Sougya : L'amoud ferme la citation de 85b : qui frappe son pรจre ou sa mรจre sans haboura, et qui blesse le jour de Kippour, est tenu des cinq indemnitรฉs. La Gemara cherche le cas sans contusion.
Surditรฉ et rasage sont รฉcartรฉs. Le cas rรฉtรฉnu est l'enduit de nasha, dont le poil ne revient pas, avec tsaar, ripouy, chevet et boshet.
La question de Rabba, une main qui doit revenir, est tranchรฉe en sens opposรฉ par Abaye et par Rava. Le mรชme couple diverge sur la main coupรฉe d'un esclave hรฉbreu.
Puis la mishna du boshet est rapportรฉe ร Rabbi Shimon, et une beraita sur la visรฉe manquรฉe se lit selon Rabbi Yehuda ou selon Rabbi Meir.
Il est tenu de toutes.
Le mot ferme la citation ouverte en fin de 85b. La mishna : qui frappe son pรจre ou sa mรจre sans leur faire de haboura (contusion), et qui blesse son prochain le jour de Kippour, est tenu des cinq indemnitรฉs.
Rachi : les cinq choses. Nezek (dommage), tsaar (douleur), ripouy (soins), chevet (chรดmage), boshet (honte).
Ce "il ne lui a pas fait de haboura", quel est le cas ? N'est-ce pas, par exemple, qu'il l'a frappรฉ sur la main, et qu'elle finira par revenir ?
Et l'on enseigne : il est tenu de toutes !
Rabba, en 85b, demande si l'on paie la baissรฉ de valeur quand la main finira par revenir. La Gemara propose d'y voir le cas de la mishna : coup sur la main, sans haboura, et pourtant tenu de toutes les indemnitรฉs.
Rachi : un dommage sans haboura est un dommage qui revient. Cette lecture, si elle tenait, trancherait la question de Rabba vers l'obligation.
On dit : ici, de quoi s'agit-il ? Par exemple, il l'a rendu sourd, et il ne lui a pas fait de haboura.
Or Rabba n'a-t-il pas dit : celui qui rend son pรจre sourd, on le met ร mort, parce qu'il est impossible de rendre sourd sans haboura. Une goutte de sang lui est tombรฉe dans l'oreille !
La rรฉponse รฉcarte le coup sur la main. Le cas serait : il a rendu sourd, sans marque au-dehors. La leรงon retenue entre crochets est hรฉresh, rendre sourd. Rabba : rendre sourd son pรจre entraรฎne la mort, et la surditรฉ suppose une haboura. Une goutte de sang tombe dans l'oreille.
Tossefot interroge le paiement. Rendre sourd oblige au prix de la personne entiรจre, comme en 85b. Ri : le tsaar, le boshet et le ripouy restent dus ร part. Le chevet entre dans ce prix. "Tenu de toutes" vise ces autres indemnitรฉs.
Plutรดt, ici, de quoi s'agit-il ? Par exemple, il l'a rasรฉ.
S'il l'a rasรฉ, cela revient, et c'est notre question !
Autre cas : il l'a rasรฉ. Le poil repousse. Rachi : la valeur a baissรฉ, sans haboura. On retombe sur la question de Rabba. Cheveu ou main, dรจs que la chose revient, la mishna le tiendrait pour obligรฉ.
On dit : ici, de quoi s'agit-il ? Par exemple, il l'a enduit de nasha, qui ne revient pas.
Le cas rรฉtรฉnu : un enduit de nasha, produit dรฉpilatoire. Le poil ne revient pas. Rachi : il y a nezek, la valeur monรฉtaire a baissรฉ, c'est un moum (dรฉfaut).
Tsaar : il a des kartofnei sur la tรชte, et ces kartofnei le font souffrir. Ripouy : il faut le soigner.
Chevet : il dansait dans les auberges, ce qui demande qu'il fasse des mines de la tรชte ; et il n'en fait plus, ร cause de ces kartofnei. Boshet : tu n'as pas de honte plus grande que celle-lร .
