Bava Kamma 91b - Se blesser soi-même, et couper l'arbre

Bava_Kamma 91b

Sougya : La page poursuit la mishna du boshet. Rabbi Akiva dit que celui qui se blesse est interdit mais quitte, et que le tiers qui le blesse est tenu.

La Gemara demande si l'interdit tient, oppose une baraïta sur le serment de se faire du mal, et conclut à une mahloket de tannaïm. Elle cherche alors qui interdit : le verset du sang, le bal tash'hit des vêtements, puis Rabbi Elazar ha-Kappar sur le nazir qui se prive de vin.

La seconde partie traite de celui qui tue un bœuf ou coupe des plants en disant qu'on le lui a ordonné, puis du seuil à partir duquel couper un arbre fruitier transgresse bal tash'hit.

Se blesser soi-même : deux avis, trois appuis La mishna interdit. La baraïta du serment traite le mal à soi comme une reshout. Mishna, Rabbi Akiva Se blesser : interdit. Lui-même : quitte. Le tiers qui blesse : tenu. Boshet : permis de s'humilier. Baraïta du serment Se faire du mal : reshout. Le serment non tenu engage. Chmouel : un jeûne. Tombe. Le mal à autrui = frapper. Mahloket de tannaïm Tossefot : les deux avis sont placés au nom de Rabbi Akiva. Les réponses du jeûne et de la pièce fermée tombent. Qui tient l'interdit de se blesser ? 1. Le sang Rabbi Elazar Bereshit 9, 5 De vos vies, je réclame le sang. Tombe : le meurtre est un cas à part. La blessure n'en suit pas. 2. La déchirure Plus qu'il ne faut : malkout, bal tash'hit. À plus forte raison le corps. Tombe : le vêtement est une perte sans retour. La chair, elle, guérit. 3. Le nazir Elazar ha-Kappar Privé de vin : fautif. Privé de tout : kal va-homer. Cet appui reste. S'affliger est une faute. Bamidbar 6, 11.
Deux avis sur la blessure de soi. Trois appuis pour l'interdit : le sang tombe, la déchirure tombe, le nazir reste.
Tu m'as dit de le tuer, de le couper La parole n'est crue que si le bien était déjà voué. Il reste la mitsva. La baraïta Tu as tué mon bœuf. Tu as coupé mes plants. Tu m'as dit de le faire. Quitte. Enseignée devant Rav. Rav refuse Sinon, plus aucune créature ne vit. Tout auteur dirait : tu me l'as ordonné. Rayer le texte ? Non. Où la parole est crue Bœuf voué à la mort : il a tué. Arbre voué à la coupe : achera, ou danger. Le maître a pu oublier. Que réclame-t-il encore ? Le bœuf allait mourir. L'arbre allait être coupé. Il reste la mitsva : je voulais la faire moi-même. La valeur du bien est quittée. Le salaire de la mitsva reste du. La preuve : kisouï ha-dam Vayikra 17, 13 Celui qui verse couvre. L'autre devance et couvre. Rabban Gamliel : dix pièces d'or. Tossefot : salaire de la berakha.
Tu m'as dit de le faire : cru seulement si le bien était déjà voué. Il reste le salaire de la mitsva.
Bal tash'hit : à partir de quand couper Devarim 20, 19-20. Le stérile passe avant le fruitier. Palmier, Rav Il porte un kav. Interdit de le couper. En dessous du kav, la page ne tranche pas. Olivier Un quart de kav suffit. Les olives sont de prix. Objection à Rav, puis réponse. Ravina Le bois vaut plus que les fruits. Couper est permis. Rachi : pour bâtir. L'ordre du verset D'abord l'arbre stérile. Le fruitier ensuite, s'il est le seul connu près du siège. Rachi sur Devarim 20, 20. Rabbi Hanina Chivhat, son fils, a coupé un figuier avant son temps. Il n'est mort que pour cela. Le récit pèse l'interdit.
Palmier : un kav. Olivier : un quart. Bois plus cher que le fruit : permis. Stérile avant fruitier.
1
וקתני: החובל בעצמו, אף על פי שאינו רשאי – פטור! הכי קאמר ליה: לא מבעיא בושת, דאדם רשאי לבייש את עצמו; אלא אפילו חבלה, דאין אדם רשאי לחבל בעצמו – אחרים שחבלו בו, חייבין.

Et l'on énseigne : celui qui se blesse lui-même, bien qu'il n'en ait pas le droit, est quitte. Voici ce qu'il lui a dit : inutile d'évoquer la honte (boshet), car l'homme a le droit de s'humilier lui-même.

Même pour une blessure (havala), alors que l'homme n'a pas le droit de se blesser lui-même, d'autres qui l'ont blessé sont tenus.

