Bava Kamma 96a - Chevah du créancier, et chinoui ha-chem

Bava_Kamma 96a

Sougya : Rav Ashi départage Chmouel : le créancier prend le chevah quand sa créance couvre la terre et la plus-value, et le laisse quand elle ne couvre que la terre. Ravina objecte selon l'avis qui laisse l'acheteur écarter le créancier avec de l'argent.

Rav Ashi répond par l'apotiki : le remboursement ne vient que de ce champ. Rava enseigne que le gazlan qui a amélioré puis vendu ou légué a transmis le chevah, et que l'acheteur qui améliore reçoit tout droit destiné à entrer dans la main du vendeur.

L'ordonnance des repentants ne vise pas le non-Juif ; si un non-Juif se trouve au milieu de la chaîne, entre deux Juifs, la question reste en teikou. Rav Pappa et Rava fixent ensuite le chinoui ha-chem sur le palmier et le loulav : le gazlan acquiert quand le nom change pour de bon, et rend l'objet quand le nom reste ou que l'on peut revenir en arrière.

Rav Pappa ouvre enfin la question de la tiyomet fendue.

Le créancier et le chevah Rav Ashi départage deux paroles de Chmouel. Ravina objecte. L'apotiki ferme. Créance : terre + chevah Il prend le chevah sur les acheteurs, sans payer. Tossefot : aussi sur les orphelins Créance : terre seule Il ne prend pas le chevah. La plus-value reste à l'acheteur. Objection de Ravina Si l'acheteur peut écarter le créancier avec de l'argent : donne-moi au moins un griva de terre, la part de mon chevah. Réponse : apotiki Le débiteur a dit : tu n'auras de remboursement que de ce champ. L'acheteur, même avec de l'argent, ne peut plus l'écarter. Rachi : lo yehe lekha peraon ela mi-ze
Créance terre et chevah, ou terre seule. Objection de Ravina, fermée par l'apotiki.
Qui garde le chevah du bien ravi Takanat ha-chavim. Le droit suit celui qui l'a transmis. Gazlan Il ravit, améliore, vend ou lègue. Il a vendu le chevah Moitié, tiers, quart Acheteur C'est lui qui améliore. Tout droit à venir Kol zekhout che-tavo Selon Rabbi Chimon Non-Juif Pas d'ordonnance pour lui. L'acheteur qui le tient de lui est comme lui. Ba me-hamat goy Juif, puis non-Juif, puis Juif : teikou 1. Un Juif ravit et vend au non-Juif. 2. Le non-Juif améliore, puis revend à un Juif. Chaîne juive aux deux bouts : ordonnance peut-être maintenue. Non-Juif au milieu : ordonnance peut-être interrompue. La question reste en suspens.
Gazlan, acheteur, non-Juif : qui garde le chevah. Teikou si un non-Juif est au milieu.
Chinoui ha-chem : le nom change, ou il reste Palmier et loulav. Vert : le gazlan acquiert. Rouge : il rend l'objet. Le palmier (Rav Pappa) Coupé, jeté sur sa terre : toujours dikla. Non. Troncs : goubi de-dikla. Non. Troncs faits en poutres. Oui. Grandes poutres en petites. Non. Planches (ketsoutsiyata). Oui. Le loulav (Rava) Loulav défait en feuilles. Oui. Feuilles faites en balai. Oui. Balai fait en corde. Non. On défait la corde, le balai revient. Tiyomet fendue ? Rav Pappa pose la question. Preuve ouverte : tiyomet ôtée, passoul. Le critère est le nom. S'il reste le même, ou si l'on peut revenir en arrière, pas de kinyan. S'il change pour de bon, le gazlan acquiert et paie la valeur.
Chinoui ha-chem du palmier et du loulav : le nom change, il acquiert ; il reste, il rend.
1
הא דמסיק ביה כשיעור ארעא ושבחא, הא דלא מסיק ביה אלא כשיעור ארעא.

Ceci, quand il a une créance sur lui à hauteur de la terre et du chevah. Cela, quand il n'a une créance sur lui qu'à hauteur de la terre.

