Bava Kamma 85b - Tsaar et ripouy avec le nézek, puis le tarif du chevet

Bava_Kamma 85b

Sougya : L'amud reprend petza tahat patza : le verset enseigne à la fois la responsabilité du shogeg et de l'oness, et le tsaar payé en plus du nézek. Ve-rapo yerape fait de même pour le ripouy, sans retirer au médecin la permission de soigner.

La Gemara montre ensuite le tsaar, le ripouy, le chevet et le boshèt dans un cas sans nézek, puis le tarif du chevet selon la blessure : concombres, entrée, meule, et le prix de tout l'homme pour la surdité. Rava demande comment estimer des coups successifs non chiffrés, clos par la surdité.

Rabba demande si un chevet qui baisse le prix se paie quand la main doit revenir. La page s'arrête sur l'appel à une mishna : coup au père ou à la mère sans haboura, et blessure le jour de Kippour.

Quatre indemnités hors nézek La baraita les paie aussi avec un nézek. Voici le cas où le nézek manque. Tsaar, la douleur Brûlure à la broche ou au clou, même sur l'ongle. Pas de haboura : pas de nézek. On chiffre la douleur seule. Ripouy, les soins Plaie en voie de guérison. Un remède fort blanchit la chair. Pas de perte de fonction. On paie le remède qui rend la teinte. Chevet, le chômage Enferme au verrou dans une pièce. Aucune blessure. On paie les jours où il ne travaille pas. Boshèt, la honte Il lui crache au visage. Aucune blessure. On paie la honte seule. Même poste, deux situations : avec dépréciation du corps, ou sans elle.
Tsaar, ripouy, chevet et boshèt existent aussi sans dépréciation du corps.
Le chevet selon la blessure, dires de Rava Le nézek paie le membre. Le chevet paie le travail encore possible, le temps de la maladie. Blessure Nézek Travail retenu Tarif du chevet Main coupée prix de la main il marche encore autour du champ gardien de concombres Jambe brisée prix de la jambe il ne fait pas le tour du jardin gardien de l'entrée Œil crevé prix de l'œil un aveugle tourne la meule salaire de la meule Rendu sourd prix de tout l'homme sans métier, plus de valeur de travail pas de tarif à part Limite de Tossefot Ces tarifs visent l'homme ordinaire, sans métier. Un maître d'enfants, un perceur de perles : autre chiffre. Œil : les deux yeux. Jambe : Tossefot lit les deux jambes. Un boiteux garde les concombres (Tosefta). La surdité qui paie tout l'homme est celle d'un homme sans métier, rendu sourd par un homme.
Rava règle le chevet sur le travail qui reste. La surdité, pour l'homme sans métier, paie tout le prix.
Coups successifs, puis surdité. Question de Rava Aucune estimation entre les coups. Le dernier coup rend sourd. 1. Main pas d'estimation 2. Jambe pas d'estimation 3. Œil pas d'estimation 4. Surdité prix de tout l'homme Une seule estimation On n'a rien fixé entre les coups. Un seul chiffre suffit : le prix de la personne entière, en bloc. Une estimation par coup Chaque blessure a son chiffre, même si le tribunal n'a parlé qu'à la fin. Où est la différence, selon la Gemara Nézek : les deux méthodes aboutissent au même total. Rachi : on diminue la valeur à chaque coup. Ripouy et chevet, dans le texte : inclus dans le prix entier. Il compte comme celui qui l'a tué. Tsaar et boshèt de chaque coup : la question. Chaque coup a fait mal et a humilié. Suite, si la première branche est retenue Le tribunal a estimé chaque coup, mais l'auteur n'a pas encore payé, puis il rend sourd. Paie-t-il chaque estimation déjà fixée, ou le seul prix entier, faute de paiement ? Teiku. La question reste en suspens. Ri : tsaar, boshèt et ripouy de chaque coup sont dus. Le doute porte sur l'estimation groupée ou séparée.
Sans estimation entre les coups, Rava hésite. Le second doute, si l'on a estimé sans payer, reste en teiku.
1
לרבות שוגג כמזיד ואונס כרצון! אם כן, נכתוב קרא: ״פצע בפצע״; מאי ״פצע תחת פצע״? שמע מינה תרתי.

Pour inclure le shogeg (l'acte par inadvertance) au même titre que le mezid (l'acte délibéré), et l'oness (la contrainte) au même titre que le ratzon (le plein gré) ! S'il en est ainsi, que le verset écrive : petza be-fatza, une plaie pour une plaie.

Que vient faire petza tahat patza, une plaie à la place d'une plaie ? Apprends-en deux enseignements.