📜 Rachi (2)
לא מבעיא בושת דהואיל ואדם רשאי לחבול בעצמו כי בייש בעצמו וביישו ביה אחרים לא מפטרי בהכי:
Puisque l'homme a le droit de se blesser lui-même : s'il s'est humilié lui-même et que d'autres l'ont humilié, ils ne sont pas quittes pour cela.
אלא אפי' החובל בעצמו חבלה ממש דאין רשאי בה ואיכא למימר הואיל ומקולקל הוא דאין מקפיד לא נחייבו אחריני עלוי' אפ"ה חייבין:
Une blessure réelle, à laquelle il n'a pas droit. On pourrait dire : puisqu'il est déréglé et qu'il n'y veille pas, on ne tiendrait pas les autres pour responsables à son égard. Malgré cela, ils sont tenus.
🗂️ Tossefot (1)
החובל בעצמו אע"פ שאין רשאי פטור תימה מאי חיוב שייך ואי פטור ממלקות קאמר ע"כ הקוצץ נטיעותיו אע"פ שאין רשאי פטור לאו היינו פטור ממלקות דהא חייב משום קוצץ אילנות טובות ואזהרתיה מואותו לא תכרות כדאיתא בפ' בתרא דמכות (דף כב.) וצריך לדחוק ולומר פטור אע"פ שאין בו צד חיוב שאין חס על גופו אחרים שחבלו בו חייבין ואחרים שקצצו נטיעה חייבין צריך לאוקמה כר"מ דאמר (כתובות דף לב:) לוקה ומשלם דלוקה משום לא תכרות אי נמי בדלא אתרו ביה:
Étonnement : quelle obligation vise-t-on ici ? Si " quitte " veut dire quitte de flagellation (malkout), alors " celui qui coupe ses jeunes plants, bien qu'il n'en ait pas le droit, est quitte " ne vise pas non plus une exemption de flagellation, car il est tenu pour avoir coupé de beaux arbres, et l'avertissement (azhara) vient de " tu ne le couperas pas ", comme il est dit au dernier chapitre de Makkot (22a). Il faut donc forcer le texte et dire : quitte, bien qu'il n'y ait en lui aucun côté d'obligation, puisqu'il n'épargne pas son corps. D'autres qui l'ont blessé sont tenus. Et d'autres qui ont coupé un plant sont tenus : il faut l'établir selon Rabbi Meir, qui dit (Ketoubot 32b) qu'on flagellé et qu'on paie, car on flagellé pour " tu ne couperas pas ". Ou bien là où on ne lui a pas adressé de hatraa (avertissement préalable).
💡 Explication

Rabbi Akiva répond à l'homme du récit (90b). Pour le boshet, l'homme a le droit de s'humilier : le tiers qui humilie reste tenu, et la chose va de soi.

Pour la havala, il n'a pas le droit. On aurait pu quitter le tiers, puisque la victime abîme son propre corps et n'y veille pas. Il reste tenu. Tossefot cherche alors ce que veut dire quitte pour celui qui se blesse : le mot ne vise pas la flagellation, et le paiement du tiers qui coupe un plant se tient selon Rabbi Meir, lokeh u-meshalem, flagellé et payé.

🖼️ Schéma
Lo miba'eya : honte, puis blessure Boshet, inutile de le dire Il a le droit de s'humilier. Même s'il l'a fait, le tiers qui humilie est tenu. On ne le quitte pas pour cela. Havala, même alors Il n'a pas le droit. On dirait : il n'y veille pas, le tiers serait quitte. Malgré cela, le tiers est tenu.
Honte : le tiers est tenu sans discussion. Blessure : on aurait pu le quitter, il reste tenu.
2
ואין אדם רשאי לחבל בעצמו? והתניא: יכול נשבע להרע בעצמו – ולא הרע, יהא פטור? תלמוד לומר: ״להרע או להטיב״ – מה הטבה רשות, אף הרעה רשות; אביא נשבע להרע בעצמו ולא הרע!

Et l'homme n'a pas le droit de se blesser lui-même ? Or l'on énseigne : on pourrait croire que celui qui a juré de se faire du mal à lui-même, et ne s'est pas fait de mal, serait quitte.

Le verset énseigne : "pour faire le mal ou pour faire le bien". De même que faire le bien est une chose facultative (reshout), de même faire le mal est une chose facultative.

J'inclus donc celui qui a juré de se faire du mal à lui-même et ne s'est pas fait de mal.

