Sougya : La page achรจve le prรชt consenti sur une monnaie que le pouvoir a alourdie. Une baisse des fruits venue du marchรฉ ne donne pas de dรฉduction au dรฉbiteur.
Le mรฉtal en plus, dans le neskha, reste un ribbit : Rav Pappa et Rav Houna, sur les piรจces d'Agardemis, comptent jusqu'ร dix anciennes pour huit neuves. Rabba enchaรฎne ensuite des cas de grama be-nezikin, oรน il est patour : piรจce jetรฉe dans la Grande Mer, effigie effacรฉe au marteau, oreille de vache entaillรฉe, shetar brรปlรฉ.
Rava objecte par le maasser cheni, par l'esclave frappรฉ ร l'ลil ou ร l'oreille, et par la melakha faite sur l'eau et la vache de la hatat. Rami bar Hama ouvre, sur le shetar, la question du cas.
Et si c'est ร cause du marchรฉ que cela a baissรฉ, on ne lui dรฉduit pas.
Suite immรฉdiate de Rav Ashi, en bas de 97b. On a prรชtรฉ sur la monnaie, et le pouvoir a ajoutรฉ au poids de la piรจce. Si les fruits ont baissรฉ ร cause du tiv'a, le poids de la monnaie, on dรฉduit au dรฉbiteur. Si la baissรฉ vient du tar'a, le cours du marchรฉ, on ne dรฉduit pas.
Rachi glose le marchรฉ : des pluies ont amenรฉ l'abondance des rรฉcoltes, et les fruits ont baissรฉ. La cause est hors de la piรจce.
Mais elle a pris de la valeur quant au lingot (neskha) ! Plutรดt comme le fait de Rav Pappa et de Rav Houna, fils de Rav Yehochoua : ils ont agi avec les piรจces d'Agardemis le Tayea (marchand arabe), jusqu'ร dix pour huit.
Mรชme quand le marchรฉ explique la baissรฉ des fruits, la piรจce neuve contient plus de mรฉtal. Fondue en neskha, elle vaut plus que l'ancienne. Rendre la neuve serait un ribbit.
La pratique retenue est celle de Rav Pappa et de Rav Houna. Chez Agardemis, dix piรจces anciennes รฉquivalaient ร huit neuves. Rachi : dans cette fourchette, et au-dessus (douze ou onze pour huit), le dรฉbiteur donne huit neuves. En dessous du seuil, neuf anciennes pour huit neuves, il rend le mรชme nombre. Rabbeinou Hananel lit le mรชme ad asara be-tmanya ร l'envers : il donne dix.
Rabba dit : celui qui jette la piรจce de son prochain dans la Grande Mer est quitte. Quelle est la raison ?
Il dit : elle est posรฉe devant toi, si tu veux, prends-la. Et ces paroles valent pour des eaux claires, car il la voit ; pour des eaux troubles, oรน il ne la voit pas, non.
Et ces paroles valent quand il l'a lancรฉe d'un jet. Mais s'il l'a prise en main, il la lui a volรฉe : il doit faire la restitution (hashavah).
Premier din de Rabba sur le grama be-nezikin. Il fait jaillir la piรจce de la main du propriรฉtaire jusque dans la Grande Mer. En eau claire, il dit : elle est devant toi. Rachi ajoute : le zouz du plongeur est un dommage causรฉ, un grama, et le grama laisse quitte.
Deux limites. Eau trouble au moment du jet : la piรจce est perdue par l'acte mรชme, il est tenu. S'il l'a d'abord prise en main, c'est un gezel : l'obligation est la hashavah, rendre l'objet, au-delร du simple paiement du dommage.
Tossefot : le passage dans l'air, au-dessus de trois tefahim, ne fait pas une hagbaha. Il compare le vรชtement de Bava Metzia 9a, oรน l'on tient un bout, et les pigeons de Houlin 141b, qui s'รฉlรจvent. Ici le geste abaisse, et la main ne saisit pas.
Rava objecte : on ne dรฉsacralise pas sur des monnaies qui ne sont pas en son pouvoir. Comment ?