🗂️ Tossefot (1)
הא דמסיק ביה שיעור ארעא ושבחא פירוש הא דקאמר שמואל ב"ח גובה את השבח דכיון דמסיק ביה שיעור ארעא ושבחא גובה את השבח בחנם מן הלקוחות ונראה דגם מיתמי גבי ב"ח השבח בחנם ואין נותן דמים כמו מן הלקוחות ואע"ג דאין להם על מי לחזור והוי כמו מתנה דלא גבי מינה ב"ח שבחא כדמשמע בפ"ק דב"מ (דף טו. ושם ד"ה ב"ח) דדוקא מלקוחות גובה לפי שכתב לו מוכר ללוקח אנא איקום ואשפי ואדכי ואמריק זביני אלין אינון ועמליהון ושבחיהון אבל מתנה דלא כתב ליה הכי ואין לו על מי לחזור לא מכל מקום גובה מן היתומים משום דכרעיה דאבוהון נינהו כדמוכח בפרק יש בכור (בכורות דף נב.) דתנן אין הבכור נוטל בראוי ולא בשבח ולא האשה בכתובתה ולא הבנות במזונותיהם ופריך בגמרא והאמר שמואל ב"ח גובה את השבח ומשני מקולי כתובה שנו כאן ומזונות בנות נמי תנאי כתובה ככתובה דמי והתם משבח יתומים מיירי דאי משבח לקוחות א"כ מאי איריא דלא טרפי בנות משבח והא מגוף הקרקע נמי לא טרפי דאין מוציאין למזון האשה והבנות מנכסים משועבדים אלא בשבח יתומים מיירי ודוקא כתובת אשה ומזונות דקילי לא גבי משבח אבל שאר ב"ח גבי ובקונטרס פירש התם מזון הבנות כגון נשא אשה ופסק לזון בתה ה' שנים ולפירושו אין ראיה דמצי מיירי שפיר בשבח לקוחות אבל לא נהירא דא"כ ה"ל למיתני ולא בת אשתו למזונות ועוד דלא שייך בהו תנאי כתובה והא דאמר בהמקבל (ב"מ דף קי.) יתומים אומרים אנו השבחנו ואין השבח שלך משמע דלא גבי משבח יתומים התם מיירי בשעשה אפותיקי ואמרי אנו השבחנו ותן לנו יציאה כדין היורד לתוך שדה חבירו שלא ברשות וכן מוקי לה במסקנא בעשאו אפותיקי וגם בתחילה משמע דמיירי בעשאו אפותיקי דקאמר על היתומים להביא ראיה מ"ט ארעא כיון דלגוביינא קיימא כמאן דגביא דמיא ואי לא מיירי דשויה אפותיקי אמאי הויא בחזקת ב"ח ויתמי נייתו ראיה אדרבה ארעא בחזקת יתמי קיימא דאי בעי מסלקי ליה בזוזי ועל ב"ח להביא ראיה אלא ודאי בעשאוהו אפותיקי איירי וגרע כחו של בעל חוב טפי במה שעשה לו הלוה אפותיקי דהויא כאחת משדותיו דמשלם יציאה למי שמשביח ואילו לא עשאו אפותיקי היה גובה הכל מן היתומים בלא פריעת יציאה כמו מלקוחות כדפירשתי והשתא מצינו למימר דבלקוחות נמי אם עשאה אפותיקי יש לו לשלם ללוקח היציאה אפי' מסיק ביה שיעור ארעא ושבחא ולמסקנא דמוקי לה הכא בעשאה אפותיקי לא נחלק עוד בין מסיק ביה שיעור ארעא ולא מסיק ובטל במסקנא אותו חילוק דכיון שעשאו אפותיקי משלם יציאה אע"ג דמסיק שיעור ארעא ושבחא ומיהו יש לחלק דבלקוחות כיון שיש להם על מי לחזור היכא דמסיק שיעור ארעא ושבחא אינו פורע יציאה אפי' עשאה אפותיקי דמשום דעשה אפותיקי לא יגרע כח ב"ח בכך כיון שיש ללוקח על מי לחזור דדוחק לומר דבמסקנא דמוקי לה בעשאה אפותיקי לא צריך למה שהיה מחלק בין מסיק ביה שיעור ארעא ללא מסיק שהרי כל אלו דברי רב אשי שהיה משיב לרבינא דבכל הספרים כתוב אמר ליה הא דמסיק ביה שיעור ארעא כו' א"ל הכא במאי עסקינן דשויה ניהליה אפותיקי ואין דומה שהיה חוזר מדבריו הראשונים ומיהו אור"י לפי הספרים שכתוב בהן אמר ליה כאן בשבח המגיע לכתפים כאן כו' אותו תירוץ ודאי לא קאי ומיהו ברוב הספרים גרסינן וכי תימא כאן בשבח המגיע לכתפים כו':
Explication : ceci, là où Chmouel dit que le créancier (baal chov) recouvre le chevah. Puisqu'il a une créance sur lui à hauteur de la terre et du chevah, il recouvre le chevah gratuitement sur les acheteurs. Et il apparaît que sur les orphelins aussi le créancier recouvre le chevah gratuitement, et ne verse pas d'argent, comme sur les acheteurs. Et bien qu'ils n'aient personne vers qui se retourner, et que ce soit comme un don, sur lequel le créancier ne recouvre pas le chevah, comme il ressort du premier chapitre de Bava Metzia (15a, et là, d.h. baal chov) : il ne recouvre que sur les acheteurs, parce que le vendeur a écrit à l'acheteur : je me lèverai, j'apaiserai, je purgerai et je dégagerai ces ventes, elles, leur labeur et leur chevah. Mais un don, où il ne lui a pas écrit cela et où il n'a personne vers qui se retourner : non. Néanmoins il recouvre sur les orphelins, parce qu'ils sont la jambe de leur père. Comme le prouve le chapitre Yech Bekhor (Bekhorot 52a), où nous avons appris : le premier-né ne prend ni dans le raoui (ce qui est appelé à entrer) ni dans le chevah, ni la femme dans sa ketouba, ni les filles dans leur entretien. Et la Guemara objecte : mais Chmouel a dit que le créancier recouvre le chevah ! Elle répond : on a enseigné ici parmi les allègements de la ketouba. Et l'entretien des filles aussi est une condition