📜 Rachi (1)
מה הטבה רשות בשבועות (דף כז.) מפרש ליה לקרא דלא מתוקם אלא בדבר הרשות:
À Chevouot (27a) on explique le verset : il ne s'applique qu'à une chose facultative (reshout).
💡 Explication

La baraïta inclut ce serment parmi les serments qui engagent. Un serment ne prend que sur une reshout, une chose laissée au choix. Se faire du mal à soi-même est donc, pour ce tanna, une chose permise. D'où la question posée à la mishna.

3
אמר שמואל: ב״אשב בתענית״.

Chmouel a dit : il s'agit de "je m'assoirai en jeûne".

💡 Explication

Chmouel sort la baraïta du champ de la blessure. Le serment vise un jeûne (taanit), et le jeûne est permis. L'interdit de se blesser, dans la mishna, peut rester en place.

4
דכוותה גבי הרעת אחרים – להשיבם בתענית; אחרים מי מותיב להו בתעניתא?!

Le cas parallèle, pour le mal fait à autrui, serait de les faire asseoir en jeûne. Peut-on faire asseoir autrui en jeûne ?

📜 Rachi (1)
דכוותיה גבי הרעת אחרים דקתני התם יכול נשבע להרע לאחרים ולא עשה יהא חייב ת"ל להרע או להטיב מה הטבה רשות בשבועות (שם) כו':
Car on énseigne là-bas : on pourrait croire que celui qui a juré de faire du mal à autrui et ne l'a pas fait serait tenu. Le verset énseigne : "pour faire le mal ou pour faire le bien". De même que le bien est facultatif, à Chevouot (au même endroit), et la suite.
💡 Explication

La même baraïta a un volet sur le mal fait à autrui. Si le mal fait à soi est un jeûne, le parallèle est un jeûne imposé à d'autres. La Gemara demande si un homme peut forcer ce jeûne.

5
אין; דמהדק להו באנדרונא.

Si, en les enfermant dans une pièce (androna).

📜 Rachi (1)
דמהדק להו סוגרן בחדר ואין להם מה לאכול:
Il les enferme dans une chambre, et ils n'ont rien à manger.
💡 Explication

On force le jeûne en fermant l'accès à la nourriture. Le parallèle " mal à autrui " tiendrait encore, et la réponse de Chmouel resterait debout.

6
והתניא: איזהו הרעת אחרים? ״אכה פלוני ואפצע את מוחו״!

Or l'on énseigne : qu'est-ce que le mal fait à autrui ? "Je frapperai un tel, et je lui fendrai le cerveau."

💡 Explication

La baraïta définit le mal fait à autrui par un coup. Le parallèle, pour soi, est donc une blessure, et elle la traite comme une reshout. La réponse par le jeûne tombe.

7
אלא תנאי היא; דאיכא למאן דאמר: אין אדם רשאי לחבל בעצמו, ואיכא מאן דאמר: אדם רשאי לחבל בעצמו.

C'est donc une discussion de tannaïm. Il y a un avis : l'homme n'a pas le droit de se blesser lui-même.

Et il y a un avis : l'homme a le droit de se blesser lui-même.

📜 Rachi (1)
אלא אפי' החובל בעצמו חבלה ממש דאין רשאי בה ואיכא למימר הואיל ומקולקל הוא דאין מקפיד לא נחייבו אחריני עלוי' אפ"ה חייבין:
Une blessure réelle, à laquelle il n'a pas droit. On pourrait dire : puisqu'il est déréglé et qu'il n'y veille pas, on ne tiendrait pas les autres pour responsables à son égard. Malgré cela, ils sont tenus.
🗂️ Tossefot (1)
אלא תנאי היא כלומר ר' עקיבא דמתני' ורבי עקיבא דברייתא פליגי ושנויי דלעיל ליתנהו והשתא ניחא דמשום דאמר תרי תנאי ואליבא דרבי עקיבא קבעי מאן תנא דמתני' דאמר אליבא דר' עקיבא אין אדם רשאי לחבול בעצמו:
C'est-à-dire que Rabbi Akiva de la mishna et Rabbi Akiva de la baraïta divergent, et les réponses données plus haut tombent. À présent cela s'éclaire : puisqu'on a parlé de deux tannaïm selon Rabbi Akiva, la Gemara demande quel est le tanna de la mishna qui dit, selon Rabbi Akiva, que l'homme n'a pas le droit de se blesser lui-même.
💡 Explication

Les deux lectures restent côte à côte. Un tanna interdit de se blesser, c'est la mishna. Un tanna le permet, c'est la baraïta du serment.

Tossefot retire le jeûne et la pièce fermée. Il place les deux avis au nom de Rabbi Akiva. La suite cherche quel tanna porte l'interdit.

