Sougya : La michna ouvre le chapitre ha-hovel : qui blessé son prochain paie cinq choses, le dommage, la douleur, la guérison, le chômage et la honte, et elle fixe la mesure de chacune. La Gemara demande comment cela s'accorde avec le verset œil pour œil.
Une baraita apprend le paiement par une gezera chava entre la frappe de la bête et la frappe de l'homme, puis, si cette preuve est attaquée, par le verset qui réserve l'interdit de la rançon au meurtrier. Les deux preuves restent : la seconde ouvre un kofer pour les membres coupés, la première impose l'argent seul, sans laisser le choix de donner l'œil.
Rabbi Dostai ben Yehouda apporte l'œil grand et l'œil petit. La Gemara commence à répondre par la lumière de l'œil.
La phrase continue sur 84a.
Michna. Celui qui blessé son prochain est tenu envers lui pour cinq choses : le dommage (nezek), la douleur (tsaar), la guérison (ripouy), le chômage (chevet) et la honte (boshet).
Ouverture du chapitre ha-hovel. Cinq postes distincts. Chacun sera défini dans les segments suivants. Rachi, plus bas, rattache les cinq à un verset.
Le dommage, comment ? S'il a aveuglé son œil, coupé sa main, brisé sa jambe : on le regarde comme s'il était un esclave vendu au marché, et l'on estime combien il valait et combien il vaut.
Le nezek est l'écart de deux estimations. On le traite comme un esclave mis en vente : valeur avant la blessure, valeur après. La différence est la somme due.
Rachi précise le fond : un Israël, s'il devait trouver de l'argent, se vendrait en eved ivri. La blessure lui retire cette valeur.
La douleur : s'il l'a brûlé (ou) avec une broche ou avec un clou, et même sur son ongle, endroit qui ne fait pas de haboura (meurtrissure), on estime combien un homme pareil à celui-ci voudrait recevoir pour souffrir ainsi.
Le tsaar se mesure même là où le marché ne baisse pas. L'ongle ne fait pas de haboura : pas de nezek de valeur, et la douleur reste due.
L'estimation suit la personne. Rachi : un homme délicat (me'oungan) souffre davantage, et l'on chiffre d'après lui ce qu'il accepterait pour endurer la même chose.
La guérison : s'il l'a frappé, il est tenu de le soigner. S'il lui vient des excroissances (tsemahim), si c'est à cause du coup, il est tenu ; si ce n'est pas à cause du coup, il est quitte.
Elle s'est refermée et s'est rouverte, elle s'est refermée et s'est rouverte : il est tenu de le soigner. Elle s'est refermée autant qu'il fallait : il n'est pas tenu de le soigner.
Le ripouy suit là cause. Excroissance venue du coup : le frappeur paie les soins. Excroissance venue d'ailleurs : il est quitte.
Hayeta ve-nistera : la plaie se ferme, puis se rouvre. Tant que la guérison complète (kol tsorkah) n'est pas là, l'obligation demeure. Une fois la plaie fermée pour de bon, les soins ultérieurs sortent de son compte.
Le chômage : on le regarde comme s'il était gardien de concombres, car on lui a déjà donné le prix de sa main et le prix de sa jambe.
Le chevet paie les jours où il ne travaille pas, au tarif d'un shomer kishouim, gardien de champ de concombres : un travail léger.
Le métier que la main faisait est déjà dans le nezek, le prix du membre. Rachi : même hors de la maladie, la main coupée ne reprend pas un travail lourd. Le chevet couvre l'alitement, jour par jour.
La honte : tout est selon celui qui humilie et celui qui est humilié.
Le boshet n'a pas de tarif fixe. Il monte si l'auteur est un homme de peu, et si la victime est un homme important.
Rachi relie les cinq postes à l'Écriture. Nezek : œil pour œil. Tsaar : plaie pour plaie, deracha de la Gemara. Ripouy et chevet : Shemot 21, 19. Boshet : Devarim 25, 12, "tu couperas sa main", lu comme un paiement.
