Bava Kamma 94a - Le chinoui reste en place

Bava_Kamma 94a

Sougya : Suite de 93b. Abaye rangé cinq tannaïm pour qui le chinoui (changement) reste en place : le bien changé ne sort pas de son statut.

Beit Chammai interdit à l'autel l'etnan devenu farine, huile ou vin ; Beit Hillel permet. Rabbi Eliezer ben Yaakov : bénir sur la halla d'un blé ravi est un outrage.

Rabbi Chimon ben Elazar laisse au gazlan le chevah, et le rendu tel quel si la bête à maigri, par takanat ha-chavim. Rabbi Yichmael maintient la péa jusqu'à la pâte.

Rava limite chaque preuve à son cas. Chmouel tranche comme Rabbi Chimon ben Elazar, tandis qu'un autre énoncé refuse l'estimation au ganav et au gazlan.

Rava accorde les deux par l'amaigrissement réversible ou non. Abaye transmet Chmouel autrement ; la version continue en 94b.

Cinq preuves, cinq limites Abaye : le chinoui reste en place. Rava : chaque avis a sa raison locale. Tanna Ce qu'il enseigne Limite de Rava R. Chimon ben Yehouda Laine de la réchit ha-gez teinte : elle entre encore dans le compte. La teinture s'ôte au savon (tzafon). Changement qu'on défait. Beit Chammai Etnan devenu farine, huile ou vin : interdit sur l'autel. Seulement pour le Ciel (lagavoah). La chose est devenue répugnante. R. Eliezer ben Yaakov Blé ravi, moulu, pétri, cuit. La bénédiction sur la hallà oùtrage. Seulement la bénédiction. Mitsva venue par une transgression. R. Chimon ben Elazar Bête améliorée ou maigrie : elle reste au propriétaire. Seulement un amaigrissement qui revient, en engraissant. R. Yichmael Pea maintenue jusqu'à la pâte. "Tu laisseras" écrit en surplus. Les dons aux pauvres sont à part.
Les cinq tannaïm d'Abaye, et la limite que Rava pose à chacun.
Où prélever la péa Si l'étape est manquée, on passe à la suivante. Le miruah change le régime. 1. Sur pied (kama) Mitsva de départ s'il ne l'a pas fait 2. Gerbes (omarim) 3. Tas (kri), avant miruah 4. Tas aplani (miruah) Dîme d'abord, puis péa au pauvre. Le grain est fixé pour le maaser. 5. Pâte (issa) Rabbi Yichmael : on prélève encore. Tanna kama : le chinoui a acquis. Bien sans réclamant.
Parcours de la péa : sur pied, gerbes, tas, miruah, pâte.
Deux paroles de Chmouel Rava les sépare par l'amaigrissement. Abaye les laisse en conflit. Halakha comme R. Chimon b. Elazar La bête maigrie est rendue telle quelle. Chinoui bimkomo omed : le changement reste en place. Le gazlan n'a pas acquis On n'estime pas Ni pour le ganav, ni pour le gazlan. La charogne reste à eux. Ils paient une bête entière. Le chinoui a acquis Rava À gauche : amaigrissement qui revient. À droite : mort, patte cassée. Les deux paroles tiennent ensemble. Abaye R. Chimon vise aussi l'irréversible. Les deux paroles se heurtent. Il transmet Chmouel autrement (94b). Pour les nezikin, on estime : la charogne est comptée à la victime, et l'auteur du dommage complète.
Deux paroles de Chmouel. Rava les sépare. Abaye les laisse en conflit.
1
דמאספורק: בית שמאי אוסרין, ובית הלל מתירין. מאי טעמיה דבית שמאי? אמר קרא: ״גם שניהם״ – לרבות שינוייהם. ובית הלל – אמר קרא: ״הם״ – ולא שינוייהם.

d'Asporak : Beit Chammai interdisent, et Beit Hillel permettent. Quelle est la raison de Beit Chammai ?

Le verset dit : "aussi tous les deux" (gam chneihem), pour inclure leurs changements. Et Beit Hillel : le verset dit : "eux" (hem), et non leurs changements.

📜 Rachi (1)
מאספורק שם מקום:
Nom d'un lieu.
💡 Explication

Fin de la citation ouverte en 93b. On a donné à une prostituée du blé en etnan (salaire), elle en a fait de la fleur de farine ; des olives, de l'huile ; des raisins, du vin. Une baraita interdit ces produits pour l'autel, une autre les permet. Rav Yossef : Gouryon d'Asporak enseigne que Beit Chammai interdit et Beit Hillel permet.

Devarim 23, 19. Gam ("aussi") est un ribboui : il inclut l'etnan après chinoui (changement de forme). Hem ("eux") est un miout : il exclut le chinoui. Beit Chammai maintient l'interdit malgré le changement. Beit Hillel : le changement sort de l'interdit.