Il avait des monnaies dans un camp (kastera) ou sur la Montagne du roi, ou sa bourse est tombรฉe dans la Grande Mer : on ne dรฉsacralise pas. Rabba dit : le maasser a son exigence propre, car il faut que cela se trouve dans ta main.
Le Misรฉricordieux a dit : tu serreras l'argent dans ta main, et cela n'y est pas.
Rava objecte depuis une baraita de maasser cheni. On ne fait pas de hilloul sur un argent hors de son reshut : camp militaire (kastera), Har ha-Melekh, ou bourse tombรฉe dans la Grande Mer. Rachi : la mer compte donc cet argent comme perdu, ce qui heurte le patour de Rabba.
Rabba sรฉpare les domaines. Pour le maasser, le verset exige ve-tsarta ha-kesef be-yadekha : l'argent doit รชtre dans ta main. L'argent au fond de la mer manque ร cette condition, sans devenir pour autant un objet perdu au sens du grama.
Tossefot dรฉplace la coupe clair / trouble. Le critรจre rรฉel est le plongeur : s'il peut reprendre la piรจce, c'est comme l'eau claire, et Rabba laisse quitte. La Guemara a parlรฉ d'eau claire et d'eau trouble parce que tel est le cas ordinaire.
Et Rabba dit : celui qui efface la piรจce de son prochain est quitte. Quelle est la raison ?
Car il n'a rien fait. Et ces paroles valent s'il l'a frappรฉe d'un marteau (kurnesa) et l'a aplatie.
Mais s'il l'a limรฉe avec une lime (shofina), il l'a diminuรฉe.
Second din de Rabba. Shaf : il fait disparaรฎtre l'effigie. Au marteau, la piรจce est aplatie, le mรฉtal reste. Rabba : il n'a rien fait, il est patour. ร la lime, il y a un hisaron, un manque de matiรจre : il est hayav. Rachi rassemble toute la sรฉrie sous le grama be-nezikin. La lime, elle, est un mamash.
Tossefot relie ce patour ร la michna du gazlan. Pesalto malkhout, la piรจce dรฉmonรฉtisรฉe par le pouvoir, n'est pas traitรฉe comme une piรจce nisdak, fendue, pour laquelle on paie. Sinon, effacer l'effigie, qui dรฉprรฉcie davantage, obligerait ร plus forte raison.
Rava objecte : il l'a frappรฉ sur l'ลil et l'a aveuglรฉ, sur l'oreille et l'a rendue sourde : l'esclave sort par lร ร la libertรฉ. En face de son ลil et il ne voit pas, en face de son oreille et il n'entend pas : l'esclave ne sort pas par lร ร la libertรฉ.
Baraita (Tossefta). Coup sur l'ลil ou sur l'oreille : l'esclave cananรฉen sort libre, comme pour la dent et l'ลil. Coup en face de l'ลil ou de l'oreille, et la vue ou l'ouรฏe manque : il ne sort pas.
Rava en tire une objection contre le patour de l'effigie. Rendre sourd semble sans enlรจvement de matiรจre, et pourtant c'est un acte, un mamash. Le marteau qui dรฉprรฉcie la piรจce devrait donc obliger. Rachi formule ainsi l'objection.
Tossefot pousse : s'il suffit d'abรฎmer sans hisaron, le marteau obligerait. La rรฉponse, au segment suivant, pose une goutte de sang. Dรจs lors qu'il y a un manque, on tient l'auteur pour tout le dรฉgรขt, comme pour la lime. Tossefot demande aussi comment la surditรฉ est un moum she-be-galouรฏ, dรฉfaut apparent, ร l'image de la dent et de l'ลil : on le voit ร la dรฉmarche, ou bien le membre atteint est lui-mรชme apparent.
Rabba suit son principe. Car Rabba a dit : s'il a rendu son pรจre sourd, il est mis ร mort.
Car la surditรฉ est impossible sans une blessure (haboura) : une goutte de sang est tombรฉe dans son oreille.