Gemara. Pourquoi ?
"Œil pour œil", a dit Hachem. Je dirais : un œil réel !
La question porte sur la michna, qui parle d'argent. Le verset de Shemot 21, 24 dit œil pour œil. Lecture immédiate : on prend l'œil lui-même, mamach.
Cela ne te vient pas à l'esprit. Car on enseigne dans une baraita : on pourrait penser : s'il a aveuglé son œil, on aveugle son œil ; s'il a coupé sa main, on coupe sa main ; s'il a brisé sa jambe, on brise sa jambe.
L'Écriture l'enseigne : "celui qui frappe un homme" et "celui qui frappe une bête". De même que celui qui frappe une bête [est tenu] à des paiements, de même celui qui frappe un homme [est tenu] à des paiements.
La baraita formule d'abord la lecture littérale, puis la ferme. Le couple de versets makkeh adam / makkeh behema transporte la règle : la bête se paie, donc l'homme se paie.
Rachi renvoie à la suite : la Gemara va dire quels versets sont visés. Le premier candidat, Vayikra 24, 21, sera écarté parce qu'il parle du meurtre.
Et si tu veux dire, voici qu'il dit : "Vous ne prendrez pas de rançon pour la vie d'un meurtrier, lui qui est coupable de mort." Pour la vie d'un meurtrier tu ne prends pas de rançon (kofer), mais tu prends une rançon pour les extrémités des membres qui ne reviennent pas.
Im nafshekha lomar annonce une seconde preuve, pour le cas où la première serait attaquée. Rachi : si tu as une objection, va à un autre midrach. La Gemara, plus bas, dira quelle était l'objection.
Bemidbar 35, 31 interdit le kofer pour le meurtrier. La baraita en tire l'inverse pour les rashei evarim : les extrémités qui, une fois coupées, ne repoussent pas. La, on prend une rançon, c'est-à-dire de l'argent.
Quelle "frappe" ? Si tu dis : "Celui qui frappe une bête la paiera, et celui qui frappe un homme sera mis à mort", celui-là est écrit au sujet du meurtre !
La Gemara cherche le verset de la baraita. Vayikra 24, 21 met côte à côté le paiement de la bête et la mort de l'homme. Rachi : ce verset parle du meurtre. On n'y trouve pas de tashlumin pour une blessure.
Tossefot, dibour sur la michna, discute la leçon "et à côté de lui". Le Ri lit une gezera chava, frappe-frappe. La deracha des semoukhim est écartée. L'objection "apprends de celui qui frappe un homme" n'aurait pas de prise si l'on ne faisait que juxtaposer, car ce verset de mort n'est pas voisin de "un homme qui met un défaut". Le verset "celui qui frappe une bête" de 24, 21 reste utile au tanna de l'école de Hizkiya, ou, pour qui ne tient pas cette deracha, à la règle du soin (Sanhédrin 84b).
Plutôt, d'ici : "Celui qui frappe l'âme d'une bête la paiera, âme pour âme", et à côté de lui : "Et un homme qui mettra un défaut à son prochain, comme il a fait, ainsi on lui fera." Celui-ci n'est pas "frappe" ! Nous disons "frappe"-"frappe" : de même que la frappe dite au sujet de la bête est pour des paiements, de même la frappe dite au sujet de l'homme est pour des paiements.
Le bon couple est Vayikra 24, 18 et 24, 19. Le second verset dit "défaut". Le mot "frappe" y manque. La Gemara maintient la gezera chava : la frappe, dans les deux domaines, aboutit au paiement.
Rachi : les mots peuvent différer. Le tanna de l'école de Rabbi Yichmaël apprend ainsi "le cohen reviendra" et "le cohen viendra" (Erouvin 51a). Le défaut dont parle le verset arrive par une frappe : de là, la baraita dit "frappe".
