Sougya : Rav n'accordé au père d'une fille mineure que le shevach né'urim, le gain de la jeunesse. Abaye dit qu'il concède aussi le shevet, parce que le produit de ses mains est au père jusqu'à la bagrut.
Deux baraitot sur les enfants blessés se rangent selon qu'ils vivent ou non à la table du père. Le père pointilleux réclame même l'argent versé par autrui.
L'autre ne réclame que lorsqu'il perdrait de sa poche. La trouvaille, gain sans douleur, reste à lui.
La blessure venue du dehors, avec douleur du corps, reste aux enfants. La segula du mineur est un sefer Torah ou un dattier.
Reish Lakish reprend Rav. Rabbi Yo'hanan donne aussi la plaie au père, et la Gemara s'en étonne.
Il lui dit : la Torah n'a accordé au père que le shevach né'urim (le gain de la jeunesse) seulement. Il lui objecta : celui qui blesse un esclave hébreu est redevable de toutes, sauf du shevet (l'indemnité d'inaction) pendant le temps où il est à lui.
Abaye dit : Rav concède pour le shevet, car le produit des mains de la fille, jusqu'à l'heure de la bagrut (la majorité), appartient à son père.
Rav répond à Rabbi Elazar. Le père d'une fille mineure n'a, de la Torah, que le shevach né'urim. Rabbi Elazar objecte par la michna de l'eved ivri (l'esclave hébreu) : celui qui le blesse doit les cinq indemnités, et reste quitte du shevet tant que l'esclave est à lui, parce que le maaseh yadayim (le produit de ses mains) est déjà au maître.
Le parallèle : le maaseh yadayim de la fille est au père. Son shevet irait donc au père. Abaye dit que Rav concède ce point, et ce point seul. Le shevet, jusqu'à la bagrut, est au père. Les autres indemnités restent à la fille.
Tossefot lit la formule de Rav comme un signe de toute sa position : même une plaie au visage qui baisse la valeur, le père n'a rien. Rabbi Yo'hanan, plus bas, donne cette blessure au père. L'écart avec Ketoubot 43b porte sur l'étendue de la diminution : la petite baisse jusqu'à la bagrut est au père pour tous ; la baisse qui dure toute la vie fait la discussion.
Il lui objecta : celui qui blesse son fils majeur le lui donne aussitôt ; son fils mineur, il lui constitue une segula (un bien mis de côté). Celui qui blesse sa fille mineure est quitte.
Plus encore : d'autres qui l'ont blessée doivent donner à son père. Ici aussi, pour le shevet.
Nouvelle baraita. Le fils, majeur ou mineur, reçoit l'indemnité : aussitôt, ou en segula. La fille mineure est un autre cas. Le père qui la blesse est quitte, et si d'autres la blessent ils paient au père.
Rachi marque la différence : pour le fils, la Torah n'a rien donné au père. Pour la fille mineure, elle lui a donné un droit. La Gemara ramène encore cette baraita au shevet, comme la réponse d'Abaye.
Et pour son fils majeur, il le lui donnerait aussitôt ? On oppose : celui qui blesse les fils et les filles d'autrui, s'ils sont majeurs, il les leur donne aussitôt ; s'ils sont mineurs, il leur constitue une segula.
S'il blesse ses propres fils et filles, il est quitte.
La première baraita fait payer le père à son fils majeur, tout de suite. La seconde le tient quitte pour ses propres fils et filles, majeurs compris. Les enfants d'autrui, eux, reçoivent : aussitôt s'ils sont majeurs, en segula s'ils sont mineurs.
On dit : il n'y a pas de difficulté. Ici, lorsqu'ils sont à la charge de sa table.
Ici, lorsqu'ils ne sont pas à la charge de sa table.
