Bava Kamma 91a - Oumdana du beit din, estimation des dommages, tarif du boshet

Bava_Kamma 91a

Sougya : La page achève la baraita du bœuf qui a tué puis causé un dommage. L'école de Rav y voit l'exigence d'une oumdana du beit din : une fois la mort prononcée, on n'attend pas.

Rava répond que le maître s'est enfui. Rav Mari enseigne que le loyer du labour est une aliya du maître, et qu'un tam ne paie pas dessus.

Vient alors la question : estime-t-on aussi l'objet pour un simple dommage ? La fosse, l'esclave frappé sur l'œil et les cinq indemnités sont examinés.

Chimon ha-Timni tranche : le poing, et tout objet, sont remis au tribunal et aux témoins. Si le blessé guérit plus tôt que prévu, la somme estimée reste due : le Ciel a eu pitié de lui.

La michna du boshet reprend. La salive sur le vêtement et les paroles seules n'obligent à rien.

" Le tout selon son honneur " est une lekoula. On accorde un délai pour la honte, pas pour une blessure qui fait perdre un bien.

Rava sépare enfin deux mots de Rabbi Akiva : se blesser le corps est interdit, s'infliger une honte est permis. L'amoud s'arrête : la michna, elle, parle de honte.

Bœuf qui a tué, puis qui a causé un dommage Baraita de la fin de 90b. Ordre des jugements, puis pourquoi on ne revient pas en arrière. Tam - bœuf non averti On le juge en droit capital. On ne le juge pas en droit pécuniaire. La lapidation passe devant la créance. Mouad - bœuf averti D'abord le droit pécuniaire. Puis le droit capital. S'ils ont commencé par là mort, pas de retour. École de Rav Il faut une oumdana du beit din. Chimon ha-Timni : l'objet est remis au tribunal. Condamné, on n'attend pas. Rava Même selon Rabbi Akiva. Le maître s'est enfui après les témoins. Pas de biens. On ne condamne pas hors de sa présence. Rav Mari Loyer du labour : aliya du maître. Bien du patrimoine, pas le corps du bœuf. Le tam ne paie que sur son corps.
Tam et mouad : ordre des jugements. Trois réponses pour le cas où l'on ne revient pas à l'argent.
Y a-t-il une oumad pour les dommages ? La question vise l'objet : peut-il produire cette lésion ? Estimer le heftza, l'objet qui a frappé Bor Moins de 10 tefahim : mort, exempt. Dommage, tenu. Preuve écartée On compte d'en haut. Un peu sous dix. Pas dès un tefah. Esclave Coup sur l'œil : il sort libre. En face : il reste. Preuve écartée Il s'est effrayé. Tossefot : verset " et il frappe ". Cinq indemnités On estime, on paie aussitôt. Guéri plus tôt : toute la somme. Autre estimation Celle de l'homme, la durée du lit. Chimon ha-Timni Le poing est remis au tribunal et aux témoins. Tout objet aussi. Preuve retenue Il y a une oumad pour les dommages. Meurtre : le verset estime déjà l'objet Bamidbar 35:17. Une pierre de main par laquelle on meurt. Par ce coup l'âme sort, ou elle ne sort pas. Pour une lésion, la page demande si la même aptitude est exigée, ou si le moindre choc oblige.
Oumad des dommages : trois pistes écartées ou déplacées, et la preuve retenue de Chimon ha-Timni.
Boshet : contact, honneur, délai, soi-même Suite de la michna de 90a. Quatre questions, quatre réponses. Salive Sur lui : 400 zouz. Sur le vêtement : rien. Paroles seules : exempt de tout. Selon son honneur Tanna kama : lekoula. Un pauvre prend moins. Rabbi Akiva : même le pauvre a le tarif. Délai de paiement Havala : pas de zman. Il a perdu un bien. Boshet : on donne un délai. Se blesser soi-même Havala : interdit. Boshet : permis. Objection : la michna porte sur la honte. Le fait de la tête découverte Rabbi Akiva condamne à 400 zouz, le tarif du tanna kama, et accorde un délai. L'homme guette la femme à l'entrée de sa cour pour montrer qu'elle découvre elle-même sa tête. Baraita : tu as plongé dans des eaux puissantes et tu as remonté un tesson. Rava : la michna parle d'une blessure du corps. La baraita parle d'une honte. Suite sur 91b.
Boshet : salive, honneur, délai de paiement, et le droit de se blesser soi-même.
1
אלמא בעינן אומדנא דבי דינא; והא, כיון דגמר דיניה לקטלא – לא משהינן ליה לאומדנא דבי דינא, ולא מענינן לדיניה.