8
מאן תנא דשמעת ליה דאמר: אין אדם רשאי לחבל בעצמו? אילימא האי תנא הוא – דתניא: ״ואך את דמכם לנפשתיכם אדרש״ – רבי אלעזר אומר: מיד נפשותיכם אדרש את דמכם;

Quel est le tanna dont tu entends qu'il dit : l'homme n'a pas le droit de se blesser lui-même ? Si tu dis que c'est ce tanna, car l'on énseigne : "Et pourtant, votre sang, pour vos vies, je le réclamerai." Rabbi Elazar dit : de la main de vos vies, je réclamerai votre sang.

📜 Rachi (1)
לנפשותיכם אדרוש מיד עצמכם אדרוש:
De vous-mêmes je le réclamerai.
💡 Explication

Premier candidat : Rabbi Elazar sur Bereshit 9, 5. Le verset réclame le sang de la main de la personne elle-même. S'ôter la vie est donc réclame.

9
ודלמא קטלא שאני!

Mais le meurtre est peut-être un cas à part.

💡 Explication

Le verset parlé du sang, donc de la vie ôtée. Rabbi Elazar vise ici celui qui se tué. La blessure attend une autre source.

10
אלא האי תנא הוא – דתניא: מקרעין על המת, ולא מדרכי האמורי. אמר רבי אלעזר: שמעתי שהמקרע על המת יותר מדאי – לוקה משום ״בל תשחית״. וכל שכן גופו.

C'est plutôt ce tanna, car l'on énseigne : on déchire pour un mort, et cela ne suit pas les voies des Émoréens. Rabbi Elazar dit : j'ai entendu que celui qui déchire pour un mort plus qu'il ne faut reçoit la flagellation pour bal tash'hit (l'interdiction de détruire).

À plus forte raison pour son corps.

🗂️ Tossefot (2)
אלא האי תנא הוא דתניא מקרעין כו' וא"ת ומאי ס"ד השתא וכי על זה צריך להביא ראיה. דמקרע בגדים עובר משום בל תשחית ואור"י דאין מביא ראיה אלא שאסור לחבול אפי' לצורך כגון אשה שטפחה על ראשה וכן ההיא דאך את דמכם שהרג את עצמו בשביל שום דבר שירא וכן מקרע על המת זהו לצורך:
Et si l'on objecte : que pouvait-on croire ici, et faut-il une preuve que celui qui déchire des vêtements transgresse bal tash'hit ? Rabbeinou Yits'hak répond : on n'apporte la preuve que pour interdire de se blesser même pour un besoin. Par exemple une femme qui se frappe la tête. De même le verset "mais votre sang", pour celui qui s'est tué à cause d'une chose dont il avait peur. De même, déchirer pour un mort, c'est pour un besoin.
עובר משום בל תשחית והא דאמר במו"ק (דף כד.) שמואל קרע עליה דרב תליסר אצטלי דמילתא יש לומר דצורבא מדרבנן שאני ולא היה יותר מדאי:
Et ce qu'on dit à Moed Katan (24a) : Chmouel a déchiré, pour Rav, treize manteaux de milat (laine fine). On peut dire qu'un tsourba mei-rabanan (érudit) a sa mesure, et que ce déchirement n'allait pas au-delà de ce qu'il faut.
💡 Explication

Second candidat. Déchirer pour un mort est une coutume d'Israël, hors des voies des Émoréens. Rabbi Elazar limite l'excès : au-delà de la mesure, malkout pour bal tash'hit. La Gemara en tire un kal va-homer vers le corps.

Tossefot : la preuve vise l'interdit même lorsqu'il y a un besoin, deuil ou peur. Les treize manteaux de Chmouel pour Rav restent dans la mesure due à un érudit.

11
ודלמא בגדים שאני, דפסידא דלא הדר הוא! כי הא דרבי יוחנן קרי [להו] למאני[ה] ״מכבדותי״, ורב חסדא כד הוה מסגי ביני היזמי (והגא) [והגי] – מדלי להו למאניה, אמר: זה מעלה ארוכה, וזה אינו מעלה ארוכה.

Mais les vêtements sont peut-être un cas à part, car c'est une perte qui ne revient pas. Comme Rabbi Yo'hanan, qui appelait ses vêtements "mes honneurs" (mekhabdotai).

Et Rav Hisda, quand il marchait parmi les épineux (hizmei et higei), relevait ses vêtements. Il disait : celui-ci produit une guérison, et celui-là n'en produit pas.

💡 Explication

Pessida de-la hadar : une perte qui ne revient pas. La chair écorchée se répare. Le vêtement déchiré reste perdu. Rav Hisda relève l'habit et laisse les épines prendre la peau. Rabbi Yo'hanan nomme ses habits ses honneurs.

L'interdit de déchirer reste donc sur le vêtement. La blessure du corps attend encore sa preuve.

