Sougya : Suite de 94a. Abaye transmet Chmouel ainsi : d'autres disent que la halakha suit Rabbi Chimon ben Elazar, et Chmouel ne le tient pas.
Rabbi Yo'hanan : de la Torah, une gezela changรฉe revient en sa forme. La michna qui fait payer le bois relรจve de la takanat ha-chavim, et vise un chinoui rรฉversible, des bois dรฉjร rabotรฉs faits ustensiles.
La teinture, elle, acquiert. Aux jours de Rabbi, aprรจs le fait de l'avnet, on ne reรงoit pas le rendu des gazlanim ni des prรชteurs ร ribit.
Ils le proposent pour sortir quitte envers le Ciel. Les fils rendent une chose reconnaissable pour l'honneur d'un pรจre revenu, mort avant d'avoir rendu.
Bergers, collecteurs et fermiers de l'impรดt rendent ร ceux qu'ils reconnaissent. Le reste va ร des citernes.
Avant la takana, on rend. Aprรจs, on ne reรงoit pas.
Rav Nahman : les deux cas peuvent suivre la takana lorsque la gezela ne subsiste plus. La phrase continue en 95a.
Ils ont dit : la halakha est comme Rabbi Chimon ben Elazar. Et lui ne le tient pas.
Suite de 94a. Abaye transmet ainsi Rav Yehouda au nom de Chmouel. D'autres disent que la halakha suit Rabbi Chimon ben Elazar : le chinoui reste en place. Chmouel, lui, ne tient pas cet avis.
Les deux รฉnoncรฉs de Chmouel se rejoignent. Il tient que le chinoui koneh : le changement fait acquรฉrir au ganav et au gazlan.
Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : de la Torah, une gezela qui a changรฉ revient en sa forme. Car il est dit : "et il rendra la gezela qu'il a ravie", en tout cas.
Et si tu dis : notre michna ! ร cause de la takanat ha-chavim.
Nouvelle question. Rabbi Yo'hanan : de-oraita, le chinoui n'acquiert pas. Vayikra 5, 23, ve-heshiv et ha-gezela, oblige ร rendre l'objet, mi-kol makom, dans l'รฉtat oรน il se trouve, mรชme amรฉliorรฉe.
La michna de HaGozel (93b) fait payer le bois et laisser les ustensiles. Rachi y lit un chinoui qui acquiert. Rabbi Yo'hanan y voit une takanat ha-chavim : une ordonnance pour ceux qui reviennent, afin de ne pas fermer la techouva.
Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ? Or Rabbi Yo'hanan a dit : la halakha est comme une michna anonyme.
Et nous avons appris : s'il n'a pas eu le temps de le lui donner avant de l'avoir teint, il est exempt.
Objection. Rabbi Yo'hanan tient halakha ke-stam michna. La michna de la rechit ha-gez (Houlin) : s'il a teint la laine avant de la donner au kohen, il est patour. Rachi : exempt entiรจrement. Aucune takanat ha-chavim ne joue pour un don au kohen. La teinture est donc un chinoui qui acquiert de-oraita.
Tossefot : d'autres michnayot (bรชte รขgรฉe, esclaves, piรจce fendue) auraient pu servir. On les รฉcarte comme stam ve-ahar kakh mahloket. La michna de la laine teinte reste : un stam dans un traitรฉ, mรชme face ร une mahloket ailleurs, fait halakha pour Rabbi Yo'hanan.
L'un des maรฎtres, et son nom est Rabbi Yaakov, leur a dit : ร moi, cela m'a รฉtรฉ expliquรฉ de la bouche de Rabbi Yo'hanan. Par exemple, il a ravi des bois rabotรฉs et en a fait des ustensiles.
C'est un chinoui qui revient ร son รฉtat premier.
Rabbi Yaakov rapporte l'explication reรงue de Rabbi Yo'hanan. La michna parle de etsim mechupin, des bois dรฉjร rabotรฉs, assemblรฉs en ustensiles. C'est un chinoui ha-hozer li-vriato : on peut dรฉmonter, les planches redeviennent ce qu'elles รฉtaient.
De-oraita, ce changement laisse l'objet ร son propriรฉtaire. La takanat ha-chavim seule autorise ร payer la valeur du bois et ร garder les ustensiles. La teinture, elle, est un chinoui qui acquiert.
Les Sages ont enseignรฉ : les gazlanim et les prรชteurs ร ribit qui ont rendu, on ne reรงoit pas d'eux. Et celui qui reรงoit d'eux, l'esprit des Sages n'est pas ร l'aise ร son รฉgard.