📜 Rachi (1)
לרבות שוגג כמזיד בפ' שני (דף כו:):
Au deuxième chapitre (folio 26b).
💡 Explication

La page reprend la fin de 85a. Rav Zevid, au nom de Rava, lisait dans petza tahat patza (Shemot 21, 25) le tsaar dû en plus du nézek. L'objection : ce verset est déjà pris, au chapitre 2 (26b, renvoi de Rachi), pour la responsabilité de l'homme, shogeg comme mezid, oness comme ratzon.

Pour ce seul point, le verset dirait petza be-fatza. Tahat, à la place de, ajoute le paiement de la douleur là où le nézek est déjà dû. Les deux enseignements sortent du même verset.

🖼️ Schéma
Petza tahat patza : deux enseignements Shemot 21, 25. Le verset reste libre pour les deux. Petza be-fatza Une plaie pour une plaie. Shogeg comme mezid. Oness comme ratzon. Renvoi : chapitre 2, 26b. Le mot tahat en plus À la place de la plaie. On paie le tsaar là où le nézek est déjà dû. Chema mina tartei : les deux enseignements sortent du verset.
Be-fatza suffit pour shogeg et oness. Tahat ajoute le tsaar en plus du nézek.
2
רב פפא משמיה דרבא אמר, אמר קרא: ״ורפא ירפא״ – ליתן רפואה במקום נזק.

Rav Papa a dit au nom de Rava : le verset dit ve-rapo yerape, il guérira, il guérira, pour accorder le ripouy (les soins) là où il y a un nézek.

💡 Explication

Même maître, autre poste. Ve-rapo yerape (Shemot 21, 19) est lu par Rav Papa comme source du ripouy payé en plus du nézek. Le segment suivant demande si le verset n'est pas déjà pris par la permission de soigner.

3
האי מבעי ליה לכדתנא דבי רבי ישמעאל, דתנא דבי רבי ישמעאל: ״ורפא ירפא״ – מכאן שניתנה רשות לרופא לרפאות! אם כן, נכתוב קרא ״ורופא ירפא״! שמע מינה, ליתן רפואה במקום נזק.

Ce verset est nécessaire pour l'enseignement de la maison de Rabbi Yishmael. Car la maison de Rabbi Yishmael enseigne : ve-rapo yerape, de là, permission a été donnée au médecin de soigner !

S'il en est ainsi, que le verset écrive ve-rofé yerape, et un médecin guérira ! Apprends-en qu'il faut accorder le ripouy là où il y a un nézek.

💡 Explication

L'école de Rabbi Yishmael tire du même redoublement la reshout du médecin : il a le droit de soigner. Si le verset ne disait que cela, il écrirait ve-rofé yerape, avec le participe : un médecin guérira.

La forme retenue, infinitif puis verbe, laisse donc un second enseignement : le ripouy dû en plus du nézek.

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ואכתי מבעי ליה לכדאמרן, למיתני ביה קרא בריפוי! אם כן, לימא קרא או ״רפא רפא״ או ״ירפא ירפא״, מאי ״ורפא ירפא״? שמע מינה ליתן רפואה במקום נזק.

Et il reste nécessaire pour ce que nous avons dit : que le verset se répète au sujet de la guérison ! S'il en est ainsi, que le verset dise ou rapo rapo, ou yerape yerape.

Pourquoi ve-rapo yerape ? Apprends-en qu'il faut accorder le ripouy là où il y a un nézek.

💡 Explication

Nouvelle objection : la répétition elle-même est prise par l'enseignement déjà dit, la permission de soigner. Réponse : une répétition de la même forme, rapo rapo ou yerape yerape, aurait suffi pour cela.

Ve-rapo yerape change de forme. C'est ce changement qui enseigne le paiement des soins là où il y a déjà un nézek.

🖼️ Schéma
Ve-rapo yerape : ce que la forme enseigne Shemot 21, 19. Chaque forme plus simple laisserait un enseignement de côté. Ve-rofé yerape Et un médecin guérira. Permission de soigner, école de Rabbi Yishmael. Trop peu pour le verset. Rapo rapo ou yerape yerape La même forme, deux fois. La répétition suffirait à la permission. Ve-rapo yerape Infinitif, puis verbe. Le changement de forme ajoute un second point. Ripouy là où il y a nézek. La permission du médecin tient. Le paiement des soins en plus du nézek tient aussi.
Le participe serait la permission seule. Le changement de forme enseigne le ripouy avec le nézek.
5
מכלל דמשכחת להו שלא במקום נזק. שלא במקום נזק היכי משכחת להו?