Les deux baraitot parlent de deux maisons. Samoukh al shulhano : l'enfant vit à la charge de la table du père. L'autre cas : il n'y vit pas. La suite dira laquelle est laquelle. La première baraita, celle qui fait payer le fils majeur aussitôt, vise les enfants qui ne sont pas à sa table. La seconde, qui quitte le père, vise ceux qui y sont.
Tossefot aligne ce critère sur la trouvaille de Bava Metzia 12b, et sépare deux avis. Pour l'un, majeur et mineur veulent dire : à charge, ou non. Pour Shmuel, mineur veut dire mineur en âge, et la trouvaille va au père parce que l'enfant court la lui porter. Pour une blessure infligée par le père, Tossefot garde le critère de la table : à charge, même un majeur, l'indemnité reste au père ; hors de charge, même un mineur, elle est à l'enfant.
Dans quel cas as-tu établi la première ? Dans le cas où ils ne sont pas à la charge de sa table ?
S'il en est ainsi, dis la fin : celui qui blesse sa fille mineure est quitte ; plus encore, d'autres qui l'ont blessée doivent donner à son père. C'est à elle qu'il faudrait donner, car elle a besoin de sa nourriture.
La Gemara fixe la première baraita : enfants hors de la table du père. Alors la fin fait difficulté. Le père ne la nourrit pas. L'indemnité que d'autres doivent, ils la devraient à elle, pour ses mezonot (sa nourriture), et non au père.
Et même selon celui qui dit : le maître peut dire à l'esclave : Travaille avec moi, et je ne te nourrirai pas. Ces paroles visent l'esclave cananéen, car il lui dit : fais le travail toute la journée, et le soir va tourner et mange.
Mais l'esclave hébreu, dont il est écrit : car il est bien avec toi, avec toi pour le manger, avec toi pour le boire : à plus forte raison sa fille.
L'objection va plus loin. Un avis, dans Guitin, permet au maître de dire asse imi ve-éini zanakh : travaille, je ne te nourrirai pas. La Gemara limite cet avis à l'eved knaani (l'esclave cananéen). Le soir, il va de porte en porte.
L'eved ivri mange et boit avec le maître, d'après ki tov lo imakh. La fille du père a un titre plus fort encore. L'indemnité qui sert à la nourrir lui revient. Tossefot discute le verset : Rabbeinou Elazar lit le commandement de Vayikra 25, 40 ; le Ri garde le verset de la page, lu comme une règle de conduite.
Comme l'a dit Rava fils de Rav Oula : on n'en avait besoin que pour le surplus. Ici aussi, on n'en avait besoin que pour le surplus.
Haadafa : le surplus au-dessus des mezonot. La fille prend de l'indemnité de quoi se nourrir. Ce qui dépasse va au père. Ainsi la fin de la première baraita, qui donne au père, reste vraie, et elle garde de quoi manger.
Rachi renvoie le même raisonnement à Ketoubot 43a, où Rava fils de Rav Oula parle déjà du surplus des gains de la femme.
Dans quel cas as-tu établi la seconde ? Dans le cas où ils sont à la charge de sa table ?
Majeurs, il les leur donne aussitôt ; mineurs, il leur constitue une segula. Pourquoi ?
C'est à leur père qu'il faudrait donner.
La seconde baraita est donc le cas à charge de la table. Nouvelle difficulté, à l'envers de la précédente. Si le père est quitte quand il blesse lui-même, parce qu'il les nourrit, l'argent versé par autrui devrait aussi lui revenir. Or la baraita le donne aux enfants : aussitôt, ou en segula.
Rachi précise le chef en jeu : le shevet. Le père quitte de shevet quand il blesse devrait recevoir le shevet quand d'autres blessent.
On dit : là où il y tient, c'est dans une affaire où il perd. Dans une affaire qui vient du dehors, il n'y tient pas.
Kafid : il y tient, il réclame. Le père réclame quand l'affaire lui fait perdre de l'argent, le cas où c'est lui qui devrait payer. L'argent qui vient du dehors, versé par un autre, il ne le réclame pas. Il reste aux enfants.