La rรฉponse รฉtait dรฉjร dans un autre enseignement de Rabba. Assourdir son pรจre est un crime capital : une tipa de sang tombe dans l'oreille. Il y a donc une haboura, une blessure, mรชme si on ne la voit pas du dehors. Pour l'esclave, ce hisaron suffit ร le faire sortir.
Rachi ferme le parallรจle de la baraita. Le coup porte en face de l'oreille, sans que l'on ait eu ร craindre la surditรฉ, reste un grama. L'esclave ne sort pas.
Et Rabba dit : celui qui entaille l'oreille de la vache de son prochain est quitte. Quelle est la raison ?
La vache se tient comme elle se tenait, car il n'a rien fait. Et tous les bลufs ne se tiennent pas pour l'autel.
Troisiรจme din. Tsorem : il entaille l'oreille. La vache ne peut plus monter sur l'autel. Rabba laisse quitte : pour le labour et le reste, la vache est la mรชme. Un bลuf ordinaire n'est pas destinรฉ au mizbeah. La perte du statut d'offrande ne compte pas comme un dommage de l'animal.
Tossefot confronte la michna de 96b : bรชte volรฉe, puis รฉcartรฉe de l'autel, le gazlan dit voici le tien devant toi. Le cas de la michna est un dรฉfaut survenu de lui-mรชme, et Tossefot le rรฉserve ร une bรชte dรฉjร hekdesh, qui, elle, se tenait pour l'autel.
Rava objecte : celui qui fait un travail (melakha) avec l'eau de la hatat ou avec la vache de la hatat est quitte selon les lois des hommes (din adam), et tenu selon les lois du Ciel (din shamayim). C'est pour un travail, dont le dommage ne se reconnaรฎt pas.
Mais celui qui entaille, dont le dommage se reconnaรฎt, serait donc tenu aussi selon les lois des hommes.
Baraita. Mei hatat : l'eau du rite de la vache rousse. Parat hatat : la vache elle-mรชme. Un travail les invalide. L'homme est patour devant le tribunal, hayav devant le Ciel, parce que le dommage ne se voit pas sur l'objet.
Rava en tire : le patour du din adam tient ร ce que le dommage est cachรฉ. L'entaille de l'oreille se voit. Elle obligerait donc selon le din adam, contre Rabba. Rachi glose le travail : se servir de l'eau comme contrepoids, et tout acte qui disqualifie la vache.
On dit : la mรชme rรจgle vaut, mรชme celui qui entaille est quitte. Et voici ce que cela nous apprend : mรชme un travail dont le dommage ne se reconnaรฎt pas, il est tenu selon les lois du Ciel.
La rรฉponse refuse l'infรฉrence. Celui qui entaille est, lui aussi, patour selon le din adam. Le hiddoush de la baraita est ailleurs : mรชme une melakha dont le dommage ne se voit pas obligรฉ selon le din shamayim.
Tossefot confronte Guitin 53a, oรน la mรชme baraita sert contre l'avis hezek she-eino nikar shemeh hezek. Si l'entaille visible est dรฉjร patour, parce qu'un bลuf ordinaire n'est pas pour l'autel, l'objection de Guitin semble tomber. Deux issues : le mot melakha est un renchรฉrissement, donc le hezek cachรฉ n'a pas le nom de hezek ; ou bien Rabba et l'avis inverse ne partagent pas le din de l'entaille. En fin de glose : disqualifier la vache d'autrui suppose un travail agrรฉable ร celui qui le fait, niha leh, sur le modรจle du verset.
Et Rabba dit : celui qui brรปle le document (shetar) de son prochain est quitte. Car il lui dit : j'ai brรปlรฉ de toi un papier.
Rami bar Hama attaque cela : de quel cas s'agit-il ?
Quatriรจme din, ouvert seulement. Brรปler le shetar, la reconnaissance de dette, est un patour : l'auteur dit qu'il a brรปlรฉ un papier. La crรฉance devenue improuvable reste, pour Rabba, un grama.
Rami bar Hama demande le cas. La page s'arrรชte sur la question. Le dรฉtail, selon que des tรฉmoins sont lร ou non, et selon que le dรฉbiteur est prรชt ร payer, se poursuit en 98b.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).