de la ketouba ; il est comme la ketouba. Et là il s'agit du chevah des orphelins. Car s'il s'agissait du chevah des acheteurs, pourquoi préciser que les filles ne saisissent pas sur le chevah ? Elles ne saisissent pas non plus sur le corps du fonds, car on ne prélève pas l'entretien de la femme et des filles sur des biens grevés. Il s'agit donc du chevah des orphelins. Et seules la ketouba de la femme et l'entretien, qui sont légers, ne se recouvrent pas sur le chevah ; les autres créanciers recouvrent. Et dans le commentaire, il a expliqué là l'entretien des filles, par exemple il a épousé une femme et s'est engagé à nourrir sa fille cinq ans. Et selon son explication il n'y a pas de preuve, car on peut fort bien parler du chevah des acheteurs. Mais cela ne se tient pas : s'il en était ainsi, il aurait fallu enseigner : ni la fille de sa femme pour l'entretien. Et de plus, une condition de ketouba ne les concerne pas. Et ce qui est dit dans HaMekabel (Bava Metzia 110a) : les orphelins disent nous avons amélioré, et le chevah n'est pas à toi, ce qui implique qu'il ne recouvre pas sur le chevah des orphelins. Là il s'agit du cas où il en a fait une apotiki, et ils disent : nous avons amélioré, donne-nous la dépense (yetsia), selon le droit de celui qui descend dans le champ de son prochain sans autorisation. Et c'est ainsi que la conclusion l'établit : il en a fait une apotiki. Et au début aussi il ressort qu'il s'agit d'une apotiki, car il dit que la charge de la preuve est sur les orphelins. Pourquoi ? La terre, puisqu'elle se tient pour le recouvrement, est comme déjà recouvrée. Et si l'on ne parlait pas du cas où il en a fait une apotiki, pourquoi serait-elle en possession du créancier, et les orphelins apporteraient la preuve ? Au contraire, la terre se tient en possession des orphelins, car s'ils veulent ils l'écartent avec de l'argent, et la charge de la preuve est sur le créancier. Il s'agit donc du cas où ils en ont fait une apotiki. Et le droit du créancier est d'autant plus faible en ce que l'emprunteur lui a fait une apotiki : elle est comme l'un de ses champs, et il paie la dépense à celui qui améliore. Tandis que s'il n'en avait pas fait une apotiki, il recouvrerait tout sur les orphelins sans payer la dépense, comme sur les acheteurs, ainsi que je l'ai expliqué. Et maintenant nous pouvons dire que pour les acheteurs aussi, s'il en a fait une apotiki, il doit payer à l'acheteur la dépense, même s'il a une créance à hauteur de la terre et du chevah. Et selon la conclusion qui établit ici le cas où il en a fait une apotiki, nous ne distinguons plus entre celui qui a une créance à hauteur de la terre et celui qui n'en a pas, et cette distinction tombe dans la conclusion : puisqu'il en a fait une apotiki, il paie la dépense même s'il a une créance à hauteur de la terre et du chevah. Toutefois on peut distinguer : pour les acheteurs, puisqu'ils ont quelqu'un vers qui se retourner, là où il a une créance à hauteur de la terre et du chevah, il ne paie pas la dépense, même s'il en a fait une apotiki. Car du fait qu'il a fait une apotiki, le droit du créancier ne doit pas s'affaiblir pour autant, puisque l'acheteur a quelqu'un vers qui se retourner. Car il est forcé de dire que, dans la conclusion qui établit le cas d'une apotiki, on n'aurait plus besoin de la distinction qu'il faisait entre une créance à hauteur de la terre et son absence. Car tout cela, ce sont les paroles de Rav Ashi qui répondait à Ravina : dans tous les livres il est écrit : il lui a dit, ceci quand il a une créance à hauteur de la terre, etc. ; il lui a dit : de quoi s'agit-il ici, il lui en a fait une apotiki. Et il ne semble pas qu'il revienne sur ses premières paroles. Toutefois Ri a dit : selon les livres où il est écrit il lui a dit, ici pour un chevah qui arrive aux épaules (fruits mûrs, détachés), ici, etc., cette réponse-là ne se maintient certes plus. Toutefois dans la plupart des livres nous lisons : et si tu dis, ici pour un chevah qui arrive aux épaules, etc.
💡 Explication

