Sougya : L'amoud achève la discussion sur l'arbre que l'on coupe. Rak restreint la priorité de l'arbre stérile quand il vaut plus cher.
Chmouel et Rav Hisda font arracher les palmiers plantés dans les vignes : les vignes achètent des palmiers, les palmiers n'achètent pas de vignes. Tossefot explique pourquoi, pour le bien d'une femme, l'ordre s'inverse.
La michna enseigne que le paiement ne pardonne pas tant que l'auteur ne demande pas, et que refuser de pardonner est une cruauté. Sur le corps, la clause d'exemption ne sert à rien.
Sur son propre bien, elle exempte. Sur le corps ou le bien d'un tiers, elle ne sert à rien.
La baraita réserve le pardon demandé au tsaar, l'affliction de la honte. La suite lit les versets d'Avraham et d'Avimelekh : toute femme est à rendre, un ben Noah est tenu d'avoir appris, et la maison d'Avimelekh est fermée selon plusieurs décomptes.
Rava demande alors à Rabba bar Mari l'origine de plusieurs paroles : qui prie pour l'autre est exaucé le premier ; le chou est frappé avec l'épine ; les cinq frères présentés à Pharaon ; la pauvreté suit le pauvre. Les ossements de Yehouda roulent quarante ans, jusqu'aux quatre demandes de Moché.
Le verset de la dernière parole commence sur 92b.
On pourrait penser : même s'il est supérieur en valeur ? Le verset enseigne : "Seulement" (rak).
La page s'ouvre au milieu de la discussion sur l'arbre que l'on coupe. Le sarak, l'arbre stérile, passe devant l'arbre fruitier quand on a besoin de bois. La question porte sur le cas où le stérile est méouléh bedamim, supérieur en argent.
Rak, "seulement", restreint cette priorité. Rachi précise le cas : si le stérile vaut plus comme poutre que les fruits de l'autre, il ne passe plus devant.
Le métayer de Chmouel lui apporta des dattes. Il en mangea, et il y sentit un goût de vin.
Il lui dit : qu'est-ce que cela ? Il lui dit : elles se tiennent entre les vignes.
Il dit : elles affaiblissent le vin à ce point ? Demain, apporte-moi de leur cœur (mekor).
Les dattes ont pris le goût du vin : les palmiers poussent beinei goufnéi, entre les vignes, et les affaiblissent. Chmouel ordonne d'en apporter le mekor, le cœur tendre. Rachi : on achève la souche qui cause la perte, et l'on mange le kor.
Tossefot relève l'ordre inverse de Ketoubot 79a, où le palmier passe devant la vigne pour un achat sur les biens de la femme. La réponse : la vigne ne rapporte que si l'on dépense pour la tailler. Le mari ne fera pas cette dépense sur le bien de sa femme. Rabbeinou Tam ajoute que le fruit du palmier se conserve mieux, et que le melog demande une chose qui dure.
Trois autres gloses de Rachi sont alignées ici. L'une prépare le récit des ossements des tribus, plus bas. Une autre rappelle que les sommes de la michna précédente sont du boshèt.
Rav Hisda vit de jeunes palmiers (taléi) parmi les vignes. Il dit à son métayer : arrache-les.
Les vignes achètent des palmiers ; les palmiers n'achètent pas de vignes.
Rav Hisda formule la règle que le fait de Chmouel illustrait. Goufnéi kani dikléi : le produit des vignes suffit à acheter des palmiers. Dikléi lo kani goufnéi : le produit des palmiers ne suffit pas à acheter des vignes. On arrache donc les palmiers qui restent dans la vigne.
Michna. Bien qu'il lui donne, il ne lui est pas pardonné tant qu'il ne le lui demande pas.
Comme il est dit : "Et maintenant, rends la femme, etc." D'où sait-on que, s'il ne lui pardonne pas, il est cruel ? Comme il est dit : "Avraham pria vers D.ieu, et D.ieu guérit Avimelekh, etc."
Nouvelle michna. L'auteur du dommage a versé ce qu'il doit. Le pardon, lui, attend qu'il le demande. Le verset dit à Avimelekh de rendre Sara, parce qu'Avraham est prophète et priera pour lui.
