Sougya : L'amud ferme d'abord la phrase de 86a : le mineur sujet au boshet est celui qu'on humilie et qui ressent la honte. La michna rend redevable celui qui fait honte au nu, ร l'aveugle et ร l'endormi ; elle quitte l'endormi qui humilie, et le boshet de celui qui tombe du toit tant qu'il n'a pas voulu.
Rav Papa explique le nu par un vent qui retrousse les vรชtements, et le bain par le bord du fleuve. Rabbi Abba bar Memel demande ce qu'il en est si l'endormi meurt sans avoir su : kissoufa ressentie, zilouta publique, ou boshet de la famille.
Rav Papa rรฉpond par le mineur qui ressent, et Rabbi le confirme. La fin de la page suit Rabbi Yehouda : l'aveugle qui humilie est quitte du boshet, par einekha-einekha, puis hors de l'exil, de la peine capitale et des coups.
Celui qu'on humilie et qui ressent l'humiliation.
Fin de la phrase de 86a. La Gemara vient d'admettre qu'un katan (mineur) peut avoir un boshet. Le cas est celui de Rav Papa, citรฉ plus bas : de-mikhlamo leh ve-mikhlam, on l'humilie et il ressent la honte.
Rachi donne le critรจre. On lui remet sa honte devant les yeux. Il en souffre. Ce mineur-lร est sujet au boshet.
Michna. Celui qui fait honte au nu, celui qui fait honte ร l'aveugle, et celui qui fait honte ร l'endormi, est redevable.
Un endormi qui a fait honte est quitte. S'il est tombรฉ du toit, a causรฉ un dommage et a fait honte, il est redevable pour le nezek (le dommage), et quitte pour le boshet (l'indemnitรฉ de honte), tant qu'il n'a pas eu l'intention.
Trois victimes. Nu, aveugle, endormi : leur faire honte rend redevable.
Deux limites, toutes deux liรฉes ร la kavana (l'intention). L'endormi qui humilie est quitte. Celui qui tombe du toit doit le nezek. Il reste quitte du boshet tant qu'il n'a pas voulu humilier.
Gemara. Les Sages ont enseignรฉ : s'il lui a fait honte nu, il est redevable, et la honte faite ร un nu se mesure autrement que la honte faite ร un vรชtu.
S'il lui a fait honte dans le bain, il est redevable, et la honte faite dans le bain se mesure autrement que la honte faite sur la place du marchรฉ.
Baraita (Tosefta). Le nu et le bain restent des cas de boshet. Le montant change. Nu se chiffre en dessous de vรชtu. Bain se chiffre en dessous de la place du marchรฉ, oรน tout le monde regarde.
Le maรฎtre a dit : s'il lui a fait honte nu, il est redevable. Un homme nu est-il sujet ร la honte ?
Rav Papa a dit : que signifie nu ? Un vent est venu et a retroussรฉ ses vรชtements, celui-ci est venu, les a relevรฉs davantage, et lui a fait honte.
Rachi lit l'objection ainsi : un homme qui circule nu ne tient pas ร la honte. Rav Papa rรฉpond par un autre nu. Le vent retrousse. L'autre relรจve encore. La honte est dans ce second geste.
Tossefot rรฉserve l'objection ร la baraita. La michna vise un crachat ou une gifle, oรน le nu reste sujet ร la honte. La baraita parle de le mettre ร nu. D'oรน la question : s'il l'est dรฉjร , que reste-t-il ร dรฉcouvrir ?
S'il lui a fait honte dans le bain, il est redevable. Le bain est-il un lieu oรน l'on est sujet ร la honte ?
Rav Papa a dit : c'est qu'il lui a fait honte au bord du fleuve.
Au bain, la nuditรฉ est la rรจgle. Rachi : pas de honte lร . Rav Papa sort donc le cas du bain proprement dit. Au bord du fleuve, on se dรฉvรชt avec plus de retenue. La honte faite lร se paie, sur un tarif moindre que la place du marchรฉ.
Rabbi Abba bar Memel a posรฉ une question : s'il a fait honte ร un endormi, et qu'il est mort, qu'en est-il ? Que demande-t-il ?
Rav Zevid a dit : voici ce qu'il demande. Est-ce ร cause de la kissoufa (la honte ressentie), et celui-ci est mort, il n'a pas de kissoufa ?
Ou bien est-ce ร cause de la zilouta (l'avilissement), et il l'a avili ?
L'endormi meurt sans s'รชtre rรฉveillรฉ. Il n'a jamais su. Rav Zevid formule le doute sur la nature du boshet.
Kissoufa : la face qui se couvre, la honte qu'il ressent. Mort, il ne l'a pas. Zilouta : on l'a rabaissรฉ devant les gens, qu'il s'en affecte ou non. Cette honte-lร , le geste l'a produite.
Tossefot confronte Rav Chechet, ร Sanhรฉdrin 85a, qui semble dire redevable. La conclusion de notre page penche vers quitte, si le boshet est la kissoufa de l'homme lui-mรชme. Rabbeinou Tam lit le dire de Rav Chechet sur le condamnรฉ que l'on mรจne au supplice.