Mais une trouvaille, qui leur vient du dehors, et il y tient. On dit : un gain qui leur vient du dehors, et dans lequel ils n'ont pas de douleur de leur corps, il y tient.
Mais une blessure, où ils ont une douleur de leur corps, et qui leur vient du dehors, il n'y tient pas.
La metzia (la trouvaille) vient du dehors, et pourtant le père y tient : elle est à lui. La réponse ajoute un second critère. Gain du dehors sans douleur du corps : il y tient. Blessure, avec tzaar ha-gouf, venue du dehors : il n'y tient pas.
Rachi renvoie à Bava Metzia 12b, où le mineur de la trouvaille est relu comme le grand enfant encore à la table du père. Tossefot réserve l'objection à cet avis. Selon Shmuel, la trouvaille a une raison à part : l'enfant court la porter au père, ce qui ne se dit pas d'une indemnité de blessure.
Mais là-bas, où elle a une douleur du corps, et cela lui vient du dehors, et il y tient. Car on enseigne : plus encore, (même) d'autres qui l'ont blessée doivent donner à son père.
La première baraita revient. La fille a une douleur du corps, l'argent vient du dehors, et pourtant on le donne au père. Le critère de la trouvaille et de la blessure ne suffit donc pas à lui seul.
Tossefot demande pourquoi les deux baraitot ne parleraient pas de chefs différents : shevet d'un côté, nezek et tzaar de l'autre. Réponse : la segula des filles est du même ordre que celle des garçons, donc elle inclut le shevet. Et le père n'est quitte, du fait de la table, que du shevet, parce que le maaseh yadayim répond aux mezonot.
On dit : là-bas, c'est un homme pointilleux, puisque eux ne sont pas à la charge de sa table : même pour une affaire qui leur vient du dehors, il y tient. Ici, il n'est pas un homme pointilleux, puisque eux sont à la charge de sa table.
Là où il y tient, c'est dans une affaire où il perd. Dans une affaire qui leur vient du dehors, il n'y tient pas.
La clôture des deux baraitot. Gavra kapdana : un homme pointilleux. On le reconnaît à ceci que ses enfants ne vivent pas à sa table. Il réclame même l'argent du dehors. C'est la première baraita : autrui paie le père.
L'autre père nourrit les siens. Il réclame seulement quand il devrait payer de sa poche. L'indemnité venue d'autrui reste aux enfants. Tossefot demande comment les Sages ont pu écarter le père du shevet, alors que la Torah le lui donne, par le rapprochement avec la servante : maaseh yadeha la-av. Réponse : les Sages ont estimé qu'il abandonne ce droit, à cause de la douleur, quand il ne perd rien.
Qu'est-ce qu'une segula ? Rav Hisda dit : un sefer Torah.
Rabba bar Rav Houna dit : un dattier dont il mange les dattes.
La segula est le placement de l'indemnité du mineur. Rav Hisda : on achète un sefer Torah. Rabba bar Rav Houna : un dikla, un dattier, dont l'enfant mange les fruits. Les deux gardent le bien pour lui, au lieu de lui remettre l'argent en mains.
Et ainsi a dit Reish Lakish : la Torah n'a accordé au père que le shevach ne'urim seulement. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même une petzia (une plaie).
La même question, chez les Amoraim d'Eretz Israël. Reish Lakish reprend Rav : shevach ne'urim seulement. Rabbi Yo'hanan ajoute la petzia, la plaie, au lot du père.
Une plaie, cela te viendrait à l'esprit ? Même Rabbi Elazar ne s'interrogeait que sur une chavala (une blessure) -
La Gemara s'arrête sur le mot de Rabbi Yo'hanan. Une petzia, entendue ici comme une plaie, irait au père ? Rabbi Elazar, au début de la discussion, ne posait sa question que sur une chavala, une blessure. La phrase continue au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).