Sougya : Suite de 93b. Abaye rangé cinq tannaïm pour qui le chinoui (changement) reste en place : le bien changé ne sort pas de son statut.
Beit Chammai interdit à l'autel l'etnan devenu farine, huile ou vin ; Beit Hillel permet. Rabbi Eliezer ben Yaakov : bénir sur la halla d'un blé ravi est un outrage.
Rabbi Chimon ben Elazar laisse au gazlan le chevah, et le rendu tel quel si la bête à maigri, par takanat ha-chavim. Rabbi Yichmael maintient la péa jusqu'à la pâte.
Rava limite chaque preuve à son cas. Chmouel tranche comme Rabbi Chimon ben Elazar, tandis qu'un autre énoncé refuse l'estimation au ganav et au gazlan.
Rava accorde les deux par l'amaigrissement réversible ou non. Abaye transmet Chmouel autrement ; la version continue en 94b.
d'Asporak : Beit Chammai interdisent, et Beit Hillel permettent. Quelle est la raison de Beit Chammai ?
Le verset dit : "aussi tous les deux" (gam chneihem), pour inclure leurs changements. Et Beit Hillel : le verset dit : "eux" (hem), et non leurs changements.
Fin de la citation ouverte en 93b. On a donné à une prostituée du blé en etnan (salaire), elle en a fait de la fleur de farine ; des olives, de l'huile ; des raisins, du vin. Une baraita interdit ces produits pour l'autel, une autre les permet. Rav Yossef : Gouryon d'Asporak enseigne que Beit Chammai interdit et Beit Hillel permet.
Devarim 23, 19. Gam ("aussi") est un ribboui : il inclut l'etnan après chinoui (changement de forme). Hem ("eux") est un miout : il exclut le chinoui. Beit Chammai maintient l'interdit malgré le changement. Beit Hillel : le changement sort de l'interdit.
Et Beit Chammai : "eux" est pourtant écrit ! Ce mot lui est nécessaire : "eux", et non leurs petits.
Et Beit Hillel : tu en apprends deux choses. "Eux", et non leurs changements ; "eux", et non leurs petits.
Beit Chammai doit rendre compte du mot hem. Il le réserve aux veladot, les petits nés ensuite : l'interdit ne passe pas à eux. Beit Hillel tire du même mot les deux exclusions : ni le changement, ni les petits.
Et Beit Hillel aussi : "aussi" est pourtant écrit ! "Aussi" (gam) est une difficulté pour Beit Hillel.
Beit Hillel doit rendre compte de gam, mot qui inclut. La Guemara laisse la difficulté ouverte.
Rabbi Eliezer ben Yaakov, qu'est-ce ?
Abaye, en 93b, a rangé cinq tannaïm sous un même principe : chinoui bimkomo omed, le changement reste en place. Après Rabbi Chimon ben Yehouda et Beit Chammai, la Guemara demande la source de Rabbi Eliezer ben Yaakov.
Car on enseigne dans une baraita : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : voici un homme qui a ravi un séa de blé, l'a moulu, l'a pétri, l'a cuit, et en a prélevé la halla. Comment bénit-il ?
Sa bénédiction est un outrage. Et à son sujet il est dit : "Le ravisseur qui bénit outrage Hachem."
Le blé ravi a passé par la meule, le pétrin et le four. Le ravisseur en prélève la halla (part de la pâte) et bénit. Rabbi Eliezer ben Yaakov lit le verset des Tehilim (10, 3) sur ce ravisseur : la bénédiction est un outrage. Malgré la chaîne de changements, le blé reste un bien ravi.
Rachi : botsea désigne celui qui s'empare d'un gain, comme en Michlei 1, 19. Tossefot : l'obligation de halla commence au gilgul. Nommer la cuisson enseigne que l'outrage demeure après tous les chinouim. Autre lecture : un blé qui n'était pas pâte au départ ne devient tenu à la halla qu'après cuisson.
Rabbi Chimon ben Elazar, qu'est-ce ? Car on enseigne dans une baraita : Rabbi Chimon ben Elazar a énoncé cette règle : toute plus-value dont le gazlan a fait profiter le bien, sa main a le dessus.
S'il veut, il prend sa plus-value ; s'il veut, il lui dit : "voici le tien devant toi."
Chevah : la plus-value produite par le gazlan (ravisseur). Yado al ha-elyona : le choix lui revient. Ou il se fait payer le chevah en rendant la bête, ou il la rend en disant "voici le tien devant toi".
Que dit-il ? Rav Chechet dit : voici ce qu'il dit.
S'il l'a amélioré, il prend sa plus-value. Si le bien à maigri, il lui dit : "voici le tien devant toi." Car le changement reste en place (chinoui bimkomo omed).
La formule "voici le tien devant toi" ne sert pas à réclamer une plus-value. Rav Chechet lit donc la baraita sur deux cas. Amélioration : il prend son chevah. Amaigrissement (kachash) : il rend la bête dans l'état où elle est. Principe : le chinoui ne fait pas acquérir.