Rav Ashi départage deux paroles de Chmouel sur le créancier (baal chov) et le chevah. S'il est créancier du prix de la terre et du chevah, il prend le chevah sur les acheteurs sans le leur payer. S'il n'est créancier que du prix de la terre, il laisse le chevah.

Tossefot étend le recouvrement gratuit aux orphelins : ils sont la jambe de leur père. Le don échappe, faute de clause de garantie. La ketouba et l'entretien des filles, allègements, ne prennent pas le chevah des orphelins (Bekhorot 52a). Les autres créanciers le prennent. La fin de la glose revient sur l'apotiki : cette désignation peut obliger à payer la yetsia (dépense d'amélioration), et Ri discute si le premier partage de Rav Ashi tombe.

2
אמר ליה, הניחא למאן דאמר: אי אית ליה זוזי ללוקח – לא מצי מסלק ליה לבעל חוב, שפיר. אלא למאן דאמר: אי אית ליה זוזי ללוקח – מצי מסלק ליה לבעל חוב, לימא ליה: אי הוו לי זוזי – הוה מסליקנא לך מכוליה ארעא, השתא – הב לי גריוא דארעא שיעור שבחאי!

Il lui a dit : cela se tient bien selon celui qui dit : si l'acheteur a de l'argent, il ne peut pas écarter le créancier. Mais selon celui qui dit : si l'acheteur a de l'argent, il peut écarter le créancier, qu'il lui dise : si j'avais de l'argent, je t'aurais écarté de toute la terre ; maintenant, donne-moi un griva de terre à hauteur de mon chevah !

🗂️ Tossefot (1)
הניחא למאן דאמר כו' פלוגתא היא בפרק מי שהיה נשוי (כתובות דף צא: ושם) גבי ההוא גברא דהוו מסקי ביה אלפא זוזי ומאן דאית ליה דלא מצי מסלק ליה היינו רמי בר חמא דסבר התם למימר דהיינו מתניתין:
C'est une discussion dans le chapitre Mi che-haya nassoui (Ketoubot 91b, et là), à propos de cet homme sur qui l'on avait une créance de mille zouz. Et celui qui tient qu'il ne peut pas l'écarter, c'est Rami bar Hama, qui pensait là dire que c'est la michna.
💡 Explication

Ravina. Selon l'avis que l'acheteur muni d'argent peut écarter le créancier (mesalek), il pourrait dire : avec assez d'argent je t'aurais ôté de tout le champ ; à défaut, laisse-moi un griva de terre, la part de mon chevah. Un griva est une mesure de surface, un se'a. Tossefot situe la discussion en Ketoubot 91b : Rami bar Hama tient qu'on ne peut pas écarter le créancier.

🖼️ Schéma
L'acheteur qui peut écarter le créancier S'il avait l'argent Il écarterait le créancier de toute la terre. Avis : mitsi mesalek Ketoubot 91b, Rami bar Hama Faute de toute la somme Donne-moi un griva à hauteur de mon chevah. Mesure de terre : un se'a Hav li griva de-ara
Avec l'argent, il écarte le créancier de tout le champ. Sans la somme entière, il réclame un griva pour son chevah.
3
אמר ליה: הכא במאי עסקינן – כגון דשויה ניהליה אפותיקי, דאמר ליה: לא יהא לך פרעון אלא מזה.

