Sougya : La page poursuit la michna du teinturier dont la cuve brûle la laine : paie-t-il la laine seule, ou aussi le chvach ? La question est celle de Rav Assi : l'uman acquiert-il par l'amélioration de l'objet ?
Chmouel écarte la preuve tirée de la michna. Une baraïta sur bal talin, le foulage payé à la ma'a, et le messager d'une lettre précisent quand le versement est un salaire.
La fin du daf rapporte les kiddouchin par des bijoux façonnés, et trois lectures du débat entre Rabbi Meir et les Sages : uman kone, moment où le salaire devient dû, ou kiddouchin par une milve.
Et la cuve l'a brûlé : il lui donne la valeur de sa laine. La valeur de sa laine, oui ; la valeur de sa laine et de son amélioration, non.
N'est-ce pas qu'il l'a brûlé après la chute, où il y a une amélioration, et l'on en apprend que l'artisan acquiert par l'amélioration de l'objet ?
Suite de la michna du teinturier. La cuve (yora) a brûlé la laine : il rend dmei tsamro, la valeur de la laine. La Guémara serre la formule sur la valeur de la laine, à l'exclusion du chvach (amélioration).
Piste : le brûlage est après la chute dans la cuve, quand la teinture a déjà pris. Il y a un chvach. S'il ne le paie pas, l'uman (artisan) l'a acquis : uman kone be-chvach keli, l'enseignement de Rav Assi.
Chmouel dit : ici, de quoi s'agit-il ? Par exemple, il l'a brûlé au moment de la chute, où il n'y a pas d'amélioration.
Mais s'il l'a brûlé après la chute, qu'en est-il ? Il lui donne la valeur de sa laine et de son amélioration ?
Dirons-nous que Chmouel ne tient pas l'enseignement de Rav Assi ?
Chmouel place la michna au moment de la chute : la teinture n'a pas pris, il n'y a pas de chvach. La formule de la michna ne prouve alors rien sur l'uman.
La Guémara pousse : après la chute, Chmouel ferait-il payer laine et chvach ? Ce serait dire qu'il ne tient pas Rav Assi. Rachi ajoute le poids de la chose : en droit civil, la halakha suit Chmouel.
Chmouel te répond : ici, de quoi s'agit-il ? Par exemple, la laine et les teintures sont au maître de maison, et le teinturier ne prend que le salaire de sa main.
Deuxième lecture de Chmouel. Laine et sammanin (teintures) appartiennent au baal ha-bayit. Le teinturier ne prend que agar yadeih, le salaire de sa main. Le chvach vient des teintures du maître. L'uman n'a rien à acquérir.
Rachi réserve uman kone au cas où les teintures sont à l'artisan : il paie alors seulement la laine. Tossefot note qu'on pouvait poser le cas ainsi dès le début, teintures de l'ouvrier, même après la chute. L'objection qui suit a été préférée.
S'il en est ainsi, il aurait fallu dire : il lui donne la valeur de sa laine et des teintures ! Chmouel ne fait donc que l'écarter.
Si les teintures du maître ont aussi péri, la michna devait dire : valeur de la laine et des teintures. Elle ne dit que la laine. La lecture de Chmouel ne tient pas comme explication retenue.
Dahuyei ka madhi : il écarté la preuve qu'on voulait tirer de la michna contre Rav Assi. Il ne tranche pas le fond.
Viens et entends. Celui qui donne son manteau à un artisan : il l'a achevé et le lui a fait savoir.
Même d'ici jusqu'à dix jours, il ne transgresse pas à son sujet à cause de lo talin. S'il le lui a remis au milieu du jour, dès que le soleil s'est couché sur lui, il transgresse à son sujet à cause de bal talin.
Nouvelle preuve, une baraïta. Lo talin / bal talin : l'interdit de laisser passer la nuit sur le salaire d'un salarié.
L'artisan a fini et a notifié, sans remettre le manteau : même dix jours, pas de transgression. Il remet le manteau à midi : au coucher du soleil, si le maître n'a pas payé, il transgresse. Le versement est donc traité comme un salaire.
Et si tu estimes que l'artisan acquiert par l'amélioration de l'objet, pourquoi transgresse-t-il à cause de bal talin ?
