Sougya : L'amoud achève la réponse à Rabbi Dostai : on prend une âme pour une âme, et la lumière de l'œil pour la lumière. Puis viennent les preuves que "œil pour œil" est de l'argent.
Celles de Rabbi Chimon ben Yohai, d'Abaye, de Rav Zevid et de Rav Papa sont écartées. Restent le verset en trop de l'école de Rabbi Yichmael, celui de l'école de Rabbi Hiya sur le témoin zomem, et la gezera chava de Rav Achi à partir de "pour ce qu'il l'a affligée".
Rabbi Eliezer, qui dit un œil réel, vise l'estimation de l'œil du mazik. Deux récits suivent, un âne puis un bœuf, et Rava dit ce que les tribunaux de Babylonie recouvrent.
La dernière question reste ouverte sur 84b.
un petit qui a tué un grand, et un grand qui a tué un petit, comment le mettons-nous à mort ? La Torah a dit : "Un seul droit sera pour vous", un droit égal pour vous tous !
Plutôt : il a pris de lui une âme ; une âme, Rachmana (la miséricorde) a dit qu'on la prenne de lui. Ici de même : il a pris de lui la lumière ; la lumière, Rachmana a dit qu'on la prenne de lui.
Suite de la phrase de 83b : "car si tu ne dis pas ainsi". Si la peine devait calquer la taille du corps, le meurtre d'un grand par un petit poserait la même question. Vayikra 24, 22, mishpat ehad, demande un droit égal.
La réponse du meurtre : il a pris une nechama, on prend une nechama. De même pour l'œil : il a pris la nehora, la lumière, on prend cette lumière. La preuve de Rabbi Dostai ben Yehouda, l'œil grand et l'œil petit, tombe.
On enseigne dans une autre baraita : Rabbi Chimon ben Yohai dit : "Œil pour œil", c'est de l'argent. Tu dis : de l'argent.
Ou bien un œil réel seulement ? Voici qu'il était aveugle, et qu'il a aveuglé ; amputé, et qu'il a amputé ; boiteux, et qu'il a rendu boiteux.
Comment accomplis-je dans ce cas "œil pour œil" ? Or la Torah a dit : "Un seul droit sera pour vous", un droit égal pour vous tous.
Rabbi Chimon ben Yohai reprend la formule de Rabbi Dostai : tu dis de l'argent, ou bien un œil réel seulement. Le cas nouveau : l'auteur n'a déjà plus l'organe qu'il a enlevé. Aveugle, kit'a (amputé), higer (boiteux).
Rachi ferme la porte de l'argent réserve à ce seul cas. Mishpat ehad ne laisse pas deux régimes, l'organe pour l'un et l'argent pour l'autre.
On dit : et quelle est la difficulté ? Peut-être, là où c'est possible, c'est possible ; là où ce n'est pas possible, ce n'est pas possible, et on l'exempte.
Car si tu ne dis pas ainsi, un tereifa qui a tué l'homme sain, que lui fait-on ?
La Gemara sépare deux cas. Là où la peine du verset peut s'appliquer, on l'applique. Là où elle ne le peut pas, on exempte. Rachi : exemption de tout. Le droit égal est cette règle unique, membre réel ou exemption entière.
Le modèle est le tereifa qui tue un homme sain. Rachi : c'est un gavra ketila, un homme déjà tenu pour mort. Le témoignage ne peut pas être soumis à la hazama : les zomemim auraient eu à tuer un homme déjà mort, et ils en seraient exempts. Un témoignage sans hazama ne fait pas condamner. Sanhédrin 78a.
Plutôt : là où c'est possible, c'est possible ; là où ce n'est pas possible, ce n'est pas possible, et on l'exempte.
La Gemara retient la distinction. La preuve de Rabbi Chimon ben Yohai ne force plus la lecture en argent : l'aveugle qui aveugle peut être exempté, et les autres cas restent sur l'organe.
L'école de Rabbi Yichmael a enseigné. Le verset dit : "ainsi il lui sera donné", et il n'est de don que d'argent.
Mais dès lors, "comme il mettra un défaut dans un homme", cela aussi serait de l'argent ?
Nouvelle preuve. Vayikra 24, 20 : ken yinaten bo, "ainsi il lui sera donné". Le verbe netina, donner, désigne un paiement.
L'objection prend le même verbe un peu plus haut dans le verset : kaacher yiten moum, "comme il mettra un défaut". Là, "donner" décrit le coup lui-même. Si tout "donner" est de l'argent, ce membre de phrase le serait aussi.
