Sougya : Suite du champ ravi : l'acheteur recouvre le keren sur les biens grevรฉs et le chevah sur les biens libres, parce que le maรฎtre a repris terre et plus-value. La lecture sur un am ha-arets, qui ferait du kenas un kenas du chogeg, est รฉcartรฉe : l'acheteur est un talmid 'hakham qui savait.
La michna du teinturier tranche : Rabbi Meir inflige le kenas au mezid, et le chogeg en reste dehors. Puis la diffรฉrence entre Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon.
Rav Zevid : le chevah encore sur la gezeila est au nigzal selon Rabbi Yehouda, au gazlan selon Rabbi Chimon. Rav Pappa, appuyรฉ par une baraita : ce chevah est au gazlan, et Rabbi Chimon ne lui laisse que la moitiรฉ, le tiers ou le quart.
On le dรฉpossรจde en argent, comme les trois cas de Chmouel : bekhor, crรฉancier envers l'acheteur, crรฉancier envers les orphelins. Ravina oppose ร cela l'autre parole de Chmouel, qui fait recouvrer le chevah ; Rav Achi dรฉpartage selon que le chevah arrivรฉ aux รฉpaules ou non.
La suite est en 96a.
Il recouvre le keren (capital) sur les nekhassim meshubadim (biens grevรฉs), et le chevah (plus-value) sur les biens bnei horin (libres). Car le propriรฉtaire du champ est venu et a pris son champ et son chevah.
Suite de 95a. L'acheteur du champ ravi se retourne vers le gazlan. Le keren, prix payรฉ, se recouvre sur les biens dรฉjร grevรฉs ou vendus. Le chevah seulement sur les biens encore libres. Les deux sommes sont dues parce que le maรฎtre du champ a repris la terre et la plus-value.
Rachi : l'acte de vente porte l'aharayut (garantie). L'acheteur est antรฉrieur aux ventes suivantes. Sa crรฉance est comme une dette par acte.
Tossefot envisage de limiter ce chevah ร l'excรฉdent sur la yetzia. Un fonds ne se ravit pas : la plus-value reste au maรฎtre, ร la diffรฉrence des meubles. La Guemara rรฉpond autrement, et cette rรฉponse tient. Chez Rav et Chmouel, chevah sans prรฉcision vise l'excรฉdent : la dรฉpense, le nigzal la doit, comme ร celui qui amรฉliore un champ sans permission. En Bava Batra 157b, chevah veut dire la moitiรฉ du chevah. L'objecteur, lui, pensait ร la saisie de tout le chevah, dรฉpense comprise. ร ce compte, la baraita de Bava Metzia 15a, qui laisse la dรฉpense au gazlan sur les biens libres, sortirait de l'avis de Rabbi Meir, qui la refuse par le kenas. Autre dรฉpart : lร , l'acheteur ignorait la gezeila, et pour ce chogeg il n'y a pas de kenas.
Quoi, n'est-ce pas au sujet d'un am ha-arets, qui ne sait pas si un karka se ravit ou ne se ravit pas, et mรชme ainsi le propriรฉtaire du fonds vient et prend le fonds et son chevah, et l'on en dรฉduit : mรชme pour le chogeg il inflige un kenas ? On rรฉpond : non ; au sujet d'un acheteur talmid 'hakham, et il savait.
Lecture รฉcartรฉe. Un am ha-arets ignore la rรจgle karka einah nigzelet (un fonds ne se ravit pas). Son achat serait un chogeg. Le maรฎtre reprend pourtant terre et chevah. On en tirerait que le kenas de Rabbi Meir atteint aussi l'involontaire. Rachi : le kenas, ici, c'est rendre le chevah au nigzal.
Rรฉponse : l'acheteur est un talmid 'hakham, et il savait. L'achat en connaissance est un mezid.
Tossefot : en Bava Metzia 15b, celui qui achรจte en sachant que le bien n'est pas au vendeur n'a pas de chevah. L'argent y est cadeau ou dรฉpรดt, et la vente est sans aharayut. Ici la garantie est รฉcrite : le prix reste une crรฉance, et le chevah se prend sur les biens libres.