Tossefot signale des livres qui ajoutent ici le passage "un homme qui frappera toute âme d'homme". Le Ri supprime cette leçon. Le texte imprimé de la page la conserve : ce sont les deux segments suivants.
Or il est écrit : "Et un homme qui frappera toute âme d'homme, il mourra, il sera mis à mort" ! Par de l'argent.
D'où [sait-on] que c'est par de l'argent ? Je dirais : par une mort réelle !
Vayikra 24, 17. Rachi lit l'objection sur les rashei evarim, parce que la suite du chapitre est "œil pour œil". "Il sera mis à mort" voudrait dire : le membre est retranché, et ce membre meurt.
La réponse tient en un mot : be-mamon, par de l'argent. La Gemara redemande aussitôt la source de cette lecture. Tossefot, au segment précédent, rapporte que le Ri ne lit pas ces lignes. On les traduit comme le texte les donne.
Cela ne te vient pas à l'esprit. D'une part, il est juxtaposé à "celui qui frappe une bête la paiera".
D'autre part, il est écrit après lui : "Comme il mettra un défaut dans un homme, ainsi il lui sera mis." On apprend de là : de l'argent.
Deux appuis pour lire "il sera mis à mort" comme un paiement. Le verset est voisin de "celui qui frappe une bête la paiera" (Vayikra 24, 18). Et le verset d'après dit "ainsi il lui sera mis" (24, 20) : le verbe yinated, "il sera donné", porte un don, donc une somme.
Et que signifie "si tu veux dire" ? Encore ceci fait difficulté au tanna : qu'as-tu vu pour apprendre de celui qui frappe une bête ?
Apprends de celui qui frappe un homme !
La Gemara revient sur im nafshekha lomar. L'objection tenue en réserve : pourquoi tirer le paiement de la bête, plutôt que la mort de l'homme, et avec elle le membre réel ?
Rachi ajoute : cette objection, à elle seule, n'obligeait pas le tanna à passer au verset du kofer. Il avait déjà une réponse, celle du segment suivant : on apprend des dommages à partir des dommages. Tossefot : le verset "celui qui frappe un homme sera mis à mort" a justement ce rôle, empêcher qu'on apprenne le paiement depuis la bête. L'œil réel, on l'aurait lu de soi-même dans "œil pour œil".
On dit : on apprend les dommages à partir des dommages, et l'on n'apprend pas les dommages à partir de la mort. Au contraire !
On apprend l'homme à partir de l'homme, et l'on n'apprend pas l'homme à partir de la bête !
Première réponse : le bon modèle est le nézek, le dommage. Un verset de mort ne fournit pas ce modèle. La bête blessée se paie. L'homme blessé se paie.
La Gemara retourne le critère. Le bon modèle est l'homme. Celui qui frappe un homme est mis à mort. On ne calque pas l'homme sur la bête. Les deux critères restent en face. D'où le besoin du second verset.
C'est pour cela qu'il enseigne "si tu veux dire". Voici qu'il dit : "Vous ne prendrez pas de rançon pour la vie d'un meurtrier, lui qui est coupable de mort, car il mourra, il sera mis à mort." Pour la vie d'un meurtrier tu ne prends pas de rançon, mais tu prends une rançon pour les extrémités des membres qui ne reviennent pas.
Le second midrach répond à l'objection qui vient d'être posée. Bemidbar 35, 31, cité cette fois avec "car il mourra, il sera mis à mort". L'interdit du kofer vise la vie du meurtrier. Les rashei evarim qui ne repoussent pas entrent dans le kofer : on paie.
Et ce [verset] "vous ne prendrez pas de rançon pour la vie d'un meurtrier", est-ce pour exclure les extrémités des membres qu'il vient ? Il m'est nécessaire, car Hachem a dit : tu ne lui feras pas deux [peines], tu ne prendras pas de lui de l'argent et tu ne le tueras pas !
Cela sort de "à la mesure de sa culpabilité" : d'une seule culpabilité tu le rends passible, et tu ne le rends pas passible de deux culpabilités.