Baraita sur la mรชme ordonnance. Gazlanim et malvei be-ribit (prรชteurs ร intรฉrรชt) rapportent ce qu'ils ont pris : on refuse. Recevoir viderait leur bien et fermerait la techouva. Qui accepte quand mรชme n'a pas l'agrรฉment des Sages : ein roua'h hakhamim noha heimenu.
Rabbi Yo'hanan a dit : aux jours de Rabbi cette michna a รฉtรฉ enseignรฉe. Car on enseigne : un fait.
Un homme voulut faire techouva. Sa femme lui dit : vide !
Si tu fais techouva, mรชme la ceinture n'est pas ร toi. Il se retint et ne fit pas techouva.
ร cette heure ils dirent : les gazlanim et les prรชteurs ร ribit qui ont rendu, on ne reรงoit pas d'eux. Et celui qui reรงoit d'eux, l'esprit des Sages n'est pas ร l'aise ร son รฉgard.
Date de la takana : les jours de Rabbi (Yehouda ha-Nassi). Un homme veut revenir. Sa femme l'appelle reika (vide) : mรชme l'avnet (ceinture) qu'il porte devrait partir. Il renonce. Les Sages dรฉcident alors qu'on ne reรงoit pas le rendu des gazlanim et des prรชteurs ร ribit.
Rachi glose l'agrรฉment des Sages : l'esprit de sagesse et de hassidout. Tossefot, Rabbenou Tam : la takana vise la gรฉnรฉration de Rabbi. Le Ri : elle vise ceux dont le mรฉtier est la gezela ou le ribit, et les bergers, et laisse de cรดtรฉ le cas occasionnel.
On objecte : leur pรจre leur a laissรฉ de l'argent de ribit. Bien qu'ils sachent que c'est du ribit, ils ne sont pas tenus de le rendre.
Eux ne le sont pas. Leur pรจre, lui, est tenu de le rendre.
Objection ร "on ne reรงoit pas". Baraita : les fils gardent l'argent de ribit laissรฉ par le pรจre, mรชme en le sachant. La dรฉduction : inhaou hou de-lo, ha avihem hayav. Eux sont exempts. Le pรจre serait tenu, et l'on recevrait de lui.
Rachi : le verset vise celui qui a ravi. Les fils acquiรจrent par chinoui rechout. Le domaine de l'hรฉritier est traitรฉ comme celui d'un acheteur. Tossefot : le mot hayyavin (tenus) marque une obligation de din, au-delร du seul devoir envers le Ciel.
En droit, leur pรจre non plus n'est pas tenu de rendre. Et si l'on enseigne ร leur sujet, c'est parce qu'il veut enseigner la fin : "Leur pรจre leur a laissรฉ une vache, un manteau, et toute chose dรฉterminรฉe, ils sont tenus de rendre ร cause de l'honneur de leur pรจre." Il a enseignรฉ le dรฉbut aussi ร leur sujet.
Rรฉponse. Le pรจre non plus n'est pas tenu : on ne reรงoit pas de lui. La baraita parle des fils parce que la seifa doit parler d'eux. Une davar ha-messouyam, chose dรฉterminรฉe et reconnaissable (vache, tallit), se rend mipnei kevod avihem, pour l'honneur du pรจre. Le dรฉbut est formulรฉ sur le mรชme sujet.
Et ร cause de l'honneur de leur pรจre, ils sont tenus de rendre ? J'applique ici : "et un chef dans ton peuple, tu ne maudiras pas", chez celui qui fait l'acte de ton peuple.
Question. Chemot 22, 27 : ve-nassi be-amkha lo taor. On ne maudit un chef que s'il est osseh maasseh amkha, s'il agit comme ton peuple. Rachi : ce pรจre n'a pas agi ainsi. L'honneur du pรจre ne jouerait pas, et les fils ne seraient pas tenus de rendre l'objet reconnaissable.
Comme Rav Pinhas a dit : lorsqu'il a fait techouva. Ici aussi, lorsqu'il a fait techouva.
S'il a fait techouva, que faisait cela chez lui ? Il aurait dรป le rendre.
Il n'a pas eu le temps de le rendre avant de mourir.
Rรฉponse, sur le modรจle de Rav Pinhas (Haguiga 26a). Le pรจre a fait techouva. Il est de nouveau dans "l'acte de ton peuple", et l'honneur joue. Question : s'il est revenu, l'objet n'avait plus ร rester chez lui. Rรฉponse : lo hispik, il est mort avant le rendu.
Tossefot : si les victimes avaient dรฉjร refusรฉ, la honte du pรจre serait levรฉe, et les fils ne seraient plus tenus. La takana ne vise pas les fils : d'eux, on reรงoit. Autre lecture de "que faisait-il chez lui" : il aurait dรป vendre l'objet ou s'en sรฉparer. Cette lecture sert aussi pour le ribit ketzoutza, lร oรน le devoir envers le Ciel lui-mรชme ne joue pas.