Viens entendre : pour la lui teindre en rouge, et il l'a teinte en noir ; en noir, et il l'a teinte en rouge. Rabbi Meir dit : il lui donne la valeur de sa laine.
La valeur de sa laine, oui ; la valeur de sa laine et de son chevah, non.
Michna du teinturier (100b). On lui confie de la laine pour une couleur, il en met une autre. Rabbi Meir : il donne dmei tsemaro, la valeur de la laine. L'infรฉrence : la laine, oui ; la laine avec son chevah, non.
Rachi compte ce teinturier comme chogeg. Beaucoup ignorent l'interdit de s'รฉcarter de l'ordre du maรฎtre de maison.
Et si tu admets que mรชme pour le chogeg il inflige un kenas, il devrait lui donner la valeur de sa laine et de son chevah ! Faut-il en dรฉduire : pour le mezid il inflige un kenas, pour le chogeg il n'inflige pas de kenas ?
On l'en dรฉduit.
Conclusion de la question ouverte en 95a. Si le kenas atteignait le chogรจg, le teinturier devrait la laine et la plus-value de la teinture. Il ne doit que la laine. Rabbi Meir inflige le kenas au mezid. Le chogรจg en reste dehors.
Rabbi Yehouda dit : la gezeila revient en nature. Rabbi Chimon dit : on la voit comme si elle รฉtait estimรฉe chez lui en argent.
Quelle est la diffรฉrence entre eux ?
Reprise de la baraita de la vache et de la brebis. Rabbi Yehouda : gezila hozรจret be-eineha, le bien ravi revient tel qu'il est. Rabbi Chimon : on le traite comme une chouma, une estimation en argent faite chez le gazlan. La Guemara demande la diffรฉrence pratique.
Rav Zevid dit : ils divergent sur le chevah qui est sur la gezeila. Rabbi Yehouda tient qu'il appartient au nigzal, et Rabbi Chimon tient qu'il appartient au gazlan.
Rav Zevid place la mahloket sur le chevah che-al gabei gezila, la plus-value encore attachรฉe : vache devenue pleine, brebis chargรฉe de laine, tant que le petit ou la toison n'ont pas รฉtรฉ retirรฉs. Rabbi Yehouda : ce chevah est au nigzal. Rabbi Chimon : il est au gazlan.
Rachi. Au tribunal, la bรชte revient telle qu'elle est, en hausse comme en baisse. S'il a dรฉjร tondu ou si elle a mis bas, il paie la moins-value, et le nigzal rรฉclame ร part la valeur de dรฉpart de la toison et du fลtus : le chinoui les a acquis au gazlan. Rabbi Meir, par le kenas, fait payer tout le chevah comme s'il รฉtait encore sur la bรชte. Rabbi Chimon : mรชme le chevah encore attachรฉ va au gazlan. Le chinoui acquiert, et il ne doit que les deniers du moment du rapt.
Rav Pappa dit : tous s'accordent que le chevah qui est sur la gezeila appartient au gazlan. Et ici, ils divergent sur la moitiรฉ, le tiers et le quart.
Rabbi Yehouda tient : le chevah qui est sur la gezeila appartient en entier au gazlan. Et Rabbi Chimon tient : c'est la moitiรฉ, le tiers ou le quart que prend le gazlan.
Rav Pappa : tous donnent au gazlan le chevah encore sur l'objet. La mahloket porte sur la part. Rabbi Yehouda : le gazlan prend tout. Rabbi Chimon : moitiรฉ, tiers ou quart, selon la coutume des gardiens qui amรฉliorent une bรชte longtemps. Rachi : en nature, chez Rabbi Yehouda, veut dire comme au moment du rapt.
Tossefot, sur la lecture de Rav Zevid : le chevah dรฉtachรฉ va au gazlan, par chinoui complet ou par la takanat ha-chavim. Un chinoui rรฉversible, bois ou planches devenus ustensiles, peut aussi lui rester s'il y a eu peine. Le teinturier qui rate la couleur n'est pas entrรฉ comme gazlan : l'ordonnance ne le couvre pas. Selon Rav Pappa, Rabbi Yehouda donne au gazlan le chevah attachรฉ par cette ordonnance, alors que pour la teinture il tient que le chinoui n'acquiert pas. Les deux se tiennent donc ร l'inverse l'un de l'autre, Rabbi Meir et Rabbi Yehouda.