🖼️ Schéma
Chair et vêtement, selon Rav Hisda La chair Les épines l'écorchent. Elle produit une guérison. La perte revient. Le vêtement Rav Hisda le relève. Déchiré, il ne guérit pas. Rabbi Yo'hanan : mes honneurs.
La chair guérit. Le vêtement déchiré ne revient pas. Rav Hisda sauve l'habit.
12
אלא האי תנא הוא – דתניא: אמר רבי אלעזר הקפר ברבי, מה תלמוד לומר: ״וכפר עליו מאשר חטא על הנפש״? וכי באיזה נפש חטא זה? אלא שציער עצמו מן היין. והלא דברים קל וחומר – ומה זה, שלא ציער עצמו אלא מן היין, נקרא חוטא; המצער עצמו מכל דבר, על אחת כמה וכמה!

C'est plutôt ce tanna, car l'on énseigne : Rabbi Elazar ha-Kappar Berabbi a dit : que vient énseigner "et il fera expiation pour lui, de ce qu'il a fauté envers la personne" ? Envers quelle personne celui-ci a-t-il fauté ?

C'est qu'il s'est affligé en se privant de vin. Et c'est un kal va-homer (à fortiori) : celui-ci, qui ne s'est affligé qu'en se privant de vin, est appelé fautif (hôte).

Celui qui s'afflige en se privant de toute chose, à plus forte raison.

📜 Rachi (3)
וכפר עליו בנזיר כתיב:
C'est écrit à propos du nazir.
על הנפש משמע שחטא בנפש אדם:
On entend qu'il a fauté envers une vie d'homme.
מכל דבר המסגף עצמו בתענית:
Celui qui s'afflige par un jeûne (taanit).
🗂️ Tossefot (1)
אלא שציער עצמו מן היין לכאורה משמע דבנזיר טהור נמי קאמר דנקרא חוטא בפרק מי שאמר הריני נזיר מגלח (נזיר דף יט.) קסבר רבי אליעזר הקפר נזיר טהור חוטא והיינו טעמא דכתיב קרא בנזיר טמא מפני ששנה בחטא וכן בפ"ק דנדרים (דף י.) ותימה דבפ"ק דנזיר (דף ג.) פריך נזירות מילתא דעבירה ואמרינן ליה נאה ומשני אפי' לרבי אליעזר הקפר דאמר נזיר חוטא הוא ה"מ טמא דאיידי דבעי מיסתר דלמא אתי למעבד על נזירותיה אבל נזיר טהור לאו חוטא קרי ליה ואור"ת דהא דקאמר דלא הוי חוטא היינו שמצוה גדולה מן העבירה דמצוה לידור כדאמר (ריש סוטה) הרואה סוטה בקלקולה יזיר עצמו מן היין ומכל מקום קצת יש חטא מידי דהוי אמתענה תענית חלום בשבת שקורעין גזר דינו ונפרעין ממנו תענית של שבת מאי תקנתיה ליתיב תענית לתעניתא שהמצוה גדולה מן העבירה וה"ק בנזיר אפי' ר' אליעזר דאמר נזיר חוטא ה"מ נזיר טמא שהוא עיקר חוטא אבל נזיר טהור לא חשיב רבי אליעזר כ"כ חוטא:
En apparence, on entend qu'il le dit aussi du nazir pur (tahor) : il est appelé fautif. Au chapitre "Celui qui a dit : me voici nazir, qu'on me rase" (Nazir 19a), Rabbi Eliezer ha-Kappar tient que le nazir pur est un fautif. Et voici pourquoi le verset est écrit au sujet du nazir impur : parce qu'il a recommencé dans la faute. De même au premier chapitre de Nedarim (10a). Difficulté : au premier chapitre de Nazir (3a), on objecte : le nazirat serait une affaire de transgression, et on lui dit que c'est beau ? On répond : même pour Rabbi Eliezer ha-Kappar, qui dit que le nazir est un fautif, ces paroles ne visent que l'impur, car puisqu'il doit se raser, il pourrait en venir à transgresser son nazirat. Le nazir pur, il ne l'appelle pas fautif. Rabbeinou Tam répond : quand on dit qu'il n'est pas fautif, on veut dire que la mitsva est plus grande que la transgression, car c'est une mitsva de faire le vœu, comme on le dit au début de Sota : celui qui voit une sota dans sa déchéance se vouera nazir en se privant de vin. Il reste pourtant une part de faute, à la manière de celui qui jeûne un jeûne de rêve un Chabbat : on déchire son décret, et l'on prélève sur lui le jeûne du Chabbat. Quel est son remède ? Qu'il jeûne pour ce jeûne, car la mitsva est plus grande que la transgression. Et voici le sens du passage de Nazir : même Rabbi Eliezer, qui dit que le nazir est un fautif, ces paroles ne visent que le nazir impur, qui est le fautif principal. Le nazir pur, Rabbi Eliezer ne le tient pas pour fautif à ce point.
💡 Explication

Troisième candidat, et celui que la Gemara laisse en place. Le verset du nazir, Bamidbar 6, 11, parlé d'une faute envers la personne. Rabbi Elazar ha-Kappar la lit sur la privation de vin. Le kal va-homer passe du vin à toute affliction : jeûne, ou autre privation.