Il en ressort qu'on trouve ces indemnités hors d'un cas de nézek. Hors d'un cas de nézek, comment les trouve-t-on ?

💡 Explication

La baraita de la fin de 85a disait : tous ces postes se paient aussi là où il y a un nézek. Cette formule implique qu'ils existent aussi sans dépréciation du corps. La Gemara demande le cas concret de chacun.

6
צער – כדקתני: צער – כוואו בשפוד או במסמר, ואפילו על צפורנו מקום שאינו עושה חבורה. ריפוי – דהוה כאיב ליה מידי, וסליק ואייתי ליה סמא חריפא, ואחווריה לבישריה; דצריך לאותבי ליה סמא לאנקוטיה גוונא דבישריה.

La douleur : comme la mishna l'enseigne. La douleur : il l'a brûlé avec une broche ou avec un clou, même sur l'ongle, endroit qui ne fait pas de haboura (contusion).

Le ripouy : un endroit lui faisait mal, un autre est allé lui apporter un remède fort, et il a blanchi sa chair. Il doit lui appliquer un remède pour rendre sa teinte à la chair.

📜 Rachi (2)
דהוה כאיב ליה מידי וסליק שהיה לו מכה בבשרו והיתה מתרפא:
Il avait une plaie dans sa chair, et elle était en voie de guérison.
ואחווריה לבשריה הפכו למראה צרעת:
Il lui a donné l'aspect de la tsaraat.
💡 Explication

Deux cas sans nézek. Le tsaar : brûlure sur l'ongle, ou ailleurs, sans haboura. Il n'y a pas de dépréciation, il y a la douleur.

Le ripouy : la plaie guérissait. Un tiers pose un remède fort, la chair blanchit. Rachi : un aspect de tsaraat. Pas de perte d'usage. On doit le remède qui rend la couleur.

7
שבת – דהדקיה באינדרונא, ובטליה. בושת – דרק ליה באפיה.

Le chevet : il l'a enfermé dans une indrona (une pièce) et l'a mis au chômage. Le boshèt : il lui a craché au visage.

📜 Rachi (1)
דהדקיה סגרו במסגר:
Il l'a enfermé au verrou.
💡 Explication

Le chevet sans blessure : l'homme est bouclé, il ne travaille pas. Rachi : fermé au verrou. Le boshèt sans blessure : un crachat au visage. La honte se paie seule.

8
שבת – רואין אותו כאילו הוא שומר קישואין. תנו רבנן: שבת – רואין אותו כאילו הוא שומר קישואין. ואם תאמר: לקתה מדת הדין; דכי מיתפח האי גברא, לאו אגרא דשומר קישואין הוא שקיל, אלא דלי דוולא ושקיל אגרא; אי נמי אזיל בשליח[ותא] ושקיל אגרא!

Le chevet : on le regarde comme s'il était gardien de concombres. Nos maîtres ont enseigné : le chevet, on le regarde comme s'il était gardien de concombres.

Et si tu dis : la mesure du droit à été lésée. Car lorsque cet homme sera rétabli, il ne prend pas le salaire d'un gardien de concombres : il puise à la seille et prend un salaire.

Ou bien il va en mission et prend un salaire !