Rabbeinou Tam se passe de l'ordonnance : chez Rabbi Yehouda le chinoui kone. Selon Rav Zevid, seul le chinoui qui ne revient pas acquiert. Selon Rav Pappa, mรชme le chinoui rรฉversible acquiert. La teinture รฉchappe parce que le teinturier n'a pas l'intention d'acquรฉrir. On n'a plus ร le ranger avec Beit Chammai, et l'on comprend qu'il ne soit pas comptรฉ en 93b parmi ceux qui tiennent que le chinoui n'acquiert pas.
Nous avons appris : il a ravi une vache, elle est devenue pleine chez lui et elle a mis bas ; une brebis, elle s'est chargรฉe de laine chez lui et il l'a tondue : il paie selon le moment de la gezeila. Elle a mis bas, oui ; elle n'a pas mis bas, elle revient en nature.
Preuve depuis la michna (93b). Vache devenue pleine puis mise bas, brebis chargรฉe puis tondue : paiement selon le moment de la gezeila. Infรฉrence : elle a mis bas, ce paiement-lร ; elle n'a pas mis bas, la bรชte pleine revient en nature, gestation comprise.
Soit, pour Rav Zevid, qui dit : le chevah qui est sur la gezeila appartient au nigzal selon Rabbi Yehouda ; celle-ci, de qui est-elle ? Elle est de Rabbi Yehouda.
Mais pour Rav Pappa, qui dit qu'il appartient au gazlan : celle-ci, de qui est-elle ? Ni de Rabbi Yehouda, ni de Rabbi Chimon !
Pour Rav Zevid, la michna est celle de Rabbi Yehouda : le chevah encore sur la bรชte revient au nigzal. Pour Rav Pappa, tous donnent ce chevah au gazlan. Rendre la bรชte pleine en nature ne se range alors ni sous Rabbi Yehouda ni sous Rabbi Chimon.
Rachi : encore moins sous Rabbi Meir. La premiรจre clause paie la valeur d'une vache prรชte ร mettre bas. Rabbi Meir fait payer toisons et petits tels qu'ils sont au moment du paiement.
Tossefot รฉcarte une lecture oรน, selon Rav Pappa, l'absence de mise bas voudrait dire moitiรฉ, tiers ou quart. Rabbi Chimon parle aussi du cas oรน elle a mis bas, en face de Rabbi Meir : le gazlan y prend sa part coutumiรจre.
Rav Pappa te dirait : il en est de mรชme mรชme si elle n'a pas mis bas, c'est selon le moment de la gezeila qu'il paie. Et ce qu'il enseigne, yalda (elle a mis bas) : puisque la premiรจre clause a pris yalda, la derniรจre clause a pris elle aussi yalda.
Rav Pappa refuse l'infรฉrence. Mรชme sans mise bas, on paie selon le moment de la gezeila. Le mot yalda de la fin est repris par iyadi : la premiรจre clause en avait besoin, pour enseigner qu'on paie la valeur d'une vache prรชte ร mettre bas, et non les toisons et les petits ร leur valeur actuelle. La fin reprend le mรชme mot.
Une baraita est enseignรฉe selon Rav Pappa. Rabbi Chimon dit : on la voit comme si elle รฉtait estimรฉe chez lui en argent, pour la moitiรฉ, pour le tiers et pour le quart.
Baraita explicite selon Rav Pappa. Rabbi Chimon : on estime la gezeila en argent, et la part du gazlan est la moitiรฉ, le tiers ou le quart, celle des receveurs de bรฉtail.
Rav Achi dit : quand nous รฉtions chez Rav Kahana, on nous a posรฉ une question. Selon Rabbi Chimon, qui dit que c'est la moitiรฉ, le tiers ou le quart que prend le gazlan : quand on le dรฉpossรจde, le dรฉpossรจde-t-on en argent, ou bien prend-il dans la viande ?
