Sougya : La page achรจve la question ouverte en 84a : pourquoi le tribunal de Babylonie recouvre certains dommages et pas d'autres, alors qu'il n'a pas de juges ordonnรฉs. La rรฉponse se resserre par รฉtapes.
On agit par shelihout (mandat) des juges de Terre d'Israรซl, comme pour les aveux et les prรชts, seulement pour un mamon (bien), dans un cas frรฉquent, et seulement s'il y a hesron kis (perte de bourse). Le boshet (honte) tombe, l'homme qui blesse un homme tombe, le kenas (amende) tombe.
Le bลuf que Rava fait payer est la dent et le pied, mouad dรจs le dรฉpart. La page ouvre ensuite le tsaar (douleur) hors du lieu du nezek.
Rava attribue la michna ร ben Azai, ร partir de keviya (brรปlure) et haboura (contusion) en Shemot 21, 25. Rav Papa renverse la lecture et laisse la michna ร Rabbi.
La derniรจre phrase est coupรฉe.
Il nous faut des ืึฑ-ืึนืึดืื, et il n'y en a pas !
Fin de la question de 84a. Rava recouvre en Babylonie quand la victime est un bลuf, et ne recouvre pas quand la victime est un homme, faute de juges ordonnรฉs. L'objection : le bลuf est dans la mรชme paracha. Le verset des juges, Shemot 22, 8, porterait sur tous les cas.
Rachi : moumhin et semoukhim. Sanhรฉdrin 14a : pas de semikha en Babylonie. Bลuf par homme : les quatre gardiens et la shelihout yad, la mainmise sur le dรฉpรดt.
Alors, quelle diffรฉrence pour un bลuf par un bลuf et un bลuf par un homme ? C'est que nous accomplissons leur shelihout (mandat), ร l'instar des hodaot et des halvaot (aveux et prรชts).
Un homme par un homme et un homme par un bลuf aussi : nous accomplissons leur shelihout, ร l'instar des hodaot et des halvaot !
Shelihout : le tribunal de Babylonie agit comme mandataire des juges ordonnรฉs de Terre d'Israรซl. Modรจle : hodaot et halvaot. Rachi, Sanhรฉdrin 3a : pas de moumhin, pour laisser la porte ouverte aux emprunteurs.
Dans la formule, le premier nom est la victime et le second l'auteur. L'objection reprend le mรชme modรจle : si le mandat couvre le bลuf, il couvre l'homme blessรฉ.
On dit : lorsque nous accomplissons leur shelihout, c'est dans une chose qui nous est claire. Dans une chose qui ne nous est pas claire, nous n'accomplissons pas leur shelihout.
Premier filtre : kim lan, le droit est clair pour les juges de Babylonie. Rachi : l'estimation d'une personne blessรฉe n'est pas de ce genre. Il faut shuma, une รฉvaluation.
On dit : un bลuf par un bลuf et un bลuf par un homme, cela non plus ne nous est pas clair. On dit seulement : sors, vois (oรน) [pour combien] se vendent les bลufs au marchรฉ.
Un homme par un homme et un homme par un bลuf aussi : sors, vois (oรน) [pour combien] se vendent les esclaves au marchรฉ !
L'objection : le prix du bลuf n'est pas plus clair que le prix de l'homme. On lit le marchรฉ. (oรน) est la leรงon รฉcartรฉe, [pour combien] la leรงon retenue : le montant de la vente.
Mรชme geste pour l'esclave. L'estimation comme esclave, dรฉjร vue en 84a, suffirait. Le filtre du "clair" ne sรฉpare plus les cas.
Et encore : le paiement du double, et le paiement de quatre et de cinq, qui sont fixes, nous devrions accomplir leur shelihout !
Kefel : le double du voleur. Arbaa va-hamisha : quatre pour le mouton, cinq pour le bลuf, s'il abat ou vend. Kayatz : somme fixe, sans estimation.
Rachi rappelle la rรจgle reรงue : pas de dinei kenasot en Babylonie. L'objection demande pourquoi le mandat ne les couvre pas.
On dit : lorsque nous accomplissons leur shelihout, c'est pour le mamon (le bien). Pour le kenas (l'amende), nous n'accomplissons pas leur shelihout.
Second filtre, et celui-ci reste. Mamon : on rend une perte. Kenas : la Torah ajoute une somme au-delร de la perte. Le double, les quatre et les cinq restent hors du mandat.
Un homme par un homme, qui est du mamon, nous devrions accomplir leur shelihout ! Lorsque nous accomplissons leur shelihout, c'est dans une chose frรฉquente.
Un homme par un homme, qui est rare, nous n'accomplissons pas leur shelihout.
L'homme blessรฉ paie du mamon. Rachi : il dรฉprรฉcie la victime, mafehit mideimeha. Le filtre du kenas ne l'รฉcarte pas.
Nouveau filtre : milta de-shekhiha, un cas frรฉquent. Blesser un homme est tenu pour rare. Pas de shelihout.