On dit : l'école de Rabbi Yichmael expose un verset en trop. Puisqu'il est écrit : "Et un homme, quand il mettra un défaut à son prochain, comme il a fait, ainsi on lui fera", pourquoi me faut-il "ainsi il lui sera donné" ?
On apprend de là : de l'argent. "Comme il mettra un défaut dans un homme", pourquoi me le faut-il ?
Puisqu'il fallait écrire "ainsi il lui sera donné", on a écrit aussi "comme il mettra un défaut dans un homme".
Vayikra 24, 19 a déjà dit la loi : comme il a fait, ainsi on lui fera. Le verset 20, ken yinaten bo, est en trop. C'est lui qui enseigne l'argent. L'objection sur yiten tombe : ce verbe est là parce que la fin du verset devait dire "il sera donné".
L'école de Rabbi Hiya a enseigné. Le verset dit : "main pour main", une chose qui se donne de main en main.
Et qu'est-ce ? De l'argent.
Mais dès lors, "pied pour pied", ce serait aussi ainsi ?
Devarim 19, 21, dans la paracha des edim zomemim. Rachi : le témoin qui a fait condamner quelqu'un pour une main coupée paie un argent qui passe de main en main. Yad be-yad se lit ainsi.
L'objection : regel be-ragel, "pied pour pied", se lirait alors comme une chose qui passe de pied en pied.
On dit : l'école de Rabbi Hiya expose un verset en trop. Puisqu'il est écrit : "Vous lui ferez comme il a projeté de faire à son frère", si tu penses que c'est au sens réel, pourquoi me faut-il "main pour main" ?
On apprend de là : de l'argent. "Pied pour pied", pourquoi me le faut-il ?
Puisqu'il est écrit "main pour main", on a écrit aussi "pied pour pied".
Devarim 19, 19 a déjà fixé la peine du zomem : comme il a projeté de faire à son frère. Si c'était le membre réel, yad be-yad serait de trop. On en apprend l'argent.
Regel be-ragel suit le rythme de la phrase. Il n'ajoute pas une seconde loi.
Abaye dit : cela vient de ce qu'enseigne l'école de Hizkiya. Car l'école de Hizkiya a enseigné : "œil pour œil", "âme pour âme", et non une âme et un œil pour un œil.
Et si tu penses que c'est au sens réel, il arrive qu'on trouve un œil et une âme pour un œil : au moment où on l'aveugle, son âme sort.
Shemot 21 sépare nefech tahat nefech et ayin tahat ayin. L'école de Hizkiya en tire : on ne prend pas à la fois l'âme et l'œil pour un œil.
Si l'aveuglement était réel, un homme faible pourrait mourir dans l'opération. On aurait pris l'œil et la vie pour un seul œil. Abaye en conclut à l'argent.
Et quelle est la difficulté ? Peut-être l'estime-t-on : s'il peut supporter, on le fait ; s'il ne peut pas supporter, on ne le fait pas.
Et si on a estimé qu'il peut supporter, qu'on l'a fait, et que son souffle est sorti : s'il meurt, qu'il meure ! N'a-t-on pas appris au sujet des coups : on l'a estimé, et il est mort sous sa main, il est exempt ?
La Gemara introduit un omed, une estimation : le tribunal regarde si le corps peut recevoir la peine. S'il ne le peut pas, on ne l'aveugle pas. S'il le peut, et qu'il meurt pourtant, la mort reste.
La michna des malkot (Makot 22b) sert de modèle. On a estimé le nombre de coups. L'homme meurt sous la main de l'agent. L'agent est exempt. La preuve d'Abaye ne tient plus.
Rav Zevid a dit au nom de Rabba : le verset dit "plaie pour plaie", pour donner le tsaar là où il y a nézek. Et si tu penses que c'est au sens réel : de même que celui-ci a de la douleur, celui-là aussi a de la douleur !
Shemot 21, 25. Petza tahat petza vient ajouter le tsaar (douleur) même là où le nézek est déjà dû. Rachi : "brûlure pour brûlure" est déjà écrit. "Plaie pour plaie" est le verset en trop. Brûlure et meurtrissure seront lues plus bas.
Si l'on prenait l'œil réel, le mazik souffrirait aussi. La douleur serait déjà rendue en nature. Le verset qui ajoute un paiement de tsaar n'aurait plus de place.
Et quelle est la difficulté ? Peut-être y a-t-il un homme délicat, qui a plus de douleur, et un homme qui n'est pas délicat, qui n'a pas cette douleur.
Quelle conséquence ? Pour lui donner l'écart qui est entre les deux.