Viens et entends. Rabbi Meir dit : le sourd-muet et le mineur ont un boshet, l'insensรฉ n'a pas de boshet.
ร la bonne heure si tu dis que c'est ร cause de la zilouta : c'est pour cela que la baraita enseigne le mineur. Mais si tu dis que c'est ร cause de la kissoufa, un mineur est-il sujet ร la honte ?
Premiรจre tentative, dans la lecture de Rav Zevid. Rabbi Meir donne un boshet au 'herech (sourd-muet) et au katan (mineur), et le refuse au choteh (insensรฉ).
Si le boshet est une zilouta, le mineur peut รชtre avili aux yeux des gens : la baraita se comprend. S'il est une kissoufa, on demande si un mineur ressent une honte.
Alors, ร cause de la zilouta ? Mรชme l'insensรฉ aussi !
On rรฉpond : l'insensรฉ, il n'y a pas de honte plus grande que celle-lร .
L'objection retourne la preuve. Si tout avilissement se paie, l'insensรฉ aussi devrait recevoir. Rรฉponse : son รฉtat est dรฉjร la honte la plus grande. On ne lui en ajoute pas une qui se paierait ร part.
En tout cas, tranchons par lร que c'est ร cause de la zilouta. Car si c'est ร cause de la kissoufa, un mineur est-il sujet ร la kissoufa ?
Comme l'a dit Rav Papa : celui qu'on humilie et qui ressent l'humiliation. Ici aussi : celui qu'on humilie et qui ressent l'humiliation.
La Gemara veut conclure ร la zilouta. La parade est immรฉdiate. Le mineur de la baraita est celui de Rav Papa : il ressent la honte. La kissoufa reste donc possible, et la baraita ne tranche pas le doute de Rav Zevid.
Rav Papa a dit : voici ce qu'il demande. Est-ce ร cause de sa propre kissoufa, et lui, il est mort ?
Ou bien ร cause du boshet de la famille ?
Deuxiรจme lecture du mรชme doute. Rav Papa dรฉplace la question. Le mort n'a plus de kissoufa ร lui. Reste le boshet de la famille : la honte retombe sur les siens, et le paiement irait de ce chef.
Viens et entends. Le sourd-muet et le mineur ont un boshet, l'insensรฉ n'a pas de boshet.
ร la bonne heure si tu dis que c'est ร cause du boshet de la famille : c'est pour cela que la baraita enseigne le mineur. Mais si tu dis que c'est ร cause de sa propre kissoufa, un mineur est-il sujet ร la honte ?
Mรชme baraita, relue selon Rav Papa. Le boshet de la famille explique qu'un mineur reรงoive : ses proches ont honte pour lui. Sa kissoufa ร lui expliquerait moins un mineur.
Alors quoi, ร cause du boshet des membres de la famille ? Mรชme l'insensรฉ aussi !
L'insensรฉ : il n'y a pas de honte plus grande que celle-lร .
Mรชme retournement que pour la zilouta. La famille d'un insensรฉ porterait, elle aussi, une honte. Rรฉponse identique : aucune honte ne dรฉpasse celle d'รชtre insensรฉ. On n'en ajoute pas une autre ร payer.
En tout cas, tranchons par lร que c'est ร cause du boshet de la famille. Car si c'est ร cause de la kissoufa, un mineur est-il sujet ร la kissoufa ?
Rav Papa a dit : si, celui qu'on humilie et qui ressent l'humiliation.
Deuxiรจme tentative de trancher, vers le boshet de la famille. Rav Papa la dรฉfait d'un mot : si. Le mineur de la baraita ressent la honte. Sa kissoufa ร lui suffit ร expliquer le paiement. Le doute reste ouvert.
Et l'on enseigne dans une baraita : Rabbi dit : le sourd-muet a un boshet. L'insensรฉ n'a pas de boshet.
Le mineur, tantรดt il en a, tantรดt il n'en a pas. Ici, celui qu'on humilie et qui ressent l'humiliation.
Lร , celui qu'on humilie et qui ne ressent pas l'humiliation.
Rachi : ve-hatanya est dit pour appuyer, pas pour attaquer. Rabbi distingue le mineur en deux. Celui qui ressent a un boshet. Celui qui ne ressent pas n'en a pas. C'est le critรจre de Rav Papa, posรฉ dans la bouche de Rabbi.
Le sourd-muet reste du cรดtรฉ de ceux qui ont un boshet. L'insensรฉ reste exclu : sa honte est dรฉjร entiรจre.
Celui qui fait honte ร l'aveugle, etc. La michna s'รฉcarte de Rabbi Yehouda.
Car on enseigne : Rabbi Yehouda dit : l'aveugle n'a pas de boshet. Et ainsi Rabbi Yehouda l'exemptait parmi les passibles d'exil, parmi les passibles de coups, et parmi les passibles de mort par le tribunal.