Second verset : Avraham a prié, et Avimelekh a été guéri. Celui qui refuse de pardonner est appelé akhzari, cruel. Rachi : cette michna est setama, anonyme. Rabbi Akiva ne la dit pas.
Celui qui dit : "Aveugle mon œil", "Coupe ma main", "Brise ma jambe", est tenu. "À condition d'être exempt", il est tenu.
Premier cas de la michna : une atteinte au corps. Même si la victime a dit "fais-le", l'auteur est hayav. La clause al menat liftor, "à condition d'être exempt", ne change rien : il reste tenu.
"Déchire mon vêtement", "Brise mon vase" : il est tenu. "À condition d'être exempt" : il est exempt.
"Fais ainsi à un tel, à condition d'être exempt" : il est tenu, que ce soit sur son corps ou sur son bien.
Sur son propre bien, sans clause, l'auteur est tenu. Avec la clause al menat liftor, il est exempt. Rachi renvoie l'explication à la Guemara.
Troisième cas : l'ordre vise ich ploni, un tiers. La clause d'exemption ne sert à rien, ni pour le corps de cet homme, ni pour son bien.
Guemara. Les Sages ont enseigné : tout ce dont ils ont parlé, ce sont les indemnités de sa honte.
Mais sa douleur (tsaar), même s'il apportait tous les béliers de Nevayot qui sont au monde, ne lui est pas pardonné tant qu'il ne le lui demande pas. Comme il est dit : "Rends la femme de l'homme, car il est prophète, et il priera pour toi."
La baraita sépare deux choses. Les sommes de la michna précédente, sela, mine, deux cents, quatre cents, sont le boshèt, l'indemnité de la honte. Le tsaar est autre : Rachi, l'affliction d'avoir été humilié.
Pour ce tsaar, même éiléi Nevayot, les béliers les plus précieux, ne tiennent pas lieu de pardon. Il faut demander, comme Avimelekh avait besoin de la prière d'Avraham.
La femme d'un prophète doit être rendue, et la femme d'un autre n'a pas à être rendue ?
Le verset dit : rends la femme de l'homme, car il est prophète. La Guemara en tire une lecture trop étroite, pour la rejeter : seule la femme d'un prophète serait à rendre.
Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonathan : "Rends la femme de l'homme", dans tous les cas. Et ce que tu as dit : "Une nation, même juste, la tueras-tu ?
Ne m'a-t-il pas dit : elle est ma sœur, et elle aussi a dit : il est mon frère !" Il est prophète, et il a déjà appris : un hôte (akhsénai) qui arrive en ville, l'interroge-t-on sur le manger et le boire, ou l'interroge-t-on sur sa femme : "Est-elle ta femme ?" "Est-elle ta sœur ?"
Mikol makom : "rends la femme de l'homme" vaut pour toute femme, pas seulement pour celle d'un prophète. La protestation d'Avimelekh est citée ensuite : Avraham et Sara ont dit qu'ils étaient frère et sœur.
La réponse : il est prophète, et il a déjà appris la conduite du lieu. On ne demande pas à un akhsénai, un hôte, si la femme qui l'accompagne est son épouse ou sa sœur. Avimelekh, lui, s'en inquiétait. Avraham a donc parlé en conséquence.
De là, au sujet d'un fils de Noé (ben Noah) que l'on met à mort : il avait à apprendre, et il n'a pas appris.
La règle sort du verset adressé à Avimelekh. Un ben Noah est passible de mort même s'il ignorait l'interdit : haya lo lilmod vélo lamad, il avait à apprendre et il ne l'a pas fait. Rachi : ce qu'il devait apprendre, c'est le derekh erets. "Il est prophète" veut dire que l'excuse d'Avimelekh ne tient pas.
"Car Hachem avait fermé, fermé." Rabbi Elazar dit : pourquoi ces deux fermetures ? Une chez l'homme : la semence.
Deux chez la femme : la semence et l'accouchement.
Le verset redouble le verbe : atsor atsar, il a fermé, fermé. Rabbi Elazar répartit ces atsirot. Une chez l'homme : il ne peut pas émettre de semence. Deux chez la femme : la semence, et la leda, l'accouchement.
