Sougya : Fin de la takanat ha-chavim : on restitue quand la gezeila existe encore ; quand elle n'existe plus, l'ordonnance du temps de Rabbi dispense. L'avnet vise son prix.
Le merich bรขti dans une bira est traitรฉ comme absent, ร cause de la perte de la bรขtisse, et l'on paie sa valeur. La michna de la vache pleine ouvre trois avis : Rabbi Meir rend la bรชte avec tontes et petits ; Rabbi Yehouda rend le bien tel quel ; Rabbi Chimon paie une estimation en argent.
Une premiรจre version conclut que chez Rabbi Meir le chinoui acquiert, et que tontes et petits sont un kenas. Une seconde version tient cela pour acquis, depuis l'enseignement inversรฉ de Rav, et demande si le kenas vise aussi le chogeg.
La preuve s'ouvre par cinq crรฉances recouvrรฉes seulement sur les biens libres, baraita de Rabbi Meir, et par le champ ravi, vendu, amรฉliorรฉ. La suite est en 95b.
Ici, quand le bien ravi existe encore ; lร , quand le bien ravi n'existe plus. Mais l'avnet (ceinture), c'est un bien ravi qui existe encore !
Que signifie avnet ? La valeur de l'avnet.
Deux enseignements se partagent. Gezila kayemet : l'objet est encore lร , le gazlan le rend. L'objet a disparu : la takanat ha-chavim, l'ordonnance des repentants du temps de Rabbi, dispense d'exiger la restitution.
L'avnet semblait un objet encore lร , et c'est pourtant sur lui que l'ordonnance a รฉtรฉ dite. Le mot vise dmei avnet, le prix de la ceinture : l'objet รฉtait dรฉjร sorti de sa main.
Tossefot : chez les bergers, l'objet encore lร , ce sont la tonte et le lait volรฉs sur la bรชte qu'ils gardent. On ne les suspecte pas de faire paรฎtre dans le champ d'autrui. La bรชte n'รฉtant pas ร eux, le profit n'irait pas au berger, et ein adam hรดte ve-lo lo : un homme ne pรจche pas pour un gain qui ne lui revient pas (Bava Metzia 5b).
Et partout oรน le bien ravi existe encore, les Sages n'ont pas instituรฉ d'ordonnance ? Mais il y a le merich (poutre), qui est un bien ravi existant encore.
Et nous avons appris : au sujet du merich ravi qu'il a bรขti dans une bira (grande bรขtisse), qu'il en prenne la valeur, ร cause de l'ordonnance des repentants. Lร , c'est diffรฉrent : puisqu'il y a perte de la bira, les Sages l'ont traitรฉe comme si elle n'existait pas.
Le merich ravi, scellรฉ dans une bira, est encore un objet. La michna de Gittin (55a) dit pourtant d'en prendre la valeur, par takanat ha-chavim, plutรดt que de dรฉmolir la bรขtisse.
Rรฉponse : la perte de la bira fait traiter cette poutre comme un objet absent. Rachi maintient le paiement de la valeur : la gezeila est toujours dans le mur.
S'il a ravi une vache pleine et qu'elle a mis bas, etc. Nos maรฎtres ont enseignรฉ : celui qui ravit une brebis et la tond, une vache et qu'elle met bas, paie la bรชte, ses tontes et ses petits, paroles de Rabbi Meir.
Rabbi Yehouda dit : le bien ravi revient tel quel. Rabbi Chimon dit : on la considรจre comme si elle รฉtait estimรฉe chez lui en argent.
La michna de la vache pleine ouvre une baraita. Rabbi Meir fait rendre la bรชte avec les tontes et les petits, y compris le chevah survenu chez le gazlan. Rabbi Yehouda : gezila hozeret be-eineha, le bien revient tel qu'il est, vide. Il ajoute la valeur qu'avaient, au moment du rapt, la laine dรฉjร lร et le fลtus, sans le croรฎt ultรฉrieur. Rabbi Chimon transforme la gezeila en somme d'argent fixรฉe ร ce moment-lร .
Rachi : Rabbi Yehouda n'amende pas. Il paie nรฉanmoins la valeur du rapt, minimum commun ร tous les avis. La diffรฉrence avec Rabbi Chimon est renvoyรฉe plus loin.
On a posรฉ le problรจme : quelle est la raison de Rabbi Meir ? Est-ce parce qu'il tient que le chinoui (changement) reste en place ?
Ou bien, en gรฉnรฉral, le chinoui acquiert, et ici c'est un kenas (amende) qu'il inflige ?