Il lui a dit : de quoi s'agit-il ici ? Par exemple, il lui en a fait une apotiki, car il lui a dit : tu n'auras de remboursement que de ceci.

📜 Rachi (1)
לא יהא לך פרעון אלא מזה ואי נמי הוו ליה זוזי ללוקח לא מצי מסלק ליה:
Et même si l'acheteur avait de l'argent, il ne pourrait pas l'écarter.
💡 Explication

Rav Ashi ferme l'objection. Le débiteur a fait de ce champ une apotiki : le remboursement ne viendra que de lui. Rachi : même un acheteur qui a de l'argent ne peut plus proposer d'écarter le créancier.

4
אמר רבא: גזל והשביח ומכר, וגזל והשביח והוריש – מה שהשביח מכר, מה שהשביח הוריש.

Rava a dit : il a ravi, amélioré et vendu ; il a ravi, amélioré et légué. Ce qu'il a amélioré, il l'a vendu ; ce qu'il a amélioré, il l'a légué.

📜 Rachi (1)
מה שהשביח מכר ושקיל לוקח מחצה או שליש או רביע וכן יורש אי נמי כוליה שבחא כמתניתין מפני תקנת השבים כדאמרן לעיל בשמעתא קמייתא:
Et l'acheteur prend la moitié, ou le tiers, ou le quart, et de même l'héritier. Ou bien tout le chevah, comme la michna, à cause de l'ordonnance des repentants (takanat ha-chavim), comme nous l'avons dit plus haut dans la première sougya.
💡 Explication

Fil du gazlan. Il a ravi, amélioré, puis vendu ou légué : il a transmis le chevah. Rachi : l'acheteur ou l'héritier prend la moitié, le tiers ou le quart, ou tout le chevah comme la michna, par la takanat ha-chavim.

5
בעי רבא: השביח לוקח, מהו? בתר דבעיה, הדר פשטה: מה מכר ראשון לשני? כל זכות שתבא לידו.

Rava a posé une question : l'acheteur a amélioré, qu'en est-il ? Après l'avoir posée, il l'a résolue : qu'a vendu le premier au second ?

Tout droit qui viendra dans sa main.

📜 Rachi (1)
כל זכות שתבא לידו וכי היכי דגזלן אי אשבח הוה שקיל מחצה או שליש או רביע הכי נמי כי אשבח לוקח שקיל מחצה או שליש או רביע ואליבא דר"ש:
Et de même que le gazlan, s'il avait amélioré, prendrait la moitié, le tiers ou le quart, de même, quand l'acheteur a amélioré, il prend la moitié, le tiers ou le quart. Et cela selon Rabbi Chimon.
🗂️ Tossefot (1)
כל זכות שתבא לידו אע"ג דבפ"ק דב"מ (דף טו: ושם) משמע דאפי' לרב דאמר יש לו שבח בשלא הכיר בה שאינו שלו ולקחה היינו מגזלן אבל נגזל לא יהיב שבח היינו בקרקע שאין נגזלת דגזלן גופיה לית ליה שבח אבל הכא במטלטלין שיש שבח לגזלן מפני תקנת השבים גם ללוקח ממנו יש לו:
Bien que dans le premier chapitre de Bava Metzia (15b, et là) il ressorte que, même selon Rav, qui dit qu'il a le chevah quand il n'a pas reconnu que ce n'était pas à lui et qu'il l'a acheté, c'est en achetant au gazlan ; mais le nigzal ne donne pas le chevah. Cela vise un fonds, qui n'est pas susceptible de gezeila : le gazlan lui-même n'a pas de chevah. Mais ici, pour des meubles, où le gazlan a un chevah à cause de l'ordonnance des repentants, l'acheteur qui le tient de lui l'a aussi.
💡 Explication

Question de Rava, résolue aussitôt. L'acheteur qui améliore a le même chevah que le gazlan aurait eu. La vente transmet kol zekhout che-tavo le-yado, tout droit qui entrera dans sa main. Rachi : moitié, tiers ou quart, selon Rabbi Chimon.

Tossefot borne cela aux metaltelin. Sur un fonds, qui ne se vole pas, le gazlan n'a pas de chevah à transmettre, et le nigzal ne paie pas l'amélioration (Bava Metzia 15b).

6
בעי רבא: השביח גוי, מהו? אמר ליה רב אחא מדפתי לרבינא: תקנתא לגוי ניקו ונעביד?! אמר ליה: לא צריכא, כגון דזבניה לישראל. סוף סוף, הבא מחמת גוי הרי הוא כגוי!