🖼️ Schéma
Gam inclut, hem exclut Etnan déjà changé en farine, huile ou vin. Devarim 23, 19. Beit Chammai "Aussi tous les deux" (gam) inclut le chinoui. Interdit à l'autel "Eux" (hem) sert aux petits : les veladot restent hors de l'interdit. Beit Hillel "Eux" (hem) exclut deux choses. Ni le chinoui, ni les petits. Permis à l'autel Le mot "aussi" (gam) reste une difficulté pour eux.
Gam inclut le chinoui pour Beit Chammai. Hem l'exclut pour Beit Hillel, et sert aussi pour les petits.
2
ובית שמאי, הא כתיב ״הם״! ההוא מיבעי ליה ״הם״ – ולא ולדותיהם. ובית הלל – תרתי שמעת מינה. ״הם״ ולא שינוייהם, ״הם״ ולא ולדותיהם.

Et Beit Chammai : "eux" est pourtant écrit ! Ce mot lui est nécessaire : "eux", et non leurs petits.

Et Beit Hillel : tu en apprends deux choses. "Eux", et non leurs changements ; "eux", et non leurs petits.

💡 Explication

Beit Chammai doit rendre compte du mot hem. Il le réserve aux veladot, les petits nés ensuite : l'interdit ne passe pas à eux. Beit Hillel tire du même mot les deux exclusions : ni le changement, ni les petits.

3
ובית הלל נמי, הכתיב: ״גם״! ״גם״ לבית הלל קשיא.

Et Beit Hillel aussi : "aussi" est pourtant écrit ! "Aussi" (gam) est une difficulté pour Beit Hillel.

💡 Explication

Beit Hillel doit rendre compte de gam, mot qui inclut. La Guemara laisse la difficulté ouverte.

4
רבי אליעזר בן יעקב מאי היא?

Rabbi Eliezer ben Yaakov, qu'est-ce ?

💡 Explication

Abaye, en 93b, a rangé cinq tannaïm sous un même principe : chinoui bimkomo omed, le changement reste en place. Après Rabbi Chimon ben Yehouda et Beit Chammai, la Guemara demande la source de Rabbi Eliezer ben Yaakov.

5
דתניא, רבי אליעזר בן יעקב אומר: הרי שגזל סאה של חטין, טחנה, לשה ואפאה, והפריש ממנה חלה, כיצד מברך? אין זה מברך אלא מנאץ! ועל זה נאמר: ״בצע ברך נאץ ה׳״.

Car on enseigne dans une baraita : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : voici un homme qui a ravi un séa de blé, l'a moulu, l'a pétri, l'a cuit, et en a prélevé la halla. Comment bénit-il ?

Sa bénédiction est un outrage. Et à son sujet il est dit : "Le ravisseur qui bénit outrage Hachem."

📜 Rachi (1)
בוצע ברך גוזל ומברך בוצע כמו כל בוצע בצע (משלי א׳:י״ט):
Il ravit et il bénit. Botsea, comme dans "tout botséa batza" (Michlei 1, 19).
🗂️ Tossefot (1)
ואפאה (והרים) [והפריש ממנה חלה משעת גלגול מתחייב בחלה אלא רבותא קמ"ל דאע"פ שעשה כל השינויים הללו אין אלא מנאץ א"נ משום דהיכא דאין תחילתו עיסה אין מתחייב בחלה עד אחר אפייה נקטה הכי:
Et il l'a cuit. Variante : (et il en a prélevé) ; lecture retenue : [et il en a prélevé la halla de celle-ci. Dès l'instant du gilgul (pétrissage) on est tenu à la halla. La nouveauté enseignée est celle-ci : même après tous ces changements, il outrage. Autre explication : là où, au départ, ce n'était pas une pâte, on n'est tenu à la halla qu'après la cuisson. C'est pour cela que la baraita est dite ainsi.
💡 Explication

Le blé ravi a passé par la meule, le pétrin et le four. Le ravisseur en prélève la halla (part de la pâte) et bénit. Rabbi Eliezer ben Yaakov lit le verset des Tehilim (10, 3) sur ce ravisseur : la bénédiction est un outrage. Malgré la chaîne de changements, le blé reste un bien ravi.

Rachi : botsea désigne celui qui s'empare d'un gain, comme en Michlei 1, 19. Tossefot : l'obligation de halla commence au gilgul. Nommer la cuisson enseigne que l'outrage demeure après tous les chinouim. Autre lecture : un blé qui n'était pas pâte au départ ne devient tenu à la halla qu'après cuisson.

🖼️ Schéma
Du blé ravi à la bénédiction Blé ravi Mouture Pâte Cuisson Halla la bénédiction outrage Rabbi Eliezer ben Yaakov : après toute cette chaîne, le blé reste un bien ravi. Tossefot : la halla est due dès le gilgul. La cuisson montre que l'outrage demeure. Autre lecture : un blé qui n'était pas pâte n'est tenu à la halla qu'après cuisson.
Blé ravi, mouture, pâte, cuisson, halla : la bénédiction reste un outrage.
6
רבי שמעון בן אלעזר מאי היא? דתניא, כלל זה אמר רבי שמעון בן אלעזר: כל שבח שהשביח גזלן – ידו על העליונה. רצה נוטל שבחו, רצה אומר לו: ״הרי שלך לפניך״.