Il en ressort qu'il faut une oumdana (une estimation) du beit din. Or, dès que son jugement est clos pour la mise à mort, on ne le retient pas pour l'oumdana du beit din, et on ne diffère pas son jugement.

📜 Rachi (1)
אלמא בעינן אומדנא דב"ד אף לנזקין דהא האי קרא בנזקין קאי דכתיב והכה איש את רעהו באבן או באגרוף ולא ימות וה"נ צריך לאומדו אם ראוי לנגיחות זו:
Il en ressort qu'il faut une oumdana du beit din. Même pour les dommages. Car ce verset porte sur les dommages, puisqu'il est écrit : un homme frappe son prochain avec une pierre ou avec le poing, et il ne meurt pas. Ici de même, il faut estimer si cette encornade est apte à ce coup.
💡 Explication

Rava rapporte ce que disaient les sages de l'école de Rav, à la fin de 90b. La baraita qui refuse de revenir au droit pécuniaire après la condamnation à mort suit Chimon ha-Timni : l'objet qui a frappé doit passer devant le beit din pour une oumdana.

Une fois le bœuf jugé pour la lapidation, on n'ajourne pas l'exécution le temps de cette estimation. Le dossier d'argent reste donc non jugé.

2
ואמינא להו אנא: אפילו תימא רבי עקיבא, הכא במאי עסקינן – כגון שברח.

Et moi, je leur dis : même si tu dis comme Rabbi Akiva, de quoi s'agit-il ici ? D'un cas où il s'est enfui.

📜 Rachi (1)
כגון שברח בעליו ואין חבין לו לאדם שלא בפניו:
Par exemple s'il s'est enfui. Son propriétaire. Et l'on n'impose pas une obligation à une personne hors de sa présence.
💡 Explication

Rava donne sa propre lecture. Même selon Rabbi Akiva, qui n'exige pas la remise de l'objet au tribunal, le maître du bœuf s'est enfui. On ne pose pas une condamnation pécuniaire hors de sa présence.

3
אי ברח, כי לא דנוהו דיני נפשות – היכי דיינינן ליה דיני ממונות בלא בעלים? דקביל סהדי וברח.

S'il s'est enfui, tant qu'on ne l'a pas jugé en droit capital, comment le juger en droit pécuniaire sans les propriétaires ? On a reçu les témoins, et il s'est enfui.

📜 Rachi (1)
דקביל סהדי על נגיחות וברח הלכך אין לנו ממה לשלם וכגון דלית ליה נכסי:
On a reçu les témoins. Sur les encornades, puis il s'est enfui. Dès lors nous n'avons pas de quoi payer. C'est un cas où il n'a pas de biens.
💡 Explication

La question vise le cas où le droit capital n'a pas encore été jugé : le maître absent, comment ouvrir le droit pécuniaire ? Réponse : les témoins ont été reçus devant lui, ensuite il a fui, et il n'a pas de biens sur lesquels se payer.

4
סוף סוף, מהיכא משתלם – מרידיא; אי הכי, תם – נדייניה דיני ממונות ברישא ונשתלם מרידיא, והדר נדייניה דיני נפשות!

En fin de compte, d'où se paie-t-on ? Du ridya (du loyer du labour).

S'il en est ainsi, pour un tam (un bœuf non averti), jugeons-le d'abord en droit pécuniaire, qu'on se paie sur le ridya, et ensuite jugeons-le en droit capital !

📜 Rachi (2)
סוף סוף כי לא דנוהו דיני נפשות מהיכא משתלם הואיל וברח:
En fin de compte. Tant qu'on ne l'a pas jugé en droit capital, d'où se paie-t-on, puisqu'il s'est enfui ?
ומשני מרידיא משהין את השור לחרישה לשכירות ומשלם לניזק ואחרי כן ידינוהו דיני נפשות אבל קדמו ודנוהו ליסקל לא מענינן בדיניה לשהויי לרידיא:
Et l'on répond : du ridya. On retient le bœuf pour un labour en location, et il paie le lésé. Ensuite on le jugera en droit capital. Mais s'ils l'ont d'abord jugé pour la lapidation, on ne retarde pas son jugement pour attendre le ridya.
💡 Explication

Le bœuf reste là. On peut le louer pour labourer et verser ce loyer au lésé, puis seulement le juger pour la mort. La Guemara retourne alors la baraita du tam : pourquoi ne pas commencer par l'argent ?

5
אמר רב מרי בריה דרב כהנא, זאת אומרת: רידייא – עלייה דמרה הוא.

Rav Mari, fils de Rav Kahana, a dit : cela enseigne que le ridya est une aliya (un bien de choix) de son maître.