Rava a posé une question : un non-Juif a amélioré, qu'en est-il ? Rav Aha de Difti a dit à Ravina : irions-nous instituer une ordonnance pour un non-Juif ?!

Il lui a dit : cela n'est nécessaire que dans le cas où il l'a vendu à un Juif. Au bout du compte, celui qui vient du chef d'un non-Juif est comme un non-Juif !

💡 Explication

Un goy a amélioré. Rav Aha de Difti : la takanat ha-chavim ne s'institué pas pour lui. Ravina déplace le cas : le non-Juif a vendu à un Juif. La Guemara répond que l'acheteur n'a que le droit de son vendeur. Venu du chef d'un non-Juif, il est traité comme lui.

7
לא צריכא, כגון דגזל[ה] ישראל וזבנה ניהליה, והשביחה גוי, והדר גוי וזבנה לישראל. מאי? מי אמרינן כיון דמעיקרא ישראל והדר ישראל – עבדי רבנן תקנתא, או דלמא כיון דאיכא גוי באמצע – לא עבדו ליה רבנן תקנתא? תיקו.

Cela n'est nécessaire que dans le cas où un Juif l'a ravie et la lui a vendue, le non-Juif l'a améliorée, puis le non-Juif l'a revendue à un Juif. Qu'en est-il ?

Disons-nous : puisque au départ c'est un Juif, et ensuite un Juif, les Sages ont institué une ordonnance ? Ou bien, puisqu'il y a un non-Juif au milieu, les Sages ne lui ont pas institué d'ordonnance ?

Teikou.

💡 Explication

Le cas qui reste : un Juif ravit, vend à un non-Juif, le non-Juif améliore, puis revend à un Juif. Si la chaîne commence et finit par un Juif, les Sages ont peut-être maintenu l'ordonnance. Si le non-Juif du milieu l'interrompt, ils ne l'ont pas instituée pour cet acheteur. Teikou : la question reste en suspens.

🖼️ Schéma
Le non-Juif au milieu Juif ravit et vend Non-Juif améliore Juif racheté Teikou ordonnance ? Deux bouts juifs : les Sages ont peut-être institué l'ordonnance. Maillon non-juif : ils ne l'ont peut-être pas instituée pour lui.
Juif, non-Juif, Juif. L'ordonnance traverse-t-elle le maillon du milieu ? Teikou.
8
אמר רב פפא: האי מאן דגזל דיקלא מחבריה וקטליה, אף על גב דשדיא מארעא לארעא דידיה, לא קני. מאי טעמא? מעיקרא ״דיקלא״ מיקרי, והשתא נמי ״דיקלא״ מיקרי. דיקלא (ועביד) [ועבדיה] גובי, לא קני. השתא מיהת ״גובי דדיקלא״ מיקרי.

Rav Pappa a dit : celui qui ravit un palmier (dikla) à son prochain et le coupe, même s'il l'a jeté d'une terre sur sa terre, ne l'acquiert pas. Quelle en est la raison ?

Au départ il s'appelle palmier, et maintenant aussi il s'appelle palmier. Un palmier, et il en a fait des troncs (goubi) : il n'acquiert pas.

Maintenant du moins, ils s'appellent troncs de palmier.

📜 Rachi (3)
וקטליה קצצו:
Il l'a coupé.
לא קני לשלומי דמי אלא יהיב ליה דיקלא גופיה דליכא שנוי השם למקנייה:
Pas au point d'en payer la valeur : il lui rend le palmier lui-même, car il n'y a pas de changement de nom (chinoui ha-chem) par lequel l'acquérir.
גובי בלע"ז טרינקיי"ש:
En langue étrangère : trinques (troncs).
🗂️ Tossefot (1)
דגזל דיקלא וקטליה אע"ג דגזל בהמה וקטלה קני התם הוי שינוי דמינכר טפי:
Bien qu'un vol de bête que l'on abat fasse acquérir, là le changement est plus reconnaissable.
💡 Explication

Rav Pappa : couper un dikla et le jeter sur sa terre ne change pas le nom. En faire des goubi non plus : on dit encore troncs de palmier. Rachi : faute de chinoui ha-chem, il rend l'arbre et n'en paie pas la valeur. Tossefot : abattre une bête est un changement bien plus visible, et celui-là acquiert.

9
גובי ועבדינהו כשורי – קני. כשורי רברבי ועבדינהו כשורי זוטרי – לא קני. עבדינהו קצוצייתא – קני.