Rabbi Chimon ben Elazar, qu'est-ce ? Car on enseigne dans une baraita : Rabbi Chimon ben Elazar a énoncé cette règle : toute plus-value dont le gazlan a fait profiter le bien, sa main a le dessus.

S'il veut, il prend sa plus-value ; s'il veut, il lui dit : "voici le tien devant toi."

💡 Explication

Chevah : la plus-value produite par le gazlan (ravisseur). Yado al ha-elyona : le choix lui revient. Ou il se fait payer le chevah en rendant la bête, ou il la rend en disant "voici le tien devant toi".

7
מאי קאמר? אמר רב ששת, הכי קאמר: השביח – נוטל שבחו. כחש – אומר לו: ״הרי שלך לפניך״, דשינוי במקומו עומד.

Que dit-il ? Rav Chechet dit : voici ce qu'il dit.

S'il l'a amélioré, il prend sa plus-value. Si le bien à maigri, il lui dit : "voici le tien devant toi." Car le changement reste en place (chinoui bimkomo omed).

📜 Rachi (1)
מאי קאמר איירי בשבחה וקתני הרי שלך לפניך והאי לישנא לא שייך למימר אלא בדבר שכיחש מקדמותו שאמר לו טלנו כמות שהוא כחוש:
Que dit-il ? Il traite d'un cas où elle a pris de la valeur, et il enseigne "voici le tien devant toi". Cette tournure ne se dit que d'une chose qui a maigri par rapport à son état d'avant, lorsqu'il lui dit : prends-la telle qu'elle est, maigre.
💡 Explication

La formule "voici le tien devant toi" ne sert pas à réclamer une plus-value. Rav Chechet lit donc la baraita sur deux cas. Amélioration : il prend son chevah. Amaigrissement (kachash) : il rend la bête dans l'état où elle est. Principe : le chinoui ne fait pas acquérir.

8
אי הכי, אפילו השביח נמי! אמרי: מפני תקנת השבים.

S'il en est ainsi, même lorsqu'il l'a amélioré ! On répond : à cause de l'ordonnance pour ceux qui reviennent (takanat ha-chavim).

💡 Explication

Si le gazlan n'a pas acquis la bête, la plus-value aussi devrait rester au propriétaire. Les Sages ont institué la takanat ha-chavim : on lui rembourse le chevah, afin qu'il accepte de restituer.

🖼️ Schéma
Plus-value, amaigrissement, ordonnance Chevah Il a amélioré. Il prend sa plus-value. Takanat ha-chavim Kachash La bête à maigri. "Voici le tien devant toi." Chinoui bimkomo omed Question S'il n'a pas acquis, pourquoi le chevah ? Réponse : les revenants Sans remboursement du chevah, le gazlan garderait la bête. Les Sages lui paient la plus-value pour qu'il restitue.
Chevah remboursé par ordonnance. Kachash : on rend tel quel, le chinoui reste en place.
9
רבי ישמעאל מאי היא? דתניא: מצות פאה – להפריש מן הקמה. לא הפריש מן הקמה – מפריש מן העומרים. לא הפריש מן העומרים – מפריש מן הכרי עד שלא מרחו.

Rabbi Yichmael, qu'est-ce ? Car on enseigne : la mitsva de la péa est de la prélever de la moisson sur pied.

S'il ne l'a pas prélevée de la moisson sur pied, il la prélève des gerbes. S'il ne l'a pas prélevée des gerbes, il la prélève du tas, tant qu'il ne l'a pas aplani.