📜 Rachi (1)
עלייה דמרה הוא ואין בגופו של שור אלא כשאר נכסי בעליו ותם אין משלם מן העלייה:
C'est une aliya de son maître. Ce loyer n'entre pas dans le corps du bœuf : il compte seulement comme le reste des biens de son propriétaire. Un tam ne paie pas sur l'aliya.
🗂️ Tossefot (1)
זאת אומרת רידייא עלייה דמרה הוא תימה ליגבו את השור לגמרי לניזק ולא תקרי יותר עלייה דמרה וי"ל דאם הוא גובהו לגמרי לא היו ממתינין לו עד שישלם מן הרידיא כמו שאין ממתינין לבעלים אם היו אומרים המתינו לי עד שאחרוש בו מעט ואח"כ תסקלוהו:
Cela enseigne : le ridya est une aliya de son maître. Difficulté : que le lésé recouvre le bœuf tout entier, et l'on ne parlera plus d'aliya du maître. On peut répondre : s'il le recouvre tout entier, on ne l'attendrait pas jusqu'à ce qu'il se paie par le ridya, de même qu'on n'attend pas les propriétaires s'ils disaient : attendez que je laboure un peu avec lui, et ensuite lapidez-le.
💡 Explication

Le loyer du labour compte comme une aliya, un bien du maître, au même titre que le reste de son patrimoine. Le tam ne paie que sur le corps de l'animal. Ce loyer ne sert donc pas à régler le dommage.

Tossefot : remettre le bœuf entier au lésé ferait cesser l'attente. Le tribunal n'ajourne pas la lapidation pour laisser labourer, pas plus si le maître demandait ce délai pour lui-même.

🖼️ Schéma
D'où sort le paiement, si le maître s'est enfui ? Corps du bœuf Seul gage du tam. On paie mi-goufo. Pas sur le reste des biens. Ridya Loyer du labour. Aliya du maître. Comme ses autres biens. Tossefot Donner le bœuf entier arrêterait l'attente. On ne diffère pas la lapidation.
Le tam paie sur le corps du bœuf. Le loyer du labour est une aliya du maître.
6
איבעיא להו: יש אומד לנזקין, או אין אומד לנזקין?

On a demandé : y a-t-il une oumad (une estimation) pour les dommages, ou n'y a-t-il pas d'oumad pour les dommages ?

💡 Explication

Nouvelle question, branchée sur l'estimation exigée quand un coup a tué. Le tribunal doit-il aussi estimer, pour une simple lésion, si l'acte pouvait produire ce dommage ?

7
מי אמרינן: לקטלא הוא דאמדינן – בהכי נפקא נשמה, בהכי לא נפקא נשמה; אבל לנזקין – כל דהו; או דלמא לא שנא?

Dit-on : c'est pour la mise à mort que l'on estime, selon que par ce coup l'âme sort ou que par ce coup l'âme ne sort pas ; mais pour les dommages, le moindre effet suffit ? Ou bien n'y a-t-il aucune différence ?

📜 Rachi (2)
לקטלא הוא דאמדינן דכתיב באבן יד אשר ימות בה הכהו (במדבר ל״ה:י״ז):
C'est pour la mise à mort que l'on estime. Car il est écrit : avec une pierre de main par laquelle on meurt, il l'a frappé (Bamidbar 35:17).
אבל לנזקין אין אומדין דאפי' אין חפץ זה ראוי להיזק זה חייב דזמנין דאתזק בכל דהו:
Mais pour les dommages. On n'estime pas. Même si cet objet n'est pas apte à ce dommage, il est tenu, car il arrive qu'on soit lésé par le moindre choc.
💡 Explication

Pour un meurtre, le verset exige une pierre apte à tuer. L'alternative : un dommage suit-il la même règle, ou tout choc, même minime, suffit-il à obliger ?

8
תא שמע: מה בור – שיש בו כדי להמית, עשרה טפחים; אף כל שיש בו כדי להמית, עשרה טפחים. היו פחותין מעשרה טפחים, ונפל לתוכו שור או חמור ומת – פטור. הוזק בו – חייב.

Viens entendre. De même que le bor (la fosse) qui a de quoi tuer mesure dix tefahim (dix empans), de même tout ce qui a de quoi tuer mesure dix tefahim.

S'ils avaient moins de dix tefahim, et qu'un bœuf ou un âne y est tombé et en est mort, il est exempt. S'il y a subi un dommage, il est tenu.