Si l'uman kone be-chvach keli, le manteau amélioré est à lui. Le maître qui paie le rachète. Rachi : zavonei ka mizban, il le lui vend. Bal talin vise un salaire : le versement serait un prix de vente.
Rav Mari, fils de Rav Kahana, dit : dans le foulage d'un sarbela, où il n'y a pas d'amélioration.
Garda de-sarbela : le foulage d'un manteau épais. Rachi glose par le laaz du foulon. Dans ce travail, dit Rav Mari, il n'y a pas de chvach par lequel l'artisan acquérerait l'objet. Le versement reste un salaire, et bal talin s'applique.
En fin de compte, pour quoi le lui a-t-il donné ? Pour l'assouplir.
Dès qu'il l'a assoupli, voilà l'amélioration ! Cela ne vise que le cas où il l'a engagé pour des foulages : foulage par foulage, pour une ma'a.
Et cela, c'est un salariat.
Assouplir (rakhukhei) est déjà un chvach. Rav Mari ne suffit pas. La Guémara resserre : agreih le-vitoushei, engagé pour fouler, une ma'a par foulage. Le paiement suit les coups, pas le résultat. C'est une sekhirut.
Rachi dit : salarié à la journée, pas un kablan. Tossefot trouve la formule difficile, et rapporte Bava Metzia 112a : salaire au nombre de foulages, que le manteau s'améliore ou non. Autre lecture : bal talin porte sur le premier foulage, encore sans chvach. On ne répond pas par le salarié à la journée, car la baraïta dit qu'il a achevé et notifié.
Et selon ce qui nous était venu à l'esprit au début, à savoir qu'il ne l'avait pas engagé pour des foulages, cela apporte un appui à Rav Chechet. Car on a demandé à Rav Chechet : une kablanout, transgresse-t-on à son sujet à cause de bal talin, ou ne transgresse-t-on pas ?
Et Rav Chechet leur a dit : il transgresse.
Avant le resserrement au foulage payé à la ma'a, on lisait la baraïta comme une kablanout : payé pour l'ouvrage fini. Elle dit pourtant qu'il transgresse bal talin. Cela appuie Rav Chechet, à qui l'on avait demandé si le maître d'un kablan transgresse, et qui a répondu : il transgresse.
Rachi fixe la girsa : le texte dit messaye'a (cela appuie), et l'on n'y lit pas neima (dirons-nous).
Dirons-nous que Rav Chechet diverge de Rav Assi ? Chmouel bar Aha dit : dans le cas d'un messager d'une lettre.
Si tout kablan tombe sous bal talin, Rav Chechet tiendrait que l'uman n'acquiert pas le chvach : le versement reste un salaire. Rachi donne la conséquence sur un coffre : du bois confié, coffre fait puis brisé, il paie le coffre fini, faute de kinyan sur le chvach.
Cheliha de-igarta : messager chargé de porter une lettre en un endroit donné. Kablanout, et aucun objet amélioré. Rav Chechet ne tranche pas le cas de l'uman. Tossefot : la baraïta du manteau ne peut pas devenir ce messager. La question rapportée en Bava Metzia est posée en général ; la Guémara, là-bas, l'explique comme un doute sur uman kone.
Dirons-nous que c'est comme un débat de tannaïm ? Fais-moi des bracelets, des boucles et des bagues, et je me fiancerai à toi.
Dès qu'il les a faits, elle est fiancée : parole de Rabbi Meir. Et les Sages disent : elle n'est pas fiancée tant qu'un bien n'est pas arrivé dans sa main.
Baraïta de kiddouchin. Elle lui donne de l'or à elle : fais-moi chirim (bracelets), nezamim (boucles) et tabaot (bagues), et je serai fiancée à toi. Rachi : fiancée par le salaire du travail.
Rabbi Meir : dès la fabrication, elle est mekoudechet. Les Sages : pas tant qu'un mamon (bien) n'est pas arrivé dans sa main.
Quel bien ? Si tu dis : ce bien-là même, il en ressort que Rabbi Meir tient : ce bien-là même, non ?
Mais avec quoi la fiance-t-il ? C'est donc évident.