La douleur n'est pas la même d'un corps à l'autre. Un homme mefounak (délicat) souffre davantage. Même si l'on aveuglait le mazik, il resterait un écart à payer.
C'est la nafka mina de "plaie pour plaie" : hayakh de-beine u-veine, la somme qui sépare les deux douleurs. La preuve de Rav Zevid ne force plus l'argent à la place de l'œil.
Rav Papa a dit au nom de Rava : le verset dit "et il guérira, il guérira", pour donner la guérison là où il y a nezek. Et si tu penses que c'est au sens réel : de même que celui-ci a besoin d'un médecin, celui-là aussi a besoin d'un médecin !
Shemot 21, 19 : verapo yerape. Le verset ajoute le ripouy (soins) là où le nezek est déjà dû. C'est le même mouvement que pour le tsaar.
Si l'œil était pris réellement, le mazik aurait lui aussi besoin d'un assia (médecin). Les soins seraient déjà rendus en nature.
Quelle est la difficulté ? Peut-être il y en a dont la chair se referme vite, et il y en a dont la chair ne se referme pas vite.
Quelle conséquence ? Pour lui donner l'écart qui est entre les deux.
Même réponse que pour la douleur. La chair de l'un se referme hayya, vite ; celle de l'autre, non. Rachi renvoie le mot à Chabbat 119a. Le verset paie l'écart des soins, beine u-veine.
La première glose de Rachi sur ce segment reprend le cas de l'amputé, déjà lu plus haut : passer à l'argent dans un seul cas casserait le droit égal.
Rav Achi a dit : cela vient de "pour"-"pour", à partir du bœuf. Il est écrit ici : "œil pour œil", et il est écrit là-bas : "il paiera, il paiera, bœuf pour le bœuf".
Là-bas, de l'argent ; ici aussi, de l'argent.
Gezera chava sur le mot tahat. Shemot 21, 36 : le bœuf prévenu se paie en argent, "bœuf pour le bœuf". Shemot 21, 24 : "œil pour œil". Même mot, même lecture : de l'argent.
Tossefot : les autres amoraïm réservent cette gezera chava au meitav, le paiement sur le meilleur bien. Ils laissent "œil pour œil" sur son sens simple, l'œil réel, et ils tirent l'argent d'une autre deracha.
Qu'as-tu vu pour apprendre "pour"-"pour" à partir du bœuf ? Apprenons "pour"-"pour" à partir de l'homme, car il est écrit : "tu donneras âme pour âme".
Là-bas, au sens réel ; ici aussi, au sens réel !
Le mot tahat est aussi dans Shemot 21, 23 : "tu donneras âme pour âme". Là, le tribunal prend la vie réelle. Pourquoi calquer l'œil sur le bœuf plutôt que sur ce verset ?
On dit : on apprend les dommages à partir des dommages, et l'on n'apprend pas les dommages à partir de la mort. Au contraire !
On apprend l'homme à partir de l'homme, et l'on n'apprend pas l'homme à partir de la bête !
Même face-à-face que sur 83b. Le bœuf est un nezek, un dommage, comme l'œil. L'âme pour l'âme est une mort. On calque le dommage sur le dommage.
L'objection retourne le critère. L'œil est un cas d'homme. On calque l'homme sur l'homme, et l'on laisse la bête de côté. Les deux critères restent en face.
Rav Achi a dit alors : il l'apprend de "pour ce qu'il l'a affligée". L'homme à partir de l'homme, et les dommages à partir des dommages.
Devarim 22, 29. L'homme qui a affligé une jeune fille paie cinquante sicles d'argent à son père. Le verset dit tahat acher ina, "pour ce qu'il l'a affligée".
Les deux critères y sont. C'est un homme envers une personne. C'est un dommage, l'affliction, et le verset le paie en argent. "Œil pour œil" se lit sur ce modèle.
On enseigne dans une baraita : Rabbi Eliezer dit : "Œil pour œil", au sens réel. Au sens réel, cela te vient à l'esprit ?!
Rabbi Eliezer n'aurait-il pas l'enseignement de tous ces tannaïm ?!
La baraita dit mamach, au sens réel. La Gemara s'arrête : Rabbi Eliezer connaît les derachot qui lisent le verset comme un paiement. Le mot mamach demande une autre lecture. Rabba, puis Rav Achi, la donnent au segment suivant.
Rabba a dit : pour dire qu'on ne l'estime pas comme un esclave. Abaye lui a dit : alors comme qui, comme un homme libre ?!