📜 Rachi (1)
[מה בור] סתם בור י' טפחים:
De même que le bor. Un bor ordinaire a dix tefahim.
💡 Explication

Preuve tirée de la michna du bor (Bava Kamma 50b). Dix tefahim : profondeur qui peut tuer. En dessous : la mort de l'animal laisse le creuseur exempt, le dommage le rend tenu.

9
מאי, לאו ממטה למעלה קא חשיב – והכי קאמר: מטפח ועד עשרה – מיתה ליכא, נזקין איכא? אלמא לנזקין – כל דהו, שמע מינה אין אומדין לנזקין!

Quoi ? Ne compte-t-il pas de bas en haut ?

Et voici ce qu'il dit : d'un tefah jusqu'à dix, il n'y a pas de mort, il y a des dommages. Il en ressort que pour les dommages le moindre effet suffit.

Apprends-en : on n'estime pas pour les dommages.

📜 Rachi (2)
מאי לאו הא דקתני אם היו פחותים אם הוזק בו חייב:
Quoi, n'est-ce pas. Ce que la michna enseigne : s'ils étaient moindres, et qu'il y a été lésé, il est tenu.
מלמטה למעלה קחשיב אלמא בטפח הוי היזק:
Il compte de bas en haut. Il en ressort qu'à un tefah il y a déjà un dommage.
💡 Explication

Lecture proposée : la michna partirait du fond. Dès un tefah, il y aurait déjà responsabilité pour le dommage. Le moindre creux suffirait, et l'oumad des dommages tomberait.

🖼️ Schéma
Profondeur du bor : dans quel sens compte-t-on ? De bas en haut - lecture écartée 1 tefah : dommage, pas de mort jusqu'à 10 : dommage, pas de mort 10 tefahim : mort Tout choc suffirait. Pas d'oumad pour les dommages. La Guemara refuse cette lecture. De haut en bas - lecture retenue 10 tefahim : mort Un peu moins de 10 : dommage, pas de mort L'oumad reste possible. Il faut que la fosse puisse causer cette lésion. Michna du bor, 50b.
Compter du fond vers le haut obligerait dès un tefah. La page compte du haut : un peu sous dix.
10
לא, ממעלה למטה קא חשיב; והכי קאמר: עשרה – מיתה איכא; פחות מעשרה פורתא – נזקין איתא, מיתה ליכא. ולעולם אימא לך יש אומד לנזקין, וכל מידי ומידי – כי היכי דמיתזקה ביה בעינן.

Non. Il compte de haut en bas.

Et voici ce qu'il dit : à dix, il y a mort ; un peu en dessous de dix, il y a des dommages, il n'y a pas de mort. Et tu peux toujours soutenir qu'il y a une oumad pour les dommages : pour chaque chose, nous exigeons qu'on puisse être lésé par elle.

💡 Explication

La michna parle d'une fosse un peu inférieure à dix tefahim : assez pour un dommage, trop peu pour une mort. Elle ne dit pas qu'un seul tefah oblige déjà.

L'oumad reste donc en place. Pour chaque cas, il faut que la chose puisse réellement causer cette lésion.

11
תא שמע: הכהו על עינו וסימאו, על אזנו וחירשו – עבד יוצא בהן לחירות. כנגד עינו – ואינו רואה, כנגד אזנו – ואינו שומע, אין עבד יוצא בהן לחירות. מאי טעמא? לאו משום דבעינן אומדנא – ושמע מינה: יש אומדנא לנזקין?

Viens entendre. S'il l'a frappé sur l'œil et l'a aveuglé, sur l'oreille et l'a rendu sourd, l'esclave sort par là à la liberté.

En face de son œil, et il ne voit pas ; en face de son oreille, et il n'entend pas : l'esclave ne sort pas par là à la liberté. Quelle est la raison ?

N'est-ce pas parce qu'il faut une oumdana ? Et apprends-en : il y a une oumdana pour les dommages ?

📜 Rachi (2)
כנגד עינו הכהו בכותל כנגד עינו של זה:
En face de son œil. Il a frappé le mur en face de l'œil de celui-ci.
דבעינן אומדנא ובהכי לא בעי לאסתמויי אלא מזליה הוא דאתרע ליה:
Parce qu'il faut une oumdana. Par un tel coup, il ne devait pas devenir aveugle : c'est son mazal (son sort) qui s'est gâté.
💡 Explication

Coup direct sur l'œil ou l'oreille d'un esclave cananéen : il sort libre. Coup sur le mur, en face de l'organe, avec le même résultat : il reste esclave. La Guemara propose d'y voir une oumdana : ce choc-là ne devait pas aveugler.

12
לא; משום דאמרינן: הוא דאבעית נפשיה. כדתניא: המבעית את חבירו – פטור מדיני אדם, וחייב בדיני שמים. כיצד? תקע באזנו וחירשו – פטור, אחזו ותקע באזנו וחירשו – חייב.