📜 Rachi (1)
מצות פאה להפריש מן הקמה דכתיב לא תכלה פאת שדך לקצור (ויקרא י״ט:ט׳):
Car il est écrit : "Tu n'achèveras pas le coin de ton champ en moissonnant" (Vayikra 19, 9).
🗂️ Tossefot (1)
לא הפריש מן הקמה יפריש מן העומרים אביי לטעמי' דאמר בריש תמורה (ד' ו. ושם ד"ה אמר) כל דאמר רחמנא לא תעביד אי עביד מהני ומפרש התם דטעמא דיפריש מן העומרים משום תעזוב יתירא דבלא תעזוב יתירא לא היה מיחייב דכיון דעבר על לא תכלה הוה אמינא דאהני ופטור ולהכי אצטריך אביי בשמעתין ע"כ לר' ישמעאל למימר שינוי במקומה עומדת אבל לרבא דאמר התם כל דאמר רחמנא לא תעביד כי עביד לא מהני בלא תעזוב יתירא מפריש מן העומרין ולא מבעי ליה תעזוב יתירא אלא למפקיר כרמו או לרבי ישמעאל אי שינוי קונה אצטריך דמפריש מן העיסה ואם תאמר לאביי דאצטריך תעזוב יתירא לחייב מן העומרים מפקיר כרמו מנליה דחייב בפאה וי"ל דתרתי ש"מ וכן צ"ל לרבא אליבא דרבי ישמעאל אי סבר רבי ישמעאל דשינוי קונה ודריש תעזוב יתירא לחייב מן העיסה אם כן המפקיר כרמו מנליה דמשמע דההיא דרשה אתיא ככ"ע מדדייק בפרק בא סימן (נדה ד' נא. ושם ד"ה מין) דהא דתנן התם כל שחייב בפאה חייב במעשר היינו כל מין שחייב בפאה חייב במעשר דאי לאו הכי הרי מפקיר כרמו דחייב בפאה ופטור מן המעשר ומאי ראיה היא דלמא מתני' כרבי ישמעאל דמוקי תעזוב יתירא לחייב מן העיסה ולא מייתי למדרש שיתחייב בפאה אלא ודאי ליכא דפליג אההוא תנא דמפקיר כרמו ותרתי ש"מ כדפרישית:
S'il ne l'a pas prélevée de la moisson sur pied, il la prélève des gerbes. Abaye reste dans sa ligne. Il a dit au début de Temoura (6a, et là, dibour hamatchil amar) : tout ce que le Miséricordieux a dit "tu ne feras pas", si on l'a fait, l'acte produit son effet. Et il explique là-bas que la raison pour laquelle on prélève des gerbes est le "tu laisseras" en surplus. Sans ce "tu laisseras" en surplus, il ne serait pas tenu : puisqu'il a transgressé "tu n'achèveras pas", on dirait que l'acte a produit son effet et qu'il est exempt. C'est pourquoi Abaye a besoin, dans notre sougya, précisément selon Rabbi Yichmael, de dire que le changement reste en place. Mais selon Rava, qui a dit là-bas : tout ce que le Miséricordieux a dit "tu ne feras pas", si on l'a fait, l'acte ne produit pas d'effet, sans le "tu laisseras" en surplus on prélève des gerbes, et il n'a besoin du "tu laisseras" en surplus que pour celui qui abandonne sa vigne, ou, selon Rabbi Yichmael, si le changement acquiert, le verset est nécessaire pour qu'on prélève de la pâte. Et si tu dis : selon Abaye, qui a besoin du "tu laisseras" en surplus pour obliger à partir des gerbes, d'où tient-on que celui qui abandonne sa vigne est tenu à la péa ? On peut répondre : on en apprend deux choses. Et il faut dire de même selon Rava d'après Rabbi Yichmael : si Rabbi Yichmael tient que le changement acquiert, et qu'il interprète le "tu laisseras" en surplus pour obliger à partir de la pâte, alors celui qui abandonne sa vigne, d'où le tient-on ? Car il ressort que cette deracha est dite selon tout le monde, de ce qu'on déduit au chapitre Ba Siman (Nida 51a, et là, dibour hamatchil min) : ce que la michna enseigné là-bas, "tout ce qui est tenu à la péa est tenu à la dîme", signifie toute espèce tenue à la péa est tenue à la dîme. Sinon, celui qui abandonne sa vigne est tenu à la péa et exempt de la dîme : en quoi serait-ce une preuve ? La michna suivrait peut-être Rabbi Yichmael, qui réserve le "tu laisseras" en surplus à l'obligation sur la pâte, et ne l'amène pas pour dériver qu'on est tenu à la péa. Personne ne conteste donc ce tanna de celui qui abandonne sa vigne, et on en apprend deux choses, comme il a été expliqué.
💡 Explication

La péa (coin laissé aux pauvres) se prélève, dans l'ordre, sur la moisson sur pied (kama), puis sur les gerbes (omarim), puis sur le tas (kri), tant qu'on ne l'a pas aplani. Le blé a changé d'état, l'obligation demeure. Rachi : le verset est "tu n'achèveras pas le coin de ton champ" (Vayikra 19, 9).

Tossefot relie cela à Temoura 6a. Abaye : ce que le Miséricordieux a interdit, si on l'a fait, l'acte tient. Sans le taazov ("tu laisseras") écrit en surplus, transgresser "tu n'achèveras pas" aurait dispensé de la péa sur les gerbes. Rava : l'acte interdit ne tient pas. Sans le verset en surplus, on prélève déjà des gerbes. Le surplus sert à celui qui abandonne sa vigne, ou, si Rabbi Yichmael tient que le chinoui acquiert, à la pâte.

10
מרחו – מעשר ונותן לו. משום רבי ישמעאל אמרו: אף מפריש מן העיסה ונותן לו.

S'il l'a aplani, il prélève la dîme et la lui donne. Au nom de Rabbi Yichmael on a dit : il prélève même de la pâte et la lui donne.