Or le boshet (honte) et le pegam (dรฉprรฉciation), qui sont frรฉquents, nous devrions accomplir leur shelihout ! On dit : en effet, il en est ainsi.
Car Rav Papa a recouvre quatre cents zouz pour le boshet. Or l'avis de Rav Papa est รฉcartรฉ.
Car Rav Hisda a envoyรฉ ร Rav Nahman, et celui-ci lui a rรฉpondu : Hisda, Hisda, tu recouvres un kenas en Babylonie ?!
Boshet et pegam sont frรฉquents. Premiรจre rรฉponse : on recouvre. Rav Papa a pris quatre cents zouz. Rachi rattache la somme ร la michna de 90a, et le fait ร Bava Kamma 27b.
Rav Nahman repousse. Tossefot : il dit kenas parce qu'il n'y a pas de hesron kis. Le pegam de l'ones et du mefateh, lui, est du mamon : l'รฉcart entre servante vierge et servante non vierge. Le boshet varie selon les personnes. Sa somme n'est pas un tarif fixe.
Tossefot รฉtend la discussion aux gezelot. Sanhรฉdrin 2b demande des moumhin. Les rรฉcits de vol en Babylonie se lisent comme une saisie, ou comme un renvoi du din en Terre d'Israรซl. Autre lecture : seul le vol issu d'une rixe est rare. Le vol ordinaire se juge chaque jour.
Plutรดt : lorsque nous accomplissons leur shelihout, c'est dans une chose frรฉquente, et oรน il y a une perte de bourse. Mais une chose frรฉquente oรน il n'y a pas de perte de bourse, ou bien une chose rare oรน il y a une perte de bourse : nous n'accomplissons pas leur shelihout.
Par consรฉquent, un homme par un homme : mรชme s'il y a une perte de bourse, dรจs lors que le cas est rare, nous n'accomplissons pas leur shelihout. Le boshet : mรชme s'il est frรฉquent, dรจs lors qu'il n'y a pas de perte de bourse, nous n'accomplissons pas leur shelihout.
Rรจgle retenue. Il faut les deux : shekhiah et hesron kis. Rachi donne l'exemple qui passe : hodaah et halvaah.
L'homme blessรฉ a une perte, et le cas est rare. Le boshet est frรฉquent, et la bourse de la victime ne baisse pas. Aucun des deux n'entre dans le mandat.
Et un bลuf par un bลuf, on le recouvre en Babylonie ? Mais Rava a dit : un bลuf qui a cause un dommage, on ne le recouvre pas en Babylonie.
Qui a-t-il endommagรฉ ? Si tu dis qu'il a endommagรฉ un homme : pourquoi viser spรฉcialement un bลuf qui endommage un homme ?
Mรชme un homme qui endommage un homme, on ne le recouvre pas non plus en Babylonie ! C'est donc รฉvident : il a endommagรฉ un bลuf.
Et il enseigne : on ne le recouvre pas en Babylonie !
Autre sentence de Rava : un bลuf qui a nui, pas de recouvrement en Babylonie. S'il visait l'homme blessรฉ par un bลuf, le cas plus courant de l'homme blessรฉ par un homme suffisait, et Rava l'a dรฉjร exclu.
Reste : bลuf qui blesse un bลuf, et lร on ne recouvre pas. Cela heurte la sentence de 84a, oรน le bลuf victime se recouvre.
On dit : lร -bas, pour le tam (bลuf non averti). Ici, pour le mouad (bลuf averti).
Mais Rava a dit : il n'y a pas de mouad en Babylonie ! On dit : il a รฉtรฉ dรฉclarรฉ mouad lร -bas, et on l'a amenรฉ ici.
Tentative : "on ne recouvre pas" vise le tam. Rachi, Bava Kamma 15b : palga nizka kenasa, la moitiรฉ du nezek est un kenas. "On recouvre" vise le mouad, paiement entier, du mamon.
Rava a aussi dit : pas de mouad en Babylonie. Rachi : les cornes du tam ne viennent pas au tribunal, donc les trois avertissements ne se constituent pas. Rรฉponse proposรฉe : l'avertissement a eu lieu en Terre d'Israรซl, puis on a amenรฉ le bลuf.
Mais c'est une chose rare, et pour une chose rare, tu as bien dit que nous n'accomplissons pas leur shelihout ! Ce sont les rabbins de lร -bas qui sont venus, et ils l'ont dรฉclarรฉ mouad ici.
En fin de compte, c'est une chose rare, et tu dis : pour une chose rare, nous n'accomplissons pas leur shelihout !
Amener un mouad de Terre d'Israรซl est rare. Le filtre de la page l'รฉcarte. Deuxiรจme essai : des rabbins ordonnรฉs viennent et font l'yaada (dรฉclaration de mouad) sur place.
Mรชme issue. Leur venue est rare. Le (ka) entre parenthรจses est une variante de leรงon. Le sens reste : pas de shelihout pour le cas rare.
Plutรดt, lorsque Rava a parlรฉ, c'est de la dent et du pied, qui sont mouadim dรจs leur origine.