Non. Parce que nous disons : c'est lui qui s'est effrayé lui-même.

Comme on l'enseigne : celui qui effraie son prochain est exempt au regard du droit des hommes, et tenu au regard du droit du Ciel. Comment ?

Il a fait éclater un son dans son oreille et l'a rendu sourd : il est exempt. Il l'a saisi, a fait éclater un son dans son oreille et l'a rendu sourd : il est tenu.

📜 Rachi (1)
אחזו מעשה דידיה הוא:
Il l'a saisi. C'est un acte qui vient de lui.
🗂️ Tossefot (1)
לא משום דאמרי' איהו דאבעית אנפשיה תימה א"כ אמאי נקט על עינו ועל אזנו אפילו כנגד עינו ואזנו נמי אם אחזו ועוד תניא בתוספתא (פ"ט) הכהו כנגד אזנו ועינו לא יצא בן חורין שנאמר והכה עד שיעשה בו מעשה משמע דטעם משום גזירת הכתוב היא ולא משום דאיבעית אנפשיה:
Non, parce que nous disons que c'est lui qui s'est effrayé lui-même. Difficulté : s'il en est ainsi, pourquoi vise-t-il le coup sur son œil et sur son oreille ? Même en face de son œil et de son oreille, s'il l'avait saisi, il devrait sortir libre. De plus, on enseigne dans la Tossefta (chapitre 9) : s'il l'a frappé en face de son oreille et de son œil, il ne sort pas affranchi, car il est dit " et il frappe ", jusqu'à ce qu'il accomplisse un acte sur lui. Il en ressort que la raison est un décret du verset, et non le fait qu'il se serait effrayé lui-même.
💡 Explication

La Guemara écarte la preuve. L'aveuglement ou la surdité " en face " de l'organe peut venir de l'effroi de l'esclave. L'effroi seul ne crée pas de dette devant le tribunal des hommes.

La baraita le montre : un son dans l'oreille, sans saisie, laisse exempt ici-bas et tenu au Ciel. La saisie rend l'acte sien, et la dette humaine revient.

Tossefot rappelle la Tossefta : le verset " et il frappe " exige un acte sur le corps. Le coup donné au mur n'est pas cet acte.

🖼️ Schéma
Effrayer, ou saisir puis faire éclater un son Son dans l'oreille, sans prise Il l'a rendu sourd par l'effroi. Exempt au droit des hommes. Tenu au droit du Ciel. Il l'a saisi, puis le son L'acte vient de lui. Rachi : c'est son acte. Tenu aussi devant les hommes.
Son sans prise : exempt ici-bas, tenu au Ciel. Saisie puis son : tenu aussi devant les hommes.
13
תא שמע: חמשה דברים אומדין אותו, ונותנין לו מיד. ריפוי ושבת – עד שיתרפא. אמדוהו, והיה מתנונה והולך – אין נותנין לו אלא כמו שאמדוהו.

Viens entendre. Pour les cinq indemnités, on l'estime et on les lui verse aussitôt.

Le soin (ripouy) et le chevet (le chômage), jusqu'à la guérison. On l'a estimé, et il allait en dépérissant : on ne lui verse que selon l'estimation.

📜 Rachi (2)
ת"ש חמשה דברים אומדין ונותנין לו כו' לא גרסינן נזק וצער ובושת:
Viens entendre : pour les cinq indemnités on estime et on lui donne, etc. On ne lit pas ici : dommage, douleur et honte.
וריפוי ושבת עד שיתרפא כלומר צריכין ב"ד לאמוד כמה ראוי להיות נופל למשכב בחולי זה ומחייבין את זה ליתן לו מיד כל ריפוי ושבתו ומזונות הצריכין לו עד שיתרפא:
Et le soin et le chevet jusqu'à la guérison. C'est-à-dire : le beit din doit estimer combien il est juste qu'il reste alité dans cette maladie, et l'on oblige celui-ci à lui donner aussitôt tout le soin, son chevet et la nourriture qui lui sont nécessaires jusqu'à la guérison.
🗂️ Tossefot (1)
חמשה דברים אומדים ונותנין לו מיד רפוי ושבת עד שיתרפא זו היא גירסא נכונה וקמ"ל שאומדים אותו כמה ראוי לעלות שבתו ורפואתו עד שיתרפא ונותנין לו מיד וכן ה' דברים כמו שפי' בקונטרס וכן מוכיח בתוספתא (פ"ט) דתני אמדוהו והיה מתנונה והולך אלמא יש אומד בריפוי:
Les cinq indemnités : on l'estime et on les lui donne aussitôt ; le soin et le chevet jusqu'à la guérison. Telle est la version juste. Cela nous apprend qu'on estime combien doivent monter son chevet et son soin jusqu'à la guérison, et qu'on les lui donne aussitôt. Il en va de même des cinq indemnités, comme l'explique Rachi. La Tossefta (chapitre 9) le prouve, car elle enseigne : on l'a estimé et il allait en dépérissant. Il en ressort qu'il y a une estimation pour le soin.
💡 Explication