Les quatre autres indemnitรฉs, sur la tรชte enduite. Tsaar : des kartofnei, crevasses et croรปtes, que la force du nasha fait souffrir. Ripouy : les soigner. Chevet : il dansait dans les auberges, bei kovei. Rachi lit : dans les boutiques. Il agite la tรชte comme un bateleur. Tant que les crevasses durent, il ne peut plus.
Rachi : mรชme s'il reste apte ร un autre travail, on paie ce chevet, parce que son mรฉtier est celui-lร . Boshet : perdre ses cheveux, il n'y a pas de honte plus grande.
Et la chose qui faisait question pour Rabba est รฉvidente pour Abaye d'un cรดtรฉ, et pour Rava de l'autre. Car il a รฉtรฉ dit : il l'a frappรฉ sur la main, elle s'est contractรฉe, et elle finira par revenir.
Abaye dit : il lui donne un chevet grand et un chevet petit. Et Rava dit : il ne lui donne que le prix de son chevet de chaque jour.
La question de Rabba est tenue pour tranchรฉe, chacun d'un cรดtรฉ. Abaye : chevet grand, le prix de la main, et chevet petit, les jours d'alitement au tarif du gardien de concombres. Rava : seulement le chevet de chaque jour, au salaire des ouvriers du marchรฉ, jusqu'au retour.
Rachi : le tarif du gardien de concombres suppose qu'on a dรฉjร payรฉ la main. Rava ne la paie pas, puisque la main reviendra. Il paie donc le salaire du marchรฉ, plus รฉlevรฉ.
Il a รฉtรฉ dit : celui qui coupe la main de l'esclave hรฉbreu de son prochain. Abaye dit : il donne le chevet grand ร l'esclave, et le chevet petit au maรฎtre.
Rava dit : le tout sera donnรฉ ร l'esclave, on achรจtera avec cela une terre, et le maรฎtre en mange les fruits.
Nouveau dรฉbat. Rachi : coupure rรฉelle de la main d'un esclave hรฉbreu, sans retour. Abaye : le chevet grand ร l'esclave, pour qu'il quitte son maรฎtre avec l'รฉquivalent d'une main entiรจre. Le chevet petit au maรฎtre.
Le texte imprimรฉ de Rava : tout est donnรฉ ร l'esclave, on en achรจte une terre, le maรฎtre en mange les fruits. Tossefot, avec Rabbenou Hananel, lit : tout au maรฎtre. Le chevet petit lui revient en propre. Le chevet grand achรจte une terre dont il mange les fruits.
Tossefot compare l'esclave ร un malade, Kidouchin 17a. Il n'a pas ร complรฉter le temps : nistahafa sadehu, son champ a รฉtรฉ inondรฉ. Le malade de quatre ans, qui ne fait aucun travail, doit complรฉter. Ici, garder les concombres ou l'entrรฉe reste possible.
C'est รฉvident : il a diminuรฉ par rapport ร lui-mรชme, et par rapport ร son maรฎtre il n'a pas diminuรฉ. Quel est le cas ?
Il lui a fendu le bout de l'oreille, ou le bout de la narine : le tout est pour lui-mรชme. Il a diminuรฉ par rapport ร son maรฎtre : c'est le dรฉbat d'Abaye et de Rava.
Deux situations. Baisse pour l'esclave seul : on fend le bout de l'oreille ou de la narine. Rachi : on ne l'a pas รฉcartรฉ du travail. Tout le paiement est ร lui.
Baisse aussi pour le maรฎtre, la main coupรฉe : dรฉbat d'Abaye et de Rava. Tossefot refuse d'en faire le cas oรน l'esclave, lui, n'a pas baissรฉ : lร , tous donnent tout au maรฎtre. Ri sauve avec peine cette leรงon par une main qui revient avant la sortie en libertรฉ. L'esclave ne perd rien pour lui-mรชme. Abaye lui laisse le chevet grand, parce que ce paiement a le nom de nezek, et que dans la coupure le maรฎtre n'a mรชme pas les fruits. Rava donne au maรฎtre le chevet de chaque jour.
Boshet : tout selon celui qui fait honte et celui qui subit la honte. De qui est la mishna ?
Pas Rabbi Meir, pas Rabbi Yehuda. Elle est de Rabbi Shimon.