Lecture retenue de Rava. Shen (dent) et regel (pied) sont mouadim mi-tehilatam : avertis dรจs le dรฉpart, sans procรฉdure d'avertissement. Cas frรฉquent, perte rรฉelle, mamon. La shelihout s'applique.
Rachi donne les toldot. Se frotter pour son plaisir : dรฉrivรฉ de la dent. Pousser en marchant, sans intention : dรฉrivรฉ du pied.
La douleur : il l'a brรปlรฉ avec une broche ou avec un clou, etc. La douleur hors du lieu du dommage se paie.
Quel est le tanna ? Rava a dit : c'est ben Azai.
Car on enseigne : Rabbi dit : "keviya" (brรปlure) a รฉtรฉ dite en premier. Ben Azai dit : "haboura" (contusion) a รฉtรฉ dite en premier.
Nouvelle sougya, ร partir de la michna du tsaar. Brรปlure ร la broche ou au clou. Rachi : l'ongle de la michna, lร oรน il n'y a pas de dรฉprรฉciation. Le tsaar she-lo bi-mekom nezek se paie.
Rava : l'auteur est ben Azai. Baraรฏta sur Shemot 21, 25 : keviya, petsa, haboura. Rabbi : la brรปlure a รฉtรฉ dite en premier. Ben Azai : la contusion a รฉtรฉ dite en premier. Rabbi est Rabbi Yehouda ha-Nassi.
Sur quoi divergent-ils ? Rabbi tient : "keviya" dรฉsigne un cas oรน il n'y a pas de haboura.
Le Misรฉricordieux a รฉcrit "haboura" pour rรฉvรฉler, au sujet de la keviya : s'il y a une haboura, oui ; sinon, non.
Lecture de Rava pour Rabbi. Le sens premier de keviya est la brรปlure sans contusion. On aurait payรฉ le tsaar seul. Le mot haboura vient limiter : on paie s'il y a contusion.
Rachi : le ripouy du ร la contusion entraรฎne le tsaar. Sur l'ongle, exempt. Le kal va-homer : si la brรปlure nue rendait dรฉjร responsable, la contusion, qui a un nezek, suivrait d'elle-mรชme. Le mot haboura enseigne donc la limite.
Et ben Azai tient : "keviya" dรฉsigne un cas oรน il y a une haboura. Le Misรฉricordieux a รฉcrit "haboura" pour rรฉvรฉler, au sujet de la keviya, le cas oรน il n'y a pas de haboura.
Lecture de Rava pour ben Azai. Une brรปlure ordinaire a dรฉjร une contusion. Le premier mot aurait limitรฉ le paiement ร ce cas. รcrire haboura ร part force une autre lecture : la keviya du dรฉbut est la brรปlure sans contusion.
Rรฉsultat : on paie le tsaar sans nezek. C'est la michna. D'oรน la phrase de Rava : la michna est ben Azai.
Rav Papa objecte : au contraire, l'inverse se tient ! Rabbi dit que "keviya" a รฉtรฉ dite en premier.
Il tient : "keviya" dรฉsigne un cas oรน il y a une haboura. Le Misรฉricordieux a รฉcrit "haboura" pour rรฉvรฉler, au sujet de la keviya, le cas oรน il n'y a pas de haboura.
Rav Papa รฉchange les deux positions. Chez lui, Rabbi part d'une keviya qui a une contusion, et le mot haboura vient inclure la brรปlure sans contusion. Le tsaar seul se paie selon Rabbi. La michna peut rester ร Rabbi, qui a ordonnรฉ les michnayot.
Rachi dรฉplace le sens de ne'emra. Le mot vise la maskana, le rรฉsultat du derach, une fois que la fin du verset a retirรฉ le sens premier.
Ben Azai dit que "haboura" a รฉtรฉ dite en premier. Il tient : "keviya" dรฉsigne un cas oรน il n'y a pas de haboura.
Le Misรฉricordieux a รฉcrit "haboura" pour rรฉvรฉler, au sujet de la keviya : s'il y a une haboura, oui ; sinon, non. Et ils se tiennent sur la conclusion.
Suite de Rav Papa, cรดtรฉ ben Azai. Sens premier : keviya sans contusion, on paierait le tsaar seul. Le mot haboura vient limiter : avec contusion, oui ; sans contusion, non.
Ve-amaskana kaymei. Rachi : "a รฉtรฉ dite" nomme la fin du derach, le point oรน la lecture se tient, pas l'impression que le premier mot donnait seul.
Ou bien, tout le monde : "keviya" dรฉsigne aussi bien le cas oรน il y a une haboura que le cas oรน il n'y en a pas. Et ici
Autre lecture, encore ouverte. Koulei alma : Rabbi et ben Azai s'accordent. Keviya couvre la brรปlure avec contusion et la brรปlure sans contusion.
L'amoud s'arrรชte sur ve-hakha. Le point neuf de la divergence commence ici et continue au daf suivant.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).