prend-il la valeur de son vin ? Plus loin, dans le dernier chapitre, au même endroit, on dit qu'il n'a que son salaire. On peut répondre que l'enseignement de Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, est en discussion, comme on le dit juste après : d'une opinion individuelle, nous ne parlons pas. La Tossefta va dans ce sens : après l'enseignement où l'on ne coupe pas, elle enseigne celui-ci. Cette réponse ne se soutient pas. Pourquoi prendrait-il la valeur de son vin ? L'autre peut dire : j'aurais pressé et sauvé moi-même, dès lors que le cas est celui où la corde du pressoir est enroulée dessus, de sorte qu'il peut sauver en se contraignant. Il paraît à Rabbeinou Its'hak : là-bas, le propriétaire du vin a répandu son vin de lui-même. Le propriétaire du miel peut lui dire : pourquoi as-tu répandu ? J'aurais pressé et sauvé. Ici, le propriétaire du miel vient répandre le vin. Le tenai beit din (condition du tribunal) empêche le propriétaire du vin de s'y opposer : on répand le vin de son prochain malgré lui, et on lui donne la valeur de son vin prise sur le miel. Cela rejoint l'essaim d'abeilles : on coupe malgré le propriétaire pour sauver l'essaim. Il en va de même pour le lin. La réponse, d'une opinion individuelle nous ne parlons pas, tient parce que, selon toute apparence, la discussion qui existe pour l'essaim, comme la michna l'enseigne plus loin dans le dernier chapitre (Bava Kamma 114a), existe aussi pour les autres cas : une seule raison les porte.
💡 Explication

Deux autres tenaim, même structure. La cuve de miel se fend : on vide le vin, moins précieux, pour recueillir le miel, puis le prix du vin se prend sur le miel sauvé. L'âne du lin meurt : on décharge le bois et l'on charge le lin, puis le prix du bois se prend sur le lin.

Tossefot pose le cas où l'ekel beit ha-bad, la corde du pressoir, est enroulée sur la cuve : le miel n'est pas encore hefker, le maître pourrait encore sauver en se contraignant. Rabbeinou Its'hak distingue : là-bas, à Bava Kamma 115b, le porteur de vin a vidé de lui-même, et il n'a que son salaire. Ici, le maître du miel vide le vin malgré le porteur. D'où il reçoit la valeur du vin. À Bava Kamma 115b, il n'a que son salaire. Même discussion que pour l'essaim, michna de Bava Kamma 114a.

🖼️ Schéma
On perd le moindre pour sauver le plus Vin répandu, miel sauvé Le prix du vin se prend sur le miel Cuve fendue Bois décharge, lin chargé Le prix du bois se prend sur le lin Âne mort
On sacrifie le vin pour le miel, le bois pour le lin, et l'on reçoit le prix de ce qu'on a perdu.
24
בִּיחִידָאֵי לָא קָאָמְרִינַן.

D'une opinion individuelle, nous ne parlons pas.

📜 Rachi (1)
דְּר' יְהוּדָה וּדְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל יְחִידָאֵי נִינְהוּ וּבָרַיְיתָא דַּעֲשָׂרָה תַּנָּאִים סְתָמָא הִיא:
De Rabbi Yehouda et de Rabbi Yichmael : ce sont des opinions individuelles, et la baraita des dix conditions est anonyme.
💡 Explication

La baraita des dix est un stam : elle ne retient que ce qui est admis de tous. Rabbi Yehouda sur le fumier, et Rabbi Yichmael sur l'essaim, le vin et le lin, sont des yehidim. Leurs clauses restent hors du compte.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).