📜 Rachi (3)
לקתה מדת הדין כלומר לא שלם לו כל צרכו דהא כי מתפח האי גברא מחולי זה שנקטע (רגלו) לא אגרא דשומר קישואין שקיל אלא דויל דוולא ושקיל אגרא יתירא ונמצא שכל ימי חליו אבד את זאת:
C'est-à-dire qu'il ne lui a pas réglé tout son dû. Car lorsque cet homme se rétablit de cette atteinte où on lui a coupé (la jambe), il ne prend pas le salaire d'un gardien de concombres : il puise à la seille et prend un salaire plus élevé. Il se trouve que, pendant tous les jours de sa maladie, il a perdu ce salaire.
א"נ כי נקטעה (ידו):
Autre cas : lorsqu'on lui a coupé (la main).
אזיל בשליחותא ושקיל אגרא יתירא ואיגלאי מילתא דלאו בר שימור קישואין:
Un salaire plus élevé. Et il apparaît qu'il n'est pas de ceux qui gardent les concombres.
🗂️ Tossefot (2)
רואין אותו כאילו שומר קישואין. שכבר נתן לו דמי ידו או דמי רגלו שומר קישואין לא קאי ארגל דברגלו קאמר בגמרא שבת כשומר הפתח אבל קישואין אין יכול לשמור א"נ בגמ' איירי בשיבר שני רגליו דומיא דסימא את עינו דאיירי בסימא שתי עיניו דאי עינו אחת עדיין הוא ראוי לכל זה שהיה ראוי בתחילה ובתוספתא (פ"ט) נמי קתני רואין אותו כאילו הוא חיגר שומר קישואין משמע דחיגר יכול לשמור ונראה דאם היה מלמד תינוקות לא נאמר כאילו הוא שומר קישואין ובשיבר רגלו אם היה עושה מעשה מחט או נוקב מרגליות לא נאמר כאילו הוא שומר הפתח דאם כן לקתה מדת הדין אלא הכא בסתם בני אדם שאין בעלי אומנות:
On le regarde comme s'il était gardien de concombres. On lui a déjà donné le prix de sa main ou le prix de sa jambe. Gardien de concombres laisse la jambe de côté. Pour la jambe, la Gemara fixe le chevet au tarif du gardien de l'entrée : il ne peut pas garder les concombres. Autre lecture : la Gemara parle de celui qui a brisé les deux jambes, sur le modèle de celui qui a crevé l'œil, cas où il s'agit des deux yeux. Avec un seul œil, il reste apte à tout ce à quoi il était apte au départ. Dans la Tosefta (chapitre 9) on enseigne aussi : on le regarde comme s'il était un boiteux gardien de concombres, ce qui montre qu'un boiteux peut garder. Il paraît que s'il était maître d'enfants, on ne dirait pas : comme un gardien de concombres. Et si on lui a brisé la jambe alors qu'il faisait un travail d'aiguille ou perçait des perles, on ne dirait pas : comme un gardien de l'entrée. La mesure du droit serait lésée. Ici, le cas est celui des gens ordinaires, qui n'ont pas de métier.
דכי מתפח האי גברא כלומר . בתחילה כשהיה בריא:
Lorsque cet homme sera rétabli. C'est-à-dire : au début, lorsqu'il était bien portant.
💡 Explication

La mishna et la baraita fixent le chevet au tarif d'un shomer kishouim, gardien de concombres. L'objection, lakta midat ha-din : la mesure du droit est lésée. Au retour, ou selon Tossefot dès le temps où il était sain, cet homme gagne plus : il puise à la seille, ou il va en mission.

Rachi lit le rétablissement. Tossefot lit l'état d'avant le coup. La suite de la glose : ces tarifs bas visent l'homme sans métier. Un maître d'enfants, un homme à l'aiguille, un perceur de perles gardent un autre chiffre, sinon la mesure du droit serait lésée.

9
מדת הדין לא לקתה, שכבר נתן לו דמי ידו ודמי רגלו.

La mesure du droit n'a pas été lésée : il lui a déjà donné le prix de sa main et le prix de sa jambe.

📜 Rachi (1)
מדת הדין לא לקתה שכבר נתן לו כו' ולכשיתרפא אינו ראוי לדלות ולילך בשליחות:
Et lorsqu'il sera guéri, il n'est apte ni à puiser, ni à aller en mission.
💡 Explication

Réponse de la baraita. Le salaire du puiseur et celui du messager sont dans le nézek, le prix de la main ou de la jambe. Rachi : une fois guéri, il ne puise plus et ne part plus en mission. Le chevet ne doit donc pas ce salaire-là. Il couvre le travail qui reste, au tarif du gardien de concombres, le temps de la maladie.

10
אמר רבא: קטע את ידו – נותן לו דמי ידו, ושבת – רואין אותו כאילו הוא שומר קישואין. שיבר את רגלו – נותן לו דמי רגלו, ושבת – רואין אותו כאילו הוא שומר את הפתח.

Rava a dit : s'il lui a coupé la main, il lui donne le prix de sa main, et pour le chevet on le regarde comme s'il était gardien de concombres. S'il lui a brisé la jambe, il lui donne le prix de sa jambe, et pour le chevet on le regarde comme s'il était gardien de l'entrée.

📜 Rachi (1)
קיטע ידו עדיין הוא ראוי לשומר קישואין הלכך שבת כל ימי חליו נותן לו שכר שימור קישואין:
Il reste apte à garder les concombres. C'est pourquoi, pour le chevet, pendant tous les jours de sa maladie, il lui donne le salaire de la garde des concombres.
💡 Explication

Rava sépare les cas. Main coupée : il marche encore, il peut garder les concombres. Le chevet de la maladie est ce salaire. Rachi : tous les jours de la maladie, ce tarif-là.

Jambe brisée : garder les concombres demande de faire le tour du jardin. Il ne le peut plus. Le chevet descend au gardien de l'entrée, qui reste assis. Le prix de la jambe est à part, dans le nézek.