📜 Rachi (2)
מרחו מחליק את הכרי ברחת ומירוח הוי גמר מלאכה למעשר הלכך מעשר כל מעשרותיו תחלה ואחר כך נותן לו פאה כדי שלא יפסיד עני שאילו היה נותנו קודם מירוח אע"פ שעני מצרף לקט שכחה ופאה הרבה ועושה מהן כרי פטור מן המעשר שהרי הפקר הוא אבל עכשיו שנתמרח ביד בעל הבית נתחייב במעשר דהכי אמרינן במסכת ברכות (דף מ:) לקט שכחה ופאה שעשאן בגורן הוקבעו:
Il lisse le tas avec la pelle. Le miruah (aplanissement) est l'achèvement du travail pour la dîme. Il prélève donc d'abord toutes ses dîmes, puis il lui donne la péa, afin que le pauvre ne perde pas. S'il la lui avait donnée avant le miruah, même si le pauvre réunit en quantité leket, chikheha et péa et en fait un tas, il est exempt de la dîme, car c'est de l'abandon (hefker). Maintenant que le tas a été aplani par le propriétaire, il est devenu tenu à la dîme. C'est ainsi que nous disons dans Berakhot (40b) : leket, chikheha et péa qu'on a mis en aire ont été fixés pour la dîme.
אף מפריש מן העיסה פאה אם לא נתנה כבר ואילו לת"ק מן העיסה לא דקנייה בשינוי והוי ממון שאין לו תובעים דעד השתא דישה לאו שינוי הוא דאוכל הוא כמו שהיה:
La péa, si elle n'a pas déjà été donnée. Selon le tanna kama, on ne prélève pas de la pâte : il l'a acquise par le changement, et c'est un bien qui n'a pas de réclamant. Jusqu'ici, le battage n'est pas un changement : c'est un aliment comme il l'était.
🗂️ Tossefot (1)
מרחו מעשר ונותן לו ואפילו למאן דאית ליה ברירה כל זמן שלא הפריש פאה ולא בררה היה הכל שלו ונתחייב הכל במעשר ושוב לא יפטר ואם תאמר תרומה נמי לתני שתורם ונותן לו ואין לומר דתרומה בלאו הכי יפריש העני וכל פאה חייבת בתרומה חדא דא"כ מקדים מעשר לתרומה גדולה ועוד דתנן במסכת תרומות בפ"ק (מ"ה) אין תורמין מן הלקט ומן השכחה כו' ונראה לפרש משום דתרומה דבר קל לתרום לא חש להזכיר ויש מפרשים דלהכי אין תורם משום דבגורן רגילין לתרום כדתנן במסכת מעשר (פ"ב) מצא פירות ממורחין בשדה מכונסין אסורים משום גזל מפוזרין מותרין משום גזל בין כך ובין כך חייבין במעשר ופטורין מן התרומה לפי שאי אפשר לגורן שתעקר אלא אם כן ניטלה תרומה גדולה:
S'il l'a aplani, il prélève la dîme et la lui donne. Même selon celui qui tient la berera (désignation rétroactive) : tant qu'il n'a pas prélevé la péa et ne l'a pas désignée, tout était à lui, tout est devenu tenu à la dîme, et cela ne redevient plus exempt. Et si tu dis : la terouma aussi, que l'on enseigne qu'il prélève la terouma et la lui donne. On ne dira pas que, de toute façon, le pauvre prélèvera la terouma, toute péa étant tenue à la terouma. D'abord, il ferait alors passer la dîme avant la terouma gedola. Ensuite, on a enseigné dans le traité Teroumot, premier chapitre (michna 5) : on ne prélève pas la terouma du leket ni de la chikheha. Il paraît juste d'expliquer : la terouma est une chose légère à prélever, il n'a pas jugé bon de la mentionner. Certains expliquent : il ne prélève pas la terouma parce qu'à l'aire on a coutume de la prélever, comme on l'enseigne dans le traité Maasserot (chapitre 2) : celui qui a trouvé des fruits aplanis dans le champ, s'ils sont rassemblés, ils sont interdits à cause du vol ; s'ils sont dispersés, ils sont permis quant au vol ; dans les deux cas ils sont tenus à la dîme et exempts de la terouma, parce qu'une aire ne peut être déplacée que si la terouma gedola en a été prélevée.
💡 Explication

Miruah : aplanir le tas à la pelle. C'est la fin du travail qui fixe le grain pour le maasser (dîme). On prélève d'abord les dîmes, puis on donne la péa, pour que le pauvre reçoive un grain déjà dîmé. Avant le miruah, leket, chikheha et péa restent de l'hefker, exempts de dîme.

Rabbi Yichmael va jusqu'à la pâte (issa). Le tanna kama s'arrête : la pâte est un chinoui qui fait acquérir, et le bien n'a plus de réclamant. Jusque-là, battre le grain n'est pas un chinoui : cela reste un aliment. Tossefot : même avec la berera, tant que la péa n'est pas désignée, tout le tas est entré dans l'obligation de dîme.

11
אמר ליה רב פפא לאביי: איכפול כל הני תנאי לאשמועינן כבית שמאי?! אמר ליה, הכי קאמרי: לא נחלקו בית שמאי ובית הלל בדבר זה.

Rav Papa dit à Abaye : tous ces tannaïm se seraient-ils donné tant de peine pour nous enseigner comme Beit Chammai ? Il lui dit : voici ce qu'ils disent.

Beit Chammai et Beit Hillel n'ont pas divergé sur ce point.

📜 Rachi (1)
איכפל תנאי טרחו ועמלו ונתקבצו לכך:
Ils se sont fatigués, ont peiné, et se sont rassemblés pour cela.
💡 Explication

La halakha suit Beit Hillel. Rav Papa : ces tannaïm auraient peiné (ikhpal) pour un avis non retenu. Abaye : ils disent que, sur le chinoui, Beit Hillel lui-même tient que le changement reste en place. La mahloket de l'etnan ne décide pas le principe.