Les cinq indemnités d'une blessure : nézek (dommage), tzaar (douleur), ripouy (soin), chevet (chômage), boshet (honte). Le tribunal chiffre, et le paiement part aussitôt.

Si le blessé dépassé l'estimation et s'affaiblit encore, on ne rajoute pas. On reste sur le chiffre posé au départ.

14
אמדוהו והבריא – נותנין לו כל מה שאמדוהו. שמע מינה: יש אומד לנזקין! למימד גברא, כמה ליקצר מיהא מכה כמה לא מקצר – לא קא מבעי לן, דודאי אמדינן. כי קא מבעיא לן – למימד חפצא, אי עביד האי נזקא או לא. מאי?

On l'a estimé, et il a guéri : on lui verse tout ce qu'on a estimé. Apprends-en : il y a une oumad pour les dommages.

Pour estimer l'homme, combien ce coup le tiendra alité et combien il ne le tiendra pas alité, la question ne se pose pas : nous estimons à coup sûr. Là où la question se pose, c'est pour estimer l'objet : produit-il ce dommage, ou non ?

Qu'en est-il ?

📜 Rachi (3)
והבריא לזמן מועט והם אמדוהו לזמן מרובה:
Et il a guéri. En peu de temps, alors qu'ils l'avaient estimé pour un long temps.
נותן לו כל מה שאמדוהו דמשמיא רחימו עליה:
Il lui donne tout ce qu'on a estimé. Car du Ciel on a eu pitié de lui.
מקצר נופל למשכב כמו אקצירי (ר"ה דף טז.):
Il est alité. Il tombe au lit, comme aketziri (Roch Hachana 16a).
💡 Explication

S'il guérit plus tôt, la somme estimée reste due en entier. Cette ligne ne tranche pas encore l'iva.

Deux estimations. Le gavra, l'homme : durée du lit, soin, chevet. Tout le monde estime cela. Le heftza, l'objet : cette pierre ou ce poing peuvent-ils produire ce résultat. C'est la question de l'oumad.

🖼️ Schéma
Deux estimations : l'homme, et l'objet Gavra - l'homme frappé Combien de temps au lit. Soin, chevet, nourriture. On estime à coup sûr. La question ne porte pas là. Haftza - l'objet Pierre, poing, corne. Peuvent-ils causer ce coup. C'est la question de la page. Chimon ha-Timni : oui.
Estimer l'homme alité est acquis. La question porte sur l'objet qui a frappé.
15
תא שמע, שמעון התימני אומר: מה אגרוף מיוחד – שמסור לעדה ולעדים, אף כל מיוחד שמסור לעדה ולעדים. שמע מינה: יש אומד לנזקין! שמע מינה.

Viens entendre. Chimon ha-Timni dit : de même que le poing a ceci de particulier qu'il est remis au tribunal et aux témoins, de même tout objet particulier qui est remis au tribunal et aux témoins.

Apprends-en : il y a une oumad pour les dommages. On l'apprend bien.

💡 Explication

Chimon ha-Timni étend le verset du poing à tout objet. Le tribunal et les témoins doivent avoir la chose sous les yeux, pour juger si elle pouvait causer la lésion. La Guemara retient la preuve : il y a une oumad pour les dommages.

16
אמר מר: אמדוהו והבריא, נותנין לו כל מה שאמדוהו. מסייע ליה לרבא – דאמר רבא: האי מאן דאמדוהו לכולי יומא, ואיתפח לפלגא דיומא וקא עביד עבידתא – יהבינן ליה. דכולי יומא מן שמיא הוא (דרחמי) [דרחימו] עליה.

Le maître a dit : on l'a estimé et il a guéri, on lui verse tout ce qu'on a estimé. Cela vient en appui de Rava.

Car Rava a dit : cet homme qu'on a estimé pour la journée entière, qui a guéri à la mi-journée et qui fait un travail, on lui verse la journée. Car pour la journée entière, c'est du Ciel qu'on a eu pitié de lui.