11
סימא את עינו – נותן לו דמי עינו, ושבת – רואין אותו כאילו הוא מטחינו בריחים. חירשו – נותן לו דמי כולו.

S'il lui a crevé l'œil, il lui donne le prix de son œil, et pour le chevet on le regarde comme s'il tournait la meule. S'il l'a rendu sourd, il lui donne le prix de sa personne entière.

🗂️ Tossefot (1)
חרשו נותן לו דמי כולו ע"כ לא מיירי באותו שקיטע את ידו ושיבר את רגלו וסימא עינו אלא אפילו באדם שלם דומיא דסימא עינו דלא איירי באותו שקיטע ידו ושיבר רגלו דהא בשיבר רגלו אין נותן אלא כשומר הפתח שהוא פחות מטחינת הריחים ותימה דמשמע הכא דחרש לא שוי מידי מדנותן לו דמי כולו ובפ"ק דערכין (דף ב. ושם) תנן חש"ו נידרין ונערכין ואור"ת דיש לחלק בין חרש בידי אדם לחרש בידי שמים ולר"י נראה דהכא באדם שאין בר אומנות כדפי' לעיל וכן משמע מדנקט דלי דוולא ואזיל בשליחות הלכך כשנתחרש אין שוה כלום והתם מיירי כשיש לו אומנות:
S'il l'a rendu sourd, il lui donne le prix de sa personne entière. Ce cas laisse de côté l'homme dont on a déjà coupé la main, brisé la jambe et crevé l'œil. Il vise aussi un homme entier, sur le modèle de celui qui a crevé l'œil, lequel laisse de côté l'homme dont on a coupé la main et brisé la jambe. Pour la jambe brisée, on ne donne que le tarif du gardien de l'entrée, inférieur au tarif de la meule. Il y a lieu de s'étonner : il ressort d'ici qu'un sourd ne vaut rien, puisqu'on lui donne le prix de sa personne entière. Au premier chapitre d'Arakhin (2a), la mishna enseigne : le sourd, l'insensé et le mineur font l'objet de vœux et d'évaluations. Rabbeinou Tam distingue le sourd rendu sourd par un homme, et le sourd dont la surdité vient du Ciel. Pour Ri, ici l'homme n'a pas de métier, comme expliqué plus haut. C'est aussi ce qui ressort de l'exemple du puiseur de seille et de l'homme qui va en mission. Une fois sourd, il ne vaut donc rien. Là-bas, dans Arakhin, il a un métier.
💡 Explication

Œil crevé : le nézek est le prix de l'œil. Le chevet est le salaire de la meule, travail qu'un aveugle fait. Surdité : on paie demei koulo, le prix de toute la personne. Dans ce calcul, il ne reste pas de valeur de travail.

Tossefot : la surdité vise un homme encore entier, comme le cas de l'œil vise un autre homme que celui de la main et de la jambe. Le tarif de l'entrée est plus bas que celui de la meule : les cas ne se cumulent pas dans cette phrase. Face à Arakhin 2a, où un sourd a une évaluation, Rabbeinou Tam sépare le sourd par un homme et le sourd venu du Ciel. Ri : ici, pas de métier. Avec un métier, la surdité ne met pas le prix à zéro.

12
בעי רבא: קטע את ידו ולא אמדוהו, שיבר את רגלו ולא אמדוהו, סימא את עינו ולא אמדוהו – ולבסוף חירשו, מהו? מי אמרינן: כיון דלא אמדוהו – בחד אומדנא סגי ליה, ויהיב ליה דמי כוליה בהדי הדדי? או דלמא, חדא חדא אמדינן ויהבינן ליה –

Rava a demandé : il lui a coupé la main et on ne l'a pas estimé, il lui a brisé la jambe et on ne l'a pas estimé, il lui a crevé l'œil et on ne l'a pas estimé, et à la fin il l'a rendu sourd. Qu'en est-il ?

Dit-on : puisqu'on ne l'a pas estimé, une seule estimation suffit, et il lui donne le prix de la personne entière en une fois ? Ou bien estime-t-on chaque blessure à part, et la lui donne-t-on ?