Première attaque du verset. Il servirait déjà à interdire le cumul : prendre l'argent et mettre à mort. S'il est pris par cette loi, il ne reste plus libre pour exclure les membres.
Réponse : le cumul de deux peines sort de kedei rish'ato (Devarim 25, 2). Le mot est au singulier : une culpabilité, une peine. Tossefot renvoie l'explication à Bava Kamma 26b, fin du chapitre 2.
Et il m'est encore nécessaire, car Hachem dit : tu ne prendras pas d'argent et tu ne l'acquitteras pas ! S'il en est ainsi, que Hachem écrive : "Vous ne prendrez pas de rançon pour celui qui est coupable de mort." "Pour la vie d'un meurtrier", pourquoi me le faut-il ?
On apprend de là : pour la vie d'un meurtrier tu ne prends pas de rançon, mais tu prends une rançon pour les extrémités des membres qui ne reviennent pas.
Seconde attaque. Le verset doit encore enseigner sa loi propre : on ne rachète pas le meurtrier, on ne l'acquitte pas de la mort par de l'argent. Rachi : il est là pour lui-même.
Réponse par les mots en trop. Il suffisait d'écrire "pour celui qui est coupable de mort". "Pour la vie d'un meurtrier" désigne la nefech. Les membres ne sont pas une nefech. Pour eux, le kofer se prend.
Et puisque il est écrit "vous ne prendrez pas de rançon", "frappe"-"frappe", pourquoi me le faut-il ? On dit : si [la loi venait] de celui-ci, j'aurais dit : s'il veut, il donne son œil, et s'il veut, il donne le prix de son œil.
Cela nous est enseigné par la bête : de même que celui qui frappe une bête [est tenu] à des paiements, de même celui qui frappe un homme [est tenu] à des paiements.
Le verset du kofer suffit à ouvrir un paiement pour les membres. Pourquoi la gezera chava ? Sans elle, le frappeur choisirait : livrer son œil, ou livrer le prix. La bête ne laisse que le paiement.
Tossefot : Rava, à Ketoubot 35a, emploie la même gezera chava pour assimiler les passibles de malkot aux passibles de mort, au regard des paiements. Rava peut le faire, parce que plus bas il apprend "œil pour œil = argent" d'un autre verset. La gezera chava lui reste disponible.
On enseigne dans une baraita : Rabbi Dostai ben Yehouda dit : "Œil pour œil", c'est de l'argent. Tu dis : de l'argent.
Ou bien un œil réel seulement ? Tu diras : voici que l'œil de celui-ci était grand et l'œil de celui-là était petit.
Comment lis-je à son sujet "œil pour œil" ?
Nouvelle baraita. Rabbi Dostai ben Yehouda part du cas où les deux yeux n'ont pas la même taille. Un œil grand ne remplace pas un œil petit. La lecture "œil réel" ne se laisse pas lire sur ce cas.
Et si tu dis : dans tout cas pareil, il prend de lui de l'argent. La Torah a dit : "Un seul droit sera pour vous", un droit égal pour vous tous !
Réplique possible : l'argent ne vaudrait que lorsque les yeux différent, et l'œil réel lorsque ils sont pareils. Vayikra 24, 22, mishpat ehad, ferme cette scission. Le jugement est le même pour tous. Rabbi Dostai en conclut à l'argent dans tous les cas.
On dit : quelle est la difficulté ? Peut-être a-t-il pris de lui la lumière, et la lumière, Hachem a dit qu'on la prenne de lui !
Car si tu ne dis pas ainsi,
La Gemara déplace l'objet de la peine. On ne prend pas l'organe selon sa taille. On prend la nehora, la lumière que l'œil donnait. Un grand œil et un petit œil portent l'un et l'autre cette lumière.
La dernière ligne, "car si tu ne dis pas ainsi", ouvre une suite qui est sur 84a. L'amoud s'arrête au milieu de la phrase.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).