Rachi : "toute chose", c'est celui qui s'impose un jeûne. Tossefot tient le fil entre nazir pur et nazir impur, et la réponse de Rabbeinou Tam : la mitsva peut être plus grande que la part de faute, comme le jeûne de rêve un Chabbat.

🖼️ Schéma
Kal va-homer du nazir Le vin seul Il s'est affligé en se privant de vin. Il est appelé fautif. Toute chose Jeûne, ou autre privation du corps. À plus forte raison. L'appui qui reste S'affliger est une faute. Elazar ha-Kappar. Verset du nazir, 6, 11.
Privé de vin, il est fautif. Privé de tout, à plus forte raison.
13
הקוצץ נטיעותיו [וכו׳]. תני רבה בר בר חנה קמיה דרב: ״שורי הרגת״, ״נטיעותי קצצת״; ״אתה אמרת לי להורגו״, ״אתה אמרת לי לקוצצו״ – פטור. אמר ליה: אם כן, לא שבקת חיי לברייתא! כל כמיניה?!

Celui qui coupe ses jeunes plants, et la suite. Rabba bar bar Hana a enseigné devant Rav : "Tu as tué mon bœuf", "tu as coupé mes plants" ; "tu m'as dit de le tuer", "tu m'as dit de le couper" : il est quitte.

Il lui dit : s'il en est ainsi, tu ne laisses aucune vie aux créatures. Est-ce en son pouvoir ?

🗂️ Tossefot (1)
כל כמיניה כו' והא דאמר בחזקת הבתים (ב"ב דף לו.) האי מאן דנקט מגלא ותובילא ואמר איזיל ואגזריה לדיקלא דפלניא דזבניה ניהלי מהימן דלא חציף איניש למיגזר דיקלא דלאו דיליה התם בלקיטת פירות איירי מדנקט גזירה ונקט נמי מגלא ותובילא שהם כלי אומנות של לוקטי תמרים ודרך אדם למכור פירות אבל אין דרך למכור הדקל לקוץ ואם בקציצת הדקל היה מדבר הוה ליה למינקט נרגא וה"ל למימר ואקטליה כדאמר התם בפרק כל הנשבעין (שבועות דף מו: ושם) דאמר רב נחמן האי מאן דנקט נרגא ואמר איזיל ואקטליה לדיקלא דפלניא ואשכח דקטיל ושדי לא אמרינן ההוא קטליה דעביד איניש דגזים ולא עביד:
Et ce qu'on dit au chapitre Hezkat ha-batim (Bava Batra 36a) : celui qui prend une faucille (magla) et une corde (tuvla) et dit "je vais couper le dattier d'un tel, car il me l'a vendu", on le croit, car un homme n'aurait pas l'audace de couper un dattier qui n'est pas à lui. Là, il s'agit de la cueillette des fruits, puisqu'il a parlé de couper (gezira) et qu'il a pris aussi la faucille et la corde, outils des cueilleurs de dattes, et qu'on a coutume de vendre des fruits. On n'a pas coutume de vendre le dattier pour le couper. S'il parlait de l'abattage du dattier, il aurait pris une hache (narga) et dit "je vais l'abattre", comme on le dit là-bas au chapitre Kol ha-nichba'in (Chevouot 46b) : Rav Nahman dit, celui qui prend une hache et dit "je vais abattre le dattier d'un tel", et on le trouve abattu et jeté, on ne dit pas que c'est lui qui l'a abattu, car il arrive qu'un homme menace et ne le fasse pas.
💡 Explication

Nouvelle pièce de la mishna : couper ses plants. Rabba bar bar Hana cite une baraïta. L'auteur du dommage répond "tu me l'as ordonné", et il est quitte. Rav refuse cette porte ouverte : chacun s'en servirait.

Tossefot distingue le cas de Bava Batra, où l'homme à la faucille est cru : il cueille des fruits, il ne vend pas l'arbre à abattre. L'homme à la hache qui menace, à Chevouot, n'est pas tenu pour l'auteur.

14
אמר ליה: איסמייה? אמר ליה: לא; תתרגם מתניתך בשור העומד להריגה, ובאילן העומד לקציצה.

Il lui dit : dois-je la rayer ? Il lui dit : non.