On passe au membre de la mishna sur le boshet. La somme suit les deux personnes : celui qui fait honte, et celui qui la subit. La Gemara annonce la suite : cette mishna est de Rabbi Shimon.
Car on a enseignรฉ : et tous, on les regarde comme s'ils รฉtaient des hommes libres qui ont perdu leurs biens, car ils sont fils d'Abraham, d'Its'hak et de Yaakov. Paroles de Rabbi Meir.
Rabbi Yehuda dit : le grand selon sa grandeur, et le petit selon sa petitesse. Rabbi Shimon dit : les riches, on les regarde comme s'ils รฉtaient des hommes libres qui ont perdu leurs biens ; les pauvres, comme les moindres d'entre eux.
Rabbi Meir : pauvres et riches, un seul tarif, celui d'hommes libres qui ont perdu leurs biens. Rachi : mรชme les riches. Sonder chaque fortune n'aurait pas de fin.
Rabbi Yehuda : chacun selon sa mesure. Rabbi Shimon : les riches au tarif des libres appauvris ; les pauvres au tarif des plus petits d'entre les pauvres, honte plus lรฉgรจre.
Tossefot : on ne peut pas trier, riche par riche, qui a honte exactement comme un homme tombรฉ. Mรชme chose dans la mishna de celui qui รดte un vรชtement et dรฉcouvre la tรชte d'une femme au marchรฉ : une seule estimation, sans regarder si des gens importants รฉtaient lร .
De qui ? Maintenant, si c'est Rabbi Meir : la mishna enseigne, tout selon celui qui fait honte et celui qui subit la honte ; et Rabbi Meir, tous sont รฉgaux entre eux !
Et si c'est Rabbi Yehuda : la mishna enseigne, celui qui fait honte ร l'aveugle est tenu ; alors que Rabbi Yehuda dit : l'aveugle n'a pas de boshet ! Dรจs lors, n'est-ce pas Rabbi Shimon ?
Deux exclusions. Rabbi Meir met toutes les personnes humiliรฉes au mรชme tarif. La mishna fait varier la somme selon les personnes.
Rabbi Yehuda : l'aveugle n'a pas de boshet. La mishna tient pour obligรฉ celui qui fait honte ร un aveugle. Rachi renvoie plus bas dans la discussion. Reste Rabbi Shimon.
Tu peux mรชme dire Rabbi Yehuda. Quand Rabbi Yehuda a dit que l'aveugle n'a pas de boshet, c'est pour prendre de lui.
Mais pour lui donner, on lui donne.
Reprise possible de Rabbi Yehuda. "L'aveugle n'a pas de boshet" vise le fait de prendre de lui : lui qui fait honte ne paie pas. Quand on lui fait honte, ร lui, on paie.
Or, puisque la fin enseigne : celui qui fait honte au dormeur est tenu, et le dormeur qui fait honte est exempt ; et elle n'enseigne pas : l'aveugle qui fait honte est exempt ; on en dรฉduit que c'est pareil d'un cรดtรฉ comme de l'autre ! Dรจs lors, c'est รฉclairci : la mishna est de Rabbi Shimon.
La fin de la mishna dรฉtaille le dormeur : lui faire honte obligรฉ, et lui qui fait honte est exempt. Elle ne pose pas cette exemption pour l'aveugle. Les deux sens restent donc une obligation. La lecture "Yehuda, seulement pour prendre de lui" tombe.
La mishna est de Rabbi Shimon. Rachi : lui non plus ne met pas tout le monde au mรชme tarif. Riches et pauvres restent distincts.
Qui est le tanna de ceci qu'ont enseignรฉ nos maรฎtres : il a eu l'intention de faire honte au petit, et il a fait honte au grand : il donne au grand le prix de la honte du petit. De faire honte ร l'esclave, et il a fait honte ร l'homme libre : il donne ร l'homme libre le prix de la honte de l'esclave.
De qui ? Pas Rabbi Meir, pas Rabbi Yehuda, pas Rabbi Shimon !