S'il en est ainsi, même lorsqu'il l'a amélioré ! On répond : à cause de l'ordonnance pour ceux qui reviennent (takanat ha-chavim).
Si le gazlan n'a pas acquis la bête, la plus-value aussi devrait rester au propriétaire. Les Sages ont institué la takanat ha-chavim : on lui rembourse le chevah, afin qu'il accepte de restituer.
Rabbi Yichmael, qu'est-ce ? Car on enseigne : la mitsva de la péa est de la prélever de la moisson sur pied.
S'il ne l'a pas prélevée de la moisson sur pied, il la prélève des gerbes. S'il ne l'a pas prélevée des gerbes, il la prélève du tas, tant qu'il ne l'a pas aplani.
La péa (coin laissé aux pauvres) se prélève, dans l'ordre, sur la moisson sur pied (kama), puis sur les gerbes (omarim), puis sur le tas (kri), tant qu'on ne l'a pas aplani. Le blé a changé d'état, l'obligation demeure. Rachi : le verset est "tu n'achèveras pas le coin de ton champ" (Vayikra 19, 9).
Tossefot relie cela à Temoura 6a. Abaye : ce que le Miséricordieux a interdit, si on l'a fait, l'acte tient. Sans le taazov ("tu laisseras") écrit en surplus, transgresser "tu n'achèveras pas" aurait dispensé de la péa sur les gerbes. Rava : l'acte interdit ne tient pas. Sans le verset en surplus, on prélève déjà des gerbes. Le surplus sert à celui qui abandonne sa vigne, ou, si Rabbi Yichmael tient que le chinoui acquiert, à la pâte.
S'il l'a aplani, il prélève la dîme et la lui donne. Au nom de Rabbi Yichmael on a dit : il prélève même de la pâte et la lui donne.
Miruah : aplanir le tas à la pelle. C'est la fin du travail qui fixe le grain pour le maasser (dîme). On prélève d'abord les dîmes, puis on donne la péa, pour que le pauvre reçoive un grain déjà dîmé. Avant le miruah, leket, chikheha et péa restent de l'hefker, exempts de dîme.
Rabbi Yichmael va jusqu'à la pâte (issa). Le tanna kama s'arrête : la pâte est un chinoui qui fait acquérir, et le bien n'a plus de réclamant. Jusque-là, battre le grain n'est pas un chinoui : cela reste un aliment. Tossefot : même avec la berera, tant que la péa n'est pas désignée, tout le tas est entré dans l'obligation de dîme.
Rav Papa dit à Abaye : tous ces tannaïm se seraient-ils donné tant de peine pour nous enseigner comme Beit Chammai ? Il lui dit : voici ce qu'ils disent.
Beit Chammai et Beit Hillel n'ont pas divergé sur ce point.
La halakha suit Beit Hillel. Rav Papa : ces tannaïm auraient peiné (ikhpal) pour un avis non retenu. Abaye : ils disent que, sur le chinoui, Beit Hillel lui-même tient que le changement reste en place. La mahloket de l'etnan ne décide pas le principe.
Rava dit : d'où cela ? Peut-être Rabbi Chimon ben Yehouda n'a-t-il dit cela, là-bas, qu'au sujet de la teinture, puisqu'on peut l'enlever au moyen de savon (tzafon).
Rava refuse de tirer un seul principe des cinq enseignements. Chacun peut s'expliquer par sa raison locale. Rabbi Chimon ben Yehouda, en 93b, parle de la laine de la réchit ha-gez que l'on teint. La teinture s'ôte au tzafon (savon). Un changement qu'on défait ne prouve pas que tout chinoui reste en place.
Et Beit Chammai n'ont dit cela, là-bas, qu'à l'égard du Ciel (lagavoah), parce que la chose est devenue répugnante.
Beit Chammai ne parle que de l'offrande. L'etnan est devenu maous (répugnant) pour l'autel. L'interdit peut donc survivre au changement sans donner une règle pour le bien d'un particulier.
Et Rabbi Eliezer ben Yaakov n'a dit cela, là-bas, qu'au sujet de la bénédiction, parce que c'est une mitsva qui vient par une transgression.
Rabbi Eliezer ben Yaakov ne vise que la berakha. Bénir sur un bien ravi est une mitsva habaa be-aveira, une mitsva accomplie au moyen d'une transgression. Cela ne règle pas encore le paiement du bien changé.
Et Rabbi Chimon ben Elazar n'a dit cela, là-bas, qu'au sujet d'un amaigrissement qui revient (hakh'hacha de-hadar).
Hakh'hacha de-hadar : un amaigrissement réversible. On engraisse la bête, elle retrouve son état. Rava : Rabbi Chimon ben Elazar ne parle que de ce cas. Un amaigrissement qui ne revient pas peut, lui, être un chinoui qui acquiert.