Explique ton énseignement pour un bœuf qui se tient pour être mis à mort, et pour un arbre qui se tient pour être coupé.

📜 Rachi (2)
עומד להריגה שור שהמית:
Un bœuf qui a tué.
עומד לקציצה אשירה או כל עץ הנוטה לרה"ר ומתיירא שמא יפול על אדם וימות:
Une achera (arbre d'idolâtrie), ou tout arbre qui penche sur le domaine public (reshout ha-rabbim) et dont on craint qu'il tombe sur un homme et le tué.
💡 Explication

Rav garde la baraïta et en resserre le cas. Le bœuf est déjà voué à la mort : il a tué. L'arbre est déjà voué à la coupe : achera, ou danger sur la voie. Dans ce cadre, "tu m'as dit de le faire" peut être cru.

15
אי הכי, מאי קא טעין ליה? דאמר ליה: אנא בעינא למיעבד הא מצוה.

S'il en est ainsi, que lui réclame-t-il ? C'est qu'il lui dit : moi, je voulais accomplir cette mitsva.

📜 Rachi (1)
אנא בעינא למיעבד הא מצוה וכי טעין ליה היאך אתה אמרת לי להרגו מסתמא קושטא קאמר דכיון דלהכי קאי לא קפיד כולי האי ואינשי הוא דאינשי:
Et lorsqu'il lui oppose "tu m'as dit de le tuer", vraisemblablement il dit vrai. Puisque la bête se tient pour cela, le maître n'y tient pas autant, et il a oublié.
💡 Explication

Le bien allait de toute façon. Il ne reste pas de perte sur le bœuf ni sur l'arbre. La plainte qui demeure est la mitsva : le maître voulait l'accomplir lui-même.

Rachi explique pourquoi la parole "tu me l'as dit" est crue ici. Le bien était déjà destiné à cela, le maître y tenait peu, et il a oublié.

16
דתניא: ״ושפך וכסה״ – מי ששפך, יכסה. ומעשה באחד ששחט, וקדם חבירו וכסה, וחייבו רבן גמליאל ליתן לו עשרה זהובים.

Car l'on énseigne : "il versera, et il couvrira" : celui qui a versé couvrira. Il arriva qu'un homme fit la chehita (l'abattage rituel), son compagnon le devança et couvrit, et Rabban Gamliel le condamna à lui donner dix pièces d'or.

🗂️ Tossefot (1)
וחייבו רבן גמליאל ליתן י' זהובים בפרק כסוי הדם (חולין דף פז. ושם) מוכח שזהו שכר ברכה ואם תאמר שכר דמצוה עצמה היכא אזיל וי"ל דמצוה וברכה הכל אחד ואע"ג דשור העומד להריגה ואילן העומד לקציצה יש שכר מצוה אע"פ שאין ברכה מכל מקום התם שכר מצות כיסוי וברכה לא היה כי אם י' זהובים ושכר ברכת המזון ארבע ברכות מ' זהובים ומעשה באחד שקראו ש"צ לקרות בס"ת ובא אחר וקדם וקרא ושאל לר"ת ואמר לו שיתן לו תרנגולת לשחוט תחת אותם שתי ברכות ואין נראה לר"י טעם זה דאם כן למה חייבו ר"ג עשרה זהובים ועוד פטרו ר"ת משום . שיענה אמן וגדול העונה אמן יותר מן המברך ועוד אמר ר"ת דבבבל אין דנין מילתא דלית ביה חסרון כיס כדאמר לעיל (בבא קמא דף פד:):
Au chapitre Kisouï ha-dam (Houlin 87a, et là-bas) il est établi que c'est le salaire de la berakha (bénédiction). Et si tu dis : où va le salaire de la mitsva elle-même ? On peut dire que mitsva et berakha ne font qu'un. Et bien qu'un bœuf voué à la mort et un arbre voué à la coupe aient un salaire de mitsva même sans berakha, néanmoins, là-bas, le salaire de la mitsva de couverture et de la berakha n'était que dix pièces d'or, et le salaire du birkat ha-mazon, quatre berakhot, quarante pièces d'or. Et il arriva qu'un homme, que le chalia'h tsibbour appèla pour lire dans le sefer Torah, fut devancé par un autre qui lut. On le demanda à Rabbeinou Tam, qui dit de lui donner une poule à abattre à la place de ces deux berakhot. Ce motif ne paraît pas à Rabbeinou Yits'hak : s'il en est ainsi, pourquoi Rabban Gamliel a-t-il tenu pour dix pièces d'or ? De plus, Rabbeinou Tam l'a rendu quitte parce qu'il répondrait amen, et celui qui répond amen est plus grand que celui qui bénit. De plus, Rabbeinou Tam a dit qu'en Babylonie on ne juge pas une affaire où il n'y a pas de hesron kis (perte d'argent), comme il est dit plus haut (Bava Kamma 84b).
💡 Explication

Modèle de la mitsva prise par un autre. Vayikra 17, 13 : celui qui verse couvre le sang. Le compagnon couvre le premier. Rabban Gamliel fixe dix pièces d'or.