📜 Rachi (3)
קיטע את ידו ולא אמדוהו בית דין ולא אמרו למזיק תן לו כך וכך ריפוי כך וכך שבת צער ובושת ואחרי כן שיבר את רגלו קודם שיתרפא:
Le tribunal. Ils n'ont pas dit à l'auteur du coup : donne-lui tant pour la guérison, tant pour le chevet, la douleur et la honte. Ensuite il lui a brisé la jambe, avant qu'il guérisse.
שיבר את רגלו ושוב אינו ראוי לשמור קישואין שצריך להלך סביב הגנה:
Il n'est plus apte à garder les concombres, car il faut marcher autour du jardin.
חדא חדא אמדינן ואע"ג דבנזק לא נפקא לן מינה מידי דהא סוף סוף כל שעה הולכין ופוחתין את דמיו הלכך בין אומד כולה בין אומד כל אחד בפני עצמו מדה אחת היא:
Pour le nézek, aucune différence pratique n'en sort. Au bout du compte, à chaque fois on diminue sa valeur. Estimer le tout, ou estimer chaque blessure à part, c'est une seule mesure.
💡 Explication

Omed : l'estimation du tribunal, qui fixe la somme. Ici, aucun chiffre n'a été dit entre les coups. À la fin, la surdité appelle le prix de toute la personne.

Deux lectures. Une seule estimation, en bloc. Ou une estimation par blessure. Rachi : sur le seul nézek, les deux lectures donnent le même total, parce qu'on baisse la valeur restante à chaque coup. La jambe brisée retire aussi la garde des concombres.

13
נפקא מיניה דבעי למיתב ליה צער ובושת דכל חדא וחדא; נהי דנזק וריפוי ושבת דכל חדא וחדא לא יהבינן ליה – דכיון דקא יהיב ליה דמי כוליה, כמאן דקטליה דמי, והא יהיב ליה דמי כוליה; צער ובושת מיהת דכל חדא וחדא יהיב, דהא הוה ליה צער ובושת?

Il en sort une conséquence pratique : il doit lui donner la douleur et la honte de chaque coup. Admettons que le nézek, le ripouy et le chevet de chaque coup, on ne les lui donne pas, puisque celui qui paie lui verse le prix de la personne entière : il compte comme celui qui l'a tué, et il lui verse bien le prix de la personne entière.

La douleur et la honte, du moins, de chaque coup, les verse-t-il, puisqu'il y a eu douleur et honte ?

📜 Rachi (1)
נפקא מינה למיתב ליה צער ובשת דכל אחד אבל ריפוי לא שהרי לא נתרפא בינתים ושבת לא שהרי נותן לו דמי כל מה שהיה שוה מתחילה והרי הוא עבדו:
Le ripouy, non, car il n'a pas guéri entre les coups. Le chevet, non, car il lui donne le prix de tout ce qu'il valait au départ, et le voici son esclave.
🗂️ Tossefot (1)
נהי דנזק וריפוי ושבת דכל חדא וחדא לא יהיב ליה תימה בשלמא נזק ושבת דין שלא יתן שכל זה בכלל דמי כולו אלא ריפוי למה פשיטא ליה שיהיה בכלל דמי כולו יותר מצער ובושת ונראה דגרס ריפוי בהדי צער ובושת ולא (הכא) בהדי נזק ושבת אך אכתי קשה דמאי קמיבעיא ליה דלמה יפטר מריפוי וצער ובושת דכל חדא וחדא בשביל שחרשו לבסוף ונותן לו דמי כולו מ"ש מקיטע ידו שאע"פ שהוא נותן נזק שהוא דמי ידו נותן ריפוי צער ובושת ועוד אטו אם חבל בחרש וכי יפטר מריפוי צער ובושת מיהו מהא דתנן לקמן (בבא קמא דף פז.) החובל בחרש חייב אין לדקדק דמצ"ל דהתם בחרש בידי שמים כדברי ר"ת או הוא בר אומנות ועוד דלעיל אשכחן דחייב ריפוי שלא במקום נזק ועוד תימה דפעמים מרויח במה שחרשו לבסוף כגון שהצער והריפוי היה עולה יותר מדמי כולו ונראה לר"י דפשיטא דמשלם צער ובושת וריפוי דכל חדא וחדא ומבעי ליה כגון שקיטע ידו יום ראשון ולא אמדוהו וביום שני שיבר רגלו ולא אמדוהו וביום השלישי חרשו מי אמרינן דחשיב כאילו עשה הכל בפעם אחת ואומדין הכל ביחד או דלמא כיון שהחבלות היו בזה אחר זה אומדין לכל אחת ריפוי וצער ובושת שלה בפני עצמה ונ"מ שאין עולה כ"כ כשאומדין הכל ביחד כמו שעולה כשאומדין כל אחת בפני עצמה:
Admettons que le nézek, le ripouy et le chevet de chaque coup, il ne les lui donne pas. Il y a lieu de s'étonner. Soit pour le nézek et le chevet : il est juste qu'il ne paie pas, tout cela entre dans le prix de la personne entière. Le ripouy, pourquoi est-il évident pour lui qu'il entre dans le prix de la personne entière, plus que la douleur et la honte ? Il paraît qu'il faut lire le ripouy avec la douleur et la honte, et non ici avec le nézek et le chevet. La difficulté demeure : que demande-t-il ? Pourquoi serait-il quitte du ripouy, de la douleur et de la honte de chaque coup, parce qu'il l'a rendu sourd à la fin et qu'il lui donne le prix de la personne entière ? En quoi est-ce différent de celui qui coupe la main : il donne le nézek, le prix de la main, et il donne aussi le ripouy, la douleur et la honte. De plus, celui qui blesse un sourd serait-il quitte du ripouy, de la douleur et de la honte ? On ne tire pas une objection décisive de la mishna plus bas (Bava Kamma 87a) : celui qui blesse un sourd est tenu. On peut répondre que là-bas le sourd l'est par un acte du Ciel, selon Rabbeinou Tam, ou qu'il a un métier. De plus, plus haut, on a trouvé qu'il est tenu au ripouy même hors d'un cas de nézek. Autre étonnement : il arrive qu'il gagne à l'avoir rendu sourd à la fin, par exemple si la douleur et le ripouy montaient plus haut que le prix de la personne entière. Pour Ri, il est acquis qu'il paie la douleur, la honte et le ripouy de chaque coup. Sa question porte sur un cas de ce genre : le premier jour il lui coupe la main et on ne l'estime pas, le deuxième jour il lui brise la jambe et on ne l'estime pas, le troisième jour il le rend sourd. Dit-on que tout compte comme fait en une seule fois, et qu'on estime le tout ensemble ? Ou bien, les blessures étant venues l'une après l'autre, on estime pour chacune son ripouy, sa douleur et sa honte à part ? La différence : le total est moindre quand on estime tout ensemble que quand on estime chaque blessure à part.
💡 Explication

