Sougya : Ouverture du chapitre HaGozel. Le voleur qui a changé l'objet paie sa valeur à l'heure du vol et garde l'objet transformé : ustensiles, vêtements, veau, tonte.
La Guemara cherche quel shinouï acquiert. Abaye lit dans la michna un changement réversible, de rang rabbinique, et à plus forte raison le changement irréversible de la Torah.
Rav Ashi lit déjà dans la michna l'irréversible : pilons et feutre. Le blanchiment est ensuite confronté à la reshit ha-gez : Abaye, Rava et Rabbi Hiya bar Avin séparent les cas.
La teinture s'ôte au savon, sauf le kala ilan. Abaye liste cinq tannaim pour qui le changement laisse le statut en place.
La page s'ouvre sur l'etnan et s'arrête chez Gouryon.
Michna. Celui qui vole du bois et en fait des ustensiles, de la laine et en fait des vêtements, paie selon le moment du vol.
Ouverture du chapitre HaGozel. Le gazlan (voleur) qui a opéré un shinouï garde l'objet transformé et paie la valeur de l'heure du vol. Rachi : il a acquis par le changement, il ne rend pas les ustensiles ni les vêtements.
Tossefot placent déjà les trois lectures de la page. Abaye voit ici un shinouï de-rabbanan, réversible. Rav Ashi n'y voit que l'irréversible. Rabba, pour qui le retour à l'état premier est déjà de-oraita, lirait la michna comme un élargissement : même des planches qu'on peut démonter acquièrent. La baraïta, elle, apprend que le rabot ou le blanchiment comptent sans qu'on ait fabriqué un ustensile.
S'il a volé une vache pleine et qu'elle a mis bas, une brebis chargée de laine et qu'il l'a tondue, il paie la valeur d'une vache prête à mettre bas, et la valeur d'une brebis prête à être tondue.
L'animal était déjà me'ouberet (pleine) ou te'ouna (chargée de laine) au moment du vol. Le paiement suit cette valeur-là : vache prête à veau, brebis prête à la tonte. Rachi laisse au voleur le surplus du petit et de la giza (tonte), acquis par le changement que sont la mise bas et la tonte.
Tossefot donnent au voleur toute la shevah (plus-value) courue jusqu'à la naissance.
S'il a volé une vache, qu'elle est devenue pleine chez lui et qu'elle a mis bas, une brebis, qu'elle s'est chargée de laine chez lui et qu'il l'a tondue, il paie selon le moment du vol. Voici la règle : tous les voleurs paient selon le moment du vol.
Ici la gestation et la toison commencent etslo, chez le voleur. Il paie l'animal tel qu'il était à l'heure du vol : vache vide, brebis sans cette laine. Le kelal ferme la michna : tout gazlan paie ke-shaat ha-gezéla.
Guemara. On dit : du bois et il en a fait des ustensiles, oui ; il les a rabotés, non.
De la laine et il en a fait des vêtements, oui ; il l'a blanchie, non.
Diyouk de la michna. Elle n'a nommé que l'ustensile et le vêtement. On en tire : assan kelim, oui, le shinouï acquiert ; shipan, le rabotage seul, non. De même liboun, le blanchiment seul, non. Rachi prépare le mot de la baraïta : shipouï pour le bois, sétita pour la pierre, les deux lissent.
On objecte : s'il a volé du bois et l'a raboté, des pierres et les a taillées, de la laine et l'a blanchie, du lin et l'a nettoyé, il paie selon le moment du vol.
Baraïta en sens inverse du diyouk. Le rabot, la taille des pierres, le liboun et le nettoyage du lin suffisent : on paie comme à l'heure du vol, donc ces travaux acquièrent. Le texte imprimé porte (וליבנן), corrigé en [וליבנו] : il a blanchi la laine.
Rachi serre la question. Pour creuser un ustensile il faut d'abord raboter, et pour filer il faut d'abord blanchir. Si le rabot et le blanchiment acquièrent déjà, la michna n'avait pas à aller jusqu'à l'ustensile et au vêtement.
Abaye dit : notre tanna enseigne un shinouï de-rabbanan, qui revient, et à plus forte raison un shinouï de-oraita.
Abaye lève la tension. La michna enseigne le cas léger, shinouï de-rabbanan, de-hadar : on peut revenir en arrière. Le kal va-homer couvre le shinouï de-oraita, irréversible, celui de la baraïta.
Rachi donne la source du verset, Vayikra 5. "Ce qu'il a volé" : on rend l'objet s'il est encore ke-ein she-gazal, dans l'état du vol. Après shinouï, on paie la valeur. Le détail des planches vient dans le segment suivant.