12
אמר רבא: ממאי? דלמא עד כאן לא קאמר רבי שמעון בן יהודה התם, אלא בצבע – הואיל ויכול להעבירו על ידי צפון;

Rava dit : d'où cela ? Peut-être Rabbi Chimon ben Yehouda n'a-t-il dit cela, là-bas, qu'au sujet de la teinture, puisqu'on peut l'enlever au moyen de savon (tzafon).

💡 Explication

Rava refuse de tirer un seul principe des cinq enseignements. Chacun peut s'expliquer par sa raison locale. Rabbi Chimon ben Yehouda, en 93b, parle de la laine de la réchit ha-gez que l'on teint. La teinture s'ôte au tzafon (savon). Un changement qu'on défait ne prouve pas que tout chinoui reste en place.

13
ועד כאן לא קאמרי בית שמאי התם, אלא לגבוה – משום דאימאיס;

Et Beit Chammai n'ont dit cela, là-bas, qu'à l'égard du Ciel (lagavoah), parce que la chose est devenue répugnante.

💡 Explication

Beit Chammai ne parle que de l'offrande. L'etnan est devenu maous (répugnant) pour l'autel. L'interdit peut donc survivre au changement sans donner une règle pour le bien d'un particulier.

14
ועד כאן לא קאמר רבי אליעזר בן יעקב התם, אלא לענין ברכה – משום דהוה ליה מצוה הבאה בעבירה;

Et Rabbi Eliezer ben Yaakov n'a dit cela, là-bas, qu'au sujet de la bénédiction, parce que c'est une mitsva qui vient par une transgression.

💡 Explication

Rabbi Eliezer ben Yaakov ne vise que la berakha. Bénir sur un bien ravi est une mitsva habaa be-aveira, une mitsva accomplie au moyen d'une transgression. Cela ne règle pas encore le paiement du bien changé.

15
ועד כאן לא קאמר רבי שמעון בן אלעזר התם אלא בהכחשה דהדר;

Et Rabbi Chimon ben Elazar n'a dit cela, là-bas, qu'au sujet d'un amaigrissement qui revient (hakh'hacha de-hadar).

📜 Rachi (1)
בהכחשה דהדר מפטמו וחוזר לקדמותו:
On l'engraisse, et elle revient à son état d'avant.
💡 Explication

Hakh'hacha de-hadar : un amaigrissement réversible. On engraisse la bête, elle retrouve son état. Rava : Rabbi Chimon ben Elazar ne parle que de ce cas. Un amaigrissement qui ne revient pas peut, lui, être un chinoui qui acquiert.

16
ועד כאן לא קאמר רבי ישמעאל התם, אלא לענין פאה – משום דכתיב ״תעזב״ יתירא! וכי תימא ליגמר מיניה, מתנות עניים שאני!

Et Rabbi Yichmael n'a dit cela, là-bas, qu'au sujet de la péa, parce qu'il est écrit "tu laisseras" en surplus. Et si tu dis : qu'on l'apprenne de là, les dons aux pauvres sont à part.

💡 Explication

La péa de Rabbi Yichmael repose sur un taazov yateira : "tu laisseras" est écrit une fois de trop, en Vayikra 19 et en Vayikra 23. Le surplus maintient l'obligation après le changement. On n'étend pas cela aux autres domaines : les matanot aniyim (dons aux pauvres) ont leur verset propre.

17
כדבעי רבי יונתן – דבעי רבי יונתן: מאי טעמא דרבי ישמעאל – משום דקסבר שינוי אינו קונה? או דלמא, בעלמא קסבר שינוי קונה; והכא משום דכתיב ״תעזב״ יתירא?

Comme la question de Rabbi Yonathan. Car Rabbi Yonathan a demandé : quelle est la raison de Rabbi Yichmael ?

Parce qu'il tient qu'un changement n'acquiert pas ? Ou bien, en général, il tient qu'un changement acquiert, et ici c'est parce qu'il est écrit "tu laisseras" en surplus ?

💡 Explication

Rabbi Yonathan laisse Rabbi Yichmael en suspens. Ou bien son principe est chinoui eino koneh : le changement n'acquiert pas. Ou bien, en général, le chinoui acquiert, et seule la péa est maintenue par le verset en surplus.

🖼️ Schéma
Pourquoi Rabbi Yichmael maintient la péa sur la pâte Question de Rabbi Yonathan Principe général Le chinoui n'acquiert pas. La pâte reste tenue comme le blé. Verset local Ailleurs, le chinoui acquiert. Ici, "tu laisseras" en surplus.
Deux lectures de Rabbi Yichmael : principe général, ou verset de la péa seulement.
18
ואם תמצי לומר טעמא דרבי ישמעאל משום דקסבר שינוי אינו קונה, ״תעזב״ יתירא דכתב רחמנא למה לי? ותו, לרבנן – ״תעזב״ יתירא דכתב רחמנא למה לי?

Et si l'on conclut que la raison de Rabbi Yichmael est qu'il tient qu'un changement n'acquiert pas, pourquoi ai-je besoin du "tu laisseras" en surplus que le Miséricordieux a écrit ? Et encore, pour les Sages, pourquoi ai-je besoin du "tu laisseras" en surplus que le Miséricordieux a écrit ?