Tossefot lit ce prix comme le salaire de la berakha, et rapporte les réponses de Rabbeinou Tam : une poule à la place des deux bénédictions de la lecture, l'amen, et le refus, en Babylonie, de juger là où il n'y a pas de hesron kis.

🖼️ Schéma
Couvrir le sang : la mitsva a un prix 1. Chehita Il verse le sang. Bête ou oiseau. 2. Le verset Qui verse, couvre. Vayikra 17, 13. 3. L'autre Il devance et couvre. 4. Le din Rabban Gamliel dix zehuvim.
Celui qui abat doit couvrir. L'autre qui couvre le premier doit dix pièces d'or.
17
אמר רב: דיקלא דטען קבא – אסור למקצציה.

Rav a dit : un palmier qui porte un kav, il est interdit de le couper.

💡 Explication

Suite de l'interdit de couper, bal tash'hit. Rav fixe un seuil sur le dattier : dès qu'il porte un kav (mesure de capacité), on ne le coupe pas.

18
מיתיבי: כמה יהא בזית ולא יקצצ[נ]ו? רובע! שאני זיתים, דחשיבי.

On objecte : quelle quantité y aura-t-il sur un olivier pour qu'on ne le coupe pas ? Un quart.

Les oliviers sont différents, car ils sont de prix.

📜 Rachi (1)
רובע הקב:
Du kav.
💡 Explication

La mishna de Cheviit demande un rêva, un quart de kav, pour l'olivier. Rav avait dit un kav entier pour le palmier. Réponse : l'olive compte davantage, et le quart suffit à l'interdit.

19
אמר רבי חנינא: לא שכיב שיבחת ברי, אלא דקץ תאינתא בלא זמנה. אמר רבינא: ואם היה מעולה בדמים, מותר.

Rabbi Hanina a dit : mon fils Chivhat n'est mort que pour avoir coupé un figuier avant son temps. Ravina a dit : et s'il était supérieur en valeur, c'est permis.

📜 Rachi (1)
ואם היה מעולה בדמים דמיו יקרים לבנין יותר משבח פירותיו:
Son prix est plus élevé pour la construction que le surplus de ses fruits.
💡 Explication

Rabbi Hanina pèse l'interdit par ce qui est arrivé à son fils Chivhat : un figuier coupé avant l'heure. Ravina ouvre une porte. Si le bois vaut plus que les fruits, couper est permis. Rachi : le prix pour bâtir dépasse ce que rendent les fruits.

20
תניא נמי הכי: ״רק עץ אשר תדע״ – זה אילן מאכל, ״כי לא עץ מאכל הוא״ – זה אילן סרק.

On énseigne de même : "seulement un arbre que tu connais", c'est un arbre fruitier. "Car ce n'est pas un arbre fruitier", c'est un arbre stérile.

📜 Rachi (2)
רק עץ אשר תדע קרא יתירא הוא דהוה לי' למכתב רק אשר לא הוא מאכל:
C'est un surplus dans le verset. Il aurait fallu écrire : seulement ce qui n'est pas alimentaire.
זה עץ מאכל וה"ק רק עץ אשר תדע אם אינך יודע קרוב למצור אלא הוא קחנו ואפילו הוא של מאכל:
Et voici le sens : "seulement un arbre que tu connais". Si, près du siège, tu n'en connais pas d'autre, prends-le, même s'il est fruitier.
💡 Explication

La baraïta coupe Devarim 20, 20 en deux. "Un arbre que tu connais" vise le fruitier : Rachi, s'il est le seul arbre connu près du siège, on le prend même fruitier. "Car ce n'est pas un arbre fruitier" vise le stérile, qu'on peut détruire.

21
וכי מאחר שסופ[נ]ו לרבות כל דבר, מה תלמוד לומר ״כי לא עץ מאכל״? להקדים סרק למאכל.

Et puisque, à la fin, on en vient à inclure toute chose, que vient énseigner "car ce n'est pas un arbre fruitier" ? Pour faire passer l'arbre stérile avant l'arbre fruitier.

💡 Explication

Le verset finit par autoriser aussi le fruitier, dans le cas où le siège n'a que lui. La mention de l'arbre qui n'est pas fruitier garde alors un rôle : l'ordre. On coupe d'abord le stérile. Le fruitier vient après.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).