Du bois et il en a fait des ustensiles : avec du bois déjà raboté. Et qu'est-ce ?
Des planches. C'est un changement qui revient à son état premier : s'il veut, il les démonte.
De la laine et il en a fait des vêtements : avec de la laine déjà filée. C'est un changement qui revient à son état premier : s'il veut, il le défait.
Et à plus forte raison un shinouï de-oraita.
Précision d'Abaye. Les "ustensiles" de la michna sont des nésarim (planches) déjà rabotés, seulement assemblés : mashlif, il les démonte. Les "vêtements" sont de la laine déjà tavouï (filée), tissée : satar, il défait le tissu. Le changement revient à beriato, son état premier, et il acquiert tout de même.
Et le tanna de la baraïta enseigne un shinouï de-oraita, et il n'enseigne pas un shinouï de-rabbanan.
Fin de la réponse d'Abaye. La baraïta ne parle que du changement de rang torahique. Elle laisse de côté le changement réversible. Il reste possible, dans sa bouche, que ce changement-là n'acquière pas.
Rav Ashi dit : notre tanna enseigne lui aussi un shinouï de-oraita. Du bois et il en a fait des ustensiles : des pilons (boukhanéi), ce qui revient à les avoir rabotés.
De la laine et il en a fait des vêtements : du feutre (namtéi), ce qui est un changement qui ne revient pas.
Rav Ashi refuse de lire un shinouï réversible dans la michna. Les ustensiles sont des boukhanéi, des pilons taillés dans le bois : c'est le rabotage lui-même, sans creuser. Les vêtements sont des namtéi, du feutre : les brins ne redeviennent plus des brins. Changement qui lo hadar, ne revient pas.
Tossefot limitent : le rabotage compte quand le nom change, pilon ou planches. Palmier coupé, ou poutres encore dites "de palmier" : le voleur n'acquiert pas. Poutres devenues solives : il acquiert.
Et le blanchiment, est-ce un shinouï ? On objecte : s'il n'a pas eu le temps de le lui donner avant de l'avoir teint, il est exempt.
S'il l'a blanchi et ne l'a pas teint, il est tenu.
La baraïta du vol traite le liboun comme un shinouï. La michna de Houlin sur la reshit ha-gez (première tonte due au kohen) va dans l'autre sens. Teinture avant le don : patour, la laine a changé, le kohen n'a plus de droit sur elle. Blanchie et non teinte : hayav, il doit encore la donner. Le blanchiment, là, laisse la laine à sa place.
Rachi : l'exemption de la teinture va sans paiement d'argent. La laine n'était pas encore dans la main du kohen, le vol envers lui n'est pas formé.
Abaye dit : cela ne fait pas difficulté. Ici, Rabbi Chimon ; là, les Sages.
Car on enseigne : s'il l'a tondu, filé et tissé, cela ne se joint pas. S'il l'a blanchi, Rabbi Chimon dit : cela ne se joint pas ; et les Sages disent : cela se joint.
Mitstaref : les tontes se joignent pour atteindre le shiour de la reshit ha-gez, cinq brebis à une mané et demie chacune. Si le travail est un shinouï, cette part ne se joint plus aux autres.
Abaye répartit. La baraïta du vol, où le blanchiment acquiert, suit Rabbi Chimon : laine blanchie, elle ne se joint pas. La michna de Houlin, où le blanchi reste du, suit les Hakhamim : elle se joint. Filé et tissé : les deux avis laissent la laine hors du compte.
Tossefot : citer le tissage après le filage semble de trop, le filage ayant déjà changé la laine. Réponse : arikha vise ici des tikhéi, nappes expliquées en 119b, dont le travail ne passe pas par ce filage.
Rava dit : l'un et l'autre sont Rabbi Chimon, et cela ne fait pas difficulté. Ici, il a ouvert la laine à la main ; là, il l'a cardée au peigne.
Rava garde un seul avis, celui de Rabbi Chimon, et sépare le travail d'avant le bain. Nipouts : on ébouriffe les brins à la main, le blanchiment prend mal, le changement reste faible. C'est le cas où la laine blanchie reste due au kohen. Sirkouk : on carde au peigne, le blanchiment prend, le shinouï compte. C'est le cas du voleur qui paie comme à l'heure du vol.
Rabbi Hiya bar Avin dit : ici, il l'a blanchie ; là, il l'a soufrée.
Troisième partage. Hivour : on blanchit seulement. Kavra : on passe au soufre, Rachi : au soufre, pour un blanc plus fort. Tossefot lisent kouvria, le même procédé.