Des troncs, et il en a fait des poutres : il acquiert. De grandes poutres, et il en a fait de petites poutres : il n'acquiert pas.

Il en a fait des planches (ketsoutsiyata) : il acquiert.

📜 Rachi (2)
קצוצייתא קרשים:
Des planches.
הוצי שנתקן עלה עלה מן השדרה:
Qui a été préparé feuille à feuille à partir de la rafle (chidra).
💡 Explication

Des troncs faits en poutres (kechoure) : le nom change, il acquiert. De grandes poutres faites en petites poutres : le nom reste poutre, il n'acquiert pas. Des planches (ketsoutsiyata) : il acquiert. Rachi glose aussi houtsei : feuilles détachées une à une de la rafle, ce que le segment suivant met en œuvre.

10
אמר רבא: האי מאן דגזל לוליבא ועבדינהו הוצי – קני. דמעיקרא ״לוליבא״ מיקרי, והשתא ״הוצי״. הוצי ועבדינהו חופיא – קני. מעיקרא ״הוצי״, והשתא ״חופיא״. חופיא ועבדיה שרשורא – לא קני. מאי טעמא? דהדר סתר ליה והוי חופיא.

Rava a dit : celui qui ravit une palme (louliva) et en a fait des feuilles (houtsei) acquiert. Car au départ cela s'appelle palme, et maintenant feuilles.

Des feuilles, et il en a fait un balai (houfia) : il acquiert. Au départ feuilles, et maintenant balai.

Un balai, et il en a fait une corde (charcheoura) : il n'acquiert pas. Quelle en est la raison ?

Il la défait, et cela redevient un balai.

📜 Rachi (2)
חופיא אשקוב"א שבו מכבדים את הבית וחולק כל הוצא לשנים דתו לא הדרא:
Un balai (escouve) avec lequel on balaie la maison ; et il fend chaque feuille en deux, de sorte qu'ensuite elle ne revient pas.
שרשרא חבל:
Une corde.
💡 Explication

Rava, sur la palme. Loulav défait en houtsei : il acquiert. Feuilles faites en houfia (balai) : il acquiert. Balai fait en charcheoura (corde) : il n'acquiert pas, car on peut défaire la corde et retrouver le balai. Rachi : le balai se fait en fendant chaque feuille en deux, et cette fente ne revient pas.

🖼️ Schéma
Du loulav à la corde Loulav palme fermée Houtsei feuilles. Acquiert. Houfia balai. Acquiert. Corde se défait. Non. Rachi : le balai fend chaque feuille en deux. Cette fente ne revient pas.
Loulav, feuilles, balai : le nom change, il acquiert. La corde se défait : il n'acquiert pas.
11
בעי רב פפא: נחלקה התיומת, מהו? תא שמע, דאמר רבי מתון אמר רבי יהושע בן לוי: ניטלה התיומת – פסול.

Rav Pappa a posé une question : la tiyomet s'est fendue, qu'en est-il ? Viens entendre : Rabbi Matoun a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : la tiyomet a été ôtée, il est passoul.