La différence n'est pas dans le nezek. Payer demei koulo, c'est le paiement de celui qui a ôté toute la valeur : ke-man de-katleih, il compte comme celui qui l'a tué. Rachi : pas de ripouy à part, il n'a pas guéri entre les coups. Pas de chevet à part : le prix entier est versé, et le blessé est alors compté comme son esclave, le travail est dans ce prix.

Restent le tsaar et le boshet de chaque coup. Tossefot trouve étrange d'englober le ripouy dans ce qui tombe. Ri tient pour acquis le paiement du tsaar, du boshet et du ripouy de chaque coup. Le doute, pour lui, est le mode d'estimation : tout ensemble, ou blessure par blessure. Séparer fait monter le total.

14
ואם תימצי לומר: כיון דלא אמדוהו, קא יהיב ליה דמי כוליה בהדי הדדי; אמדוהו, מהו? מי אמרינן: כיון דאמדוהו – חדא חדא בעי למיתב ליה; או דלמא, כיון דלא שלים – יהיב ליה דמי כוליה? תיקו.

Et si tu en viens à dire : puisqu'on ne l'a pas estimé, il lui donne le prix de la personne entière en une fois. S'ils l'ont estimé, qu'en est-il ?

Dit-on : puisqu'ils l'ont estimé, il doit lui donner chaque indemnité à part ? Ou bien, puisqu'il n'a pas payé, il lui donne le prix de la personne entière ?

Teiku : la question reste en suspens.

💡 Explication

Second doute, qui suppose la première branche : sans estimation, un seul paiement, le prix entier. Nouveau cas : le tribunal a déjà estimé chaque coup, l'auteur n'a pas encore payé, puis il rend sourd.

Ou bien chaque somme déjà fixée reste due. Ou bien, faute de paiement effectif, tout se résout dans le prix entier. Teiku : on ne tranche pas.

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בעי רבה: שבת הפוחתתו בדמים, מהו? היכי דמי? כגון שהכהו על ידו וצמתה ידו, וסופה לחזור; מאי? כיון דסופה לחזור – לא יהיב ליה ולא מידי; או דלמא, השתא מיהת אפחתיה?

Rabba a demandé : un chevet qui le diminue en valeur, qu'en est-il ? Quel est le cas ?

Par exemple, il l'a frappé sur la main, sa main s'est contractée, et elle finira par revenir. Qu'en est-il ?

Puisqu'elle finira par revenir, il ne lui donne rien du tout ? Ou bien, maintenant du moins, il l'a diminué ?