Et Rabbi Yichmael n'a dit cela, là-bas, qu'au sujet de la péa, parce qu'il est écrit "tu laisseras" en surplus. Et si tu dis : qu'on l'apprenne de là, les dons aux pauvres sont à part.
La péa de Rabbi Yichmael repose sur un taazov yateira : "tu laisseras" est écrit une fois de trop, en Vayikra 19 et en Vayikra 23. Le surplus maintient l'obligation après le changement. On n'étend pas cela aux autres domaines : les matanot aniyim (dons aux pauvres) ont leur verset propre.
Comme la question de Rabbi Yonathan. Car Rabbi Yonathan a demandé : quelle est la raison de Rabbi Yichmael ?
Parce qu'il tient qu'un changement n'acquiert pas ? Ou bien, en général, il tient qu'un changement acquiert, et ici c'est parce qu'il est écrit "tu laisseras" en surplus ?
Rabbi Yonathan laisse Rabbi Yichmael en suspens. Ou bien son principe est chinoui eino koneh : le changement n'acquiert pas. Ou bien, en général, le chinoui acquiert, et seule la péa est maintenue par le verset en surplus.
Et si l'on conclut que la raison de Rabbi Yichmael est qu'il tient qu'un changement n'acquiert pas, pourquoi ai-je besoin du "tu laisseras" en surplus que le Miséricordieux a écrit ? Et encore, pour les Sages, pourquoi ai-je besoin du "tu laisseras" en surplus que le Miséricordieux a écrit ?
Si Rabbi Yichmael tient déjà que le changement n'acquiert pas, le verset en surplus n'a plus à enseigner la péa sur la pâte. Rachi situe les deux "tu laisseras" : Vayikra 19 (Kedochim) et le second passage, près de "un bœuf ou un agneau" (Vayikra 23, 22). Selon les Sages, qui refusent la péa sur la pâte, le surplus doit servir à un autre cas. La suite le donne.
Il est nécessaire pour ce qu'on enseigne : celui qui déclare sa vigne abandonnée (hefker), se lève de bon matin et la vendange, est tenu au peret, aux olelot, à la chikheha et à la péa, et il est exempt de la dîme.
Le surplus vise celui qui a rendu sa vigne hefker, puis l'a vendangée lui-même avant les pauvres. Il reste tenu aux quatre dons de la vigne : peret (grains isolés), olelot (petites grappes), chikheha (oubli), péa. Il est exempt de la dîme : le hefker n'est pas soumis au maasser. "Ton champ", "ta vigne" auraient emporté l'exemption des dons ; le taazov en surplus le maintient tenu.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Chimon ben Elazar.
Retour au paiement du bien ravi. Chmouel fixe la halakha comme Rabbi Chimon ben Elazar : le gazlan rend la bête dans l'état où elle se trouve.
Et Chmouel a-t-il dit cela ? Or Chmouel a dit : on n'estime ni pour le ganav ni pour le gazlan, seulement pour les dommages.
Autre énoncé de Chmouel, Bava Kamma 11a. Pour les nezikin (dommages), on fait la chouma (estimation) de la charogne, et l'auteur du dommage complète. Pour le ganav (voleur) et le gazlan (ravisseur), on n'estime pas : la bête morte ou maigrie reste à eux, ils paient une bête entière. Ce second énoncé suppose que le chinoui leur a fait acquérir l'animal.
Selon Rava, qui a dit : lorsque Rabbi Chimon ben Elazar a parlé là-bas, c'était d'un amaigrissement qui revient, il n'y a pas de difficulté. Quand on dit que la halakha est comme Rabbi Chimon ben Elazar, et que le changement reste en place, c'est pour un amaigrissement qui revient.
Et quand Chmouel a dit là-bas : on n'estime ni pour le ganav ni pour le gazlan, seulement pour les dommages, c'est pour un amaigrissement qui ne revient pas.
Rava avait limité Rabbi Chimon ben Elazar à l'hakh'hacha de-hadar. Chmouel peut donc suivre les deux paroles. Halakha comme Rabbi Chimon ben Elazar quand l'amaigrissement revient : on rend la bête telle quelle. Pas d'estimation au ganav ni au gazlan quand l'amaigrissement ne revient pas (de-lo hadar) : mort de la bête, ou patte cassée.
Mais selon Abaye, qui a dit : lorsque Rabbi Chimon ben Elazar a parlé, il a parlé d'un amaigrissement qui ne revient pas, que dire ?
Abaye lit Rabbi Chimon ben Elazar même sur un amaigrissement irréversible. Les deux énoncés de Chmouel restent alors en conflit : rendre tel quel, et payer une bête entière.
Abaye l'enseigne ainsi. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel :
Abaye ne reçoit pas l'énoncé "la halakha est comme Rabbi Chimon ben Elazar" sous la forme citée. Il transmet autrement la parole de Rav Yehouda au nom de Chmouel. La version continue sur 94b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).