Quel bien ? Un autre bien.
Mamon, dans la bouche des Sages, ne peut pas désigner les bijoux eux-mêmes. Sinon Rabbi Meir, qui fiance sans attendre ce bien, fiancerait sans rien donner.
C'est un autre bien. Le Ri va plus loin : remettre le salaire, simple milvé (créance), ne fiance pas. Sa daat vise l'arrivée des bijoux. Point principal du Ri : tant qu'il ne peut pas exiger le salaire en justice, le remettre ne compte pas comme un don, même si les deux veulent des kiddouchin plus tôt.
Et l'on a supposé que tous tiennent : le salaire court du début jusqu'à la fin ; et que tous tiennent : celui qui fiance par une créance, elle n'est pas fiancée.
Deux hypothèses communes à la première lecture. Yechna li-skhirut mi-thila ve-ad sof : dès la première perouta de travail, le salaire est déjà dû. Ce dû est une milvé.
Ha-mekadech be-milvé einah mekoudechet : fiancer en remettant une créance ne prend pas. Une milvé est faite pour être dépensée ; elle n'est pas be-ayin (en nature). Rachi en tire la première lecture : Rabbi Meir ne peut fiancer par le salaire que si l'uman a acquis le chvach, et qu'il donne ce chvach.
Quoi donc : n'est-ce pas sur ceci qu'ils divergent, à savoir que l'artisan acquiert par l'amélioration de l'objet ? Rabbi Meir tient : l'artisan acquiert par l'amélioration de l'objet.
Et les Sages tiennent : l'artisan n'acquiert pas par l'amélioration de l'objet.
Première lecture du débat. Rabbi Meir : uman kone be-chvach keli. En remettant les bijoux, il donne son chvach, et elle est fiancée. Les Sages : il n'acquiert pas. Les bijoux restent à elle. Il faut un autre bien.
Non. Tous tiennent que l'artisan n'acquiert pas par l'amélioration de l'objet.
Ici, ils divergent sur ceci : le salaire court-il du début jusqu'à la fin.
La Guémara retire le débat de uman kone. Tous tiennent que l'artisan n'acquiert pas le chvach. Le débat porte sur le moment où le salaire devient dû : dès le début du travail, ou seulement à la fin.
Rabbi Meir tient : le salaire n'existe qu'à la fin. Et les Sages tiennent : le salaire court du début jusqu'à la fin.
Ein li-skhirut ela le-basof, Rabbi Meir : le salaire ne naît qu'à la remise des bijoux. Le remettre alors pour les kiddouchin n'est pas l'abandon d'une milvé déjà née. Elle est fiancée.
Yech li-skhirut mi-thila ve-ad sof, les Sages : la dette a couru pendant le travail. Remettre cette dette, c'est fiancer par une milvé. Elle n'est pas fiancée, tant qu'un autre bien n'arrive pas.
Et si tu veux, dis : tous tiennent que le salaire court du début jusqu'à la fin, et ici ils divergent sur celui qui fiance par une créance. Rabbi Meir tient : celui qui fiance par une créance, elle est fiancée.
Et les Sages tiennent : celui qui fiance par une créance, elle n'est pas fiancée.
Troisième lecture. Tous tiennent yechna li-skhirut. Le débat est : ha-mekadech be-milvé. Rabbi Meir : elle est fiancée. Les Sages : elle ne l'est pas.
Tossefot : on ne tire pas d'ici la halakha de yechna, car cette lecture avait besoin de cette hypothèse. La preuve est Avoda Zara 19b : le salaire du dernier coup de pioche sur une voûte d'avoda zara est permis, ce coup ne valant pas une perouta. Le paiement, lui, reste à la fin dans les deux avis. Se rétracter à midi vaut aussi pour celui qui place le salaire à la fin : la rétraction est cette fin. L'écart pratique est ici (milvé ou non) et dans ce passage d'Avoda Zara.
Deuxième Tossefot : à Kiddouchin 47a, au nom de Rabbi Meir, la milvé est comme un pikadon. S'il n'en reste rien be-ayin, pas de kiddouchin. Les boucles rendues ne tiennent pas ce rôle, puisque l'uman n'a pas acquis le chvach.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).