Autre enseignement. On visait le katan (le petit) et l'on a atteint le gadol (le grand) : le grand reรงoit le tarif du petit. On visait l'esclave et l'on a atteint l'homme libre : l'homme libre reรงoit le tarif de l'esclave. Aucun des trois tannaim ne semble tenir cela.
On aurait pensรฉ : petit, petit en biens ; grand, grand en biens. Si c'est Rabbi Meir, il dit : tous sont รฉgaux entre eux !
Et si c'est Rabbi Yehuda, il dit : les esclaves n'ont pas de boshet ! Et si c'est Rabbi Shimon, il dit : il a eu l'intention de faire honte ร celui-ci, et il a fait honte ร celui-lร , il est exempt !
Premiรจre lecture : petit et grand veulent dire pauvre et riche. Meir les รฉgalise. Yehuda : les esclaves n'ont pas de boshet, or la beraita chiffre la honte de l'esclave. Rachi : cette rรจgle est dans la mishna, daf 87a.
Shimon : viser celui-ci et atteindre celui-lร , exempt. Rachi le tire de son avis sur le meurtre, Sanhรฉdrin 79b, chapitre Elu hen ha-nisrafin. Lร -bas, le verset "ve-arav lo". Ici, "be-mevushav".
Quelle est la raison ? Comme le meurtre.
De mรชme que le meurtre, jusqu'ร ce qu'il le vise, car il est รฉcrit : "ve-arav lo ve-kam alav", il lui a tendu une embuscade et s'est levรฉ contre lui, jusqu'ร ce qu'il le vise. Le boshet aussi, jusqu'ร ce qu'il le vise, car il est รฉcrit : "va-shaleha yadah ve-hehezika bi-mevushav", elle a envoyรฉ sa main et a saisi ses parties, jusqu'ร ce qu'il le vise !
Raison de Rabbi Shimon. Le boshet est comme le meurtre. Devarim 19, 11 : ve-arav lo ve-kam alav, jusqu'ร ce qu'il vise celui-lร . Devarim 25, 11 : be-mevushav, les parties saisies par la femme qui sรฉpare une rixe, jusqu'ร ce qu'il vise celui-lร .
Tossefot : les Sages, qui n'exigent pas cette visรฉe, ont encore ร dire ce qu'ils tirent de be-mevushav. Peut-รชtre le mot sert-il ร une autre dรฉrivation.
C'est bien Rabbi Yehuda. Et quand Rabbi Yehuda a dit : les esclaves n'ont pas de boshet, c'est pour leur en donner.
Mais pour estimer, on estime d'aprรจs eux.
La beraita peut rester de Rabbi Yehuda. "Les esclaves n'ont pas de boshet" veut dire : on ne leur verse pas l'indemnitรฉ. On peut pourtant estimer d'aprรจs eux. Rachi : la somme pour laquelle cet esclave accepterait cette honte, on la donne ร l'homme libre qu'on a atteint.
Tossefot รฉcarte le rapprochement avec Makkot 7b. Lร , be-veli daat exclut celui qui visait l'animal, ou un Kouti, et a tuรฉ un homme. Ici, pas de verset de ce genre. On n'importe pas la rรจgle des dinei nefachot (affaires capitales) : le verset du boshet est dรฉjร pris par Rabbi Shimon, pour exempter la visรฉe manquรฉe.
Et si tu veux, dis : tu peux mรชme dire Rabbi Meir. Penses-tu : grand, grand en biens ; petit, petit en biens ?
Non. Grand, un grand au sens propre, et petit, un petit au sens propre.
Deuxiรจme lecture de la beraita, compatible avec Rabbi Meir. Grand et petit ne sont plus le riche et le pauvre, que Meir รฉgalise. Ce sont un adulte et un mineur, au sens propre des mots. Leurs tarifs peuvent diffรฉrer.
Et un mineur est-il sujet au boshet ? Si.
Comme l'a dit Rav Papa : on lui fait honte, et il a honte. Ici aussi.
Un katan, un mineur, entre-t-il dans le boshet ? Oui, dans le cas dit par Rav Papa : on l'humilie, et il en รฉprouve de la honte. Rachi renvoie ร 86b. La phrase "ici aussi" s'arrรชte au bas de l'amoud.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).