Le sujet change. Souma ein lo boshet, chez Rabbi Yehouda, vise l'aveugle qui humilie : il est quitte. La michna a dit quitte pour l'endormi qui humilie, et se tait sur l'aveugle. D'oรน Rachi : selon la michna, l'aveugle qui humilie est redevable.
Tossefot ferme l'autre lecture. Celui qui humilie un aveugle reste redevable, et Rabbi Yehouda en convient. La mรชme exemption de l'aveugle, Rabbi Yehouda la porte sur l'exil, les coups et la peine capitale.
Quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? Il apprend einekha-einekha (ton ลil-ton ลil) des tรฉmoins zomemim.
De mรชme que lร les aveugles sont exclus, de mรชme ici les aveugles sont exclus.
Gezera chava : le mot einekha รฉcrit pour les tรฉmoins zomemim, et le mรชme mot รฉcrit pour le boshet (Devarim 25, 12, la femme qui saisit). Lร -bas, un aveugle ne peut pas tรฉmoigner. Ici, Rabbi Yehouda l'exclut du boshet : l'aveugle qui humilie est quitte.
Tossefot empรชche d'รฉlargir. Voleur, esclave, femme sont aussi impropres au tรฉmoignage, et restent tenus au boshet. La gezera chava ne transporte que ce qui tient ร la vue.
Parmi les passibles d'exil. Car on enseigne : bilo reot (sans voir) exclut l'aveugle, paroles de Rabbi Yehouda.
Rabbi Meir dit : pour inclure l'aveugle.
Premier maillon des peines. Le verset de l'homicide par inadvertance, bilo reot (Bamidbar 35, 23). Rabbi Yehouda : il exclut l'aveugle de l'exil. Rabbi Meir : il l'inclut.
Rachi lit les mots au plus prรจs. Sans voir parle d'un homme qui voit ailleurs, et qui ici n'a pas vu. Le verset dรฉcrit donc un voyant, le temps d'un accident.
Quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? Il te dit : va-acher yavo et reehou ba-yaar lahtov etsim (celui qui vient avec son prochain dans la forรชt pour couper du bois) inclut mรชme l'aveugle.
La Torah a รฉcrit bilo reot (sans voir) pour exclure.
Sans le second verset, va-acher yavo (Devarim 19, 5) prendrait l'aveugle dans l'exil : rien ne l'en sort. Bilo reot est donc รฉcrit pour l'en sortir.
Et Rabbi Meir : la Torah a รฉcrit bilo reot (sans voir) pour exclure, et la Torah a รฉcrit bivli daat (sans connaissance) pour exclure. C'est un miout ahar miout (une exclusion aprรจs une exclusion), et une exclusion aprรจs une exclusion ne vient que pour inclure.
Rabbi Meir lit deux exclusions. Bilo reot รฉcarte celui qui, pouvant voir, n'a pas vu. Bivli daat (Devarim 19, 4) รฉcarterait l'aveugle, qui n'a pas la connaissance des lieux. Deux miout de suite ne font qu'inclure. L'aveugle entre dans l'exil.
Tossefot demande pourquoi รฉcrire deux exclusions pour obtenir ce que le silence donnerait dรฉjร . La mรชme question vaut pour deux inclusions qui excluent.
Et Rabbi Yehouda : ce bivli daat (sans connaissance) vient pour exclure celui qui avait l'intention.
Rรฉponse de Rabbi Yehouda. Bivli daat a dรฉjร un emploi : exclure le mitkaven, celui qui visait une personne et en a tuรฉ une autre. Le verset ne sert donc pas de seconde exclusion de l'aveugle. Il ne reste que bilo reot, qui l'รฉcarte de l'exil.
Les passibles de mort par le tribunal : on l'apprend par rotzeah-rotzeah (meurtrier-meurtrier) depuis les passibles d'exil.
Deuxiรจme maillon. Le mot rotzeah de la peine capitale (Bamidbar 35, 31, pas de ranรงon pour le meurtrier) s'apprend du rotzeah de l'exil (Bamidbar 35, 11). L'aveugle, hors de l'exil selon Rabbi Yehouda, est hors de la peine de mort du tribunal.
Les passibles de coups : on l'apprend par racha-racha (coupable-coupable) depuis les passibles de mort par le tribunal.
Troisiรจme maillon. Racha des coups (Devarim 25, 2) s'apprend du racha de la peine capitale (Bamidbar 35, 31). L'aveugle, dรฉjร hors de la mort du tribunal, est hors des coups.
Tossefot situe cette gezera chava. Les Sages l'admettent. Ils refusent seulement d'exempter l'aveugle, dรจs l'exil. Lร oรน le verset parle du corps des coups, tribunal de vingt-trois ou rรฉpartition, Rava peut s'en passer. Lร oรน il s'agit d'exempter un paiement joint aux coups, Rava apprend de frappe-frappe, et Abaye garde racha-racha.
On enseigne dans une autre baraita : Rabbi Yehouda dit : l'aveugle n'a pas de boshet.
Ouverture d'une seconde baraita, au mรชme dire : l'aveugle n'a pas de boshet. La page s'arrรชte sur ces mots. La suite est au daf suivant.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).