📜 Rachi (4)
שבת הפוחתתו מדמים הכהו מכה שהוא צריך לשבות ממלאכתו וסופו להיות שלם כבתחילה ואין כאן אלא שבת אבל פוחתו עכשיו בדמים שאם היה בא לימכר עכשיו היו דמיו פוחתין:
Il l'a frappé d'un coup qui l'oblige à cesser son travail, et à la fin il sera entier comme au départ. Il n'y a ici que le chevet. Mais il le diminue maintenant en argent : s'il venait à être vendu maintenant, son prix baisserait.
מהו מי מחייב אפחת דמיו דהשתא או לא:
Le tient-on pour la baisse de son prix actuel, ou non.
צמתה דשטריר"ט בלע"ז לשון צומת הגידין מקום שהגידין צומתין (חולין דף עו.):
Destreint, en langue vernaculaire : resserré. C'est le mot de tzomet ha-gidin, l'endroit où les tendons se nouent (Houlin 76a).
כיון דסופה לחזור לא יהיב ליה דמי ידו:
Le prix de sa main.
🗂️ Tossefot (1)
שבת הפוחתתו בדמים מהו כגון שהכהו על ידו וצמתה וסופה לחזור שמלבד שבתו שבכל יום ויום עד שיתרפא נפחתו דמיו שאין בני אדם בקיאין להכיר בידו אם סופה לחזור ולא יכניסו עצמן בספק לקנותו כבריא ושולט בשתי ידיו וסבורין שלא יתרפא עוד אבל בדבר הידוע שסופו לחזור מודה אביי שאין נותן לו אלא שבת שבכל יום ויום:
Un chevet qui le diminue en valeur, qu'en est-il. Par exemple il l'a frappé à la main, elle s'est contractée, et elle finira par revenir. Outre son chevet de chaque jour jusqu'à la guérison, sa valeur a baissé : les gens ne savent pas reconnaître si sa main reviendra, et ils ne prendront pas le risque de l'acheter au prix d'un homme sain qui se sert de ses deux mains. Ils pensent qu'il ne guérira plus. Mais quand on sait que la chose finira par revenir, Abaye convient qu'on ne lui donne que le chevet de chaque jour.
💡 Explication

Shevet ha-pohato be-damim : le chômage s'accompagne d'une baisse de prix. La main s'est contractée, tzamta. Rachi rattache le mot à tzomet ha-gidin, le nœud des tendons (Houlin 76a), et au français de son temps, destreint. La main doit revenir. À la fin il sera entier : le fond du cas est un chevet.

Question : paie-t-on quand même la baisse actuelle du prix de vente ? Rachi glose ce rien : il ne donne pas le prix de la main. Tossefot explique pourquoi le prix baisse malgré le retour prévu : les acheteurs ne savent pas juger la main, ils refusent le prix d'un homme sain. Si le retour est connu, Abaye, dans la glose, limite le paiement au chevet de chaque jour.

🖼️ Schéma
Chevet qui baisse le prix. Main qui doit revenir Coup sur la main. Tzamta : les tendons se resserrent. Le retour est prévu. Puisqu'elle revient Pas de prix de la main. Rachi limite le "rien" à ce prix du membre. Maintenant, du moins S'il était vendu aujourd'hui, son prix baisserait. Cette baisse est-elle due ? Tossefot : les acheteurs ne savent pas si la main revient. Ils n'achètent pas au prix d'un homme sain. Si le retour est connu de tous : chevet de chaque jour seulement. La question de Rabba reste ouverte.
La main doit revenir. Le doute porte sur la baisse de prix d'aujourd'hui.
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תא שמע: המכה אביו ואמו ולא עשה בהן חבורה, והחובל בחבירו ביום הכפורים –

Viens et entends : celui qui frappe son père ou sa mère et ne leur a pas fait de haboura, et celui qui blesse son prochain le jour de Kippour.

📜 Rachi (1)
ולא עשה בהן חבורה דאין עליו חיוב מיתה עד שיעשה בהם חבורה באלו הן הנחנקין (סנהדרין דף פד:):
La peine de mort ne commence qu'avec une haboura. Voir le chapitre Ceux que l'on étrangle (Sanhédrin 84b).
💡 Explication

Ta chema : la Gemara appelle une mishna, et la page s'arrête au milieu de la citation. Deux cas. Frapper son père ou sa mère sans haboura. Blesser son prochain le jour de Kippour.

Rachi : sans haboura, pas de peine de mort. Le seuil est fixé dans Sanhédrin 84b, chapitre de ceux que l'on étrangle. La suite de la preuve est au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).