Un homme libre a-t-il une valeur ? Rav Achi a dit alors : pour dire qu'on ne l'estime pas sur le nizak, mais sur le mazik.
La michna de 83b estime le nizak comme un esclave vendu au marché : valeur d'avant, valeur d'après. Rabba lit le mamach de Rabbi Eliezer comme le refus de cette estimation. Abaye répond : l'homme libre n'a pas de dmei, pas de prix de marché.
Rav Achi déplace l'estimation sur le mazik. Rachi : combien le mazik vaudrait vendu maintenant, et combien il vaudrait sans cet œil. L'écart est la somme. Tossefot rapproche cette mesure du kofer, où l'on paie la valeur du mazik, et rappelle que les tannaïm précédents réservent cette mesure au kofer, pidyon nefech.
Un âne a coupé la main d'un enfant. L'affaire est venue devant Rav Papa bar Chmouel.
Il leur a dit : allez, estimez-lui quatre choses. Rava lui a dit : mais nous, nous avons appris cinq !
Il lui a dit : je parlais en dehors du nezek. Abaye lui a dit : mais c'est un âne, et un âne ne paie que le nezek !
Il leur a dit : allez, estimez-lui son nezek. Mais il faut l'estimer comme un esclave !
Il leur a dit : allez, estimez-le comme un esclave.
Les cinq de la michna : nezek, tsaar, ripouy, chevet, boshet. Rav Papa bar Chmouel dit quatre. Rava compte cinq. Réponse : les quatre autres que le nezek.
Tossefot : il croyait à un homme, et l'enfant était assez grand pour le boshet, qu'on puisse le couvrir de honte et qu'il la ressente. Abaye : un animal ne paie que le nezek. Rachi, Bava Kamma 26a : "un homme à son prochain", le bœuf n'y entre pas. Reste l'estimation du nezek, comme un esclave.
Le père de l'enfant leur a dit : je n'en veux pas, car la chose le rabaisse. Ils lui ont dit : mais tu causes une perte à l'enfant !
Il leur a dit : quand il aura grandi, je l'apaiserai sur mon bien.
Zila beih milta : être estimé comme un esclave rabaisse l'enfant. Le père refuse.
Rachi : ce refus renonce aux paiements, et ces paiements sont à l'enfant. Plus bas, 87b : pour les mineurs, on constitue une segoula, un capital mis de côté. Le père promet d'apaiser l'enfant, plus tard, sur son propre bien.
Un bœuf a rongé la main d'un enfant. L'affaire est venue devant Rava.
Il leur a dit : allez, estimez-le comme un esclave. Ils lui ont dit : mais c'est le maître qui a dit : tout ce qui s'estime comme un esclave, on ne le recouvre pas en Babylonie !
Il leur a dit : ce n'est nécessaire que s'il a saisi.
Dalas : le bœuf a mâché la main, Rachi : mâché et grignoté. Rava demande l'estimation comme esclave. On lui rappelle sa propre règle : un paiement estimé comme un esclave, montant non fixé, ne se recouvre pas en Babylonie.
Tafas : la victime a saisi un bien. Rachi : on estime aujourd'hui, et si elle saisit, elle retient ce qui correspond. Le tribunal n'oblige pas au paiement. L'estimation dit ce que la saisie peut garder.
Rava suit son propre raisonnement. Car Rava a dit : dommages d'un bœuf par un bœuf, et dommages d'un bœuf par un homme, on les recouvre en Babylonie.
Dommages d'un homme par un homme, et dommages d'un homme par un bœuf, on ne les recouvre pas en Babylonie.
Rachi fixe le sens de nezikei X be-Y : X est la victime, Y l'auteur. Bœuf blessé par un bœuf, bœuf blessé par un homme : on recouvre. Homme blessé par un homme, homme blessé par un bœuf : on ne recouvre pas.
Le cas du bœuf qui rongé la main est dans la dernière case : victime homme, auteur bœuf, estimation comme esclave.
Quelle différence pour les dommages d'un homme par un homme et les dommages d'un homme par un bœuf, qu'on ne les recouvre pas ? Il nous faut des אֱ-לֹהִים, et il n'y en a pas.
Dommages d'un bœuf par un bœuf, et un bœuf par un homme, eux aussi -
Le verset des juges, Shemot 22, 8, demande des אֱ-לֹהִים, des juges ordonnés. La Babylonie n'en a pas. D'où l'absence de recouvrement quand la victime est un homme.
La question s'interrompt au bas de l'amoud. Les dommages dont la victime est un bœuf exigeraient, eux aussi, ces juges. La réponse est sur 84b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).