Rachi glose la semence de la femme : celle qui est déjà dans son ventre, elle ne peut pas l'expulser.
On a enseigné dans une baraita : deux chez l'homme, la semence et l'urine (ketanim) ; trois chez la femme, la semence, l'urine et l'accouchement.
La baraita ajoute les ketanim, l'urine, chez l'homme et chez la femme. Le décompte passe à deux et à trois.
Ravina dit : trois chez l'homme, la semence, l'urine et l'anneau (pi tabaat) ; quatre chez la femme, la semence, l'accouchement, l'urine et l'anneau.
Ravina ajoute le pi tabaat. Rachi : l'orifice des matières solides. L'homme a trois fermetures, la femme quatre. Les trois avis se suivent en ajoutant un orifice.
"À cause de toute matrice." On dit dans la maison de Rabbi Yannai : même une poule de la maison d'Avimelekh n'a pas pondu son œuf.
Béad kol rehem, "À cause de toute matrice", étend la fermeture au-delà des femmes de la maison. La maison de Rabbi Yannai : la poule elle-même n'a pas pondu.
Rava dit à Rabba bar Mari : d'où vient cette parole que les Sages ont dite : quiconque demande miséricorde pour son prochain, et qui a lui-même besoin de cette chose, est exaucé le premier ? Il lui dit : car il est écrit : "Et Hachem ramena la captivité de Iyov, lorsqu'il pria pour son compagnon."
Première question de Rava à Rabba bar Mari. Elle sort de la prière d'Avraham. Qui demande miséricorde pour un autre, sur un sujet où lui-même a besoin, est néénéh téhilah, exaucé le premier.
Rabba bar Mari l'ancre dans Iyov : Hachem ramena sa captivité au moment où il prie pour son compagnon.
Il lui dit : toi, tu le dis de là-bas, et moi, je le dis d'ici : "Avraham pria vers D.ieu, et D.ieu guérit Avimelekh, sa femme et ses servantes [etc.]", et il est écrit : "Et Hachem se souvint de Sara, comme Il l'avait dit, etc.", comme Avraham l'avait dit à Avimelekh.
Rava préfère un verset de la Torah. Avraham prie, Avimelekh est guéri, puis Hachem pakad et Sara. "Comme Il l'avait dit" est lu : comme Avraham l'avait dit au sujet d'Avimelekh. La prière pour l'autre est exaucée d'abord pour celui qui prie.
Rachi s'appuie sur la forme pakad, et non vayifkod : le souvenir était déjà accordé d'abord à Avimelekh. Tossefot : l'annonce de la grossesse datait de la Pâque précédente. Le rapprochement vise l'accouchement bérivah, avec aisance, à l'image de la prière pour Avimelekh.
Rava dit à Rabba bar Mari : d'où vient cette parole que les gens disent : avec l'épine (hutsa), le chou (karva) est frappé ? Il lui dit : car il est écrit : "Pourquoi contestez-vous envers Moi ?
Vous avez tous fauté contre Moi, parole de Hachem."
Le proverbe : bahadéi hutsa laki karva. On arrache l'épine, le chou qui pousse à côté part avec elle. Rachi : les voisins du méchant sont frappés avec lui.
Le verset de Yirmeya dit "vous avez tous fauté". Rachi : le prophète lui-même est dans le "tous", alors qu'il n'a pas fauté.
Il lui dit : toi, tu le dis de là-bas, et moi, je le dis d'ici : "Jusqu'à quand refusez-vous de garder Mes commandements et Mes enseignements ?"
Rava reprend le même proverbe depuis la Torah. Après la manne ramassée le Chabbat, le verset dit ad ana me'antèm, "jusqu'à quand refusez-vous", au pluriel. Rachi : Moché et Aharon sont dans ce pluriel, eux qui n'ont pas ramassé.
Rava dit à Rabba bar Mari : il est écrit : "Et de l'extrémité de ses frères il prit cinq hommes." Qui sont ces cinq ? Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan : ceux dont les noms ont été doublés.