Deux lectures de Rabbi Meir. Chinoui bimkomo omed : malgrรฉ la tonte ou la mise bas, la bรชte n'est jamais sortie du nigzal, et le chevah est ร lui. Chinoui kone : en rรจgle gรฉnรฉrale le changement fait acquรฉrir au gazlan ; ici les Sages, par un kenas, lui retirent ce gain pour que le fautif ne profite pas du rapt.
En quoi cela fait-il une diffรฉrence ? Pour le cas oรน elle a maigri.
La nafka mina est le kachash, l'amaigrissement. Si le chinoui reste en place, on rend la bรชte dans l'รฉtat oรน elle est, mรชme dรฉprรฉciรฉe. Si le chinoui acquiert et que les tontes ne sont qu'un kenas, le kenas vise un gain. Ici la bรชte ร perdu : il paie la valeur du moment du rapt.
Viens entendre : il a ravi une bรชte et elle a vieilli, des esclaves et ils ont vieilli, il paie selon le moment de la gezeila. Rabbi Meir dit : pour les esclaves, il lui dit : voici le tien devant toi.
Tandis que pour la bรชte, selon le moment de la gezeila.
Michna plus loin (96b). La bรชte ou les esclaves ont vieilli : c'est un kachash. Le tanna kama fait payer la valeur du rapt. Rabbi Meir, pour les esclaves : harei chelkha lefanekha, voici le tien devant toi. Pour la bรชte, il rejoint le paiement selon le moment du rapt.
Rachi : l'esclave est comme un karka (fonds). Un fonds revient en nature. Le chinoui ne le fait pas entrer dans le domaine du gazlan.
Et si tu admets que Rabbi Meir tient que le chinoui reste en place, mรชme la bรชte aussi ! Faut-il en dรฉduire que Rabbi Meir tient que le chinoui acquiert, et qu'ici c'est un kenas qu'il inflige ?
Si le chinoui restait en place, la bรชte vieillie reviendrait telle quelle, au mรชme titre que l'esclave. Rabbi Meir la fait payer selon la valeur du rapt. La Guemara en tire qu'il tient chinoui kone, et que tontes et petits de la baraita sont un kenas.
On rรฉpond : Rabbi Meir leur parle selon leurs propres paroles. Selon moi, le chinoui n'acquiert pas, et mรชme la bรชte aussi.
Mais selon vous, qui dites que le chinoui acquiert, accordez-moi du moins l'esclave, qui est assimilรฉ ร un fonds, et un fonds n'est pas ravi. Et les Sages lui disent : non, l'esclave est assimilรฉ ร un bien meuble.
La preuve tombe. Rabbi Meir peut parler le-divreihem, selon la position des Sages, sans livrer la sienne. Selon lui, le chinoui n'acquiert pas : la bรชte vieillie aussi est rendue telle quelle. Aux Sages, qui tiennent que le chinoui acquiert, il demande au moins l'esclave, assimilรฉ au karka. Eux rรฉpondent : pour la gezeila, l'eved est comme les metaltelin (biens meubles).
Viens entendre : pour la lui teindre en rouge, et il l'a teinte en noir ; en noir, et il l'a teinte en rouge. Rabbi Meir dit : il lui donne la valeur de sa laine.
La valeur de sa laine, oui ; la valeur de sa laine et de son chevah, non. Et si tu admets que Rabbi Meir tient que le chinoui n'acquiert pas, il faudrait qu'il lui donne la valeur de sa laine et de son chevah !
Michna du teinturier (100b). On lui confie de la laine pour une couleur, il en met une autre. Rabbi Meir : il donne dmei tsemaro, la valeur de la laine telle qu'elle รฉtait. L'infรฉrence : le chevah de la teinture ne revient pas au propriรฉtaire.
Si le chinoui n'acquรฉrait pas, la laine ne serait jamais sortie de son maรฎtre, et le teinturier devrait laine et plus-value. Rachi : mรชme quand la couleur faite vaut plus pour qui la cherche, on ne paie que la valeur de dรฉpart.
Faut-il en dรฉduire que Rabbi Meir tient que le chinoui acquiert, et qu'ici c'est un kenas qu'il inflige ? On l'en dรฉduit.
Conclusion de cette version. Rabbi Meir tient que le chinoui kone. Le kenas qui ajoute tontes et petits est celui de notre michna, oรน il y a un gazlan. Le teinturier a ratรฉ la couleur sans le vouloir : chogeg, il n'est pas amendรฉ, et le chevah de la teinture ne suit pas la laine.
Certains disent : ceci, nous n'avions pas ร le demander. Puisque Rav a inversรฉ et enseignรฉ : il a ravi une vache et elle a vieilli, des esclaves et ils ont vieilli, il paie selon le moment de la gezeila, paroles de Rabbi Meir.