📜 Rachi (1)
אתפח נתרפא:
Itpah. Il est guéri.
💡 Explication

La phrase " on lui verse tout ce qu'on a estimé " appuie Rava. Estimé inapte au travail pour la journée, guéri à midi et déjà au travail : le salaire de la journée entière reste du. La guérison anticipée est une pitié du Ciel. Elle ne diminue pas la dette de celui qui a frappé.

17
רקק – והגיע בו הרוק, והעביר כו׳. אמר רב פפא: לא שנו אלא בו, אבל בבגדו – לא. וניהוי כי בייש בדברים!

Il a craché, et la salive l'a atteint ; il a retiré [son vêtement], etc. Rav Pappa a dit : on n'a enseigné cela que s'il l'a atteint lui.

Mais sur son vêtement, non. Et que cela vaille comme une humiliation par des paroles !

💡 Explication

Retour à la michna de 90a. Cracher, si la salive atteint la personne, entre dans les affronts à quatre cents zouz. Rav Pappa limite : la salive sur le vêtement seul ne déclenche pas ce tarif. La Guemara demande alors pourquoi ce cas échappe, alors qu'il ressemble à une humiliation par des paroles.

18
אמרי במערבא משמיה דרבי יוסי בר אבין, זאת אומרת: ביישו בדברים – פטור מכלום.

On dit en Occident, au nom de Rabbi Yossi bar Avin : cela enseigne que s'il l'a humilié par des paroles, il est exempt de tout.

💡 Explication

La salive sur le vêtement ne touche pas le corps. Rav Pappa l'exempte. L'Occident, au nom de Rabbi Yossi bar Avin, en tire la règle : une humiliation par paroles seules ne donne lieu à aucun paiement.

19
הכל לפי כבודו [וכו׳]. איבעיא להו: תנא קמא לקולא קאמר, או לחומרא קאמר? לקולא קאמר – דאיכא עני דלא בעי למשקל כולי האי, או דלמא לחומרא קאמר – דאיכא עשיר דבעי למיתב ליה טפי?

Le tout selon son honneur, etc. On a demandé : le premier tanna parle-t-il pour alléger, ou parle-t-il pour aggraver ?

Parle-t-il pour alléger : il y a un pauvre qui n'a pas à prendre tout ce tarif ? Ou bien parle-t-il pour aggraver : il y a un riche à qui il faut donner davantage ?

💡 Explication

La michna fixe des sommes, puis ajoute : le tout selon l'honneur de la personne humiliée. Deux lectures. Lekoula : le tarif est un plafond, un pauvre prend moins. Lehoumra : le tarif est un plancher, un riche reçoit plus.

🖼️ Schéma
" Le tout selon son honneur " : lekoula ou lehoumra ? Lekoula - retenu Le tarif est un plafond. Un pauvre prend moins. Rabbi Akiva garde 400 zouz même pour une pauvre. Lehoumra - écartée Le tarif serait un plancher. Un riche recevrait plus. Alors la tête découverte aurait dépassé 400 zouz.
Lekoula : le pauvre prend moins que le tarif. Lehoumra : le riche reçoit davantage.
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תא שמע, מדקאמר רבי עקיבא: אפילו עניים שבישראל – רואין אותן כאילו הן בני חורין שירדו מנכסיהם, שהם בני אברהם יצחק ויעקב; שמע מינה, תנא קמא לקולא קאמר! שמע מינה.

Viens entendre, de ce que dit Rabbi Akiva : même les pauvres d'Israël, on les regarde comme s'ils étaient des hommes libres déchus de leurs biens, car ils sont fils d'Avraham, de Yitshak et de Yaakov. Apprends-en : le premier tanna parle pour alléger.

On l'apprend bien.

📜 Rachi (1)
מדקאמר ר"ע אפי' לעניים כו' וחזינא דלא חייב לתת לפורע ראש האשה אלא ארבע מאות זוז כת"ק שמע מינה תנא קמא לקולא קאמר דלעני לא יהבינא כולי האי וקאמר ליה ר' עקיבא לעני נמי יהבינא הכי ומעשה באחד שפרע ראש האשה עניה כו' דאי ס"ד האי שיעורא דארבע מאות דת"ק אפחות שבעניים קאמר והכל לפי כבודו לחומרא קאמר למיתב טפי לעשירים וקאתי ר"ע למימר אפילו עני שבישראל יטול יותר מארבע מאות זוז אמאי לא מחייב ליה לפורע ראש האשה למיתב טפי:
De ce que dit Rabbi Akiva : même pour les pauvres, etc. Et nous voyons qu'il n'a obligé à donnér, à celui qui a découvert la tête de la femme, que quatre cents zouz, comme le premier tanna. Apprends-en : le premier tanna parle pour alléger, car au pauvre on ne donne pas tout ce tarif. Et Rabbi Akiva lui dit : au pauvre aussi on donne ainsi. Et un fait : un homme a découvert la tête d'une femme pauvre, etc. Car si l'on pensait que ce tarif de quatre cents du premier tanna vise le moindre des pauvres, et que " le tout selon son honneur " parle pour aggraver, afin de donner davantage aux riches, et que Rabbi Akiva vient dire que même un pauvre d'Israël prendra plus de quatre cents zouz, pourquoi n'oblige-t-il pas celui qui a découvert la tête de la femme à donnér davantage ?
💡 Explication