Dans la leçon courante, les deux cas valent le-khoula alma, pour tous : le blanc simple laisse la laine sans shinouï, le soufre en fait un. Rava refuse cette voie, parce qu'il classe le soufre parmi les teintures. Le cardage reste le point où Rabbi Chimon et les Sages se séparent.
Maintenant, on peut dire : la teinture, pour Rabbi Chimon, reste sans shinouï ; le blanchiment serait un shinouï ? Car on enseigne : s'il a tondu l'une après l'autre et l'a teinte, l'une après l'autre et l'a filée, l'une après l'autre et l'a tissée, cela ne se joint pas.
Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon : s'il l'a teinte, cela se joint.
Question sur Rabbi Chimon. Si, de son avis, la tseva (teinture) laisse la laine se joindre, donc sans shinouï, comment le liboun, travail moindre, serait-il un shinouï ? La baraïta : tonte rishon rishon, bête après bête, puis teinture, filage ou tissage, les parts ne se joignent pas. Rabbi Chimon ben Yehouda au nom de Rabbi Chimon : la teinte se joint encore.
Rachi : à chaque tonte il changeait déjà cette part, à part des suivantes. Tossefot notent que l'objection vise surtout la réponse de Rava, qui met les deux textes au compte de Rabbi Chimon.
Abaye dit : cela ne fait pas difficulté. Ici, les Sages au nom de Rabbi Chimon ; là, Rabbi Chimon ben Yehouda au nom de Rabbi Chimon.
Deux transmissions de Rabbi Chimon. Rabbanan aliba de-Rabbi Chimon : la laine blanchie ne se joint pas, le liboun est un shinouï. Rabbi Chimon ben Yehouda aliba de-Rabbi Chimon : même teinte, la laine se joint, la teinture laisse le statut en place. On ne charge pas un seul rapport des deux phrases.
Rava dit : en vérité, les Sages ne contestent pas Rabbi Chimon ben Yehouda. Et la teinture est à part, puisqu'on peut l'ôter au moyen de tsafon (savon).
Et lorsque là-bas on enseigne : s'il n'a pas eu le temps de le lui donner avant de l'avoir teint, il est exempt, et qu'on l'a établi selon l'avis de tous, il s'agit de kala ilan, qui ne part pas.
Rava garde l'accord des Sages avec Rabbi Chimon ben Yehouda : la teinture ordinaire s'enlève au tsafon, le savon, donc elle revient, et la laine se joint. L'exemption de Houlin, "il a teint, il est exempt", vaut ke-divrei ha-kol, selon tous, et vise le kala ilan, teinture proche du tekhelet, qui ne part pas.
Tossefot comparent les poids. Pour Rabbi Chimon, l'irréversible (liboun) l'emporte sur une teinture qu'on lave. Pour les Sages, l'ampleur du changement de couleur l'emporte sur un blanc qui tient.
Abaye dit : Rabbi Chimon ben Yehouda, Beit Chamaï, Rabbi Eliezer ben Yaakov, Rabbi Chimon ben Elazar et Rabbi Yichmael, tous tiennent que le shinouï reste à sa place. Rabbi Chimon ben Yehouda : c'est ce que nous avons dit.
Liste d'Abaye. Cinq tannaim tiennent shinouï be-mekomo omed : après le changement, l'objet garde le statut qu'il avait. Rachi : il demeure dans le reshut des premiers propriétaires.
Le premier est prouvé par ce qui précède : pour Rabbi Chimon ben Yehouda au nom de Rabbi Chimon, la laine teinte se joint encore à la reshit ha-gez. Tossefot : il admet pourtant que filage et tissage sont un vrai shinouï. La liste vise une même ligne, pas un cas unique. Les quatre autres preuves commencent ici pour Beit Chamaï, et continuent après cet amoud.
Beit Chamaï, d'où cela ? Car on enseigne : s'il lui a donné du blé en etnan (salaire), et qu'elle en a fait de la fleur de farine ; des olives, et qu'elle en a fait de l'huile ; des raisins, et qu'elle en a fait du vin.
Une baraïta enseigne : c'est interdit. Et une autre enseigne : c'est permis.
Et Rav Yossef dit : Gouryon a enseigné.
Preuve de Beit Chamaï, ouverte et non finie sur cet amoud. Un homme donne à une femme, en etnan, du blé, des olives ou des raisins. Elle en fait de la solet (fleur de farine), de l'huile ou du vin. Une baraïta interdit de les monter à l'autel, une autre le permet. Rachi glose "interdit" : là-mizbeah.
Rav Yossef attribue l'enseignement à Gouryon. La phrase s'arrête ici.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).