Et les Sages disent : pour les esclaves, il lui dit : voici le tien devant toi. Il est certain que pour Rabbi Meir le chinoui acquiert, et qu'ici c'est un kenas qu'il lui inflige.
Autre version, ika de-amrei. La question sur la raison de Rabbi Meir ne se posait pas. Rav retourne les noms de la michna (96b) : c'est Rabbi Meir qui fait payer la vache vieillie selon le moment du rapt, et les Sages qui disent, pour les esclaves, voici le tien devant toi. Chez lui, chinoui kone est donc acquis, et tontes et petits restent un kenas.
Quand nous avons posรฉ la question, voici comment nous l'avons posรฉe : quand il inflige le kenas, c'est pour le mezid (volontaire) ; pour le chogeg (involontaire), il n'inflige pas de kenas. Ou bien mรชme pour le chogeg aussi il inflige un kenas ?
La question dรฉplacรฉe. Le kenas de Rabbi Meir vise-t-il seulement le mezid, celui qui ravit en connaissance, ou aussi le chogeg ? Rachi donne le chogeg de la suite : l'acheteur qui a pris la chose au gazlan, l'a amรฉliorรฉe, et ignorait la gezeila.
Viens entendre : cinq se recouvrent sur les biens libres,
Preuve amenรฉe, la liste vient au segment suivant. Mehourarin : biens bnei horin, encore libres. Ces crรฉances ne se prennent pas sur les nekhassim mechoubdim, biens dรฉjร grevรฉs ou vendus.
Tossefot : le compte de cinq laisse de cรดtรฉ d'autres cas de Gittin, et la michna de Gittin laisse aussi de cรดtรฉ des cas de cette liste : tana ve-chiyer, il enseigne et omet. Chmouel, au nom de Rabbi Meir, refuse mรชme les biens libres pour un acte sans aharayut. Ici l'acte sans aharayut se recouvre sur les biens libres. Chmouel est de toute faรงon rรฉfutรฉ en Bava Metzia 13a. On peut limiter sa parole au cas oรน l'acte รฉcrit qu'il n'a pas pris d'aharayut.
Et les voici : les fruits, et le chevah des fruits, et celui qui s'engage ร nourrir le fils de sa femme et la fille de sa femme, et un get hov (acte de crรฉance) qui n'a pas d'aharayut, et une ketouba de femme qui n'a pas d'aharayut.
Les cinq : perot (fruits), chevah perot (plus-value des fruits), l'engagement de nourrir l'enfant d'un premier mariage de sa femme, le get hov sans aharayut (garantie sur les biens), la ketouba sans aharayut. Chacun se recouvre seulement sur les biens encore libres.
Rachi renvoie la michna de Gittin : on รฉpargne les acheteurs de biens grevรฉs, tikkoun ha-olam. L'aharayut manque quand le prรชteur n'a pas fait รฉcrire que tous les biens rรฉpondent de la dette.
Qui as-tu entendu dire que l'aharayut n'est pas une erreur de scribe ? Rabbi Meir.
Et l'on enseigne : les fruits et le chevah des fruits.
Seul Rabbi Meir tient que l'absence d'aharayut dans l'acte n'est pas une ta'out sofer, une erreur du scribe qu'on rectifierait. Les Sages prรฉsument la clause รฉcrite. La baraita, qui limite l'acte sans aharayut aux biens libres, est donc de lui. Et elle compte les fruits et leur chevah dans la mรชme liste.
Rachi : on suit l'acte tel qu'il est รฉcrit. Un acte trouvรฉ sans aharayut se rend, le tribunal n'en prรฉlรจve pas (Bava Metzia 12b).
Tossefot : la michna de Gittin sur les fruits aurait pu suffire, si on pouvait l'attribuer ร Rabbi Meir. Rav Zevid laisse aussi ร Rabbi Yehouda le chevah poussรฉ sur l'objet ravi, laine venue ou gestation chez le gazlan. Le chevah de l'acheteur pourrait donc รชtre le sien. Mรชme un kal va-homer depuis Rabbi Yehouda atteindrait Rabbi Meir, qui amende plus. La Guemara prรฉfรจre le tenir de Rabbi Meir lui-mรชme.
Le chevah des fruits, comment est-ce ? Par exemple : il a ravi un champ ร son prochain, l'a vendu ร un autre, celui-ci l'a amรฉliorรฉ, et voici qu'il sort de sa main.
Quand il recouvre,
Cas du chevah perot. Le gazlan vole un champ, le vend. L'acheteur l'amรฉliore. Le champ sort de sa main : le nigzal le reprend tel qu'il est, avec l'amรฉlioration. L'acheteur se retourne alors vers le gazlan, qui avait vendu avec aharayut.
La phrase quand il recouvre ouvre le dรฉtail du paiement. Elle continue en 95b.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).