📜 Rachi (1)
התיומת כף תומר האמצעי העליון תיומת היא:
La palme médiane supérieure, c'est elle la tiyomet.
🗂️ Tossefot (2)
נחלקה התיומת כו' מצא ר"י בתשובת הגאונים ניטלה התיומת אותו הוצא העליון בראש הלולב שאין הוצא למעלה הימנה ' והוא כשני הוצין דבוקין זה בזה ונקראין תיומת וכן משמע מתוך ה"ג שרוצים לפרש כן ולדבריהם לא ימצא לנו לולב כשר כי בטורח נמצאין אותן שיש להם תיומת כזה אפי' אחד בה' מאות ויש לומר שאף לדבריהם אין פסול אלא שהיה מתחילה כענין זה ונחלק שנשתנה מברייתו ובקונטרס פירש נחלקה תיומת שני עלים עליונים אמצעיים ששם כלה השדרה נחלקה זה מזה ונסדקה השדרה עד העלין של מטה מהן ומתוך פירושו משמע שנסדק השדרה כל כך שנראה העלין העליונים חלוקין ומפוזרין זה מזה ועוד אור"י דיש מפרשים שכל עלי הלולב כפולין כל אחד לשנים ויש בראש הלולב בסוף השדרה ב' עלין יוצאין ממנה שכל אחד כפול לשנים כשאר עלי הלולב ואותם שנים עלין היוצאין מראש השדרה נקראין תיומת ואהנהו בעי נחלקה התיומת מהו אם נחלקו זה מזה דהיינו קצת מן השדרה ומיהו אין רוב הלולבין . נמצאין כענין זה ומכל מקום יש לומר דבעי דאי משתכח כה"ג תיומת ונחלקה מהו:
Ri a trouvé dans une réponse des Gueonim : la tiyomet a été ôtée, c'est cette feuille supérieure en tête du loulav, au-dessus de laquelle il n'y a pas de feuille. Et elle est comme deux feuilles collées l'une à l'autre, et on les appelle tiyomet. Et de même il ressort des Halakhot Guedolot qu'ils veulent l'expliquer ainsi. Et selon leurs paroles, on ne nous trouverait pas de loulav kacher, car c'est à grand-peine qu'on trouve ceux qui ont une tiyomet de cette sorte, même un sur cinq cents. Et l'on peut dire que, même selon leurs paroles, il n'y a d'invalidité que lorsqu'il était au départ ainsi et qu'il s'est fendu, ayant changé par rapport à sa formation (beriyato). Et dans le commentaire il a expliqué : la tiyomet s'est fendue, les deux feuilles supérieures du milieu, là où finit la rafle, se sont séparées l'une de l'autre, et la rafle s'est fendue jusqu'aux feuilles qui sont au-dessous d'elles. Et de son explication il ressort que la rafle s'est fendue au point que les feuilles supérieures paraissent séparées et dispersées l'une de l'autre. Et Ri dit encore qu'il y a des commentateurs pour qui toutes les feuilles du loulav sont dédoublées, chacune en deux, et qu'en tête du loulav, au bout de la rafle, deux feuilles en sortent, chacune dédoublée en deux comme les autres feuilles du loulav, et ces deux feuilles qui sortent de la tête de la rafle s'appellent tiyomet. Et c'est sur elles qu'il a demandé : la tiyomet s'est fendue, qu'en est-il, si elles se sont séparées l'une de l'autre, c'est-à-dire un peu de la rafle. Toutefois la plupart des loulavim ne se trouvent pas ainsi. Néanmoins on peut dire que la question est : si se trouve une tiyomet de cette sorte et qu'elle s'est fendue, qu'en est-il.
ניטלה התיומת פסול נראה לר"י דהא דאמר נקטם ראשו פסול היינו שנקטמו הרבה מן העלין תדע דאין לך נקטם יותר מבנטילת התיומת ומשמע דוקא ניטלה אבל נקטם כשר ועוד אר"י דמצי למימר דניטלה אצטריכא ליה דס"ד דהוי הדר טפי כשניטלה כולה יותר מנקטם:
Il apparaît à Ri que, lorsqu'on dit sa tête a été coupée, il est passoul, cela vise le cas où beaucoup de feuilles ont été coupées. Sache-le : il n'y a pas de coupure plus grande que l'enlèvement de la tiyomet, et il en ressort que seul l'enlèvement invalide, tandis qu'une coupure reste kacher. Et Ri a encore dit qu'on peut dire que l'enlèvement lui était nécessaire, car on aurait pensé qu'il y a plus de hadar (beauté exigée du loulav) quand elle est entièrement ôtée que lorsqu'elle est coupée.
💡 Explication

Rav Pappa : si la tiyomet, feuille jumelle du sommet, s'est fendue, ce chinoui fait-il acquérir le loulav ravi ? Preuve amenée : Rabbi Matoun au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, si la tiyomet est ôtée, le loulav est passoul. Rachi : c'est la palme médiane la plus haute.

Tossefot rapporte trois lectures. Les Gueonim : la feuille du sommet, faite de deux feuilles collées, forme rare. Rachi : les deux feuilles du milieu, là où finit la rafle, et la rafle fendue jusqu'aux feuilles d'en dessous. D'autres : les deux feuilles qui sortent de la tête de la rafle. Ri relie aussi niktam rocho, la tête coupée, à l'enlèvement de plusieurs feuilles, et au hadar du loulav.

🖼️ Schéma
Où est la tiyomet Gueonim Feuille du sommet, deux feuilles collées. Forme rare. Passoul si elle était ainsi et s'est fendue. Rachi Deux feuilles du milieu, là où finit la rafle. La rafle se fend jusqu'aux feuilles d'en dessous. Autres Deux feuilles sortent de la tête de la rafle. Chacune est double, comme les autres. La plupart des loulavim
Trois lectures de la tiyomet : Gueonim, Rachi, et les deux feuilles de la tête de la rafle.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).