Viens entendre : les gazlanim et les prรชteurs ร ribit, mรชme s'ils ont perรงu, rendent.
Autre baraita, en sens contraire. Af al pi che-gavu, mahzirin : mรชme aprรจs avoir encaissรฉ, ils rendent. Le rendu serait donc effectif, face ร la takana qui dit qu'on ne reรงoit pas.
Des gazlanim, quel "ils ont perรงu" y a-t-il ? S'il a ravi, il a ravi.
S'il n'a pas ravi, il n'a pas ravi. Dis plutรดt : les gazlanim.
Et qui sont-ils ? Les prรชteurs ร ribit.
Mรชme s'ils ont perรงu, ils rendent. On dit : ils rendent, et on ne reรงoit pas d'eux.
Le mot gavu (ils ont perรงu) convient ร un crรฉancier, pas ร un gazlan. Ou il a ravi, et l'on ne parle pas de perception. Ou il n'a pas ravi, et le nom de gazlan ne tient pas. On relit : les "gazlanim" de la baraita sont les malvei ribit.
Rรฉponse : mahzirin, ve-ein mekablin mehem. Ils apportent le ribit. On ne le reรงoit pas. Rachi : tant que l'intรฉrรชt n'est pas perรงu, on dรฉchire le chetar. ร plus forte raison.
Mais alors, pourquoi rendent-ils ? Pour sortir quitte envers le Ciel.
S'ils savent qu'on refusera, quel sens a le rendu ? Rรฉponse : latset yedei chamayim. Pour sortir quitte envers le Ciel, ils doivent proposer.
Tossefot : cette rรฉponse suit l'avis que le ribit ketzoutza sort par les juges. La non-rรฉception est une takana rabbinique. Selon l'autre avis, mรชme le devoir envers le Ciel ne tient pas. On ne renvoie pas non plus ร une mahloket de tannaรฏm : ceux de Bava Metzia sont antรฉrieurs ร la takana.
Viens entendre : les bergers, les collecteurs et les fermiers de l'impรดt, leur techouva est difficile, et ils rendent ร ceux qu'ils reconnaissent.
Nouvelle baraita. Trois mรฉtiers qui prennent au public. Les roim font paรฎtre chez autrui. Les gabbaรฏn lรจvent pour le roi le kessef gulgolta (capitation) et l'arnona, au-delร du dรป. Les mokhssin affermant l'impรดt. Techouvatam kacha : ils ne savent pas ร qui rendre. ร celui qu'ils makkirin, ils rendent. La baraita suppose donc un rendu effectif.
On dit : ils rendent, et on ne reรงoit pas d'eux. Mais alors, pourquoi rendent-ils ?
Pour sortir quitte envers le Ciel. S'il en est ainsi, pourquoi leur techouva est-elle difficile ?
Mรชme rรฉponse que pour les prรชteurs. Ils proposent, on refuse, et l'offre suffit pour le Ciel. La question reste : si le destinataire refuse, pourquoi dire que la techouva est difficile ? Reconnaรฎtre ses victimes et leur proposer le rendu serait ร leur portรฉe.
Et de plus, dis la fin : et ceux qu'ils ne reconnaissent pas, qu'il en fasse des besoins du public. Et Rav Hisda a dit : des citernes, des fosses et des grottes.
Donc il n'y a pas de difficultรฉ. Ici, avant l'ordonnance.
Ici, aprรจs l'ordonnance.
La fin de la baraita empรชche de rรฉduire le rendu ร une simple offre. L'argent des victimes inconnues va aux tsorkhei tsibbour. Rav Hisda : borot, chihin u-me'arot, citernes, fosses et grottes, pour l'eau de tous. Les victimes en profitent. Il y a donc un versement rรฉel.
Premiรจre rรฉponse : kan kodem takana, kan le-ahar takana. Avant l'ordonnance des jours de Rabbi, on rend. Aprรจs, on propose et l'on ne reรงoit pas.
Et maintenant que Rav Nahman a dit : lorsqu'il n'y a pas de gezela subsistante. Tu peux mรชme dire : l'un et l'autre, aprรจs l'ordonnance.
Et il n'y a pas de difficultรฉ,
Rav Nahman : la non-rรฉception vise le cas oรน la gezela ne subsiste plus, be-che-ein gezela kayemet. Les deux baraitot peuvent alors dater d'aprรจs la takana.
La phrase s'achรจve au dรฉbut de 95a. Ici la gezela subsiste, ici elle ne subsiste pas.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).