📜 Rachi (2)
תעזוב יתירא בקדושים תהיו כתיב לא תכלה פאת שדך לקצור ובשור או כשב כתיב לא תכלה פאת שדך בקוצרך תרי קראי תעזוב אותו למה לי שמע מינה לאתויי שינוי דלא קני הכא:
Dans Kedochim il est écrit "tu n'achèveras pas le coin de ton champ en moissonnant", et dans "un bœuf ou un agneau" il est écrit "tu n'achèveras pas le coin de ton champ dans ta moisson". Deux versets "tu le laisseras" : pourquoi en ai-je besoin ? On en apprend qu'ils viennent inclure le changement, qui n'acquiert pas ici.
תעזוב יתירא למה לי הא בעלמא נמי לא קני שינוי: ה"ג ותו לרבנן תעזוב יתירא למה לי:
Puisqu'en général aussi le changement n'acquiert pas. La version est : et encore, pour les Sages, pourquoi le "tu laisseras" en surplus ?
💡 Explication

Si Rabbi Yichmael tient déjà que le changement n'acquiert pas, le verset en surplus n'a plus à enseigner la péa sur la pâte. Rachi situe les deux "tu laisseras" : Vayikra 19 (Kedochim) et le second passage, près de "un bœuf ou un agneau" (Vayikra 23, 22). Selon les Sages, qui refusent la péa sur la pâte, le surplus doit servir à un autre cas. La suite le donne.

19
מבעי ליה לכדתניא: המפקיר כרמו, והשכים לבקר ובצרו – חייב בפרט ובעוללות ובשכחה ובפאה, ופטור מן המעשר.

Il est nécessaire pour ce qu'on enseigne : celui qui déclare sa vigne abandonnée (hefker), se lève de bon matin et la vendange, est tenu au peret, aux olelot, à la chikheha et à la péa, et il est exempt de la dîme.

📜 Rachi (3)
המפקיר והשכים לבקר קודם שיבאו עניים לבצרה שיזכו בהפקר אם היו קודמין:
Avant que les pauvres viennent là vendanger et n'acquièrent l'abandon, s'ils étaient passés les premiers.
פרט בכרם ולקט בקמה:
Dans la vigne. Et le leket, dans la moisson sur pied.
חייב בפרט כו' דאע"ג דהפקר פטור מכולם דכתיב ארצך שדך וכרמך מהני תעזוב יתירא למעוטי כי האי גוונא דלא הוי הפקר לפטור ואע"ג שפטור מן המעשר ובכל הני כתיב תעזוב יתירא בקדושים כתיב כרמך לא תעולל ופרט כו' ובמשנה תורה (כד) כתיב כי תבצור כרמך לא תעולל וכן לא תפאר אחריך דהיינו פרט תפאר אישקוביי"ר ופאה נמי מהכא משמע דתנא דבי ר' ישמעאל (חולין דף קלא.) שלא תטול תפארתו ממנו שכחה כתיב במשנה תורה (שם) לא תשוב לקחתו וגו' ובאילן כתיב לא תפאר אחריך ואמר מר בפרק י' דחולין (שם) אחריך זו שכחה ולא בעי למיהדר ומכתב באילן לגר ליתום אלא לא תפאר אחריך ואנא ידענא דלעניים הוא כדאשכחן בעמרים אבל במעשר לא כתיב תעזוב יתירא:
Bien que l'abandon exempte de tous ces dons, puisqu'il est écrit "ton pays", "ton champ" et "ta vigne", ces "tu laisseras" en surplus viennent exclure un cas de ce genre, où l'abandon n'exempte pas. Et pourtant il est exempt de la dîme. Dans chacun de ces dons, "tu laisseras" est écrit en surplus. Dans Kedochim il est écrit : "ta vigne, tu n'égrapperas pas", et le peret. Dans le Michné Torah (Devarim 24) il est écrit : "quand tu vendangeras ta vigne, tu n'égrapperas pas", et aussi "tu ne cueilleras pas sa parure derrière toi", ce qui vise le peret. Tefa'er, en laaz : escovoir (égrapper). La péa aussi se lit d'ici, comme l'enseigne l'école de Rabbi Yichmael (Houlin 131a) : que tu ne lui retires pas sa parure. La chikheha est écrite dans le Michné Torah : "tu ne retourneras pas pour le prendre". Pour l'arbre il est écrit "tu ne cueilleras pas sa parure derrière toi". Et le maître a dit au chapitre 10 de Houlin : "derrière toi", c'est la chikheha. Le verset n'a pas répété, pour l'arbre, "pour l'étranger et pour l'orphelin". Il est écrit "tu ne cueilleras pas sa parure derrière toi", et l'on sait que c'est pour les pauvres, comme pour les gerbes. Pour la dîme, "tu laisseras" en surplus n'est pas écrit.
💡 Explication

Le surplus vise celui qui a rendu sa vigne hefker, puis l'a vendangée lui-même avant les pauvres. Il reste tenu aux quatre dons de la vigne : peret (grains isolés), olelot (petites grappes), chikheha (oubli), péa. Il est exempt de la dîme : le hefker n'est pas soumis au maasser. "Ton champ", "ta vigne" auraient emporté l'exemption des dons ; le taazov en surplus le maintient tenu.