Yossef prend hamicha anachim, cinq hommes, "de l'extrémité de ses frères", et les présente à Pharaon. Rabbi Yo'hanan : les cinq dont Moché double le nom, Dan, Zévouloun, Gad, Acher, Naftali.
Rachi : le doublement montre qu'ils étaient les faibles, et qu'ils avaient besoin d'être affermis. Yossef les présente pour que Pharaon n'en fasse pas des chefs de troupe. Tossefot signale Berechit Rabba, où le doublement marque au contraire les héros, à l'image de Yehouda.
Yehouda aussi, son nom est doublé !
Objection de Rava. Dans la bénédiction de Moché, Yehouda aussi est nommé deux fois. S'il était fort, le doublement ne désigne pas les faibles.
Il lui dit : c'est pour sa propre affaire qu'il a été doublé. Car Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonathan : que signifie ce qui est écrit : "Que Reouven vive et qu'il ne meure pas, et que ses hommes soient en nombre", puis : "Et ceci pour Yehouda" ?
Le doublement de Yehouda n'est pas celui des cinq faibles. Lémiltateih hou de-ikpal : il est doublé pour son propre sujet. La question porte sur la suite des versets : la bénédiction de Reouven est aussitôt suivie de "et ceci pour Yehouda".
Toutes ces quarante années qu'Israël fut dans le désert, les ossements de Yehouda roulaient dans le cercueil, jusqu'à ce que Moché vienne et demande miséricorde. Il dit devant Lui : Maître du monde, qui a amené Reouven à avouer ?
Yehouda.
Pendant quarante ans, les os de Yehouda sont megoulgalin ba-aron, ils roulent dans le cercueil, sans tenir ensemble. Rachi : c'est le nidoui de sa parole à Yaakov, "j'aurai fauté envers toi tous les jours". Makot 11b : la malédiction d'un sage vient même si elle était conditionnelle, et même une fois la condition remplie.
Moché demande miséricorde. Le mérite de Yehouda : il a avoué pour Tamar, et cet aveu a fait avouer Reouven. Rachi cite le Tan'houma. Tossefot : Reouven était déjà revenu de sa faute avant l'affaire de Tamar. L'aveu public, lui, attend l'aveu de Yehouda.
Aussitôt : "Écoute, Hachem, la voix de Yehouda." Ses membres entrèrent dans leurs emboîtures (lechafa). On ne le faisait pas monter à la yechiva du firmament : "et vers son peuple Tu l'amèneras." Il ne savait pas ce que disaient les Sages, ni prendre et peiner avec les Sages : "ses mains combattront pour lui." La tradition (chemata) ne lui montait pas selon la halakha : "et une aide contre ses adversaires Tu seras."
Le verset de la bénédiction est lu membre par membre. Chema Hachem kol Yehouda : les os entrent dans leurs emboîtures. Rachi rapproche lechafa de "il a glissé de sa place", Houlin 42b.
Puis trois manques, et trois suites du verset. On ne le fait pas monter à la metivta de-rakia : "vers son peuple Tu l'amèneras". Il ne suit pas ce que disent les Sages : "ses mains combattront pour lui". Sa chemata ne sort pas aliba de-hilkheta : "une aide contre ses adversaires Tu seras".
Rava dit à Rabba bar Mari : d'où vient cette parole que les gens disent : derrière le pauvre marche la pauvreté ? Il lui dit : car nous avons appris : les riches apportent les prémices (bikourim) dans des corbeilles d'or et d'argent, et les pauvres dans des paniers d'osier de saule écorcé.
Les paniers et les prémices sont donnés aux cohanim. Il lui dit : toi, tu le dis de là-bas, et moi, je le dis d'ici :
Dernière question de l'amoud. Le proverbe : batar anya azla aniyouta, la pauvreté suit le pauvre. La michna des bikourim : le riche apporte une corbeille d'or ou d'argent, qu'il reprend. Le pauvre apporte un panier de netsarim, tiges de saule écorcé, et le panier reste au cohen avec les fruits.
Rava annonce une preuve depuis la Torah. Le verset est sur 92b. L'amoud s'arrête sur "moi, je le dis d'ici".
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).