Dans le fait rapporté, Rabbi Akiva condamne à quatre cents zouz, le tarif du tanna kama pour une tête de femme découverte. Il applique cette somme même à une pauvre, vue comme une femme libre déchue, fille d'Avraham, de Yitshak et de Yaakov.

Le tanna kama parle donc lekoula : " selon son honneur " peut abaisser la somme. Rabbi Akiva refuse cet abaissement pour un pauvre d'Israël, et il reste sur les quatre cents.

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ומעשה באחד שפרע ראש האשה [וכו׳]. ומי יהבינן זמן? והאמר רבי חנינא: אין נותנין זמן לחבלות!

Et un fait est rapporté : un homme a découvert la tête d'une femme, etc. Et donne-t-on un délai ?

Rabbi Hanina n'a-t-il pas dit : on ne donne pas de délai pour les blessures !

💡 Explication

Dans la michna, l'homme demande un zman, un délai pour payer les quatre cents zouz, et Rabbi Akiva le lui accorde. Rabbi Hanina a dit qu'on ne donne pas de délai pour des havalot, des blessures. D'où la question.

22
כי לא יהבינן ליה זמן – לחבלה, דחסריה ממונא; אבל לבושת, דלא חסריה ממונא – יהבינן.

Quand on ne lui donne pas de délai, c'est pour une blessure, car il lui a causé une perte d'argent. Mais pour la honte, où il ne lui a pas causé de perte d'argent, on lui en donne.

💡 Explication

La havala enlève une valeur au corps : la dette est exigible tout de suite. Le boshet seul n'enlève pas un bien. Rabbi Akiva a pu accorder le délai.

🖼️ Schéma
Donne-t-on un délai pour payer ? Havala - blessure Il a fait perdre un bien. Pas de zman. Rabbi Hanina. Boshet - honte Pas de perte de bien. Rabbi Akiva a donné un délai.
Blessure : paiement immédiat. Honte seule : un délai est possible.
23
שמרה עומדת על פתח חצירה וכו׳. והתניא, אמר לו רבי עקיבא: צללת במים אדירים והעלית חרס בידך, אדם רשאי לחבל בעצמו!

Il l'a guettée alors qu'elle se tenait à l'entrée de sa cour, etc. Or on enseigne dans une baraita : Rabbi Akiva lui a dit : tu as plongé dans des eaux puissantes et tu as remonté un tesson dans ta main.

Un homme a le droit de se blesser lui-même !

📜 Rachi (1)
צללת במים אדירים כלו' יגעת לפטור עצמך ולא העלית בידך כלום שברי חרסים אין ראוים לכלום:
Tu as plongé dans des eaux puissantes. Autrement dit : tu t'es donné de la peine pour t'exempter, et tu n'as rien remonté dans ta main. Des débris de tesson ne servent à rien.
💡 Explication

L'homme attend la femme à la porte de sa cour et obtient qu'elle découvre elle-même sa tête, pour faire tomber le tarif. Rabbi Akiva écarte l'argument : la peine prise ne ramène qu'un tesson.

La baraita ajoute : un homme a le droit de se blesser lui-même. La michna, elle, dit de celui qui se blesse qu'il n'en a pas le droit, tout en le laissant exempt, alors que les autres qui le blessent sont tenus. Les deux formules s'opposent.

24
אמר רבא: לא קשיא; כאן בחבלה, כאן בבושת. והא מתניתין בבושת הוא,

Rava a dit : il n'y a pas de difficulté. Ici, pour une blessure.

Là, pour la honte. Or la michna porte sur la honte,

📜 Rachi (1)
חבלה אין רשאי:
Une blessure. Il n'en a pas le droit.
💡 Explication

Rava répartit les deux formules. La michna, là où l'homme n'a pas le droit, parle d'une atteinte à son propre corps. La baraita, là où il a le droit, parle d'une honte qu'il s'inflige.

L'amoud s'arrête sur l'objection : le cas de la michna est une tête découverte, donc un boshet. La suite est sur 91b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).