Rav Achi, du temps oรน il รฉtudiait chez Rav Kahana. Selon Rabbi Chimon, on retire la bรชte au gazlan en lui laissant sa part de chevah. La lui verse-t-on en damim (argent), ou prend-il sa part dans la bassar (viande) ?
Tossefot : pour Rabbi Yehouda la question ne se pose pas. La takanat ha-chavim lui laisse tout le chevah. Il le prend dans le corps de la bรชte.
Et nous l'avons tranchรฉe de ceci que Rav Nahman a dit au nom de Chmouel : trois, on leur estime le chevah, et on les รฉlรจve en argent. Et les voici : le premier-nรฉ envers le fils simple,
Tranchรฉ par Chmouel, rapportรฉ par Rav Nahman. Dans trois cas on estime le chevah et on รฉlรจve en argent : on paie la part, on ne dรฉcoupe pas le bien. Premier cas : le bekhor envers le pachout.
Rachi : amรฉlioration avant le partage. Le premier-nรฉ prend une double part de terre. Il rend en monnaie le quart du chevah assis sur la part d'aรฎnesse. Sur douze zouz, la double part emporte huit ; il en rend deux. Le fils simple ne peut pas exiger un morceau de terre de deux zouz.
Tossefot : le compte de trois omet le gazlan, et aussi l'aris. Si on le retire de son mรฉtayage, on le retire du chevah en argent. Tana ve-chiyer : il enseigne et laisse de cรดtรฉ.
et le crรฉancier envers l'acheteur, et le crรฉancier envers les orphelins.
Deuxiรจme cas : le baal hov qui saisit chez l'acheteur. Il n'a rien dans le chevah fait par l'acheteur. Il le dรฉpossรจde en argent, valeur du chevah, sans lui laisser une bande de terre ร cette mesure.
Troisiรจme cas : le crรฉancier qui descend sur les biens des orphelins pour la dette du pรจre. L'amรฉlioration faite aprรจs la mort ne lui appartient pas. Il lร leur รฉlรจve en argent, s'il veut.
Ravina dit ร Rav Achi : Chmouel a-t-il dit que le crรฉancier donne le chevah ร l'acheteur ? Or Chmouel a dit : le crรฉancier recouvre le chevah !
Il lui dit : cela ne fait pas difficultรฉ. Ici, pour un chevah qui arrive aux รฉpaules ; et ici, pour un chevah qui n'arrive pas aux รฉpaules.
Ravina ร Rav Achi. Chmouel dit ici que le crรฉancier donne le chevah ร l'acheteur. Ailleurs, Chmouel dit que le crรฉancier recouvre le chevah. Rachi sur cette seconde parole : il ne rend rien ร l'acheteur.
Rav Achi dรฉpartage. Chevah ha-magia la-ktefayim, qui arrive aux รฉpaules : Rachi, cรฉrรฉale venue ร maturitรฉ, on la donne ร l'acheteur, ou l'on en donne la valeur. Chevah che-ein magia la-ktefayim : le crรฉancier le recouvre.
Tossefot tient l'explication de Rachi pour difficile en face des faits de tous les jours, au segment suivant, et de Ketoubot 50b, oรน le crรฉancier ne prend que ce qui a encore besoin du fonds. Rรฉponse proposรฉe : arrivรฉ aux รฉpaules dรฉsigne ce dont la fin est d'รชtre dรฉtachรฉ et portรฉ, mรชme des pagim ou du bosser, encore attachรฉs ร la terre. Rabbeinou Tam : ce chevah est ce qui vient par la peine. Le dรฉtail est en Bava Batra 42b.
Il lui dit : or il y a des faits tous les jours, et Chmouel fait recouvrer mรชme un chevah qui arrive aux รฉpaules ! Il lui dit : cela ne fait pas difficultรฉ.
Ravina reprend. Dans les dรฉcisions de tous les jours, Chmouel faisait recouvrer mรชme le chevah arrivรฉ aux รฉpaules. Rav Achi : cela ne fait pas difficultรฉ. Le second dรฉpartage continue en 96a.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).