20
אמר רב יהודה אמר שמואל: הלכה כרבי שמעון בן אלעזר.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Chimon ben Elazar.

💡 Explication

Retour au paiement du bien ravi. Chmouel fixe la halakha comme Rabbi Chimon ben Elazar : le gazlan rend la bête dans l'état où elle se trouve.

21
ומי אמר שמואל הכי?! והאמר שמואל: אין שמין לא לגנב ולא לגזלן, אלא לנזקין.

Et Chmouel a-t-il dit cela ? Or Chmouel a dit : on n'estime ni pour le ganav ni pour le gazlan, seulement pour les dommages.

📜 Rachi (1)
אין שמין בפרק ראשון (דף יא.) גבי בעלים מטפלין בנבילה אמר שמואל דלנזקין הוא דשמין את הנבילה לניזק ומוסיף עליה מזיק עד שמשלים לו נזקו אבל גנב וגזלן שנטלו בהמה ומתה או כחשה אין שמין את הנבילה אלא שלהם תהא והם ישלמו בהמה מעליא אלמא שינוי קני:
Au premier chapitre (11a), à propos de "les propriétaires s'occupent de la charogne", Chmouel a dit : c'est pour les dommages qu'on estime la charogne au profit de la victime, et l'auteur du dommage ajoute jusqu'à compléter son dommage. Mais un ganav et un gazlan qui ont pris une bête, et qu'elle est morte ou a maigri : on n'estime pas la charogne. Elle reste à eux, et ils paient une bête de pleine valeur. On en déduit que le changement acquiert.
💡 Explication

Autre énoncé de Chmouel, Bava Kamma 11a. Pour les nezikin (dommages), on fait la chouma (estimation) de la charogne, et l'auteur du dommage complète. Pour le ganav (voleur) et le gazlan (ravisseur), on n'estime pas : la bête morte ou maigrie reste à eux, ils paient une bête entière. Ce second énoncé suppose que le chinoui leur a fait acquérir l'animal.

22
בשלמא לרבא, דאמר: כי קאמר רבי שמעון בן אלעזר התם – בהכחשה דהדר, לא קשיא; כי קאמר הלכה כרבי שמעון בן אלעזר, דשינוי במקומו עומד – בהכחשה דהדר, וכי קאמר שמואל התם: אין שמין לא לגנב ולא לגזלן, אלא לנזקין – בהכחשה דלא הדר.

Selon Rava, qui a dit : lorsque Rabbi Chimon ben Elazar a parlé là-bas, c'était d'un amaigrissement qui revient, il n'y a pas de difficulté. Quand on dit que la halakha est comme Rabbi Chimon ben Elazar, et que le changement reste en place, c'est pour un amaigrissement qui revient.

Et quand Chmouel a dit là-bas : on n'estime ni pour le ganav ni pour le gazlan, seulement pour les dommages, c'est pour un amaigrissement qui ne revient pas.

💡 Explication

Rava avait limité Rabbi Chimon ben Elazar à l'hakh'hacha de-hadar. Chmouel peut donc suivre les deux paroles. Halakha comme Rabbi Chimon ben Elazar quand l'amaigrissement revient : on rend la bête telle quelle. Pas d'estimation au ganav ni au gazlan quand l'amaigrissement ne revient pas (de-lo hadar) : mort de la bête, ou patte cassée.

🖼️ Schéma
Amaigrissement qui revient, ou non De-hadar On engraisse, elle revient. Halakha : on rend tel quel. Le chinoui reste en place Comme R. Chimon ben Elazar De-lo hadar Morte, ou patte cassée. Pas d'estimation. Le chinoui a acquis Ils paient une bête entière
Rava : réversible, on rend tel quel. Irréversible, pas d'estimation, ils paient une bête entière.
23
אלא לאביי, דאמר: כי קאמר רבי שמעון בן אלעזר – בהכחשה דלא הדר קאמר, מאי איכא למימר?

Mais selon Abaye, qui a dit : lorsque Rabbi Chimon ben Elazar a parlé, il a parlé d'un amaigrissement qui ne revient pas, que dire ?

📜 Rachi (2)
פלוגתא דאביי ורבא לעיל בשמעתין:
La divergénce d'Abaye et de Rava : plus haut dans notre sougya.
בהכחשה דלא הדר כגון מתה או נשברה רגלה:
Par exemple elle est morte, ou sa patte s'est cassée.
💡 Explication

Abaye lit Rabbi Chimon ben Elazar même sur un amaigrissement irréversible. Les deux énoncés de Chmouel restent alors en conflit : rendre tel quel, et payer une bête entière.

24
אביי מתני הכי – אמר רב יהודה אמר שמואל:

Abaye l'enseigne ainsi. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel :

💡 Explication

Abaye ne reçoit pas l'énoncé "la halakha est comme Rabbi Chimon ben Elazar" sous la forme citée. Il transmet autrement la parole de Rav Yehouda au nom de Chmouel. La version continue sur 94b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).